« Quand est-ce que tu vas le lui dire ? »

La voix de son meilleur ami tira James de ses rêveries. Ils étaient dans le quartier général des aurors en train de récupérer leurs affaires dans les casiers qui avaient été mis à leur disposition au début de leur formation, et alors qu'il enfilait sa veste, ses doigts s'étaient tout de suite refermés sur le morceau de papier qui se trouvait à l'intérieur, une vieille photographie chiffonnée qu'il gardait là depuis plus d'une semaine.

« A moins que tu ne comptes pas le faire... reprit Sirius en lui jetant un regard interrogateur.

- Je vais lui en parler, certifia James, mais avec l'achat de la maison, les démarches, et le travail... Ce n'est pas comme si j'avais vraiment eu le temps. »

Il claqua la porte de son casier un peu plus fort qu'il ne l'aurait voulu et évita le regard de Sirius parce qu'il savait très bien ce qu'il y lirait. Il était de mauvaise foi. Il avait eu le temps de discuter avec Lily. Il en avait eu le jour même de l'attaque. Il avait simplement choisi de ne pas aborder le sujet parce qu'à chaque fois qu'il l'avait fait dans le passé, cela n'avait fait qu'accentuer leurs désaccords, et il ne voulait plus rien risquer.

Il était à deux doigts d'avoir la vie qu'il rêvait d'avoir depuis ses quinze ans. Il était avec elle, et ils achetaient une maison ensemble. Bientôt ils emménageraient, et ensuite, il lui demanderait de l'épouser. Pas parce que c'était ce que la bienséance voulait, pas parce que le mariage semblait la suite logique à leur époque, mais parce qu'il voulait être son mari. Pourquoi aurait-il risqué tout cela pour Severus Rogue ?

Il savait que ce n'était pas bien. Sa conscience le torturait depuis des jours et des jours. Il aurait dû lui parler, il aurait dû le faire directement, mais il avait eu peur et maintenant, sa lâcheté le dégoûtait. Il posa une énième fois les yeux sur la photographie sur laquelle Lily, âgée d'une douzaine d'années, s'amusait à faire des ricochets dans le petit étang du parc qui s'étendait près de sa maison, et il soupira lourdement en se rappelant sa brève entrevue avec Severus Rogue durant le mariage de Pétunia.

Ils marchaient vers le parc lorsqu'ils passèrent devant une petite impasse de laquelle survenaient des cris. James s'arrêta net en remarquant le jeune homme assis devant la maisonnette aux murs grisâtres. Un bruit de vaisselle cassée le fit sursauter mais il ne leva pas les yeux vers eux. Lily, elle, le fixait, s'efforçant de paraître impassible. Elle n'irait pas le voir, il le savait, mais il savait aussi qu'elle penserait toute la journée au fait qu'elle l'avait laissé là sans rien faire. Elle était comme ça. Elle s'en voudrait.

« Tu veux y aller ? lui demanda t-il.

- … Non. Ce n'est plus mon problème, répondit-elle finalement. »

Il hésita une seconde. Ils auraient pu simplement continuer leur chemin, il ne s'en serait pas plus mal porté que cela, mais il doutait que la culpabilité de Lily ne vienne la hanter. Elle ne devait rien à Rogue, mais elle était simplement l'une de ces personnes qui s'en fait pour les autres, qu'ils fassent partie de sa vie ou non, et si cette fois tout était au dessus de ses forces parce que c'était Rogue, il savait qu'elle s'en voudrait quand même, et dans ces cas là, il n'y avait qu'une solution : qu'il fasse lui-même ce qu'elle ne pouvait pas se résoudre à faire.

Alors il trottina jusqu'au jeune homme et s'arrêta lorsqu'il fut à sa hauteur. Rogue ne le remarqua pas tout de suite et James eut juste le temps d'apercevoir une photo de Lily qu'il regardait fixement comme s'il essayait de se propulser à l'intérieur afin de quitter la colère ambiante que semblait abriter la maison où il avait grandi.

Elle était très jeune dessus et ses cheveux étaient coiffés en une longue natte qui retombait sur son épaule. Elle tenait une poignée de cailloux dans sa main gauche qu'elle lançait sur l'étang d'un grand parc en essayant de faire des ricochets. Elle semblait particulièrement concentrée.

