« Tu as été une épave toute la journée Cornedrue, déclara Sirius alors qu'ils étaient les deux seuls de leur promotion à ne pas encore avoir quitté le bureau des aurors.
- Merci vieux, ironisa James en projetant une boulette de parchemin dans sa direction. »
Ils étaient tous les deux dans la salle de pause et James se balançait dangereusement sur sa chaise, ses pieds croisés sur la table qui lui faisait face alors que Sirius était en train d'enfiler son manteau.
« Je sais que Lily te terrifie mais ce n'est pas une raison pour passer la nuit ici, reprit Sirius avec un petit sourire moqueur.
- Elle ne m'a pas dit un mot. Pas un seul. Je ne suis même pas sûr qu'elle veuille que je rentre.
- Bien sûr qu'elle veut que tu rentres, idiot, ne serait-ce que pour t'arracher la tête. »
James grimaça en songeant que son meilleur ami avait probablement raison. Dormir dans la salle de pause du bureau des aurors n'arrangerait en rien les choses. Ils devaient avoir une conversation, il fallait juste qu'il trouve la bonne manière de l'approcher et il savait que cela n'allait pas être simple.
Il avait préparé le terrain avant de partir au travail en passant la nuit à ranger les derniers cartons qui restaient au rez de chaussé. Il lui avait aussi préparé un petit déjeuner. Avait laissé quelques mots doux un peu partout dans la maison et avait remonté les couvertures sur ses épaules avant de s'en aller pendant qu'elle dormait toujours. Sa respiration régulière et calme était différente quand il la frôlait et qu'elle en était consciente.
« La bonne nouvelle, c'est que Catchlove ne me regarde plus.
- Tu lui as parlé ? demanda Sirius en s'asseyant en face de James.
- Je lui ai dit que je rentrais chez moi avec Lily. Je pense qu'elle a compris, expliqua t-il en brandissant devant lui quelques pages d'un vieux compte rendu complexe que Maugrey leur avait demandé d'étudier.
- Ah, pauvre Greta, encore un cœur brisé. Tu lui as mentionné que j'étais libre au moins ? »
James pencha son dossier juste assez pour esquisser un bref sourire vers Sirius et ils furent interrompu par la brigade de nuit qui envahit rapidement les lieux en leur donnant à chacun une petite tape amicale dans le dos.
« Allez. Vas sauver ton couple sinon il ne te restera plus que moi, et laisse-moi te dire qu'il est hors de question qu'on se marie juste parce que tu ne peux pas avoir Lily. Je veux que tu m'aimes de tout ton cœur. »
Encore une fois, Sirius lui arracha un sourire et ils quittèrent le ministère en même temps. Arrivé à l'endroit où ils transplanaient toujours, James l'arrêta d'un simple geste et le regarda dans les yeux.
« Juste au cas où elle ne me pardonnerait pas... Pour la lune de miel, tu préfères le chaud ou le froid ?
- Donne moi de la neige, j'aurais déjà mon soleil près de moi, déclara Sirius sur un ton faussement mielleux en lui adressant un clin d'oeil. »
Cette fois, ce fut un rire franc qui échappa à James et qui s'évapora aussitôt qu'il transplana. La nuit était déjà tombée. Il faisait un froid de canard dehors, mais le regard que Lily lui jeta quand il pénétra dans le cottage eut plus d'effet sur lui qu'une bourrasque glaciale. Il retira habilement son écharpe, son manteau, lâcha son dossier sur la table basse, et se tourna vers elle.
Elle était allongée sur le canapé et parcourait l'une de ses revues de quidditch. Il aurait voulu la rejoindre, se caler contre elle, profiter de sa chaleur, la toucher, plonger ses mains dans ses beaux cheveux, l'embrasser jusqu'au lendemain matin, mais sa raison lui hurlait de rester loin d'elle s'il voulait encore avoir une chance de voir le soleil se lever. Parfois, il détestait son instinct de survie.
« Lily... »
Dès qu'il prononça son prénom, elle bondit hors du sofa et se précipita vers la cuisine. Il resta de marbre un instant. Il ne s'était pas souvent senti aussi misérable et il la suspectait de tout faire pour que ce soit le cas. Il ne pouvait guère lui en vouloir. Il l'avait cherché.
