Merci pour vos reviews, et je dois dire que pas mal d'entre vous ont déjà anticipé ce qui vient. Félicitation pour votre clairevoyance.

Bonne lecture

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Chapitre 24 : En m'attendant

Décembre 1938

Le mois de décembre de l'année 1938 fut froid et rude. Comme précédemment, la neige tomba très tôt, annonçant un noël blanc. Un autre hiver, une autre année qui touchait à sa fin. Il aurait semblé que Dieu trouvait ce temps glacial plutôt agréable, à en juger par la neige et la glace constantes qui avaient envahi l'Angleterre, sans pitié et accompagnées de nuages gris.

La cour et les murs gris de Poudlard étaient eux aussi recouverts d'un tapis de blanc. Une vaste étendue, dont les limites ne pouvaient être perçues à l'oeil nu; qui redirigeait les rayons du soleil en une lumière aveuglant tous les passants. Et, au coeur de la nuit, redirigeait les rayons argentés de la lune et conférait au vieux château une étrange lueur.

Passé minuit, le bâtiment était silencieux. Presque tout le monde dormait profondément —même les fantômes, qui flottaient calmement près des cachots, prétendaient prendre part à ce rituel nocturne de leur vie passée.

Seul Peeves l'esprit trompeur se livrait à ses bêtises habituelles, hurlant dans les couloirs vides, ignoré par les humains et les fantômes.

Dans la salle commune de Serpentard, un feu continuait à s'agiter dans la cheminée de marbre. Les flammes n'étaient pas très impressionnantes, mais en son centre, des braises ardentes émettaient de la chaleur.

À côté du feu, Tom était assis avec une feuille blanche face à lui, tenant une plume à quelques millimètres de sa surface, hésitant tandis que son esprit continuait à s'interroger sur ce qui était arrivé à ses lettres précédentes.

Aucune d'entre elles n'avait reçu de réponse. Son visage était figé en une façade calme et dénuée d'expression; mais ses poings montrait sa fureur et son ressentiment longtemps enfoui. À nouveau, après des mois passés à les contrôler, ces ténèbres familières revenaient à la surface.

Poudlard était une école privée, isolée de tout. À part ces stupides chouettes, il n'y avait presque pas moyen d'avoir accès au monde extérieur.

Tom gronda vers le pauvre animal qui tremblait dans sa cage. Il écrasa la plume qu'il avait en main.

Elle se brisa facilement. De l'encre noir gicla et vint tâcher ses doigts.

Le garçon inspira profondément. Ensuite, il agita sa baguette et réordonna tout avec un simple reparo.

Il prit de grandes bouffées d'air frais, aussi avide qu'un homme proche de la noyade, jusqu'à ce que son expression vicieuse laisse place à une froide indifférence.

Il se sentait plus calme maintenant, bien qu'il ne le soit jamais vraiment. Il remit son esprit froid et calculateur à la tâche de rédiger sa lettre, grattant sa plume sur le parchemin avec plus de force que nécessaire.

Les mots lui vinrent à flot, après tout, il avait écrit cette même lettre de nombreuses fois... et ses espérances avaient été déçues tout autant de fois l'une après l'autre, les chouettes étaient revenues les pattes vides de Londres. Tandis que les mots apparaissaient sur le papier en une suite soignée et dans une écriture impeccable, la pointe de la pluma s'y attaquait avec une colère terrible, au point que de l'encre noir transparaissait de l'autre côté du parchemin. Son beau visage fut défiguré par la même rage qui animait sa main, avant que, très rapidement, il ne fasse le vide dans son esprit encore une fois.

Il s'améliorait à ce jeu. À cette mascarade.

Et pourtant, penser à cet homme suffisait à lui faire perdre son sang-froid. Depuis le premier septembre jusqu'à mi-décembre, cet homme n'avait jamais vraiment quitté son esprit. Ce qui ne semblait pas réciproque, puisque Harry ne lui avait jamais écrit. Pas une seule fois.

Tom remua. Il ne pouvait rien faire de plus qu'attendre, attendre que la chouette revienne sans rien, attendre d'être déçu. Les doigts le démangeaient, il voulait les refermer autour du cou d'Harry, mais ... il ne pouvait pas. Tom avait donc appris à ravaler sa colère. Pour l'instant, il n'était pas assez puissant pour exiger plus.

Donc il écrivait, avec des mots polis mais distants. Et néanmoins demandeurs. S'adressant à l'homme avec le même ton qu'un fils dévoué.

