« Cette maison est parfaite pour vous ! Pourquoi est-ce que tu n'es pas plus enthousiaste ?! s'exclama Mary MacDonald en tournant dans l'angle des Trois Balais avec sa meilleure amie pour rejoindre la rue principale de Pré au Lard.

- Je sais qu'elle l'est, soupira Lily, c'est juste que... Est-ce que tu crois que c'est vraiment une bonne idée ? Peut-être que j'ai juste paniqué en voyant Vernon et Pétunia ensemble et que je n'aurais pas dû proposer ça. »

Quand Mary éclata d'un rire cristallin en s'accrochant à son bras, Lily se sentit un peu rassurée. Elle n'aurait pas été aussi hilare si elle pensait qu'elle se trompait. Cela faisait plusieurs semaines qu'elle visitait des maisons et des appartements par ci, par là jusqu'à ce que James ne remarque un cottage à Godric's Hollow et qu'il se mette à lui envoyer des hiboux à chaque fois qu'il avait un moment de libre pour lui demander d'aller le visiter.

Le propriétaire avait accepté de le lui faire visiter à l'aube, juste avant qu'elle ne commence à travailler, et sa meilleure amie avait l'avait accompagnée avec joie. Elles en étaient sorties toutes les deux conquises, mais Lily ne pouvait pas s'empêcher de sentir une certaine angoisse monter en elle.

« Oh tu as définitivement paniqué en voyant ta sœur et son stupide mari, qui ne l'aurait pas fait ? Lui répondit Mary. Mais tu m'as dit toi même que James y réfléchissait déjà depuis plusieurs jours avant que tu ne le lui proposes. Il y a réfléchi, insista t-elle. Est-ce que tu te rends compte ? C'est un maraudeur, et il a réfléchi au lieu d'agir sur un coup de tête ! C'est un miracle. »

Lily esquissa un faible sourire amusé. Elle avait raison. Pour une fois, James avait été le plus mature des deux et elle, la plus spontanée, et elle se demandait si c'était vraiment bon signe. Vivre ensemble, c'était entrer dans la cour des grands. Elle n'aurait plus d'excuse. Elle ne pourrait plus se cacher derrière ses parents. Elle n'était plus une enfant, et elle ne pensait pas que ce serait si difficile de l'accepter quand elle avait passé toute sa vie à essayer de se frayer un chemin dans le monde des adultes.

Maintenant que des jours et des jours s'étaient écoulés depuis le mariage de Pétunia, elle comprenait tout ce qu'impliquait le fait d'habiter avec James. Elle avait eu tout le loisir d'y penser. Ce ne serait pas comme Poudlard. Il n'y aurait qu'eux, et si leur relation s'était épanouie ces derniers temps, elle ne doutait pas que tout ne serait pas toujours aussi plaisant, et elle n'avait aucune idée de la façon dont ils géreraient cela.

« Je ne peux pas te dire que tout ira bien, je n'en sais rien, reprit Mary, mais j'imagine que si tu ne vois pas de fin à votre relation, c'est la suite logique, non ?

- Oui, c'est sûr, admit Lily, et avec Pétunia et Vernon qui ne se sont toujours pas décidés à chercher un endroit où vivre, je vais certainement imploser si je reste chez mes parents... Le problème, c'est que James et moi, ce n'est pas... Tu sais... C'est toujours un peu irréel pour moi et habiter ensemble, ça rend les choses vraiment très concrètes.

- J'ai compris, tu flippes complètement, déclara sa meilleure amie en lui tapotant le dos avec compassion, mais on devient tous adultes un jour ou l'autre, tu sais ? Je cherche un appartement aussi, pas avec Emmeline, certes, mais j'en cherche un quand même, et je comprends absolument ce que tu ressens parce que quitter mes parents me paraît... Insensé. On a toujours voulu être grandes, et maintenant que nous le sommes, on voudrait de nouveau être couvées parce qu'on se rend compte que finalement, un tas de choses nous tombent dessus maintenant et ça fait un peu peur, mais on s'en sortira très bien Lily. »

Mary s'était arrêtée devant elle pour lui dire ces quelques mots les yeux dans les yeux, et l'ancienne préfète se détendit légèrement.