« Qu'est-ce que tu fais là, Potter ? »

La voix sèche et surprise de Rogue et son geste hâtif et maladroit pour ranger la photo dans la poche de son pantalon miteux le firent revenir à lui. Ils échangèrent un curieux regard pendant une seconde. Le serpentard savait qu'il avait vu la photo, et James ne pouvait pas faire semblant. Il n'était pas tellement surpris, mais quelque part en lui il avait espéré que l'obsession s'était calmée.

« Je suis avec Lily, répondit-il simplement après s'être raclé la gorge et fait un bref signe par dessus son épaule. Sa sœur se marie, on allait au parc et...

- Et tu t'es dit que tu allais te pavaner avec elle devant chez moi, termina Rogue sur un ton glacial.

- On a entendu tes parents, je voulais juste savoir si ça allait, lui expliqua t-il en ignorant son regard répugné qui jonglait entre elle et lui. »

Pendant un moment, il ne répondit pas, il se contenta de continuer à le dévisager, et finalement, son visage s'éclaira comme s'il venait de comprendre quelque chose et James fronça légèrement les sourcils. Un nouvel éclat de voix retentit dans la maison mais le jeune homme au teint blafard semblait à présent imperturbable.

« Alors bien sûr, tu viens jouer les héros devant elle...

- Sérieusement ? l'interrogea James avant de détourner le regard et de soupirer lourdement.

- Tu ferais mieux de partir rapidement, Potter. Il y a quelques sorts que je n'attends que de pouvoir essayer sur toi et je serais ravi de le faire maintenant, répondit Rogue en tapotant sa baguette discrètement.

- Devant Lily ? Très bonne idée, mais en même temps, est-ce que ça l'étonnerait vraiment ? Après tout, tu l'as traitée de...

- J'en ai un qui peut te faire saigner de tous les orifices, le coupa t-il rageusement en essayant de paraître calme pour quiconque passerait devant la ruelle... Ou simplement pour Lily.

- Charmant, commenta distraitement James. Sur ces belles paroles, je vais y aller... J'ai juste une dernière question... Est-ce que tu crois que le mariage de Pétunia va donner des idées à Lily ? »

James vit Rogue fulminer devant lui et il ne put nier la satisfaction qu'il ressentit. Il n'avait pas immédiatement compris lorsqu'ils étaient à Poudlard pourquoi ils éprouvaient une haine viscérale l'un envers l'autre, mais plus les années s'étaient écoulées, plus les choses étaient devenues limpides. Ils l'aimaient tous les deux. Il n'y avait pas que cela. Le serpentard usait et abusait de la magie noire, il trempait dans tout ce qui révulsait James et dans tout ce qu'il voulait éradiquer sur cette terre.

Il avait pris sur lui pour faire un pas dans sa direction seulement pour Lily, pas pour passer pour un héros devant elle contrairement à ce que Rogue pensait, mais juste pour soulager la conscience de la jeune femme, mais il était sûr que son rival ne pourrait jamais comprendre une telle chose. Si cela avait été le cas, ils auraient pu avoir une discussion cordiale.

« Peut-être qu'elle est à toi maintenant, mais...

- Elle n'est pas à moi, le corrigea James en le fixant d'un air profondément dérangé. »

Il y avait cela, aussi. Cette manie que Rogue avait de voir les gens comme des objets, des pions qui se déplaçaient ou qu'il déplaçait lui même au gré de ses envies et de leur bon vouloir quand il n'utilisait pas la magie noire sur eux pour les forces et faire rire ses copains. Il n'avait probablement pas valu beaucoup mieux que lui fut un temps, mais il pouvait au moins se targuer de n'avoir jamais eu recours à une forme de magie monstrueuse.

Le jeune homme semblait encore avoir des choses à dire mais James lui tourna le dos pour aller rejoindre Lily, prenant sur lui pour avoir l'air parfaitement détendu. Ou du moins, pour ne pas avoir l'air de repenser au top 10 des tortures les plus douloureuses que Sirius avait imaginé deux ans auparavant quand Severus et ses amis s'étaient amusés à humilier Mary MacDonald.

« Je veux aller le voir d'abord, déclara James alors que Sirius et lui quittaient le ministère.

- Pour faire quoi ? L'interrogea Sirius en lui jetant un regard perplexe.

- Je n'en sais rien, le confronter.