« Cher Harry:

C'est la douzième lettre que je t'envoi depuis le début de l'année. Si et quand tu liras ceci, aies l'obligeance d'y joindre une petit réponse. S'il-te-plait, dis-moi si tu vas bien et si tu es occupé.

J'ai été envoyé chez Serpentard, comme je te l'ai déjà indiqué les onze précédentes fois. La maison de Serpentard se trouve dans les dongeons — le savais tu? En hiver, cette partie du château peut parfois être atrocement froide. Est-ce qu'il fait froid aussi à la maison? J'espère que tu te souviendras d'utiliser des sorts de chaleur.

N'oublie pas de prendre soin de toi.

J'aurais bien aimé qu'ils nous enseignent ce sort dès le début. Il serait assez utile pour l'instant… »

Il fit une pause, puis grimaça à la simplicité de ce mensonge flagrant. D'un mouvement de baguette, il jeta un sort parfait et réchauffa la salle.

Quelle serait la réaction d'Harry quand il lirait sa lettre? Peut-être que l'homme lui enverrait des vêtements chauds ou un livre comprenant l'explication détaillée du sort de chaleur.

Enfin... Si Harry lisait cette lettre. Tandis que Tom se remémorait les lettres restées sans réponses —toutes en fait — son expression s'assombrit encore une fois.

Il se souvint de la gare, d'Harry qui lui avait souri avec ses grands yeux verts chaleureux, promettant,

"J'attendrai ton retour."

Alors que son écriture remplissait le long parchemin, Tom était assis, immobile dans la salle commune, dédiant toute son attention à chaque phrase. Son jeune visage portait une expression maussade, ses yeux avaient un éclat de furie, et sa poitrine tremblait à cause de quelque chose situé entre la haine et l'effroi. C'est à peine s'il pouvait respirer pendant qu'il terminait cette lettre. Au final, il laissa toutes les émotions longtemps enfouies ressurgir à la surface, tous ses sombres désirs, ses mensonges et ses peurs, remonter le long de ses nerfs pour se diriger vers la pointe de sa plume. Et ainsi, de ses mains tremblantes, il mit tout son ressentiment et ses incertitudes dans une dernière phrase.

Un dernier avertissement pour Harry—

« Et enfin, Harry, souviens-toi de ce que tu m'as promis— tu as dit que tu attendrais mon retour.

J'espère te revoir bientôt.

Bien à toi,

Tom Marvolo Riddle. »

Très appliqué, Tom mit la lettre dans une enveloppe sur laquelle il écrivit en vert l'adresse de sa maison. Il l'attacha à la patte d'une chouette effrayée. Puis il passa dans le couloir, monta les longues rangées d'escalier, et ouvrit une fenêtre. Dehors, une tempête de neige faisait rage. Tom jeta un regard à cette intempérie cruelle, puis à l'animal tremblant à son bras. Il haussa la tête et jeta la pauvre créature par la fenêtre.

Les vacances de noël arrivaient à grand pas. Bientôt, l'école serait vide, et les étudiants de retour chez eux, entourés de leur famille.

Tu as dit que tu attendrais mon retour.

Tom se mordit les lèvres, puis se sourit à lui-même. Bien qu'il ait un visage jeune et élégant, il n'y avait rien d'agréable dans son sourire — il était plein de dents, accompagné d'un éclat cruel dans ses yeux, si sinistre et effrayant que la petite chouette n'attendit pas longtemps avant filer vers Londres.

…..

La vie à Poudlard semblait tourner autour des devoirs et des heures de tables.

Chaque matin le petit-déjeuner se prenait à la même heure, au même endroit.

Celui des Serpentard semblait être légèrement plus somptueux que les autres. Selon la légende... il y a longtemps, des sang-purs avaient été mécontents du menu traditionnel de Poudlard, et avaient donc envoyé quelques-uns de leurs propres elfes de maison à l'école, comme une force d'élite dévouée uniquement aux serpentards.

Tom ne savait pas s'il y avait du vrai là-dedans... et ne s'en souciait pas. Le plaisir sensorial du gout était bref, éphémère, il n'y avait donc jamais accordé grande importance.

Il était sur le point de finir son pudding quand quelqu'un lui tapota l'épaule.

« Bonjour, Tom! »

Les sourcils de Tom se froncèrent en signe d'agacement, mais quand il se retourna, son expression était légère et amicale.

« Bonjour, Professor Slughorn, » répondit poliment le garçon, affichant ses dents blanches et éclatantes.

