J'update aujourd'hui car la semaine prochaine je serai dans un lieu sauvage, sans ordinateur, sans internet, et donc il n'y aura pas de mise à jour mercredi :)
Chapitre 4
Les vacances d'Automne touchaient à leur fin. Après sa soirée catastrophique avec Hans, Anna avait passé presque deux jours sans quitter sa chambre. Elle était finalement sortie le jeudi pour sa soirée baby-sitting, pas très loin de chez elle. Les deux enfants qu'elle gardait étaient adorables quoiqu'un peu turbulents, et Anna avait profité de cette soirée intense pour ôter de son esprit toute trace du malaise passé.
Heureusement, la deuxième semaine avait été beaucoup plus reposante. Anna en avait profité le plus possible, persuadée que celles de février et d'avril n'allaient être que consacrées aux révisions. Elle avait passé des journées entières en pyjamas sans quitter sa chambre, d'autres à se balader en vélo avec Kristoff le long de la rivière, elle avança d'un CD dans son jeu vidéo, lut près de trois livres et but presque un chocolat chaud par après-midi. Ca c'était un vrai programme de vraies vacances.
Le dernier vendredi des vacances, pour Halloween, ses amies et elles s'étaient retrouvées pour la soirée dans la maison de campagne de Kristoff. Dans un thème très zombies, la petite bande passa l'après-midi à se maquiller avec du faux sang et à se créer des blessures et des cicatrices plus vraies que nature, à manger des yeux en gelée, des glaces en forme de cerveau et des mini hot-dogs déguisés en doigts et en orteils, tout en regardant des films de morts-vivants plus kitschs les uns que les autres. L'ambiance ne retomba pas un instant, et le petit-déjeuner au soleil dans le jardin, à profiter ensemble de cette fin d'été indien, fut l'un des moments les plus agréables. C'était le meilleur Halloween qu'Anna avait jamais fêté.
Elle avait passé son dernier jour de vacances à se reposer, à se détendre et enfin à vérifier que tout son travail était fait, et quand elle alla se coucher, elle était aussi prête que possible à retourner en classe. Mais une chose continuait à la tracasser, et elle y songea longuement tandis qu'elle cherchait le sommeil. Bien qu'elle ait échangé plusieurs sms avec lui pendant les vacances, elle n'avait toujours pas revu Hans depuis la soirée qu'elle avait passée chez lui. Et elle ne savait pas comment elle devait – elle allait réagir.
Les cours avaient repris, mais Anna ne vis pas Hans de la matinée. Elle s'y était attendue comme ils n'étaient pas dans le même groupe de spécialité – lui en physique, elle en maths – ni dans le même groupe de langue vivante, elle savait qu'elle avait peu de chances de le croiser. Mais le lycée avait beau être grand, elle était certaine de pouvoir lui parler pendant la pause de midi.
Cependant, lorsque Mérida, Tiana et elle se rejoignirent pour aller au self après leur cours d'anglais, il n'était nulle part. Elle ne le vit pas non plus dans la salle à manger, et Mérida dut la tirer par le bras pour l'arracher à sa recherche, et la conduire à une table.
- Qu'est-ce que tu cherches ? demanda-t-elle d'un ton excédé en réarrangeant ses plats sur son plateau.
- Hans, évidemment ! s'exclama Anna en fronçant les sourcils.
- Mais c'est pas fini vous deux ? demanda Tiana avec un air d'incompréhension sur le visage. Je veux dire, tu… vous n'avez pas rompu ?
- Non ! répondit-t-elle, les yeux écarquillés de surprise. Je voudrais justement… On a des choses à discuter, et… Il faut que je m'excuse, quoi !
- Mais je ne comprends pas, poursuivit son amie, pourquoi tu veux t'excuser ? Tu n'as rien fait.
- Je ne sais pas, bredouilla Anna. Je l'ai quand même laissé comme un idiot… Je suis partie de chez lui, je ne lui ai donné aucune explication… Vous trouvez pas que je suis complètement… bizarre ?
- Pas plus que d'habitude, dit Mérida en haussant les épaules, un petit sourire sur ses lèvres.
Anna mima le geste de lui mettre une paire de baffes, la grande rousse poussa une exclamation indignée et Tiana éclata bruyamment de rire.
- On partira à sa recherche après manger si tu y tiens tant !
