ENFIN je peux mettre à jour cette fic. Elle n'était pas à l'abandon, c'est juste que je travaillais sur un autre projet et que je préférais y mettre toute mon énergie. Maintenant que c'est terminé, je peux de nouveau me mettre au boulot ! Retour aux tribulations de Croco & Doffy.

Si vous voyez des passages au présent et non au passé simple, signalez le moi. Je reviens de la rédaction d'un roman au présent, c'est difficile de faire la transition x)

Bonne lecture !


C'était là l'humiliation de trop pour Crocodile.

Devoir faire bonne figure devant un ennemi tout en ayant les menottes aux poignets était hors de ses compétences. S'il s'était écouté, il aurait fait tomber cet endroit en poussière à la seconde même où on lui a demandé d'accepter gentiment de se soumettre, et au diable la discrétion. Mais Doflamingo l'en a immédiatement dissuadé en lui soufflant discrètement de garder son calme. C'est en répliquant qu'il n'avait pas d'ordre à lui donner qu'il s'est fait menotter sans ménagement par l'un des garde armé.

Tout de suite après son discours, le Souffleur de Verre descendit dans la foule pour serrer chaleureusement quelques poignées de main et accorder des caresses magnanimes de patriarche bienveillant sur le front de ses ouailles. L'air était déjà malsain, mais il le devenait de plus en plus.

Enfin, il daigna accorder un regard à ses invités de marque. Crocodile se fit la réflexion qu'il n'aurait pas pu mieux s'y prendre pour les mettre tous les deux en rogne, à quoi jouait-il ?

– Ne le prenez pas mal, minauda leur hôte en désignant les menottes. Simple précaution pour rassurer ma communauté, vous comprenez ? Voir deux corsaires en liberté, ça les intimide un peu.

– Bien entendu, répondit Doflamingo, étrangement conciliant.

Crocodile garda les mâchoires serrées. Il valait mieux qu'il s'abstienne de tout commentaire.

– Suivez-moi, suivez-moi, que je vous offre un verre.

Il leur tourna le dos et se dirigea vers un petit salon, installé en surplomb sous une lumière tamisée. Doflamingo lui emboîta le pas, sourire niais aux lèvres. Crocodile n'en pouvait plus.

– A quoi tu joues ?

– Quoi ? Tu ne veux pas prendre une coupette ?

– J'en ai rien à foutre de trinquer avec lui, on est pas là pour ça.

– Mais détends-toi enfin. Ce sont les menottes qui te mettent mal à l'aise ? Tu devrais avoir l'habitude.

– Je commence à en avoir marre de tes sous-entendus graveleux…

– Je faisais allusion à Impel Down, répliqua-t-il avec un sourire moqueur. D'ailleurs, tu devrais te montrer plus aimable avec ton ancien camarade de cellule, ça pourrait nous faire gagner du temps s'il est dans de bonnes dispositions.

Il accéléra le pas sans demander son reste, afin de rejoindre le leader des lieux. Crocodile souffla en réfléchissant à ses options, il n'en avait que peu. Soit il faisait profil et bas et accompagnait Doflamingo dans son hypocrisie, soit il s'éclipsait de suite pour se débarrasser de ses menottes et fouiller les environs pendant que son acolyte faisait diversion.

La deuxième alternative lui paraissait préférable. Néanmoins, un rapide coup d'œil aux alentours du grand hall le ralentit dans ses ambitions. Il y avait des escargophones de surveillance dans tous les recoins. S'il décidait de partir en exploration maintenant, il se ferait aussitôt repérer.

Mais il n'en était pas à son coup d'essai. En bon maître de la discrétion et de la ruse, il avait prévu que ce genre de chose pouvait arriver. Il balaya la salle du regad, pour observer les convives. Certains se contentaient de rire bêtement en se gavant de biscuits, proposés par d'innombrables servants en robe mauve, et d'autres se retranchaient en conciliabule pour partager des messes basses. C'était d'eux qu'il fallait se rapprocher.

Le minuscule escargophone qu'il avait dissimulé dans la poche de son horrible veste sonna faiblement. Il alla se loger prêt d'un buffet de nourriture, en s'arrangeant pour être dans l'angle mort des appareils de surveillance et décrocher sans attirer l'attention :

– Alors ? Dit-il.

