« Lily,

Qu'est-ce que tu crois ? Je vais partout où il y a des buffets, tu devrais me connaître maintenant. Je suis presque offensé que tu aies pu envisager que je refuserais. D'autant plus que la description que tu fais de ton beau-frère attise ma curiosité, mais enfin, je ne sais pas ce que je m'imaginais, bien sûr que ta formidable sœur a des goûts fabuleux !

Envoies moi l'heure à laquelle je dois te rejoindre chez toi afin que je puisse ne pas rater ce moment magique.

Ps : Je pense que tu as oublié d'écrire que je te manquais sur la précédente lettre. Je voulais juste te le faire remarquer. Je ne l'ai pas mal pris, mais je pense qu'il est important de noter un oubli lorsque l'on en voit un. C'est ce que McGonagall te dirait.

James. »

Les cloches de l'église du quartier sonnaient 10h lorsque Lily rangea dans son bureau la lettre que James lui avait envoyé deux jours plus tôt et descendit les escaliers quatre à quatre alors que l'on frappait à la porte de la maison des Evans.

Elle l'ouvrit à la volée et s'immobilisa devant son petit-ami qui lui adressa un sourire radieux. Il était élégant et sobre et c'était la première fois qu'elle le voyait porter une cravate convenablement. Pendant toute leur scolarité, elle avait observé cette horrible manie qu'il avait de la détacher qui l'irritait au plus haut point, mais ce jour là, elle avait juste envie de le faire elle-même.

« Jolie tenue Evans, se moqua t-il alors qu'elle était encore en pyjama.

- Tu comprends pourquoi je ne t'ai pas dit que tu me manquais, répliqua t-elle en le regardant droit dans les yeux.

- C'est horriblement cruel, lui fit-il remarquer en portant la main à son cœur. »

Elle l'attrapa par le col de sa chemise, le fit entrer, et claqua la porte derrière lui avant de l'embrasser et de lui attraper les mains pour les poser sur elle. Il fut surpris pendant l'espace d'une seconde, et puis elle sentit sa langue dans sa bouche et elle se cramponna à sa nuque.

« Lily... Tes Parents... souffla t-il entre deux baisers.

- Je préfère faire ça sans eux, si ça ne te dérange pas, lui dit-elle rapidement avant de retrouver sa bouche.

- Est-ce que c'est de l'humour de maraudeur que j'entends là ? s'amusa t-il en la repoussant légèrement.

- Ils ne sont pas là, ils sont déjà partis avec Pétunia, et... Merlin, on va être en retard si je ne me dépêche pas un peu. A quel moment es-tu devenu le plus responsable de nous deux ? demanda t-elle en remontant les escaliers, lui faisant signe de la suivre. »

Il répondit par un simple rire et la suivit jusqu'à sa chambre. Elle avait tout juste eu le temps de s'acheter une robe, et elle la lui jeta avant de disparaître dans la salle de bain. Elle prit une douche rapide, laissa ses cheveux détachés sur ses épaules, et trottina jusqu'à sa chambre, une serviette autour d'elle.

James s'était allongé sur son lit, les mains derrière la tête et les jambes croisées, ils se redressa sur un coude dès qu'il la vit débarquer et elle sentit sa respiration s'accélérer un peu quand ses yeux s'attardèrent sur ses jambes.

« Finalement, je te préfère avec la serviette, la complimenta t-il alors qu'elle fouillait dans son tiroir à sous-vêtements, toujours enroulée dans sa serviette de bain. »

Elle pouffa, enfila une culotte et lui envoya sa serviette sur la tête avant de passer son soutien-gorge.

« Tu pourrais rester comme ça, poursuivit-il alors qu'elle se saisissait de la robe qu'il avait posé sur le dossier de sa chaise de bureau.

- Pour la deuxième fois James, « sous-vêtements » n'est pas un dress code approprié pour un mariage.

- Pour la deuxième fois ? répéta t-il en arquant un sourcil.

- Tu as la mémoire courte, lui fit-elle remarquer en esquissant un demi sourire. Novembre, sixième année. Salle Commune. Premier match de l'année et victoire de Gryffondor, tenta t-elle de lui rappeler sans grand succès.

- J'étais vraiment, vraiment saoul, s'excusa t-il en grimaçant après avoir brièvement réfléchi.

- Crois-moi, je sais. Mais je pensais que les garçons t'en auraient parlé, s'étonna t-elle.

