Chapitre 10

"Yoongi, l'agneau et la salade pour la table 10 sont prêts !

- Je suis là !"

J'abandonne les plats et couverts sales en essuyant précipitamment mes mains mouillées sur mon tablier. Je l'enlève et lisse rapidement ma tenue. J'attrape les assiettes avant de me diriger vers la dite table en pressant un peu mon pas. Je sers les clients et leur souhaite bon appétit accompagné d'une légère révérence avant de m'éloigner servir d'autre clients.

J'accueille la fin de mon service avec joie et dans le vestiaire je m'empresse de retirer ma cravate. Une fois changé, je récupère mon sac dans le casier et le remplace par ma tenue de travail. Je salue les collègues de travail qui ont également fini et je sors de l'hôtel pour rentrer chez moi en enfonçant mes écouteurs dans les oreilles. Il pluviote alors je presse mon pas. La sonnerie d'une notification retentit dans mes oreilles. C'est un message de Namjoon. Il me demande s'il peut passer me voir, ce que j'accepte immédiatement. Je me dépêche de rentrer avant l'arrivée de Joonie.

Une fois chez moi, je jette mes affaires dans un coin et me précipite dans ma petite douche. Je ferme les yeux quelques secondes, profitant de la plénitude que me procure la sensation de l'eau. Je finis à peine de me rincer que j'entends la sonnette retentir. Je mets une serviette autour de la taille et je cours ouvrir la porte en dérapant à cause de mes pieds humides. Quand je lui ouvre la porte, les yeux de Namjoon se posent directement sur mon corps encore légèrement humide. Il relève légèrement sa casquette et ne se cache pas quand il me détaille de haut en bas en machouillant son piercing.

"Bébé c'est dangereux de m'accueillir dans cette tenue. Sa voix est légèrement rauque et mon corps réagit directement.

- C'est que… Je n'ai pas eu le temps de m'habiller… Je bégaye, légèrement embarrassé par la situation et les regards intenses que mon copain me lance.

- Ah oui ?, dit il en s'avançant vers moi"

Il referme la porte derrière lui, les yeux toujours sur moi. Je recule mais il continue de s'approcher dangereusement. Je finis par buter contre le mur. Il pose ses mains de chaque côté de ma tête approchant au maximum son visage du mien et les miennes viennent se mettre sur sa poitrine.. Étant bien plus grand que moi, il est obligé de légèrement se courber. Je commence à avoir très chaud. D'une main il relève ma tête et commence alors à attaquer mon cou avec ses lèvres. Des gémissements s'échappent de ma bouche et je manque plusieurs fois de faillir mais sa main puissante me tient en place. Il la relâche finalement et commence à balader ses doigts sur mon torse puis mon ventre. Ils continuent leur folle course jusqu'à arriver à ma serviette. Profitant de sa perte de vigilance, j'en profite pour m'échapper en passant sous son bras. Je reste dos à lui, tentant d'assimiler ce qui vient de se passer. Je le sens s'approcher de moi et poser ses mains sur mes épaules.

"Désolé, je n'aurais pas dû.

- Ce n'est rien, c'est juste que…

- Tu n'es pas encore prêt, je sais., me répond t il d'une voix compréhensive. Ce n'est pas grave. On a tout notre temps. J'ai quand même le droit à un bisou ?"

Je me retourne et me mets sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Ses lèvres sont douces et accompagnent les miennes doucement.

"Je vais m'habiller, je reviens.

- D'accord bébé."

Je me dirige vers ma penderie d'où je sors un jogging et un sweat gris puis vers la salle de bain. J'en ressors quelques secondes plus tard. Joonie est allongé sur mon lit. En me voyant il écarte les bras dans lesquels je me blotti. Il me caresse les cheveux et y dépose des baisers plusieurs fois. De mes doigts je redessine ces tatouages sur le bras.

"Pourquoi des tatouages ?, je demande, curieux.

- Mmmh je trouve ça joli.

- Et ça t'as fait mal ?

- Ça dépend ce que tu appelles mal., rigole-t- il. Mais oui, un peu, d'une certaine manière. Un peu comme plusieurs piqûres. Pourquoi ? Tu en veux aussi ?

- L'idée m'a déjà traversé j'avoue.

- Tu devrais le faire si tu en as envie. Je suis sûr que ça t'irait à merveille.

- Mmmh je verrais alors."

