Chapitre 12
Ça fait maintenant deux mois que je jongle entre mon boulot, ma vie amoureuse et de bons moments avec mes amis. Les jours tristes semblent loin même si les souvenirs douloureux sont toujours là. Je ne manque aucun de mes rendez-vous hebdomadaires avec mon Hoseok. Je lui raconte toute ma vie, ne négligeant aucun détail. Bien qu'il ne me réponde jamais, je sens sa présence au quotidien.
Le week-end commence bien. Le soleil est au rendez-vous, nous éclairant de sa lumière aveuglante. Je me balade avec Namjoon à la place où j'avais l'habitude de "rencontrer" Hoseok. Nos sujets de conversation sont divers et variés. J'ai l'impression que nous ne nous épuisons jamais de parler et je ne me lasse pas de l'écouter. Il me fait par de l'avancement de sa mixtape quand, au détour d'un chemin, nous constatons la présence d'un piano.
"Joue moi un morceau Yoon ! Il joint ses mains en signe d'une prière.
- J'ai arrêté tu le sais. Sa mine s'assombrit devant mon ton dur. Je ne le fais pas exprès. Même si j'ai mes raisons d'avoir arrêté, les jours où la musique faisait partie de ma vie me manquent et ce souvenir me pique le cœur. Bon d'accord…"
Je souffle et m'avance vers le piano. Il se remet à sourire et à sauter sur place, signe qu'il est excité. Il sait comment me faire céder. Je m'assois et réfléchis quelques instants avant de poser mes doigts sur le clavier. La sensation des touches sur ma peau me procure un frisson agréable et familier. J'appuie dessus, instinctivement. C'est comme le vélo, peu importe le nombre d'années, dès le moment où vous recommencer c'est comme le jour où vous vous étiez arrêté.
La mélodie qui s'échappe me fait rentrer dans une sorte de transe. Mon esprit se détache de mon corps et s'envole loin d'ici. De douces mains, aux longs doigts fins, se posent sur les miennes. Leur chaleur se propage immédiatement dans tout mon être. Je n'ai pas besoin de regarder pour savoir qui c'est. L'aura lumineuse de mon soleil est reconnaissable entre toutes. Je sens sa présence debout derrière moi et il calque le mouvement de mes doigts aux siens. La mélodie arrive regrettablement à sa fin, et mon Hoseok reprend sa route, vers un lieu que lui seul connaît, comme si de rien n'était.
Je sens Namjoon me caresser la joue, ce qui finit de me réveiller complètement. Il est assis à côté de moi et me regarde avec tendresse.
"Tu ne t'ai pas rendu compte que je me suis assis n'est ce pas ?, demande t -il, m'enlevant les mots de la bouche. Je hoche la tête. Hoseok ? Je fais de même.
- Je suis redevenu fou ?
- Premièrement, tu ne l'a jamais été, l'acceptation est une étape difficile dans un deuil et ça arrive à bon nombre de s'enfermer dans le déni pour se protéger. Deuxièmement, ressentir sa présence ne fait pas de toi un fou. Et troisièmement, c'est plutôt moi qui suis fou. Fou amoureux de toi. Ses mots et son sourire me font du bien. Je me penche vers lui, et lui donne un baiser, à travers lequel, je l'espère, je lui transmets tout mon amour pour lui. Je préfère largement te voir sourire.
- J'essayerais de le faire plus souvent alors. Et donc tes projets ? Ta mixtape ?
- Elle est quasiment prête, encore quelques détails à régler, une ou deux musique à enregistrer et ça sera bon. Et le clip vidéo bien sûr.
- Un clip vidéo ?
- Oui. Mon agent pense que c'est une bonne idée pour une mise en bouche avant la sortie de la mixtape.
- Je pense qu'il a raison.
- Moi aussi. Tu pourras venir me voir au studio d'enregistrement.
- Pourquoi pas.
- Ça pourrait te donner envie de retenter le rap.
