Bonjour à tous !

Vous êtes tous géniaux avec vos MP et vos commentaires, je vous l'ai déjà dit ?

Maintenant qu'on sait (qui a dit enfin?) à qui pense Anna Andersen, on va pouvoir voir l'effet que ça lui fait.
(Je ne vous cache pas qu'elle n'est pas méga enchantée.)

Vous êtes nombreux-ses à réclamer une plus grande présence d'Elsa pour explorer ses sentiments à elle aussi, c'est elle qui va être à l'honneur dans ce chapitre, j'espère que ça va vous plaire :)

Bonne lecture !


Chapitre 9

Mérida ne revint pas sur la conversation le lendemain.

Ce n'était pas son genre. Anna s'était attendue à se faire harceler de questions, comme après ses premiers rendez-vous avec Hans, et elle avait désespéré d'avance à l'idée de devoir mentir à son amie mais elle n'avait fait face qu'à un étrange et inhabituel silence.

Elle commençait même à se demander si Mérida était inconfortable à l'idée d'en parler. Une partie d'elle-même en était tout d'abord soulagée. Elle avait vainement cru que si elle ne revenait pas sur le sujet, elle finirait par se rendre compte qu'elle avait monté cette histoire de toutes pièces dans sa tête, poussée par l'insistance de Mérida à voir quelque chose là où il n'y avait rien. Parce qu'il n'y avait rien, pas vrai ?

Mais elle y pensa toute la soirée, mit des heures à s'endormir, et cette pensée réapparut dans son esprit dès l'instant de son réveil, comme si elle n'était jamais partie, et qu'elle avait attendu la nuit entière qu'Anna se réveille pour pouvoir à nouveau la tourmenter. Elle s'étonna presque un instant de ne pas avoir rêvé d'elle.

Le jeudi s'écoula lui aussi sans que Mérida n'y fasse une seule fois allusion. A la fin de la journée, la tête d'Anna était sur le point d'exploser. Elle avait envie de plaquer Mérida dans un coin et de tout lui raconter, tout. Peut-être, après tout, que le dire à quelqu'un, le formuler à haute voix et non plus dans le vacarme de sa tête, lui ferait prendre conscience à quel point elle était stupide. Peut-être redescendrait-elle sur terre. Peut-être cesserait-elle d'y penser. Peut-être réaliserait-elle qu'elle n'était pas amoureuse.

Comme si j'avais la moindre idée de ce que ce mot signifie réellement…

Mais quand la cloche sonna la fin de la dernière heure et qu'elles se dirigèrent toutes deux vers les escaliers menant à la sortie, Anna garda finalement le silence, au grand dam de ses lèvres qui furent mordillées et tourmentées sans répit. Comme si elle avait envie de garder ce précieux secret avec elle jusque dans la tombe.

Et puis, même si elle avait une confiance presque totale en Mérida, certaines choses fuitaient parfois, par inadvertance ou négligence, et Anna ne voulait surtout pas prendre le risque que quelqu'un l'apprenne. Pour sa survie, mais surtout pour celle de Winter.


Pendant les travaux pratiques de SVT du vendredi matin, Mérida profita d'un moment de tranquillité pour revenir sur le sujet pour la première fois. Tiana était partie laver la verrerie pendant qu'elles rangeaient le reste du matériel. Elle ne laissa bien sûr aucune oreille indiscrète comprendre de quoi elle parlait, parlant presque en langage codé, mais Anna s'abstint de répondre. Ce n'était ni le lieu ni le moment.

Mérida regarda à nouveau en direction des éviers. Tiana était toujours occupée à finir la vaisselle.

- Ca te dit de venir à la maison mardi soir ? demanda-t-elle à voix basse à Anna. Mes parents sont à un dîner du boulot de mon père, ils rentreront pas avant minuit, et le lendemain on commence à dix heures, ça nous ferait une soirée sympa !

