Avant de commencer, je vous suggère d'aller lire « Ronflak Cornu, mythe ou réalité ? », le plus romantique des épisodes de « Ta gueule et embrasse-moi », qui vient de subir un petit ravalement de façade.
Hermione et Luna, LE coupe parfait de Harry Potter.
Bonne lecture !
Chapitre 3
S'il y avait bien une chose qu'Anna appréciait avec l'école, c'est les vacances scolaires.
La jeune fille se réveilla naturellement pour la première fois depuis au moins des siècles. Elle tendit le bras vers la table de nuit et attrapa son réveil. La vue du chiffre sur l'écran entraîna une exclamation de surprise. Il était déjà une heure de l'après-midi !
Le temps de prendre un petit déjeuner, une douche, de sécher dans son peignoir devant Big Bang Theory et de tresser ses cheveux, et l'après-midi avait presque déjà disparu.
Anna était en train de jouer à Final Fantasy quand son portable sonna. Il sonna plusieurs fois avant qu'elle s'en rende compte, comme sa sonnerie était justement le thème musical de ce Final Fantasy. Elle décrocha et cala le téléphone entre son oreille et son épaule sans lâcher sa manette.
- Hé Ginger, c'est Mérida, tu fais quoi là ?
- Je farme un mob à FF, pourquoi ? répondit-elle en enfilant les écouteurs de son téléphone dans ses oreilles pour avoir les mains libres afin de pouvoir continuer son combat.
- Mes parents sont pas là ce week-end, ça te dit de débarquer ? Rap' et Alice seront là.
- Okay, je sauvegarde, j'envoie un sms aux autorités et je te rappelle.
- Ca marche ! J'ai de quoi faire au moins deux kilos de pâte à crêpes, prends le Nutella ! Les filles s'occupent d'amener à boire.
- OK ! A toute !
Anna raccrocha et ouvrit l'application messagerie.
« Mam, je peux aller chez Mérida ce soir ? »
Elle n'eut pas à attendre longtemps avant de recevoir une réponse.
« Tu rentres ce soir ou demain ? »
« Demain apm, je peux ? »
« Il y aura qui ? »
Anna soupira en imaginant le froncement de sourcils inquiet de sa mère, tandis que ses doigts couraient sur le clavier tactile.
« Rap, Alice et moi »
« C'est d'accord. Amuse-toi bien ! On t'attend demain à 17h au plus tard, on va dîner chez ta grand-mère. »
- Génial, s'exclama-t-elle dans le silence de sa chambre en envoyant un dernier message à sa mère pour la remercier.
« Je prends mon pyj, ma brosse à dents et le Nutella et j'arrive ! » envoya-t-elle à Mérida immédiatement
« YEESSSSSS ! »
Anna rejoignit un point de sauvegarde et éteignit sa console puis elle se tourna vers son armoire pour s'habiller. Elle prépara rapidement son sac, et pour faire bonne mesure vis-à-vis de ses parents et leur donner envie de la laisser sortir plus souvent, elle rangea la cuisine et le salon de toute trace de son petit déjeuner, lança un lave-vaisselle et passa un rapide coup d'aspirateur. Son sac sur l'épaule et sa veste à la main, elle jeta un dernier coup d'œil pour vérifier qu'elle n'avait rien laissé traîner, puis elle alla dans le garage et attrapa ses clés et son casque.
Mérida n'habitait qu'à trois ou peut-être quatre kilomètres de chez elle, mais il n'y avait pas de bus le dimanche pour qu'elle puisse rentrer. En une dizaine de minutes, elle était chez elle. Rapunzel lui ouvrit la porte quand elle sonna, et l'accueillit avec un grand sourire.
- Salut les filles ! lança-t-elle en entrant dans la maison de Mérida.
- Je ne te dirai pas bonjour tant que tu n'auras pas mis ta contribution sur la table !
Anna sourit à sa meilleure amie et sortit de son sac un pot de Nutella, format familial évidemment, et un paquet de nounours en guimauve qu'elle posa sur la table de la cuisine, où les quatre filles s'étaient regroupées.
- Oh j'adore ces trucs ! s'exclama Rapunzel en s'emparant du sachet.
- Vodka-litchi-fraise, ça branche tout le monde ? demanda Alice, le nez dans le frigo.
