« C'est le dernier carton, soupira Peter en le lâchant au milieu du salon du petit cottage de Godric's Hollow.

- Tu as encore perdu ta baguette ? lui demanda Rémus en arquant un sourcil pendant qu'il ensorcelait plusieurs gros bagages qui volaient au dessus des escaliers pour se poser dans la plus grande chambre de l'étage.

- Elle doit bien être quelque part, intervint Mary en soulevant plusieurs coussin du canapé.

- Laisse tomber, Sirius l'a brisé en deux en faisant tomber la commode dessus... grommela Peter.

- Elle n'avait rien à faire sur le sol, répliqua le fautif.

- Tu dis ça alors qu'on ne sait même pas à quoi ressemble le parquet de ta chambre avec tous tes magasines partout, là. »

Lily et Mary s'échangèrent un regard amusé alors que James refermait la porte de la maisonnette derrière lui, observant le salon avant d'esquisser un léger sourire en direction de sa petite-amie. Ils allaient enfin pouvoir se retrouver, mais elle savait qu'il faudrait encore attendre quelques heures parce que Sirius et lui avaient une soirée avec leur brigade et même si les garçons avaient proposé plusieurs fois de rester, elle s'était refusée à leur faire annuler leur moment de détente ensemble. En plus, être seule avec Mary lui ferait du bien aussi.

« Tu es sûre que tu ne veux pas que je reste ? l'interrogea James après que Rémus et Peter les aient salué.

- Mary et moi allons ranger la penderie et ça risque de nous prendre un certain temps de toutes façons, répondit-elle après avoir secoué la tête, ses doigts tripotant machinalement les cordons du sweat du maraudeur. »

Elle leva les yeux vers lui en se mordant la lèvre. Elle avait une sensation bizarre au creux du ventre. C'était comme s'ils ne savaient plus se comporter normalement l'un avec l'autre, comme si le temps avait creusé un fossé entre eux. Elle se savait capable de le franchir, et James l'était aussi, mais ils avaient besoin d'avoir du temps ensemble, de se retrouver vraiment, de parler autrement qu'au travers d'une lettre, de se toucher, et comme s'il l'avait compris, il déposa un baiser sur son front et la serra dans ses bras pendant un bref instant.

C'était rassurant. Il y avait toujours l'électricité, cette petite tension capable de briser les barrières les plus solides et de les terrasser l'un comme l'autre. Elle devait l'admettre, elle s'était inquiétée. Ils vivaient dans un monde différent depuis plusieurs mois et c'était inédit. Ils avaient toujours partagé le même quotidien et ces derniers temps, elle s'était sentie à part. Elle avait eu l'impression qu'ils n'avaient plus rien en commun à part les sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. Il vivait une vie dont elle ne savait rien et dont elle n'avait pas l'impression de faire partie, et cela l'avait un peu chamboulée.

« A ce soir alors ? »

Elle hocha lentement la tête en lui lançant un sourire, et adressa un signe de main à Sirius qui observait son meilleur ami comme s'il attendait qu'il fasse quelque chose. Finalement, il soupira, secoua la tête, et quitta la maisonnette à la suite de son meilleur ami. Lily fronça les sourcils. Elle avait eu cette drôle d'impression toute la journée, comme s'ils étaient tous les deux agacés l'un par l'autre, et elle avait l'habitude de ne pas poser de question parce qu'elle savait qu'ils réussissaient toujours à régler leurs problèmes, mais elle n'aimait pas les voir aussi tendus.

« Alors ? Ça fait quoi d'habiter officiellement avec James Potter ? l'interrogea Mary en la chahutant un peu alors qu'elles montaient les escaliers.

- Honnêtement... Je suis un peu stressée. Nous nous sommes peu vus ces derniers temps et... Je ne sais pas. Tout est bizarre, répondit Lily, les yeux dans le vague.

- C'est normal, vous êtes comme ça. Vous avez besoin de vous voir et de vous chamailler pour que ça fonctionne. C'est votre carburant et vous êtes sur la réserve, mais maintenant ça va vite repartir.

- Je l'espère. Je le sens... Distant.

- Crois-moi, il te regarde toujours comme si tu étais le plus énorme des feux d'artifice que Zonko ait proposé à la vente.

- … Est-ce que c'est une bonne chose ? la questionna Lily en laissant échapper un rire.

