Et voilà le chapitre final.
Des gens m'ont dit qu'ils espéraient un rapprochement et du coup on en arrive là. Je ne sais moi-même pas trop quoi en penser. On se retrouve à la fin pour un petit débrief !
Comment faisait-il pour céder à chaque fois.
Vraiment. Il se faisait avoir à chaque fois. Il avait beau batailler, c'était plus fort que lui. A la seconde même où ils avaient embarqué sur le bateau d'évacuation et s'étaient retrouvés seuls dans une pièce fermée, il avait craqué. Il préférait blâmer l'adrénaline et la chemise échancrée de Doffy plutôt que de remettre en question ses propres erreurs récurrentes, mais il avait tout de même un peu honte d'avoir accepté aussi facilement de "fêter la victoire."
Il savait déjà ce qui allait se passer un peu plus tard : Doffy n'allait pas cesser de fanfaronner d'avoir atteint son but, de se conduire comme s'ils venaient de se marier et lui allait jurer sur sa vie que c'était la dernière fois qu'ils se voyaient. Même s'il avait déjà prononcé cette phrase plus de cinquante fois. Il n'avait pas d'explication, Doflamingo était un être détestable, bruyant, prétentieux, dominateur mais il trouvait toujours le moyen de se rendre assez désirable pour lui faire perdre les pédales. Il faut dire qu'à force d'entendre des sous-entendus scabreux toute la journée ça finissait par faire effet.
Il avait beau prétendre être plus civilisé et raffiné que son ex-partenaire, il savait qu'il se mentait à lui-même. Il était aussi sauvage que lui.
Pour le moment, il rangea toutes ses réflexions honteuses dans un coin de sa tête et profita du cadre somptueux du palais de Dressrosa. Pour une fois, tout était calme. Ils étaient arrivés très tard dans la nuit et tout le monde était couché. Doffy avait plaisanté en lui proposant de "remettre ça" afin de tous les réveiller mais il avait décliné. Se laisser aller à ses pulsions étaient une chose, les exhiber au public en était une autre et il n'était pas de ce genre là. Il avait un minimum de décence. Toutefois, il avait accepté de passer faire un tour dans les bains d'eaux thermale. Il n'avait pas tellement eu l'occasion de goûter à ce genre de luxe depuis sa sortie d'Impel Down et cela lui manquait.
Mariner dans l'eau chaude lui enlevait peut-être toutes ses forces, mais on ne pouvait pas trouver de situation plus relaxante pour un utilisateur de fruit du démon. Et c'était un excellent moyen de maintenir Doflamingo silencieux. En face de lui, la tête appuyée contre les paravents du bain, il dormait profondément. Crocodile aimait bien ces moments-là, pas parce qu'il était attendri, mais parce qu'il savait qu'il allait forcément se réveiller en sursaut, apeuré, puis gêné de voir qu'il n'était pas seul. C'était les seuls moments où il laissait tomber son masque et faisait preuve de faiblesse.
Ces brefs instants de vulnérabilité étaient parfaits pour le mettre dans de bonnes dispositions et avoir un ascendant sur la suite des évènements, et il en avait besoin. Maintenant qu'ils avaient bien batifolé, il était temps de revenir sur terre et de parler de ce qui lui avait été promis : un nouveau territoire et des fonds. Il avait une petite idée derrière la tête et comptait bien l'exploiter. Il n'était pas sûr que ça fonctionne mais justement, profiter d'un Doflamingo encore assoupi et anxieux ne pouvait que jouer en sa faveur. Et il avait une carte plutôt avantageuse en réserve.
Comme prévu, passé une bonne heure, Doflamingo s'agita dans son sommeil. Crocodile se demandait ce qui pouvait bien se tramer dans sa tête. Était-il rongé par le remord d'avoir tué des membres de sa propre famille ? Où était-ce une réminiscence plus profonde ? S'il avait eu un peu plus de curiosité, il aurait mené une enquête plus minutieuse mais il avait vraiment autre chose à faire.
Soudain, Doflamingo émergea et se redressa d'un seul coup, comme s'il essayait d'esquiver quelque chose. L'eau déborda et produisit un "splash" sonore sur le sol. Le bruit le ramena à la réalité et ses yeux tombèrent sur Crocodile qui souriait en face de lui. Il se dépêcha de retrouver une contenance et le foudroya d'un regard qui signifiait : "Si tu poses une question, je te tue." C'était toujours très amusant de le voir comme ça, dans dix minutes il ferait de nouveau semblant d'être intouchable et indifférent à toute forme de moquerie et de violence, mais pour le moment, il était complètement faible et embarrassé, c'était le bon moment pour enchaîner.
– Maintenant que tu es réveillé, j'aimerai qu'on parle de notre marché.