« Ca ne change rien au fond, tu sais ? Tu pourras retourner chez tes parents si tu le veux, si tu en as marre des imbécillités de James et de ses copains, et tu m'auras toujours moi aussi, continua t-elle avec un sourire amical.

- Oh Merlin, tu as raison. Les garçons vont passer leur vie chez nous, n'est-ce pas ? s'enquit-elle en venant de prendre conscience qu'un maraudeur vient rarement sans les trois autres.

- Tu en prends un, tu les prends tous, répliqua simplement Mary avant de rire devant le visage affolé de Lily. »

Elle les adorait, il n'y avait aucun doute là dedans, mais elle avait vu de ses yeux le trou qu'ils avaient fait dans le mur de la cuisine du manoir d'Euphemia et Fleamont, et elle savait qu'ils étaient capable de bien pire. Sa vie d'adulte n'allait pas être une promenade de santé.

« C'est bizarre aujourd'hui. Pourquoi est-ce qu'il n'y a personne ? demanda Mary en se tournant et se retournant au milieu de la rue principale de Pré-au-Lard. »

Elles avaient à peine avancé et étaient juste devant le bureau de poste lorsque Lily remarqua qu'une épaisse fumée s'échappait du bout de la rue. Comme Mary, elle pivota et balaya du regard l'endroit. Les volets étaient tous fermés. Ses cheveux fouettèrent son visage et elle les attacha rapidement avant de sortir sa baguette de sa poche et de donner un coup de coude à sa meilleure amie pour qu'elle fasse de même. Quelque chose ne tournait pas rond.

Un instant plus tard, un éclair de lumière verte passa si près d'elle qu'elle le sentit presque sur sa nuque sans pour autant deviner d'où il venait, et le monde parut tourner autour d'elle au ralenti. Elle sentit la main de Mary tirer sur son poignet et l'entraîner dans une course effrénée mais lorsqu'elles arrivèrent devant Scribenpenne, elles s'arrêtèrent, titubant un peu.

A la place de la devanture, des lettres de feu formaient l'inscription « sang-de-bourbe ». Lily serra le bras de Mary, les yeux rivés vers l'endroit qui l'avait faite rêver toute son enfance. Des larmes de colère perlaient au coin de ses yeux quand une détonation les fit sursauter toutes les deux. A quelques mètres de là, juste devant chez Zonko, un auror était aux prises avec un homme d'une cinquantaine d'années dans une longue robe de sorcier noire de première main.

Derrière lui se trouvait une poignée de mangemorts qui observaient la scène comme s'il s'était agi d'un cours. Il n'y avait aucun doute sur l'identité du sorcier, il était celui dont on ne doit pas prononcer le nom. Lily commença à se ruer dans leur direction, baguette tendue devant elle, jambes flageolantes, et juste quand elle pensait que l'auror avait le dessus sur le mage noir qui se trouvait à plusieurs mètres d'elle, il s'échoua sur le sol, inconscient.

En à peine vingt secondes, il y eut un échange de regard entre elle et le meurtrier dont la baguette était toujours levée, elle vit un sourire traverser son visage, puis une dizaine d'aurors débarquèrent, et en même temps elle dirigeait sa baguette sur Voldemort en hurlant des « Stupefix » qui ne l'atteignaient jamais. Tout bougeait autour d'elle mais elle n'avait aucune idée de ce qu'il se passait, elle essayait juste d'éviter les sorts du mage noir, et puis quelque chose la heurta, et elle se sentit partir en arrière, et puis plus rien.

