Condoléances tardives

4 Janvier, 1943

Une fille a été tuée à Poudlard. Malgré son incompétence renommée, n'est-il pas temps que le Ministère désigne un coupable? Ceci en tête, Tom sourit et décida de mettre la suite de ses machinations en action.

Peu de temps après, on découvrit le meurtrier.

Lorsqu'Harry apprit la nouvelle, il se précipita vers le bureau du directeur. La pièce était suffisamment grande pour accueillir l'ensemble des professeurs ainsi qu'une équipe d'aurors.

L'un de ces aurors, d'une stature imposante, avait prévenu les professeurs que le meurtrier n'avait encore rien avoué et réfutait toute accusation.

Harry regarda l'adolescent que l'on traina à l'intérieur du bureau. Son visage lui parut familier.

« Un garçon de Durmstrang, Igor Karkaroff! » annonça le même auror d'une voix grave en poussant le jeune homme devant lui.

Karkaroff ! Harry écarquilla les yeux. Il observa l'adolescent, tentant de déceler une trace du futur et sinistre directeur de Durmstrang derrière ses airs juvéniles.

« Ce n'est pas moi! Je n'ai absolument rien fait! » cria le garçon au nez-crochu. Il serra les dents et leur lança à tous un regard meurtrier, qui fit frissonner plusieurs enseignants.

« Tous les portraits et les fantômes qui se trouvaient dans les environs le jour du meurtre t'ont vu sortir des toilettes des filles. Nous avons envoyé ta baguette au Ministère afin de l'analyser en profondeur, et il en est ressorti que le sort de la mort avait bel et bien été jeté avec cet objet. Si ce n'est pas toi, qui d'autre pourrait être responsable alors? »

Karkaroff observa froidement l'auror qui venait de parler, faisant reculer l'adulte -pourtant endurci – d'un pas. Les yeux de l'allemand étaient d'une forme triangulaire et brillaient d'un éclat cruel et méprisant. Après une courte pause, il s'écria finalement, comme on lancerait une malédiction, « Charlov! C'est lui le coupable! ».

« Il voulait que je tue Mylene Lance! Il a utilisé le sort de l'Imperius pour me forcer à le faire! » cria Karkaroff. En voyant l'expression figée des professeurs, il ne put retenir un sourire méchant.

Quel sentiment incroyable! C'était comme s'ils se trouvaient tous sur scène, mais qu'il était le seul acteur à connaître l'ensemble de la pièce qui se jouait. Il n'avait qu'à suivre les instructions et tout se déroulerait comme prévu. Il ne comprenait toujours pas pourquoi Tom avait décidé de tuer Mylene Lance, mais tant qu'il pouvait faire tomber Charlov, cela ne le concernait pas vraiment. Pour Karkaroff, la victoire était à portée de mains tandis qu'une épée de Damoclès s'apprêtait à s'abattre sur Charlov. Tout ceci grâce à l'assistance du puissant démon avec lequel il s'était associé et qui avait tout organisé.

On alla chercher et on revint avec Charlov, qui reçut le même accueil glacé que Karkaroff. Le grand adolescent nia évidemment toute responsabilité et lança un regard furieux à son camarade de classe. Harry, qui vit l'échange visuel, fut choqué par la haine présente dans les yeux du champion.

Observant l'expression mauvaise du garçon qui ne tentait même pas de la dissimuler, Harry secoua la tête et s'adressa à Joan. « Je ne pense pas que ce soit lui ». S'il avait étudié à Poudlard, Charlov aurait probablement été un gryffondor. Il était du style à confronter directement ses adversaires, pas à avoir recours à des attaques indirectes.

Charlov se tourna vers Harry; Il leva la tête et choisi le pire moment possible pour faire preuve d'orgueil. « Oui, j'ai jeté l'imperius sur lui, mais je voulais juste le ridiculiser, pas tuer qui que ce soit ! N'est-ce pas, Leela ? ». Un autre élève de Durmstrang qui se trouvait derrière Charlov acquiesça. « Exactement. »

Plusieurs élèves de Durmstrang regardaient les professeurs d'un air déterminé. Entre Karkaroff et Charlov, ils étaient bien plus enclins à croire le deuxième. Cependant, comme l'avait anticipé le démon de Poudlard, il suffisait qu'un seul étudiant fasse preuve d'hésitation pour que le doute s'ancre dans le cœur des enseignants. Comme lorsqu'on jetait une pierre dans un lac, les vibrations s'étendraient bien plus loin que la surface.

Et comme Karkaroff et Riddle s'y attendaient, plusieurs garçons de Durmstrang semblèrent hésiter.

Comment semer le doute chez quelqu'un? Le diable sourit. Très simple. Tout le monde avait une faiblesse.