Il haussa un sourcil surpris, encore un peu endormi.
– Tu veux vraiment discuter de ça ici ?
– Absolument.
– Pourquoi tu veux toujours parler boulot dans les moments où on pourrait juste se détendre, soupira-t-il.
– Tu n'as pas l'air détendu alors tais-toi et profite de l'occasion que je te donne pour prétendre que tu ne t'es pas réveillé en crise de panique.
Cette attaque était un peu risquée mais elle eut l'effet escompté. Trop surpris par l'uppercut verbal qu'il venait de prendre en pleine figure, Doflamingo ne répondit rien. Crocodile aurait été n'importe qui d'autre, il serait sûrement mort pour avoir osé dire ça, mais il savait qu'il ne le toucherait pas. Il était probablement la seule personne au monde à pouvoir se permettre de lui parler sur ce ton, sans avoir la moindre idée de pourquoi.
– Bien, reprit-il. Nous nous étions mis d'accord sur le fait que, si je t'aidais à faire tomber ce type et son trafic, je récupérerai l'île et ses trésors, n'est-ce pas ?
Doflamingo attendit qu'il poursuive.
– Mais l'île et ses trésors ayant disparus; je me demandais quelle compensation tu pensais m'offrir.
– Le gîte et le couvert, ça ne te suffit pas ?
– Abandonne toute idée de me faire emménager chez toi : c'est non.
– J'aurais essayé.
Il se repositionna dans la baignoire et, comme Crocodile l'avait prédit, retrouva son masque d'homme sûr de lui.
– Je t'avais effectivement promis de te laisser gérer cette île, mais ce n'est pas ma faute si son créateur l'a envoyée par le fond lui-même. Alors, je peux t'offrir une compensation mais puisqu'elle viendrait de ma trésorerie personnelle, tu serais obligé de travailler pour moi en retour. Rien n'est gratuit en ce bas monde, Croco.
Ils se fixèrent intensément comme deux cobras avant que Crocodile ne se mette à sourire sournoisement. Décidé à faire monter la pression, il tendit le bras derrière lui et attrapa sa veste, sous laquelle il avait dissimulé une boîte de cigares, afin d'y avoir toujours accès. Doflamingo leva les yeux au ciel en le voyant prendre tout son temps.
– Arrêter de jouer les poseurs et dis moi ce que tu as derrière la tête. Si tu n'avais pas trouvé une porte de sortie tu serais déjà en train de quitter le bain comme une drama queen.
– Je suis sûre que tu as au moins une petite résidence secondaire à me donner.
– "Donner" ? Tu doutes de rien.
– Tu comptais me filer une île entière mais me céder une de tes nombreuses propriétés te pose problème ?
– Disons que j'apprécie moyennement que tu refuses de rester ici mais que tu veuilles quand même habiter chez moi.
– Je suis désolé de te briser le coeur, ironisa-t-il. Et justement, si tu me donnes ce que je demande, ce ne sera plus chez toi. Je refuse d'être à ton service, je réclame simplement le paiement que tu m'as fait miroiter. Je devais récupérer une île, alors offre moi quelque chose à la hauteur.
– Tu ne lâcheras pas le morceau hein, sourit Doflamingo à son tour. Très bien, je vais te trouver quelque chose de pas trop mal, mais si je déserte la zone et t'en laisse le contrôle, tu risques d'avoir des soucis avec la Marine. Et d'après ce que je sais, tu n'as pas tellement les moyens de te constituer une vraie base rien qu'à toi pour le moment. On en revient au point de départ, tu vas avoir besoin de moi ou de mon argent… C'est dommage, hein ?
– Justement, à ce sujet, j'ai quelque chose à te vendre qui devrait compenser mes frais à venir.
Doflamingo perdit son sourire en voyant Crocodile tendre de nouveau le bras vers le petit coffret où il rangeait ses cigares. Il en tira une photographie. Doffy essaya de la lui prendre mais le pied de Crocodile fit soudain pression sur sa poitrine et l'empêcha d'aller plus loin.
– Non, pas bouger, dit-il. Tu vas la voir, donne moi juste le temps de te donner l'explication.
– Tu dis que c'est moi qui adore me donner en spectacle mais tu ne t'es pas regardé.
– Quand on a quitté l'île, il ne restait quasiment rien du trésor où du trafic du Souffleur de Verre mais je suis tout de même parvenu à récupérer un petit bonus. Et pas des moindres. Il vaut une fortune et je suis quasiment sûr que c'est là que se trouve le lien avec Barbe Noire. Je pourrais le lui vendre directement mais je n'ai pas envie de traiter avec ce type.