Tout cela avait été très bref malgré le fait que les secondes lui avaient semblé être des minutes, et quand elle se réveilla elle mit un peu de temps à comprendre où elle se trouvait. Une migraine affreuse lui martelait les tempes et chaque rayon de soleil qui passait par les rideaux entrouverts de la chambre où elle se trouvait l'agressait. Sa bouche était si pâteuse qu'elle avait l'impression d'avoir eut la main lourde sur le whisky-pur-feu la veille.

Elle se frotta la tête, se tourna sur le côté, et tomba nez à nez avec une photo de Mary et d'elle prise quatre ans auparavant dans leur dortoir de Poudlard. Elles étaient toutes les deux assises sur le rebord de la fenêtre et s'amusaient à loucher. Elle se redressa légèrement quand elle entendit la porte s'ouvrir doucement et deux têtes apparurent dans l'encadrement.

« Je te l'avais dit, qu'elle serait réveillée, dit Mary en pénétrant dans sa chambre suivit de James. »

Lily se laissa péniblement retomber en arrière, la main sur le front, mi soulagée, mi inquiète, mais incapable de savoir par quelle question elle devait commencer tant elle en avait. Elle se retourna simplement lorsqu'elle vit du coin de l'oeil sa meilleure amie déposer un verre sur sa table de chevet.

« J'ai mis un médicament à l'intérieur, je me doutais que tu aurais une migraine d'enfer en te réveillant, excuses-moi, c'est de ma faute, expliqua t-elle en grimaçant et en s'asseyant sur le bord de son lit. J'ai lancé un pot de fleurs en direction des mangemorts, mais l'un d'entre eux l'a renvoyé et... Tu te l'es pris en pleine tête...

- Ne t'inquiètes pas. Qu'est-ce que que tu fais là ? demanda Lily à James après avoir avalé le contenu d'une verre d'une traite et fait un bref signe à Mary pour lui signifier que ce n'était pas de sa faute. »

C'était comme si elle réfléchissait au ralenti. Elle n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, elle savait juste qu'il faisait jour et que James aurait probablement dut être en train de dormir, ou à sa formation. Elle le vit enfoncer ses mains dans ses poches et lui sourire.

« Moi aussi je suis content de te voir, mais la prochaine fois, faisons en sorte que ce ne soit pas dans le cadre de mon travail et de préférence, sans Voldemort, s'il te plaît, déclara t-il. »

L'entendre prononcer son nom l'acheva et elle s'étala de tout son long sur le lit de Mary, les yeux fixés au plafond. Tout était réel. Le regard du mage noir sur elle, ce sourire glaçant, et l'auror a ses pieds...

« L'auror, est-ce qu'il est... »

Elle ne termina pas sa phrase et le silence des deux autres fut assez parlant pour qu'elle n'insiste pas. Elle eut la nausée en plus de tout le reste. Quelqu'un était mort devant ses yeux, et malgré son mal de crâne persistant, elle n'avait jamais été plus reconnaissante d'être en vie.

« Il a pu prévenir le bureau des aurors avant d'engager le combat... Quand le chef a su que Voldemort était sur place, il a envoyé la première unité d'abord, et nous ensuite. Tu étais déjà par terre quand Sirius et moi sommes arrivés avec les autres. Ça n'a pas duré longtemps. Ils ont fichu le camp dès qu'ils ont vu qu'on était beaucoup trop pour eux, reprit James avec frustration.

- Et Scribenpenne ? Rolanda ?

- Elle va bien, elle s'est réfugiée chez Ambrosius Flume, le patron d'Honey Dukes, dès qu'elle a vu les mangemorts arriver. Ils ont saccagé Scribenpenne et... »

Il s'interrompit et elle le vit échanger un regard avec Mary qui posa sa main sur sa jambe par dessus la couverture. Ce fut elle qui termina sa phrase.

