Joyeuses Pâques :) !
Voilà... alors pour clarifier les choses, Tom n'a pas tué Billy dans le chapitre précédent, juste donné une bonne frayeur. Ce qui explique le début de ce nouveau chapitre.
Bref, encore une fois, bonne lecture
...
Chapitre 10 : Les crânes
Décembre 1932
Après cette nuit, rien ne semblait avoir changé. Face à Tom, l'expression d'Harry restait toujours aussi tendue, et il était toujours aussi prévenant envers Billy.
Naturellement, Billy était satisfait par cette différence de traitement. Il passait tout son temps glué aux côtés d'Harry, émettant des remarques apparemment innocentes dans le but d'énerver Tom. Ce dernier restait silencieux face aux défis lancés par l'autre garçon, les yeux emplis d'ombres. Harry la vit, cette animosité, mais ne savait pas comment s'y prendre pour rétablir leur relation.
"HARRY! Regardes le lapin que j'ai dessiné!" s'écria Billy en plaçant une feuille dans les mains du jeune homme.
Harry posa les documents de l'Armée de Dumbledore sur lesquels il travaillait. Il sourit avec sa chaleur habituelle et étendit le dessin sur la table.
C'était, en effet, un lapin. Bien qu'on ne pu le définir ainsi que grâce aux deux longues oreilles qui dépassaient des gribouillages, le reste était... original. Le lapin, simple et abstrait, allégea l'humeur d'Harry. Peut-être qu'il s'inquiétait trop.
Il passa une main dans les cheveux du garçon et le félicita. "C'est super, Billy!"
Les yeux du garçon brillèrent. Puis, il s'adressa à Harry, de la voix la plus douce qu'il pouvait. "Le dessin de Tom aussi est bien!"
"Oh?" Harry était vraiment curieux. A quoi ressemblent les gribouillages de Voldemort-enfant ?
Tom, assis calmement à leurs côtés, leva la tête à la mention de son nom. Harry lui sourit en encouragement. Tom se figea et avant qu'il ne puisse réagir, Billy lui prit son dessin sans attendre sa permission et présenta avidement le papier à leur gardien.
Tom se pinça les lèvres et serra le crayon dans sa main. Ses yeux sondèrent le visage d'Harry, qui avait l'air presque nerveux.
Harry fixa le dessin. La seule couleur visible était le noir. Des traits désordonnés ressemblaient aux nuages sombres présents lors de tempête. Au centre de la feuille, le crayon blanc faisait ressortir un symbole qui— malheureusement — était beaucoup moins abstrait que le lapin de Billy. Harry n'eut aucun difficulté à reconnaitre ce signe— un large crâne blanc.
Pour lui, c'était horriblement familier. Oui, il l'avait déjà vu... De nombreuses, horribles nuits, la projection verdâtre du crâne géant dominait dans un ciel sans étoile. Un serpent formé de fumée s'échappait de sa bouche ouverte, son corps fluorescent surplombant les morts causées par la main de son sinistre maître. Ceux qui le voyaient s'enfuyaient de suite, criant "Tu-Sais-Qui!"
"Je ne me sent pas très bien... Je vais aller me coucher," dit Harry en se levant d'un coup. "Amusez-vous bien les garçons... Bonne nuit."
Il s'enfuit presque de la pièce, risquant au passage de trébucher sur le tapis.
"Tu vois, il ne t'aime pas," dit Billy triomphalement. Tirant la langue fièrement, Billy sautilla en passant près de Tom, lui heurtant l'épaule au passage. Le garçon chuchota aux oreilles du plus petit. "Dis... si Harry savait quel monstre tu es, qu'est-ce que tu penses qu'il ferait?"
Tom leva brusquement la tête, mais le lâche était déjà à quelques mètres de distance, lui souriant avec une fausse considération.
"Tu vois, Riddle, je te l'avais dit ... tu n'as pas besoin de déballer quoique se soit. Tu seras renvoyé bien assez tôt." La porte se ferma sur un bruit sourd, et, juste comme ça, Tom se retrouva seul dans l'énorme bureau.