- C'est bon pour moi !
- La même avec un glaçon !
- Pareil !
Peu de temps après, les quatre lycéennes étaient toutes vautrées dans le grand canapé du salon, en train de siroter des cocktails hypersucrés, prêtes à se défier mutuellement dans une partie endiablée de Mario Kart.
Un téléphone sonna, et Anna, reconnaissant sa mélodie, se leva immédiatement du canapé.
- C'est Hans ! s'exclama-t-elle en décrochant.
Elle se précipita vers la porte fenêtre pour répondre dans le jardin.
- Rhah, ça m'énerve, il peut pas la laisser tranquille cinq minutes ! grommela Mérida.
- Tu crois pas que tu en fais un peu trop ? demanda Alice d'une voix douce en se tournant vers elle.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? répondit la jeune rousse d'un ton déjà excédé.
- Et bien, dit Alice d'un ton serein, on dirait que tout t'énerve chez lui.
- Oui, parce que c'est à peu près vrai.
Rapunzel éclata de rire à cette remarque, et tendit la main pour claquer celle de Mérida en signe de victoire.
- Je vais finir par croire que vous êtes jalouses, toutes les deux, murmura la blonde en haussant les sourcils.
- Quoi ? s'exclama Rapunzel. Mais pas du tout !
- Je l'aime pas, c'est tout, c'est mon droit non ? grogna la rousse. Ca me plait pas qu'elle sorte avec un mec comme lui. Elle mérite mieux. C'est un crétin.
- Enfin Mérida, on est des ados, Anna est une ado, elle ne cherche pas l'amour de sa vie ni son prince charmant, elle n'est pas si bête… On est sensé découvrir des choses, pas planifier notre futur mariage.
- Pour le coup, elle a pas tort… murmura Rapunzel.
- Ouais mais Anna, c'est un peu ma petite sœur préférée tu vois, expliqua Mérida. J'ai envie qu'elle rencontre la personne parfaite pour elle. Quelqu'un qui l'aimera vraiment et qui ne sera pas un gros lourd.
- Elle a le temps pour ça, répéta Alice. A notre âge on doit s'amuser. Hey, en parlant de ça… vous croyez qu'ils ont couché ensemble ?
- Qui ? Hans et Anna ? s'étrangla la rousse.
- Bah oui, de qui veux-tu que je parle ?
- Elle m'a rien dit du tout en tout cas…
- Hé Mérida, détends-toi ! s'exclama Rapunzel.
La jeune fille avait en effet la mâchoire fermée et les poings serrés si fort que les jointures en étaient devenues toutes blanches. A cet instant, la porte du jardin claqua avec un bruit sourd, et Anna entra dans le salon et posa son téléphone sur la table basse.
- De quoi vous parlez les filles ? demanda-t-elle en reprenant sa place entre Mérida et l'accoudoir du canapé.
- De mecs, répondit Rapunzel.
- D'ailleurs on se demandait… commença Alice avec un malicieux sourire avant d'être immédiatement interrompue par Mérida.
- Ah non tu vas quand même pas lui poser la question ! s'exclama la jeune fille, accompagnant son indignation d'un grand veste de la main qui fit voler ses boucles écarlates.
- De quoi vous parlez ? Quelle question ?
- On voulait savoir…
- Alice voudrait savoir, rectifia Mérida en grognant, les bras croisés sur sa poitrine.
- En fait… moi aussi j'aimerais savoir, dit Rapunzel d'un ton faussement innocent et désintéressé.
- Mais savoir quoi ? Accouche ! s'impatienta Anna en regardant la jeune blonde.
- Et bien… tu l'as fait ? Avec Hans ?
Anna fronça les sourcils puis ouvrit de grands yeux comme la réalisation commençait à la frapper. Elle toussa une ou deux fois de surprise, puis détourna le regard.
- Non, répondit-elle.
- Non non ? Non genre rien du tout ? demanda Rapunzel.
- Rien ! Je n'ai jamais fait quoi que ce soit… en dessous de la ceinture, précisa-t-elle en rougissant.
- Pourquoi ? Juste pas envie, ou bien… ?
Anna sembla hésiter et baissa à nouveau les yeux.
