Bonsoir les gens :) voilà le petit chapitre de la semaine.

On est déjà à la moitié, à peu près. C'est encore calme mais ça va partir en sucette rapidement. Et vrai, écrire Doflamingo, quel plaisir. Il est insortable.

(cw : alcool, ivresse)

– Alors ? Demanda Crocodile à son escargophone.

Il se sentait ridicule, à se cacher dans les coins sombres de la salle pour éviter qu'on ne le remarque, il ne pouvait pas avoir l'air plus suspect que ça. Heureusement pour lui, la grande majorité des gardes n'était pas très futée et ne lui prêtait aucune attention. Il attribua leur négligence à son égard aux menottes qu'il portait et qui le rendaient certainement inoffensif à leurs yeux. Il nota tout de même qu'ils avaient tous l'air nerveux et jetaient des regards inquiets à la grande horloge qui dominait l'ensemble de la salle.

– C'est bon, répondit Mr. 1. Je l'ai, faites en sorte que je vous trouve rapidement, j'arrive.

Il raccrocha sans ménagement. Crocodile n'appréciait pas son ton, mais son efficacité effaçait son insolence. Il parcourut la salle du regard ; les portes qui les avait laissé entrer quelques minutes plus tôt étaient désormais fermées et gardées. Ce n'était pas vraiment un problème pour Mr. 1, il pouvait tous les maîtriser sans se fatiguer, mais encore une fois : la discrétion était de mise. Pas question de commencer la boucherie maintenant.

Crocodile leva le nez et observa les balcons qui surplombaient la salle et donnaient sur la mer. Certains invités y roucoulaient déjà. C'était le bon endroit. Il monta le long de l'escalier le plus proche et sa seule présence chassa deux femmes en robe à crinoline – décidément, il se croyait à un bal de charité du gouvernement mondial, tout cela était d'un ridicule. Il se dit que c'était peut-être l'objectif final du Souffleur de Verre, lécher les bottes des notables du coin et obtenir l'accord des autorités pour enfin clamer la légitimité de gérer son petit royaume.

Une fois seul, Crocodile s'adossa au balcon et attendit paisiblement, le regard fixé sur le port où étaient amarrés les bateaux. Il remarqua qu'il y avait de l'agitation parmi les habitants de l'île. Ils étaient faciles à repérer grâce à leurs longues tenues mauves. Des hommes, des femmes, couraient le long de petits chemins tortueux et s'arrêtaient les uns les autres pour se transmettre précipitamment des informations murmurées à l'oreille. Il fit le rapprochement avec la nervosité des gardes et l'attention qu'ils portaient aux horaires. Quelque chose se tramait à l'insu des invités. Ca n'avait rien d'étonnant mais tant qu'il était privé de ses pouvoirs, il était en position d'infériorité, ce qui lui était, évidemment, intolérable.

En contrebas, il reconnut une silhouette massive qui avançait d'un pas pesant sur le sentier de verre. Malgré son accoutrement emprunté aux locaux pour se fondre dans le décor, Crocodile reconnut aussitôt son bras droit et le siffla. Mr. 1 leva la tête, le reconnut et pivota dans sa direction. Il ne lui fallut pas plus d'une minute et quelques bonds agiles pour le rejoindre sur le balcon.

Une fois devant lui, il lui tendit les clés. Sa manche était tâchée de sang.

– Des problèmes ?

– Non. J'ai simplement dû me débarrasser du gardien, personne ne m'a vu.

– Et le corps ?

– Au fond de l'océan.

– Bien.

Mr. 1 sortit la clé de la poche de sa toge et libéra enfin Crocodile. Toutefois, il ne jeta pas ses menottes. Il ne voulait pas que qui que ce soit – en dehors de son subordonné – sache qu'il était de nouveau en mesure d'utiliser ses pouvoirs. Il arracha un pan intérieur de la veste immonde que Doflamingo lui avait prêté et noua le tissu autour de ses poignets, afin d'empêcher le contact direct du granit marin sur sa peau, et replaça les menottes déverrouillées sur ses mains. De cette façon, il pouvait utiliser ses pouvoirs tout en ayant l'air prisonnier.

– Que voulez-vous que je fasse à présent ? Demanda Mr.1.

– Mêle toi à la foule, écoute les conversations. Il se passe quelque chose, je ne sais pas ce qui va arriver mais je sens que notre ami gourou à une idée derrière la tête. Tu as amarré ton bateau dans un endroit sûr ?