« Lily, on pense que ce n'est pas raisonnable que tu retournes travailler là bas. »

Elle s'y attendait, elle avait elle-même douté pendant un moment avant d'accepter le job, mais elle adorait cet endroit et imaginer ne plus y mettre les pieds lui tira les larmes, et puis soudain, une autre pensée lui traversa l'esprit.

« Est-ce que c'est Rolanda qui... Est-ce qu'elle ne veut plus que je vienne à cause de... A cause de ce qu'ils ont écrit là bas ? s'enquit-elle, plus pâle que jamais.

- Non, absolument pas, s'empressa de lui répondre Mary.

- Sirius est avec elle. Plusieurs aurors sont restés à Pré-Au-Lard. Elle était très choquée de te voir par terre. Je vais lui écrire pour lui dire que tu es réveillée. »

James quitta la pièce, laissant les deux jeunes femmes seules, et Mary s'assit en tailleur au bout du lit.

« Il m'a fait passer un sale quart d'heure, tu sais.

- James ? l'interrogea Lily.

- Il pensait que je t'avais tuée, et je dois dire que j'y ai cru aussi pendant une seconde, lui avoua Mary, blanche comme un linge.

- Ce n'était qu'un stupide pot de fleur, tenta t-elle de la rassurer en émergeant de la couette juste pour aller s'asseoir à côté de sa meilleure amie. »

Elle passa son bras autour de ses épaules et Mary bascula contre elle. Elles étaient toutes les deux en vie, conscientes que le constat aurait pu être bien plus dramatique, et Lily savait qu'elle n'était probablement pas la plus perturbée par le mot qu'ils avaient lu sur la devanture de Scribenpenne.

« C'était Mulciber... souffla t-elle en se souvenant de cette fois où leurs regards s'étaient accrochés quand il était venu dérober la plume. »

L'accusation était grave, mais elle n'était pas dénuée de sens. Leur ancien camarade d'école avait fait toutes sortes de choses aussi monstrueuses sinon pires à Poudlard, et plus elle se rappelait de son regard sur elle, plus elle se disait qu'il était impossible qu'il n'y soit pas pour quelque chose. Il était l'un de ces hommes masqués derrière Voldemort, elle aurait pu en mettre sa main à couper, mais la question qui la taraudait le plus était la suivante : Severus Rogue était-il complice ?

« Quoi ? lui demanda Mary.

- Je n'en sais rien. Je me trompe peut-être, mais Mulciber est... Tu sais, il a volé la plume et a été obligé de la ramener, et il savait que je travaillais là bas. Il m'y a vue et... Je sais que je tire peut-être des conclusions hâtives, mais il avait juste cette horrible façon de me regarder et... Je crois que je m'attendais à ce qu'il fasse quelque chose comme ça.

- Tu crois qu'il a dit à Voldemort qu'une enfant de moldus travaillait à Scribenpenne ?

- Je ne sais pas. Je ne pense pas qu'il se déplacerait juste pour ça, si ? Peut-être qu'il avait autre chose à faire... Peut-être qu'il voulait rappeler aux gens qu'il est partout, même là où ils ne s'y attendent pas.

- Sirius pense que sa cousine a quelque chose à voir là dedans.

- Sa cousine ?

- Bellatrix Lestrange.

- Lestrange ? répéta Lily en fronçant les sourcils. Tu veux dire... Comme Rodolphus Lestrange ?

- Ils se sont mariés cet été d'après Sirius. »

Lily écarquilla les yeux, estomaquée, et secoua frénétiquement la tête en grimaçant. Rodolphus Lestrange ne valait pas mieux que Mulciber et Avery à son humble avis, et elle se demanda subitement à quel point la cousine de Sirius était saine d'esprit.

« Enfin bref, elle était à Gringotts, et Sirius pense que l'attaque était un leurre pour attirer les aurors à Pré-au-lard tout en faisant fuir les clients potentiels de la banque qui auraient peur de voir Voldemort débarquer ensuite sur le Chemin de Traverse, et tout ça afin de trafiquer quelque chose en paix à Gringotts, expliqua Mary avant de poursuivre. Moi, je n'y crois pas trop. Les gobelins sont tellement rigoureux, il est IMPOSSIBLE de monter la moindre arnaque ou je-ne-sais-quoi là bas.