« Merlin, est-ce que tu vas m'ignorer jusqu'à l'année prochaine ? articula t-il d'une voix forte avant d'aller la rejoindre. »
Elle était devant l'évier en train de laver des casseroles qui étaient déjà propres avec une rage qui le tint à distance. Au bout d'un moment, elle jeta rageusement l'éponge sur le plan de travail et se retourna vers lui, les bras croisés contre sa poitrine. Elle semblait finalement attendre qu'il parle. Si ses yeux avaient été des baguettes, il serait déjà mort.
« Je suis désolé, Lily. »
Il se rapprocha d'elle et essaya de lui caresser la joue mais elle se décala pour rester hors de sa portée et sa main retomba tristement le long de ses hanches. Ses yeux verts épinglèrent les siens et son estomac se retourna. Elle avait rarement été autant en colère contre lui.
« Qu'est-ce que tu veux savoir ? demande moi n'importe quoi, lui dit-il en reculant un peu, battant en retraite. »
Elle demeura muette. Son langage corporel était glaçant. Elle n'avait jamais eu l'air aussi imperméable à ses regards et à ses mots. Il ne la connaissait pas comme ça et il ne savait pas comment s'y prendre. C'était troublant d'avoir l'impression de ne plus avoir aucun effet sur elle, de ne plus avoir l'effet qu'elle avait sur lui.
« J'ai trouvé la photo dans Pré-au-Lard... Le jour où... Tu sais. L'attaque. Il n'y a pas eu d'arrestation, mais quand ils ont transplané, elle est tombée de la cape de l'un d'eux. Je comptais t'en parler un jour où l'autre, mais pas immédiatement. Je reconnais que c'était certainement une erreur, mais...
- Certainement ? répéta t-elle d'une voix tremblante. »
Il aurait dû se réjouir d'entendre finalement le son de sa voix, mais il y avait tellement de ressentiment dans son ton qu'il perdit le fil de son explication pendant quelques secondes avant de parvenir à reprendre.
« J'ai tout de suite pensé à l'anniversaire de Mary et à la discussion que nous avons eue. Tu refusais en bloc l'idée même qu'il puisse être devenu un man...
- Alors c'est de ma faute ? le coupa t-elle sèchement, et il la suspecta de ne pas vouloir entendre le mot qu'il allait prononcer.
- Ce n'est pas ce que je suis en train de dire, soupira t-il. J'ai juste... Je voulais lui parler d'abord, lui donner le bénéfice du doute parce que...
- Est-ce que tu te moques de moi ? l'interrompit-elle de nouveau. »
Il pouvait littéralement voir la fureur grandir en elle et un frisson lui parcourut l'échine. Il détestait ce qu'il se passait actuellement. Ils ne se comprenaient pas et il redoutait qu'elle ne le pardonne jamais. Cependant, plus il la dévisageait, plus il décelait son trouble. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il lui dise qu'il avait trouvé la photo après l'attaque. Il avait l'impression qu'il venait de mettre son cerveau en vrac.
« Je ne voulais pas que tu te tortures avec ça. Je voulais trouver une explication rationnelle autre que celle à laquelle tu penses actuellement avant de t'en parler. Je me suis dit que j'allais le chercher et lui tirer les vers du nez, que j'allais réussir à obtenir la vérité quelle qu'elle soit, et que tu serais fixée. Au mieux tu aurais été rassurée et au pire... Eh bien... Tu aurais su avec certitude. »
Ses yeux verts étaient posés sur lui mais ils ne le regardaient pas. Il les sentait ailleurs, comme à chaque fois qu'ils évoquaient Severus Rogue, comme à chaque fois qu'ils évoquaient cette partie de sa vie qu'elle avait laissé derrière elle mais qu'elle ne pourrait jamais totalement oublier parce qu'elle ne le voulait pas et parce qu'elle faisait tout simplement partie d'elle.
« Qu'est-ce qui t'a laissé penser que je voudrais savoir s'il en est un ? l'interrogea t-elle d'une voix à peine audible. »
Il s'apprêta à répondre mais referma la bouche immédiatement. Elle l'avait pris au dépourvu. Il bafouilla quelques secondes des broutilles qui n'avaient aucun sens, il le savait lui même, puis elle reprit la parole.
« Moi, je crois que tu voulais juste le faire pour toi. Parce que Merlin merci, ça te donne enfin l'occasion de me prouver par A+B que j'ai eu tort sur lui et plus important, que tu avais raison, que tu as toujours eu raison, que Rogue est odieux et qu'il ne changera jamais. »
Elle se contrôlait mais sa colère était audible. C'était presque du dégoût, et il le reçut comme un violent coup de poing dans l'estomac, le genre de coup de poing qui vous coupe la respiration et vous laisse faible et chancelant.
