Chapitre 7
Mon cri résonne dans tout l'appartement. Mon visage est sûrement tordu par la colère. Je me sens bouillir de rage de l'intérieur. J'ai les dents et les poings serrés. Il se lève et s'approche prudemment de moi. Il essaye de poser une main sur ma joue mais je la repousse d'un geste violent.
"Ce n'est sûrement pas ce que tu crois." Il me répond d'une voix tremblante. Je me mets à rire. Un rire de folie et incontrôlable s'empare de moi.
- Tu n'arrêtes pas de me cacher des choses. Et tu as la prétention de savoir ce que j'ai dans la tête ?
- Non, ce n'est pas ce que je voulais dire…
- Tu as intérêt à me dire toute la vérité et pas des excuses bidons comme l'autre soir ou je me casse et tu ne me reverras plus jamais.
- Bébé non…
- Ne m'appelle pas "bébé" !"
Mon ton dur le blesse, je le vois bien. Mais je m'en fous complètement à ce moment-là. La rage a entièrement pris le contrôle de mon esprit. Voyant qu'il ne répond pas, je me mets à ramasser rageusement mes affaires avant de me diriger vers la porte d'entrée. J'enfile mes chaussures et ma veste sous ses supplications de rester. Il pleure et ma poitrine me fait mal. Mais je continue de l'ignorer et finis par sortir en claquant la porte.
Je parcours la ville, ma vue brouillée par les larmes qui s'échappent de mes yeux. Le jour est complètement levé et des inconnus me dévisagent. J'arrive miraculeusement dans ma chambre où se trouve Taehyung et Jimin, allongé dans le lit de mon coloc, se câlinant. Cette scène me rappelle le moment partagé avec Namjoon et me pique violemment.
"DÉGAGEZ ! DÉGAGEZ DE LA CHAMBRE ! Je hurle.
- Pour qui tu te prends à gueuler comme ça !, bondit Taehyung. Il s'avance vers moi et me soulève par le col. Mais Jimin se lève à son tour et l'attrape par un bras le détachant de moi.
- Non arrête. Viens. Le tatoué me lance des regards noirs. Jimin le tire une nouvelle fois. S'il te plait bébé."
Taehyung se recule finalement, attrape des affaires et s'éloigne furieusement vers la sortie. Jimin me lance un regard compatissant avant de quitter lui aussi la chambre. Je me laisse tomber sur le lit, enfonçant ma tête dans mon oreiller où je crie ma rage. Je tape furieusement mon lit jusqu'à épuisement. Je ne sais pas combien de temps je reste comme ça. Mon téléphone n'arrête pas de sonner. Je sais qui c'est et je pleure davantage. Pourquoi ? Pourquoi chaque moment de bonheur m'est enlevé comme ça ? C'est donc tout ce que je mérite dans cette putain de vie ? Je consulte mon téléphone. Rien que voir son prénom me fait mal. C'est ça avoir le cœur brisé ? Je me lève, mon téléphone toujours à la main et me dirige vers un tiroir de la kitchenette d'où je sors un couteau. Je pose mon portable sur le rebord de l'évier et enlève ma veste. Je m'apprête à mettre fin à mon agonie quand une notification retentit de nouveau. Je ne peux m'empêcher de regarder mon écran quand je vois que ce n'est pas celui que je crois. Je déverrouille mon téléphone.
"Suga c'est ton Hobi, au cas où tu aurais supprimé mon numéro."
Je l'entends d'ici rire à sa blague vaseuse. Un autre message apparaît.
"Rejoins moi à notre endroit habituel. Tu me manques."
"OK, j'y serais dans 20 min."
J'ouvre sans réfléchir la tonne de messages que m'a laissé Namjoon. Des excuses se succèdent. Je serre mon portable. C'est des explications que je voulais, pas des excuses encore ! Dans son dernier message il me dit simplement de le retrouver ce soir au bar de la dernière fois. Je range l'objet dans ma poche, change de haut et enfile un sweat noir.
Quand j'arrive à la place, Hoseok m'attend affalé sur un banc à prendre le soleil. La simple vue de mon meilleur ami me redonne une bouffée d'oxygène. Il semble si paisible comme ça que ça me fait presque de la peine de l'interrompre.
"Je te dérange ?
- Hmm un peu. répond t-il en souriant. Il ouvre les yeux et il perd son sourire à la vue de ma mine sûrement affreuse. Yoon, c'est quoi ces yeux ? Tu as pleuré ? me demande-t-il, se redressant complètement.
- A peine… je réponds en baissant la tête. Je m'assois à ses côtés. Mon soleil semble perdre de sa lumière en me regardant. Je déteste tellement le voir comme ça, surtout par ma faute. J'ai l'impression de constamment lui imposer mes problèmes.
- Raconte. me dit-il doucement, posant une main sur la mienne."
Je commence alors mon récit, la tête toujours baissée. Il ne dit pas un mot, même pas après que j'ai fini. Quelques minutes passent avant qu'il ne se décide à prendre la parole.
