Disclamer : les personnages ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de Thomas Astruc.

Cet OS a été écrit pendant la 130e Nuit du FOF, sur les thèmes Fille et Judicieux.

Et du coup, j'en profite pour lancer un nouveau recueil que je veux faire depuis que j'ai regardé la saison trois de Miraculous. Gros modo, ça va parler de problèmes familiaux et d'abus parentaux. Donc ce ne sera pas toujours joyeux. Et ce sera sans doute très centré sur Kagami - même si j'aimerai aussi parler d'Adrien et de Chloé - parce que j'adore ce personnage depuis l'épisode Ikari Gozen, qui m'a brusquement fait changer d'avis sur elle.

Bonne lecture !


Une mauvaise fille

.

Elle aurait dû savoir pourtant. Ça finit toujours de la même manière.

"Tu as ton entrainement, samedi."

Ça veut dire non. Ça veut dire non, mais Kagami espère quand même.

"Je sais mère, mais le cours se termine à-

- Je n'ai peut-être pas été assez claire."

Sa mère se tourne. Ça n'a pas de sent de dire ça pour une aveugle, sans doute. Mais la jeune fille sent son regard qui pèse sur elle. Son attention. C'est une enclume, un poids glacé qui se répand sur ses épaules. Un serpent qui serre. Une prison.

Elle est si petite contre cette femme. Cette femme, si grande. Ses cheveux tirés, cette moue stricte qui lui tire le visage. Cet arc franc au-dessus de ses yeux, que forment ses sourcils rapprochés, presque réunis. C'est lourd, sur elle. Écrasant. Ses mots ont disparus.

"C'est non. Tu iras à ton entraînement, comme convenu, puis tu rentreras directement ici."

Elle a dix ans. Dix ans, un talent pour l'escrime qu'elle sent grandir chaque fois que sa main effleurer une épée. Des notes dignes de l'excellence. Un avenir radieux qu'on lui prête, dès qu'on ouvre la bouche pour parler d'elle.

Ce qu'elle n'a pas, en revanche, ce sont des amis.

"Ça ne dure que quelques heures."

De l'espoir, il lui en reste. Un peu. Une flamme d'insistance qu'elle entretient sans trop la laisser grandir. Une enfant, comme elle.

"Tu n'as pas compris ce que je viens de dire ?

Sa mère la souffle d'un coup. Sèchement, comme on écrase un insecte. La petite voit ces deux verres sombres qui la dardent. Ces deux murs qui lui cachent une âme. Un esprit plein de pensées qu'elle ne comprend jamais. Une terre stérile. Si elle ne baisse pas les siennes, de mirettes, c'est uniquement parce qu'on lui a appris, depuis toujours, qu'on doit regarder les gens bien en face quand on leur parle. Les adultes, surtout. Droit dans les yeux.

"Si, mère.

- Alors tu insistes sciemment."

Elle l'a su, dès le début. Que ce n'était pas un choix judicieux. Qu'il y aurait sans doute, au bout, un refus, une blessure dans le cœur. Ce trait tiré sur le front de cette femme qui l'a mise au monde, et qui la fait paraitre dix ans plus vielle. C'est ma faute, elle pense. C'est ma faute si maman a l'air comme ça. C'est moi qui l'ai mise en colère. J'aurais dû ne rien dire et jeter l'invitation.

"Pardon.

- Dois-je te rappeler quelle chance tu as, de pouvoir bénéficier d'une éducation comme celle que je t'ai donnée ?"

Non, elle sait. Elle a de la chance, elle est privilégiée. On lui a donné l'engrais le plus riche qui soit, pour faire pousser son intelligence. Une terre fertile, un champ propice à l'épanouissement. Une école prestigieuse, des cours particuliers. Il y a l'escrime, aussi.

"Tu n'as pas de temps à perdre avec ces idioties. Les gens sérieux ne gaspillent pas leur samedi pour des activités de ce genre."

Ça veut dire non, dans la langue de sa mère. Non, définitivement.

Dans sa main, Kamagi regarde la feuille qu'on lui a tendue. Ce morceau de papier qu'on a accompagné d'un sourire débordant, comme un verre trop plein de joie. C'est la semaine prochaine, à 15h. Mais tu peux arriver plus tard si tu veux ! Et t'es pas obligée d'amener un cadeau. Elle ne sait pas si elle pourra venir, elle a dit. C'est compliqué. Elle a déjà un entraînement. Elle va voir avec sa mère.

Elle n'y croyait pas. Mais il y avait cette petite chose brusquement réveillée dans son torse. Cette bête que sa génitrice renvoie droit dans sa niche dès qu'elle ouvre la bouche. L'envie. Quelle idiote elle fait.

"Bien, mère.

- Maintenant dépêche-toi. Ton professeur va arriver et tu n'as toujours pas sorti tes affaires."

La femme se tourne dignement. Elle avance dans la pièce, sa canne bien en main. Laisse derrière elle un morceau de fille dépitée. Kagami ne veut pas pleurer. Elle est grande. Elle est obéissante. La digne héritière de sa famille. Tsurugi, c'est un nom qu'on porte comme une médaille, un manteau gracieux. La tête haute, le corps droit. Pas de larmes pour ses yeux. Pas de plaintes.

Elle avance jusqu'à son sac, le récupère, grimpe dans sa chambre. Jette au passage le papier, après l'avoir froissé. Elle n'ira pas, de toute façon, à cet anniversaire. Pas la peine de le garder. Si elle y croit assez fort, elle peut même se convaincre que non, ça ne lui fait pas la main froide et fébrile, de laisser tomber au fond d'une poubelle ce fragment d'amitié. Elle n'en a pas besoin. Elle n'a pas imaginé, des heures durant, les ballons colorés attachés au portillon. Les gâteaux sur la table, comme elle a déjà vu faire chez les voisins. Ni le chien, le gros chien plein de poils, avec sa langue pendante, sa gueule baveuse, sa respiration lourde.

Il n'y a que son sac, le vocabulaire anglais qu'il lui faut apprendre, et les fractions à faire pour demain. Les pages à noircir. Elle doit encore progresser. Les jeux, c'est une distraction. La distraction, c'est mauvais. Et Kagami n'est pas une mauvaise fille.

Alors elle essuie ses yeux, et elle sort ses cahiers.


Et voilà ! Je reviendrai sans doute écrire par ici pendant les nuits, mais pas impossible que je fasse un OS ou deux sur ce recueil pendant le Nano. Ça vous a plu ?