Coucou les petits choux !
J'espère que vous vous portez bien en ce début de mois de mai.
Merci beaucoup pour vos reviews, mises en favoris et en suivi. Je suis contente que ce début vous ait plu.
Je remercie encore et toujours mes bêtas, Taery Raven et Lily Jem, pour leur correction et leur soutien, toujours au rendez-vous.
Bonne lecture !
Lundi 21 février 2005
Hermione Granger posa sa plume et se massa les tempes. Merlin savait combien elle aimait son travail, combien il la faisait vibrer autant que ce qu'elle escomptait – et même plus encore –, combien il stimulait agréablement sa réflexion, son intelligence et son besoin irrépressible d'établir des lois plus équitables pour les créatures magiques. Mais là, rien n'allait comme elle le souhaitait, elle n'arrivait décidément pas à se concentrer.
Assise à son bureau depuis presque quatre heures, elle avait l'horrible impression de tourner en rond. Son regard abandonna les papiers qui s'entassaient devant elle pour se perdre sur la décoration sobre mais chaleureuse qui ornait les murs de l'office qu'elle occupait depuis son arrivée au Ministère. Elle avait la chance d'avoir un bureau pour elle seule et avait, bien évidemment, pris soin de décorer à son goût. Elle y avait installé ce qu'elle qualifiait de petite bibliothèque personnelle, incluant les indispensables ouvrages dont elle se servait assez fréquemment – même si elle les connaissait par cœur. A son opposé, se trouvait une cheminée – bien protégée par mille et un sorts pour éviter toute intrusion inopportune –, en brique d'époque. Son bureau se trouvait au milieu, face à la porte. Porte qui était restée obstinément close en ce lundi matin.
Cela faisait trois ans qu'elle travaillait au Ministère, dans le Département de Régulation et de Contrôle des Créatures Magiques. Après la Grande Guerre, elle avait décroché une place dans la prestigieuse Ecole de Magistrature Magique anglaise, où elle avait étudié durant quatre années. Après avoir obtenu une licence au bout de trois ans, elle s'était spécialisée dans une maîtrise sur le droit des créatures magiques, qu'elle tenait toujours à défendre.
Hermione n'avait jamais perdu de vue ses idées. Depuis qu'elle avait créé la Société d'Aide à la Libération des Elfes en quatrième année à Poudlard, elle entretenait jour après jour son envie de contribuer aux droits des semblables du défunt Dobby. En grandissant – et à force de se faire charrier par ses amis qui lui rappelaient assez souvent combien son projet de l'époque était abusif – elle avait fini par en revoir les tenants et les aboutissants, et avait espéré pouvoir faire aboutir son projet un jour.
Juste avant les examens de fin de cursus, lors d'un habituel déjeuner dominical chez les Weasley, Harry, qui était désormais Auror, avait amené un parchemin à Hermione. La jeune femme, lorsqu'elle l'avait détaillé, était restée sceptique sur son contenu. Son meilleur ami lui avait donné une offre d'emploi au Ministère, alors même qu'elle n'était pas encore diplômée. La sorcière avait vivement protesté, indiquant que c'était trop prématuré, surtout que cela ne concernait pas n'importe quel service : il s'agissait ni plus ni moins du Département de Régulation et de Contrôle des Créatures Magiques, qui figurait en tête de liste de ses choix d'orientation. Et le Survivant savait très bien que c'était le type de poste auquel elle aspirait.
Ce qu'Hermione n'eût pas su à ce moment-là, c'était que quelques jours plus tôt, le directeur du Département avait parlé au Survivant du poste de chargé de projets qu'il créait au cours d'un déjeuner entre cadres et fonctionnaires. Harry y avait été convié par le Ministre de la Magie en personne, Kingsley Shacklebolt, qui avait souhaité qu'il s'exprime au sujet de sa dernière mission. Le jeune homme avait tout de suite pensé à sa meilleure amie lorsqu'il avait entendu les compétences recherchées pour ce travail et avait discrètement évoqué son nom au cours de la discussion. Le directeur, qui avait déjà eu vent des capacités de la meilleure sorcière de sa génération de par ses exploits en mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit, lors de la défaite de Lord Voldemort, avait semblé tout de suite intéressé par les propos du Survivant.
