Un petit chapitre qui montre enfin son nez !

Désolée pour le retard, en ce moment je concentre tout mon énergie sur "Monstrueux", un projet personnel auquel je tiens.

Profitez bien du duo de corsaires :)


Crocodile essayait tant bien que mal de se concentrer sur la lecture du journal mais le voyage était si bruyant qu'il ne pouvait pas lire plus de cinq lignes sans recommencer depuis le début. Si encore il avait pu s'isoler quelque part pour être tranquille, mais non. Tout le monde papotait et riait aux éclats en buvant du champagne, dans l'impatience d'accoster "l'Île aux Mille Cristaux".

La majorité des passagers étaient des parvenus qui rivalisaient tous d'hypocrisie pour s'impressionner les uns, les autres. Doflamingo était là comme un poisson dans l'eau ; il saluait certaines connaissances, remplissait les verres vides, charmait allègrement le moindre sujet un peu influençable, sans oublier de leur laisser un bon souvenir, au cas où. Seul Crocodile faisait tâche dans le paysage en s'écartant volontairement des convives surexcités. A bout de nerfs, il avait choisi de se percher sur le pont du bateau afin que le bruit des vagues et du vent couvrent celui des voix et des rires pompeux qui lui cassaient les oreilles.

Heureusement, ils étaient bientôt arrivés à destination et à ce moment là, ils pourraient faire ce pourquoi ils étaient venus : se débarrasser du Souffleur de Verre et lui usurper toute sa fortune. Plus vite ce serait fait et plus vite il aurait la possibilité de reprendre ses recherches dans les meilleures conditions possibles. Le plus compliqué serait de couper l'herbe sous le pied de Doflamingo et ne pas lui laisser la possibilité de le dominer. Il n'attendait que ça.

Comme si penser à lui avait le pouvoir de l'invoquer, Doflamingo le rejoignit en s'accoudant au bastingage. Un verre à la main, probablement son dixième. C'était un miracle qu'il soit encore capable de marcher droit.

– Alors, t'es venu bouder ici ? Ricana-t-il en lui posant la main sur l'épaule.

Crocodile la dégagea aussitôt, sans lever le nez de son journal.

– Retourne picoler et cesse de m'emmerder.

– Tu devrais te décoincer, on est censé faire la fête ! En te voyant, on devine tout de suite que tu es suspect.

–Et alors ? Pendant que tu le distrairas, je m'infiltrerai dans sa base pour observer comment marche son commerce. Je suis pas venu pour me trémousser avec ces guignols, tu peux très bien le faire tout seul.

– Ah, la, la, quel ennui, soupira Doflamingo. Moi qui pensait en profiter pour renouer.

– Dans tes rêves.

Crocodile reprit sa lecture et ignora les bruits de déglutition que faisait Doflamingo en buvant. Si au moins les nouvelles étaient intéressantes, il aurait pu se plonger dedans, mais depuis Marine Ford, il avait le sentiment que les infos qui y étaient partagées étaient plus contrôlées. Il n'y apprenait plus grand chose en dehors de la lutte contre les actions des Révolutionnaires et des frasques destructrices des pirates de la génération terrible dans le Nouveau Monde. L'un des articles mentionnait le nom de celui qui avait aidé Monkey D. Luffy à fuir le champ de bataille : Trafalgar Law. Ces actions ne semblaient pas avoir de sens, telles qu'elles étaient retranscrites dans l'article qui en parlait, mais Crocodile ne pouvait s'empêcher de trouver un air de entre ce gamin et lui-même. C'était un petit fourbe dont il fallait se méfier.

– Il est de chez moi celui-là, à la base, commenta Doflamingo en tapotant la photo de Law sur la page du journal.

– Ah oui, répondit Crocodile, sur un ton qui signifiait qu'il n'en avait rien à faire.

– Il t'aurait plu, un vrai petit con, rusé comme un renard.