- T'as pas peur de m'inviter à dormir dans ta chambre maintenant ? demanda Anna avec un sourire moqueur.

- Ca va pas la tête, s'exclama Mérida, choquée. Tu m'prends pour qui ?

- Je demanderai à mes parents s'ils sont d'accord. Tu prends les pizzas, j'amène le dessert ?

- Ca marche !

Rester concentrée en classe était un luxe qu'Anna n'avait pas pu s'offrir pendant toute la fin de la semaine. Elle ne faisait que penser à elle, de plus en plus, comme si Mérida avait arrosé une petite graine qui germait tranquillement et sans qu'on ne lui demande rien dans sa poitrine, jusqu'à ce que le fruit énorme ne menace maintenant d'exploser. Et chaque cours de maths semblait en rajouter une couche. Jamais autant elle n'avait regretté être en classe scientifique. Elle avait maths presque tous les jours, comment pourrait-elle s'en sortir ?

En classe avec Winter, Anna avait tellement peur qu'on ne lise ses sentiments sur son visage qu'elle se faisait la plus discrète possible. Elle parlait peu, ne participait presque pas, prétendit être malade ou fatiguée, et tenta de cacher son attitude inhabituelle sous une couverture sérieuse qui ne lui ressemblait pas. Studieuse, oui, sérieuse, non. Et elle faisait tout, tout son possible, pour ne pas croiser le regard de son enseignante.

Peut-être que si je le prends comme une plaisanterie, ça me sortira de la tête ? Après tout, j'ai bien cru que j'étais folle amoureuse de Benedict Cumberbatch quand j'étais au collège, ça a bien fini par me passer… Bon, d'accord, j'ai quand même passé deux ans à coller des photos de lui dans mon agenda… Et puis Winter est beaucoup plus belle que lui…

Aaaargh, mais ça me sort d'où une pensée pareille ?

Anna se prit la tête dans ses mains, comme si en écrasant ses yeux, son front et ses tempes elle allait réussir à faire taire les voix qui débattaient dans sa tête en hurlant comme sur la chaîne parlementaire.

- Tout va bien, Anna ? demanda Winter en posant une main apaisante sur son épaule.

Le choc de voir sa prof si près d'elle, et en train de la toucher fit sursauter Anna si fort que l'enseignante retira sa main comme si elle venait de se brûler, et recula instinctivement d'un pas, l'air légèrement inquiète.

- Ou…oui, croassa Anna sans oser la regarder. Je… je suis fatiguée, c'est tout.

- Tu es sûre ? insista Winter d'une voix douce en se penchant vers elle.

Anna ne pouvait pas lever la tête, encore moins la regarder dans les yeux. Elle se contenta d'acquiescer, et lorsqu'un garçon l'appela à l'autre bout de la salle, l'enseignante quitta sa table non sans cesser de la regarder avec inquiétude.

Anna se sentait glacée, à l'endroit où Winter l'avait touchée, comme si toute la chaleur de son corps avait disparu lorsque Winter avait retiré sa main. Elle fut parcourue d'un violent sanglot et tout son corps se mit à trembler.

Il faut que je sorte d'ici !

Les yeux de Mérida étaient écarquillés, et une expression qu'Anna n'avait jamais vue lui tordait le visage. De la stupeur, de l'inquiétude, et d'autres choses encore qu'Anna ne parvenait pas à déchiffrer. La sportive sortit un mouchoir de son sac, y appliqua la pointe de son stylo plume rouge jusqu'à y laisser une grosse tache écarlate, et le tendit à Anna. La petite rousse fronça les sourcils sans comprendre, et Mérida toucha son propre nez. Anna devina où elle voulait en venir, et avec un faible hochement de tête reconnaissant, elle prit le mouchoir et se le plaqua sur le visage.

- Madame ! s'exclama immédiatement Mérida sans lui laisser le temps de dire ou faire quoi que ce soit. Anna saigne du nez !