- Je ne pense pas. Je ne suis pas fait pour ça. C'est à cause de ma passion que Hoseok s'est envolé. Si je n'avais pas cédé à ses demandes incessantes à propos de cette audition, il serait toujours là. Je n'aurais pas insisté pour qu'il m'accompagne, il ne se serait pas retrouvé sur ce putain de passage piéton. Tout est de ma faute. C'est moi. Je fous toujours tout en l'air. Je détruis toujours ceux qui m'entourent. Voyant mon visage rempli de douleur, Namjoon me prend dans ses bras réconfortants.
- Je suis sûr du contraire. Mais peu importe tes décisions, je te soutiendrais toujours, n'oubli pas."
Je commence à me laisser aller quand une voix féminine nous interrompt.
"Yoongi ? C'est toi ?"
Je me recule un peu de Joonie pour trouver la personne à qui appartient cette voix si familière. Une femme d'une quarantaines d'années se tient debout à quelques mètres de nous. Ses cheveux sont noirs tout comme ses yeux. Une peau pâle, presque trop, enveloppe l'ensemble de son corps. Elle est de taille moyenne et tient par la main un petit garçon de six ou sept ans. Non. C'est impossible. Ça ne peut pas être elle. Mais quand mes yeux se posent encore une fois sur l'enfant, je ne peux pas nier l'évidence. La ressemblance avec mon frère est bien trop flagrante. Elle me dévisage quelques secondes avant de se mettre à marcher précipitamment dans ma direction, traînant derrière elle le petit garçon. Je me lève automatiquement devant un Namjoon perplexe. Elle tente de me toucher mais je me recule. C'est un cauchemar et je vais me réveiller. Le contraire est impossible.
"Mon dieu… C'est bien toi. Comme tu as grandi et comme tu es beau mon petit Yoongi. Les yeux de ma mère se remplissent de larmes mais je reste de marbre. Comment peut-elle agir ainsi après tout ce qui s'est passé ?
- Qu'est ce que tu fous ici ? Non. Ne dit rien parce que je m'en branle."
Je commence à m'éloigner d'un pas furieux puis me mets à courir. Je l'entends se mettre à pleurer pour de bon mais je ne m'arrête pas. Elle ne peut pas débarquer comme ça dans ma vie alors que pendant des années elle n'a rien fait pour moi. Je sens une main m'attraper le bras. Je me retourne prêt à lui cracher des mots bien plus blessants, croyant qu'elle m'a suivi, mais c'est mon copain qui me fait face.
"Yoon… Ne te met pas en colère comme ça contre elle.
- Ne me dit pas ce que je dois faire à propos de cette femme !, je m'écris.
- Cette femme si je comprends bien c'est ta mère.
- Non, elle n'est rien depuis le jour où je suis partie de chez moi, ou plutôt que mon père m'a dégagé comme un chien, et qu'elle n'a rien fait ! Et même avant ça, elle ne représentait déjà presque plus rien pour moi ! Où était-elle quand mon père me frappait ? Que disait-elle quand ce bâtard m'insultait de tous les noms ? Que faisait-elle quand, tous les soirs, je m'endormais en pleurant ? Rien ! Alors qu'elle continue de le faire et qu'elle ne recroise jamais mon chemin !
- Tu n'auras aucune réponse à tes questions si tu l'a fui de cette manière. Elle avait peut-être ses raisons.
- J'en ai rien à foutre ! Son rôle était de me protéger mais elle n'a pas su le remplir.
- Laisse lui au moins une chance de t'expliquer.
- Non. Et si tu veux me soutenir comme tu le dis, n'essaye pas de m'en convaincre.
- D'accord, je n'essayerais pas...
- J'ai besoin d'être seul.
- Ok Yoon… Appelle-moi quand tu seras calmé…"
Je le vois profondément triste, ce qui ne fait qu'attiser ma colère contre elle. Il dépose ses lèvres sur ma joue avant de s'éloigner la tête basse et les mains dans les poches. Je shoote de colère dans un cailloux avant de faire de même.