– Je viens d'arriver sur l'île, répondit Mr. 1, par quoi voulez-vous que je commence ?

–Je me suis malencontreusement fait menotter, trouve les clés. Et ne te fais pas voir.

– Bien.

Le petit escargot se rendormit aussitôt. Il le rangea en souriant. Il se sentait plus confiant maintenant qu'il savait que son meilleur homme était sur place, conformément à ses ordres. Il tenta toutefois de ne pas avoir l'air trop content de lui, il s'était bien gardé d'en parler à Doflamingo et il ne tenait pas à ce qu'il se doute de quoi que ce soit. Car il était doué pour déchiffrer ses expressions faciales, le bougre. S'il se déridait soudainement, l'autre pourrait se douter de ses manigances.

Il s'empara d'une coupe d'alcool sur le plateau d'un serveur qui passait à proximité – en guise de camouflage – et se fraya un chemin à travers la foule, bien décidé à tendre l'oreille, à l'affut de quelques conversations intéressantes.

Doflamingo suivit le patron de lieux dans les escaliers. Il avançait très lentement, sans doute dans le but de l'agacer et d'éprouver ses nerfs. C'était peine perdue, contrairement à que tout le monde croyait en le voyant : il savait être extrêmement patient quand il le fallait.

Il était très amusé par les énormes menottes qui lui alourdissaient les poignets. Il n'était pas dupe, c'était bel et bien une manœuvre pour l'humilier, lui faire perdre ses moyens dans le but d'exposer au grand jour ses intentions. Il n'était pas assez inconscient pour se mettre à vociférer qu'il était intolérable de lui infliger un tel traitement – même s'il n'en pensait pas moins. Mais il préférait y voir une mésaventure grotesque, c'était la première fois que ça lui arrivait. Il y avait toujours une première fois à tout.

En revanche, il était un peu surpris par la réaction de Crocodile. Il pensait qu'il serait le plus calme d'entre eux mais il s'était trompé, l'imbécile avait tout de suite pris la mouche. Il le savait susceptible – pour l'avoir côtoyé de très, très près – mais ce manque de sagesse de sa part le surprenait. Son séjour en prison de haute surveillance l'aurait-il rendu plus sensible ? Si c'était le cas, il ne manquerait pas de le lui rappeler pour s'en moquer.

Quand enfin ils arrivèrent au bout des escaliers, le Souffleur de verre chassa ses sbires en leur lançant un "laissez-nous" exagérément prétentieux. De toute évidence, ce gars aimait s'écouter parler. La conversation promettait d'être aussi chiante qu'amusante pour Doflamingo. Il se vautra sur une des banquette, toujours en velours mauve, sans demander la permission. C'était une chance que l'ennemi soit aussi gigantesque que lui, pour une fois, il avait l'occasion d'être dans un décor confortable lors d'un face à face. Quel dommage pour cet ennemi qui pensait certainement l'avoir désarmé en le privant de ses pouvoirs…

– Vous n'aviez pas prévenu que vous amèneriez un ex-corsaire avec vous, susurra-t-il tout d'un coup, en se servant une coupe de vin rouge. Un verre ?

– Volontiers. Et je ne savais pas qu'il fallait prévenir, vous n'avez jamais précisé que c'était interdit. C'est mon plus un, voilà tout.

Tous les deux échangèrent un sourire hypocrite.

Le gourou avait très bien compris que la présence de Crocodile n'avait rien d'un hasard et qu'il avait certainement quelque chose derrière la tête et c'est ce qui réjouissait Doflamingo : finalement, ce n'était pas lui le plus déstabilisé de l'histoire alors qu'il était en terrain inconnu.

– Et où est-il passé ? Demanda-t-il à nouveau.

– Il boude, dit Doflamingo en désignant la foule du pouce. Il n'a pas apprécié que vous le forciez à porter des menottes. Et comment l'en blâmer ? J'ai cru comprendre que vous aviez tous les deux séjourné au trou ?

Il ponctua sa question d'une rasade d'alcool, sans quitter son interlocuteur des yeux. Il avait assurément une bonne maîtrise de son visage mais Doflamingo était entraîné à remarquer le moindre tressaillement de muscle, le moindre battement de cil, qui pouvait lui indiquer si, oui ou non, il parvenait à mettre à mal la personne en face de lui, alors que son propre regard était habilement dissimulé derrière des lunettes noires.