– A priori, confirma-t-il. Mais je ne garantis pas qu'il ne soit pas découvert par un habitant de l'île.

– Alors il faut faire vite. Je vais m'arranger pour m'éclipser dès que possible et faire ce que j'ai à faire, tiens moi au courant si tu as du nouveau.

Mr. 1 acquiesça et rabattit sa capuche mauve sur sa tête avant de rejoindre les rangs des gardes. Crocodile, ravi d'être enfin délivré, observa de nouveau la zone. L'agitation ne faiblissait pas, peut-être était-ce l'imminence de la vente aux enchères ? Il se doutait que quelque chose d'autre allait se passer, cet évènement n'était qu'un prétexte pour détourner l'attention générale.

Ses yeux tombèrent sur la loge privée dans laquelle le Souffleur de Verre avait conduit Doflamingo. Il n'avait pas bougé mais il était seul désormais. Crocodile aurait été ravi de le l'abandonner à son sort mais le besoin d'informations était plus grand, peut-être avait-il quelque chose à lui apprendre.

[Ellispe]

Quand il rejoignit le corsaire, il ne fut pas surpris de le trouver vautré sur un canapé, en train de boire comme un trou avec un sourire guilleret. C'était à se demander s'il avait vraiment l'attention de tuer le gourou où s'il était juste venu ici pour festoyer.

– Je ne te dérange pas ? Dit-il en arrivant dans son dos, avec la voix la plus ironique et méprisante possible.

– Ah ! Ca y est ? Tu as fini de bouder ?

Il l'ignora sciemment. Il n'était pas d'humeur à jouer.

– Tu as du nouveau ?

Doflamingo gloussa, comme un gosse. Il était déjà un peu ivre.

– Tu vas rire.

– Ca m'étonnerait.

– Figure-toi que ce connard là – il désigna le Souffleur de verre, redescendu dans la salle – il veut buter tous les invités. Nous compris, bien sûr.

Crocodile resta impassible. Voilà qui expliquait l'agitation.

– Ca ne me surprend pas, ses adeptes courent dans tous les sens depuis vingt minutes, en se chuchotant des instructions.

Le corsaire redressa son long corps et attrapa la bouteille que le gourou avait ouvert un peu plus tôt, avant de lui annoncer qu'il comptait le tuer. Il se servit, sans en proposer à Crocodile et en ignorant la coupe vide de son adversaire.

– Où est-il passé ?

– Parti faire un tour pour préparer son petit massacre, je suppose. Il est drôle, il croit qu'il suffit de me passer les menottes pour me maîtriser. Le pauvre, il va vite déchanter.

Crocodile l'ignora et commença à dévisser le crochet de sa main gauche.

– Qu'est-ce que tu fais ?

– Donne son verre, je vais accélérer les choses, expliqua-t-il, heureux d'avoir la possibilité d'user un procédé rapide. Il n'était pas franchement friand de bagarre après tout.

– Ah mais nan !

D'un geste puéril, Doflamingo s'empara du second verre et le tendit au-dessus du vide, hors de portée de Crocodile.

– C'est trop facile sinon, protesta-t-il, toujours un peu éméché. Je veux pouvoir le défoncer moi-même et toi tu veux tricher. Tu gâches tout le plaisir !

Doflamingo lâcha le verre et rit de plus belle quand celui-ci explosa au sol. Il reprit la bouteille et se servit un second verre. Cette nonchalance, qui agaçait tant Crocodile le surprit un petit peu cette fois-ci, puisque Doflamingo n'avait pas l'air de s'être libéré de ses menottes. Il était un peu trop confiant.

– Tu comptes rester planté là ?

– Pourquoi pas ? L'ambiance est sympa.

Il tapota le fauteuil à côté de lui, pour l'inviter à s'y installer.

– Tu veux pas venir me rejoindre ?

Excédé, Crocodile roula des yeux et pivota pour descendre les escaliers. Il se demandait encore par quel prodige cet homme et lui avait pu nouer quelconque lien intime, il y a des années. Il ne pouvait pas être plus imbuvable. De toute façon, il avait eu ce qu'il voulait : une information. Le Souffleur de Verre avait l'intention de tuer tous les invités, intéressant. Son but était d'éliminer la concurrence. S'il pouvait effectivement le débarrasser de l'exécrable roi de Dressrosa – même s'il ne croyait pas une seconde que ce soit possible – ce serait pas mal.