Harry avait délibérément omis d'en parler à la jeune femme, sachant pertinemment qu'elle aurait tout bonnement refusé de tenter sa chance pour ne pas être avantagée par rapport aux autres candidats. Et il avait eu raison. Mais tout finissait toujours par se savoir. Une fois diplômée, alors que la sorcière terminait sa première semaine au Ministère, elle avait eu vent des dires de son meilleur ami au cours du déjeuner d'affaires. Sa colère n'avait diminué que plusieurs semaines après, une fois qu'elle avait fini par entendre raison, qu'Harry avait juste dit qu'elle pouvait être intéressée, et qu'il n'avait aucunement mis le couteau sous la gorge de son directeur.
Désormais, la jeune femme remerciait presque celui qu'elle considérait comme son frère, parce qu'elle s'épanouissait dans ce qu'elle faisait. Les trois premières années, elle les avait consacrées à son projet de loi sur la liberté des elfes, qu'elle chérissait depuis si longtemps. Cela n'avait pas été une mince affaire, mais elle s'était donnée corps et âme dans son étude, comme elle en avait l'habitude depuis son plus jeune âge. Ses amis l'avaient grandement encouragée et avaient même participé à ses travaux d'expérimentation. Grâce notamment à Kreattur – qu'Harry avait presque dû soumettre à l'Imperium, car l'elfe ne voulait pas aider celle qu'il considérait toujours comme un sang impur – Hermione avait pu voir les limites de son projet : tous les elfes ne voulaient pas être libérés.
L'idée d'un contrat entre les maîtres et les elfes avait fini par germer, et quand l'ancien elfe des Black avait consenti à en établir un entre Harry et lui, la jeune femme avait su qu'elle tenait enfin la solution pour que sa loi sur les droits des elfes puisse enfin passer.
Cela avait été un travail de longue haleine pour Hermione, pendant lequel elle était passée par absolument tous les états d'esprit, allant même presque jusqu'au découragement lorsque toutes ses idées avaient été rejetées les unes après les autres par le conseil législatif du Ministère. Pourtant, elle n'avait pas baissé les bras, notamment grâce au soutien de ses amis, et elle avait réussi à se dépasser, pour finalement obtenir une liberté relative pour les elfes qui le souhaitaient. Une petite victoire pour elle, mais assurément une belle avancée dans le droit des elfes de maison.
Sauf que, désormais, cela faisait quelques mois que la sorcière tergiversait sur son prochain projet.
Elle savait que beaucoup de créatures magiques nécessitaient l'intervention du Ministère, que ce soit par exemple pour qu'elles soient plus protégées qu'elles ne l'étaient actuellement – les licornes, notamment, toujours recherchées par les trafiquants pour les vertus de leurs crins et de leur corne –, ou que ce soit pour éviter leur prolifération au sein du territoire. Ronald insistait d'ailleurs souvent auprès d'Hermione concernant les Acromentules, qui avaient tendance à envahir de plus en plus les terres anglaises au grand dam du rouquin qui les haïssait toujours autant.
Et la sorcière n'oubliait pas non plus que l'acceptation des loups-garous au sein de la société sorcière demeurait compliquée. En souvenir du professeur Lupin qu'elle adorait, elle aurait voulu pouvoir venir en aide à cette espèce. Elle estimait que leur condition était déjà bien assez compliquée comme cela.
Pourtant, Hermione ne se sentait pas aussi à l'aise sur ses sujets qu'elle l'aurait souhaité. Ce n'était décidément pas comme pour les elfes de maison, pour lesquels elle n'avait eu aucune hésitation. A ce moment précis, elle n'était plus que tergiversations et hésitations, ce qui avait le don de l'agacer.
Ce fut en soupirant une énième fois qu'elle apposa sa signature sur un document qu'elle devait remettre à son chef. Considérant l'heure sur sa montre, elle fut étonnée que le temps ait si vite filé, car il était déjà presque midi. Elle devait retrouver Harry dans le hall du Ministère dans quelques minutes pour aller déjeuner. Alors elle se leva, se vêtit de sa robe de sorcière d'hiver vu le froid qu'il faisait actuellement, et prit le parchemin pour le déposer sur le bureau de son supérieur avant le déjeuner.
oOo
Hermione n'attendit pas son meilleur ami très longtemps dans l'immense hall du Ministère – qui aurait bien nécessité une nouvelle décoration après la Grande Guerre, mais ce n'était que l'avis de la jeune femme. Dès que le brun l'eut rejointe, ils se saluèrent chaleureusement et transplanèrent dans une ruelle moldue du quartier de Westminster qu'ils savaient non fréquentée. Ils traversèrent quelques rues bondées à cette heure de pointe, discutant joyeusement.