- Ils étaient pires que moi.

- Dommage... C'est pourtant l'une de nos plus enrichissantes conversations, trancha t-elle avant d'enfiler la robe et de s'asseoir sur le bord du lit, un sourire toujours pendu aux lèvres. »

Il l'observa avec intérêt et elle savait qu'il ne l'aurait pas laissé quitter cette chambre avant de savoir exactement ce qu'il s'était passé ce soir là, alors elle commença son récit, les joues légèrement roses.

Gryffondor avait remporté la victoire contre Serpentard, et jamais il n'y avait autant d'ambiance dans la salle commune rouge et or que quand ils gagnaient contre leur maison rivale. Fidèles à leur réputation, les maraudeurs avaient organisé une sacrée soirée et le professeur McGonagall avait dû intervenir trois fois avant de rendre les armes et de jeter un sortilège d'insonorisation sur toute la tour en prévenant les quatre garçons qu'ils astiqueraient la salle des trophées de fond en comble tout le mois qui suivait.

Ils n'en avaient eu que faire et dès qu'elle avait quitté la salle commune, la fête était repartie de plus belle. Lily avait dansé un moment avec Mary, portée par la joie contagieuse de tous leurs camarades. James et Sirius avaient fait un match d'enfer. Tout le monde était très admiratif et leur demandait perpétuellement de répéter comment ils avaient feinté Mulciber, Avery, et les autres. James se retira du groupe et s'avança péniblement vers les dortoirs avant de s'asseoir sur la première marche, un verre à la main.

« Potter devrait arrêter de boire, glissa Lily à Mary.

- Potter est grand, lui répondit sa meilleure amie.

- Tu sais aussi bien que moi que ce n'est pas un synonyme de responsable, pointa Lily avant de laisser sa meilleure amie pour rejoindre le maraudeur. »

Elle s'assit à côté de lui et s'empara habilement de son verre. En temps normal, elle n'aurait eu aucune chance. Ses réflexes de poursuiveur étaient absolument époustouflants quand il était sobre. Il tenta paresseusement de récupérer son whisky-pur-feu, mais elle le découragea d'un simple « Tututu », et il lui jeta un regard interrogateur.

« Evans, pourquoi est-ce que tu me fais toujours du mal ?

- Je t'empêche de faire un coma éthylique sur le parquet de la salle commune, idiot, répondit-elle en faisant léviter son verre sur une table à l'opposé de là où ils se tenaient.

- Si c'est la localisation qui te pose un problème, tu peux me rendre mon verre et monter avec moi dans mon dortoir et je ferai un coma éthylique là bas, répliqua t-il avec un sourire en coin.

- Tu penses vraiment que je suis attirée par toi maintenant ? l'interrogea t-elle en arquant un sourcil, perplexe.

- Je pense que tu es attirée par moi tout le temps. »

Elle lâcha un rire ironique, un peu offusquée. Pas parce qu'il était horriblement prétentieux, ça, elle en avait l'habitude, mais parce qu'il avait absolument raison mais que c'était la dernière chose qu'elle voulait avouer à qui que ce soit, y compris à elle-même. Ils s'étaient un peu rapprochés ces derniers temps. Il avait mûri et elle aussi, et c'était comme s'ils s'étaient simultanément rendus compte que leurs chamailleries n'étaient que des enfantillages qui devaient cesser.

« Je pense même que tu veux secrètement te marier avec moi ! reprit-il en prenant un air solennel qui lui fit lâcher un rire incontrôlé.

- Me marier avec toi, carrément ? Tu as définitivement trop bu.

- Pas tant que ça. J'ai les idées claires.

- Ta phrase précédente a démontré le contraire, pointa t-elle en lui adressant un sourire amusé.

- Non, Evans, ça n'a jamais été plus clair que ça. Regardes-toi, tu t'occupes de moi comme si nous étions déjà un couple.

- Parce que tu penses que c'est le rôle de la femme, de s'occuper de son mari ? Tu vis à quelle époque, Potter ?

- Non, oh, bouse ! Non, Evans, pas du tout ! s'empressa t-il de répliquer en se tenant à un barreau de l'escalier et en passant une main sur son visage d'un air dépité. Je m'occuperais de toi aussi ! On prendra mutu... Mutel... Mut...