Avant qu'il n'ait totalement disparu de son champ de vision, Doflamingo le héla une dernière fois.

– Eh, qu'est-ce que tu prépares ? Ne me fais pas croire que tu ne fais que te balader et admirer la déco, je te connais.

– Occupe-toi de ton verre et oublie-moi.

Il descendit encore quelques marches et croisa leur hôte, qui remontait au salon.

Il aurait dû lui glisser deux ou trois gouttes de poison dans son verre, l'effet comique aurait été parfait. Reconnaissant son ancien camarade de prison, l'énorme bonhomme lui barra la route une seconde, un sourire complaisant sur les lèvres. Il baissa les yeux, s'arrêta sur les menottes, et éclata d'un rire sans joie. Crocodile ne put s'empêcher de sourire en retour. C'était à la fois très plaisant et très agaçant de le voir si sûr de lui.

– Tiens, tiens, regardez qui voilà. Crocodile. On ne s'est pas revus depuis ton évasion spectaculaire d'Impel Down.

– Non.

Il n'avait aucune envie de lui faire la conversation mais il ne voulait pas non plus qu'il devine son envie de fouiller les caves de l'île en toute tranquillité. Alors il patienta et supporta la moquerie, docile.

– Je suppose que vous avez discuté, dit-il en désignant le salon où se trouvait Doflamingo. Je suis navré pour le dérangement mais je n'ai pas le choix.

Son ton faussement ennuyé amusa Crocodile.

– Te fatigue pas, je m'en moque.

Sur ce, il força le passage. Il sentit son regard sur sa nuque pendant toute la descente. Il l'entendit lui hurler l'heure de la vente aux enchères et qu'il espérait l'y voir mais il ne se retourna pas. Il n'assisterait pas à cette vente. Ca ne l'intéressait pas. Il n'avait que deux objectifs : récupérer cette base et dénicher le ponéglyphe qui – selon Doflamingo – s'y trouvait.

Il se mêla encore une fois à la foule et croisa brièvement Mr.1, toujours habilement camouflé sous une toge de garde. Il ne lui apprit rien de neuf, seulement que les invités ne se doutaient rien et que les habitants de l'île n'en savaient pas beaucoup plus. Ils avaient tous compris que quelque chose allait se produire.

– Je crois qu'on leur a dit qu'une présence démoniaque avait mis le pied sur l'île et qu'il fallait la trouver et la détruire. Je ne pensent pas qu'ils connaissent le véritable plan de leur seigneur et maître.

– C'est logique.

Ils se séparèrent à nouveau. Il restait à savoir qui allait se voir reproché d'être cette fameuse présence démoniaque entre les deux corsaires. Doflamingo en était le parfait avatar et c'était tant mieux. Toute l'attention serait portée sur lui. Crocodile sourit. Avec de la chance, cette soirée se clôturerait avec la fin de Doflamingo. Il ne se faisait pas d'illusion mais quelle apothéose ce serait.

Il s'approcha d'une porte dérobée qu'il avait déjà repérée lors de son premier tour de la salle. Les gardes, trop occupés à fixer l'horloge, ne le regardaient pas. C'était le moment. Discrètement, il laissa échapper de minuscules grains de sable à travers toute la pièce. Ceux-ci valsèrent joyeusement dans l'air, jusqu'à se loger dans les yeux de l'escargophone de surveillance le plus proche. L'animal cligna de douleur et Crocodile profita de sa courte cécité pour se faufiler par la porte et disparu dans les couloirs labyrinthiques de l'île.

[Ellispe]

– En effet, je crois que votre ex-collègue n'est pas très content d'avoir à porter des menottes, confirma le Souffleur de Verre après sa brève entrevue avec Crocodile.

Doflamingo, légèrement euphorique, se montra plus bavard.

– Si je ne l'avais pas tanné pour qu'il porte cette horrible veste, il serait déjà moins ronchon. Mais bon, il est comme ça, il ne faut pas le prendre personnellement. C'est un connard avec tout le monde. Non pas que vous ne soyez pas vous-même un connard hein, ajouta-t-il précipitamment, presque par peur de le vexer.

Bizarrement, l'effet fut tout autre. Il semblait avoir touché un point sensible. Son monstrueux égo ne supportait donc pas les petites blagues ?