Il resta assis sur sa chaise, aussi immobile qu'une statue.
"Tom—" son petit serpent remonta le long de sa manche. Le petit corps froid se frotta contre celui de Tom, le confortant de la meilleure manière qu'elle pouvait.
"Il m'aime—"hissa le garçon, caressant sa vipère de son pouce.
Elle n'avait pas de réponse à lui donner. Les serpents étaient des créatures solitaires. Ils ne possédaient pas d'esprit social et se faisant, son petit cerveau ne pouvait pas comprendre la complexité des interactions humaines.
Elle ne pouvait pas comprendre, par exemple, pourquoi Tom, qui était clairement attaché à cet humain Potter, ne souriait jamais à cet homme? Même si sourire était facile pour les humains, comme l'avait montré Billy avec ses constants faux sourires.
Elle ne pouvait pas non plus comprendre pourquoi ce Mr. Potter, qui était également attaché à Tom, ne donnait jamais de câlin à ce dernier comme il le faisait avec Billy? Même si, une fois Tom endormi, le jeune homme prendrait la peine de s'asseoir à côté de son lit, veillant sur lui pour un long moment, gardant le garçon quand il n'en avait pas conscience.
La vie serait meilleure sans cet humain Billy, décida-t-elle. Si seulement le stupide Billy disparaissait, alors petit Tom ne serait plus aussi triste. Aussi, si le stupide Billy disparaissait, elle serait finalement libre de festoyer de son stupide lapin.
Si seulement —
…..
Harry ne parvenait pas à définir ses propres émotions.
Chaque fois qu'il pensait au garçon, il se souvenait du jour de sa naissance, la petite et si douce charge dormant dans ses bras. Harry s'était promis de toujours veiller sur l'enfant, lui assurer une enfance joyeuse et normale. Mais au fur et à mesure que le garçon grandissait, ses yeux d'ébènes se teintaient du pourpre propre aux colères de Voldemort; son visage adoptait le masque cruel et dénué d'émotion qui lui était si familier; et même ses pensées, tellement matures pour son âge, prenaient la direction des ambitions de Voldemort — si froides et impitoyables — et toutes les choses que Harry avait du mal à accepter.
Il repensa au dessin.
Il devait admettre que Tom était un génie. A même pas encore cinq ans, ses petites mains maladroites parvenaient à produire des dessins extrêmement détaillés et réalistes. Harry en rit malgré lui.
Après que le choc initial se soit dissipé, durement, Harry réalisa aux combiens irréfléchis étaient ses actes... Il se souvint de la pâleur qu'avait prise la face de Tom lorsqu'il avait quitté la pièce — pour s'éloigner de Tom— et soudainement, il réalisa qu'inconsciemment, il avait traité Tom injustement, particulièrement en comparaison de Billy. C'était— peut-être —parce que Billy avait plus tendance à agir comme un enfant; immature, cherchant son attention. Tandis que Tom était... Tom était plus indépendant, capable; il aimait régler ses problèmes lui-même plutôt que courir vers Harry pour lui demander son aide.
Le bébé qui pleure est le premier à avoir du lait, n'est-ce pas ?
Harry s'assit sur le lit, la culpabilité le transperçant de toutes parts. Maintenant qu'Harry y pensait, toutes leurs interactions semblaient consister en des bavardages incessants de Billy tandis que Tom se tenait sur le côté, les regardant silencieusement comme si il n'était que de passage dans cette nouvelle famille. Le poids de la culpabilité augmenta dans l'esprit d'Harry. L'ignorance n'était pas une excuse pour négligence... et il avait déçu Tom, car il était certain que l'intelligent garçon s'en était rendu compte.
Les yeux fiers et perçants de ce dernier surgirent dans son esprit, avec autant d'impact que les regards d'un louveteau blessé. Harry se pinça les lèvres. Sa poitrine était douloureuse, et des regrets amers lui montèrent à la gorge.
Ets-ce que j'aide vraiment Tom?... Ou est-ce que je le pousse juste un peu plus sur le chemin pour devenir Voldemort? Harry frissonna, victime de sueurs froides, alors que la réalisation soudaine lui vint en tête.