- Mutuellement ? proposa t-elle alors qu'il acquiesçait vigoureusement.

- Voilà. On prendra mutuell... Metue... Metuellement, soin l'un de l'autre. »

Elle se mit à rire de nouveau et secoua la tête de droite à gauche sans pouvoir s'empêcher de rougir jusqu'aux oreilles. Elle espérait qu'il ne le remarque pas.

« Tu préfères qu'on fasse ça cet été ou cet hiver ? continua t-il.

- Pourquoi je n'ai pas l'option « jamais » ? se plaignit-elle.

- Tu l'as, tu l'as, mais ce serait un crime contre l'amour que tu l'utilises.

- Contre l'amour ? Vraiment ?

- Réfléchis-y. Quelle valeur aurait l'amour si nous ne nous marrions pas ?

- Quelle valeur aurait l'amour si nous nous marrions ? répliqua t-elle, amusée.

- Ah, ce ne serait même pas quantifiable !

- Tu es toujours dans l'excès.

- Pas du tout, je dis la vérité.

- Tu as un excès de whisky-pur-feu dans le sang, lui fit-elle remarquer. »

Il cligna plusieurs fois des yeux et la dévisagea l'air perdu avant de grimacer et de pencher légèrement la tête comme s'il lui concédait ce point là.

« Je peux toujours planifier notre mariage, même avec du whisky-pur-feu dans le sang, marmonna t-il l'air un peu vexé.

- Je ne crois pas que...

- Même si on me tuait maintenant, je me réveillerais juste pour le faire.

- Et si je...

- Le thème sera « sous-vêtements » ! clama t-il sans lui laisser le temps d'évoquer un possible homicide.

- Sous-vêtements ? répéta t-elle en pouffant. Quel genre de mariage est-ce que ce sera ?

- Ah, tu vois, tu te fais à l'idée ! pointa t-il, la faisant lourdement soupirer.

- Je ne veux pas être en sous-vêtement à mon mariage, alors je ne peux pas me marier avec toi.

- Pourquoi pas ? C'est confortable.

- Je n'ai... Oui... Enfin, je suppose que tu n'as pas tort là dessus, mais... Quoique... Tu n'as vraisemblablement jamais porté un soutient-gorge toute une journée ! bafouilla t-elle alors qu'il la fixait.

- Tu pourras l'enlever quand tu voudras. Les invités viendraient tous en sous-vêtements aussi, tu sais. On ne sera pas seuls.

- C'est supposé me rassurer ?

- Tu te projettes vraiment ? la questionna t-il en se redressant, les yeux pétillants.

- Merlin, non. C'est la pire idée que j'ai entendu de toute ma vie. »

James s'apprêtait à répondre lorsque Sirius surgit de nulle part, l'attrapa par le bras, et l'emmena jusqu'au canapé où se trouvaient déjà Rémus et Peter, et Lily n'eut le temps d'échanger qu'un bref et ridicule sourire avec lui avant de monter se coucher.

« J'ai l'impression que tu commençais quand même à te faire à l'idée, lui fit remarquer James à la fin du récit. »

Elle secoua la tête et éclata de rire pour toute réponse, et ils dévalèrent les escaliers ensemble avant de prendre la direction de l'église du village à quelques centaines de mètres. Elle attrapa le bras de James quand ils arrivèrent devant et que les convives se hâtèrent à l'intérieur.

« Restons à l'arrière. Elle ne voudrait pas que je sois devant, dit-elle à James en tirant un peu sur son bras pour le ralentir. »

Ils s'assirent au fond de la vieille église. Il y avait un trop grand nombre d'invités comparé à la taille de leur famille et au petit nombre d'amis de Pétunia, mais en captant les conversations de plusieurs personnes autour d'eux, elle comprit vite que la plupart les connaissait peu et que Vernon avait probablement distribué des invitations à droite, à gauche, en espérant pouvoir se vanter d'avoir des tas d'amis.

La cérémonie commença et dura beaucoup trop longtemps au goût de Lily, et probablement au goût de James aussi puisqu'elle dut lui administrer un coup de coude au bout de deux heures pour qu'il se réveille.

« Qui est sa demoiselle d'honneur ? demanda t-il en voyant une gigantesque fille signer un registre.

