Au cas où vous soyez surpris, il ya une petite élispe au début de ce chapitre.

Bonne lecture

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Chapitre 31 : Animaux et jouets

27 Septembre, 1939

Tandis que l'Europe sombrait dans une spirale chaotique, le monde magique restait intouché par la peine et la guerre qui affligeaient les moldus. Bien qu'ils vivent tous sur la même île, la vie des moldus et celle des sorciers était on ne peut plus différentes. Le monde des premier était plein de flammes, de cicatrices et de ruines de ce qui avait autrefois fait la fierté de cette société industrielle florissante; alors que le monde des sorciers restait inchangé, ignorant et en sécurité derrière ses barrières magiques.

Comme prévu, Poudlard ouvrit grand ses portes pour accueillir les étudiants le premier septembre. À nouveau, ses couloirs se remplirent de chahut et de rires.

« Riddle, est-ce que je peux emprunter tes notes? »

L'élégant jeune homme afficha un sourire éclatant, avant de passer son carnet de notes à sa camarade de classe.

« Que nous vaut cette bonne humeur aujourd'hui? » demanda Abraxas Malfoy, levant un sourcil en inspectant son jeune compagnon avec grand intérêt pendant qu'ils descendaient une rangée d'escalier.

Tom ajusta sa prise sur son sac. Ses pas étaient rapides et confiants, d'une précision quasi-militaire. Son uniforme était impeccable et mettait en valeur sa silhouette élancée, lui donnant l'image du parfait serpentard. Son sourire était aussi éclatant que calculé.

« C'est une belle journée, » répondit simplement Tom, l'éclat au fond de ses yeux identique à celui du chat qui aurait attrapé la souris.

« Oh? Je suppose donc que ton Harry est de retour? » demanda Abraxas, d'un ton taquin mais également curieux, en passant son doigt sur le rubis qui ornait la bague familiale qu'il portait au pouce.

Tom approchait l'entrée de la salle commune des Serpentard. Soudainement, il s'arrêta, puis se retourna pour regarder le blond de troisième année. Son sourire s'était envolé. Le visage du garçon était complétement inexpressif. « Il n'est pas à moi. Harry n'appartient à personne. »

« Tss-tss, » Abraxas sourit, remarquant directement le manque de conviction dans les propos de son jeune ami. Le blond vint s'adosser nonchalamment sur l'embrasure de la porte, bloquant le chemin à Tom. « Je crois... qu'un vrai serpentard ne ferait pas la même erreur deux fois de suite, comme, par exemple, laisser trop de libertés à son... animal. »

Les yeux noirs du garçon brillèrent brièvement, avant de regagner leur obscurité insondable. « Il n'est pas mon animal non plus. »

Abraxas ne sembla pas prendre conscience de la froideur dans la voix de Tom. Il examinait ses boutons de manchette en diamant d'un air lasse. Il rétorqua simplement, affichant un sourire amical et commercial, complétement en désaccord avec la cruauté de ses paroles.

« Si j'étais à ta place— si ma propriété osait me désobéir, alors elle serait punie, reléguée, ne deviendrait plus q'un jouet dispensable. »

Abraxas continuait à chipoter ses manchettes, obstruant le passage, comme s'il attendait quelque chose du garçon.

« Je... comprend. »

Cette réponse calme sembla convenir à son ainé. Il sourit de nouveau et se mit sur le côté.

….

Ovidius Parkinson entendit la porte de la salle commune s'ouvrir. Il leva les yeux.

Un jeune homme entra, les traits aristocratiques et l'allure fière. Ah, c'était son compagnon de chambre — Tom Riddle.

« Par ici! » Ovidius agita la main, déplaçant ses affaires pour faire un peu de place.

Le garçon hocha la tête en guise de salut. Bien que Tom ne soit pas en train de sourire, ses yeux avaient une lueur joyeuse et hypnotisante— apparemment, quelque chose de bien lui était arrivé.

Ovidius était perplexe. En fait, en y repensant, son compagnon avait toujours été un peu… étrange. Par exemple, Tom avait dit à Ovidius que quelqu'un, qui lui était très cher, avait été gravement blessé... Mais si Tom tenait tellement à cette personne, pourquoi semblait-il si heureux quand il mentionnait ses blessures? À l'opposé, si Tom ne s'en souciait pas, alors pourquoi cette aura sombre et effrayante durant le dernier semestre ?

Tandis que les questions s'accumulaient dans la tête d'Ovidius, Tom s'assit à côté de lui.