- Ah oui, parce qu'on avait des débats si enrichissants lui et nous à Poudlard. »

James jeta un bref coup d'oeil agacé vers Sirius dont le ton cinglant était loin de l'aider à accepter qu'il avait entièrement raison. Évidemment qu'il n'y aurait rien de cordial dans leur discussion, évidemment que Rogue se ficherait éperdument de ce que James pourrait avoir à lui dire, et peut-être même cela l'encouragerait-il à s'enfoncer encore plus dans la magie noire, mais cette photo froissée dans sa poche était ce à quoi l'ancien Serpentard se raccrochait quand tout autour de lui ne tournait pas rond, et la fille qui était dessus, ils l'avaient en commun.

« Potter ! Black ! »

Ils avaient presque atteint la ruelle où ils avaient pris l'habitude de transplaner lorsqu'ils se retournèrent d'un même mouvement. Une jeune femme aux longs cheveux bruns traversa la route en courant, replaçant d'un geste élégant son écharpe rouge autour de son cou avant de s'arrêter devant eux, leur envoyant un sourire radieux alors que ses grands yeux bleus jonglaient entre eux.

« Vous êtes partis à toute vitesse ! S'exclama t-elle en reprenant son souffle avant de poursuivre en leur tendant chacun un petit carton d'invitation doré. C'est mon anniversaire le mois prochain et je paye ma tournée à toute la brigade au Chaudron Baveur. Je peux compter sur vous ?

- Tu sais bien que si tu payes à boire je viens, répondit aussitôt Sirius avec un sourire en coin. »

La jeune femme acquiesça tout en lui rendant son sourire, puis son regard dévia sur James. Elle se tortilla nerveusement et il vit ses joues s'empourprer. Greta était une super fille. Ils s'étaient bien entendus dès qu'ils avaient commencé la formation, mais il avait compris récemment qu'il lui plaisait alors il faisait tout pour que leur entente reste professionnelle.

« Il y aura tout le monde, continua t-elle en le fixant avec insistance. »

Il savait qu'il rendrait les choses encore plus bizarres s'il n'y allait pas, et après tout, ce n'était qu'une soirée avec ses collègues. Il n'était même pas forcé de passer du temps avec Greta en particulier. Oui, elle serait là, mais son meilleur ami aussi. Et si toutefois elle essayait d'engager quelque chose, il pourrait en profiter pour lui parler de Lily.

Il n'en avait pas vraiment eu l'occasion jusque là. A vrai dire, il n'y avait simplement pas pensé parce qu'il n'avait aucune idée de l'attirance que Greta éprouvait pour lui jusqu'à ce que Sirius ne le lui fasse remarquer quelques jours plus tôt, et il était difficile de se livrer sur sa vie personnelle entre leurs entraînements de duel et leurs missions sur le terrain. Le privé n'avait pas vraiment sa place dans la formation d'Aurors.

« Tu sais que je vais t'en vouloir si tu ne viens pas, reprit-elle.

- Très bien, très bien. Je serai là, abdiqua t-il finalement.

- Parfait.»

Elle leur adressa un signe de main et s'empressa de repartir dans le direction opposée alors que James ne pouvait s'empêcher de se rappeler de la discussion qu'il avait eue avec Lily concernant ses collègues. Il lui avait stupidement menti quand elle lui avait posé des questions sur les filles de la formation et il le regrettait.

Sur le coup, lui dire qu'il s'entendait très bien avec Greta lui avait semblé être la pire des idées simplement parce que Lily et lui ne parvenaient presque plus à trouver du temps l'un pour l'autre et il avait eu peur de la blesser ou de l'inquiéter inutilement en lui parlant d'une autre fille. En plus, Greta Catchlove était particulièrement jolie.

Il avait bien remarqué que quelques autres hommes de la formation lui tournaient autour mais elle semblait n'avoir d'yeux que pour lui et cela ne l'arrangeait pas tellement. Il aimait l'attention, il en était flatté, mais quelque part aussi un peu gêné et cela ne lui était jamais arrivé avant qu'il soit en couple avec Lily.

C'était la première fois qu'il se rendait compte qu'il n'avait plus envie que les filles le remarquent. Il n'en avait plus besoin. La seule qui comptait était en couple avec lui. Cependant, il l'avait si peu vue ces dernières semaines que parfois, tout semblait un peu flou, en décalage, et il était impatient qu'ils puissent enfin emménager ensemble pour oublier cette mauvaise période durant laquelle ils étaient tous les deux sous tension.

« Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? demanda t-il à son meilleur ami alors qu'ils venaient de transplaner et remontaient à présent l'allée du manoir.

- Pour rien, répondit Sirius sur un ton léger en prenant un air innocent qui fit lever les yeux au ciel à James.