- Je n'en sais rien. La sœur de Vernon, j'imagine... marmonna Lily. »

Elle avait appris la date du mariage si tard qu'elle n'avait même pas pensé à ce genre de détail, elle n'avait pas imaginé qu'elle aurait pu être à la place de cette femme qu'elle ne connaissait même pas si elle n'avait jamais reçu de lettre de Poudlard. Elle laissa échapper une larme et James l'essuya de son pouce.

« Hé... Ne t'en fais pas, tu seras demoiselle d'honneur à mon mariage, lui chuchota t-il. »

Son éclat de rire s'échappa de sa bouche sans qu'elle ne s'y attende, et il ne passa pas inaperçu. La vingtaine de personnes qui se trouvait autour d'eux leur lança un regard curieux alors qu'elle venait de porter une main à sa bouche pour étouffer sa propre hilarité. De l'autre, elle donna un violent coup derrière la tête de son petit-ami qui lâcha un « Ouch ! » qui attira encore une fois l'attention sur eux.

Fort heureusement, l'église était trop bondée pour que Pétunia, Vernon, ou les membres de leur famille ne les entendent. Elle aurait pu en vouloir à James d'avoir plaisanté sur quelque chose qui la touchait, mais c'était à vrai dire ce qu'elle espérait lorsqu'elle l'avait invité. Cette journée allait être pénible, elle le savait, et il était le seul à pouvoir la faire sourire quand elle voulait pleurer.

« Tu es un être abject et j'adore ça, murmura t-elle en posant sa tête sur son épaule.

- Est-ce que je dois te remercier ?

- Non. C'est moi qui te remercie. »

Elle soupira quand la cérémonie se termina pile au moment où elle avait trouvé une position confortable contre James. Ils observèrent les mariés remonter l'allée en silence et attendirent un peu avant de se frayer un chemin vers la sortie. Ellen et Richard les attrapèrent dès qu'ils les virent.

« Oh mon dieu vous êtes si beaux tous les deux ! s'exclama Ellen en portant ses mains à son visage.

- Vous devez faire une photo avec Pétunia et Vernon.

- Papa, je ne suis pas certaine que ce soit... »

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase, ses parents les avaient entraîné avec eux à côté des mariés et après un bref regard entendu avec Pétunia, une photo fut prise, puis James et Lily se mirent à l'écart. Vernon ne leur adressa pas un bonjour, sa moustache, plus lustrée que jamais, semblait frémir à chaque fois que ses yeux tombaient sur Lily.

« Ils se sont bien trouvés, commenta distraitement James en regardant Vernon hurler sur le photographe de se positionner ci, ou là toutes les deux minutes.

- N'est-ce pas ? lui répondit Lily alors que Pétunia faisait signe aux quelques enfants présents de quitter le cadre en lâchant des « pshhh ! Pshhh ! » comme s'ils étaient des chats sauvages. »

Il y avait un banquet organisé dans le parc non loin de là qui avait été fermé aux visiteurs pour l'occasion, et ils commencèrent à s'y rendre dès que le cortège se mit en route. Ils passaient devant l'impasse du tisseur lorsque le regard de Lily dévia légèrement. Un jeune homme de son âge était assis contre une maison aux murs grisâtres de laquelle des cris s'échappaient. James le remarqua aussi puisqu'il s'arrêta.

« Tu veux y aller ? lui demanda t-il.

- … Non. Ce n'est plus mon problème, répondit-elle finalement. »

Il y eut un moment de flottement. Severus Rogue ne les aperçut pas, et elle en fut soulagée, mais elle fronça les sourcils lorsqu'elle vit James trottiner dans la direction du jeune homme sans qu'elle n'ait le temps de le retenir. Elle plaqua sa main sur son visage et se dandina nerveusement d'un pied sur l'autre pendant ce qui lui sembla être une éternité.

Elle hésita pendant plusieurs secondes à aller le rejoindre, mais elle y renonça dès que Severus Rogue posa les yeux sur elle. Elle n'avait aucune envie de discuter avec lui même s'il y avait une petite voix au fond d'elle qui lui disait qu'elle ne pouvait pas le laisser comme ça, au pied d'une maison dans laquelle ses deux parents se lançaient des mots que leur enfant, peu importe son âge, ne devrait pas entendre.

Elle comprit à ce moment là que James lui avait probablement épargné des jours et des jours de mauvaise conscience lorsqu'il refit le chemin inverse vers elle quelques minutes plus tard et qu'ils poursuivirent leur route jusqu'au parc dans le silence le plus complet, son bras pendant négligemment sur l'épaule de Lily qui aimait qu'ils n'aient pas besoin de se cacher. Ce ne fut que lorsqu'ils arrivèrent dans le parc qu'elle osa prendre la parole.