Winter, qui était penchée au-dessus du classeur d'une des filles de la classe, se redressa vivement et se tourna vers les deux jeunes filles avec un air inquiet.

- Tu peux aller aux toilettes, Anna, répondit-elle d'un ton professionnel, mais si ça ne s'arrête pas, reviens prendre ton carnet et pars à l'infirmerie.

- Merci, bredouilla-t-elle en se levant et sans la regarder.

Elle espéra que personne n'avait remarqué la supercherie, ni son visage couvert de larmes et ses yeux rouges qu'elle tentait de cacher tant bien que mal derrière le mouchoir souillé. Elle courut dans les couloirs vers les sanitaires les plus proches, entra dans les toilettes pour filles, s'enferma dans une cabine, glissa le long de la porte, et s'effondra par terre.

Putain mais qu'est-ce qui m'arrive ?

Ses larmes coulaient sur son visage sans qu'elle ne puisse les arrêter. Elle était dans la merde, sacrément dans la merde. Et il lui restait encore deux semaines, soit douze heures de maths, avant les vacances. Elle n'allait jamais pouvoir tenir. Il lui fallait tomber désamoureuse, et vite, avant de complètement craquer.

La porte des toilettes s'ouvrit quelques instants plus tard, mais Anna ne l'entendit pas. Elle pleurait à gros sanglots, trempant son écharpe, le sol autour d'elle jonché de morceaux de papier toilette humides de ses larmes.

- Hey, ça va là-dedans ? demanda une voix douce et amicale.

Anna avala un sanglot douloureux et essuya ses yeux du revers de la main mais elle ne répondit pas.

- Anna ? Qu'est-ce qui t'arrive ?

La jeune rousse leva la tête en direction de la voix surprise et inquiète. L'intruse s'était hissée sur la pointe des pieds et une tête blonde et mal coiffée émergeait juste au-dessus de la porte des toilettes.

- Alice ! s'exclama Anna, choquée. Et si j'avais été en train de pisser ?

- Mais tu ne l'es pas, répondit simplement son amie. Ouvre cette porte, et raconte-moi tout. Qu'est-ce qui ne va pas ?

Son ton rêveur habituel avait disparu, remplacé par une expression troublée dans ses grands yeux. Anna avait envie de lui demander de la laisser tranquille, mais c'était inutile. Si elle avait elle-même trouvé une de ses amies dans son état dans les toilettes alors qu'elle aurait dû être en classe, jamais elle ne l'aurait laissée comme ça sans avoir une explication et sans avoir cherché à la réconforter.

Elle rampa à moitié vers la porte et, sans se lever, tira sur le verrou. Alice l'ouvrit et s'agenouilla à-côté d'elle, puis posa une main réconfortante sur son épaule. La sensation rappela à Anna l'autre main qui s'y était posée quelques minutes plus tôt, et un nouveau sanglot monta dans sa gorge.

- Tu m'inquiètes, Anna, je ne t'ai jamais vu dans cet état.

- C'est rien, croassa la jeune fille d'une voix étranglée. Je… je suis juste tombée amoureuse de quelqu'un qui n'en a strictement rien à faire de moi et je n'arrive pas, d'une à m'en remettre, de deux à réaliser que j'ai pu en tomber amoureuse… Et avant que tu ne poses la question, non, vous ne vous connaissez pas.

Alice eut une moue compatissante. Elle tapota doucement l'épaule d'Anna, puis se décala pour fouiller dans son sac. Elle en sortit une tablette de chocolat à peine entamée, en cassa un gros morceau et le tendit à la jeune rousse.

- Si tu n'as pas envie d'en dire plus, je ne chercherai pas à en savoir plus, dit-elle simplement.

Anna ouvrit de grands yeux. Elle s'attendait si peu à tant de gentillesse et de sincérité qu'elle se remit à pleurer.

- Tu es en cours de maths, non ? Dans la salle 302 ?