Après le déjeuner, les deux rouquines partirent à la recherche de Hans. Tiana, qui avait un travail urgent à finir, les avait laissées toutes les deux, mais comme elle tenait à apporter sa contribution aux recherches, elle était allée au bureau de la vie scolaire dans son trajet vers le CDI pour savoir si Hans avait été noté absent ce matin. Un sms de sa part leur apprit qu'il avait bien été présent lors de ses cours de la matinée, et un second quelques instants plus tard précisa qu'il n'était ni à la cafét, ni au CDI.
- Il est peut-être dans une des salles d'étude libre, suggéra Mérida. C'est le seul endroit qu'on n'a pas visité.
Les salles d'études libres, au deuxième étage du bâtiment des Lettres, étaient accessibles à n'importe quel élève de terminale ou de BTS qui en demandait la clé. Le couloir du deuxième étage était quasiment désert à cette heure. Une seule des salles était occupée, dans laquelle plusieurs garçons avaient une conversation passionnée.
- Alors, raconte !
- Allez Hans, fais pas ton coincé, balance les détails !
Anna et Mérida se figèrent dans le couloir. Elles échangèrent un regard mi-curieux, mi-inquiet, et s'approchèrent silencieusement de la porte mal fermée.
- Putain, vous abusez les gars… dit Hans d'un ton plein de fausse modestie. C'est privé, je peux pas vous raconter ça…
- Oh que si !
- Vous gardez ça pour vous, d'accord ?
La mâchoire d'Anna s'affaissa et ses yeux s'agrandirent au fur et à mesure que Hans racontait, avec de nombreux détails, sa nuit plus que torride avec une fille. Les sourcils de Mérida s'étaient rapprochés au point de ne former plus qu'un V écarlate sur son front, et lorsqu'elle vit les larmes couler sur les joues d'Anna, elle serra les poings, et son visage afficha une expression de colère féroce.
- Comment a-t-il pu… coucher avec une autre parce que moi je n'ai pas voulu… chuchota-t-elle d'une voix étranglée.
- De qui parle-t-il à ton avis ? murmura son amie à son oreille.
- Je ne sais pas, mais si je la croise je lui fais sa fête…
- Et ben mon salaud ! s'exclama l'un des garçons dans la pièce, faisant sursauter les deux filles. J'aurais jamais cru qu'elle était si chaude !
- Grave ! Elle cache bien son jeu, sous ses airs innocents, ton Anna !
Les yeux turquoise devinrent grands comme des soucoupes et, comme si une bombe venait d'exploser dans sa poitrine, Anna bondit de sa cachette et ouvrit la porte qui claqua contre le mur avec un bang sonore.
Les trois garçons qui se trouvaient dans la pièce se retournèrent immédiatement, et le visage de Hans afficha soudainement une expression terrifiée.
- QUOI ? s'étrangla la furie écarlate.
- A… Anna ?
- C'est de moi que tu parles depuis tout à l'heure ? Comment tu peux me … mépriser à ce point ? hurla-t-elle d'une voix perçante. J'ai passé deux semaines à regretter d'être partie, de t'avoir laissé seul comme un con, et voila que tu balances à tes potes des détails sur… sur… sur ce qu'on a même pas fait !
Les trois garçons semblèrent se ratatiner sur place, comme écrasés par les cris outrés de l'adolescente. Mérida était entrée dans la pièce et se tenait à ses côtés, les poings sur les hanches, et ses yeux fusillaient chacun des trois lycéens comme le plus efficace des pelotons d'exécution.
- Je suis bien contente finalement de ne pas avoir couché avec toi. T'es vraiment un pauvre type ! lança-t-elle, mettant un point final à sa déclamation.
Elle fit demi-tour, et sortit de la salle d'étude, tentant de conserver le peu d'amour-propre qui lui restait après ça.
- Anna, attends ! s'écria Hans, mais elle l'ignora superbement.
Il fit un pas comme pour la rattraper, mais Mérida le retint sans douceur par le bras.
- Je t'aimais déjà pas beaucoup, grinça-t-elle en enfonçant ses doigts costauds dans le poignet du jeune homme, mais j'aurais jamais cru que tu puisse être un enfoiré pareil. T'as intérêt à ne plus t'approcher d'Anna.
- Ouuuh, on est protectrice envers sa petite chérie ! se moqua le plus grand des deux amis de Hans.
Mérida s'avança vers lui d'un pas ferme et lui décocha une gifle magistrale, avant de quitter la pièce, tête haute, pour rattraper Anna.
Elle trouva la petite rousse assise sur une marche d'escalier, en train de sangloter, la tête dans ses mains.