« Qu'est-ce que tu lui as dit ?

- Je lui ai demandé si ça allait, répondit James sur un ton neutre.

- C'est tout ? l'interrogea t-elle suspicieusement.

- Tu te souviens que je n'ai plus quinze ans, n'est-ce pas ? répliqua t-il, un poil agacé.

- Je sais, mais...

- Je ne l'aime pas, la coupa t-il, mais je savais que tu y penserais toujours si personne ne faisait rien pour lui demander s'il avait besoin de quelque chose. »

La discussion était close et le ton sec de James la dissuada d'essayer de la poursuivre. Elle n'y voyait de toutes façons aucun intérêt, alors elle reporta simplement son regard sur l'endroit où ils se trouvaient. Plusieurs tables avaient été disposées de ci, de là. Elles étaient toutes recouvertes d'un napperon bleu turquoise à dentelles sur lequel se trouvait des dizaines et des dizaines de fleurs de la même en couleur en plastique. Les vieilles chaises de jardin auraient pu être tellement jolies si elles n'avaient pas été recouvertes d'un tissu rose fuchsia...

Lily grimaça alors que James feignait de paraître éblouit par la beauté de la décoration, ce qui la fit sourire. Son bras quitta ses épaules quand elle s'approcha de ses parents pour voir où ils étaient assis, mais elle se rendit compte à son grand désarroi qu'elle ne serait pas avec eux, mais avec les grands parents de Vernon qui semblaient tous les deux si proches de la mort qu'elle doutait qu'ils soient vraiment en train de se reposer sur leurs chaises.

« Voyons le côté positif, au moins, on est pas à la table des mariés, glissa t-elle à James avant qu'ils ne commencent à manger. »

Sa sœur avait de la chance, le temps était encore clément et les températures douces pour un jour d'automne, si bien que quand le repas fut terminé, les deux anciens gryffondors quittèrent immédiatement leur table pour aller se prélasser sous un arbre. Lily plongea la main dans les cheveux de James dont la tête était posée sur son ventre, et elle essaya de se focaliser sur sa présence plutôt que sur le fait que sa sœur l'avait ignorée autant qu'elle l'avait pu.

« Tu ne m'as pas dit... Il y a des filles, à la formation ?

- Une... Ou deux, répondit-il sur un ton égal.

- Elles sont jolies ?

- Je n'en sais rien.

- Tu n'en sais rien ? demanda t-elle en haussant les sourcils, sa main s'arrêtant au dessus de sa tête.

- Depuis quand est-ce que tu es jalouse ? répliqua t-il avec un sourire en coin.

- Je ne suis pas... Je... Je demande juste ! bafouilla t-elle en remerciant Merlin qu'il ne puisse pas la voir rougir.

- Je ne leur parle jamais, trancha t-il finalement. Et toi ? Tu dois en voir passer, des beaux clients, non ?

- Quelques-uns...

- Et aucun ne t'a jamais demandé de traverser la rue pour aller boire un verre ?

- Qui est jaloux, maintenant ?

- Je n'ai jamais prétendu ne pas l'être, moi, lui fit-il remarquer.

- Caradoc vient régulièrement... lui avoua t-elle.

- Caradoc Dearborn ? Le Caradoc que nous connaissons tous les deux ? s'étonna t-il.

- Oui. Il est toujours très gentil avec moi.

- Tu m'étonnes, marmonna James. »

Elle s'en voulut un peu, mais le voir contrarié lui procura une légère satisfaction. Elle ne mentait pas, Caradoc venait régulièrement et d'après Rolanda, il était devenu évident au fil des jours qu'il n'était pas là juste pour acheter des plumes. Il avait à peine une dizaine d'années de plus qu'eux, et il était beau garçon, brun, barbu, le visage très fin, il lui faisait un peu penser à Sirius en plus vieux.

« James...

- Hmmm ?

- Demain tu vas retourner à ta formation et moi à Scribenpenne et... Je ne sais même pas quand nous nous reverrons. Est-ce que ça ne te semble pas absurde ? »

Il ne répondit pas mais il attrapa la main qui avait recommencé à caresser ses cheveux et la garda dans la sienne un long moment, les yeux clos. Les deux dernières fois où ils s'étaient vus, elle s'était surprise à souffrir encore plus que lorsqu'il n'était pas là. Elle n'aimait pas cela.