– Tu as envie de me faire cracher moi, surtout, tu trouves ça plus drôle…
– Tout à fait. Bref, voilà le prix que je te propose : assez pour que tu me foutes la paix pour toujours et ne me réclame plus aucune aide à l'avenir.
– Tu crois vraiment que ton machin vaut ce prix ?
Crocodile lui tendit la photographie – il avait bien sûr pris la peine de laisser la marchandise en lieu sûr, aux mains de Mr.1, afin d'éviter tout problème avant la transaction. Doflamingo s'en empara et la scruta avec intérêt. Même quand il ne portait pas ses lunettes, il était difficile à déchiffrer, néanmoins, Crocodile perçu une légère lueur d'intérêt dans son regard.
– Je comprends mieux.
– Le monde entier va se l'arracher celui-là, je me suis dit que tu serais content d'être le premier à l'obtenir, puisque tu veux garder la suprématie sur le trafic de fruit du démon.
C'était vrai. Doflamingo ne pensait pas que le Mera Mera no Mi se retrouverait si vite en circulation. Un des logias les plus puissants du monde, maintenant considéré comme l'héritage du défunt Portgas D. Ace. Beaucoup tueraient pour l'avoir et il n'y avait effectivement rien d'étonnant à ce que Barbe Noire soit mêlé à cette histoire. Tout le monde savait qu'il avait commencé à récolter des fruits et traquait ceux qui avaient des pouvoirs pour le leur voler. Sans que qui que ce soit ait pu comprendre comment il s'y était pris pour obtenir le pouvoir de Barbe Blanche, à peine quelques secondes après son décès. Crocodile avait raison, ce fruit valait au moins ce qu'il réclamait. Et c'était un sacré avantage pour lui d'avoir une telle carte dans sa manche, il imaginait déjà les possibilités quant au fait de posséder un tel trésor.
Malgré tout, il n'aimait pas le ton de Crocodile. Il détestait qu'on le fasse chanter. Il détestait encore plus que ce chantage soit le fait de quelqu'un qui était bien content de se trouver en sa compagnie il y a encore quelques heures. Crocodile était quelqu'un de froid et de distant en plus d'être excessivement rusé. Céder à sa demande, c'était reconnaître sa défaite.
– Alors ? Demanda-t-il. Marché conclu ?
– J'ai besoin de vérifier l'authenticité du fruit avant de faire quoi que ce soit.
– Sûrement pas, tu payes d'avance et je te le donnerai.
– Et si je refuses de te payer ?
– Je m'en fiche, je trouverai plus offrant.
– C'est bien ce que je disais, ce que tu veux, c'est me faire cracher moi, sinon tu l'aurais déjà vendu depuis belle lurette.
– Tu as tout compris.
– J'ai juste une question.
– Je t'écoute.
– Pourquoi tu tiens tant à me tenir éloigné ?
Crocodile ne s'attendait pas à ça. Était-il blessé ? Ce n'était pourtant pas sn genre.
– Parce que depuis que je te connais, tu essayes sans arrêt de faire de moi ton larbin. Et je ne veux pas l'être, je te l'ai dit un millions de fois et je continuerai.
– Qui te parle de larbiner ? Ca ne t'a pas traversé l'esprit que je voulais juste de toi dans la family ?
Un silence prolongea sa question et Crocodile hésita à se mettre une gifle pour être sûr d'avoir bien entendu. Il continua de fixer Doflamingo, voir s'il allait se retracter ou éclater de rire, mais il ne changea rien à ce qu'il venait de dire. Finalement, il se sentit gêné. D'habitude, quand il faisait ce genre de commentaire, c'était toujours comme ça, sorti de nulle part et bien caché derrière ses lunettes. Cette fois, il ne plaisantait pas.
– Est-ce que tu es sérieux ? S'assura-t-il, la voix un peu hésitante.
– Pourquoi je ne le serai pas ?
– Arrête de répondre aux questions par une autre question, c'est pénible. Tu veux me faire entrer dans ton équipage ?
– Tu es peut-être un bon stratège Croco, mais pour le reste tu n'es pas une flèche. J'ai beau essayer de te contenter par tous les moyens, tu t'obstines à refuser et tu veux toujours faire semblant de n'avoir aucun lien avec moi. Alors qu'on sait très bien tous les deux comment ça finit, à chaque fois.
– Peut-être mais je maintiens. Si j'acceptais d'être un membre de ta family, je serai sous tes ordres. Et c'est non, je ne reçois d'ordres de personne.
– Pourtant tu es venu quand je te l'ai demandé.
– Justement, il y avait une récompense à la clé. Je refuses que tu sois au-dessus de moi.
Doflamingo fit la moue.
– Oh, ça, ça dépend des fois.