« Je ne l'ai même pas vu ! protesta t-il tant bien que mal, je ne sais même pas si...
- Ça suffit, le stoppa t-elle. La photo était là bas. Les mangemorts ont transplané, tu l'as trouvée par terre. Tu sais qu'il n'y a pas d'autre explication. Tu le sais, insista t-elle. Et je le sais aussi.
- Je n'avais pas l'intention de...
- Le plus blessant là dedans, c'est que tu ne te sois pas dit que je méritais de savoir.
- Tu méritais de savoir, affirma t-il, et j'allais t'en parler, mais...
- De la même façon que tu m'as parlé de Greta Catchlove ? »
Elle avait réponse à tout et il pouvait difficilement s'en sortir. Il sentait que tout lui échappait. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux et la laissa retomber sur le bord de l'évier, ses jointures blanchirent quand son poing se ferma.
« Tu voulais que je passe mes seuls moments avec toi à te parler de cette fille avec qui je m'entends bien ?
- Je voulais juste que tu ne mentes pas.
- Vraiment ? Alors remontons le temps, ajouta t-il en reprenant les choses en main. Regarde-moi. Nous sommes au mariage de ta sœur. Je ne t'ai pas embrassée depuis trop longtemps. Je ne sais plus ce qu'il se passe dans ta vie, tu ne sais pas non plus ce qu'il se passe dans la mienne. C'est la première fois que nous ne partageons plus le même monde et je me sens tout le temps loin de toi et tu me manques même quand j'essaie de ne plus y penser. Finalement, nous parvenons à passer une journée ensemble. Je pourrais te dire que je veux habiter avec toi, ou alors, te répondre, quand tu me poses cette question à propos de mes collègues qu'il y a effectivement deux filles. Que l'une d'entre elles me regarde avec un peu d'insistance parfois, et que je m'entends bien avec elle et...
- Qu'elle est jolie... intervint Lily.
- Qu'elle est jolie, confirma t-il sans plus chercher à nier la moindre vérité. Alors ? Comment se déroule le mariage de ta sœur, maintenant ? la questionna t-il. »
Même à deux mètres de lui il la sentit se radoucir. Ses bras tombèrent le long de ses hanches. Elle ne savait pas à quel point il avait envie de la serrer contre lui et de la supplier d'oublier ça, de plonger son nez dans le creux de son cou, juste sous son oreille, et de lui dire qu'il l'aimait à un point qu'elle ne comprendrait jamais.
« Mal, lâcha t-elle.
- Pourquoi ?
- Parce que j'ai peur que tu m'oublies.
- Pourquoi ? Insista t-il.
- Parce qu'elle est là et que je ne le suis pas. »
Elle avait baissé les yeux et il le regrettait. Il savait qu'il n'avait rien accompli, qu'elle lui en voulait toujours, mais quelque part, un nœud venait de se délier. Il l'observa un long moment dans le silence ambiant de la pièce. Elle avait noué ses cheveux en une haute queue de cheval. Ils étaient à présent si longs qu'ils arrivaient presque au niveau de sa poitrine, même coiffés de cette façon.
« J'aime bien quand tu attaches tes cheveux comme ça, laissa t-il échapper. »
Elle releva doucement ses jolis yeux verts sur lui. Il y voyait toujours de l'animosité, mais quelque part, il décela une once de tendresse qui l'aida un peu à prendre une inspiration. Tout n'était pas perdu.
« Pourquoi est-ce que ce garçon vous a dit d'être sages tous les deux ? le questionna t-elle en se tordant nerveusement les doigts.
- Parce que c'est un imbécile. Il s'appelle Samuel Grimsditch, c'est un descendant de l'un des premiers aurors du congrès magique des Etats-unis, il est arrivé à Londres il y a peu parce qu'il a raté son concours d'entrée là bas et il pense que...
- James... dit-elle simplement pour lui signifier d'aller à l'essentiel. L'entendre prononcer son prénom lui fit un bien fou.
- Il est au courant qu'elle m'aime bien, il a juste voulu plaisanter.
- Pourquoi est-ce qu'il ne savait pas que tu avais déjà quelqu'un ?
- Parce que personne ne parle de sa vie privée là bas. C'est un peu un principe. Et nous n'en avons pas tellement le temps à vrai dire. Je comptais expliquer à Greta que tu étais ma petite-amie le soir où je suis sorti, mais Sirius m'a dit que je devrais attendre, que c'était son anniversaire et que ce n'était pas le meilleur moment.