Anna acquiesça en tremblant. Pourquoi posait-elle cette question ? Avait-elle deviné quelque chose ? Etait-ce si évident ?

- Je vais chercher tes affaires et ton carnet, expliqua Alice d'une voix douce et patiente, et Anna relâcha un souffle qu'elle retenait sans s'en être rendue compte. Ne bouge pas. Je reviens dans une minute pour t'amener à l'infirmerie. Je ne suis pas sûre que tu as très envie de retourner en cours cet après-midi.

- Merci Alice, murmura Anna avec reconnaissance et soulagement, et elle mordit à pleines dents dans le chocolat.


La nuit était magnifique. Il n'y avait pas un nuage dans ce ciel de décembre, pas l'ombre d'une goutte de pluie, pas le moins souffle de vent. Il faisait froid, mais un froid agréable, juste ce qu'il fallait pour faire rougir ses joues et chatouiller ses oreilles à moitié protégées par un bonnet de laine. Haut dans le ciel, la lune brillait, jalouse du spectacle qui se déroulait sous ses yeux.

Les lumières dansaient sur les façades des grands bâtiments. Certains spectacles étaient magnifiques, d'autres amusants, et d'autre encore étaient touchants l'air était rempli de musiques, du brouhaha de la foule, et des cris des vendeurs de vin chaud derrière leurs stands improvisés.

Elle avait toujours aimé la fête des Lumières, et elle se débrouillait chaque année pour venir passer tout un week-end avec ses amis de Lyon. Ils étaient toute une bande dans les rues, riant, prenant des photos, discutant du meilleur chemin pour aller d'une place surpeuplée vers une autre en évitant la foule. Ils s'arrêtaient régulièrement pour prendre l'un un vin chaud, l'autre une gaufre, ou encore une tartiflette faite maison servie dans une barquette en plastique.

Plusieurs de ses amis étaient en couple, et à de nombreuses reprises, elle songea comme il serait romantique d'être avec quelqu'un en cette nuit si agréable, surtout en cet instant tandis qu'elle regardait depuis la passerelle les lumières se refléter dans l'éclat sombre et lisse de la rivière.

Et elle savait très exactement avec qui elle aimerait être.

La vie pouvait être tellement injuste…

- Elsa ? Tu viens ? On monte à Fourvière !

Olaf revint vers elle. Elle était restée en arrière tandis qu'ils prenaient leur décision, le regard perdu dans l'illumination de la façade des bâtiments le long de la Saône, et le jeune homme passa un bras autour de ses épaules. Il était chaud et réconfortant, et Elsa relâcha un soupir.

- A quoi tu penses, ma belle ? demanda-t-il en lui tendant son gobelet de vin chaud.

- Tu sais très bien à qui je pense, répondit-elle simplement, refusant le verre d'un geste de la main.

Le visage d'Olaf passa de la curiosité à l'inquiétude, et son sourire habituel disparut.

- Tu te fais du mal, Elsa…

- Je sais…

Elsa suivit passivement ses amis tandis qu'ils se dirigeaient vers la basilique de Fourvière, sur la colline. Le trajet depuis les quais consistait en une route qui grimpait, une marche à travers des jardins de rosiers desséchés par l'automne et le froid de décembre mais artistiquement illuminés eux aussi, et des escaliers qui étaient beaucoup plus fréquentés qu'à n'importe quel autre moment de l'année.

L'ambiance était joyeuse, tout le monde commentait les animations, Olaf faisait des plaisanteries et se montrait charmant pour impressionner un garçon pourtant hétéro qui voyait les illuminations pour la première fois, et Elsa… Elsa restait en arrière, et regardait le spectacle familier à travers les yeux d'une personne qui n'était pas là.