- J'arrive pas à croire qu'il ait pu me faire une chose pareille, murmura-t-elle, les yeux toujours baissés.
Des mots du style « je t'avais prévenue » vinrent à l'esprit de Mérida, mais elle aimait beaucoup trop Anna pour profiter d'un tel moment pour lui rappeler qu'elle avait eu raison depuis le début de se méfier de lui.
Son téléphone vibra sur son bureau.
Anna tendit le bras pour l'attraper, dérangeant au passage une pile de feuilles de cours et manquant de faire tomber un verre posé en équilibre sur un livre. En voyant le nom de Hans, elle fronça les sourcils, jura, et effaça directement le message sans le lire. Elle tenta de se reconcentrer sur son devoir d'anglais, mais rien n'y faisait. Elle poussa un profond soupir et passa ses mains dans ses cheveux lâchés.
Son regard se perdit dans la photo de classe accrochée sur le mur juste à-côté d'elle. Tiana, Mérida et elle se tenaient par la taille ce crétin de Hans était assis au premier rang dans un polo et un jean blanc. Il était joli, sur cette photo, mais son sourire était faux. Il était rusé. Un sourire beaucoup trop fier de lui.
Dans les yeux de Mérida, c'était l'amusement qui brillait. Forcément, Tiana venait tout juste de faire une plaisanterie, la blague était encore visible sur l'éclat de ses lèvres. Anna décrocha la photo, et ses yeux virevoltèrent d'un visage à l'autre sur la photo, et elle perdit la notion du temps.
- Anna !
La voix de sa mère l'arracha soudain à sa contemplation. Il lui fallut quelques instants pour réaliser que, depuis plusieurs instants, ses yeux étaient fixés sur un visage plus âgé que le sien, aux cheveux blonds et aux yeux bleus. Elle cligna plusieurs fois, comme s'éveillant d'un rêve, et descendit dans la cuisine.
L'ambiance à table avait été maussade. Elle n'avait pas raconté à ses parents ce qui s'était passé, mais n'avait communiqué que par grognements, puis s'était excusée en disant qu'elle était contrariée. Ses parents avaient échangé un regard blasé, mais n'avaient pas insisté davantage pour savoir ce qui la mettait dans un tel état.
En revenant dans sa chambre après le dîner, la photo était toujours à l'endroit où Anna l'avait laissée, sur son bureau au milieu de fiches de révisions et notes de cours. Elle la mit de côté sur son lit, rangea ses affaires, prépara son sac, chiffonna en rageant un mot doux écrit par Hans en cours de physique peu de temps avant les vacances, prit une douche en faisant attention de ne pas mouiller ses cheveux tressés, revint dans sa chambre, prépara ses vêtements, et s'assit finalement sur son lit. Elle poussa un profond soupir en regardant la photo qui semblait la narguer, haussa un sourcil dédaigneux en regardant le rictus de son ex-petit ami, décida de l'ignorer, et se pencha plus près sur le cliché.
C'est marrant, ces yeux, ils étaient d'un bleu beaucoup plus clair, en vrai.
Anna se réveilla brusquement à la sonnerie de son réveil. La mauvaise humeur qui l'avait bercée la veille au soir ne l'avait pas quittée. Elle en avait même rêvé cette nuit.
Elle s'assit sur le bord de son lit, passa sa main dans sa crinière auburn, et tourna la manivelle pour relever le volet. Dehors, il pleuvait à verse, et l'eau ruisselait sur son petit balcon, noyant complètement la plante qu'elle avait reçu pour son anniversaire et qu'elle avait complètement négligé. C'était pas ça qui allait la calmer. Elle eut une envie violente de se rallonger, de se rendormir, de ne pas aller en cours et de tout envoyer bouler, mais à quoi bon ?
Elle se leva finalement, s'habilla et se coiffa, puis descendit prendre son petit déjeuner.
- Je t'emmène, ce matin ? demanda son père, qui était déjà debout et préparé. C'est pas un temps à sortir le scoot', ça…
- Je veux bien, répondit Anna avec reconnaissance en se servant un bol de céréales.
Son père avait fait un détour pour la déposer juste devant la grille, mais la vingtaine de mètres à parcourir pour attendre l'entrée du bâtiment avaient suffi à tremper ses chaussures et le bas de son pantalon.