J'ouvre la porte de mon studio plongé dans le noir. Je ne prends pas la peine d'allumer la lumière et je m'effondre dans mon lit. J'inonde mes draps de larmes que je sers entre mes poings. Pourquoi chaque moment de bonheur doit être entaché par des souvenirs sombres ressurgissant dans ma vie ? Mes yeux se posent sur la photo de Hoseok et je pleure de plus belle. Je reçois un message de Taehyung mais je l'ignore. Je m'endors finalement, épuisé par mes sanglots.
Mon sommeil est accompagné d'une succession de cauchemars dont deux particulièrement traumatisants.
J'ai neuf ans. Je rentre des cours, attristé une fois de plus par le comportement méchant de mes camarades. Je me dirige directement vers la chambre de mon frère à pas de loups, ne voulant pas réveiller mon père affalé dans le canapé, et reste dans l'entrebâillement de sa porte. Il dessine, sur son lit, ne semblant pas avoir remarqué ma présence.
Il a de petits yeux noirs comme les miens et des cheveux aussi ébènes que ses pupilles. Sa peau pâle laisse transparaître les veines de ses bras et de ses mains. Il n'est pas bien grand non plus. On aurait pu croire que c'est mon frère jumeau s'il n'y avait pas eu la différence d'âge.
"Je sais que tu es là., me dit-il, toujours concentré sur son dessin.
- Comment ?
- Tu viens toujours me voir quand tu rentres de l'école. Il relève finalement les yeux. Il me sourit et tapote le matelas. Allez viens."
Je lâche mon sac de cours et m'avance à petit pas jusqu'à lui puis grimpe sur le matelas. Il se remet à dessiner et moi je le regarde faire.
"Qu'est ce qui c'est passé cette fois ? Il s'adresse à moi les yeux toujours concentrés sur son croquis.
- On m'a bousculé à la cantine et j'ai fait tomber mon plateau. Je baisse la voix, ennuyé par ce que je viens de dire.
- Je sais que c'est dur mais s'il te plaît, supporte encore un peu. Un jour on s'en ira loin d'ici. Tous les deux.
- Loin de papa et des méchants enfants ?
- Très loin. Il dépose son croquis quand il entend ma voix se casser et me prend dans ses bras. C'est chaud et réconfortant. Je me met à pleurer pour de bon. Ne pleure pas. Je serais toujours là pour toi.
- Et si un jour tu t'en vas ?, je dis en suffoquant légèrement. Cette pensée me fait frissonner.
- Jamais. Mais, même si par malheur ça arrive, je ferais toujours en sorte que ton chemin croise celui d'une personne qui t'aidera à son tour. Je ne te laisserais jamais seul. Je le regarde ne saisissant pas le sens de ses paroles. Et, comme s'il avait lu dans mes pensées, il ajoute : Tu es encore jeune mais un jour tu comprendras ce que je viens de dire."
Je bouge dans mon sommeil. Un autre souvenir prend la place de celui-ci. Le plus traumatisant de ma vie. Le jour où j'ai perdu mon premier soleil.
Une semaine est passée depuis les paroles incompréhensibles de mon frère. L'école est terminée et je rentre chez moi. Mes camarades ont encore trouvé le moyen de me martyriser. Ma mère est dehors en train d'étendre le linge et mon père est dans son fauteuil, une bouteille à la main pour ne pas changer, et regarde la télé sans prêter attention à moi. Je me mets comme à mon habitude devant la porte de mon frère, attendant que celui-ci me remarque. Il est allongé sur son lit. La pièce est anormalement froide, comme si toute chaleur l'avait quittée.
Mais les minutes passent et il ne bouge toujours pas. Je m'approche de lui et le secoue. Il n'a aucune réaction alors, pensant à une blague, je me met à rire.
"Je sais que tu ne dors pas Woozi ! Aller lève toi !"