– Quel est la nature de votre relation exactement ?

Cette fois, ce fut au tour de Doflamingo d'éclater d'un rire surpuissant. Il lui fallut presque deux minutes complètes d'hilarité avant de retrouver son calme. L'autre, lui, ne riait pas du tout, encore moins quand il le vit baisser ses lunettes de soleil sur son nez pour le regarder dans les yeux et lui demander s'il était sérieux. Il se gonfla comme un poulet, vexé qu'on ose se moquer de lui.

– Pardon, se rattrapa Doflamingo. Je ris parce que comme je suis dans un canapé on dirait que vous êtes mon psychologue. Ma meuf me dit que j'en aurais besoin mais ça me fait chier, j'aime pas raconter ma vie, bref. C'est une vraie question où c'est parce que vous avez peur qu'on fomente un truc dans votre dos ?

– C'est le cas ? Gronda-t-il.

– Ben vous vous en foutez non ? Vu qu'on va tous mourir.

Un silence chargé d'électricité envahit l'atmosphère. Le Souffleur n'était pas content que Doflamingo ait reprit le dessus aussi rapidement. Il croyait l'avoir déstabilisé et n'était pas content de constater que ça n'avait pas duré plus de quelques minutes.

– Vous ferez moins le malin quand vous serez à genoux sur le sol, à essayer de retenir les organes que vous aurez vomi, cracha-t-il d'une voix sombre.

Doflamingo cligna bêtement avant de lever les mains devant lui, en signe de reddition. Il simula une grimace impressionnée par la menace et picora dans un bol de nourriture. Il leva les yeux sur le gourou, dont le visage était toujours aussi furibond. Il soupira et céda.

– Notre relation est charnelle, ça vous va comme réponse ? Ou vous voulez des détails pour vous palucher ce soir ?

Il n'eut pas le loisir de le voir s'énerver davantage devant son insolence. L'énorme horloge du grand hall sonna. Le bruit, par sa puissance, fit trembler les fondations de verre de l'île. Certains invités crièrent de surprise.

Doflamingo se contenta d'observer les mouvements parmi les gardes et les servants. Tous arrivèrent les bras chargés de meubles et de chaises. Ils déménagèrent les buffets, les plateaux de nourriture et installèrent une estrade, au milieu de la pièce.

– Bien, dit le Souffleur de Verre. Les festivités vont pouvoir commencer. Vous vous joindrez bien à nous ? Demanda-t-il à Doflamingo, sans vraiment lui laisser le choix.

– Mais avec joie, dit-il en se relevant, toujours un peu saoul.

Il dévala les escaliers et se faufila dans la foule. Aucune chaise n'était à sa taille, il se retrancha à l'arrière, le plus loin possible de l'estrade et prit une posture d'enfant sage. Le Souffleur de verre, qui le surveillait de loin, n'était pas dupe. D'ailleurs, il jetait des coups d'œil nerveux dans tous les coins. Il aboya un ordre à l'intention de ses gardes, qui disparurent aussitôt par une porte, non loin de là.

Pendant que ses autres larbins installaient le matériel sonore sur la scène, le Souffleur se rapprocha de Doflamingo, furieux, et colla son visage tout près du sien.

– Où est-il ?

– Je n'en ai aucune idée, répondit-il avec un sourire carnassier. Mais aucune crainte à avoir, puisqu'il a des menottes.

Tous les deux se fusillèrent mutuellement du regard, jusqu'à ce que le gourou enragé cède sous la pression.

– Attachez-le solidement, ordonna-t-il à ses autres gardes.

Bien qu'intimidés par le corsaire, ils s'exécutèrent et lui passèrent de lourdes chaînes autour des épaules, de la taille et des jambes. Les invités regardaient la scène, sans comprendre, mais ne cachèrent pas leur soulagement de le voir ainsi maîtrisé.

Le sang de Doflamingo commençait à chauffer dans ses veines. Plus le temps passait, plus il sentait la catastrophe arriver. Il avait hâte, vraiment hâte.

Et voilà ! Pas encore d'action mais tenez bon, comme c'est une fic courte, ça va venir vite.

Doflamingo, bien qu'il soit une ordure, est un vrai bonheur à écrire. Ca file tout seul avec lui, c'est agréable.

Et sinon, je tenais à vous remercier pour vos retours de la semaine dernière. Vous avez été patients et gentils, merci 3