- Sirius mérite un sortilège interdit, pointa Lily, faisant très brièvement sourire James.
- Ce n'est pas de sa faute. J'aurais dû le faire avant. Quand tu es partie, j'ai dit à Greta que je rentrais chez nous pour te parler. Elle a bien compris. »
Lily hocha lentement la tête. Elle semblait encore perdue dans ses pensées. Il approcha sa main juste assez pour jouer avec les mailles du gros pull en laine pourpre qu'elle portait et elle n'esquissa aucun geste pour s'écarter de lui, ce qui le soulagea très légèrement.
« Est-ce qu'elle t'attire ? finit-elle par demander.
- Non, répondit-il aussitôt en fronçant les sourcils.
- Tu ne me mens pas ?
- Lily, non, regarde-moi, Merlin, tu sais quand je mens, non ?
- J'ai l'impression que je ne sais plus rien.
- Ne dis pas ça. »
Cette fois, elle le contourna pour retourner dans le salon et il regretta sa proximité. Il la suivit et se laissa tomber dans un fauteuil pendant qu'elle avait retrouvé sa place dans le canapé. Elle était assise et tenait sa tête entre ses mains. Ses jambes bougeaient nerveusement.
« Je pensais que nous avions dépassé l'étape des mensonges, que tu étais aussi vrai avec moi que je le suis avec toi, et maintenant, je ne sais plus quoi penser, souffla t-elle.
- Je ne t'ai pas menti dans l'intention de te cacher quoi que ce soit. »
Il pouvait presque entendre son cœur brisé dans le ton de sa voix. Cela le mettait dans un état terrible. A chaque fois qu'elle prenait la parole, il avait peur qu'elle lui demande de partir et il ne pouvait s'en prendre qu'à lui même. Elle renifla bruyamment, attrapa un mouchoir sur la table basse pour essuyer rapidement ses yeux humides et il eut l'impression de mourir à l'intérieur. Il s'apprêtait à s'excuser une nouvelle fois lorsque l'on frappa à la porte.
Ses yeux jonglèrent entre Lily et l'entrée, et lorsqu'elle lui fit signe qu'il pouvait aller ouvrir, il s'exécuta et tomba nez à nez avec ses parents qui pénétrèrent dans le cottage en les saluant chaleureusement avant qu'il n'ait pu prononcer le moindre mot. Des tornades.
« Tu avais promis que tu nous ferais visiter, et ton père était dans le coin pour une vente de shampooing, alors je me suis dit que nous n'avions qu'à passer et voir la maison. Oh nous ne serons pas là longtemps, je sais que tu es épuisé par le travail mais...
- Maman, ce n'est vraiment pas le moment, la coupa t-il.
- En fait, ça ne pouvait pas mieux tomber. J'ai quelque chose à montrer à ton père, intervint Lily. »
Elle s'était levée et arborait un sourire lumineux. James était sûr qu'il était le seul à remarquer à quel point elle était triste à l'intérieur. Il l'observa alors que sa mère la prenait dans ses bras pour la saluer, puis il la vit faire signe à son père de la suivre dans le bureau un peu plus loin, et il demeura immobile dans le salon. Sa mère le dévisagea.
« Quelque chose ne va pas ? »
Il ne sut trop s'il s'agissait d'une question ou d'une constatation. Il secoua simplement la tête avant de lui faire un rapide tour du propriétaire et de s'arrêter dans la cuisine. Il déposa une grosse tasse de thé brûlant devant elle et s'adossa à l'évier, les yeux perdus sur le sol.
« Au début de notre vie ensemble, ton père et moi n'arrêtions pas de nous disputer, commença prudemment Euphemia jetant des coups d'oeil en biais vers son fils.
- Ce n'est pas comme ça, répondit-il sur un ton froid qu'il regretta aussitôt d'avoir employé. Tu te rappelles de Rogue ?
- Bien sûr que je m'en souviens, Sirius et toi en parliez sans arrêt, s'empressa t-elle de répondre. Il y a une enquête ouverte sur lui.
- Une enquête ?
- Oui. Du ministère.
- Pourquoi le bureau des aurors n'est-il pas au courant ? l'interrogea James, ses mains agrippant un peu plus fermement l'évier contre lequel il était appuyé.
- Certains aurors le sont, lui confia t-elle, mais ce sont des dossiers sensibles.
- Il y en a plusieurs ?