Je le secoue plus fort mais ses yeux restent clos et son corps inerte bouge au rythme de mes secousses. Je cesse de rire quand mes pupilles se posent sur une boîte de médicaments vides sur sa table de chevet. Je la soulève de ma petite main quand ma mère rentre dans la chambre, un ballot de linge dans les bras.
"Yoongi arrête d'embêter ton…"
Elle ne terminera jamais sa phrase. Ses yeux font des aller retour entre la boîte dans mes mains et mon frère. Puis elle se met à hurler. Un cri effroyable. Elle laisse tomber le ballot et elle se jette sur mon frère, me bousculant au passage. Elle le prend dans ses bras et se met à le bercer en pleurant et en appelant mon père à l'aide. Je comprends alors que mon frère nous a quittés, emportant avec lui toute possibilité d'une vie meilleure pour nous. Ma vue se brouille avant que je m'évanouis.
Une sonnerie agresse mes oreilles et me fait sursauter. Je roule dans mon lit en grognant. Mes yeux toujours clos, j'attrape mon téléphone et le porte à mes oreilles.
"Allô… Ma voix est un peu rauque au réveil.
- Oh bébé, je suis désolé, tu dormais.
- Pas grave… Je me racle la gorge. Qu'est ce qu'il y a ?
- Je voulais juste savoir comment tu vas. Tu ne m'a pas appelé, ça m'a inquiété. Il est trop mignon.
- Ça va, ça va… Ma voix trahit mon mensonge.
- Ça n'a pas l'air… Je ne peux vraiment rien lui cacher. C'est à propos d'hier ?
- Ouais en quelque sorte... J'anticipe déjà la question qui va suivre. Et non pour l'instant je n'ai pas vraiment envie d'en parler.
- D'accord, je comprends, je n'insiste pas. Il est vraiment trop compréhensif. Dieu que je l'aime. Tu veux manger avant ou après ?
- De quoi ?
- Bah Everland… on avait décidé d'y aller. Tu as oublié ?, dit-il d'une voix légèrement déçue.
- Ah euh.. non non ! Je ne suis pas complètement réveillé c'est tout. Bah euh après c'est mieux. Merde j'avais complètement zappé avec les évènements d'hier.
- On se retrouve vers 15h alors ?
- Oui oui c'est parfait.
- D'accord, à tout à l'heure alors. Je t'aime.
- Je t'aime aussi."
Il raccroche. Mon écran affiche 12h22. Heureusement que j'ai dit après. Je ne me vois pas du tout courir partout pour me préparer. Je suis content. Cette journée va me faire penser à autre chose après la terrible nuit que j'ai passé. Je souris. Moi à une fête foraine avec mon copain. Si on m'avait dit ça quelques années plus tôt… Toujours allongé dans mon lit, j'ouvre le message laissé par Taehyung hier. De nombreux autres suivent le premier.
"Tu viens ce soir ?"
"Allooooooooo ?"
"T'es la ?"
"Toujours aussi impoli !"
"Va te faire foutre Yoongi !"
"N'écoute pas ce qu'il dit. Rejoins-nous si tu lis ce message à temps. Jimin."
Il n'a pas besoin de signer le message pour que je sache que ça ne vient pas de Taehyung. J'imagine la scène et ça me fait rire. Jimin gonflant ses joues d'agacement devant un Taehyung grossier, Jungkook l'air de se demander ce qu'il fout là. Je jette mon téléphone sur le lit et m'étire. Je me lève, abandonnant mes draps chauds, et me dirige dans la salle de bain en traînant des pieds. J'ai l'impression de ne pas avoir dormi. Je prends une douche froide pour essayer de me réveiller. Une fois habillé d'un jogging confortable, je retourne dans mon lit et je sors quelques feuilles gribouillées du tiroir de ma petite table de chevet. Des paroles de rap se succèdent, griffonnées à la hâte, qui pourrait ressembler à du charabia à première vue. Je grimace. Je pourrais faire un effort sur mon écriture. Mais j'ai tellement d'idées que je me précipite pour les coucher sur le papier avant de les oublier.
