Oh, tiens, c'est mercredi !

Merci à tous ceux qui m'ont envoyé des reviews, des MP, des compliments, des fleurs...
Bon OK, tant pis pour les fleurs, de toute façon j'ai pas de vase.

Un nouveau chapitre riche en plein de choses, bonne lecture:)


Chapitre 7

Ca commençait à devenir une habitude.

Elsa tourna le volant de la petite voiture bleue, passa à l'angle de la désormais familière statue de Jeanne d'Arc, grande et majestueuse, et si misérablement laissée à l'abandon, au milieu des feuilles mortes en cette triste et pluvieuse journée d'automne, puis arriva devant chez Anna.

- On est arrivées, dit-elle inutilement à l'adolescente aux boucles rousses assise sur le siège passager.

- Je n'ai pas envie de descendre, répondit doucement Anna en tortillant ses doigts sur ses genoux. J'aime bien être ici avec vous.

Tout le corps d'Elsa se tendit en entendant ces mots. L'adolescente était si spontanée, si naturelle, avait-elle seulement conscience du trouble qu'elle déclenchait chez son aînée ?

- Pas vous ? ajouta-t-elle en croisant les yeux bleus d'Elsa.

La question était-elle innocente, ou calculée ? Le sourire d'Anna était-il ingénu, ou manipulateur ?

L'une des plus grandes craintes d'Elsa était que la jeune femme ait remarqué l'étendue des sentiments qu'elle lui portait. Des sentiments qu'elle ne devrait pas avoir. Qu'elle n'avait de toute façon pas le droit d'avoir. Elle a 17 ans et tu es sa prof, espèce de dégénérée. Anna était une jeune fille adorable, mais comment réagirait-elle si elle découvrait quelque chose ? Quelle serait la réaction normale d'une ado hétéro, essaierait-elle de la coincer pour mieux la dénoncer ? Non, pas Anna.

Tu parles, tu la connais à peine, ne sois pas si aveuglée par tes sentiments. Ne sois pas irrationnelle, la probabilité pour que ce soit réciproque est ridiculement proche de zéro…

Anna n'avait toujours fait aucun mouvement pour sortir de la voiture, et Elsa commençait à avoir un horrible, atroce pressentiment. Tous les muscles de son corps semblaient tendus à craquer, ses dents serrées grinçaient et résonnaient dans ses oreilles. Elle sentait sa poitrine se soulever et s'abaisser à un rythme effréné. Que se passait-il ? Quelle était cette sensation ? Pourquoi avait-elle l'impression que quelqu'un avait remplacé tous les fluides de son corps par du métal en fusion ?

C'était la main d'Anna, posée sur la sienne, sur le levier de vitesse, qui était à l'origine de tout cela.

La seconde d'après, une autre main se posait, douce et chaude, le long de sa gorge, et les lèvres d'Anna étaient désormais si proches qu'Elsa ne put retenir un gémissement en sentant le souffle chaud de l'adolescente contre son visage. Et ensuite, Anna l'embrassait, ses lèvres douces glissant fièrement sur sa bouche, et une multitude d'étoiles explosèrent derrière ses paupières tandis qu'elle fermait les yeux.

Du plaisir à l'était liquide avait remplacé le sang dans ses veines.

Tu aurais aimé que ce soit réel, pas vrai ?

Mais la sonnerie pénible et stridente l'arracha à son sommeil, et elle resta désorientée quelques secondes avant de réaliser qu'elle s'était endormie après la pause déjeuner, sur le bureau de sa salle de classe.

Elle se frotta les yeux pour ôter les traces de son sommeil, étalant par la même occasion son maquillage qu'elle allait devoir rapidement retoucher. Son corps était encore chaud, beaucoup trop chaud, et les larmes qui se mirent à couler lentement le long de ses joues achevèrent de ruiner définitivement son maquillage.

Comment faire cours à la classe d'Anna après un rêve comme celui-là ?


Le trimestre s'approchait de sa fin en cette mi-novembre. Grâce à son travail, Anna était certaine d'avoir au moins 15 de moyenne, et elle espérait vraiment avoir les félicitations. Finalement, la jeune rousse était bien contente de ne plus être avec Hans, car entre le lycée, son job et toutes ses autres occupations, elle ne savait pas quels moments elle aurait pu lui consacrer.