La sorcière appréciait tellement l'architecture de ce quartier historique, où résidaient les plus hauts placés du gouvernement moldu anglais, qu'elle laissait à chaque fois son regard se perdre sur les édifices qui les entouraient. Au bout de quelques minutes à déambuler dans les rues, les deux amis rejoignirent finalement le restaurant moldu dans lequel ils aimaient se retrouver régulièrement, habituellement accompagné par Ron qui ne pouvait être présent ce jour-là. Cela leur permettait de s'évader de la réalité et de discuter sans risquer d'être écoutés par des oreilles indiscrètes.
Malgré les années qui s'étaient écoulées, Harry avait conservé sa notoriété, qui avait même grandi depuis qu'il était Auror et qu'il continuait de protéger le monde magique. Il restait une célébrité, quand bien même il haïssait être le centre d'intérêt de tous les sorciers anglais. Ses faits et gestes finissaient presque toujours dans la presse magique. Et même si Rita Skeeter n'était plus à la tête de la Gazette du Sorcier depuis qu'elle avait été arrêtée et jugée en tant qu'Animagus non déclaré, celle qui lui avait succédé n'était pas mieux. Ancienne Serpentard, Millicent Bulstrod avait réussi à parfaire l'objectif de Skeeter, en transformant définitivement la Gazette en presse à scandales, au plus grand désarroi de Harry.
Hermione avait elle aussi gardé son statut d'héroïne de guerre, mais à moindre échelle que son meilleur ami. Elle avait réussi à se faire plus discrète grâce à ses études, faisant en sorte d'être le moins possible sur le devant de la scène. Ron avait essayé, lui aussi, d'échapper aux projecteurs sans cesse à leur poursuite à tous les trois. Mais depuis qu'il avait repris la boutique « Weasley, Farces et Attrapes pour Sorciers Facétieux » avec George, il ne pouvait éviter les interviews pour continuer à faire de la publicité à la boutique familiale. Même si elle tournait à plein régime – et d'autant plus depuis qu'une deuxième boutique avait ouvert ses portes à la place de Zonko à Pré-au-Lard –, selon George, ils n'étaient pas à l'abri d'une soudaine baisse de clientèle.
Les deux amis s'installèrent à leur table coutumière, dans un recoin tranquille du restaurant moldu. Désormais des habitués, ils étaient choyés par les gérants, qui leur réservaient à chaque fois leur place favorite.
— Monsieur Potter, Mademoiselle Granger, bonjour ! les salua la femme du patron.
— Bonjour Madame Grand, lui répondirent-ils en chœur.
Madame Grand était une femme petite, menue, mais robuste, avec un caractère bien trempé que les deux jeunes gens avaient réussi à dompter du fur et à mesure de leurs venues répétitives. Ils avaient découvert que sous ses aspects ronchons au premier abord, se trouvait une femme d'une générosité sans égal. Son mari et elle étaient français. Ils s'étaient installés en Angleterre une dizaine d'années auparavant. Lui étant cuisinier et elle serveuse, ils avaient naturellement ouvert leur restaurant traditionnel français en plein cœur de Londres, qui fleurissait de plus en plus. Monsieur Grand était, quant à lui le parfait archétype du cuisinier des livres français pour enfants selon Hermione qui avait eu l'occasion d'en lire quelques-uns, avec une belle moustache qui rehaussait ses pommettes arrondies. Sa cuisine était divine, et c'était ce qui avait fidélisé le Trio d'Or au restaurant.
— C'est par ici, comme à chaque fois, leur indiqua-t-elle d'un vague mouvement de tête. Vous m'excusez, je ne vous accompagne pas, une grande table de douze personnes vient d'arriver. Vous connaissez le chemin !
Les deux amis acquiescèrent en souriant. Alors qu'ils s'installaient, Madame Grand les rejoignit en deux temps trois mouvements.
— Eh bien, jeunes gens, vous n'êtes que deux aujourd'hui ? s'étonna-t-elle en s'apprêtant à remballer le troisième couvert installé.
— Oui, répondit Hermione. Notre ami Ron a été kidnappé par sa petite amie pour la semaine, ils sont à Bali.
— Oh le diable ! s'esclaffa la gérante. Qu'il en profite, on n'a qu'une jeunesse. Qu'est-ce qu'on vous sert aujourd'hui ? En plat du jour cette fois-ci, nous avons saumon à l'oseille avec les petites pommes de terre rissolées du chef.