On continue à se câliner en silence. Je me sens si bien entre ses bras. En sécurité. Je souhaite que le temps s'arrête et qu'on puisse rester ainsi pour l'éternité. Je somnole profitant de cet instant de paix avec celui qui fait battre mon cœur depuis plusieurs mois maintenant. Plus tard on commande à manger et après le repas il ne tarde pas à partir, un orage menaçant de tomber.

Je n'arrive pas à dormir. Des flash de lumière éclairent par moment ma chambre et le tonnerre gronde. Je repense à ce qu'il c'est passé plus tôt avec Nam. Je prends entre mes mains la photo d'Hoseok encadrée et posée sur ma table de chevet.

"Hobi, toi tu saurais me dire ce que je dois faire, me conseiller."

Il me manque mais cela ne me déchire plus. Je sais qu'il est avec moi. J'embrasse la photo et me recouche et m'endors bercé par le bruit de la pluie.

Les jours suivants se suivent et se ressemblent. Je commence peu à peu à goûter au bonheur, au vrai. Le week-end arrive et j'en suis heureux car travailler au restaurant de Jin n'est pas de tout repos. Je passe la plupart de mes pauses avec lui. Il est très intelligent ce qui nous permet de parler de sujets divers et variés sans voir les minutes défiler. Namjoon n'étant pas disponible en ce samedi après-midi, je décide de passer une nouvelle fois chez le coiffeur. J'en ressors cette fois-ci avec une couleur bleue, évoluant du foncé au clair selon l'intensité de la lumière. Je passe le temps allongé au parc en attendant de pouvoir rejoindre Nam.

Il m'a invité au restaurant. Tout se passe bien jusqu'à qu'il insiste une nouvelle fois pour payer. Je refuse catégoriquement mais il prend les devants, profitant que je sois aux toilettes pour le faire. Je ressors du restaurant sans faire une scène mais une fois dehors je n'hésite pas à lui faire part de mon mécontentement.

"Je t'ai dit que paierai. Je suis très agacé mais je tente de garder mon calme.

"C'est juste une addition, tu ne vas pas t'énerver pour ça. Son ton nonchalant met mes nerfs à dure épreuve.

- Là n'est pas le problème. Tu ne m'as pas écouté et profiter que ne soit pas là pour le faire dans mon dos. Je sens que je perds contenance ce qui n'augure rien de bon.

- Tu dis ça comme si je t'avais trompé ! Arrête de dramatiser !

- Non, je ne dramatise rien du tout ! Tu n'arrête pas de m'infantiliser! "Tu as pris tes médicaments ?", "Tu es bien allé voir ta psy ?"! Bientôt tu vas me torcher le cul après que je sois allé aux toilettes ! J'éclate pour de bon.

- Excuse-moi de m'inquiéter pour toi ! Il monte également le ton. Les événements prennent une tournure que n'apprécie guère.

- Il y a une différence entre s'inquiéter et s'occuper de moi comme un gosse ! J'ai parfois l'impression que tu me traites comme ta petite chose fragile qui peut se casser à tout moment !

- Tu es blessant Yoongi. Tout ce que je fais, c'est pour toi. Mais si c'est ce que tu penses, alors soit. Sache juste que ça n'a jamais été mon intention."

Il m'embrasse et s'éloigne avec un air triste. J'ai une boule au ventre. Je sais que j'ai eu une réaction un peu excessive. Mais je n'ai pas pu m'en empêcher comme rattraper par mes vieux démons. J'hésite à lui courir après mais je pars finalement de mon côté rejoindre Taehyung, Jimin et Jungkook qui m'ont donné rendez-vous dans un bar plus tôt dans la semaine.

Je m'installe à leur table après les avoir salué. Jungkook me salue de la main. Jimin a l'air de remarquer mon air attristé mais ne fait aucun commentaire là-dessus. Contrairement à Taehyung qui met directement les pieds dans le plat comme à son habitude. Je met mes bras sur la petite table et les croise.

"Putain Yoongi on est là pour s'amuser ! C'est quoi cette tête d'enterrement ? Jimin lui donne un coup de coude. Hé mon ange ça fait mal !

- Tu ne manques pas une occasion de faire l'imbécile toi, lui répond t-il, les sourcils légèrement froncés.

- Ce n'est rien Jimin, j'ai l'habitude. Je te rappelle que j'ai passé presque deux ans dans la même chambre que cet enfoiré. J'esquisse malgré moi un petit sourire.

- L'enfoiré en question a des oreilles Yoongi et des poings au cas où t'aurais oublié.