Une nouvelle semaine s'écoula. Anna et ses amis se retrouvèrent au CDI pour une de leurs séances habituelles de travail, profitant de l'absence de leur prof de sport ce lundi après-midi. Tiana, qui avait eu de la peine à rattraper ses trois jours d'absence, recopiait les fiches propres et bien présentées qu'Anna avait fait pour son cours de SVT sur la défense immunitaire, tandis que celle-ci s'efforçait de comprendre son chapitre de chimie organique. Pour la première fois depuis plusieurs semaines, Hans lui manqua. Il aurait sûrement pu lui expliquer tout ça, lui.

Ensemble, Mérida et Rapunzel rédigeaient une rédaction d'allemand, un dialogue apparemment, et le murmure de leurs échanges tirait régulièrement Ana de sa concentration.

- Comment on l'appelle, notre perso ? demanda Mérida à voix basse. Astrid ?

- Non, ça fait trop cliché viking, répondit Rapunzel sur le même ton. Pourquoi pas Elsa ? Ca colle bien avec un perso nordique, non ?

Anna releva la tête. Elsa… C'est un si joli prénom, pensa-t-elle.

- Tu parles, c'est le nom de la Nazie dans Indiana Jones 3.

- Raison de plus, elle se tape Harrison Ford, je valide.

Anna cessa d'écouter la conversation de ses voisines. Elle pensait à Elsa…

Connaître son prénom, avoir découvert toutes ces choses sur elle, avait pendant un moment donné l'impression à Anna d'être devenue quelqu'un de spécial, comme si elle avait franchi un pas dans la distance qui la séparait de l'enseignante. Mais en revenant en classe, elle avait réalisé que ça ne changeait rien du tout. Ces informations, elle les avait obtenues par ragots et espionnage et non par partage, et pendant un moment, elle se sentit honteuse de posséder cette connaissance qu'elle n'avait pas méritée.

Elle ne parvenait plus à suivre le fil de son cours de chimie. Et elle ne tenait pas en place non plus. Prétextant un magazine à rendre pour quitter un instant ses amies, elle se leva silencieusement, et se dirigea vers le bureau des documentalistes avec le magazine scientifique en question à la main.

- Alors, ça t'a intéressée ? demanda la documentaliste qui lui avait suggéré l'article quelques jours plus tôt.

- Oui, c'était super passionnant. Merci beaucoup du conseil ! Je le remets dans la pile ?

- Non, je dois le mettre de côté, Mme Winter aimerait le lire, elle nous a demandé de le lui réserver.

- Ah bon ? s'étonna Anna. Pourquoi ?

- Elle m'a dit que tu lui en avais parlé, ça a semblé l'intéresser, après tout c'est des maths non ?

- Oui, et de l'informatique.

- Tu discutes comme ça de recherches scientifiques avec une prof ? demanda l'autre documentaliste d'un ton qui semblait un peu impressionné.

C'était une femme un peu plus jeune que sa collègue, aux cheveux courts et méchés, et toujours habillée de vêtements de hippie bariolés.

- Ca m'arrive, en SVT aussi, parfois.

- Je trouve ça super, c'est une très bonne chose de se renseigner sur la recherche quand on est en S. Je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui, mais à mon époque, ça aurait été considéré comme le comble du fayotage.

- Ah bon, se contenta de répondre Anna en signant le registre des retours. J'avoue que je me fous un peu de ce que pensent les autres, en général. De toute façon, tout le monde ici sait que les maths c'est ma matière préférée et qu'elle c'est ma prof préférée.

Les deux femmes esquissèrent un sourire.

- Ca lui ferait plaisir d'entendre ça.

Anna haussa les épaules.

- Elle le sait déjà.