- Crache le morceau Patmol.

- Je suis juste curieux de savoir comment tu vas parler de la soirée d'anniversaire à Lily.

- Je lui dirais que je sors avec ma brigade, répondit-il simplement en haussant les épaules.

- Tu sais que Greta espère quelque chose, lui fit remarquer Sirius en lui lançant un coup d'oeil en biais.

- Elle espère quelque chose ? répéta t-il en haussant les sourcils.

- C'est sa soirée d'anniversaire, bien sûr qu'elle espère quelque chose. Elle passe ses journées à baver sur toi, qu'est-ce que tu crois ? »

James passa une main dans ses cheveux, songeur, et continua à marcher aux côtés de Sirius qui semblait essayer d'emmener un caillou avec eux jusqu'à la porte du manoir en donnant des petits coups de pied dedans.

« De toutes façons, ce sera l'occasion de lui parler de Lily, reprit-il.

- Le jour de son anniversaire ? souligna Sirius en grimaçant. »

James inspira profondément et garda les yeux vissés devant lui. Son meilleur ami l'agaçait souvent, mais rarement à juste titre. Cette fois, il ne pouvait même pas lui répondre, et ne pas avoir le dernier mot le vexait profondément.

Il poussa la lourde porte d'entrée du manoir, traversa le hall, et balança sa veste sur le dossier du fauteuil qu'occupait habituellement sa mère. Une enveloppe était posée sur le buffet. Il n'eut même pas besoin de l'inspecter pour savoir qu'elle venait de Lily. Il s'en saisit et ressentit immédiatement un drôle de mélange d'impatience et de culpabilité.

« Pourquoi tu ne l'ouvres pas ? le questionna Sirius qui venait de s'effondrer sur le canapé sans prendre la peine de retirer son manteau. »

Il ne répondit pas immédiatement. Ils avaient tellement à faire depuis qu'ils avaient pris la décision d'acheter la maison qu'il avait l'impression qu'il était en train de perdre la tête, et son meilleur ami avait systématiquement l'obligeance de lui rappeler à quel point il déconnait. C'était d'ailleurs pour cette raison qu'il l'aimait autant, mais là, c'était comme si tout lui échappait un peu.

« Je crois que je vais aller voir Rogue, finit-il par lâcher les yeux dans le vague.

- Quoi ? Ce soir ? s'étonna Sirius en se redressant.

- Il faut que je règle ça, répondit-il après avoir acquiescé et récupéré sa veste.

- Je viens avec toi.

- C'est entre lui et moi, mon vieux, c'est...

- C'est un mangemort, le coupa Sirius. Je ne vais pas te laisser y aller tout seul.

- Il ne voudra jamais me parler si tu es là.

- C'est vrai que la dernière fois, il avait l'air d'en avoir vraiment envie, ironisa t-il. Je vais me transformer et rester à l'écart. Je me ferai discret. »

Sirius accrocha son regard et James sut qu'il n'aurait aucun moyen de le faire changer d'avis. Il accepta alors un peu à contre cœur et les deux camarades quittèrent le manoir dans lequel ils venaient pourtant juste de pénétrer pour transplaner dans la ruelle d'un quartier tristement sombre. Quelques lampadaires défectueux n'éclairaient que très peu la chaussée et cela arrangea bien Sirius qui disparut derrière une façade pour se transformer.

James était déjà arrivé devant la maison des Rogue lorsqu'il jeta un dernier regard par dessus son épaule vers son meilleur ami à quelques mètres de là, partiellement dissimulé derrière une haie qui avait brûlé pendant l'été. Il avait rarement vu un endroit plus sinistre que celui ci. Serrant le bout de papier dans sa poche gauche, il frappa quelques coups à la porte et patienta. Il n'y eut aucune réponse pendant plusieurs secondes, et finalement, un rideau jaunâtre bougea derrière une fenêtre.

« Bonsoir. Je suis un ancien camarade de classe de Severus, dit-il d'une voix forte. »

La porte s'ouvrit au moment où il songeait à tourner les talons. Oh, il n'y avait aucun doute, il était au bon endroit. Une dame au teint cireux et aux cheveux noirs l'observa de haut en bas avant de prendre la parole.

« Serpentard ? l'interrogea t-elle d'un air méfiant.

- … Gryffondor, répondit-il après avoir brièvement réfléchi.