En rejoignant Tiana et Mérida dans les couloirs, elle croisa Hans. Et, d'un mouvement dédaigneux, elle passa devant lui sans lui accorder l'ombre d'un regard. D'un commun accord, Tiana et Mérida avaient décidé que Mérida reprendrait sa place de l'an dernier à côté d'Anna, celle que Hans avait osé s'approprier à la rentrée. Tiana, elle, se satisfaisait d'être à côté d'un garçon qu'elle commençait à apprécier et qui, Anna l'espérait vraiment, ne serait pas lui aussi un gros imbécile.
Lorsque la journée de cours s'acheva par un cours de maths plutôt tranquille après ces deux heures interminables de philo, Anna avait presque réussi à retrouver le sourire. Elle fourra ses cours dans son sac, salua les autres, puis sortit de la classe, pressée d'attraper son bus.
Manque de chance, Hans l'attendait.
- T'es vraiment obligé de venir me voir à la fin des cours ? grommela Anna d'un ton qu'elle voulait dédaigneux.
Son ex-petit ami sembla pris au dépourvu. Il se racla la gorge et se gratta l'arrière de la nuque, visiblement mal à l'aise.
- Ecoute Anna, je voulais te dire que…
- J'en ai rien à faire, Hans, répondit-elle brusquement.
Elle tenta de s'en aller, mais il la retint doucement par le bras. Il avait un regard triste, honteux, comme s'il regrettait vraiment. Anna se radoucit.
- Anna… Je voudrais te présenter mes excuses.
- Je ne vois pas quel genre d'excuses tu pourrais me donner, murmura-t-elle.
- Laisse-moi essayer, s'il te plaît, Anna ! supplia Hans en essayant à nouveau de l'empêcher de partir.
Anna poussa un grognement, et après un hochement de tête, entraîna Hans dans un coin du couloir. Elle regarda de chaque côté, et une fois qu'elle fut assurée que personne ne pourrait les écouter, elle croisa les bras sur sa poitrine et planta son regard dans les yeux bruns du garçon.
- Je voulais te dire que je suis désolé. Pour hier. Pour ce que j'ai dit.
- C'est quoi ton excuse pour avoir inventé tout ça ? voulut savoir Anna. Tu voulais te la jouer cool et viril ou quoi ?
- C'est Cédric et Peter, ils n'arrêtaient pas de me demander, et… je leur avais dit que tu viendrais chez moi ce soir-là et… qu'on le ferait, avoua-t-il, et Anna s'énerva encore davantage d'apprendre qu'il avait tout prévu sans savoir si elle était prête pour ça. Ils ont passé la matinée hier à me harceler pour tout savoir, poursuivit-il sur la défensive.
- Tu pouvais pas simplement être honnête ? demanda-t-elle d'un ton lourd de reproches. Au pire tu pouvais balancer la faute sur moi en me faisant passer pour une grosse coincée, plutôt qu'inventer n'importe quoi !
- Ecoute… Je voulais juste calmer leur curiosité, c'est tout, et je me suis laissé un peu emporter.
- Emporter, c'est ça ! T'as raconté des trucs que je ne ferais même pas en rêve ! Faut arrêter le porno, Hans !
- Combien de fois il faut que je te dise que je suis désolé ? se défendit le jeune homme en baissant les bras.
- Je suis pas sure que ça me suffise, Hans. Non seulement tu as raconté ça, mais en plus, ce soir-là, tu as été…
Elle s'interrompit et se mordit furieusement la lèvre inférieure.
- J'ai été quoi ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Tu n'as pas été… correct, expliqua-t-elle. Tu avais tout prévu, sauf de me demander mon avis.
- Je pensais que tu – que tu serais d'accord, que ça te ferait envie ! s'exclama-t-il. Pour une fois on était tous les deux, tous seuls, tranquilles, je voulais faire une soirée un peu romantique ! (Pizza et film, c'est une bonne soirée entre potes, j'appelle pas ça une soirée romantique, pensa Anna). Ca fait six mois qu'on est ensemble, c'était le bon moment non ?
- Pour toi peut-être, mais pas pour moi.
- Tu ne vas quand même pas me dire que les garçons et les filles sont si différents ! Moi aussi j'étais flippé au début à l'idée de coucher avec toi ! Moi aussi je n'étais pas prêt ! Mais ça fait un bon moment que je suis prêt, pourquoi pas toi ? T'es… t'as envie de moi au moins ?
- Je ne sais pas Hans, admit Anna. Après ce qui vient de passer, je ne suis plus sûre.