Elle voulut repartir à sa table, mais elle ne se sentait toujours pas prête à reprendre son travail. Elle décida plutôt de sortir du CDI et d'aller se rafraîchir les idées dehors. Elle fit le tour de la cour pavée, essayant de vider son esprit en regardant le soleil qui se couchait presque déjà en cette milieu d'après-midi. Elle arrivait de moins en moins à se concentrer ces derniers jours, et elle n'arrivait pas à expliquer pourquoi. Peut-être qu'elle continuait de penser à Hans et que ça la perturbait… Non, c'était stupide et injuste de lui faire porter le chapeau, elle n'y pensait plus du tout, elle le savait.

Comme si le fait d'avoir songé à lui l'avait fait se matérialiser devant elle, Hans arriva de nulle part. Bon, sûrement qu'en vérité, elle était si perdue dans ses pensées qu'elle ne l'avait pas vu s'approcher.

- Anna, demanda-t-il. Est-ce que… est-ce qu'on pourrait discuter ?

Elle n'était pas sure d'avoir très envie de discuter seule à seul avec lui. Une partie d'elle écoutait les mises en gardes, les remarques pas toujours agréables de ses amies, pensait à cette fois chez lui où il n'avait presque pas voulu l'écouter et où elle avait presque dû se débattre pour prendre la fuite. Mais une autre partie d'elle voyait ce garçon comme un ado normal, humain, pas une sorte de monstre né pour lui détruire la vie. Un garçon qui avait été, en tout cas d'après ce qu'il lui avait dit quelques semaines plus tôt, amoureux d'elle, amoureux au point de vouloir partager ce qu'il avait de plus intime. Pas moi…

Elle ne voulait pas lui montrer qu'elle ne se souciait pas de lui. Enfin, elle ne se souciait pas vraiment de lui. Elle n'avait pas pensé à lui depuis plusieurs jours, mais… soyons honnêtes, elle avait eu des sentiments pour lui, un peu…

Anna acquiesça finalement.

- Ok, répondit-elle.

Il continuèrent à marcher quelques pas, puis Hans se dirigea vers un banc de pierre, et Anna s'assit à-côté de lui.

- Ca fait un moment que j'attends, commença-t-il en regardant devant lui, comme s'il n'osait croiser son regard.

Comme elle ne répondait pas, il poursuivit.

- J'attendais que tu t'excuses, avoua-t-il, vu que moi je l'ai déjà fait, et qu'on puisse… laisser ça derrière nous. Mais tu ne m'adresses presque plus la parole, et je n'aurais pas cru que… ça puisse me rendre si malheureux.

Les mots de son ex-petit ami arrachèrent Anna du mutisme fier qu'elle avait choisi comme attitude. Elle regarda Hans et vit que ses yeux étaient brillants. Il ne pleurait pas, mais il n'en était pas loin, et quelque chose comme de la culpabilité tordit soudain le ventre de la jeune rousse.

- Je me suis dit, continua-t-il, que peut-être que si je ne faisais pas le premier pas, tu ne le ferais jamais. Alors voila… est-ce que tu veux bien me donner une deuxième chance ?

La demande prit Anna complètement par surprise. Elle s'attendait à une conversation pénible et déprimante sur leurs sentiments, la responsabilité de l'un ou de l'autre, mais pas…

Pas à ça…

- Tu veux dire… qu'on soit à nouveau ensemble ? demanda-t-elle.

- Oui, répondit-il en baissant les yeux.

- Je… je ne sais pas, répondit précipitamment Anna, je dois prendre le temps de réfléchir, je ne suis pas sûre.

- Ah, dit-il d'un ton blessé.

Hans avait misé sur la spontanéité d'Anna pour savoir au premier coup d'œil si elle allait être d'accord pour sortir à nouveau avec lui. Mais à son grand désarroi, il ne vit ni étoiles dans ses yeux, ni sourire sur ses lèvres. Au contraire, Anna sembla se recroqueviller sur le banc, comme un animal pris au piège.

Il avait prévu tout un tas de choses à lui dire si jamais elle disait oui. Il avait même prévu quelques réponses au cas où elle refuserait et chercherait le conflit. Mais il ne s'était pas attendu à une telle réaction de sa part. Comme si elle avait déjà tourné la page et n'attendait plus rien de lui.

- Tu… tu peux prendre ton temps, pour me donner la réponse. Je… on peut se voir en dehors du lycée, pour en parler dans un endroit plus tranquille, si tu veux.