- Le gamin n'habite plus ici. »

Elle s'apprêta à fermer la porte mais James posa sa main dessus pour l'arrêter. Il ne savait pas trop si le dédain dans sa voix était lié à sa réponse ou s'il était en lien avec son fils. Une chose était sûre, ils n'avaient pas qu'un physique en commun.

« S'il vous plaît. J'ai besoin de lui parler.

- Le gamin n'habite plus ici, répéta t-elle un peu plus sèchement alors que sa main trouvait sa baguette dans la poche de sa robe de chambre à fleurs délavée.

- Où est-ce que je peux le trouver ?

- Qu'est-ce que j'en sais, moi ? maugréa t-elle. »

Il y eut un éclat de verres dans la pièce de vie derrière elle, James fronça les sourcils alors que la mère de Severus se retournait.

« Combien de fois j't'ai dit de n'pas toucher à l'absinthe, Tobias ?! vociféra t-elle. »

Il y eut un grommellement douteux derrière elle et James ressentit un élan de pitié pour Severus Rogue en songeant qu'ils n'étaient pas arrivés dans la vie avec les mêmes chances.

« Est-ce que vous... Est-ce qu'il revient ici... Parfois ? demanda James en se doutant clairement de la réponse.

- Le p'tit est parti, j'te l'ai d'ja dit ! Maint'nant vas-t-en avant que j'n'appelle les renforts ! »

La baguette qu'elle tenait dans sa main commençait à fumer. James se recula juste assez pour la laisser refermer la porte et il fit volte face pour rejoindre Sirius un peu plus loin. Il comprenait mieux Lily quand elle lui disait que Rogue n'avait pas eu une vie facile. Cela ne changeait pas grand chose à l'avis qu'il avait sur lui, il continuerait à penser qu'il était en partie responsable de ce qu'il était devenu, mais il savait pourquoi Lily l'avait défendu pendant tant d'années.

« On sait au moins de qui il tient son amabilité maintenant, déclara Sirius alors qu'ils étaient tous les deux de retour dans le salon du manoir. »

James esquissa un demi sourire et se laissa tomber à côté de lui sur le canapé. Il n'avait aucun moyen de trouver Rogue et la lettre de Lily trônait toujours sur le buffet. Il la fit venir à lui d'un coup de baguette et la décacheta le cœur serré. Elle lui manquait.

« Cher James,

J'ai réglé les dernières formalités avec l'ancien propriétaire, il m'a dit que nous pourrions emménager le mois prochain. Mes parents se sont fait à l'idée contrairement à Pétunia et Vernon qui n'ont toujours pas de pied à terre et qui me rappellent bien à chaque repas que je suis irresponsable de me lancer dans l'achat d'une maison à mon âge alors que je n'ai pas de travail. Ils ont dit à papa et maman que j'avais sûrement été renvoyée juste parce que j'étais évasive à chaque fois qu'ils abordaient le sujet. Crois-moi, mes bagages sont prêts, et c'est sûrement mieux pour tout le monde parce que je ne suis pas sûre de pouvoir encore me retenir de leur jeter l'un des sorts que Sirius m'a conseillé d'essayer la dernière fois.

Mary vient dîner de temps en temps en renfort. Elle met Vernon extrêmement mal à l'aise quand elle parle de sa relation avec Emmeline et ça illumine mes journées. Je ne sais pas pour quelle raison obscure ma sœur s'est entichée de cet horrible garçon.

Sûrement parce que j'avais déjà trouvé le meilleur.

Qui me manque beaucoup, soit dit en passant... Nous nous voyons tellement peu en ce moment que j'ai parfois l'impression que nous vivons dans deux univers différents. Est-ce que tu ressens ça aussi ?

Bien à toi,

Lily. »

Ses dernières phrases lui restèrent en tête toute la soirée et toute la nuit. Il avait une sensation bizarre. Il se tourna et se retourna plusieurs fois dans son lit. Ils n'avaient jamais passé autant de temps aussi loin l'un de l'autre que depuis qu'il avait commencé sa formation, et parfois, la distance devenait plus que physique.

Elle prenait une autre dimension et tout devenait morne. Il détestait ce sentiment horrible qui le faisait douter de façon déraisonnable. Ils s'aimaient mais ils avaient besoin de se le montrer constamment et quand ils ne le pouvaient pas, il n'y avait plus qu'un terrible et pesant silence qu'il arrivait à peine à supporter. Le mois à venir n'allait être qu'un calvaire, et il le savait. Il ne pouvait que s'accrocher à ce qui suivrait.