Il était évident que Slughorn le favorisait. L'homme estimait clairement que ce petit garçon était destiné à un futur brillant et qu'il pourrait en récolter les miettes.

« Dis-moi, Tom, pourquoi es-tu tout seul? » demanda Slughorn avec considération, faisant semblant d'inspecter les sièges vides autour de Tom avec incompréhension.

Bien sûr, comme s'y attendait Slughorn, il vit Tom baisser la tête de honte.

« Professeur, vous savez que je suis un sang-mêlé et du coup... je ne suis pas vraiment populaire...par ici. »

Après presque trois mois à Poudlard, le garçon était devenu plus que familier avec les règles en vigueur dans la société des serpents.

Professeur Slughorn agita sa main d'un air nonchalant, faisant trembloter sa moustache de morse par la même occasion ainsi que sa bedaine. Il s'exclama d'un air amical, « AH! Mais — même les sang-mêlés peuvent être des génies! »

Vieil homme vain et manipulateur! Comme si Tom ne pouvait pas deviner les intentions derrière ses propos hypocrites...

Tandis que Tom regardait la figure de Slughorn s'éloigner, il grimaça. De tous les professeurs, le responsable de Serpentard faisait partie des plus vicieux, mais aussi des plus prévisibles.

Il connaissait l'intérêt d'investir et de veiller à ses investissements— tendre la main à qui avait touché le fond dans la vie, pour ensuite gagner sa gratitude et sa loyauté sans grand effort.

D'un autre côté, il était prévisible car, comparé aux autres professeurs, tout le monde savait ce que Slughorn cherchait. Plus il exposait ses désirs profonds à la vue de tous, plus il était facile pour les autres d'utiliser ces derniers contre lui. Néanmoins, Slughorn ne changeait pas ses vieilles habitudes, manigançant de la manière la plus évidente possible. Plutôt stupide pour un Serpentard, vraiment—

Professeur Slughorn se dirigea paisiblement vers la grande table, assez satisfait des nouveaux étudiants récoltés cette année. Il se fit la réflexion que les enfants étaient vraiment adorables, tant ils étaient crédules.

Ce qu'il ignorait c'était que l'un de ces "enfants" se riait de lui dans son dos.

Idiot, grimaça Tom, tout en pressant une serviette au coin de sa bouche. Par la suite, il se leva et s'éloigna en silence.

…..

Le premier cours du jour était Transfiguration.

Bien qu'il puisse désormais réciter son horaire par coeur, Tom continuait à consulter ses livres et son horaire écrit avec diligence. Ses yeux s'attardèrent sur le nom à côté de « Transfiguration » — Professor Albus Dumbledore, et il claqua la langue pour exprimer son dédain.

Il n'avait jamais apprécié le professeur à la barbe auburn. Oh, l'homme était intelligent, sans aucun doute, un enseignant compétent... mais Tom n'arrivait pas à le comprendre, ce qui signifiait qu'il était aussi dangereux.

Tom avait connu cet homme avant même qu'il ne commence l'école, quand Dumbledore était venu à Londres, la lettre de Poudlard de Tom à la main. La grand sorcier avait revêtu une veste aux couleurs atroces, et avait coiffé sa barbe en tresse.

Il les avait salués avec un sourire amical, les yeux bleus brillant, « Mon nom est Professeur Albus Dumbledore. Puis-je parler à Mr. Tom Riddle? »

Dumbledore — instantanément, ce nom avait fait sonner une alarme dans la tête de Tom. Il s'était souvenu que ce nom avait été présent sur tous les documents dans le bureau d'Harry. Il s'était souvenu de l'habitude qu'Harry avait de s'enfermer dans son bureau en silence tandis qu'il travaillait sur les plans interminables de l'Armée de Dumbledore.

Tout d'abord, il pensait que ces deux-là se connaissaient. Il avait même remarqué que les yeux d'Harry s'étaient embués quand il avait serré la main de l'homme, et pourtant... Dumbledore n'avait pas semblé reconnaître Harry.

« Mon garçon, êtes-vous bien ? » demanda Dumbledore avec inquiétude. Les yeux du jeune homme étaient alors bordés de rouge, bien que Dumbledore ait pu ressentir une joie réelle chez l'étranger aux cheveux noirs lorsqu'ils s'étaient serré la main.

« Je vais bien, monsieur... c'est juste que... c'est juste que vous me rappelez mon mentor, » répondit Harry.

Clairement, la formalité de leur échange indiquait que ces deux-là ne se connaissaient pas.