- Oui, peut-être, pourquoi pas, répondit-elle. Heu… Je dois y aller… il faut que je retourne au CDI, on m'attend…

Elle se leva, mal à l'aise, ses doigts s'entortillant de manière frénétique.

- Heu… A plus tard, Hans.

Et elle partit à grandes enjambées.

Pourquoi n'était-elle pas restée au CDI ? Elle voulait se vider la tête, et voila qu'elle n'avait fait que l'encombrer davantage ! Hans était encore amoureux d'elle, comment devait-elle réagir ? Et puis, que raconterait-elle aux filles ? Que Hans s'était excusé et voulait revenir avec elle ? Mais alors, que dirait Mérida ?

Et elle, de quoi avait-elle envie ?


Elle s'efforça le lendemain d'éviter Hans presque toute la journée. Elle n'avait pas parlé à Mérida ni à Tiana de sa tentative de réconciliation, et à chaque fois que Hans avait fait mine de vouloir s'approcher d'elle, ses deux amies l'avaient fusillé, ou plutôt dans le cas de Mérida, criblé de flèches du regard. Elle lui en voulait toujours de l'épisode du mensonge, et Anna ne pouvait vraiment pas la blâmer.

Elle s'était contenté de petites moues d'excuses, mais ne lui avait pas parlé. Elle avait besoin de se confier avant de prendre une décision, mais elle ne parvenait pas à s'ouvrir à ses amies. Inutile de tenter d'en parler à Mérida, elle pouvait entendre par avance ses cris indignés ! Il y avait bien Kristoff, qui aurait été d'une oreille attentive et certainement de bon conseil, mais il était malade depuis deux jours déjà, et serait probablement encore absent le lendemain, et elle ne pouvait pas le déranger par téléphone pour ça.

En vérité, elle savait très bien à qui elle aimerait se confier. Mais bien qu'elle en ait fait elle-même la proposition, lui disant de ne pas hésiter, elle ne se voyait définitivement pas chercher conseil auprès de Mme Winter. C'était certainement pas une réaction de lycéenne normale, pas vrai ? Qui donc utilisait ses profs comme conseillers du cœur ? Qui tirait réconfort dans une conversation avec une prof ? Qui, hein ?

N'empêche, elle ne se sentirait pas bien tant qu'elle ne lui aurait pas parlé, elle en était persuadée. Comme tous les mardis, elle finissait par un cours de maths, peut-être qu'elle trouverait l'occasion de lui en toucher un mot ou deux, juste comme ça, pour avoir son opinion, ou simplement pour vider son sac, puis elle appellerait Hans dans la soirée. Ouais, ça paraissait être un plan raisonnable.

- Tu es sûre que tu ne veux pas qu'on t'attende ? demanda Mérida.

- Non allez y, je finis de recopier ça. Ne vous prenez pas la tête, de toute façon vous prenez le bus.

- Okay ! A demain alors !

Anna avait fait exprès de prendre du retard pendant le cours, pour pouvoir rester en retrait dans la classe sans que tout le monde ne devine qu'elle faisait semblant, ce qui serait arrivé si elle avait passé cinq minutes à farfouiller ostensiblement dans son sac, ou à refaire stupidement ses lacets (sérieusement, qui utilise encore le coup des lacets à part Tintin ?). Mais lorsqu'elle eut fini de ranger ses affaires, elle vit Winter se diriger vers l'entrée, tendre la tête dans le couloir comme pour vérifier qu'il n'y avait personne, puis refermer la porte. Comme si elle avait compris, elle, qu'Anna n'était pas restée dernière par hasard.

- Tout va bien Anna ? demanda-t-elle en se tournant vers son élève.

La jeune fille prit une grande inspiration. Ca lui facilitait la tâche, finalement, de ne pas avoir à initier cette étrange conversation.

- Tu avais l'air préoccupée aujourd'hui, reprit l'enseignante. Y a-t-il quelque chose qui ne va pas ? Tu as encore des problèmes avec Hans ?

- Non, enfin si, je veux dire, pas des problèmes, mais… bredouilla Anna.