"Je comprends mais Yoon… Tu ne t'ai pas un peu trop emporté face à lui ? Je serre les poings à l'entente de ces paroles. Il cherche sérieusement à le défendre ? Ne te méprends pas sur ce que je dis. Je ne défend pas son comportement et ses cachoteries mais tu aurais peut-être dû le laisser s'expliquer…
- C'est ce que j'ai fait !
- On connaît tous les deux ta grande patience… Je ne veux pas te blesser tu le sais. Je veux juste t'aider car te voir dans cet état me brise littéralement. Je vois bien que ça fait quelque temps que ton état empire et je sais que tu ne prends plus tes médicaments, je ne suis pas con. Je ne supporte pas de te voir te foutre en l'air comme ça. Je ne te ferais jamais la morale et te supporterais toujours, quelles que soient tes décisions. Mais s'il te plaît, pour une fois, mets ta foutue fierté de côté et accepte de le voir. Laisse lui une chance de t'expliquer ce qu'il se passe."
Il a complètement perdu son sourire et me regarde durement. Ses mots me font du bien malgré leur dureté. Ils ont l'effet d'une gifle qui me réveille et me sors de la bulle que j'avais créée malgré moi. Il est le seul qui arrive à me comprendre et à voir quand je suis au plus mal. Mais aussi celui qui sait trouver les mots juste quand j'en ai besoin.
"D'accord. J'irais le voir.
- Merci. Il me prend dans ses bras et me serre fort.
- Promets moi que tu seras toujours là."Je murmure contre son épaule. Il interrompt notre étreinte avant de lancer, dans un sourire de nouveau lumineux:
"Toujours. Et toi que tu prendras tes médicaments."
Je réponds oui d'un hochement de tête. On se contemple ainsi pendant de longues minutes avant qu'il ne prenne par la main et m'invite d'un regard à le suivre. Il se lève et m'entraîne avec lui. Je le suis, toujours sa main dans la mienne. Après quelques minutes de marche, on se retrouve au parc préféré de mon ami.
Il s'allonge dans l'herbe légèrement humide. Je fais de même en posant ma tête sur son ventre. On reste ainsi, dans un silence paisible. D'une main il me caresse les cheveux. Je ferme les yeux, apaisé par son geste. Il pose sa main laissée libre sur mon ventre. Automatiquement, j'enlace ses doigts avec les miens. Une douce brise me berce et je ne tarde pas à m'assoupir.
Je me réveille en sursautant légèrement. Je me frotte les yeux avant de les poser sur la montre de Hoseok. 13h48. Merde ! Je commence le boulot dans un peu plus de 10 minutes ! Je me lève d'un bond, réveillant par la même occasion Hobi.
"Qu'est ce qu'il se passe ? me demande-t-il en baillant.
- Le boulot. Je dois filer ou mon patron va m'étriper. Je ne lui laisse pas le temps de répondre et me mets à courir.
- BONNE CHANCE ! me crie-t-il."
Je lève un pouce en continuant à courir. Je me félicite intérieurement d'avoir laissé mon uniforme au travail. Je traverse la ville en trombe, bousculant des personnes sur mon passage, qui m'insultent viruleusement. Je n'y prête pas attention et accélère ma course. Je ne peux vraiment pas me permettre de perdre mon boulot. J'arrive devant le café à bout de souffle. Dans le vestiaire, je peine à le récupérer. Je m'appuie contre mon casier en serrant ma poitrine. La promesse faite à Hoseok me revient à l'esprit quand mon patron débarque dans le vestiaire en me disant de me dépêcher. Je claque la porte de mon casier en l'insultant copieusement dans ma tête.
Cette journée interminable arrive enfin à sa fin. Je débarque dans ma chambre, épuisé. Je constate que mon coloc est allongé dans son lit, ses écouteurs dans les oreilles. L'agacement se lit sur son visage mais je l'ignore et il fait de même. Lui et Jimin ne méritaient pas que je leur jette ma tristesse et ma colère ainsi. Je regrette un peu mes paroles de tout à l'heure mais ma fierté m'interdit quelles que excuses que ce soit. Je récupère des affaires dans la commode et m'enferme dans la salle de bain. Je mets du temps à me préparer, appréhendant la soirée. J'applique le même maquillage que l'autre soir, m'habille et finalise ma tenue avec un bandana rouge.
De retour dans ma chambre, j'enfile ma veste militaire. La tension dans l'air est palpable. Je m'apprête à sortir quand mon coloc m'interpelle.
"Ne crois pas que j'ai oublié ton attitude tout à l'heure. Je me retourne. Il s'est redressé et m'adresse un regard assassin, les sourcils froncés. Je me contente de le dévisager ne sachant pas quoi répondre. Que tu t'adresses à moi comme ça je m'en fou. Je peux comprendre que t'es passé une soirée de merde. Mais que tu agresses ainsi mon copain, je ne peux pas laisser passer ça. Il a dit ça en se levant de tout son long. Il serre fortement les poings, faisant blanchir ses phalanges. Je n'ai pas la prétention de savoir ce que tu traverses et j'y compatis volontiers mais il a toujours été gentil et bon avec toi, même s'il ne te connaît pas vraiment. Il ne mérite pas que tu lui cries dessus. Il m'a fait promettre de ne pas te chercher d'ennuis et par amour pour lui, je vais respecter cette promesse. Mais je te préviens, la prochaine fois je ne laisserais pas passer."