« Mais ce jour-là, ce n'est que après qu'on ait quitté la salle que Charlov a levé le sort…, » dit nerveusement quelqu'un, avançant une perspective complétement différente. Avec une seule remarque, il fracassa la confiance et l'entente commune que le reste des élèves avaient construites.

Ainsi était la nature humaine. Quelques mots suffisaient, qu'ils soient vrais ou non, à détruire quelqu'un de toutes parts.

Ces simples mots constituaient la dernière pièce du puzzle : le plan du démon était finalisé.

En fin de compte, tout le monde semblait plutôt soulagé. Innocent ou pas, on avait au moins appréhendé un coupable.

Cependant, Harry se sentait mal.

Il était le seul, parmi toutes les personnes présentes, à connaître le futur de Karkaroff.

Igor Karkaroff – l'un des premiers mangemorts.

Il savait aussi que Karkaroff n'était pas un enfant de choeur. Peureux et néanmoins impétueux, incompétent mais dévoré par la jalousie. Doté d'une telle personnalité, était-il réellement capable de commettre un meurtre? Probablement pas… à moins d'être sous la protection de Tom Riddle.

Hah. Emprunter le couteau de quelqu'un pour mieux le plonger dans le dos de cette même personne plus tard. Il s'agissait-là d'un des tours favoris de Tom.

Harry du se couvrir la bouche et le nez afin de contenir un rire nerveux qui lui échappa tout de même. Il sentit la vibration dans ses cordes vocales, mais il eut l'impression que l'air s'était transformé en sable et en gravier : le son qu'il émit était plus proche d'un cri désespéré que d'un rire.

Harry n'était pas stupide; d'une certaine manière, il pouvait même être considéré comme sage. Après quelques calculs, il parvint à la conclusion que Tom avait finalement créé son premier horcrux. Quel meilleurs cadeau, pour ses seize ans, que la division de son âme? Tout ce que cela demandait en contrepartie, c'était une vie.

Que faire à présent? Révéler d'un air indigné à Joan les terribles machinations de Tom, ou bien aller chez Dumbledore et partager ses souvenirs ?

De nombreuses possibilités d'attitudes, de voies à suivre ou qu'il aurait dû suivre lui vinrent à l'esprit, mais il finit par toutes les rejeter.

Il pensait avoir plus de temps. Prisonnier d'un rêve utopique, il ne s'était pas rendu compte que le point zéro était enfin venu et qu'il se trouvait désormais face à deux Tom Riddle… ou plutôt, deux Voldemorts ?

Le douleur l'étouffait; Harry avait l'impression qu'une force invisible le broyait de l'intérieur. L'illusion d'un nez bouché força Harry à ouvrir la bouche afin d'inspirer rapidement et de remplir ses réserves d'oxygène.

« Harry, qu'est-ce qu'il se passe? » demanda Joan tout bas en voyant la douleur sur le visage d'Harry. L'ancienne serpentard avait les mêmes yeux bruns qu'Hermione. Bien qu'ils ne soient pas exactement aussi perçants, ils semblaient également pouvoir voir à travers toute façade.

Devait-il révéler d'un air indigné à Joan les terribles machinations de Tom?

Après avoir regagné le contrôle de ses muscles, il s'efforça de sourire d'un air rassurant. « Rien, ne t'inquiète pas. Je pensais simplement qu'au final… Charlov est probablement le tueur. »

Ce n'était pas la première fois qu'Harry mentait. Combien de fois avait-il dit à Petunia qu'il jardinait alors qu'il pratiquait en fait de la magie? Combien de fois avait-il copié les devoirs de quelqu'un d'autre? Combien de fois avait-il triché durant les examens? Sans compter toutes les fois où il avait mentit sur son âge et son identité.

Il avait conscience que toutes ces situations n'étaient pas comparables à ce qui se déroulait sous ses yeux. Mais ses émotions avait pris le dessus et il ne put s'empêcher de faire preuve d'égoïsme. Pour sauver un démon, il était prêt à plonger un autre garçon dans l'abysse. Non, ce garçon s'y trouvait déjà: il se contentait simplement de creuser davantage son tombeau.

Le péché dont il se rendait coupable était impardonnable.

Le plan de l'héritier de Serpentard était tout simplement parfait. En dépit des trous dans l'enquête, la nature humaine et le désir d'en finir avec cette affaire poussait tout le monde à faire sens de ce qui n'en avait pas. Ils avaient trouvé une réponse très simple à un phénomène complexe.

En se servant de la coïncidence, l'adolescent avait élaboré une stratégie presque sans faille. Le seul point faible de celle-ci était Karkaroff, et aurait pu être Harry si ce dernier avait parlé… bien que le jeune serpentard l'ignore complétement

« Tom... » murmura Harry à l'enfant qui le dépassait désormais en taille. Il n'osait pas parler à voix haute, de peur de briser la fragile illusion qu'ils avaient créée.