– Et tu l'as laissé partir, parce que ?

– Parce que je n'ai pas besoin d'un ingrat dans mes rangs.

Il avala une nouvelle gorgée d'alcool. A ce rythme là, il serait ivre mort avant d'accoster.

–Je l'ai quasiment élevé et il m'a poignardé dans le dos, ce sale gosse, reprit-il.

– Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse, souffla Crocodile.

Un mouvement de foule attira leur attention ; tous les passagers se précipitèrent à l'avant du pont pour admirer l'île scintillante qui se tenait devant eux. Ses reflets mauves et roses donnaient à l'océan une teinte étrange qui leur donnait l'impression de naviguer sur une mer de vin. Le ciel avait lui aussi une couleur étrange, plus sombre qu'à l'accoutumé. Les articles qui faisaient l'éloge de cette île n'avait pas menti : elle semblait pleine de promesses.

– Ah, enfin nous y voilà !

Doflamingo se redressa et jeta son verre dans l'océan, impatient d'accoster.

– Ca aurait été plus rapide en utilisant nos pouvoirs, grogna Crocodile.

– C'est plus poli d'arriver en même temps que les autres invités, ne nous voulons pas faire une mauvaise impression, répondit-il avec un sourire mauvais.

– Et toi la politesse, ça te connaît.

Le débarquement se passa se façon plus calme. Notamment parce que les invités furent accueillis par un silence des plus mystiques que personne n'eut le courage de braver. Des gardes, postés partout près de l'embarcadère, surveillaient les faits et gestes des nouveaux arrivants. Ils portaient tous des uniformes mauves, aux casques pointus, sur lesquels était gravé le jolly roger du gourou : un crâne translucide, recouvert de cristaux. Ils leur indiquèrent la direction à suivre en constituant une haie d'honneur impressionnante jusqu'à l'intérieur du château de verre qui trônait au centre de l'île.

– Quel accueil, gloussa Doflamingo. Il veut nous en mettre plein la vue, le salaud.

– Sa fortune doit être considérable pour qu'il puisse se payer autant d'hommes.

Tout en suivant la marche des autres invités, ils en profitèrent pour contempler les alentours. Il n'y avait quasiment aucune végétation, seulement des roches brillantes qui luisaient à la lueur des lampadaires. Un peu à l'écart, derrière les gardes, Crocodile remarqua que quelques personnes les observaient d'un œil inquiet. Ils étaient, eux aussi, vêtus des mêmes tenues mauves que les gardes, bien que celles-ci avaient l'air en moins bon état. Ils semblaient maigres et les yeux dégageaient une lueur de terreur que le corsaire connaissait bien, pour l'avoir souvent provoquée.

Ces gens étaient probablement les derniers à être tombés dans le piège du chef tout puissant de cette île. Il leur avait vendu un paradis et ils avaient accouru sans se méfier. Peut-être certains s'étaient-ils rendu compte de la supercherie mais avaient réagi trop tard et maintenant ils n'avaient plus la possibilité de faire machine arrière. Il n'y avait aucune issue. Les rares bateaux amarrés aux quais étaient des visiteurs qui ne restaient jamais bien longtemps et le nombre de gardes armés avaient de quoi décourager toute tentative de rébellion.

Doflamingo ne s'était pas trompé : il y avait là un magnifique repaire à récupérer. Mais ça n'allait pas être une mince affaire sans avoir la moindre idée des ressources et des forces de l'ennemi. Tromper Doflamingo n'allait pas être simple non plus. Il le connaissait depuis le temps et il savait que le roi de Dressrosa prendrait son temps avant de tuer sa cible, il allait profiter du spectacle. Il picorerait sur le buffet, ferait ami-ami avec quelques invités, en profiterait pour jouer au con devant tout le monde, pour endormir leur méfiance, puis enfin il frapperait quand tout le monde serait trop aviné pour réaliser que c'était une mauvaise idée de l'avoir fait venir ici.