- Oui, mais avant ?
Elle ne répondit pas et baissa les yeux.
- Putain, mais j'étais amoureux de toi, moi ! Je me suis peut-être conduit comme un con UNE FOIS, mais je suis amoureux de toi !
Anna était clairement mal à l'aise. Elle se mordillait les lèvres, s'entortillait les doigts, dansait d'un pied sur l'autre.
- Finalement, c'est peut-être pas moi le monstre de l'histoire, c'est peut-être toi, toi qui te fous de ma gueule depuis le début ! s'exclama-t-il, sa voix devenant plus forte à chaque mot.
Anna ouvrit la bouche pour répondre, mais fut interrompue par des pas dans le couloir. Instinctivement, elle s'éloigna un peu plus de Hans.
Leur professeur de maths avait visiblement entendu leur dispute, qui n'avait certainement pas pu passer inaperçu. Anna baissa les yeux, mais Hans garda la tête haute, tandis que l'enseignante les interpellait.
- Un problème ? demanda-t-elle.
- Non, c'est bon, assura Anna d'une voix un peu trop faible pour être crédible.
Mme Winter hocha la tête avec une moue qui montrait quelle n'était pas dupe, et sans ajouter un mot, elle repartit d'où elle était venue. Quelques secondes plus tard, Anna et Hans entendirent le bruit d'une porte se fermer.
- Hans, ce que tu dis n'est pas vrai, se défendit Anna, d'une voix cette fois beaucoup plus basse. Je tiens beaucoup à toi et… j'aime être avec toi.
- Mais tu n'es pas amoureuse de moi, c'est ça ? répondit-il sur le même ton.
Il avait un air vraiment blessé maintenant. C'était Anna qui était finalement honteuse et mise dans une position inconfortable. Etais-je vraiment amoureuse de lui ? se demanda-t-elle. Avais-je envie de coucher avec lui ?
Elle eut soudain l'impression de se mentir à elle-même.
- Je crois que j'étais en train… de tomber amoureuse… murmura-t-elle en essayant d'être la plus honnête possible. Mais ça a tout cassé.
- Donc tout est de ma faute, c'est ça ? C'est ça que tu insinues ?
- Hans ! Comment tu veux que je te fasse confiance après ça ? Et si on avait vraiment couché ensemble, est-ce que tu aurais tout raconté à tes potes, en détails, comme tu l'as fait ?
- Parce que toi tu n'aurais pas été tout raconter à tes copines, peut-être ? répliqua-t-il.
Il marque un point…
- Je suis désolée Hans.
- C'est bien que tu l'admettes. Je suis content de ne pas être le seul connard dans tout ça.
Ses sourcils étaient si froncés qu'ils se touchaient presque au-dessus de son nez. Sa bouche se tordit en un rictus, comme s'il retenait des paroles vraiment désagréables. C'était lui qui était énervé maintenant.
- Au revoir Anna.
Il prit son sac, et s'éloigna sans un mot de plus.
Lorsque Anna entendit le bruit de la porte battante menant aux escaliers claquer, elle glissa le long du mur et s'assit par terre, enfouit son visage dans ses mains, et avec force, tenta de retenir ses larmes.
A nouveau, des pas résonnèrent dans le couloir. Putain mais si c'était encore Hans…
Anna releva la tête, prête à exploser, mais c'était encore Winter.
- Est-ce que ça va, Anna ?
Le visage de l'enseignante exprimait une inquiétude non feinte, et Anna se félicita d'avoir réussi à se retenir de pleurer. Elle se leva et jeta son sac sur son épaule.
- Ca va, répondit-elle simplement. J'imagine que vous avez dû tout entendre de toute façon.
L'enseignante hocha la tête, et Anna remarqua que ses joues avaient rosi, comme si elle se sentait honteuse d'avoir surpris leur conversation. Elle semblait plus humaine, tout à coup. Après tout, les profs sont des gens normaux qui ont des sentiments eux aussi.
- Pas tout, précisa Winter. Mais vous parliez fort, et même avec la porte fermée…
- C'est pas grave, coupa Anna. De toute façons les profs entendent toujours tout. On vous sélectionne pour vos capacités auditives, à l'entretien d'embauche ?
Mme Winter sourit. Si Anna était capable de faire ce genre de trait d'esprit, c'est qu'elle n'allait pas si mal que ça.
- Bon, c'est pas tout mais faut que j'y aille. J'ai un bus à prendre.