Et à la grimace que lui rendait le Souffleur de Verre en guise de sourire, il se savait sur la bonne voie. Même s'il allait certainement s'avérer compliqué de le déstabiliser.

– C'est exact, répondit-il. Mais nous n'avons pas vraiment eu l'occasion d'échanger.

– C'est ce qu'il m'a dit. En tout cas, ça va, vous avez bien rebondi à votre sortie d'après ce que je vois.

Il était temps d'en venir au fait et de mettre les pieds dans le plat. Étonnamment, l'hôte parut aussitôt flatté et ravi, il n'avait pas envie de cacher sa réussite.

– Pour être tout à fait honnête, dit-il. C'est le projet de toute une vie qui se concrétise enfin. J'ai peut être commis quelques erreurs, surtout en me lançant dans une carrière de pirate, mais dans le fond, je suis un idéaliste.

C'est ça oui, pensa Doflamingo, sans cesser de sourire. Croyait-il vraiment lui faire avaler son baratin ?

– Pourquoi s'embêter à prendre la mer pour piller et mettre à sac quand il suffit de faire venir les gens jusqu'à soit ? A eux, je leur permets de quitter leurs royaumes en guerre – foutus révolutionnaires hein ! – en leur offrant l'asile, puis moi, je me constitue une jolie petite base pleine de main d'œuvre gratuite, dévouée et impressionnable. Ca n'a rien d'illégal, la Marine ne peut rien contre.

– Ah, je me disais aussi, ricana Doflamingo. Que vous m'auriez vraiment pris pour un con de me faire croire que vous aviez vraiment des attentions altruistes vis à vis des gens qui sautent droit dans votre piège.

– Attention, je ne suis pas complètement sans cœur non plus. Ce sont mes sujets maintenant et je tiens à tenir ma promesse : je leur offre un paradis où vivre. Seulement, c'est la moindre des choses qu'ils me renvoient la pareille. Je suis sûr qu'en tant que souverain, vous comprenez ça.

Doflamingo porta une seconde fois le verre de vin à ses lèvres. S'il comptait se lancer des fleurs pendant toute la conversation, ça risquait d'être long. Il voulait bien donner de sa personne pour le cerner, mais il ne fallait pas exagérer. Son but était surtout d'en apprendre plus sur ses contacts, ses affaires et ensuite, trouver un moyen de le tuer.

Il espérait que, pendant ce temps là, Crocodile donnait de sa personne pour participer au plan. Tel qu'il le connaissait, il était certainement déjà en train de trouver un moyen de démanteler toute l'île pour se l'approprier. Et c'était ce qu'il espérait après tout, c'était bien pour ça qu'il l'avait fait venir.

[Ellipse]

Crocodile entendit un trio d'hommes riches, tous en costume de cérémonie, discuter entre eux et une information parvint jusqu'à ses oreilles et lui sembla digne d'intérêt.

– A quelle heure la vente doit-elle commencer ?

– Vingt et une heure.

– J'ai entendu dire qu'un Logia pourrait être proposé.

– Voilà qui est alléchant !

– A quelle vente faites vous allusion ? Demanda Crocodile en s'immisçant sournoisement dans le cercle.

Les pauvres firent un bond de côté, choqués d'avoir devant eux un visage aussi tristement célèbre que celui du corsaire déchu. Celui-ci roula des yeux. Voilà pourquoi il préférait travailler dans l'ombre et déléguer le terrain à des sous-traitants. Il détestait les regards ahuris qu'on pouvait poser sur lui.

– Oui, c'est bien moi et vous vous en remettrez, grogna-t-il. Reprenez votre conversation, je ne faisais qu'écouter.

Il s'alluma un des nombreux cigares qu'il avait glissé dans une autre poche en attendant que ces hommes lui répondent. Voyant qu'ils n'avaient pas d'autre choix que de l'inclure dans la discussion, il reprirent.

– Une vente aux enchères doit avoir lieu ce soir, pour fêter l'inauguration.

– Le propriétaire des lieux veut trouver d'éventuels partenaires commerciaux au terme de cette vente, j'imagine ?