— Allons-y pour ça, alors, sourit Harry.
— Un deuxième plat du jour, annonça sa meilleure amie.
— Parfait ! Vous ne serez pas déçus, promit la femme avec son éternel entrain. Et la traditionnelle carafe d'eau. Je reviens vite !
Et elle repartit aussi rapidement qu'elle était arrivée, arrachant un rire à Harry et Hermione.
— Sa bonne humeur est communicative, souffla la jeune femme. Je l'adore.
— Elle est géniale, approuva son ami. Ça n'allait pas, ce matin ?
— Bof, toujours la même chose…
— Tu ne sais vraiment pas sur quoi te lancer ?
— Je ne sais pas, grimaça Hermione, une moue légèrement agacée se peignant sur ses traits. Tout mérite mon attention, chaque sujet a son importance, comme je l'ai déjà expliqué. Ils me passionnent tous, ils ont tous leur particularité qui fait que… Mais je ne sais pas, vraiment. Je ne sens pas que ce soit sur ça que je doive travailler là, tout de suite.
— Tu es brillante, tu trouveras, essaya de la rassurer son ami. Tu trouves toujours.
La jeune femme fit la moue pour toute réponse.
— Et toi, au boulot ? préféra-t-elle éluder.
— J'ai peur de parler trop vite, mais c'est assez calme, ricana Harry. Et je ne m'en plains pas après la longue affaire Julianoff.
— Oui, il a été particulièrement dur à attraper celui-ci, acquiesça-t-elle.
— A priori, d'après nos sources, on aurait quasiment attrapé tous les extrémistes prônant Voldemort qu'il restait. Pour le moment, c'est le calme plat, et mon bras me remercie pour cette pause bien méritée.
Julianoff était un ancien Mangemort au service de Voldemort. Celui-ci, avec quelques autres anciens partisans du Mage Noir, avait monté un gang de malfrats prêts à tout pour faire exploser le Ministère et ses occupants, Harry figurant bien évidemment en tête de liste. Au travers de plusieurs missions particulièrement périlleuses ayant nécessité presque toutes les forces du Ministère, ils avaient réussi à démanteler le groupe et à en arrêter ses membres. Il y avait malheureusement eu quelques morts du côté des Aurors, Harry avait même failli perdre son bras dans la dernière mission pour arrêter le dernier de leur bande. Heureusement pour lui, il avait été transféré à Ste Mangouste à temps et les Médicomages avaient tout de suite pu lui administrer le contre sort qu'il fallait.
— J'imagine bien. J'espère que tu fais attention à ne pas trop te surmener, tout de même, souffla Hermione. Le docteur Hook t'avait interdit de reprendre le travail si tôt.
— Ne t'inquiète pas, je fais attention, la rassura-t-il. Et puis, tu sais très bien pourquoi j'ai repris le travail. Je ne pouvais pas rester enfermé au manoir, sachant pertinemment qu'elle ne reviendra pas.
Sa meilleure amie grimaça et lui prit la main pour l'assurer de son soutien, compatissante.
Harry résidait depuis la fin de la guerre au manoir des Black, que Sirius lui avait légué. Aidé de ses amis, le Survivant l'avait rendu agréable à vivre, tant et si bien que Ginny était venue s'installer avec lui dès la fin de sa septième année. Le couple avait filé le parfait amour jusque-là. L'année précédente, Harry avait même demandé la cadette des Weasley en mariage et celle-ci avait accepté avec une joie non dissimulée.
Seulement, sans que le Survivant ne l'ait vu venir, ils s'étaient séparés deux mois plus tôt. La rouquine avait mis fin à leur relation, après avoir avoué à Harry qu'elle l'avait trompé quelques semaines avant. Une grosse dispute avait alors éclaté, chacun laissant libre court à sa colère et déversant son flot de négativité à l'autre. Ginny lui avait reproché d'être trop absent depuis quelques mois, la délaissant alors qu'ils devaient se marier. Elle n'avait pas voulu lui dire avec qui elle l'avait trompé, ce qui avait décuplé la colère et la tristesse du jeune homme.