- Tu n'es pas en scooter aujourd'hui ?
- Non, répondit Anna. Il pleuvait trop ce matin.
- Tu veux que je te ramène ?
Anna hocha la tête à la négative.
- Non, non, refusa-t-elle d'un ton gêné. Je ne veux pas vous déranger. Vous m'avez déjà sauvé la vie une fois, ça suffit.
- C'est comme tu veux, mais tu ne me déranges pas. Je n'habite pas très loin de chez toi, je te vois passer en scooter presque tous les matins. Je pense juste que tu as eu une journée assez mouvementée comme ça, inutile de perdre encore plus de temps dans les transports.
Elle regarda la lycéenne avec un sourire amical et compatissant, et Anna se dit qu'il serait stupide de refuser sa proposition à cause d'une bête histoire de fierté. En voiture, elle serait chez elle en moins d'un quart d'heure et sans être trempée, et puis ce n'était pas n'importe quel prof, c'était Winter, et avec elle, elle avait l'impression de se sentir vraiment en sécurité.
- Merci, répondit-elle simplement.
- Je vais chercher mes affaires. Attends moi sur le parking, si tu veux bien.
Anna hocha la tête et descendit dans la cour et s'abrita sous le préau. D'ici, elle voyait la Mini bleue de l'enseignante garée sur le parking presque désert à cette heure. Dehors, il pleuvait toujours autant. Quelques instants plus tard, Winter la rejoignit sous le préau, et après avoir échangé un sourire un peu résigné à la vue des trombes d'eau qui les attendaient, elles se mirent à courir en direction du véhicule, ouvrirent chacune une portière et se jetèrent sur leurs sièges en faisant trembler sous leurs poids la petite voiture. Anna éclata de rire, et Winter, qui tentait de retenir le sien, ne put s'empêcher de sourire.
- Allez, on s'en va, lança-t-elle en balançant son sac sur la banquette arrière.
- Qu'est-ce que vous allez faire ce soir ? s'entendit demander Anna.
Mais qu'est-ce qui lui prenait ? C'était une prof, et elle n'avait pas à lui poser des questions personnelles comme ça !
- Je pense que je vais commencer par me servir une bonne tasse de thé, afin de terminer cette journée d'une agréable façon.
Anna la regarda en fronçant les sourcils d'un air surpris, et son air était si comique que le rire que l'enseignante s'efforçait de contenir s'échappa finalement de ses lèvres, et elle le cacha derrière sa main.
- C'est ici, lui dit Anna, alors qu'elles arrivaient devant une maison située à une vingtaine de mètres de la statue de Jeanne d'Arc.
Mme Winter se gara le plus près possible devant la porte du jardin, et se tourna vers la jeune rousse.
- Tu sais Anna, ça va peut-être te paraître bizarre que je te dise ça étant donné que je suis prof et toi élève, mais si jamais tu as besoin de parler, tu peux t'adresser à moi. Je sais que parfois, on aimerait bien se confier à un adulte qui ne soit pas nos parents, encore moins un psy.
La proposition prit la jeune fille complètement au dépourvu. Elle tortilla ses doigts sur ses genoux tout en mordillant sa lèvre inférieure.
- Merci, madame, répondit-elle simplement.
Elle aurait le temps, plus tard, de réfléchir à tout cela.
- Au revoir Anna.
- Au revoir, et merci encore.
La lycéenne agrippa son sac dans une main, ses clés dans l'autre, et ouvrit la portière, puis partit en courant sous la pluie vers l'entrée de sa maison.
Elsa ouvrit la porte de son appartement, et accrocha tout de suite sa veste détrempée sur le portemanteau de l'entrée pour éviter de mettre de l'eau partout. Olaf lisait tranquillement un manga, allongé sur le canapé blanc crème du salon.
- Ca va ma belle ? Passé une bonne journée ?
- Ouais…
- Quelque chose ne va pas ? demanda-il en constatant son manque d'enthousiasme.
- Il y a un truc qu'il faut que je te dise…
Le jeune homme posa immédiatement son livre et se redressa.
- Que se passe-t-il ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
- Je crois que je vais avoir un petit problème…
J'espère que ce chapitre vous a plu ! Un petit mot pour dire ce que vous en avez pensé ?
Merci pour vos reviews :)
AzblueHell : Gracias por su mensaje, me alegro de que te haya gustado :D (Thanks to Google translate, I can't say anything in spanish except « La mujer esta muy caliente » )
A bientôt !
Ankou
