Hey !

Et voilà le deuxième OS de ce recueil écrit durant la 135e nuit du Fof, sur le thème Résister ! Il est toujours centré sur Kagami, et… Je l'ai à peine retouché, parce que nuit du FoF, du coup j'ai l'impression que je n'ai pas aussi bien exploité l'idée que j'aurais pu. Mais j'espère que ça fait quand même le job ?

J'espère aussi que ça colle à peu près à la série. J'ai une courgette monstre qui m'attend, du coup flemme de vérifier la disposition des pièces dans la maison de Marinette.

(TW en fin de page !)

Merci à Alixe, Wizzette, Kuroe Shizen, LaSilvana, Kiritsumime, Lectricite, yoh-nee, et Mio pour leur review sous l'OS précédent ! (Wow. Ça fait du monde)

Bonne lecture !


Résumé : C'est juste un pot de confiture, ce serait si vite rangé. Alors pourquoi Marinette ne fait rien ?
Rating : K plus.
Genre : Frienship/Angst
Univers : Canon

Personnages : Marinette, Kagami, Sabine.
Pairing : X


Un pot de confiture

.

C'est juste un pot de confiture.

– Tu viens ?

Un pot de confiture abandonné sur la table, et un sourire solaire sur le visage de Marinette.

– Je te préviens, ma chambre est au dernier étage. Ça fatigue un peu, mais… Ça fait bosser les jambes ?

Deux coups dans sa poitrine qui lancent son cœur contre ses côtes.

Kagami devrait répondre. S'avancer. Esquisser un pas vers la brunette au regard scintillant, la demoiselle postée devant le couloir, toute pleine d'une énergie qui raisonne dans ses mots. Une réponse, c'est la moindre des politesses. Et la politesse, ça, elle connaît. Aussi sûrement qu'une poésie apprise au temps du primaire, une prière qui reste piégée dans les filets de la mémoire. Elle connaît, mais pourtant, sa bouche entrouverte se ferme sur un silence.

Le pot de confiture est encore sur la table. Il est là, il attend. Pire, il y a près de lui un couteau recouvert d'une matière visqueuse, posé sur la nappe. Oublié. Laissé sur la table, et pas dans l'évier. Pas dans le lave-vaisselle.

– Kagami ? Tu m'écoutes ?

Elle n'a qu'à tendre le bras pour s'en saisir. Un geste pour le sentir au creux de sa paume. Un rien. Une pulsion qui la traverse.

Elle résiste.

Ça ne lui prendrait que quelques secondes…

– Tu ne… ranges pas ? elle finit par lâcher.

Les mots sortent tout seuls. Elan incrédule que Marinette, qui hausse les épaules, ne semble pas comprendre.

– T'embête pas avec ça ! On rangera plus tard. Au pire ma mère s'en occupera.

Et c'est bien tout le problème.

Kagami fixe son amie, perdue. Comment peut-elle dire ça ?

– Et la nappe ? Tu ne la nettoies pas ?

– Pourquoi faire ?

Pour les miettes qui détonnent sur la surface lisse, comme une armée d'insectes immobiles. Pour les tâches de confiture, et l'envie dévorante qui fourmille sous sa peau. L'envie de chasser toutes ces saletés d'un coup d'éponge avant de contempler la cuisine propre, le pot rangé dans la porte du frigo et le couteau caché derrière celle du lave-vaisselle. Parce que…

Kagami ?

Elle la fixe. Cette tâche rouge. Ce récipient plein d'une drôle de gelée qui la nargue depuis la table. La saleté tout autour. Et Marinette qui l'attend toujours, l'œil plein d'une curiosité inquiète.

Oui mère ?

Viens ici tout de suite.

Un bruit de porte qui claque dans l'entrée, et c'est son cœur qui saute. Comme une mine inconnue qu'elle découvre. Une volée d'angoisse.

Elle déglutit.

Les pas se rapprochent à toute vitesse, les portes couinent, une voix résonne. C'est proche, si proche. Et son hôte, loin de s'en inquiéter, affiche un sourire guilleret depuis son poste d'observation.

– Marinette ?

Elle ne se jette pas sur le pot. Pas plus qu'elle ne fuit.

– On est dans la cuisine !

Soudain, dans l'encadrement de la porte, un visage surgit. Si semblable à celui de son amie. Marqué par le temps qui dépose sur la peau les premières rides. Dans son regard plein de fatigue, c'est la même joie tendre qui colore ses expressions.

Kagami inspire.

– Oh, bonsoir les filles.

– Salut maman !

Pas de culpabilité, pas de peur. Rien. Des mots qu'on échange comme une bise.

– Bonsoir madame.

– Ça fait plaisir de te voir, Kagami !

La dite Madame lâche d'autres mots qu'elle n'entend pas. Parce qu'elle pense à la cuisine dans laquelle elle se trouve, la cuisine qui n'est toujours pas rangée. La cuisine que cette mère épuisée va retrouver pleine de salissure, et…

Qu'est-ce que c'est que ça.

Un timbre froid et sec, ou plutôt un souvenir de timbre froid et sec lui traverse la mémoire.

Alors, Kagami ?

Un regard aveugle qu'elle sent planté sur elle. Une aiguille que la cécité n'a pas émoussée.

Pardonnez-moi, mère. Je viens d'arriver, je-

Tu as eu le temps de goûter, à ce que je vois.

– Oh, je vois que la confiture a eu du succès !

Oui, mère.

Et tu n'as pas eu le temps de ranger ?

J'allais le faire. Je voulais juste-

Tu étais dans ta chambre quand je suis rentrée.

– Oui ! Marinette s'exclame. Elle était extra !

