Et voilà un nouveau chapitre :) contente de voir que vous appréciez l'histoire d'après vos remarques, j'espère que la suite vous plaira autant qu'elle m'a plue. bonne lecture.
...
Chapitre 7: Mr. Potter
19 novembre, 1932.
Une nouvelle fois, l'hiver était tombé sur Londres. Les sans-abris tremblaient d'appréhension pour les durs temps à venir, maudissant les cieux, alors que chiens et chats errants s'étaient réfugiés dans quelques bâtiments abandonnés, attendant patiemment que la neige arrête de tomber.
Celle-ci recouvrait les routes d'une couche argentée. L'hiver s'était présenté à l'avance cette année et les températures avaient chuté à vue d'oeil. Tous les légumes avait vu leur prix doubler, même les choux de Bruxelles.
Les choses ne faisaient qu'empirer à l'orphelinat de Wool. Même le repas complet hebdomadaire n'était désormais plus qu'un souvenir. Si possible, l'état de leur pain quotidien s'était dégradé, rapiécé et moisi, mais les enfants ne se plaignaient pas—
Tout avait meilleurs goût que la faim.
Derrières les hautes grilles de l'orphelinat, batailles et coups bas étaient de fréquentes occurences. En petites bandes, mi-organisées et territoriales, les enfants se comportaient avec autant de cruauté que les adultes— battant, faisant du chantage, volant— rien n'était en-dessous d'eux. Les gardiennes avaient depuis longtemps abandonné l'espoir de faire régner l'ordre. Aussi longtemps que les conflits se déroulaient à l'extérieur, personne ne s'en souciait.
Dans la cour couverte de neige, un sac de bonbon était tout ce qu'il fallait pour déclencher une guerre.
"Toi là. Cette femme t'a encore ramené des bonbons, non?"
Un garçon bien bâtit se tenait devant Tom, le regardant de haut tout en lui bloquant le passage. Il ricana cruellement, puis fit signes à un groupe d'enfants en attente. Ils s'approchèrent, gloussant de leurs voix d'enfant haut-perchée, et entourèrent Tom.
"Oh, Tom, "dit un garçon dans d'une voix fausse et fluette, essayant d'imiter sa visiteuse. "Tu es de nouveau en détention?"
Tom resta immobile. Des yeux froids, noirs, aussi silencieux que minuit, observaient les figures devant lui, comme s'ils n'étaient rien de plus que les clowns d'un mauvais numéro.
Le garçon au lapin apparut aux côté de l'armoire à glace. Aucune chance qu'il ne laisse passer une occasion d'humilier Tom. Il caressa l'animal agité dans ses bras puis, de son agaçante voix aigüe, il lança:
"Tom, désolé chéri. Mais on est trop pauvres pour prendre soin de toi."
Ils ricanèrent bruyamment, comme si c'était la blague la plus drôle au monde.
Et quoi?! Qu'est-ce que ça changeait si il était le seul à recevoir des friandises... à la fin, il était toujours laissé derrière, à l'orphelinat, pas mieux logé qu'aucun d'eux.
"DONNE LES BONBONS! APRES PEUT-ETRE QU'ON TE LAISSERA PASSER."
Ils se dressèrent devant lui, mentons levés, yeux moqueur, tels d'arrogants petits paons.
Toute trace d'innocence enfantine avait déserté leurs visages. La société et sa froide et dure réalité avaient tordu leur sens moral en une farce qui s'était depuis longtemps envolée au vent. Tout ce qui restait était l'instinct sauvage de survie, un pragmatisme froid et terrifiant qui leur chuchotait de ne se soucier de personne sinon d'eux-mêmes.
Tom sourit avec mépris.
Il n'avait jamais touché au sac de bonbons... et il ne le ferait jamais. Oui, cette femme lui en ramenait toujours, en dépit de son dédain pour ces frivolités écoeurantes et collantes. Les bonbons, bon marchés et de toutes les couleurs possibles, remplissaient tout un sac en plastique, que Tom avait jeté dans un coin de sa chambre et qui y était resté jusqu'à ce jour.
Depuis qu'il avait presque tué Billy— ce crétin— et son dégoutant lapin en représailles, plus personne n'osait s'aventurer sur son "territoire".
Tom se moquait bien des bonbons; toutefois, cela ne voulait pas dire qu'il était du genre à partager. Ils lui étaient offerts, et donc, ils lui appartenaient.
Ce qui est à lui...le reste pour toujours. Il aimerait bien les voir essayer de lui voler quoi que ce soit.
"DONNE LES— OU TU VAS GOUTER NOS POINGS."
Alors que les enfants attendaient, soudainement, un sourire suffisant naquit sur le visage fin et pâle de l'enfant de quatre ans. Les yeux aussi noirs que les ailes des corbeaux, les cheveux teint comme la nuit, en cet instant, ce garçon, qui debout atteignait à peine le haut de la table, avait dépassé le stade d'humain. Il était devenu un être mystique, inimaginable, aussi imposant que le seigneur des enfers.
"AHHHHH!" cria quelqu'un de douleur.