Encore une fois, les mots s'étaient échappés de sa bouche avant que son cerveau n'ait eu le temps de faire des phrases cohérentes. Elle secoua la tête, comme pour remettre ses idées en place, et se tourna vers Winter.

- Il m'a dit qu'il regrettait, qu'il était malheureux et qu'il voudrait que je lui donne une deuxième chance, lâcha-t-elle.

Elle avait prévu d'échanger simplement quelques mots, mais elle sentait qu'elle aurait besoin de bien plus que ça. Elle regarda autour d'elle, et s'assit simplement sur la table qui était la sienne en classe. Winter s'approcha d'elle et fit de même, sur la table juste devant elle, posa ses pieds sur la chaise et croisa ses mains sur ses genoux avant de regarder Anna directement dans les yeux.

Il n'y avait pas une once de jugement dans le regard de l'enseignante, et quand elle répondit, ce fut d'un ton à la fois doux et patient. Le genre de conversation qu'Anna n'aurait jamais, jamais pu avoir avec Mérida.

- Et qu'en penses-tu, toi ? De quoi as-tu envie ?

La lycéenne hésita, s'efforçant pour une fois de mettre ses idées au clair avant de répondre.

- Je ne sais pas, avoua-t-elle. Je… je pense que je passais du bon temps avec lui, mais… les évènements qui se sont produits… m'ont amené à réfléchir, poursuivit-elle, espérant que la prof comprendrait qu'elle parlait du moment où elle avait failli coucher avec lui, et où Winter l'avait récupérée au vol alors qu'elle venait de s'enfuir de chez lui. Je l'aime bien, je pense, mais je ne sais pas si je serai… prête… pour ça.

- Tu as le droit de prendre ton temps, tu sais, lui dit la jeune femme.

- Oui, je sais, ce n'est pas ça, c'est juste que ne sais pas si… je serai prête un jour. Avec lui. Si j'arriverai à être à nouveau à l'aise. Et ça ne me motive pas pour ressortir avec lui… Je sais qu'il n'y a pas que ça qui compte, mais…

- Est-ce que tu es amoureuse de lui ?

- Je ne suis pas sûre, dit Anna en baissant la tête. Quand je vois que je n'ai pas été… déprimée comme le sont certains, quand on s'est séparés, je me dis que… en fait, je ne crois pas que j'ai été amoureuse de lui, conclut-elle.

Elle croisa à nouveau le regard bleu profond de Winter.

- C'est normal d'être indécise comme ça ? demanda-t-elle avec inquiétude.

- Si tu avais été amoureuse, répondit simplement l'enseignante, tu n'aurais pas eu besoin de réfléchir. Tu l'aurais su tout de suite. Ce n'est pas un sentiment que l'on peut ignorer comme ça, ajouta-t-elle, et Anna remarqua que ses joues s'étaient légèrement colorées de rose à cette réponse.

- Alors Hans a raison, dit la jeune fille d'un ton renfrogné. Ca fait bien de moi la sal..., je veux dire, la méchante dans l'histoire.

- Ce n'est pas ta faute, Anna ! s'exclama Winter d'un ton surprenamment passionné. Dis-toi plutôt que tu n'as pas profité qu'il soit amoureux de toi. Imagine l'inverse, une fille amoureuse et un garçon qui ne l'est pas et qui couche quand même avec. Qui est le « méchant », comme tu dis ? Celui qui refuse de blesser l'autre, ou celui qui en profite ? On ne peut pas forcer quelqu'un à être amoureux, crois-moi.

- Ca me donne quand même l'impression d'avoir tout gâché, marmonna Anna.

- Je ne crois pas, affirma-t-elle brusquement, et elle garda le silence un instant. C'était ton premier copain ? demanda-t-elle finalement.

- Oui, répondit Anna. Il est arrivé l'an dernier en cours d'année, et il a voulu sortir avec moi presque tout de suite… J'aurais dû écouter Kristoff et ne pas sortir avec un garçon que je venais juste de rencontrer.

Elle se rappelait distinctement la façon dont son meilleur ami avait accueilli la nouvelle, plusieurs mois plus tôt. Dès cet instant, et Anna aurait dû le réaliser, les choses avaient mal tourné entre ses amis et son copain.