« Oh, Harry, mes cours vont bientôt commencer. » Répondit le serpentard d'un air nonchalant en regardant le visage pâle de son gardien. Il rit tout bas. « Désolé, je me suis souvenu d'une blague. »

Malgré leur proximité, il avait l'impression qu'une distance immesurable le séparait de l'enfant qu'il considérait comme le sien.

« Ce n'est rien »" Il esquissa un sourire avant de partir en toute hâte, dissimulant ainsi les larmes qui lui montaient aux yeux.

Le Ministère de la Magien'avait pas le pouvoir de punir Charlov et Karkaroff étant donné qu'ils étaient tous les deux des citoyens allemands. La victime, Mylene Lance, étant également de nationalité étrangère, les autorités anglaises avait tout simplement les poings liés. Tout ce qu'ils pouvaient faire, c'était transmettre les résultats et le processus de l'enquête aux français.

Suite à l'annulation du Tournoi des Trois Sorciers et à la fermeture des investigations, Joan et son équipe décidèrent de quitter Poudlard.

Harry, quant à lui, décida de quitter 1943.

« Est-ce que tu vas en parler à Tom? » Joan n'avait jamais demandé à Harry où il allait, mais elle s'inquiétait pour l'adolescent, « Il risque d'être fâché ».

« ça m'étonnerait. »

« Harry, qu'est-ce qui s'est passé entre vous? » Joan ne parvenait pas à comprendre; ces deux-là avaient un lien si fort. En tant qu'observatrice externe, elle le voyait plus clairement que les deux individus concernés. « Harry, tu ne peux pas t'enfuir chaque fois que quelque chose ne va pas. Si tu pars sans explication, qu'en pensera Tom? »

Harry trouvait la situation amusante. « Ce n'est pas comme si je partais pour toujours. Ce ne sera pas un long voyage. »

« Harry, tu dois te dire que les orphelins sont plus sensibles que les autres enfants. Tu risques de le perturber."

Même Joan ne pouvait pas s'empêcher de sermonner Harry; son attitude détachée aurait choqué n'importe qui.

Orphelin? Oh, juste. Tom Riddle avait été abandonné par ses parents. Alors Harry était remonté dans le temps sans hésitation, l'avait accueilli chez lui et s'en était occupé pendant plus d'une décennie en ne demandant qu'une chose en retour : l'espoir que les choses changent. Mais qui se souciait d'Harry ? Lui, un autre orphelin. Lui, qui n'avait jamais connu ses parents à cause de Tom Riddle. Lui, qui avait grandi à l'intérieur d'un placard et n'avait eu que du pain sec à manger, qui n'avait jamais reçu de cadeau d'anniversaire et qui avait été seul plus de dix ans. Personne n'était venu le secourir, lui. Alors pourquoi devrait-il accepter les remontrances qu'on lui adressait ? N'avait-il pas le droit de prendre un peu de temps pour respirer, loin de cette impossible situation… ne serait-ce que pour un instant ?

Après tant d'années, tant de sacrifices, c'était la première fois qu'Harry se sentait lésé à ce point.

Les gens sont influencés par leur environnement. Il s'agit d'une réalité universelle. Cependant, le même environnement peut avoir un impact complétement différent d'une personne à une autre. Les fleurs et les mauvaises herbes poussent toutes grâce au soleil, après tout.

Cependant, Harry était un vrai gryffondor. Même si son apparence physique et sa vie changeaient, son âme de gryffondor – sa braverie, son courage et sa nobilité – resterait immuable. Une fois qu'il aurait pansé ses blessures et restauré une once de sa foie, il retournerait à nouveau le sablier. Il forcerait son corps fatigué à avancer sur le chemin choisi, même s'il n'y avait plus d'espoir.

.

Dieu a dit « que la lumière soit, » et la lumière fut. Oh, comme Harry désirait cette lumière. Toutefois, l'obstacle qui se dressait devant lui était trop grand. Aucun rayon ne semblait passer au travers, et il ne pouvait pas en faire le tour.

Sans s'en rendre compte, il s'était acculé tout seul face à un mur.

Celui-ci, cette barrière ne céderait pas. Alors que le voyageur temporel continuait sa route, une ombre gigantesque paraissait engloutir sa petite silhouette. Mais quelle était la nature de l'obstacle?

Le temps passe lentement, en silence, mais sûrement. Le Destin avait placé tous ses pions et attendait le moment propice pour commencer la partie. Ce qui allait suivre… allait devenir l'Histoire.

...

à la prochaine ;)