- C'est la meilleure chose qui soit ! assura Mary en lui laissant un regard suggestif qui fit lever les yeux au ciel à Lily. »

Elles pénétrèrent dans la grande chambre où tous les cartons et toutes les valises de vêtements étaient entreposées et Mary sauta sur l'immense lit qui trônait au fond de la pièce. Epuisée par cette journée, Lily en fit de même.

« Emmeline voudrait vraiment qu'on habite ensemble, lui confia Mary.

- Oh, et... Qu'est-ce que tu en penses ?

- Comme d'habitude... Je crois que je tiens trop à mon indépendance pour l'instant mais je ne sais pas comment le lui dire. J'évite le sujet le plus possible, mais elle fait exprès de le remettre sur le tapis à chaque fois.

- Hmm... Peut-être que tu devrais lui dire les choses simplement.

- Et la voir me regarder avec ses petits yeux tristes ? Plutôt mourir, décréta la jeune femme en faisant légèrement sourire Lily. »

Mary était absolument adorable et s'il y avait bien une chose qui l'angoissait, c'était de causer de la peine à quelqu'un qu'elle aimait, et Lily avait toujours trouvé cela admirable. Elle n'était pas sa meilleure amie pour rien.

« Ne change jamais, lui dit-elle en attrapant sa main et en la serrant dans la sienne. »

Elles échangèrent un regard complice avant de rester silencieuse pendant un long moment, interrompues seulement par un gargouillement de ventre. Lily pouffa et se redressa. Elles n'avaient absolument rien rangé depuis que les garçons étaient partis mais ils n'étaient pas là pour le voir et la priorité semblait avoir soudainement changé.

« Je pense qu'on peut décemment s'accorder une pause repas après cette pause repos, déclara t-elle alors que Mary hochait vigoureusement la tête. »

Finalement, le rangement de la penderie fut reporté à l'heure suivante et il fut si long que lorsqu'elles en virent le bout, elles poussèrent simultanément un soupir de soulagement.

« Pourquoi est-ce qu'il a autant de vêtements ? Je t'avais dit qu'on aurait dû utiliser nos baguettes, marmonna Mary avec mauvaise humeur.

- Je n'en sais rien, mais je te jure que je vais le laisser ranger toutes les autres pièces de cette maison, répondit Lily en se laissant tomber en arrière sur le lit. »

Mary ferma les portes de l'immense garde-robe et Lily l'entendit s'arrêter net et pousser une exclamation attendrie, alors elle se redressa. Elle tenait ce qui ressemblait à un morceau de papier entre ses mains. Il était tout usé, il devait être vieux.

« Ça doit être tombé d'un de vos vêtements, lui dit Mary en retournant le morceau de papier en question pour le lui montrer. »

Lily, assise sur le lit, tendit la main pour l'attraper et fronça les sourcils. Ce n'était pas du tout du parchemin. Il s'agissait d'une photo d'elle, et elle l'aurait reconnu entre mille. Elle datait d'une autre époque, presque d'une autre vie, une dimension dans laquelle James n'apparaissait pas mais dans laquelle Severus Rogue était omniprésent. Il avait pris cette photo.

Elle l'observa avec incompréhension pendant de longues secondes. Mary semblait comprendre que quelque chose clochait parce qu'elle la dévisageait en attendant qu'elle parle, mais finalement, ce fut elle qui déclara :

« Je crois qu'elle est tombée de la dernière veste... »

Lily resta de marbre pendant un instant avant que son cerveau ne se mette à carburer à toute vitesse. Là, elle n'avait plus aucun doute. James lui cachait quelque chose. Elle n'était pas folle. Le pressentiment désagréable qu'elle avait depuis quelques temps se vérifiait. Qu'avait-il fait ? Comment s'était-il retrouvé en possession d'une photo qui appartenait à la personne qu'il détestait probablement le plus sur cette terre ? Il n'était certainement pas aller prendre le thé avec lui.

Elle se leva d'un bond, son cœur tambourinait si fort dans sa poitrine que ses jambes étaient fébriles. Elle tourna en rond pendant un moment, cherchant une explication plausible à tout cela, essayant de se rassurer du mieux qu'elle le pouvait, mais il n'y avait absolument rien d'apaisant dans le fait d'apprendre par hasard que Severus et James s'étaient vus d'une manière ou d'une autre.

« Cette photo appartient à Rogue, expliqua t-elle à Mary sur un ton monocorde. Il l'a prise quand nous étions plus petits, au parc près de chez moi.

- Rogue ? répéta la jeune femme, perplexe. Qu'est-ce qu'elle fiche ici ?