Harry ouvrit en fracas les portes de sa chambre pour tomber face à un Tom qui se dirigeait vers lui. Sa démarche avait une précision militaire, chaque pas soigneusement calculé pour avoir la même ampleur que le précédent, comme si il était un robot qui prétendait être un garçon.
"Mr. Potter," le salua poliment le garçon. Il contourna délibérément Harry, et marcha plus vite vers le hall.
La froideur du titre s'abattit sur Harry tel un tas de briques. L'enfant ne se sentait même pas assez à l'aise pour l'appeler par son nom.
"TOM! —" cria Harry après lui, mais, lorsque le garçon se tourna pour lui faire face, Harry ne sut quoi dire. Il mordilla ses lèvres par nervosité. Puis, semblant se souvenir de quelque chose d'urgent, Harry se tourna et couru à l'étage d'en bas. " TOM! — attends-moi. Je reviens tout de suite."
La porte d'entré claqua derrière lui.
Tom resta immobile, regardant le jeune homme courir dans la rue à travers la fenêtre, son manteau encore ouvert dans la précipitation. Il baissa les yeux, et une ombre y passa, sinistre et illisible.
"Tom... J'ai sommeil. Retournons dans notre chambre—" se plaignit son serpent en sortant la tête du tee-shirt de Tom.
Le garçon hésita, et le déposa gentiment sur le sol. "Vas y déjà... sans moi—"
….
Harry ne savait pas que ça lui prendrait si longtemps pour trouver ce qu'il cherchait... Il marcha jusqu'au bout de la rue, et, enfin, dénicha une superette qui vendait ce qu'il voulait.
Lorsqu'il revint à la maison, l'heure du souper était passée. "Tom?"
La maison était sombre. Toutes les lumières étaient éteintes et Harry ne pouvait rien y voir. Il appela le garçon, doucement, alors qu'il s'avançait dans la salle de séjour.
Personne ne répondit.
Harry attendit en silence que ses yeux s'habituent au faible éclairage de la pièce. Quand ce fut fait, il remarqua immédiatement une petite forme allongée sur le sofa.
Le garçon s'était endormi sur le sofa! Harry regarda le visage paisible de l'enfant endormi et sourit tendrement. Il aurait voulu rire à sa propre stupidité... Oui, Harry avait été stupide — Tom n'est pas Voldemort— et, même si ce serait le cas dans le futur, le garçon n'était pas Voldemort maintenant même... Au moins, pour l'instant, il n'était qu'un enfant qui s'était endormu en attendant qu'Harry revienne à la maison.
Harry sourit. Il plaça son achat flambant neuf à côté du garçon Ses yeux inspectèrent les traits fins de l'enfant avec tendresse, et il tira une couverture sur le petit corps. Calmement, Harry alla aux cuisines pour préparer à manger, ses pas joyeux et énergiques, comme si un énorme poids venait juste d'avoir été retiré de ses épaules.
….
"Tom, qu'est-ce que tu as en main?"demanda le serpent en se glissant en dessous des couvertures, observant avec curiosité la boîte que tenait Tom.
Le garçon de quatre ans sourit, serrant fermement son cadeau. Une merveilleuse joie, propre aux enfants, apparut sur son visage, une sorte de bonheur que la vipère ne l'avait jamais vu porter. Habillé dans son adorable pyjama avec des dessins de chiens, Tom s'assit sur son lit et ouvrit la boîte. Il lui montra son précieux contenu— un nouvel ensemble de douze crayons de couleur rangés dans une pochette, leurs surfaces vernies brillant de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel.
"Qu'est-ce que c'est?"
"Des crayons. Pour moi... Comme ça je peux dessiner plus de crânes."
...
Comme d'habitude, j'attend vos avis sur l'histoire ou la traduction. N'hésitez pas.
Au fait, ce chapitre était plutôt court non ? Ne vous inquiétez pas, il semblerait que le lapin de Pâque soit passé (et surtout qu'il n'y ait pas cours) donc une surprise arrive...