- Sans blague ? C'est bien d'en avoir mais c'est encore mieux de savoir s'en servir.

- Tu fais le malin mais je te mets ta race sans problème !

- J'en doute pas Taehyung, j'en doute pas. J'aime le provoquer gentiment, il monte si vite dans les tours que ça me fait marrer.

- Ça suffit vous deux., nous interrompt Jimin dans notre fausse dispute.

- Oui Maman."

Taehyung et moi avons répondu en même temps, ce qui nous a fait éclater de rire et fait souffler Jimin. Sa mine boudeuse le rend adorable.

"Bon plus sérieusement, dit le tatoué en s'essuyant les yeux, pourquoi tu tires une tête de dix pieds de long ?"

Mon visage se ferme de nouveau. Pourquoi ? Parce que j'ai mal après la dispute avec mon copain. Parce que je déteste me disputer avec lui même si ça arrive rarement heureusement.

"Rien d'important., je me contente de dire.

- Tu recommences à te fermer. Je pensais qu'on avait dépassé ça tous les deux."

Il a un inhabituel air sérieux et… Déçu ? C'est vrai que depuis mon séjour à l'hôpital notre relation à beaucoup évoluée. Je me rappelle le voir débarquer dans ma chambre, avec des fleurs à la main, encouragé par Jimin. On s'est à peine échangé quelques mots ce jour-là mais il a continué à régulièrement me rendre visite, au début toujours accompagné de son copain, puis seul. Nos conversations sont passées de bref échanges de politesse à des choses plus profondes. Il me partageait son expérience de la dépression, le combat qu'il a dû mener pour s'en sortir, sa rencontre libératrice avec Jimin. Il a été un précieux atout pour m'en sortir à mon tour, et même encore maintenant, je peux toujours compter sur lui et ses conseils dans mes moments de faiblesses.

"Et bien… C'est à propos de Namjoon. On s'est disputé aujourd'hui. Je lui ai fait un reproche mais, même si je pense que c'était justifié, je pense que ce n'était pas la vrai raison de mon énervement. J'ai l'impression que ça fait un moment que j'ai un blocage avec lui.

- Comment ça ? Je suis gêné d'en parler devant les autres, surtout quand je les vois boire la moindre de mes paroles même Jungkook. C'est que… A chaque fois qu'on tente de...tu vois quoi, je n'y arrive pas.

- A quoi ? Tu bandes pas ?

- Non pas ça , je m'écris en rougissant violemment. Quand il tente d'aller plus loin, je ne sais pas… J'ai comme un mur qui se dresse devant moi, si haut que je ne peux pas passer par-dessus.

- Je comprends pas. Il t'excite pas ?

- Arrête avec ça tu veux bien ! Il le fait exprès ou quoi ?

- Bah explique. Il doit bien y avoir une raison. J'hésite une seconde, ne sachant pas vraiment si je dois lui dire mais je reprends finalement.

- Je ne sais pas exactement comment l'expliquer, mais je crois savoir d'où ça vient."

Flash back

C'est officiel je suis foutu. Je suis à la rue, sans travail et je n'ai presque plus d'argent. Je m'assois par terre, contre le mur de l'entrée de la fac, mes bagages autour de moi. Je suis au pied du mur, physiquement et mentalement. J'ai perdu mon travail et la fac ne veut plus de moi avec tous les cours que j'ai manqué. Je pense avoir totalement touché le fond quand je reçois un message empirant la situation.

"T'as intérêt à te pointer au rendez-vous et avec mon argent ou tu vas passer un sale quart d'heure."

Je range mon téléphone et prends ma tête entre mes mains. Putain. Qu'est ce qu'il m'a pris de prendre la drogue à crédit. J'étais tellement en manque et triste après mon séjour à l'hôpital que je ne pensais pas aux conséquences. Et maintenant ? Je n'ai pas de quoi le payer. Je prends sa menace très au sérieux. Ce n'est pas le genre de gars à balancer des paroles en l'air. J'espère pouvoir négocier un peu de temps en plus pour réunir les sous. Je me lève et me dirige vers le lieu habituel du dealer, mes paquets en main.

Il m'y attend, l'air vraiment menaçant, jouant avec opinel dans sa main. Je déglutis et m'avance vers lui.

"T'as ce que je veux ? Je ne quitte pas des yeux le petit couteau tournoyant dans sa main.

- Il me faudrait plus de temps. Et promis je te le rendrai. Je tente le tout pour le tout même si je me doute de la réponse qui va suivre.