- Et bien… C'est pas que je n'en ai pas envie, mais… déjà on ne s'est jamais retrouvés complètement seuls tous les deux pour que ça arrive, et puis… je ne sais pas, c'est peut-être un peu tôt non ? J'ai envie que ce soit bien, pas le genre de truc pourri dans une chambre pendant une fête ou à l'arrière d'une voiture.
- Ca se tient, dit Alice avec un haussement de sourcils approbateur.
- C'est la voie de la sagesse ma poule, s'exclama Mérida en mettant une claque amicale dans le dos de son amie.
- Si tu le dis…
Anna passa anxieusement sa main derrière sa nuque. Aucune des quatre adolescentes ne reprenant la parole, elle s'empara de sa manette de jeu abandonnée.
- Qui est parée pour tenter la Rainbow Road ?
- Comment comptes-tu occuper tes vacances ? demanda Mme Andersen à Anna au petit-déjeuner.
La mère d'Anna ne travaillait jamais les lundi matin, mais sa fille ne pouvait vraiment l'apprécier qu'en vacances. Elles avaient installé une table dans le jardin, profitant d'un grand soleil et de la tiédeur de la fin de l'été indien.
- Je ne sais pas, répondit Anna en reposant son bol de chocolat. Je n'ai rien prévu de particulier. J'ai pas mal de travail, je vais sûrement sortir avec les filles, je vais passer du temps avec Hans… Ah oui, se rappela-t-elle, et j'ai quelqu'un qui a répondu à ma petite annonce pour le baby-sitting, je commencerai jeudi soir, ils n'habitent pas très loin d'ici.
- Ah bon ? demanda-t-elle. Combien d'enfants ?
- Une petite fille et un petit garçon.
- C'est très bien ça. Mais n'oublie pas aussi de te détendre.
- Ne t'inquiète pas pour ça ! dit-elle en riant. Halloween approche, on va bien s'éclater !
Anna débarrassa la table des reliefs du petit-déjeuner et monta dans sa chambre. Elle alluma sa console et se jeta sur son lit. Elle joua pendant une bonne heure, insultant les monstres et criant des ordres à ses personnages, avant de finalement se lever pour prendre une douche et s'habiller. En sortant de la douche, une serviette sur les cheveux, elle vit son téléphone clignoter.
« Coucou baby, tu fais quelque chose ce soir ? Mes parents sont pas là et ne rentrent que demain. On peut passer l'aprèm et la soirée ensemble, ça te dit ? Biz. Hans. »
Elle ouvrit la porte de sa chambre et passa la tête dehors.
- Mamaaan ! appela-t-elle. On a quelque chose ce soir ?
- Non ma puce, pourquoi ?
- Je peux aller chez Hans ?
- Tu es en vacances, tu fais ce que tu veux, tant que tu es rentrée à 23 heures !
- Merci !
Elle retourna sur son lit et attrapa son téléphone pour écrire un sms à Hans.
« J'ai la permission de 23h. J'amène un DVD. T'as des envies ? »
Le téléphone buzza tout de suite en réponse.
« J'ai bien des envies, mais pas forcément de DVD -) »
« T'es bête. Jprends l'armée des 12 singes et si t'es pas content c pareil »
« OK je t'attend vers 18h, biz ! »
Elle passa la fin de la matinée et le début de l'après-midi à bosser ses cours, puis elle s'installa devant la console jusqu'à ce que son alarme la prévienne qu'il était le temps pour elle de se préparer. La jeune fille se mordilla les lèvres et éteignit son jeu à contrecoeur. Elle était prise dans un donjon plutôt haletant, et elle était déjà impatiente de connaître la suite du scénario.
Elle décida de partir à pied, pour ne pas être embêtée avec son scooter si jamais elle décidait de boire quelque chose d'alcoolisé ce soir. Elle arriva devant chez Hans une demi-heure plus tard, et après s'être refait une beauté dans le rétroviseur d'une camionnette, elle s'avança vers la porte d'entrée et sonna.
Hans ouvrit la porte et l'accueillit avec un sourire charmeur et elle s'avança vers lui pour l'embrasser. Il repoussa la porte du pied et la serra tout contre lui tout en approfondissant le baiser. Au bout d'un moment, Anna se dégagea doucement et le prit par la main pour les conduire à l'étage. Les murs de sa chambre étaient recouverts de posters de comics Marvell, et une impressionnante collection de BD s'étalait sur l'un des murs.