- Il n'y a qu'un seul habitant de cette maison qui est au courant, et ce n'est pas moi, répondit-elle sur un ton maussade. Je n'arrive pas à croire qu'il... elle laissa sa phrase en suspend et prit une profonde inspiration, contrariée.

- Wow, ne t'emballe pas, peut-être que c'est juste un hasard et...

- Un hasard ? la coupa Lily. Il se retrouve par hasard avec une photo qui appartient à Rogue ? Rogue, Mary. Pas n'importe quel autre ancien élève. Rogue, répéta t-elle.

- Je sais, mais...

- Et surtout, il ne me le dit pas, ajouta t-elle hâtivement. Qu'est-ce que... Merlin... Pourquoi est-ce qu'il... Pourquoi est-ce qu'il ne me dit plus rien ? Mary, je te jure, je...

- Ce n'est peut-être pas si grave. Il l'a peut-être juste croisé dans le cadre du travail.

- Severus au bureau des aurors ? l'interrogea Lily en arquant un sourcil avant de réaliser avec stupéfaction que sa meilleure amie avait potentiellement raison, mais que rien là dedans ne la rassurait. Merlin, est-ce que tu crois qu'il... Tu penses qu'ils l'ont arrêté pour... Quelque chose ? »

Mary ouvrit la bouche pour répondre et la referma aussitôt en bafouillant, secouant la tête et haussant les épaules avec embarras. Lily, elle, avait l'impression qu'un gros bloc de glace venait de lui tomber dans l'estomac. Ses doigts se crispèrent sur la photo et elle l'enfonça dans la poche arrière de son jean noir. Son poing tremblait le long de ses hanches.

James lui cachait des choses et c'était comme si toutes ses impressions étranges prenaient sens, comme si la distance qui s'était installée entre eux s'expliquait soudainement, et elle ne savait même pas mettre le doigt sur ce qu'elle ressentait. C'était un mélange de colère, de peine, et par dessus tout, de peur. A quel moment avaient-ils perdu confiance l'un en l'autre ?

« Je suis désolée il faut que je... »

Elle ne termina pas sa phrase et elle émergea de la chambre à toute allure. Elle enfila son manteau et quitta le cottage, laissant sa meilleure amie derrière elle. L'air frais de l'automne lui fouettait le visage mais elle avait l'impression de suffoquer. Elle transplana et remonta Charing Cross Road à plus vite qu'elle ne l'avait jamais fait.

Sa gorge était nouée. Elle avait l'impression qu'on lui appuyait sur la poitrine, et c'était la dernière chose à laquelle elle s'était préparée en débutant cette journée. James était son échappatoire après avoir vécu avec Pétunia pendant trop longtemps. Tout était supposé être mieux, tout était supposé être beau, mais là, il n'y avait plus que d'affreux doutes. Elle essayait de se calmer, comme Mary le lui avait dit, mais on ne fait pas facilement taire un mauvais pressentiment.

Elle poussa la porte du Chaudron Baveur où devaient se trouver James et sa brigade et remarqua Sirius instantanément. Il ne la vit pas, trop occupé à plaisanter avec un jeune homme qu'elle ne connaissait pas. Elle traversa la pièce et aperçut finalement son petit ami assis au bar. Il n'était pas seul, et le sang de Lily ne fit qu'un tour.

Une jolie jeune femme brune était debout à côté de lui et semblait boire ses paroles. De là où elle se tenait, Lily ne pouvait pas rater le regard qu'elle lui lançait, et il n'avait rien de platonique. Elle était à bout de souffle lorsqu'elle arriva devant eux. Elle ne pouvait même plus faire confiance à son corps tout entier qui semblait vouloir l'abandonner, la lâcher devant lui et cette fille qu'elle ne connaissait pas mais qu'il avait l'air de bien connaître.

« Lily ? Qu'est-ce que...

- Qu'est-ce que je fais là ? le coupa t-elle en essayant de reprendre sa respiration sans trop savoir si elle était essoufflée parce qu'elle s'était dépêchée ou parce que tout était hors de contrôle. »

Le regard de la jeune femme jongla bizarrement entre eux et ce fut pire que tout. James fronçait les sourcils et la dévisageait en attendant qu'elle dise quelque chose et elle n'arrivait pas à croire qu'il puisse avoir un tel culot, qu'il puisse agir comme s'il n'avait rien à lui expliquer. Elle bouillonnait. Elle avait mal au cœur.