- Allons Anna, ce n'est pas une raison pour rejeter tout ce que vous avez fait. Il y a eu des bons moments, j'en suis sûre !

- Oui, concéda la jeune rousse.

- Maintenant l'important pour toi c'est de prendre la décision que tu jugeras être la meilleure, et ensuite, et bien, continuer à aller de l'avant, tout simplement. Le meilleur et le pire sont à venir. Tu connaîtras des histoires bien plus fabuleuses, et des ruptures bien plus tristes. On est à l'aube de notre vie.

Anna sourit à ces mots. C'était une bien jolie façon de dire qu'elle n'était qu'une enfant qui n'avait encore presque rien vécu. Elle sourit timidement à l'enseignante, qui répondit à son sourire, puis regarda sa montre.

- Je suis désolée, mais j'ai un rendez-vous avec un parent dans dix minutes et je vais devoir te laisser.

- Ah… d'accord, répondit Anna en tentant d'adopter une voix neutre.

Mais en fait, elle était attristée. Attristée car elle aimait bien parler avec Winter, même si elle parlait beaucoup et que Winter faisait surtout qu'écouter. Elle n'était plus une prof, elle était désormais comme… comme une grande sœur, oui, c'est ça, c'était la grande soeur qu'Anna n'avait jamais eu. Elle se demanda combien d'années elle pouvait avoir de plus qu'elle. Quel âge avait-elle ? Pouvait-elle discrètement essayer d'avoir cette information ?

- Une des documentalistes m'a dit que vous étiez en collège l'an dernier, dit Anna en essayant de ne pas avoir l'air trop curieuse. Vous préférez quoi, collège ou lycée ?

- Lycée je pense. Mais les petits sixièmes me manquent parfois !

- Vous avez déjà été dans d'autres lycées, avant ?

- Non, répondit-elle simplement. J'ai commencé à enseigner l'an dernier seulement.

- Woaw ! s'exclama Anna, surprise et fière à la fois d'avoir suffisamment gagné la confiance de l'enseignante pour mériter cette information. C'est marrant, on dirait que vous avez fait ça toute votre vie, vous avez de l'autorité et tout, je n'aurais jamais cru que ce n'était que votre deuxième année.

Elle sourit à nouveau, et la lycéenne discerna de la fierté dans son sourire. Forcément, dire à un prof que c'est un bon prof – car c'était ce qu'elle sous-entendait – devait être le plus beau des compliments.

- J'ai toujours eu la vocation pour ça, expliqua Winter. Quand j'étais étudiante, je donnais des cours particuliers d'info, maths et physique, et rien ne me faisait plus plaisir que de réussir à faire comprendre quelque chose à un élève. Être prof pour de vrai, c'est différent, surtout au collège, c'est pas toujours de tout repos. Mais c'est ce que je voulais faire.

Elle descendit de la table sur laquelle elle était juchée, et Anna l'imita.

- Allez, là je dois vraiment y aller. Passe une bonne soirée. On se voit demain.

- Au revoir et bonne soirée, répondit Anna.

Elles sortirent de la classe, et la jeune rousse se dirigea vers l'escalier, tandis que l'enseignante fermait sa porte à clé. Anna se refit leur conversation dans sa tête, et ses pas la conduisirent machinalement jusqu'au garage dans le sous-sol. Elle démarra son scooter et quitta le lycée, puis retourna à sa maison.

Lorsqu'elle arriva devant chez elle, sa mère était en train de se diriger vers sa voiture. Anna enleva son casque, secoua ses cheveux tressés et s'avança vers sa mère.

- Bonjour Anna. Tu as passé une bonne journée ?

- Oui, pas mal, on a échappé au cours de sport, et du coup j'en ai profité pour bien m'avancer dans mon boulot.

- D'accord. Au fait, Hans est passé tout à l'heure, je l'ai croisé en chemin. Je crois qu'il voulait te parler. Tu as mis du temps pour rentrer, non ?

- Oui, j'étais restée discuter avec une copine. Il voulait quoi, il ne te l'a pas dit ?

- Non, il m'a juste dit qu'il repasserait.