- Tes frères ne sont pas là ? demanda-t-elle en s'asseyant sur son lit.
- Non, ils sont partis tous les deux avec mes parents à Paris, pour la soutenance de thèse de mon grand frère.
- Mais, dit Anna d'un ton surpris, pourquoi tu n'y es pas ?
- Je n'avais pas envie, répondit-il en haussant les épaules. Et puis, ça me donnait l'occasion de passer du temps tout seul… avec toi.
Elle sourit, à la fois surprise et flattée qu'il l'ait préférée à une journée à Paris.
- Il fait une thèse sur quoi ? demanda-t-elle avec curiosité.
- J'en sais rien…
- Comment tu peux ne pas savoir ? s'exclama-t-elle, les yeux écarquillés de surprise. C'est ton frère ! Et une thèse, c'est super intéressant !
- Ouais, mais c'est un truc à la con. Le développement du poisson, un truc comme ça…
- J'aimerais bien faire une thèse un jour, dit-elle d'un ton rêveur, en s'adossant contre le montant du lit.
- Tu peux, si elle porte sur les jeux vidéos ! dit-il d'un ton moqueur.
Anna répondit par un petit coup de poing dans son épaule. Ils bavardèrent un moment, faisant des plaisanteries et se racontant leur week-end, puis tous deux s'installèrent pour regarder le film. Hans avait une télé dans sa chambre, une grande contrairement à Anna, et un lecteur DVD aussi. Il mit deux pizzas dans le four, lança le minuteur, puis rejoignit Anna sur le lit. Elle s'empara de la télécommande, appuya sur play et se blottit confortablement dans ses bras.
L'action avait à peine commencé lorsque le minuteur sonna, annonçant que le dîner était prêt. Il sortit la pizza du four tandis qu'Anna servait deux bières (l'idée qu'elle se faisait d'une soirée tranquille : une bonne pizza, une bonne bière, et un bon film, en bonne compagnie !). C'était une trois fromages, pas sa préférée, mais elle était affamée alors elle n'en fit qu'une bouchée.
Une dizaine de minutes plus tard, Hans posa les assiettes vides sur son bureau, et s'allongea à côté d'elle. Il l'attira à lui et la fit basculer dans ses bras. Anna l'embrassa et passa sa main dans ses cheveux, en enroulant ses mèches autour de ses doigts.
Le baiser devint rapidement passionné, le souffle d'Anna devenait court, et celui de Hans aussi. Il glissa sa main sous son T-shirt et caressa sa poitrine à travers ses sous-vêtements. Anna eut soudainement l'impression que la température s'élevait d'une dizaine de degrés.
Ils interrompirent le baiser le temps de reprendre leur souffle, et se regardèrent dans les yeux.
- Tu… tu me plais beaucoup, Anna, dit-il, et les lèvres de la jeune rousse, étirées en un grand sourire, l'embrassèrent à nouveau.
Anna sentit sa main se glisser sous sa jupe et remonter le long de sa cuisse, mais elle la repoussa délicatement et remit correctement le vêtement. Son autre main sur sa poitrine devenait plus active, malaxant ses seins et essayant de se glisser sous son soutien-gorge. Anna se sentit soudain très mal à l'aise. Elle arrêta aussitôt de l'embrasser et se releva, retirant par la même occasion les deux mains qui cherchaient à la caresser.
- Hans… commença-t-elle.
- Tout va bien se passer, Anna, dit-il d'un ton rassurant en essayant de l'embrasser.
- Non… murmura-t-elle.
- Ne t'inquiète pas… susurra-t-il à son oreille. C'est ma première fois pour moi aussi, n'aie pas peur, je ferai très attention à toi.
Première fois ? Les connexions se firent dans son cerveau, et elle réalisa soudain ce qui était en train de se passer. Non ! Elle… elle n'en avait pas envie !
- Hans…
Ses mains la caressaient toujours et il se pencha vers sa gorge et la couvrit de baisers. Elle bougea sa jambe et sentit son érection effleurer sa cuisse. Oh mon dieu. Elle se leva brusquement cette fois, et le repoussa plus durement.
- Qu'est-ce qu'il y a, Anna ? demanda-t-il d'un ton blessé. J'ai fait quelque chose qui ne va pas ?