– Nous ne connaissons pas le détail, répondit l'un deux, pudiquement.

– Simplement que des fruits du démon prestigieux risquent d'être proposés.

– Tiens donc, commenta Crocodile.

Il ne cacha pas sa surprise. Non pas parce qu'une ventre aux enchères le surprenait mais parce que son ancien codétenu était censé utiliser l'argent brassé par sa secte pour couvrir ce trafic. Et là, il voulait l'étaler au grand jour ? C'était louche.

Il les abandonna à leur sort et leva la tête en direction du petit salon où était installé Doflamingo. Lui et le Souffleur de Verre avaient l'air de bien s'entendre. Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien manigancer ?

[Ellipse]

Un garde encapuchonné vint murmurer quelque chose à l'oreille de son patron.

Doflamingo les regarda sans broncher. Depuis le début de leur conversation, son hôte avait essayé de le mettre mal à l'aise et de lui faire comprendre qui était le patron. L'envie de lui trancher la gorge devenait de plus en plus brûlante, mais il se contenait.

– Très bien, dit-il finalement en congédiant son sbire. Les festivités vont pouvoir commencer.

– Parce que ça n'avait pas commencé là ? Dit Doflamingo en désignant l'abondance de nourriture devant lui.

– Au fait, l'ignora-t-il. J'ai cru comprendre que vous-même vous faisiez dans le commerce de fruit du démon ?

Le sourire de Doflamingo se figea.

– Possible, et alors ?

– Alors le prochain évènement devrait vous intéresser : une petite vente aux enchères de ces mêmes fruits. J'ai cru aussi comprendre que vous étiez friand de ce genre de spectacle. Vous avez plusieurs points de vente à travers le monde. Dont celui de Shabondy, qui a été le théâtre d'une prise de bec entre la Marine et quelques petits pirates dernièrement.

L'ambiance commençait à se préciser. Doflamingo n'aimait pas ce ton. Il essayait toujours de l'humilier et de lui montrer qu'il en savait long sur ses activités et ça ne lui plaisait pas, pas du tout.

– Et comment t'en sais autant, connard ?

Fini l'hypocrisie, il passa à la vitesse supérieure. Le souffleur de Verre éclata d'un rire bestial, très heureux d'avoir fait perdre ses moyens au corsaire. Il était en réalité très loin de l'avoir fait, mais Doflamingo commençait à cerner l'animal, c'était facile. Il suffisait de le laisser croire qu'il allait gagner et il se passerait lui-même la corde au cou.

– Inutile de vous énerver. Je dois avouer que c'est fascinant cette histoire de smiles, bravo. Je ne peux que saluer votre talent. Seulement… je suis embêté, avoua-t-il. Car voyez-vous, vos activités gênent mon propre commerce.

– Ca alors ! Je crois que je vais tomber de ma chaise tant cette révélation me bouleverse, ironisa Doflamingo. Moi aussi, ton existence m'emmerde. Alors, qu'est-ce qu'on fait ?

– Oh vous rien, vous n'avez plus rien à faire. D'ailleurs, plus aucun invité présent n'aura à faire quoi que ce soit. C'est votre dernier soir. D'ici quelques heures, tous les invités mourront. Je ne peux pas me permettre de laisser vivre la concurrence.

Doflamingo plissa les yeux derrière ses lunettes. L'autre ne vit rien mais interpréta son silence comme une confirmation de l'effet qu'il avait voulu produire.

– Et oui, continua-t-il. Je suis désolé pour Sir Crocodile, je n'avais rien contre lui personnellement, mais maintenant qu'il a posé le pied sur cette île, c'est trop tard.

– Et Kaido, tu comptes le buter aussi, pour être sûr ? Plaisanta Doflamingo.

– Bien sûr que non, je ne suis pas inconscient. Je vais lui proposer de vous remplacer après votre disparition, tout simplement.

Un rictus menaçant et presque joyeux apparut sur le visage de Doflamingo. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu l'occasion de s'amuser un peu.

– C'est ce qu'on va voir, répliqua-t-il, revanchard.


Et voilà. Ca va partir en cacahuète très vite, car je le répète : cette histoire va être courte. Mais promis, il va y avoir des blagues, encore Doflamingo insupportable et de la bagarre.

A bientôt ! :)