Je me suis remis à l'écriture il y a quelques semaines. Namjoon m'avait invité à son studio, pour l'enregistrement d'une des chansons de sa mixtape. La nostalgie des jours où je rappais moi même m'a submergé. En rentrant chez moi ce jour-là, j'ai saisi un stylo et une feuille qui traînaient, et j'ai écris jusqu'au lendemain. Quand je compose, je ne pense plus à rien. Les heures qui passent semblent être des secondes qui défilent sans s'arrêter. Sans m'en rendre compte, les premières lueurs du jour avaient pointé le bout de leur nez.
Quand je regarde de nouveau mon téléphone il est déjà 14h09. J'abandonne mes feuilles et je m'empresse de retourner dans la salle de bain pour me préparer à rejoindre mon amoureux.
Je m'applique du fond de teint que je fixe ensuite à l'aide d'une poudre libre ainsi qu'un léger trait de liner sur les paupières. Je souligne mon regard avec un autre trait sous mes yeux, au crayon marron, que j'estompe de mes doigts. Je finis le tout en apposant un baume à lèvres légèrement rosée sur mes lippes. Je soigne également ma coiffure en plaquant mes cheveux à l'aide d'un fer à lisser. J'enfile enfin un pull rouge et blanc, un jean simple et des chaussures noires. Avant, je ne faisais pas d'effort pour soigner mon apparence mais aujourd'hui je ne m'imagine plus le faire. Des couleurs vives ont remplacé la noirceur de mes anciens vêtements, tout comme elles sont apparues dans ma vie.
Arrivé à Everland j'envoie un message à Joonie. Le temps qu'il réponde je me mets déjà à sa recherche. Il ne me faut pas longtemps pour que j'aperçoive au loin des cheveux violets vifs. Il est appuyé contre un arbre, les jambes croisées et les mains dans les poches, à observer la foule de personnes, qu'il dépasse d'au moins une tête, ayant eu la même idée que nous pour passer leur dimanche après-midi. Cet air décontracté le rend très attirant, plus que d'habitude. Je prends quelques minutes avant de le rejoindre afin de pouvoir le détailler à ma guise.
Il porte un haut blanc simple et un pantalon bordeaux. Ses tennis blanches sont immaculées. Son blouson style teddy est bleu saphir. Un long collier noir fantaisie lui entoure la nuque. Je sens ma poitrine gonfler, fier d'être celui qui partage la vie de cet homme magnifique et qui ne cessera de me faire de l'effet.
Il saisit son téléphone avant de pianoter dessus. Je sens alors le mien vibrer dans ma poche.
"Je viens de voir ton message. Où es-tu ?"
"Devant toi."
Il relève alors la tête et se met à scruter les alentours. Quand finalement ses yeux se posent sur moi, un sourire se plaque sur son faciès, laissant découvrir son adorable fossette, et il me rejoint à grandes enjambées. Arrivé à ma hauteur, je m'aperçois avec stupéfaction qu'il a retiré ses piercings ce qui lui donne un air céleste et pur.
"Tu n'as plus tes piercings ?
- Ah oui, je les ai enlevés. Je trouve que ça colle mieux au style de ma tenue.
- Ha ha. Tout dans la minutie.
- Les détails sont importants !"
Il épouse mes lèvres avec les siennes. Mon cœur se met à danser dans ma poitrine. Je veux vivre cette danse éternellement. Je me laisse emporter, ignorant les regards curieux. Personne au monde ne m'empêchera d'aimer cet être. Avant, j'avais si peu d'assurance. Mais depuis qu'il a débarqué dans ma vie sans prévenir, tout à changer. Je ne gaspillerais pas cette chance qui m'a été donnée.