« Est-ce qu'il s'est passé quelque chose ? lui demanda t-il, visiblement inquiet en se levant du tabouret de bar et en l'attrapant par les épaules. »

Elle se dégagea immédiatement de son étreinte et jeta un bref coup d'oeil en direction de la jeune femme qui semblait ne pas comprendre qu'il était temps pour elle de filer.

« Oh, c'est Greta Catchlove. Une collègue de travail. Greta, je te présente Lily. »

Juste Lily ? Juste Lily ?! Est-ce qu'il était en train de se payer sa tête ? Est-ce que c'était encore l'une de leur mauvaise blague ? D'abord la photo, et ensuite la fille. Si c'était le cas, elle voulait que le canular se termine parce que ses yeux commençaient à brûler et ses jambes étaient en coton. Elle lui envoya un regard terrible mais il l'esquiva habilement et sa respiration saccadée commença à la trahir.

« Je dois y aller Greta, mais encore bon anniversaire, et merci pour l'invitation ! Soyez sages tous les deux ! S'écria un garçon de l'autre bout du bar en agitant sa main et en leur adressant un clin d'oeil. »

Catchlove éclata de rire et le salua d'un simple geste alors que Lily avait l'impression de se liquéfier. Ses yeux étaient dangereusement humides. Elle n'avait jamais été stupide, elle savait bien qu'il y avait quelque chose de louche. Combien de mensonges lui avait-il fait avaler ? Elle était venue pour lui demander une explication par rapport à la photo que Mary avait trouvé, et voilà qu'elle en était à se demander s'il ne l'avait pas totalement remplacée.

En voyant l'expression de son visage, il esquissa un geste vers elle mais elle le repoussa vivement et retira la photo de la poche arrière de son jean avant de la lui plaquer sur le torse et de tourner les talons, ne s'autorisant à renifler bruyamment que lorsqu'elle fut hors du Chaudron Baveur et que le vent siffla tout autour d'elle.

Elle ne voulait même pas lui donner le temps de la rejoindre. Elle savait très bien que c'était ce qu'il ferait. Elle le connaissait. Elle l'avait dans la peau. C'était probablement ce pourquoi elle avait si mal. On ne peut pas se débarrasser de quelque chose qui compose notre être tout entier. Elle transplana directement jusqu'au cottage. Mary avait fermé à clé, et Lily actionna la poignée pendant quelques secondes, sans succès, s'énervant inutilement dessus parce que ses nerfs lâchaient et qu'elle oubliait parfois qu'elle était une sorcière, puis elle déverrouilla la porte d'un coup de baguette.

Dès qu'elle pénétra dans le salon, elle remarqua que sa meilleure amie lui avait laissé une petite note sur le buffet, mais elle ne la lut même pas. Ce qui aurait été une bouffée d'air frais dans n'importe quelle autre circonstance ne fonctionna pas cette fois-ci. Elle slaloma entre les quelques cartons non déballés, et monta les escaliers pour aller s'enfermer dans la salle de bain. Quelques larmes s'écrasèrent au fond de la baignoire quand elle se pencha pour actionner le robinet.

Son histoire avec James n'avait été qu'une succession de mauvais timings et les choses ne s'arrangeaient pas. Elle venait d'acheter une maison avec lui, ils emménageaient tout juste ensemble, et le jour même, elle découvrait qu'il avait eu un ou plusieurs contacts avec son ancien meilleur ami sans le lui dire, et qu'il avait une complicité toute particulière avec une collègue de sa brigade, collègue dont il ne lui avait jamais parlé. C'était même pire que cela, il lui avait menti en disant qu'il ne discutait jamais avec les deux seules femmes avec qui il travaillait.

Elle pensait qu'ils seraient toujours honnêtes l'un envers l'autre. Elle croyait que leur relation reposait là dessus et qu'ils avaient appris de leurs erreurs du passé. Elle détestait cette journée. Elle détestait cette soirée. Elle détestait James. Elle se détestait elle-même de l'avoir cru. Elle se détestait de rester ici malgré tout parce qu'elle l'aimait et qu'elle espérait qu'il reviendrait en lui fournissant des explications qui tenaient la route. Elle détestait ne pas avoir d'autre choix. Elle détestait sa sœur d'avoir tant fait de sa vie un enfer qu'elle ne pouvait physiquement plus se trouver dans la même pièce qu'elle une minute de plus, ce qui l'obligeait à rester ici

Elle entendit la porte claquer au moment même où elle se glissait dans l'eau brûlante. Les marches de l'escalier grincèrent et des bruits de pas se succédèrent sur le joli parquet du palier avant qu'ils ne s'arrêtent finalement devant la pièce où elle se trouvait. Il y eut quelques coups frappés à la porte, et son prénom qui se faufila jusqu'à ses oreilles avant qu'elle ne prenne une profonde inspiration pour s'isoler sous la surface de l'eau.