- Mais comment est-ce que Sirius sait que sa cousine était là bas, et qu'est-ce qu'elle a à voir là dedans ?

- Elle est surveillée par la brigade des aurors, comme beaucoup d'autres qui sont suspectés d'être des mangemorts. »

Lily obtint une réponse à son questionnement. Bellatrix Lestrange n'était absolument pas saine d'esprit. C'était bizarre comme le vent avait tourné ces derniers temps, comme le bonheur semblait doucement essayer de prendre la poudre d'escampette alors qu'elle tentait constamment de refermer ses doigts dessus.

« Tu sais... Ils ont encore mis des affiches partout, reprit Mary d'une voix si basse que Lily ne l'entendit presque pas.

- Les mêmes que la dernière fois ?

- Je crois. Ils veulent que les gens dénoncent les enfants de moldus, les cracmols, et ceux qu'ils appellent des traîtres à leur sang. James a essayé de s'en débarrasser, mais ils ont mis des maléfices dessus. On ne peut ni les retirer des murs, ni les brûler... Les aurors sont en train de chercher une solution. »

Elle venait de terminer sa phrase lorsque James surgit de nouveau dans la pièce. Mary se défit de l'étreinte de Lily non sans avoir auparavant planté un baiser sur sa joue, et elle disparut derrière la porte, soucieuse de leur laisser un peu d'intimité.

« Le professeur Dumbledore m'a contacté pour savoir comment tu allais, annonça James avant de s'asseoir sur le bord du lit et de se frotter légèrement les yeux.

- Quand est-ce que tu as dormi pour la dernière fois ? l'interrogea Lily sans tenir compte de sa déclaration. »

Il haussa les épaules et laissa échapper un long bâillement. Ses cheveux étaient plus fous que jamais et son visage, étrangement pâle.

« La bonne nouvelle dans tout ça, c'est qu'il semblerait qu'ils aient plus besoin de nous le jour que la nuit... Mes horaires vont sûrement changer, lui apprit-il avec un demi-sourire. Et ils m'ont donné ma journée pour que je reste avec toi.

- Je vais bien, lui assura t-elle en ignorant du mieux qu'elle le put la migraine encore présente mais qui était devenue nettement plus supportable grâce au médicament de Mary.

- Vraiment ? »

Il la regardait dans les yeux et elle savait qu'il ne faisait pas allusion à sa douleur physique. Elle ouvrit et referma la bouche plusieurs fois, essayant de rassembler ses idées. Aussi étrange cela puisse paraître, elle avait accepté depuis longtemps le fait qu'ils soient en guerre. Ou peut-être qu'elle évitait juste de penser qu'elle pourrait causer sa perte. Elle ne savait pas trop, mais elle avait juste la sensation d'essayer de vivre normalement malgré tout, et d'y parvenir... La plupart du temps.

Sa scolarité à Poudlard l'avait fortement aidée pour cela. Elle avait été heureuse au château, mais c'était aussi là bas qu'elle avait compris à quel point elle serait victime d'une idéologie excluante comme il y en avait tant d'autres dans le monde, et elle s'y était préparée. Elle avait gardé la tête haute devant Avery, devant Mulciber, devant Rogue, et devant tous les autres pour qui elle n'avait jamais été que de la vermine et maintenant, c'était comme si elle ne les voyait même plus.

Si elle devait être vraiment honnête, elle il y avait parfois cette petite voix dans sa tête qui lui chuchotait qu'elle n'appartenait à rien, que sa sœur la haïssait d'être une sorcière, et que des sorciers la haïssaient d'avoir été une moldue, mais au fur et à mesure des années, elle avait appris à la dompter assez pour ne plus l'entendre constamment. Il y avait juste des jours avec et des jours sans.