Il finit son baiser enivrant et me regarde de ses prunelles brunes, brillantes comme des diamants, enflammant mon âme et où je me perds si souvent. C'est lui. Mon nouveau soleil. Il a su trouver la lumière en moi quand tout ne semblait qu'obscurité, tout comme mon Hoseok. Il est la partie de moi qui ne mourra jamais. Même si le monde entier disparaît nous arrachant avec lui, je me souviendrai toujours de lui ainsi. Et la sensation de mains protectrices sur mes épaules me le confirme. Merci à toi Hobi et à mon frère de m'avoir mis sur le chemin de cet être merveilleux.
Il me prend la main dans la sienne, ardente comme l'astre, et m'entraîne vers les différentes attractions. La journée est ponctuée de nos rires. Je m'amuse comme jamais il n'était arrivé depuis longtemps. On se fait peur dans la maison hantée, essaye de battre le record du punchingball, manque de vomir dans les montagnes russes. Et il m'embrasse tout en haut de la grande roue comme dans les films à l'eau de rose, avec une vue imprenable sur tout le paysage. Le parc est immense, alors après au moins deux heures de récréation, on s'assoit à la terrasse d'un café du parc. J'observe avec béatitude les enfants crier sur le carrousel de chevaux, d'autres les doigts plein de sucre avec leur barbe à papa.
"Qu'est ce que tu veux ? M'interrompt Joonie.
- Mmmh, des gaufres et un thé glacé.
- D'accord je vais passer la commande."
Il se lève, me laissant de nouveau plonger dans ma contemplation. Je suis toujours perdu dans mes pensées quand je sens une main attraper mon pull et le tirer légèrement à plusieurs reprises. Mes yeux se posent sur le petit garçon qui était avec ma mère hier. La vue de ses traits ressemblant en tous points avec mon frère me gèle sur place. Il tient une glace à l'eau de son autre main qui coule à petites gouttes par terre. Il me sourit ce qui me procure une sensation bizarre. J'entends ma mère se précipiter vers nous et l'éloigner de moi.
"Oh excusez moi jeune homme… Elle se fige à son tour en s'apercevant que c'est moi. Oh Yoongi… Je ne pensais pas te voir ici."
Namjoon revient avec nos commandes. Il reste debout, regardant ma mère, sa chaise puis moi, se demandant sûrement ce qu'il doit faire. Il dépose les plateaux et d'un air calme s'adresse à ma mère.
"Madame, je pense que vous devriez partir.
- Non c'est bon., je l'interrompt"
Il me dévisage, surpris tout comme ma mère. Quand je la regarde, je ne peux m'empêcher de revoir la douleur sur son visage et d'entendre son hurlement quand elle a découvert mon frère. En dépit de tout, aucune mère ne mérite de perdre son enfant, surtout de cette façon. Et par-dessus tout, j'ai besoin d'entendre ce qu'elle a a dire, ne serait-ce que pour tourner la page. Namjoon me questionne du regard. Je hoche la tête et il prend alors le petit garçon par la main avec l'autorisation de ma mère.
"Viens on va faire du manège., lui dit-il avec un sourire."
Je les regarde s'éloigner pendant que ma mère s'installe à la place laissée vide par Joonie. Elle se mure dans le silence face à mon attitude peu coopérative. Elle essaye de toucher un de mes bras que j'ai croisés plus tôt sur la table, mais je me replie sur le dos de ma chaise.
"Qu'est ce que tu fais à Séoul ? Où est...papa ? J'ai expulsé ce mot de ma bouche avec difficulté. Je la vois prendre une grande inspiration avant qu'elle ne prenne la parole.
