Chapitre 47 : la première tache
Lorsque vint enfin la première épreuve, le domaine de Poudlard était recouvert de feuilles mortes et des couleurs de l'automne.
Les élèves, les enseignants, et même les fantômes s'étaient rassemblés dans l'amphithéâtre qui avait été construit dans les jardins de l'école. Les spectateurs tenaient des pancartes et des chants s'élevaient de la foule tandis qu'ils attendaient l'arrivée de leurs champions. Quand on présenta les heureux élus, les élèves se mirent à agiter leurs mains, applaudir et crier. Les sorciers attendaient avec impatience ce spectacle à sensation le plaisir d'assister à une lutte acharnée faisait depuis longtemps parti de leurs traditions et de leur identité.
Harry était assis dans la loge des jugesqui surplombait l'arène rocailleuse que les champions devraient traverser. Il n'avait encore jamais assisté au Tournoi de ce point de vue. Il senti l'air froid effleurer sa nuque et resserra son manteaux autour de son corps mince mais musclé.
Les duels auxquels il avait pris part tout au long du mois avaient forgé son physique. Il avait accepté tous les défis; ceux des élèves de sixième ou de septième année, d'Alphonse, de Joan, du Professor Flitwick… même Dumbledore avait voulu croiser le fer avec lui à plusieurs occasions. Parfois il gagnait, parfois il perdait, et parfois ses muscles étaient tellement ankylosés qu'il avait du mal à tenir debout, mais jamais il ne s'arrêtait. Mieux valait combattre la douleur qu'abandonner.
Il avait l'impression d'être pris entre deux larges rouages qui menaçaient de l'écraser. D'un côté son présent, de l'autre son futur. Et lui, au milieu de tout ça, qui tentait de supporter leur poids faramineux. Il essayait désespérément de maintenir un équilibre, de les arrêter tous les deux sans en détruire aucun.
Le problème, c'était qu'il manquait de temps. Tom avait déjà quinze ans. D'après ses calculs, il n'avait plus que cinq ans pour tenter d'arranger les choses. Ce qui revenait à deux semaines dans le futur.
« Harry, ça va commencer! » dit Alphonse d'un air excité, tapotant l'épaule d'Harry et attirant son attention sur le Tournoi.
Dans le fond de l'arène, le personnel du Tournoi flottait autour d'une énorme cage, recouverte d'un drap et entourée de chaînes afin qu'aucun petit curieux, journaliste ou Champion, ne puisse voir ce qu'elle contenait.
Soudainement, le personnel s'éloigna rapidement, tout en faisant un mouvement de baguette. Les chaînes tombèrent bruyamment et le drap descendit lentement le long de la cage.
Le soleil de midi qui transperçait les nuages éclaira la créature enfermée dans la cage. N'appréciant pas cette lumière, la bête se mit à s'agiter tandis que le public restait figé de surprise.
À la grande horreur de la foule, la cage, nue de toute chaîne, s'ouvrit avec un lent grincement… libérant ainsi le Basilic.
Même les serpentards ne purent retenir une exclamation effrayée en voyant leur symbole, sous sa forme la plus monstrueuse, se glisser hors de sa prison.
Plus large que le plus grand individu présent dans la foule; le corps de la bête occupait plus de la moitié du terrain en pierre. Avec ses écailles qui le protégeaient de tout sortilège, ses crocs mortels, et son estomac reflétant la lumière du soleil, l'incroyable créature éveillait la peur dans le cœur de chaque spectateur.
Même Harry eut du mal à respirer lorsqu'il croisa le regard rendu magiquement inoffensif de la bê le serpent géant ravivait l'un de ses plus terribles souvenirs. C'était comme s'il était de nouveau en deuxième année: La Chambre des Secrets, l'héritage de Serpentard, et le jeune Tom instant, il eut l'impression que ses poumons avaient cessé de se força à inspirer et expirer lentement, tentant au mieux de regagner le contrôle de ses émotions.
Au moins, ce Basilic-là ne pourrait tuer personne avec ses yeux, se rassura-t-il.
Le Basilic parcourut l'amphithéâtre du regard, agitant sa queue avec agacement. Elle manqua de peu les champions qui se trouvaient en hauteur, de l'autre côté de l'arène. Ils attendaient le signal de départ.
Le serpent géant ouvrit la gueule, offrant au public terrifié une bonne vue sur sa langue rouge sang et ses dents aiguisées.Les spectateurs frissonnèrent d'effroi. Du liquide verdâtre coulait le long de ses dents avant de tomber par terre, dissolvant le sol comme s'il s'agissait de lave brûlante.
Quelques gouttes tombèrent juste à côté du public, et les gens se mirent à crier lorsqu'ils virent de près ce phénomène de corrosion.