- Celui là... Le cas Bellatrix Lestrange aussi... Anciennement Black... ajouta t-elle alors que leurs deux esprits dévièrent un instant vers Sirius. Et quelques autres anciens élèves ayant quitté Poudlard l'année dernière également.
- Est-ce qu'ils ont quelque chose sur eux ?
- Je le tiens de ton père et tu te doutes bien que je ne peux pas t'en parler, lui répondit-elle en lui lançant un regard désolé, et il était certain qu'elle aurait tapoté affectueusement sa main s'il avait été assis avec elle, mais tu connais les soupçons, et tu sais que si le dossier est ouvert, c'est parce que quelque part, il y a des preuves troublantes. »
James hocha simplement la tête et se perdit une nouvelle fois dans ses pensées. Il entendit sa mère boire une longue gorgée de thé et quand elle reposa sa tasse, elle reprit la parole.
« Pourquoi voulais-tu me parler du jeune Rogue ?
- Je ne voulais pas vraiment, mais Lily... Tu sais comme elle était amie avec lui autrefois et...
- Je sais. Tu t'en plaignais toujours quand tu rentrais pour les vacances. Cela te tracassais déjà à ce moment là.
- Elle a cette image de lui... reprit-il en ignorant sa remarque. Je ne sais pas comment t'expliquer. Ils ont un lien spécial et... Elle le déteste pour les horreurs qu'il lui a dites quand nous étions plus jeunes, mais elle ne le voit pas comme il est réellement et je... Ces preuves troublantes dont tu parles, il se trouve que j'en ai une en ma possession dont le ministère n'est pas au courant, et dont je ne veux pas qu'il le soit pour le moment. Je l'ai gardée avec moi pour essayer d'en savoir plus mais Lily l'a trouvée hier et elle... Elle m'a reproché de la lui avoir cachée et quand j'ai essayé de lui expliquer, elle m'a accusé de vouloir seulement lui montrer que j'avais raison et qu'elle avait tort, comme si c'était simplement une histoire d'ego et...
- Et c'était le cas ? le questionna sa mère en le regardant droit dans les yeux, bien consciente qu'il pouvait avoir ce genre de comportement.
- Non ! réfuta t-il aussitôt avant de changer de pied d'appui et de poursuivre. Enfin, je ne crois pas. J'avais juste... Honnêtement, je ne voulais pas lui faire de la peine. Sirius m'a bien dit que je devais lui en parler mais je savais qu'elle ne prendrait pas bien la nouvelle et je la voyais si peu que je n'avais pas envie de me disputer avec elle. Surtout pas à cause de lui.
- Hmmm. »
Sa mère sirota une autre gorgée de thé et elle l'observa avec un léger sourire. Il ne voyait vraiment pas ce qu'il y avait de drôle là dedans. Il était terrifié à bien des niveaux. Et si elle ne lui pardonnait jamais son manque d'honnêteté ? Et si elle ne lui refaisait jamais confiance ? Et si elle décidait de le laisser seul ici ?
« Tu me ressembles tellement parfois... lui avoua Euphemia. Et si je peux te donner un conseil, c'est d'arrêter de chercher toujours à épargner Lily. Elle n'en a pas besoin, et je doute qu'elle veuille que tu le fasses. Être un couple, c'est aussi se confier des vérités qui ne sont pas agréables à entendre et trouver des solutions ensemble. C'est ton père qui me l'a fait comprendre il y a bien longtemps.
- Comment est-ce que je suis censé faire ça ? Elle... C'est à peine si elle me regarde dans les yeux et je... Je sais que si sa sœur n'était pas aussi odieuse avec elle, elle serait déjà retournée chez ses parents et...
- Mais elle est toujours là, non ? Ça doit vouloir dire que...
- Ca veut simplement dire que je suis une meilleure option que Pétunia, maman, et crois-moi, un détraqueur est une meilleure option que Pétunia, soupira t-il, faisant légèrement sourire sa mère.
- Tu exagères.
- A peine. »
Il s'apprêtait à poursuivre lorsque Lily et Fleamont débarquèrent dans la cuisine. Il referma instantanément la bouche et son regard croisa brièvement celui de sa petite-amie avant qu'elle ne reporte le sien sur sa mère à qui elle envoya un sourire doux qui contrastait complètement avec l'expression qu'elle arborait juste avant que ses parents n'arrivent.
« Lily se met à la peinture, annonça Fleamont à sa femme en contournant la table pour aller se placer derrière elle et poser délicatement ses mains sur ses épaules.