Elle n'avait simplement pas envie de donner au camp adverse une raison de croire qu'ils étaient les chasseurs et qu'elle était la proie, et elle ne voulait pas le penser elle-même. Elle se voyait mal passer toute sa vie à se cacher. Elle voulait juste ne pas y penser et vivre. Elle savait qu'être triste ne serait pas un aveu de faiblesse mais elle était fatiguée de l'avoir déjà trop été.

« La maison était jolie, répondit-elle simplement. »

James soupira, posa sa main sur sa joue et déposa un baiser sur son front avant de s'écarter de nouveau d'elle et de détourner le regard.

« Tu me parles de la maison... J'ai cru que tu étais morte.

- Je me suis pris un pot de fleur, James. C'est plus risible qu'autre chose.

- Tu as affronté Voldemort ! s'exclama t-il comme pour essayer de lui faire prendre conscience de ce qu'il venait de se passer. Tu sais combien de gens ont survécu à ça ? »

Il secoua la tête comme si elle était irresponsable, ce qu'elle trouva drôlement ironique, et sa phrase aurait certainement dû lui inspirer de la terreur, mais Lily choisit d'esquisser un sourire et de lui attraper la main pour attirer son attention sur elle et pas sur les souvenirs qu'il avait de son corps gisant sur le sol de la rue pavée de Pré-au-lard.

« Je ne pouvais pas mourir. Sirius aurait sauté sur l'occasion pour acheter la maison de Godric's Hollow et me remplacer dans ton cœur.

- Ce n'est pas drôle, affirma t-il en fronçant les sourcils.

- Non, c'est clair. J'aurais vu la fortune des Potter me passer sous le nez alors que j'étais seulement à ça... poursuivit-elle en joignant presque son pouce et son index devant elle. »

Il lâcha un « pfff » suivit d'un rire qui lui échappa sans qu'il ne puisse rien y faire, et elle appuya sur ses épaules pour le faire basculer en arrière, puis elle enfouit ses mains dans ses cheveux noirs. Elle n'avait aucune idée de ce qu'il avait pu ressentir, mais elle tenta d'imaginer une seule seconde ce qu'il se serait passé dans sa tête si elle l'avait vu par terre devant Voldemort, et cette simple pensée la glaça.

« Il faut qu'on prenne cette maison, James, lui glissa t-elle.

- Tout ce que tu veux, murmura t-il. »

Ses yeux commençaient à se fermer alors qu'elle traçait les contours de son joli visage avec son index. Elle ne se lasserait jamais de le regarder, et elle se demandait ce qu'il se serait passé si le pot de fleur ne l'avait pas assommée. Serait-elle morte de la main de Voldemort ?

« James ?

- Hmm ?

- Tu as dit que les mangemorts étaient partis dès que vous étiez arrivés... Ca veut dire qu'il n'y a pas eu d'arrestation ? »

Il ne répondit pas immédiatement et elle crut qu'il s'était endormi pendant une seconde jusqu'à ce qu'il secoue lentement la tête de droite à gauche.

« Ils ont transplané trop vite, personne n'a eu le temps de faire quoi que ce soit, lâcha t-il finalement. »

Il se tourna sur le côté, bailla longuement, et elle le laissa s'endormir. Elle garda les yeux rivés sur lui, essayant de chasser les mauvaises idées de sa tête. Elle savait qu'après ce jour là, plus rien ne serait comme avant, et ce même si elle avait essayé de minimiser les choses auprès de ses deux amis. Elle était malade à l'idée de ne plus retourner à Scribenpenne et elle redoutait clairement de devoir rester enfermée chez elle. Elle devrait trouver une excuse auprès de ses parents pour leur dire qu'elle avait quitté son emploi, et elle entendait déjà les railleries de Pétunia. Elle n'avait pas besoin de cela.