Tom était-il heureux?

Oui, du moins en cet instant, il était très, très heureux... ou plutôt, il était très satisfait de la tournure des évènements de cet été.

Oui, Harry était grièvement blessé. Et oui, Harry avait frôlé la mort de près. D'ailleurs, il y avait quelque chose de bizarre avec les blessures du jeune homme... Même avec l'aide de la magie et des potions, la guérison d'Harry était extrêmement lente. Cependant... maintenant qu'Harry n'était plus dans un état critique, remarqua cruellement Tom, ces blessures avaient un certain avantage, pour lui en tout cas.

Tout d'abord, elles gardaient Harry confiné au lit. Ainsi, il ne pourrait pas tenter de s'enfuir... de partir de nouveau sans même un au revoir.

Tom se lécha les lèvres, se remémorant le corps pale et couvert de bandages de l'homme, allongé sur un matelas moelleux, si faible et si vulnérable. Oui, Harry ne pouvait que rester au lit, obéissant et redevable quand Tom lui apportait de quoi manger et boire. Il avait été complétement dépendent de Tom, incapable de se débrouiller tout seul.

Il ne pouvait même pas quitter sa chambre. Au début, Harry était à peine conscient, ne se réveillant que pendant quelques heures par jours. La plupart du temps, l'homme était plongé dans un sommeil profond, l'air paisible tandis que Tom le veillait, assis à côté du lit, parcourant ses manuels scolaires, attendant patiemment le réveil d'Harry.

Parfois, il avait l'impression qu'Harry était mort. Il ressemblait à ce renard empaillé qu'ils avaient au-dessus de leur cheminée, complétement immobile et pourtant inexplicablement empli de vie.

Tandis qu'il examinait le visage paisible de l'homme endormi, une étrange pensée lui était venue. Cette image lui rappelait un vieux conte— à propos d'une princesse nommée Blanche-Neige. On avait préservé sa beauté et sa grâce en l'enfermant pour l'éternité dans un cercueil de verre, où elle attendait, rêvant de jolies choses, reposant sur un lit de roses rouges.

Les contes de fées n'étaient-ils pas merveilleux ?

Un beau sourire illumina le jeune visage de Tom; ses yeux brillant de confiance attirèrent l'attention de nombreuses jeunes filles rougissantes. Même Ovidius était sous l'emprise du garçon.

Un beau sourire suffisait à dissimuler sa nature impitoyable; l'apparence d'une enfant sans défense suffisait à dissimuler ses sombres ambitions qui ne faisaient que croître.

Tom déroula un rouleau de parchemin. Riant intérieurement, il prit une plume.

Alors que Tom s'affairait avec sa lettre, Ovidius lança à son camarade un regard choqué. Il s'éloigna légèrement. Les proies ont généralement d'excellents instincts, et ceux d'Ovidius lui soufflaient qu'en dépit de la beauté du sourire de Tom Riddle, un grand danger se cachait derrière cette façade.

Heureusement, Tom ne faisait pas attention à Ovidius.

Il était entièrement concentré sur ce qu'il écrivait.

"Cher Harry:

Comment vas-tu?

J'espère que tu te sens mieux. Tes blessures te font-elles encore souffrir ? Elles devraient être guéries maintenant, non ?

Professeur Dumbledore t'envoie ses regards. Il s'inquiète pour toi.

Harry, j'ai cherché dans toute la librairie de Poudlard. Etrangement, je n'ai rien trouvé qui puisse expliquer ton état. D'après ce que nous savons, tu n'as pas été maudit, mais un sorcier ne devrait pas mettre si longtemps pour se remettre de dégâts physiques comme ceux qui t'affligent.

Pourquoi les potions ne fonctionnent-elles pas ? C'est bizarre. Très bizarre.

Je vais continuer mes recherches. Je t'enverrai une note dès que j'aurai trouvé quelque chose.

Aussi, j'ai eu d'horribles cauchemars ce mois-ci. Toutes les nuits, tu étais dans mes rêves, ta peau était aussi froide et pâle que du marbre, le sang se répandait sous ton corps, l'éclat dans tes yeux disparaissait lentement. Tu me chuchotais "Je ne mourrai pas", mais au final... je ne vois qu'une pierre tombale.

Harry, te souviens-tu de ce que tu m'as promis ?... tu... tu ne vas pas m'abandonner, n'est-ce pas?

La vie à Poudlard ne change pas. Pour être franc, on s'ennuie même. Nous allons en classe, mangeons, dormons, bien que parfois je m'amuse en inspectant toutes les statues que je rencontre sur mon chemin.