« Plus je réfléchis, plus je me dis que c'est intenable..

- Tu veux me quitter pour Caradoc Dearborn, c'est ça ? plaisanta t-il. »

Elle sentit dans le ton de sa voix qu'il n'était pas rassuré, et à vrai dire, elle ne l'était pas non plus depuis qu'il avait commencé sa formation. Elle ne s'était jamais surprise à avoir autant peur pour son couple, et alors qu'elle observait Pétunia et Vernon au loin, une drôle d'idée germa dans son esprit et se mit à prendre de plus en plus de place dans sa tête au fur et à mesure que les minutes passaient.

« Et si nous habitions ensemble ? laissa t-elle échapper. »

Il ne bougea pas, mais elle vit ses yeux s'ouvrir subitement. Sa main était devenue moite dans la sienne, et elle se maudissait de lui avoir proposé une telle chose sans avoir préparé le terrain avant. James était un maraudeur. Il n'était pas le genre de garçon qui se posait dans une maison avec la fille qu'il aimait. Il était le genre de garçon qui vit au jour le jour.

« C'est juste une idée comme ça, il n'y a pas d'obligation ou...

- Ça fait plusieurs jours que j'y pense aussi, la coupa t-il en se redressant. »

Il s'assit en tailleur et elle s'appuya sur son coude pour mieux le regarder, un peu stupéfiée par son aveu. Elle s'attendait à le voir éclater de rire d'un instant à l'autre, mais il avait l'air on ne peut plus sérieux.

« Ces dernières semaines ont été... Tu sais. Tu me manques tout le temps. Je ne peux plus faire ça, admit-il.»

Il avait posé des mots sur ce qu'elle ressentait et son coeur se serra. C'était exactement ce qu'il se passait quand il n'était pas là. Les sentiments étaient devenus trop forts, presque agressifs, la prenant à la gorge à chaque fois qu'il n'était pas là, ne lui laissant pas une seconde de répit.

« Tu sais qu'on ne se verra sûrement pas beaucoup, même en habitant sous le même toit... Lui dit-elle au prix d'un effort redoutable tant les mots ne semblaient pas vouloir sortir.

- Mon emploi du temps peut changer à tout moment et même s'il ne change pas, nous nous verrons toujours plus que maintenant, et puis ce sera beaucoup plus simple pour éviter mes parents au moment des pleines lunes.

- Je veux juste être sûre que tu ne regretteras pas. »

Il secoua la tête, s'approcha d'elle, posa sa main sur sa joue et se pencha juste assez pour effleurer ses lèvres et elle respirait de nouveau.

« Vernon va faire son discours, tous les invités doivent être à leur table. »

Elle fut surprise quand elle leva la tête et qu'elle vit sa sœur à seulement quelques pas d'eux. Elle adressa un regard d'excuse à James, acquiesça, et se leva avant de s'épousseter légèrement et de tendre la main à son petit-ami. Pétunia leur tourna le dos, puis leur lança un regard dégoûté par dessus son épaule, et Lily sentit les larmes lui monter aux yeux en même temps que la main de James serrait un peu plus la sienne. Sa sœur venait de la faire tomber de son nuage.

« On devrait boire, lui proposa t-elle dès qu'ils retrouvèrent leur table à laquelle les grands-parents étaient toujours, réveillés cette fois, et en grande discussion avec la demoiselle d'honneur de Pétunia qui s'appelait apparemment Marge.

- Quelle bonne idée, la complimenta James quand elle s'empara de la bouteille de champagne qui trônait sur la table. »

Elle remplit la flûte du maraudeur jusqu'en haut et fit de même avec la sienne. Le discours de Vernon fut exactement comme elle s'y attendait : interminable, dépourvu d'humour, d'une lourdeur sans égale, et particulièrement offensant. Fort heureusement, il y avait le champagne, et il y avait James, et elle ne savait lequel des deux lui faisait tourner la tête, mais elle savait avec lequel elle passerait la nuit, et cela effaçait tout l'arrière plan douloureux de cette journée qu'elle s'était efforcée d'évacuer de son esprit pour ne penser qu'à lui et au fait qu'il était enfin là.