Bien sûr qu'elle espérait qu'il reviendrait pour lui donner des explications, bien sûr qu'elle était pleinement satisfaite qu'il soit là, mais elle ne lui laisserait pas la satisfaction d'accourir dès qu'il le souhaitait. Elle n'avait pas envie de l'écouter pour l'instant. Elle voulait juste lui faire payer. C'était peut-être puéril, mais elle avait le droit de l'être. Elle n'avait pas assez profité du fait d'être une enfant lorsqu'elle en avait l'occasion mais cette fois-ci, elle n'avait pas envie d'être la plus mature. Elle avait mal au cœur et c'était de sa faute.

Se dérober au fond de la baignoire lui semblait être la meilleure chose à faire à cet instant précis. Elle avait passé des semaines et des semaines à se languir de lui, à ne penser qu'à ses mains sur sa peau et à sa voix lui murmurant des mots doux à l'oreille, mais maintenant... Elle devait se retenir de lancer un sortilège d'explosion sur sa stupide tête d'idiot menteur, et elle avait besoin d'une extrême concentration pour garder son sang froid.

Peut-être qu'elle faisait une montagne de pas grand chose, peut-être que si elle avait ouvert la porte maintenant et daigné l'écouter, elle aurait aussitôt été rassurée, mais cela ne changeait rien aux mensonges et cette simple réalité la déroutait profondément. Elle lui donnait tout. Serait-il un jour capable de faire de même ?

Les clapotis de l'eau frappèrent les parois de la baignoire lorsqu'elle en émergea. Ses yeux furent immédiatement attirés par plusieurs morceaux de parchemin sur le sol. Elle attrapa le plus près d'elle après s'être enroulée dans la seule serviette qu'elle avait déballé. « Est-ce qu'on peut en parler ? ». Cette écriture inclinée avait été son seul lien avec lui pendant trop de temps, et elle pensait presque qu'elle commençait à la détester elle aussi jusqu'à ce qu'elle ne ramasse un autre morceau de parchemin qui disait simplement « Je suis désolé. » Un cœur avait été soigneusement dessiné dans le coin inférieur du message. Le sien se serra un peu.

Sur le troisième figurait tout un paragraphe beaucoup plus long. « Sirius m'avait prévenu que ça finirait mal. J'aurais dû te le dire dès le début. Je voulais juste régler les choses tout seul. S'il te plaît laisse moi t'expliquer. » Elle inspira profondément et secoua la tête avant de jeter ce dernier à la poubelle. Elle pesta silencieusement parce qu'aucune de ses affaires n'était dans la salle de bain, alors elle dut se résoudre à ouvrir la porte.

Elle pensait que James aurait abandonné, mais il ne savait pas reconnaître une cause perdue quand il en voyait une, et il était assis contre le mur qui faisait face à la salle de bain. Il leva immédiatement les yeux vers elle quand il la vit sortir et elle passa devant lui en l'ignorant superbement. Elle l'entendit bondir sur ses pieds pour la suivre jusqu'à la chambre.

« Lily, est-ce qu'on peut parler ? »

Sa requête resta sans réponse alors qu'elle fouillait nerveusement dans le premier tiroir de la commode de la chambre où elle était sûre d'avoir vu Mary ranger ses pyjamas. Elle sentait la présence de James derrière elle mais elle ne voulait pas le gratifier d'un seul mot.

« Regarde-moi, s'il te plaît. »

Elle referma finalement ses mains sur un vieux tee-shirt et un short qu'elle enfila après avoir fait tomber la serviette à ses pieds, s'efforçant de lui faire croire qu'elle était hermétique à ses mots, à la façon qu'il avait de les prononcer comme s'il était désespéré, à son regard qu'elle sentait dans son dos, sur sa nuque, ce regard qui la faisait toujours rougir, qu'elle le veuille ou non.

Elle se glissa sous les couvertures et l'entendit inspirer profondément. Puis elle le sentit s'appuyer sur le lit. Sa main se posa sur sa cheville au dessus de la couette et elle la dégagea d'un simple coup de pied.