- Vraiment ? s'étonna Euphémia alors que James était tout aussi stupéfait. Quelle idée brillante !
- Oh je ne sais pas, j'ai commencé seulement aujourd'hui, répondit modestement Lily. Je ne suis pas sûre que vous direz la même chose quand vous verrez mes toiles, ajouta t-elle, faisant légèrement pouffer la mère de James. »
Il avait envie de lui dire qu'il n'était pas le seul à lui avoir caché des choses, mais il réalisa rapidement à quel point cette réflexion était puérile. Elle n'avait pas pu avoir le temps de lui parler de son nouveau loisir, elle était trop occupée à gérer ses mensonges sur des sujets bien plus délicats et essentiels.
« Lily voulait des conseils pour réussir une peinture magique... Le problème, c'est que je ne suis pas assez calé en la matière, admit Fleamont, mais je te trouverai des livres au manoir, je sais qu'il y en a dans la bibliothèque, continua t-il en se frottant le menton d'un air songeur.
- Merci, mais ne vous tracassez pas avec ça, ça peut attendre...
- Merlin, il se fait vraiment tard, intervint Euphémia en se retournant pour jeter un regard insistant à son mari. Nous devrions y aller. N'oublie pas d'envoyer des hiboux, toi, glissa t-elle à son fils en le serrant dans son bras, et toi ma chérie, n'hésite pas à venir au manoir si tu tournes en rond ici. La porte est toujours ouverte. »
Elle caressa la joue de Lily qui lui adressa un sourire et la remercia sur un ton chaleureux avant de l'étreindre brièvement. Ils se suivirent dans le salon et bientôt, il n'y eut plus que les deux anciens préfets dans l'entrée, et le silence retomba à nouveau dans le cottage. L'expression du visage de la jeune femme était redevenu triste et froid mais quelque part, elle semblait plus paisible.
« Je ne savais pas que tu aimais peindre, lui dit-il en s'asseyant à côté d'elle sur le canapé tout en prenant soin de ne pas la toucher.
- Je ne savais pas non plus, répondit-elle sur un ton neutre.
- Tu me montreras ? »
Elle tourna la tête vers lui. Il pensait qu'elle était toujours en colère, mais son regard passa étrangement sur ses lèvres, et il y vit cette petite étincelle de désir qu'il y voyait quand tout allait bien, quand elle ne la cachait pas derrière sa colère, et il se sentit lui même perdre un peu pied. Il entendit un bref soupir de frustration sortir de sa bouche et il l'interrogea du regard mais elle l'ignora.
« Est-ce que tu veux reprendre la discussion là où elle s'est arrêtée ? demanda t-il. »
Elle secoua catégoriquement la tête de droite à gauche et s'enfonça un peu plus dans le canapé. Il se demanda pendant un instant si elle allait retomber dans le même mutisme que la veille. Il le redoutait. Il se tourna légèrement vers elle et alors qu'il s'apprêtait à parler, il posa machinalement sa main sur sa cuisse.
Il la vit réagir aussitôt et il perdit ses mots. Ses yeux verts jonglèrent entre sa main et son visage, pupilles dilatées, elle avala sa salive et il réalisa avec un peu d'étonnement que malgré tout, elle le voulait encore. Il fut encore plus surpris lorsque dans un élan, elle passa sa main derrière sa nuque et l'obligea à pencher la tête vers elle pour qu'elle puisse l'embrasser.
Il se laissa faire. Il n'avait pas sentit ses lèvres sur les siennes depuis trop longtemps. Il doutait même qu'il soit physiquement capable de la repousser. Ses mains étaient attirées par sa peau et lorsqu'elle l'enjamba pour pouvoir avoir un meilleur accès à tout son corps, elles atterrirent directement sur ses hanches et elle émit une légère protestation ou un encouragement lorsque ses mains quittèrent sa nuque pour se poser sur les siennes et les faire passer sous son pull.
« Lily, est-ce que tu...
- Ne me parle pas, le coupa t-elle sèchement. »
Paradoxalement, elle se serra un peu plus contre lui et il laissa échapper un soupir brûlant contre son oreille alors que ses mains remontaient le long de son dos. Il se sentit perdre tout le contrôle qu'il avait sur lui-même. Elle ne portait rien sous son pull. Elle se tortilla légèrement sur ses cuisses, et il sentit ses lèvres se poser sous son oreille. Elle le mordilla légèrement et il oublia toutes les interrogations qu'il avait en tête avant de faire valser son pull. Il ne pouvait pas lutter.