- Après ton départ, la vie avec ton père est devenue encore plus insupportable. Il buvait encore plus qu'avant, si ce n'était possible, et s'est même mis à se droguer, dilapidant le peu d'économies qu'il nous restait. Je suis tombée enceinte. Je ne voulais pas lui dire, essayant de trouver en parallèle de cette vie épouvantable avec lui un moyen d'y échapper, surtout après qu'il t'ai fait fuir, laissant la maison dans un vide insupportable. Mais ça ne s'est pas arrêté là. Il a commencé à devenir très violent envers moi. J'ai faillit faire une fausse couche. Alors je n'ai pas attendu un instant de plus et je me suis enfui. Je ne savais pas où aller. J'étais sans le sous et à 3 mois de grossesse. Je me suis alors rappelé que j'avais une amie ici. Elle m'a offert son toit et son couvert. Après l'accouchement j'ai pu trouver un travail et un logement. Et pour ton père, je n'ai aucune nouvelle depuis que je suis partie. Je reste silencieux. Le comportement de mon géniteur ne m'étonne même pas. Je serre les poings. Je jure de le tuer si je le croise un jour.
- Comment as- tu pu aimer un homme comme ça ? Ma question sonne plus comme une accusation.
- Il n'a pas toujours été comme ça. J'ai ce souvenir indélébile qui me revient souvent de ton père faisant le tour des pâtés de maison avec toi dans la voiture quand tu ne faisais que pleurer et que tu ne voulais pas dormir."
Je ne peux pas la contredire. Quand je vois ces enfants rirent sur le carrousel, je me vois à leur place, m'agitant d'excitation sur un cheval. Mon père est à côté, faisant semblant de me prendre en photo pour me faire rire. A cette époque on ne manquait pas d'argent, mon père ne buvait pas et mon frère était toujours en vie. J'avais 3 ans. Une ou deux années plus tard, il a perdu son travail. Ca l'a tellement affecté qu'il s'est mis à picoler comme un trou. Et même si ça n'excuse en rien ce qu'il nous a fait subir par la suite, je le comprends. J'aurais moi-même sombré si je n'étais pas bien entouré.
"Tu n'as même pas essayé de me retrouver.
- Bien sûr que j'ai essayé. Tu es mon fils. J'ai contacté toutes mes connaissances pour savoir si par chance l'une d'entre elles t'avaient croisée. Mais personne ne savait où tu pouvais être. Tu semblais avoir disparu de la surface de la terre. Je ne savais pas où tu étais parti. Je n'en avais vraiment aucune idée et aucun moyen de te joindre. J'ai perdu tout espoir de te revoir un jour. Je passais mes journées à pleurer ta disparition et celle de ton frère."
Un silence de mort s'abat. Même si une partie de moi lui en veux, je sais au fond qu'elle a raison. Ce n'est pas comme si j'avais laissé une trace ou un indice derrière moi. J'observe Namjoon. Il s'amuse avec mon petit frère un peu plus loin en le faisant sauter en l'air et le rattrapant dans ses bras. Malgré l'ambiance morose, cela me fait sourire.
"C'est un ami ou.. ?
- C'est mon copain. Je perds mon sourire. Petit copain.
- Oh je vois. C'est un beau garçon. Il a l'air de beaucoup compter pour toi et toi pour lui.
- C'est le cas. Même si mon cœur me dit de desserrer les dents je n'y arrive pas. C'est encore trop tôt. Les blessures du passé sont encore trop vives.
- Oh je suis si heureuse pour toi Yoongi. Elle pleure. Si tu savais comme je suis désolée pour ce que ton père t'a fait subir. J'avais dû être plus courageuse et prendre ta défense face à lui mais il me terrifiait autant que toi. Et surtout persister dans mes recherches. Je n'ai jamais voulu t'abandonner."
Elle éclate en sanglots pour de bon. Je suis mal à l'aise. La voir dans cet état me fait mal. Je comprends qu'elle aussi a beaucoup souffert, à sa manière. Elle n'a pas seulement perdu un fils, elle a aussi dû subir l'éloignement de son second enfant à cause d'un connard. Je pose une main sur la sienne. Elle me regarde à travers ses larmes. Je baisse les yeux, gêné. Je crois que ce geste nous étonne tous les deux. La surprise laisse place à un bonheur intense dans ses mirettes. Elle serre ma main dans la sienne, un sourire illuminant son faciès.