« C'est pire que tout quand tu m'ignores, lâcha t-il et son cœur manqua un battement. »

C'était ce qu'elle voulait. Pourtant, elle ne se sentait pas mieux. Rien n'allait. Elle allait probablement encore pleurer et elle n'avait aucune envie qu'il soit là pour le voir. Elle avait juste envie qu'il la pense dure comme de la pierre, intouchable. Elle avait juste envie qu'il voit qu'elle ne serait pas celle qui allait souffrir de ses bêtises, mais la vérité était toute autre et c'était trop dur de l'admettre.

Son cœur s'était remis à battre un peu trop vite, comme à chaque fois qu'il était près d'elle, et elle avait beau être furieuse contre lui, elle avait beau douter, être blessée, il y avait toujours cette partie d'elle même qui ne dormait jamais et qui voulait ses mains sur son corps. C'était agaçant. Aussi ennuyeux qu'une piqûre de moustique qu'on ne peut s'empêcher de gratter. Voilà. C'était ce qu'il était. Une infâme piqûre de moustique.

« Lily, écoute, si c'est à propos de ma collègue. J'ai... Je n'ai pas été tout à fait honnête avec toi. Non pas qu'il y ait quoi que ce soit. C'est à peine une amie. On s'entend bien. Pas de la façon que tu imagines, s'empressa t-il d'ajouter avant d'être silencieux pendant une minute. Je sais que j'aurais dû t'en parler quand tu m'as posé la question au mariage de ta sœur, mais je ne voulais pas que tu te fasses d'idée alors que je ne pouvais jamais te voir. C'était déjà assez difficile pour nous deux sans que j'en rajoute une couche en te disant qu'une de mes collègue est sympa. Je ne voulais pas risquer que tu imagines quoi que ce soit. »

« Beau travail », pensa t-elle avec ironie sans toutefois le lui dire. Elle ne bougeait pas. La pièce était plongée dans le noir et elle imaginait James, assis au bout du lit, à la regarder sans vraiment la voir, et cela l'arrangeait bien. Elle n'avait pas envie de l'écouter. Elle voulait juste qu'il la laisse. Ils parleraient plus tard, mais pas quand il l'avait décidé. Elle serait celle qui prendrait la décision. Il n'aura qu'à faire avec.

« Lily... »

Son souffle désespéré, bien que lointain, la fit trembler un peu. Elle espérait qu'il n'ait pas remarqué. Elle en douta fortement lorsqu'il se leva et que ses pas s'éloignèrent avant de s'arrêter un peu plus loin. La porte grinça et se ferma. Elle étouffa un sanglot rageur dans son oreiller. Parmi tous les garçons sur terre, il était celui qu'elle avait choisi, et il était aussi celui qui lui paraissait toujours le moins accessible.

Ils étaient ensemble, il lui avait confié des parts de lui qu'il n'avait jamais confié à personne, et pourtant, il y avait toujours des choses essentielles qu'il lui cachait. Il aurait dû savoir que tout ce qui touchait à Severus Rogue était délicat. Il devait le savoir. Il ne pouvait pas faire semblant d'ignorer le lien entre eux après toutes ces années, après tout ce qu'il savait, après l'avoir vue s'inquiéter pour le serpentard quand elle aurait voulu être indifférente.

Elle agissait comme s'il n'était qu'un lointain souvenir, mais il était toute une partie de sa vie, et qu'elle le veuille ou non, elle réagissait toujours vivement quand son nom venait sur le tapis. Il avait été le premier à l'introduire au monde magique, le premier à lui faire comprendre pourquoi elle se sentait différente, à l'aider à l'accepter, mieux, à s'aimer pour ce que sa sœur détestait. Elle n'aurait jamais été elle-même s'il n'avait pas été là.

James n'avait même pas désamorcé la première bombe concernant sa collègue qu'il en avait une deuxième prête à lui exploser dans les mains. Elle le suspectait de ne pas avoir abordé le sujet volontairement. Il voulait probablement s'assurer qu'elle écoute ce qu'il avait à lui dire, de pouvoir échanger avec elle, et c'était tout ce qu'elle ne voulait pas ce soir là.

Elle ferma les yeux. Elle savait qu'il partait tôt au travail le lendemain. Cela lui donnerait au moins du temps pour réfléchir à la façon dont elle allait gérer les choses quand il reviendrait.