Crocodile était peut-être le seul à être immunisé contre son charisme envoûtant. Il connaissait trop bien son fonctionnement pour se laisser rouler dans la farine mais il savait qu'il en était de même pour Doflamingo. Il avait certainement deviné qu'il avait l'intention de le trahir et il ne le laisserait pas faire aussi facilement. Il fallait toujours qu'il joue avec ses proies avant des les achever.

Après cinq bonnes minutes de marche, ils arrivèrent devant les escaliers du titanesque palace de verre qui se dressait devant eux. Des lueurs bleus, roses et mauves étincelaient de toute part, entraînant des remarques émerveillées dans l'assemblée. Deux immenses statues gardaient l'entrée du palais : elles représentaient toutes les deux un homme avec une mâchoire carrée de molosse qui semblait porter un regard bienveillant sur la foule qui s'agglutinait à ses pieds. Crocodile n'y voyait que l'expression d'un narcissisme profond.

Il devait également avouer que l'artiste n'avait pas fait un très bon travail : ces idoles ne ressemblaient pas du tout au type qu'il avait eu l'occasion de croiser dans les geôles d'Impel Down. Le Souffleur de Verre dont il se souvenait n'avait pas ce port altier que laissait présager ses statues. Au contraire, il avait un physique des plus banals parmi les détenus : géant, couvert de cicatrices, porté par une multitude de muscles noueux et tendus sur lesquels était perchée sa sale tête de criminel.

– Tu le reconnais ? Demanda discrètement Doflamingo.

– Presque. Soit l'artiste a été généreux, soit il l'a fait de cette façon parce qu'on l'a menacé de mort s'il osait le représenter autrement.

– Ah, tu penses ? Personnellement, je parierai qu'il les a fait lui-même, avec son propre fruit du démon.

– Ce serait encore plus ridicule.

Tous les deux se joignirent aux invités et entreprirent de gravir les marches du palais, toujours sous l'œil inquisiteur des gardes.

– C'est une très mauvaise technique d'essayer d'intimider des gens avec qui on pense collaborer, commenta Crocodile, un peu agacé que ces rustres osent le dévisager de cette façon.

Doflamingo pouffa de rire.

– Ca dépend, la première fois que j'ai essayé, tu n'as pas trop mal réagis.

– Nous n'avons jamais collaboré au sens propre du terme.

– Jusqu'à aujourd'hui. Comme quoi, ce n'était pas une si mauvaise stratégie.

Crocodile se retint de le frapper.

Une fois à l'intérieur du hall, divers serviteurs – fidèles au code couleur de leur maître – vinrent les chercher pour les conduire dans la grande salle de bal du palais. Certains reconnurent Doflamingo et semblèrent lui accorder plus d'importance qu'aux autres invités. Ils exagérèrent les courbettes et celui-ci ne fit strictement rien pour les en empêcher. Et ça n'avait rien d'étonnant, il adorait ça.

Il présenta Crocodile comme son propre invité en exagérant la nature de leur relation – qu'il vendait comme étant beaucoup plus amicale qu'elle ne l'était en réalité – et le corsaire dut serrer les dents pour ne pas broncher. Même s'il ne voyait absolument pas ce que ça pouvait lui apporter de fanfaronner devant un sous-fifre qui préférerait certainement ne pas avoir à adresser la parole à quelqu'un qui lui faisait aussi peur.

– Si voulez bien me suivre, annonça un autre serviteur, qui essayait de dissimuler le trémolo dans sa voix.

Ils étaient tous terrifiés mais Crocodile n'arrivait pas à déterminer s'ils l'étaient à cause de leur présence ou à cause de l'horreur que leur inspirait leur patron. Probablement un mélange des deux. Ils reprirent leur route, laissant environ trois mètres entre eux et les domestiques de l'île.