- Je… je n'ai pas… je ne suis pas prête ! lâcha-t-elle. Je ne veux pas coucher avec toi… ce soir, ajouta-t-elle un peu à contrecoeur.
- Mais… je ne sais pas quand on pourra à nouveau être seuls à la maison tous les deux ! s'exclama-t-il.
- Je ne sais pas, répondit-elle en baissant les yeux et en lissant les plis de sa jupe. Mais je ne… c'est trop tôt pour moi.
- Mais ça fait plus de six mois qu'on est ensemble, maintenant !
- Oui mais…
Elle s'interrompit et fronça les sourcils. Elle n'avait pas besoin de chercher une excuse ! Elle ne voulait pas coucher avec lui, elle avait le droit de prendre cette décision, non ?
- Hans, je ne suis pas prête, je n'ai pas envie, tu peux comprendre ça ? s'exclama-t-elle avec colère.
Elle attrapa son sac d'une main, sa veste de l'autre et descendit en courant dans les escaliers. Hans se leva à sa suite, mais elle était déjà en train de mettre ses chaussures quand il arriva dans l'entrée.
- Anna… c'est bon, t'en vas pas, reste, dit-il d'un ton penaud. Je ne retenterai rien, promis.
- Laisse-moi, Hans. On en reparlera plus tard. Demain.
- S'il te plaît, Anna !
- Laisse-moi.
La jeune rousse sortit dans la rue et le laissa planté sur le seuil. Elle contourna le pâté de maisons et s'assit sur un banc, enfouit son visage dans ses mains et se mit à pleurer.
Qu'est-ce qui lui avait pris de se barrer comme ça ? N'était-elle pas il y a quelques semaines, quelques jours à peine, intéressée à l'idée de coucher avec lui si les circonstances le permettaient ? Cette pensée la faisait maintenant frissonner de tous ses membres.
Putain, je lui ai dit non combien de fois avant qu'il arrête ?
Anna fouilla dans son sac à la recherche de son téléphone portable, déterminée à appeler Mérida, mais ne vit qu'un écran noir. Et merde ! Elle avait probablement laissé la musique tourner toute seule toute la soirée, et maintenant elle n'avait plus de batterie. Elle poussa un soupir épuisé.
Elle ne sait pas combien de temps elle resta assise sur ce banc dans la nuit sombre à essayer de se calmer. Mais soudain, alors qu'aucune voiture n'était passée depuis un bon moment, une Mini à la carrosserie bleue métallique et au toit blanc passa devant elle, ralentit, s'arrêta, puis recula pour se retrouver à sa hauteur. Anna releva la tête, son cœur se mit à battre à toute vitesse, et elle s'agrippa à son sac et tendit ses muscles, prête à partir en courant s'il le fallait.
La fenêtre côté passager s'ouvrit, et un visage familier encadré de longs cheveux d'un blond presque blanc apparut.
- Anna ? Anna Andersen ?
La lycéenne hésita quelques instants, les sourcils froncés, reconnaissant la femme dans la voiture.
- Mme Winter ?
Le front plissé de l'enseignante exprimait l'inquiétude, et elle se pencha davantage vers la fenêtre. La vue d'un visage connu laissa Anna toute tremblante, et l'espace d'un court instant, elle eut envie de pleurer et de se blottir dans ses bras. Mais elle se ressaisit. Elle avait juste besoin de s'épancher sur l'épaule de quelqu'un, et elle ne tarderait pas à voir Mérida pour ça.
- Tout va bien, Anna ? demanda-t-elle. Qu'est-ce que tu fais ici à cette heure ? Tu as un problème ?
Cette question n'était que politesse, songea la jeune fille. Ses larmes devaient sûrement être visibles à cent mètres.
- Ca va, dit-elle en faisant un geste désinvolte de la main qui sonnait faux. Je… je vais rentrer chez moi.
- Tu habites loin ? Tu veux que je te ramène ?
Elle avait envie de dire oui… Mais en même temps, c'était une prof, et elle ne pouvait pas… elle ne voulait pas l'impliquer dans sa vie personnelle…
- J'habite près du grand parc. Près de la statue de Jeanne d'Arc…
- Mais c'est au moins à trente minutes à pied ! s'exclama Winter.