Tous se retournèrent et fixèrent avec horreur l'un des enfants, un rouquin, s'écroulant de douleur et le visage dans ses mains. Du sang s'écoulait d'une horrible balafre sur son front. Le liquide pourpre coula à ses pieds, tintant la blancheur de la neige. Une brique ensanglantée reposait à ses côtés.
Qui avait bien pu faire cela?
Ils se regardèrent les uns les autres avec confusion. La brique semblait être apparue de nulle part.
Ils n'étaient encore que des enfants, pas encore prêts à se confronter aux imprévus et aux mystères, et instantanément, la foule paniqua à la vue du sang.
"QUI A FAIT CA ?... MONTREZ VOUS!" ils crièrent, leurs grands yeux apeurés.
Billy, enthousiaste à peine quelques secondes plus tôt, se cacha derrière ses amis, serrant son lapin contre lui. Trop effrayé que sa victime ne contre-attaque. Tournant leurs cous en tous sens, les enfants examinèrent la cour déserte, appelant le coupable à se révéler. Dans leur excitation, ils semblèrent oublier complètement Tom, resté au milieu de la foule, qui les regardait s'agiter avec un intérêt modéré.
Tom regarde le garçon blessé s'évanouir. Il baissa les yeux sur le sang tâchant la neige, et sourit, d'un air doux, innocent et juvénile. Il était le seul à rester de marbre parmi toute l'agitation. Il se tenait calme, comme si il avait su que tout ceci allait arriver, un sourire sur le visage.
"C'EST LUI!" cria soudainement l'armoire à glace, pointant Tom. "C'EST LUI! JE SAIS QUE C'EST LUI!"
Le sourire de Tom ne fit que s'accroitre.
"Mais... mais—" trembla une fille. "On le regardait tous. Il... Il a même pas bougé."
En effet. Tom n'avait même pas bougé et il n'aurait pas pu avoir lancé quoi que ce soit alors que les autres le tenaient tous à l'oeil.
"MONSTRE!" jeta Billy, regardant le rictus de Tom en horreur. Il recula lentement, se retourna et s'enfuit. Dans l'atmosphère déjà pleine de panique, ce fut la goutte de trop. Tous les garçons et les filles s'enfuirent— criant — loin de l'enfant de quatre ans. Quelque chose dans sa petite personne délicate les terrifiait— quelque chose de mystérieux, bestial et puissant.
"DEGAGE! MONSTRE!"
Tout d'un coup, Tom se retrouvait seul dans la cour enneigée, laissé derrière, entouré d'une nuée d'empreintes boueuses et désordonnées.
Monstre?
Et alors ? Qu'ils l'appellent un monstre s'ils voulaient, tant que son nom suscite la peur dans vos coeurs, tant qu'il a assez de pouvoir pour prendre ce qu'il veut. Monstre, ou terreur, ou n'importe quoi... tant que son nom était spécial et impliquait un pouvoir dont ils ne pouvaient que rêver.
Tom sourit. Il inspecta ses doigts osseux, si petits et fragiles, et néanmoins...si puissants.
Il agita sa main. La brique ensanglantée lévita et flotta jusqu'à lui. Tom essuya les tâches rouges du bout de ses doigts puis tint sa main à la lumière. La couleur sombre marquait sa peau blanche. La contraste était splendide.
"Sssss... Tom, Je pensais que tu détestais ce garçon lapin, pourquoi ne pas l'avoir visé lui?" Un doux sifflement reptilien se fit entendre, incompréhensible à l'oreille humaine excepté celle de Tom.
"Ah, celui-là mérite bien plus que... qu'une pierre sur la tête."
Le jeune enfant ricana. Des ombres obscurcissaient ses yeux. Le doux son, aussi doux qu'une berceuse, caressa l'audition de la vipère enroulée à ses chevilles. La créature s'agita, à cause du froid ou de la joie sinistre de son jeune maître ... qui sait.
Les petits humains font peur pensa la vipère en secouant sa queue.
Le Destin les observait, satisfait de la progression des évènements. Depuis le commencement jusqu'à la fin des temps, il avait toujours poussé l'histoire sur un chemin déterminé— la magie du garçon s'était éveillée, son esprit s'était ouvert et sa destinée s'était mise en marche.
Peu importe la quantité d'effort ou d'essais pour le changer— peu importe combien de fois tu remontes l'horloge— toute tentative ne serat que futilité.
...
Quand Tom retourna dans sa chambre, on l'informa de s'habiller proprement— tout de suite— puis de se diriger dans le hall. Un invité devait arriver.
A l'orphelinat, cela ne pouvait dire qu'une chose— une famille d'adoption potentielle se présentait. Mieux valait se nettoyer et avoir l'air mignon.
Pour des occasions aussi spéciales, l'orphelinat leur avait fourni un ensemble de vêtement en bon état dont un costume fin d'une matière très légère. Bien sûr, son seul atout était dans l'apparence, sans aspect pratique et trop léger pour l'hiver.
Tom enroula sa vieille écharpe noire autour de son cou, trois tours pour être sûr qu'elle ne se détache pas.