– Où penses-tu qu'il planque son butin ? Demanda Doflamingo, la voix basse.

– Je n'en sais rien, ce palais est immense mais je doute que ce soit là qu'il garde sa marchandise. Pas avec autant de monde qui circule en permanence.

– Tu parles des serviteurs ? Tu les as bien regardés ? Ils sont morts de trouille. Je n'aime pas ce type mais je dois bien avouer que je le trouve de plus en plus intéressant.

– Pas seulement, répondit Crocodile. On est trop bien accueillis pour qu'il ne fasse pas ce genre de réception régulièrement. Nous ne sommes sûrement pas les premiers à essayer de nous infiltrer pour trouver ce qu'il cache.

– Tu penses à la Marine ?

– Ou le Cipher Pol.

– Peu importe, du moment qu'on est les premiers à récupérer la cabane.

– Tu veux dire que je suis le premier à récupérer la cabane, rectifia Crocodile.

– Bien sûr, inutile de paniquer, ricana Doflamingo, avec sa voix roucoulante destiné à l'amadouer.

Ils entrèrent dans la salle de bal et, malgré leur animosité pour le maître des lieux, ils ne purent s'empêcher de contempler avec émerveillement, encore une fois, la beauté du bâtiment. Jamais ils n'avaient vu un endroit comme celui-ci. La pièce était fabuleuse, abritée sous un énorme dôme rutilant à travers lequel on pouvait apercevoir de gigantesques rouages mécaniques en plein travail. Probablement ceux qui permettaient à l'île d'avancer et de fonctionner.

Doflamingo siffla d'admiration.

– Beau boulot, ça a de la gueule, on peut lui reconnaître ça.

Crocodile ne répondit pas, il avait les yeux rivés sur son ancien camarade de prison qui venait enfin de faire son apparition.

L'homme se tenait au milieu de la salle, sur une petite estrade qui permettait à tous de le voir. Crocodile se fit la réflexion qu'il avait vraiment l'air ridicule, perché là-dessus, mais cela faisait certainement parti de son petit numéro pour amadouer les foules. Il était le seul parmi les habitants de l'île qu'ils avaient croisé jusqu'ici, à ne pas porter la couleur mauve sur lui. A vrai dire, il avait tout l'air d'un malfrat les plus basiques et c'était un peu décevant. Crocodile se sentit stupide d'avoir cédé au chantage de Doflamingo sur sa tenue vestimentaire alors que leur hôte n'avait même pas fait l'effort de s'habiller de manière un tant soi peu élégante ou festive.

Et même s'il avait l'air plus en forme que lorsqu'il se trouvait à Impel Down, il avait toujours la même tête. Son visage avait une forme carrée, presque cubique, sur lequel poussait une barbe dont les mèches bouclaient à leur extrémité. Sa coiffure était tout aussi bouclée et formait une spirale sur le sommet de son crâne. La seule chose vraiment effrayante à propos de lui était sa taille. Il était massif et il dépassait Doflamingo d'au moins deux têtes.

Heureusement, si l'effet était efficace sur le reste des invités, il en fallait bien plus pour effrayer les deux corsaires.

– Je suppose que c'est lui ? Demanda Doflamingo.

– Tu supposes bien.

Le gourou, ravi de voir tant de monde à ses pieds, leva les bras et salua la foule avec un sourire paternel :

– Bienvenue sur l'île aux Mille Cristaux !

Il commença son discours de bienvenue, auquel ni Crocodile, ni Doflamingo n'avait envie de prêter attention. Leur regard était concentré sur la petite troupe de soldats armés – toujours en toge mauve – qui entouraient l'estrade et qui tenaient dans leur main, des paires de menottes en granit marin, probablement destinés aux visiteurs prestigieux qu'ils étaient tous les deux.

Doflamingo se mit à sourire, excité par la soirée qui s'annonçait plus tempétueuse que prévu.

– Voilà qui est intéressant.