Tu me répondras bientôt, n'est-ce pas? Pas comme la dernière fois... J'espère.

Harry, vis tu encore chez Miss Joan? J'avoue ne pas beaucoup l'aimer.

Même si elle nous a secourus ce jour-là... même si elle est une ancienne de serpentard... même si elle connait beaucoup de chose et fait une aurore compétente. C'est juste que... je ne suis pas vraiment confortable autour d'elle. Elle n'est pas comme toi.

Hmm... J'espère que je ne te semble pas trop difficile, mais j'aimerai vraiment retourner chez nous pendant les vacances. Avoir notre propre maison. Comme avant.

Une dernière choses, mon ami, Abraxas Malfoy, a une maison à vendre et pourrait nous la céder à un bon prix.

Qu'en penses-tu, Harry? Je ne pense pas que ce soit très agréable pour Miss Joan's que nous continuions à empiéter sur sa vie privée. Tu devrais déménager dès que possible. Je peux t'aider—"

Tom fit une pause, ses lèvres se courbèrent pour former un sourire mystérieux. Il relut consciencieusement sa lettre.

Il devait être sûr que tout était parfait, que son ton était le bon, être sûr qu'Harry Potter ne verrait que le bon côté de Tom Riddle — son côté normal et enfantin.

Harry ne devait pas découvrir que ce garçon, qui s'épanchait en mots d'inquiétude et de tendresse, se délectait aussi de sa douleur. Que ses yeux d'enfant étaient pleins de paranoïa, cruauté et de noires ambitions.

Tom parcouru son carnet de note, dans lequel il avait calé quelques pages arrachées de son livre de potion. Il hésita un instant, avant de choisir une potion toute simple utilisée pour diminuer les douleurs.

"P.S. Je te joins la recette d'une potion qui pourrait t'être utile. J'espère que ça t'aidera."

Tom hôcha la tête, satisfait. Il connaissait des potions médicinales bien plus puissantes et efficaces. Mais... celle-ci était juste parfaite: elle le soulagerait de sa douleur, mais ne le guérirait pas. Parce que le jeune héritier ne voulait pas que son Harry guérisse... pas encore, du moins.

Il n'était pas encore prêt.

Tom était encore en train de sourire quand il relâcha le hibou et regarda l'oiseau disparaitre dans le ciel nocturne.

….

Harry était appuyé contre la tête du lit, un parchemin déroulé devant lui.

Il caressa sa surface douce et délicate. Les lettres élégantes, et le papier de qualité reflétaient la personnalité de son mandataire et son souci de la perfection. Harry ne pouvait s'empêcher de la comparer aux lettres qu'il envoyait jadis à Ron et à Hermione. Le papier toujours froissé, parsemé de taches d'encre; son écriture hésitante et grotesque; et la manie d'Hermione d'entourer, à l'encre rouge, toutes ses fautes de grammaire, avant de lui renvoyer sa lettre avec sa réponse. Il trouvait une certaine consolation dans l'écriture de Ron, pas plus raffinée que la sienne.

Harry sourit.

Il pouvait presque visualiser Tom penché sur son bureau, s'attardant sur chaque mot, la tête baissée, se mordillant la lèvre, les yeux brillants derrière ses mèches de cheveux noirs. Et... peut-être... à côté du garçon, un groupe de jeunes filles émoustillées, tentant d'attirer son attention.

Un bon serpentard était naturellement doué pour déguiser ses intentions — il devait cacher ses ambitions, sa nature cruelle et combative qui ne serait jamais acceptée par la société.

« Même si elle nous a secourus ce jour-là... même si elle est une ancienne de serpentard... même si elle connait beaucoup de chose et fait une aurore compétente. C'est juste que... je ne suis pas vraiment confortable autour d'elle. Elle n'est pas comme toi."

Le garçon avait choisi ses mots avec soin. Toujours poli, appelant même l'Aurore Miss Joan. Et pourtant, Harry parvenait sans mal à percevoir la jalousie enfantine derrière.

Harry sourit en relisant la lettre de Tom, une douce expression sur le visage, même si une nouvelle vague de douleur l'attaquait.

Depuis ce fameux jour, le garçon semblait s'ouvrir à lui. Il écrivait maintenant à Harry pour lui faire part de ses opinions et de ses souhaits, même si son raisonnement était assez… simple.

« Mr. Potter, il est l'heure de prendre votre médecine, » après qu'on eu poliment toqué à la porte, celle-ci s'ouvrit.