- Okay…

Son ventre se noua. Elle allait devoir lui parler, il le fallait, elle devait mettre fin à tout ça. Inutile de le laisser croire qu'elle l'aimait encore. Inutile de le blesser. Elle monta dans sa chambre, le coeur lourd.

Une heure plus tard, alors qu'elle était en train de lire le manuel d'installation d'un nouveau jeu, on sonna à la porte.

- Anna, c'est pour toi, appela son père depuis l'entrée.

Elle soupira, posa son livre et descendit. Elle savait que c'était Hans, et pourtant elle n'en eut rien à faire de son reflet qu'elle vit dans le miroir accroché dans les escaliers, alors que d'habitude elle se serait arrêtée pour se recoiffer, se faire belle, lisser les plis de sa chemise. Elle haussa les épaules, et le rejoignit à la porte. Passé quelques échanges polis, elle l'invita à venir sa chambre, et ils montèrent les escaliers en silence. Elle s'assit sur son fauteuil de bureau tandis qu'il s'installait, un peu mal à l'aise, sur son lit.

- Qu'est-ce que tu veux faire, pour nous ? demanda-t-il d'un air un peu abattu.

Anna soupira. C'était le moment où elle allait devoir faire quelque chose dont elle n'avait absolument pas l'habitude : preuve de tact.

- J'ai bien réfléchi, Hans, et… je suis désolée, mais je n'ai plus les mêmes sentiments pour toi qu'avant. J'ai beaucoup apprécié ton attitude et ce que tu m'as dit lundi, mais…

- Mais tu ne veux plus être avec moi, acheva-t-il à sa place, d'une voix parfaitement morne.

Anna ne répondit pas. A la place, elle se leva, et lui tourna le dos pour regarder par la fenêtre.

- Y'en a un autre ? demanda-t-il d'un ton soudain bougon.

- Bien sûr que non ! s'exclama-t-elle vivement d'un ton blessé en se retournant vers lui. Il n'y avait que toi, il n'y a toujours eu que toi ! Tu le sais bien…

- Tu n'es plus amoureuse de moi ?

- Je ne suis plus amoureuse de toi, acquiesça-t-elle, omettant de préciser qu'elle ne l'avait probablement jamais été.

- Très bien, je crois qu'au moins les choses sont claires.

- Je suis désolée, Hans…

- C'est bon. J'ai compris. Je te laisse tranquille, je ne vais pas te prendre encore plus de temps. Bonne soirée Anna.

Il sortit de la pièce et descendit les escaliers. Anna l'entendit dire poliment au revoir à ses parents, puis il quitta la maison. Cinq minutes plus tard, Mme Andersen déboulait dans la chambre de sa fille.

- Maman, je n'ai pas envie d'en parler, dit immédiatement Anna d'une voix qui se voulait ferme, mais sonnait surtout excédé.

- Je veux juste te dire que je suis là si jamais tu en as envie.

- Je sais que tu es là, dit la jeune fille d'un ton plus doux. Je vais bien, ça va aller.

- J'espère, s'inquiéta Mme Andersen.

- Non, je vais être triste un moment, c'est normal, mais après j'vais aller bien, parce que je sais ce que je veux. Ou plutôt je sais ce que je ne veux pas, c'est déjà beaucoup.

- Oui, approuva sa mère. Bon, descend mettre la table, on va bientôt manger. C'est des lasagnes, j'espère que ça va te réconforter.

- Woaw ! Voilà qui va me remonter le moral en un rien de temps !

Elles éclatèrent de rire, et descendirent toutes deux dans la cuisine, où une délicieuse odeur de lasagnes émanait du four et s'insinuait jusqu'à leurs narines.


J'espère que vous ne me haïssez pas trop... Surtout que si vous me haïssez pour ça, je ne sais pas comment vous allez supporter la suite :D

Comme je l'ai déjà dit un peu précédemment, même si on commence effectivement à sentir la romance fleurir, ça va pas être si simple. Dans le monde réel, les profs et les élèves, ça sort pas ensemble, comme les filles avec les filles, et les chiens avec les chats. Voila.

Heureusement, c'est une fiction, et je me permets de prendre des libertés avec le monde réel :D

A bientôt (et hâte de lire vos reviews !)

Ankou