- C'est bon, j'ai l'habitude, répondit Anna en haussant les épaules. Je le fais tout le temps. Je ne vais pas tarder d'ailleurs, je dois être rentrée pour onze heures.
L'enseignante fronça les sourcils.
- Il est onze heures moins dix, Anna, dit-elle en regardant sa montre. Tu n'y seras jamais à temps.
- Quoi ? Déjà ? s'exclama la jeune fille en bondissant de son banc. Je vais être en retard ! Et j'ai même plus de batterie pour prévenir mes parents !
- Monte, dit l'adulte avec un petit sourire un peu compatissant. Je te ramène.
Anna hésita, et finalement accepta, autant pour ne pas avoir à courir que pour ne pas arriver en retard. Ses parents n'étaient pas particulièrement sévères, mais tant qu'elle respectait les règles et le couvre-feu qu'ils lui imposaient, ils la laissaient sortir et respectaient son envie de liberté. Un accord qu'Anna et ses parents considéraient tous les trois comme plutôt équitable.
Elle monta dans la voiture de sa prof, mal à l'aise, et posa son sac à ses pieds. Il y avait de la musique en fond, qu'elle n'avait pas entendu lorsqu'elle était dehors. De la musique classique ou une bande-son de film, du style James Horner, en tout cas ça lui faisait penser à ce genre de truc. Winter démarra, et prit la direction de sa maison.
Pendant une minute ou deux, personne ne parla, puis l'enseignante se tourna vers la lycéenne, l'air visiblement concernée.
- Tu es sûre que tout va bien, Anna ?
- Oui, répondit machinalement la jeune fille, avant de baisser la tête, incapable de conserver son attitude bravache plus longtemps. Enfin non, ça ne va pas du tout…
- Que se passe-t-il ? Veux-tu en parler ?
Anna hésita. Elle ne tenait pas vraiment à passer pour une imbécile d'adolescente devant la prof qui la tenait en plus haute estime. Elle ne voulait pas qu'elle ait cette image d'elle. Et en même temps… En même temps, elle avait envie de lui faire confiance. Peut-être que… peut-être qu'elle aurait un œil neutre sur tout ça. Pas comme Mérida, qui ne veut jamais en parler, ou qui finit toujours par s'énerver… Ceci dit, elle avait peut-être eu raison, Mérida, en fait…
- C'est Hans, répondit la jeune rousse d'une voix à peine plus forte qu'un murmure. Enfin, non, c'est pas Hans le problème… c'est moi…
- Comment ça ? demanda Winter d'une voix douce.
Est-ce que je m'apprête vraiment à raconter ma vie sexuelle et amoureuse à une prof qui vient de me prendre en stop en pleine nuit ?
- Hans voulait… il voulait… et moi je n'ai pas voulu, balbutia-t-elle. Je suis partie de chez lui en le laissant comme un con… Mon téléphone est H-S, si ça se trouve il a déjà essayé de m'appeler, il va se faire des films… Je suis vraiment conne ! s'exclama-t-elle en baissant la tête, essayant de ravaler la boule qui enflait dans sa gorge.
Anna sentit alors une main sur son épaule. Elles étaient arrêtées au feu rouge, et Winter se tournait vers elle.
- Si tu as réagi comme ça ce soir, c'est que c'était sûrement la meilleure chose à faire, dit-elle d'une voix douce en souriant gentiment. Si tu as envie plus tard, de … recommencer, tu auras des dizaines d'occasions. Mais… Anna, si tu étais restée, tu l'aurais regretté. Tu as bien fait de ne pas te forcer, si tu n'en avais pas envie… Ou si tu n'étais pas prête.
L'adolescente tortilla ses mains et les regarda à la lumière de la nuit tandis qu'elles poursuivaient la route. Elle ne savait pas quoi répondre, pas plus qu'elle ne savait quoi penser.
Quelques minutes plus tard, Winter se garait sous la statue de Jeanne.
- Vous pouvez me laisser là, dit Anna. J'habite à vingt mètres à peine. Et, heu… merci, c'est super gentil de m'avoir ramenée, vous n'étiez pas obligé.
- Je ne pouvais pas passer mon chemin comme ça sans rien faire. Et hors de question que je laisse une de mes élèves seule et désespérée en pleine nuit !