Harry se tourna vers la forme floue qui entra. Il ne voyait pas grand choses sans ses lunettes, mais il reconnut immédiatement la femme à sa voix.

« Bonjour, Joan. »

Joan hocha la tête en guise de salut et posa sur sa table de nuit un plateau sur lequel étaient posées de nombreuses fioles.

« Désolé de vous déranger de la sorte, cela fait déjà... un bon mois, en plus, » Harry lui offrit un sourire fatigué. Laisser une inconnue prendre soin de lui ne le mettait pas vraiment à l'aise, encore moins s'il s'agissait d'une jeune femme comme Joan. La politesse anglaise lui interdisait d'encombrer ainsi une jeune dame... Mais sa maison avait été détruite et il n'avait nulle part où aller. Souriant, Harry lui lança un autre regard désolé.

Joan ne répondit pas. Pour dire vrai, le jeune homme ne la dérangeait pas du tout.

« Reposez-vous un peu, » dit Joan en haussant les épaules. Ses yeux passèrent sur la lettre qui reposait sur la couverture, avant qu'elle ne sorte de la chambre.

Joan n'était pas comme les autres serpentards. Sa maison était simple et propre, sans aucune fourniture excessive, de draps en velours ou de décoration farfelue. Elle ne portait ni maquillage ni bijou, seulement une paire de lunettes à monture épaisse. Sa robe était toujours élégante et formelle, d'une matière simple, identique à celle des robes des nonnes.

Si elle ne leur avait rien dit, ils auraient pensé qu'elle était une typique Serdaigle.

….

Joan remonta ses lunettes. Elle fronça des sourcils en regardant la porte fermée, se souvenant du jour où elle avait rencontré Harry et le garçon.

Parce qu'elle était une serpentard, elle comprenait très bien ceux issus de cette maison. Et parce qu'elle comprenait les serpentards, elle se faisait du souci pour ce jeune homme.

Le jour où elle avait sauvé Harry avait commencé par la réception d'un message du bureau des Aurors, lui demandant d'enquêter sur la violation par un certain Tom Riddle du décret interdisant aux mineurs d'utiliser la magie hors de l'école : il avait jeté le 'Protego' en plein milieu du Londres moldu. Les serpentards profitaient toujours de quelques faveurs du Ministère. Ils n'étaient pas directement renvoyés par une lettre; à la place, on envoyait un Auror pour enquêter personnellement sur l'accident.

Arrivée sur place, elle fut choquée par la scène devant elle— toute cette destruction, les rafales de tirs. Elle examina les rues enfumées, jusqu'à ce que ses yeux se posent sur un Serpentard. Oui, indubitablement, l'enfant était un Serpentard. Les yeux d'un Gryffondor ne refléteraient pas ainsi la destruction; ceux d'un Serdaigle ne recèlerait pas cette folie; et ceux d'un Pousfouffle n'aurait pas cet éclat meurtrier.

Parce qu'elle était elle-même une serpentard, elle comprit que l'enfant tremblait sous le poids de sombres pouvoirs et d'émotions incontrôlables, prêts à exploser.

Comme un dragon à qui on venait de voler son trésor, il était dangereux, sa colère le rendait plus puissant. Mais... la colère, comme toute émotion, n'était que temporaire. Elle passerait. À la fin de l'histoire, les dragons maléfiques étaient toujours vaincus par un brave chevalier en armure.

Mais Tom l'avait surprise; le garçon s'était calmé rapidement. Pas de cri de rage; pas de cri de vengeance; tout ce qu'il fit fut rester au chevet d'Harry, attendant patiemment que l'homme se réveille. Son expression toujours douce et attentionnée, parfaite, sans la moindre fausse note, sans ressentiment, sans aucun signe de colère, comme s'il était juste... reconnaissant d'être encore en vie. Il restait juste assis là, posant sa tête sur l'épaule d'Harry, plein d'affection.

Joan fronça les sourcils. Elle aurait voulu avertir le jeune homme, mais ne savait que dire.

Elle secoua la tête. Elle s'inquiétait trop. Après avoir pris des livres et son manteau, elle quitta la maison.

Tout irait bien... Les dragons, aussi avides et féroces qu'ils soient, étaient toujours vaincus par un brave chevalier à la fin de l'histoire.

...

Voili voilou,

si la transition entre le dernier chapitre et celui-ci vous semble floue, n'hésitez pas à poser des questions

au prochain chapitre :)