- Rien à foutre de tes promesses ! Tu m'as déjà fait faux bond la dernière fois. Tu t'en sortira pas comme ça cette fois. Il me fait peur mais je continue quand même.

- S'il te pla…"

Il ne me laisse pas finir et me donne un violent coup de poings au ventre qui me plie en deux. Je m'écroule par terre, gémissant de douleur. Il ne s'arrête pas là et m'en donne un autre avec son pied avant de me retourner sur le ventre et se placer au-dessus de moi. Il commence alors à desserrer sa ceinture et déboutonne son pantalon. J'essaye de me débattre comprenant ce qu'il essaye de faire mais il est trop lourd.

"Sache que je sais tout ce qu'il se passe dans cette ville. T'aime ça non ? Te les prendre dans le cul. T'inquiète pas je vais être doux. dit-il en rigolant."

Je crie et me débat encore plus mais je sens mes forces s'amenuiser au fur et à mesure . Il baisse mon pantalon qui se retrouve sous mes fesses. Je n'arrive plus à bouger et des larmes inondent mon visage. Mon esprit se vide. Je ne vois plus que le visage de mon soleil. Je crois l'appeler à l'aide mais il ne répond pas. Le visage de mon père le remplace. Je le vois me traitant de sale pédale au pied de la porte de ma maison d'enfance alors que je m'éloigne en pleurant. Je sens une main sur mes fesses qui me fait frissonner de dégoût. Je crois voir arriver ma fin quand je vois des pieds courir au loin accompagnés d'un cri de rage. Quelqu'un se jette sur le dealeur et le plaque au sol dans une violence extrême. Je me redresse en tremblant et m'appuie contre un mur. Namjoon est au-dessus de mon agresseur en train de lui asséner de puissants coups de poings.

"Ne le touche pas connard ! Je vais te tuer ! Je te jure si tu lui as fait quoi que ce soit je vais te tuer !"

Il crie sans jamais arrêter de le frapper. Le dealeur ne se débat plus et il se stoppe finalement, se redresse et accourt vers moi, laissant son prisonnier presque inconscient au sol. Il se met à ma hauteur et me prend dans ses bras. Mon corps tout entier est parcouru de soubresaut.

"Putain Yoongi, dis moi que t'as rien… Sa voix tremble tout comme ses mains quand il prend mon visage entre ses mains tachées de sang. Ses yeux sont noirs de colère. Il t'as touché ? Dis moi qu'il n'a pas osé où je l'étrangle le bâtard."

N'arrivant pas à parler, je me contente de hocher la tête en sanglotant. Il me relâche, me reposant doucement contre le mur et repart vers le dealeur. Il empoigne le col de ce dernier et le plaque violemment contre le mur. Le dealeur ne peut rien face à l'imposante carrure de Namjoon et commence à étouffer sous sa poigne.

"Je t'ai dit que j'allais te tuer si tu avais osé le toucher. Sa voix est calme et maîtrisée ce qui le rend encore plus menaçant."

L'image de mon père faisant de même avec moi me revient brusquement en mémoire. Je ne peux plus en supporter plus et me met à crier.

"Nam je t'en prie arrête !"

Il se tourne légèrement vers moi. Mes yeux mouillés le supplient d'arrêter alors il relâche à contrecœur mon agresseur qui s'écroule de nouveau sur le sol à ses pieds. Il commence à venir vers moi quand le dealer prend la parole et rigole en s'étouffant à moitié, du sang coulant abondamment de sa bouche.

"Je pensais que c'était toi le dominant mais je vois que tu suis bien les ordres petit toutou."

Il se retourne et lui donne un coup de pied au ventre le faisant taire. Il me rejoint et m'aide à me relever. Il me soutient d'un bras et il ramasse mes affaires de sa main laissée libre. On commence à s'éloigner quand il nous interrompt une fois de plus.

"Vous ne vous en sortirez pas comme ça. Je vais vous retrouver et enculer ton bâtard devant tes yeux avant de te faire la peau.

- Menace nous encore une fois et je te traîne au poste. Je te préviens si je te recroise, même si je sens juste ton odeur de sale crevard, je te tue pour de bon. Tu n'es pas le seul à avoir des contacts dans cette ville. Alors un conseil, n'essaye plus de t'en prendre à mon copain."

Il ne prend même pas la peine de se retourner pour prononcer ces mots et m'entraîne vers la sortie de la ruelle, laissant mon agresseur agoniser.

Fin flash back