L'épreuve était simple: traverser l'arène. Mais avec un Basilic enragé qui occupait la moitié du terrain et brûlait le reste, ce ne serait pas si facile. De plus, les Champions n'avaient pas le droit d'utiliser leurs balais magiques. Comment s'y prendraient-ils?
Le premier à s'avancer fut le Champion de Poudlard. Comme tout bon gryffondor, il était si courageux qu'on aurait presque pu le considérer stupide, et fonça tout droit sur le Basilic.
Les progrès du garçon n'intéressaient pas Tom, qui gardait son regard fixé sur le corps de la créature. Ses yeux noirs observaient la façon dont les écailles de la bête reflétaient les rayons du soleil, son esprit aussi calme que la surface d'un lac.
« Merlin… Je ne demanderai plus jamais un serpent à mes parents. » Murmura une élève de Serpentard assise à l'avant, tremblant sur son siège.
Qu'est-ce que ce serait d'élever un Basilic? Cette idée traversa rapidement l'esprit de Tom, venant troubler son calme.
Il fronça les sourcils.
Observer le serpent lui rappela Nagini, pour ensuite faire dériver ses pensées vers un souvenir bien précis.
« Plein de tuyaux, ici, dans les murs de Poudlard. Plein, plein, plein! Des tuyaux épais et larges partout! »
Nagini avait découvert une faiblesse dans le système de sécurité de Poudlard. Ce détail ne lui avait pas paru très important à ce moment-là.
Mais maintenant… les engrenages étaient en marche, et il réfléchissait aux implications que ce "détail" pouvait avoir. Le basilic et Nagini, des tuyaux aisément accessibles, et la Chambre des Secret cachée quelque part au sein des murs de Poudlard.
Quand Tom plissa les yeux, une lueur rouge vint se joindre à la noirceur de ses pupilles avant de disparaitre aussi rapidement qu'elle était apparue.
Le Destin n'autoriserait pas le moindre changement; l'Histoire suivrait son cours. Harry n'avait pas à trébucher ou à échouer à un moment précis. La seule chose nécessaire, c'était un petit coup de pouce, l'inspiration pour pousser l'adolescent sur le chemin qui lui était destiné.
Une seule petite pensée suffirait à réduire à néant tous les efforts d'Harry. C'était ainsi que procédait le Destin pour régler la vie de tout individu: avec subtilité, sans difficulté.
…
Le Champion de Poudlard atteignit de justesse l'autre côté de l'arène. La moitié de ses cheveux avait disparu, comme le bas de son pantalon. La peau visible était recouverte de légères brûlures. Le public était horrifié par son apparence, mais soulagé qu'il n'ait pas reçu de blessures trop importantes. Harry devait bien admettre que son jugement n'était pas des plus impartiaux, car il donna sans hésitation un score de dix points à l'élève de Poudlard.
Pour être honnête, Harry n'aurait probablement pas mieux fait sans l'aide d'un balai.
Alphonse attribua huit points, Joan et le directeur de Poudlard lui donnèrent tous les deux un neuf, le directeur de Durmstrang lui donna huit points de mauvaise grâce, et la directrice de Beauxbaton, une femme d'âge moyen peu sympathique, attribua un score clairement injuste – quatre points.
Ceci sapa rapidement le moral d l'élève de Poudlard. Les autres étudiants, gryffondors ou serpentards, commencèrent à crier des insultes et à ridiculiser la femme.
« Je suppose que comparé à sa poitrine, ce score n'est pas si mal. » Entendit Harry de la part d'une jeune serpentard. Elle avait délibérément élevé la voix alors qu'elle n'était pas assise très loin des juges.
Il se retourna et la vit jeter un regard de pur dédain à la directrice française, tandis que ses compagnons riaient tout bas.
Harry toussota quelques fois pour attirer l'attention de ces élèves, lançant un regard désapprobateur à la serpentard lorsqu'elle posa les yeux sur lui. Elle garda un air stoïque, pas le moins du monde désolée.
Harry ne put retenir un sourire, même s'il savait que c'était immature de sa part.
En dépit de leur égoïsme, les serpentards n'étaient que des enfants. Même eux ne pouvaient pas dissimuler ce fait derrière leur masque soigneusement élaboré.
Même si c'était une insulte dirigée à un gryffondor qui les mettait en colère, une personne qu'ils méprisaient en temps normal, cette insulte provenait d'une source extérieure. Ils formaient donc un front uni pour affronter l'ennemi commun. Peut-être n'était-ce que la passion de la jeunesse qui leur faisait ressentir cette rage, mais il semblait que tous les élèves de Poudlard soient soucieux de protéger la fierté de leur école.