"Il parait qu'il est jeune !"
Les enfants, tous vêtus du même uniforme, partageaient des ragots excités alors qu'ils se dirigeaient vers le lieu de rassemblement. Tom les suivit, leurs visages se confondant, aucun assez important pour qu'il ne le remarque.
Trois filles marchaient devant lui, bavassant et gloussant, pleines d'espoirs et de rêves d'une vie meilleure.
"Eh bien, J'ai entendu qu'il avait une grande maison. Et célibataire aussi—"
Célibataire. C'est du gros! Cela signifiait pas d'enfants biologiques avec lesquels être en compétition et pas de maîtresse de maison à satisfaire, ce qui diminuait grandement la probabilité d'être renvoyé à l'orphelinat.
Tom resta calme. Il se fonda dans la foule et entra dans le hall avec eux.
Tom baissa la tête, déjà ennuyé. Il ne voyait pas l'intérêt d'être adopté. Maintenant qu'il avait découvert comment assurer son ascendance sur les autres enfants, rester dans ce trou ne semblais plus si horrible— au moins, ici, il y avait peu d'adulte pour le surveiller et pas de responsabilité familiales. Au moins, ici, il pouvait règner en toute liberté et prendre ce qu'il voulait par la force.
Ses yeux papillonnèrent. Il tira sur son écharpe pour que son visage en soit recouvert.
"Tom," la petite vipère s'était glissée dans sa poche. "Ils sssseraient sssstupides de ne pas te choisir... Sssi tu sssourais juste un peu, ils verraient que tu es le plus joli des petits ici—"
"Ne sssois pas ssstupide. Je ne veux pas être adopté."
Le serpent siffla de confusion. Son cerveau animal ne pouvait pas comprendre pourquoi le petit humain était si têtu. Pourquoi portait-il une expression si sinistre sur son joli visage? Et pourquoi insister sur la nonchalance, quand, en fait, il espérait réellement avoir une famille ?
Après cinq minutes, quand ils furent tous assis, Mrs. Cole, ayant déjà au son quotas d'alcool à en juger par sa démarche, fit entrer leur invité.
"Madame. Je ne cherche que—"
"Ouais, ouais," interrompu grossièrement Mme Cole, les paupières entre-ouvertes. Elle chuchota. "De bon enfants... tous... bons chatons... ils... ils...vous attendent."
Les portes s'ouvrir. Mme. Cole se dandina sans grâce, renvoyant l'image d'un morse avec une bouteille de gin. Un jeune homme contrarié la suivait de près.
Tom, qui se cachait derrière des enfants plus grands, lui lança un regard dédaigneux.
Le jeune homme était très élancé, avec une peau de porcelaine aussi pâle la lune, comme si il venait juste de sortir d'une terrible maladie. Il paraissait fragile, encore plus que les maigres enfants qui se tenaient devant lui, néanmoins son allure était décidée et alerte. La chose la plus surprenante était ses yeux— verts étincelants— Si étincelants que Tom ne put trouver les mots pour les décrire avec précision. Tom pensa qu'ils étaient encore plus jolis que sa bille de verre favorite, vert-jade quand exposée sous les rayons du soleil.
Ses cheveux noirs étaient un peu longs et décoiffés, courbés au niveau des pointes qui cachaient son front. Tom pensa apercevoir une cicatrice assez singulière sous ces mèches, mais il était trop loin pour en être sûr.
Dès l'instant où l'étranger posa un pied dans le hall, l'enfant de quatre ans sentit quelque chose s'agiter en lui. Son âme même résonnait, brûlante comme jamais auparavant, attirée —inexorablement —vers l'inconnu du plus profond de son être.
"Qu'est-ce qu'il y a, Tom?" Le petit serpent se glissa le long de ses manches, après avoir remarqué l'anxiété de son jeune maître. Son coeur battait trop vite—trop fort— il devait se calmer avant d'avoir une crise cardiaque. Elle mordit son poignet. La douleur suffit à faire émerger Tom de sa trance.
"Je vais bien," Souffla Tom doucement.
Une douleur sourde s'étendit le long de sa poitrine alors qu'il forçait son rythme cardiaque à se calmer. Pour un moment, la sensation menaça de le faire suffoquer. Mais elle disparut aussi vite qu'elle était apparue. Son coeur recommença à pomper son sang, comme il le devait, à travers ses veines, comme si il ne s'était jamais serré à la vision du mystérieux jeune homme.
Avant que Tom n'ait eu le temps de rassembler ses pensées, Mme. Cole parla à nouveau, "Tout le monde, voici Mr. Potter."
Mr. Potter.
Ce nom familier fit manquer un autre battement au coeur de Tom. Le garçon habituellement stoïque ne put retenir sa surprise; ses yeux d'ébènes fixèrent le visage de Mr Potter dont les moindres détails étaient maintenant gravés dans sa mémoire pour toujours.
...
... Promis, je ne fais que respecter la strucuture originale. Ce n'est pas moi qui choisis à quel moment le chapitre s'arrête. à bientôt ;)