Furieux et fatigué par la discussion houleuse avec la rouquine, Harry avait fini par transplaner dans le petit appartement londonien d'Hermione. Lorsque la jeune femme avait vu l'état dans lequel se trouvait son meilleur ami, elle avait tout de suite paniqué. Celui-ci s'était effondré dans ses bras. La sorcière avait alors patiemment attendu qu'il se calme pour lui demander des explications, imaginant mille et un scénarios, tous plus bancals les uns que les autres. Lorsque Harry avait lâché la bombe, Hermione l'avait fixé, incrédule, ne s'attendant vraiment pas à ça. Ginny étant sa meilleure amie, elle allait assurément exiger des explications car cette idée-là ne lui avait même pas effleuré l'esprit une seule seconde.
Harry lui avait demandé si elle était au courant. Sa meilleure amie lui avait répondu par la négative, sachant pertinemment pourquoi la rouquine ne s'en était pas vanté. Elle connaissait les liens qui les unissaient Harry et elle, jamais la jeune Weasley ne se serait risquée à lui divulguer son adultère au risque qu'Hermione ne puisse pas garder cela pour elle. Le Survivant avait ensuite séjourné quelques jours chez elle, le temps que Ginny fasse ses affaires et quitte le douze Square Grimmaurd.
Harry avait pu compter sur l'aide et du soutien sans faille de ses meilleurs amis pendant le moment qu'il jugeait jusqu'alors le plus dur qu'il ait eu à vivre. Il avait même avoué à Hermione un soir que finalement, il aurait même préféré affronter Elle-Savait-Qui. Il avait été rassuré d'être toujours le bienvenu dans sa famille adoptive, il savait qu'il aurait eu du mal à supporter de ne plus les voir. Il leur était à tous reconnaissant de l'aider à surmonter au mieux sa peine. Pour le moment, il n'avait pas recroisé Ginny et il ne s'en plaignait pas, au contraire.
Comme aimait le lui souligner Hermione à chaque fois qu'ils se voyaient – et ce jour-là n'y faisait visiblement pas exception –, il avait repris le travail bien avant la fin de l'arrêt prescrit par les Médicomages de Ste Mangouste pour éviter de sombrer dans une dépression post-rupture qu'il savait inévitable s'il restait cloîtré seul chez lui. Mais il ne regrettait pas sa décision, quand bien même ses meilleurs amis n'étaient pas du même avis.
— Oui, oui, je sais, pesta Hermione en levant les yeux au ciel. Tu faisais aussi attention pendant cette mission je te rappelle et…
Elle fut néanmoins coupée par la femme du cuisiner qui revenait les bras chargés de leurs plats, un sourire immense sur les lèvres. Harry nargua sa meilleure amie du regard, sachant très bien qu'il venait d'être sauvé par le gong, comme disaient les moldus.
— Voilà vos plats ! annonça-t-elle le ton toujours enjoué. Bon appétit, j'espère que ça vous plaira !
— Merci, Madame Grand ! lui répondirent-ils en chœur.
— Combien de fois devrai-je vous dire de m'appeler Claudie ! rouspéta-t-elle en repartant aussitôt.
Les deux amis s'esclaffèrent avant de déguster leur déjeuner. Et comme à l'accoutumée, ils ne furent pas déçus, ce fut succulent.
oOo
Hermione et Harry s'étaient séparés aux alentours de treize heures trente. La jeune femme avait regagné son bureau, heureuse d'avoir partagé ce moment avec son meilleur ami. Elle suspendit soigneusement sa robe de sorcière d'hiver au perroquet à gauche de la porte et prit la pile de courriers qu'elle avait reçus pour les trier. Elle y découvrit une carte postale de Ron qu'elle désensorcela pour la lire. Elle s'esclaffa devant son contenu, son meilleur ami lui reprochant de l'avoir perverti aux habitudes des vacanciers moldus mais lui assurant tout de même qu'il passait une agréable semaine en compagnie de Verity. Il l'enjoignait à se prévoir une semaine de thérapie reposante sur l'île sur laquelle il séjournait, argumentant que cela lui serait bénéfique et qu'elle y trouverait même peut-être l'inspiration pour son futur projet professionnel.
Malgré le sourire amusé toujours présent sur le visage d'Hermione, elle soupira. Son déjeuner avait eu beau être agréable, elle n'avait pas eu le déclic qu'elle espérait et n'avait donc toujours aucune idée du sujet sur lequel elle allait plancher ces prochains mois. Non pas qu'elle désespérait, mais elle finissait par se sentir inutile – et cet état de fait était impensable pour Hermione Granger. Elle ne voulait pas que le directeur du Département de Régulation et de Contrôle des Créatures Magiques commence à penser qu'elle ne faisait pas l'affaire. Même si elle contrôlait le respect des lois applicables aux créatures magiques, ce n'était pas là sa mission première – ni même le tri du courrier qu'elle avait entrepris ce matin-là, mais elle cherchait vainement une idée. Elle avait été recrutée en tant que chargée de projets et pour le moment, elle n'en avait qu'un seul à son actif. Pas des moindres, mais il n'en restait pas moins que c'était le seul, et que cela faisait trois mois qu'elle n'avait pas eu de brillante idée.