Je reste quelques secondes immobile. Je ne réponds toujours pas, non pas par fierté, mais par honte. Il a raison. Il m'aurait mis des coups que j'aurais eu moins mal. J'ouvre la bouche mais me ravise et reprends ma route, toujours sans un mot.
Sur le chemin menant au bar, je sens mon cœur battre fort. Qu'est ce qu'il me veut à la fin bordel ? Est-ce qu'il va encore me mentir ? Je me sens si bête de lui avoir confier mes problèmes. J'arrive à la trappe secrète que je soulève et avant de m'enfoncer dans les ténèbres j'envoie un message et une localisation proche à Hoseok en cas de problèmes. On n'est jamais trop prudent. Je traverse le long couloir où j'ai l'impression que mon cœur va sortir de ma poitrine. J'entre finalement dans le bar toujours aussi rempli et bruyant. J'aperçois Namjoon au loin, assis seul à une table, trifouillant une fois de plus son piercing. Cette simple image m'attriste. Malgré la scène de ce matin, le voir ainsi me fait mal. Je le rejoins mais il ne semble pas remarquer ma présence, perdu dans ses pensées.
"Je suis là. Tu avais quelque chose à me dire ? Je l'interrompt dans la contemplation de son verre.
- Tu es venu ?" me dit-il en se redressant. Il a l'air vraiment étonné. Ou n'est ce qu'une nouvelle ruse de sa part ?
- Tu as des problèmes de vue ?
- Non. Je suis surpris c'est tout. Je ne pensais pas que tu viendrais.
- Si tu le dis. Bref, t'as l'air d'avoir aussi des problèmes d'audition alors je répète, tu avais un truc à me dire ? Il est blessé par mes paroles et affiche une mine profondément triste.
- Assis-toi, je vais aller te prendre un ve…
- Non. Arrête de retarder les choses., je le coupe.
- Ok.."
Il se retourne légèrement et je le vois fixer quelque chose au bar. Jin y est accoudé. Il invite d'un regard son ami à se lancer. Qu'est-ce qu'ils mijotent tous les deux ? Malgré tout, la présence de Jin me rassure un peu. Namjoon reporte son attention vers moi en laissant échapper un petit soupir.
"Pour commencer je suis vraiment désolé que tu sois mal par ma faute. Te blesser n'a jamais été mon intention.
- Tu aurais dû y réfléchir avant de me mentir.
- Tu as raison. Et je sais que tu ne croiras pas ce que je vais te dire. Alors je vais te le montrer."
Il se lève sous mon regard surpris et, sans me laisser le temps d'assimiler ce qui se passe, se dirige en direction de la scène. Quelques personnes se rassemblent autour. D'une incroyable facilité, il monte dessus en s'appuyant sur les mains. Il attrape un micro et une mélodie débute. Après m'avoir lancé un dernier regard, il se met à rapper. Je reconnais instantanément le style, la voix. Je dois sûrement rêver. Comment je n'ai pas pu m'en rendre compte plus tôt ? C'était donc ça son grand secret ? Namjoon aka RM. Je commence à m'avancer, les yeux rivés sur lui. La foule est déjà en délire, semblant le reconnaître. Je suis bouche bée face à sa prestance. On dirait qu'il a fait ça toute sa vie. A lui seul, il occupe toute la scène.
Il dégage quelque chose de fort, presque bestial. La manière de tenir son micro, la sueur perlant sur son visage, de passer sa main dans les cheveux, tout cela le rend incroyablement sexy. Une bouffée de chaleur m'envahit à la vue de ce spectacle. Laissant mes angoisses dernières moi, je me faufile à travers la foule et me retrouve au pied de la scène.
Après une dizaine de minutes, il descend finalement. Je veux le rejoindre mais trop de gens se sont amassés autour de lui. Plusieurs personnes lui tendent un stylo, sûrement pour des autographes. Je commence à marcher dans le sens inverse et après quelques pas une main se pose sur mon épaule et me retourne. Il me fait face. Je lève la tête pour pouvoir le regarder. Lorsque mes yeux croisent son regard, une étincelle vient s'allumer en moi, mes yeux brillent et mon cœur bat. Je n'entends plus rien, comme déconnecté de l'endroit où je me trouve. Il nous sort de notre bulle après ce qu'il me semble une éternité.
"Suis moi, on va trouver un endroit plus calme et plus discret aussi."
Je me rends effectivement compte que tout le monde nous regarde. J'acquiesce. Il entame le pas, moi derrière lui, et pousse la porte des toilettes.