Cependant, leurs cris et leur ressentiment n'eurent aucun effet. Les juges avaient distribué leurs points, et il n'y aurait pas de changement.
Le second participant était le Champion de Durmstrang, Dieter Charlov. Il semblait particulièrement chanceux, car contrairement au premier champion, le basilic ne lui accorda pas le moindre regard.
Il se glissa le long de l'arène, évitant de justesse la queue de la créature qui s'agitait nerveusement dans l'air, mais ne rencontra aucune réelle difficulté. Dans le public, la confusion régnait et elle ne tarda pas à se transformer en suspicion. Avait-il jeté un sort au Basilic avant l'épreuve?
Charlov termina la tâche en moins de dix minutes.
Une rumeur de déception s'éleva du public, et s'intensifia lorsque les juges rendirent leur verdict. En dépit de la facilité de la tâche pour lui, il l'avait traversée en moins de temps et plus efficacement que le champion précédent. Les points reflétaient cela.
Karkaroff était assis au milieu des autres élèves de Dumstrang, écoutant le mécontentement croissant de la foule. De là où il était, il pouvait voir Riddle observer le développement des choses avec une joie malsaine. Il pouvait voir à travers la façade de Riddle car il savait déjà que le jeune homme était plus que ce qu'il laissait paraître.
Ils étaient pareils tous les deux des loups déguisés en agneaux.
À cet instant, les yeux de Tom se posèrent sur sa section, et un sourire étendit les traits de son visage.
Le troisième concurrent était Mylene Lance. En dépit des exigences de la directrice, il apparut clairement que sa propre élève n'était pas à la hauteur.
Inutile d'en vouloir au serpent. C'était dans sa nature: le corps long et élégant, les crocs aiguisés, et le tempérament féroce.
À la surprise générale, le Basilic sortit soudainement de sa torpeur.
Lorsqu'il vit la jeune fille, la malice et la rage envahirent la créature, aussi brûlants que le soleil.
On aurait dû s'y attendre, deux humains étaient déjà passés devant lui, piétinant son territoire, y répandant leur odeur. La bête n'allait pas tolérer une autre infraction: elle fit face au prochain concurrent.
Le basilic leva la tête, hissant et exposant son ventre. Un étrange rugissement s'échappa de sa gorge, surprenant tout le public. Une fumée menaçante sortit de la gueule du serpent géant et se répandit dans l'air. Les spectateurs recouvrirent rapidement leur nez et leur bouche avec leurs mains, mais ils furent tout de même pris de fatigue et d'étourdissement lorsque les particules empoisonnées passèrent à travers leurs doigts et traversèrent les tissus de leurs vêtements.
Contrairement à Dieter, Mylene n'eut aucune chance.
Après avoir libéré le gaz empoisonné, le serpent adopta une posture défensive sur les rochers, attendant que la fille s'approche de lui.
Un brouillard verdâtre recouvrait la majorité de l'arène, refusant obstinément de se disperser. Entourée d'une longue queue prête à frapper, de crocs prêts à transpercer, et de liquide corrosif un peu partout, Mylene était dans une impasse.
« Regarde, elle fait léviter la roche! »
La jeune fille avait convoqué des rochers assez larges pour qu'elle puisse y monter, et les faisant flotter, s'en servait comme d'une passerelle pour traverser l'arène. Mais combien de temps parviendrait-elle à éviter la bête enragée tout en retenant son souffle?
Le basilic la fixa de son regard menaçant, ouvrit la bouche, et se cabra.
Tout le monde regardait la bête, fasciné. Personne ne prêtait attention aux autres membres du public, bien trop obnubilés par cette vision sortie des enfers. S'ils avaient regardé autour d'eux, ils auraient vu un garçon aux cheveux noirs dans les rangs des serpentards découvrir ses dents blanches en un charmant sourire.
C'était un avertissement, une punition pour avoir tenté de s'approcher de ce qui lui appartenait.
En début d'année, Professeur Binns leur avait dit, « à cause du grand nombre de morts, le Tournoi des Trois Sorciers fut suspendu indéfiniment. »
C'est pourquoi, si quelqu'un décédait durant la tâche, cela n'aurait rien de surprenant, et ne serait pas le moins du monde suspicieux.
….
Les murmures s'élevèrent lorsque la championne grièvement blessée fut évacuée de l'arène.
Inquiets et déçus, les étudiants quittèrent lentement les gradins. Le basilic fut ramené dans sa cage, où il resta étrangement calme et silencieux.
…
Sous le couvert de la nuit, une silhouette s'approcha de la cage. D'une voix sombre et dangereuse, elle prononça ces quelques mots, « Je suis fier de toi. »