Hermione continua à trier la paperasse qui s'étalait désormais sur la quasi-totalité son bureau, quand soudain, quelqu'un toqua à la porte.
— Entrez, fit-elle assez fort pour être entendue.
Quelle ne fut pas sa surprise de voir son meilleur ami, avec qui elle avait déjeuné un peu plus tôt, se faufiler dans son bureau. Le visage à la fois sérieux et ravi qu'il affichait ne lui disait rien qui vaille. Et elle en eut la preuve dès qu'il prit la parole.
— Herm, ça te dit d'aller faire un tour ?
— Eh bien, étant donné qu'on est revenu de la pause déjeuner il y a seulement une heure… commença-t-elle incertaine.
Était-il sérieux ? Déjà qu'elle craignait d'être sermonnée pour son manque d'ingéniosité des derniers temps, si en plus elle se mettait à quitter son lieu de travail sans bonne raison… Elle ne donnait pas cher de sa peau si elle était convoquée par son supérieur – ce qui se profilait de plus en plus, elle en était sûre désormais. Alors qu'elle s'apprêtait à renchérir sur les effets néfastes qu'une nouvelle sortie après le déjeuner aurait assurément sur son travail, son meilleur ami lui coupa net l'herbe sous le pied.
— J'ai peut-être trouvé le sujet de ton prochain projet.
La jeune femme tiqua aussitôt et Harry eut soudain tout son intérêt.
— C'est-à-dire ? demanda-t-elle.
— On nous a signalé une zone dans les Southern Fells où il y a eu du grabuge hier. C'est un endroit connu pour servir de repaire temporaire à diverses créatures magiques, dont les dragons et les licornes.
— Ah, sourit Hermione. Là, tu m'intéresses. Tu en sais plus ? Quelle créature magique est touchée ? En quoi puis-je aider ?
— Pour le moment, je ne sais rien de plus, sourit-il en secouant la tête, amusé par la réaction de la jeune femme. Mais j'ai quelque chose à te proposer qui devrait t'intéresser. Miss Granger, me feriez-vous l'honneur de m'accompagner sur la scène d'un possible crime pour enquêter ?
Les yeux d'Hermione se mirent à pétiller. Les mots prononcés par son meilleur ami se succédaient dans sa tête : dragons, licornes, créatures magiques, scène de crime, enquêter. Ce qui signifiait « créatures magiques à sauver » dans l'esprit de la jeune femme. Son intellect venait d'être touché en plein cœur, sa soif d'aventures également.
Mine de rien, pendant sa scolarité, elle avait pris l'habitude de vagabonder et de sauver son meilleur ami de situations toutes plus désespérées les unes que les autres. Et finalement, elle devait reconnaître que la petite poussée d'adrénaline qui accompagnait leurs péripéties lui manquait. Cela faisait partie d'eux, c'était ce qui les avait façonnés et la proposition de Harry était d'autant plus alléchante. Et elle avait besoin de cela dans sa vie, elle en était certaine. Cependant, un point vint obscurcir la soudaine bonne humeur d'Hermione : elle allait tout de même partir en vadrouille sur ses heures de travail.
— Et tu as… commença-t-elle en faisant la moue.
— L'autorisation de mon supérieur, bien évidemment, et il s'occupe de prévenir le tien que tu pars sur le terrain avec ton Auror préféré. Je ne serais pas venu te le proposer sinon. Quoi que…
— C'est ok, le coupa Hermione en bondissant de son siège, courant presque pour récupérer sa cape de sorcier.
— Tu es sûre ?
— Potter, amène-moi là-bas ! s'impatienta-t-elle en revêtant son vêtement, provoquant l'hilarité de son meilleur ami.
Ça y est, on entre dans le vif du sujet. Hermione accompagne donc Harry sur la scène de crime du prologue...
A votre avis, que va faire notre héroïne par la suite ?
A la semaine prochaine pour la suite :)
J'espère que ça vous aura plu !
Bises
Lealyn