Crocodile estima qu'il était grand temps qu'il quitte cette baignoire. Il se releva et se rhabilla, toujours un peu embarrassé par cette déclaration gênante qu'il n'arrivait toujours pas à comprendre. C'est vrai qu'il avait toujours tenté de le recruter, par tous les moyens, parfois en utilisant la violence. Mais il avait pris ça pour de la rivalité malsaine qui avait tourné au désir tout aussi malsain. Peut-être était-ce l'inverse.
Il ne savait pas, il ne s'attachait à personne.
Il se demanda si Doflamingo espérait vraiment faire de lui un "proche". De ce qu'il savait, de ce qu'il avait vu, il avait effectivement l'air respectueux envers ceux qui composaient son entourage – à part ses concubines – mais il n'y avait pas à accorder sa confiance, ou même le respect que l'on est censé devoir à un capitaine, à un homme qui avait assassiné son propre père et son frère. Il était toujours possible qu'il soit rongé par le remord mais Crocodile n'y croyait pas. Il ne croyait même pas que son aveu soit une véritable marque d'affection.
Doflamingo ne savait faire qu'une chose : posséder. Et justement, Crocodile avait toujours résisté à la domination qu'il voulait étendre sur lui. Son désir lui venait sans doute de là, de son envie de s'emparer d'un trophée impossible à atteindre. Se ranger sous sa coupe, devenir officiellement un équipier, un compagnon, un "lieutenant", ou même être présent à ses cotés, c'était signer sa perte.
– Je te donne trois jours pour te décider. Si d'ici là tu me donnes ce que je veux, le Mera Mera no Mi est à toi.
Il renfila sa veste et se dirigea vers la sortie. Doflamingo, qui n'avait pas bougé, l'interpella juste avant qu'il ne franchisse la porte.
– Même pas un au revoir, avant ?
– Non.
Il referma la porte et chercha une fenêtre d'où il pourrait s'envoler. Il avait déjà fait ça plusieurs fois. Et cette fois, il se sentait un peu mal. Il en était agacé, il n'avait pas à culpabiliser. Depuis quand donnait-il dans la sensiblerie ? Il n'aurait pas dû observer Doflamingo sortir de sa crise d'angoisse, maintenant, il éprouvait de la pitié.
Pourtant, quelle pitié y avait-il à avoir ?
Peut-être que tout cela venait de leur ressemblance. Crocodile savait ce qu'il en coûtait d'avoir un passé tumultueux et des secrets lourds, parfois trop violents, à porter. Et voilà qu'il ne savait plus faire la différence entre un appel à l'aide, une main tendue en quête de soutien, et une volonté de l'amadouer pour le soumettre. Dans le doute, il était plus prudent de se tenir éloigné de Doflamingo.
Bientôt, il récupérerait un nouvel endroit où s'établir et lavé de toute culpabilité ou dette. Ses pensées se tourneraient ailleurs, vers des ambitions plus intéressantes. Loin de cette relation étrange et venimeuse à laquelle il avait tant de mal à échapper.
Et voilà. Un peu amer comme fin, j'en conviens.
Mais ça ne pouvait pas se terminer sur un truc positif. La relation Doffy/Croco je ne vois pas comment elle peut marcher. On ne peut pas dire que ces personnages soient très sympas à la base, et entre eux ce n'est pas beaucoup mieux. Mais j'aime bien l'idée de parler de ça, d'une espèce de dépendance toxique et d'une ressemblance qui fait que ça tient quand même un peu la route. On l'aura compris, j'aime les dynamiques avec les personnages qui ne savent pas se parler. (Doffy/Croco c'est un peu semblable au KidLaw, sauf qu'avec Kid et Law il y a moyen que ça se passe bien.)
Cette fic était courte (j'aurais pas pu faire plus long je pense) mais c'était rigolo. Le gros kiffe c'était bien sûr les dialogues. Ecrire les répliques de Doflamingo c'est un vrai plaisir, c'est vraiment une saloperie mais du coup ça défoule ! J'ai essayé de coller un maximum au canon de manga et j'aimais bien l'idée que ce soit Croco qui ait refilé le Mera Mera No Mi à Doffy x) je ne crois pas qu'on sache comment il l'a récupéré dans le manga ? Alors ça faisait un bon épisode à raconter. Imaginer un film One Piece sur Croco et Doffy, j'ai écris ce que j'aurais voulu voir.
Enfin voilà, cette petite fic est terminée, merci d'avoir été au rendez-vous à chaque fois et merci pour vos commentaires 3 On s'est bien amusés !
Ah oui pardon. C'est vrai que j'ai dit que j'avais une annonce/surprise.
La suite de Red Snitch est prévue pour cet été. VOILA VOILA BISOUS.