La voix de Marinette est toujours pleine de rires, des vibrations légères qui s'envolent quand elle ouvre la bouche. Des mélodies qui n'ont rien à voir avec les sons désaccordés qui grincent et accompagnent ses réminiscences de petite fille.

Mais le regard de Madame Cheng retourne vers la table. La table et les miettes, et le couteau qui traîne encore rouge de son crime, et le pot abandonné. La cuisine qu'elles allaient laisser en l'état, sans remords.

Alors ?

Pardon, mère ?

Tu pensais quoi ? Que j'allais encore tout ranger à ta place ? Tu crois que je n'ai que ça à faire ? Que je n'ai pas déjà assez de travail comme ça ? Tu penses que je suis là pour te servire de femme de ménage ?

Non.

Elle inspire.

Je croyais t'avoir appris le respect et la discipline, Kagami.

Son ventre se noue.

C'est comme ça que tu montres du respect à ta mère ?

Je ne voulais pas-

Je ne te demande pas ce que tu voulais. Je souligne ton manque de rigueur et la fainéantise qui te caractérisent.

– Tiens tiens.

Je suis désolée.

J'espère bien que tu es désolée. Je ne pensais pas avoir élevé une petite impolie. Je ne veux plus jamais trouver la cuisine dans un état aussi déplorable quand je rentre, jeune fille. C'est bien compris ?

Oui. Cela ne se reproduira plus, mère.

Maintenant file. Ton cours d'escrime commence dans une demi-heure.

C'est de sa faute. Il faut qu'elle le dise. Qu'elle le laisse croire. Qu'elle fasse quelque chose pour protéger Marinette. Mais déjà, la bouche de cette mère qu'elle ne connait pas s'ouvre.

– Et je suppose que tu comptais ranger la cuisine avant de monter dans ta chambre, hein ?

Son timbre partage les rires qui animent sa fille. Un élan tendre et moqueur qui glisse sur son sourire. De la malice. Comme sur le minois de Marinette, laquelle échappe un gloussement gêné alors qu'elle affiche une belle ligne de dents blanches.

– Oui, bien sûr ! J'allais juste… Montrer ma chambre à Kagami avant, qu'elle puisse poser ses affaires ?

– Ben voyons.

La femme se tourne et se saisit du couteau qui traine, qui plonge aussitôt dans l'évier.

– Je vais faire comme si je te croyais.

– Merci maman !

La demoiselle se retourne, pas son amie. Kagami ne fait pas attention au regard surpris que la mère brune pose sur elle. C'est à peine si elle se voit ranger le pot de confiture dans le frigo, alors qu'elle attrape l'éponge qui traîne avant de se tourner vers la table. Tout se joue devant elle comme un film, si ce n'est qu'elle a dans la paume cette étrange sensation humide.

– Pardonnez-moi, madame. Nous allons nous occuper de ça tout de suite.

Un coup d'éponge, les miettes tombent dans sa main. Elle s'active, dessine un tas, frotte une nuée de marques rouges qui s'efface aussitôt, et-

Une main, attrape délicatement son poignet.

Elle s'arrête.

– Ne t'embête pas avec ça, Kagami ! Tu es notre invitée.

– Je peux m'en occuper. Laissez-moi faire.

Madame. Elle a oublié de dire Madame.

– Sûrement pas ! Si quelqu'un doit ranger cette cuisine, c'est Marinette.

Toute la tendresse qui coule dans ces mots.

– Mais puisqu'elle a invité une amie pour la journée, elle est exceptionnellement dispensée de corvée. J'ai dit exceptionnellement, elle insiste, alors que Marinette sautille de joie.

– Merci maman !

Dépêche-toi. Je n'aime pas passer pour retardataire impolie.

Kagami ne comprend pas. La cuisine est sale, les miettes s'entassent sur la nappe. Elles n'ont pas rangé. Pire, elle pourrait parier son bras que son hôte comptait filer droit dans sa chambre sans se préoccuper du pot qui attendait sagement sur son morceau de table. Et pourtant, pas de peur sur son visage. Pas d'angoisse alors que la porte claquait dans l'entrée. Elle ne s'est pas jetée sur l'éponge pour offrir à sa mère la vision d'une pièce aussi neuve qu'au moment où elles y sont entrées.

Elle n'a rien fait. Elle n'a pas rangé. Elle n'a pas tremblé.

Et sa mère sourit.

– Allez, dépêche Kagami !

Marinette file dans les escaliers. Comme si tout allait bien.

Et Kagami, qu'on appelle encore depuis l'étage, fixe bêtement sa main humide.

Elle grimpe les escaliers en veillant bêtement à ne pas toucher la rampe qu'elle pourrait salir. D'un pas léger, sans faire trop de bruit.

– Eh, t'as l'air complètement à côté de tes pompes ! Ça va ?

La terre tangue. Dans sa tête les questions s'entrechoquent. Un sentiment de malaise la prend. Ce n'est pas normal. ce qui vient de se passer, là, c'est… Ça n'aurait pas dû se passer comme ça.

– Tu n'avais pas peur que ta mère te punisse ?

Ça sort enfin. Une question qui lui semble absurde maintenant qu'elle est posée, parce que la réponse a l'air évidente pour Marinette.

– Bah pourquoi ? On a rien fait de mal. Et j'ai pas eu de salles notes ces derniers temps, y a pas de raison.

Mais, la cuisine, elle pense. Sans le dire. Parce qu'elle sait que ça ne servirait à rien. L'idée n'a même pas effleuré la joyeuse couturière.

Et ça, Kagami ne peut pas le comprendre.


[TW : maltraitance parentale]

Voilà. Vos avis ?