Winter sourit en regardant la jeune fille, et Anna eut un éclat de rire qui ressemblait à un sanglot.
- Merci, répéta-t-elle en souriant timidement à ces yeux bleus. Et, heu… bonne soirée, et rentrez bien.
- Toi aussi. A bientôt Anna.
La jeune rousse sortit de la voiture et regarda le véhicule s'éloigner lentement. Elle se retourna vers la statue. Jeanne d'Arc, sur son cheval, paraissait comme toujours grande et forte et incassable, un modèle à suivre pour l'adolescente.
- C'était une soirée bizarre, Jeanne.
Elle s'interrompit, comme si elle attendait une réponse.
- Tu crois que je devrais laisser tout tomber avec Hans ? Tu crois que j'aurais dû rester ? C'était chelou, pas vrai ? Je veux dire, c'est super bizarre, c'était comme si j'avais senti une alarme intérieure se mettre à sonner, quelque chose qui me hurlait de partir. Pourtant, l'idée ne m'avait jamais gênée avant…
L'adolescente se gratta la nuque tandis qu'elle réfléchissait.
- En fait l'idée ne m'avait jamais effleurée avant… avoua-t-elle. A part quand les filles m'ont posé la question… et ça ne me branchait pas plus que ça à vrai dire. Winter a raison, c'était sans doute la bonne chose à faire…
Elle soupira profondément, ses épaules s'affaissant sous le poids de son agitation.
- Merci Jeanne, ça va beaucoup mieux maintenant.
Elle jeta son sac sur son épaule, et traversa la rue. D'ici, elle voyait l'heure clignoter au-dessus de la pharmacie, de l'autre côté du carrefour. 12°C. 22h59. Pile à temps.
- Tu as passé une bonne soirée, ma chérie ? demanda sa mère lorsqu'elle entra dans le salon.
- Super, mais j'suis crevée ! mentit-elle pour éviter d'avoir à leur raconter quoi que ce soit. Bonne nuit m'man, bonne nuit p'pa !
- Bonne nuit Anna, répondirent-ils à l'unisson.
Anna monta dans sa chambre, se jeta sur son lit et pleura.
Vers 23h15, Mérida flânait tranquillement sur Internet, un verre de jus de pomme dans une main et une souris sans fil dans l'autre. Posé sur son lit, juste à côté de son chat au pelage orange au moins aussi hirsute que des cheveux, son téléphone vibra, réveillant le félin qui miaula et alla crânement s'installer un peu plus loin. Elle attrapa l'appareil et déverrouilla le clavier. Le nom d'Anna apparut sur l'écran, et Mérida ouvrit le message.
« Je me sens vraiment pas bien », disait Anna.
Le cœur de Mérida bondit dans sa poitrine. Que lui arrivait-il ?
Elle répondit immédiatement.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu veux que je t'appelle ? Tu veux que je vienne ? T'es où ? ».
« Non c'est bon ».
Pause.
« Je suis chez moi ».
Pause encore plus longue cette fois.
« Hans a voulu coucher avec moi. J'ai pas voulu. Je suis partie. Je me sens comme une grosse conne. ».
Mérida savait que ce n'était pas bien de se réjouir du malheur d'autrui. Elle savait qu'elle allait devoir consoler Anna, lui sécher ses larmes, lui dire que ce n'était pas grave, et l'aider à se reconstruire. Mais quand elle lut le message, un immense sourire naquit sur ses lèvres, et la seule pensée qui traversa entièrement son esprit fut « ouf ».
Merci à tous pour vos messages.
Big up à Cline, ma beta-readeuse feignasse qui n'a fait d'autre que lire sans jamais commenter (tu sers à rien, je vais te remplacer ! :D Tu verras qui peut être la plus tyrannique rex :D )
Kassiopée : Qui te dit que ça va être une relation prof/élève ? Elle est hétéro, notre Anna ! (Bon, ok, c'est pas crédible, plus après ce chapitre :D )
ValtineM : Le Elsanna commence… enfin presque ^^
L.I.E. : Olaf c'est mon petit chouchou, avec Mérida. Vous allez en apprendre plus sur ces deux-là, ils vont avoir un rôle très important dans la vie de nos héroïnes.
A bientôt, et n'oubliez pas de me dire comment vous avez trouvé ce chapitre !
Ankou