Après une brève minute d'interaction, Tom pouvait déjà dire que Dumbledore appréciait Harry et qu'Harry, réciproquement, admirait énormément le vieux sorcier. C'était comme s'ils avaient eu une connexion instantanée, quelque chose comme un lien d'amitié, qui n'incluait pas Tom. Tom grinça les dents.

Il avait toujours détesté que des personnes s'immiscent dans leur vie et accaparent l'attention d'Harry, parce qu'un garçon comme Tom ne devrait jamais être ignoré... Et puisqu'il ne pouvait pas rejeter sa colère sur Harry, il en était venu à haïr le Professeur Dumbledore et ses stupides Gryffondors.

« Bonjour, Tom. Je vois que tu es le premier à arriver, encore une fois, » tandis qu'il saluait chaleureusement Tom, les yeux sages du Professeur Dumbledore brillèrent derrière ses lunettes en demi-lune.

Tom, maintenant plus grand que le bureau sur l'estrade, inclina poliment la tête. « Pas vraiment, monsieur. Je pense que vous me devancez toujours. » Tom hésita, puis, avec une expression sérieuse sur le visage, il posa une question à son enseignant.

« Professeur, avez-vous jamais formé... une armée? »

« Une armée? » répéta Dumbledore, perplexe. Il savait que le garçon en face de lui était exceptionnellement intelligent et dissimulait de nombreux secrets, mais même lui ne parvenait pas à comprendre d'où venait cette question.

« Oui, une armée— quelque chose comme l'Armée de Dumbledore, » dit Tom d'un ton sinistre. Ses yeux sombres jaugeaient le visage ridé du vieil homme, cherchant le moindre signe de reconnaissance.

L'homme aux cheveux auburn ria d'un air jovial, tirant sur sa robe hideuse, pourpre et garnie de motifs argentés de lunes et d'étoiles.

Il fit un clin d'oeil à Tom. « Non, mon garçon. Mais si jamais je formais ma propre armée, je l'appellerai surement — la brigade BumbleBee. »

Un court instant, le sourire de Tom vacilla, ce que Dumbledore remarqua et qui ne manqua pas d'accentuer encore l'éclat dans ses yeux.

Plutôt agacé, Tom s'assit à sa place. Il semblerait que... Dumbledore lui disait la vérité.

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Dans le grand Hall, les enfants parlaient et dinaient bruyamment. Au-dessus d'eux, des chouettes de toutes les couleurs et les tailles imaginables hululaient et descendaient en piquet vers eux.

« Eh, regarde! Ta mère t'as encore envoyé des bonbons! Génial! J'adore les friandises— On partage entre meilleurs amis, non? »

« Oh! — Pas CETTE robe encore. Je lui ai dit que je ne la mettrai pas. Et maintenant je dois la renvoyer — quel ennui … »

« Yeeeaaah! Mon frère m'a envoyé son vieux jeu d'échec sorcier. »

« Euh... c'est un Rapeltout? »

« Mince Charley! Encore ça? »

La tête de Tom était cachée derrière un livre épais, totalement fermé du brouhaha et de l'agitation autour de lui. Les chouettes volaient à proximité, mais aucune ne se dirigeait vers lui.

Il avait envoyé sa douzième lettre et... toujours pas de réponse.

Toujours rien.

Autour de lui, les exclamations des enfants, leurs plaintes ou leurs cris de surprise ne faisaient que le rendre encore plus malheureux, plus pathétique. Ces bruits irritants envahissaient ses tympans, lui irritaient les nerfs, titillant le ressentiment et la rage qu'il gardait au fond de lui. Tom baissa la tête, ses cheveux noirs lisses tombèrent devant ses yeux et dissimulèrent les ténèbres qui s'y agitaient — oh, comme il souhaitait les réduire au silence, tous autant qu'ils étaient!

La garçon prit une profonde inspiration et se dit, à nouveau, de rester calme.

Les vacances de noël étaient dans moins d'une semaine. Quand elles viendraient, Tom retournerait chez lui, où il aurait ses réponses... Harry lui avait-il menti à la gare?

Rien, rien, rien.

Mais… il avait promis.

Est-ce que tu m'attends toujours ?

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Honnêtement, ce chapitre est l'un de ceux qui m'ont le plus attristé lors de ma première lecture… pauvre Tom… mais que ce passe-t-il dans l'autre époque ?

Je recevrai avec grand plaisir tous vos commentaires, sur l'histoire ou la traduction,

Au prochain chapitre