Je me demande si Anna est déjà venue pour les Lumières, songea–t-elle, son esprit suivant sa propre route tandis que son corps la conduisait, pas après pas, vers le sommet de la colline. Et si Anna était là, et qu'elles se croisaient par hasard ? Une autre pensée fit écho à la première, claquante comme un fouet. Rien ne se passerait de toute façon. Elle serait probablement avec ses parents, et même si ce n'était pas le cas… elle restait sa prof malgré tout.

Elsa avait eu plusieurs histoires d'amour par le passé. Des courtes, des longues, des malheureuses mais jamais elle ne s'était trouvée dans une situation aussi désespérée. Car rien de bon ne pouvait advenir, elle le savait, et cela ne faisait que la désespérer davantage.

Il leur fallut presque une demie heure pour atteindre l'esplanade de la basilique, et la vue magnifique qu'elle offrait sur la ville. Un nombre incroyable de personnes armées d'appareils photos, de téléphones portables ou de reflex sur leurs trépieds tentaient d'immortaliser les jeux de lumière. Ils restèrent une minute ou deux à regarder la vue, puis s'éloignèrent de la rambarde à la recherche d'un endroit plus tranquille.

Le petit groupe avait décidé de s'offrir une pause dans leurs péripéties nocturnes quelqu'un sortit un vieux plaid polaire de son sac à dos et l'étala sur le sol, et les jeunes adultes s'assirent en laissant échapper des soupirs de soulagement. Muriel, une artiste aux cheveux à la teinture rouge vif s'assit à-côté d'Eric, son fiancé, tandis qu'Aurore se calait juste entre les jambes d'Isabelle, qui étendit ses bras autour des épaules de sa petite amie. Ali décida d'aller rejoindre la foule des photographes, au grand regret d'Olaf et Elsa s'assit dans un coin en repliant ses jambes, et serra ses genoux contre sa poitrine.

- Ca n'a pas l'air d'aller, Elsa, fit remarquer Eric devant son inhabituel mutisme.

La jeune femme, tirée de pensées qu'elle n'aurait de toute façon jamais dû avoir, expira profondément.

- Ca va, dit-elle en haussant les épaules. Je suis un cas désespéré, c'est tout.

Sa réflexion plus que son attitude prit ses autres amis par surprise. Elsa soupira en se traitant mentalement de tous les noms. Elle n'avait fait que se mettre stupidement au centre de toute l'attention, alors qu'elle aurait préféré passer la soirée en tête à tête avec ses rêveries, à défaut de mieux.

- Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Belle.

- Rien, grommela Elsa, ne voulant pas en dire davantage.

- Elle est amoureuse, c'est tout, expliqua Olaf en étendant ses jambes et en essayant d'attirer Elsa dans ses bras.

La jeune femme repoussa son meilleur ami et tenta de tourner le dos à tous ces regards curieux.

- Et vu ta tête, on doit en déduire que c'est pas une bonne nouvelle ? voulut savoir Belle.

- Est-ce que c'est une fille qu'on connaît ? demanda Aurore.

Olaf regarda Elsa, mal à l'aise, tandis qu'elle resserrait ses bras encore plus fort autour d'elle, comme pour s'enfermer dans un cocon. Elle ne répondit pas. Il se releva et décida de s'asseoir juste derrière elle pour pouvoir la serrer contre lui.

- Non, répondit-il à sa place, et il la sentit se crisper dans ses bras.

- C'est une fille du genre inaccessible ?

- Et par inaccessible, sous-entendu « hétéro » ?

Aurore et Belle n'avaient visiblement pas compris qu'Elsa ne voulait pas en parler. Dans sa poitrine, son cœur battait furieusement, effrayé à l'idée que ses amis apprennent pour qui elle avait des sentiments. Effrayé à l'idée d'être jugée et condamnée pour quelque chose qu'elle était incapable de contrôler.

- Je ne peux pas vous le dire… bredouilla-t-elle.

- Mais pourquoi ? dit Aurore avec surprise. Si en plus on ne la connaît pas, où est le problème ? Allez, vide ton sac, je te promets que tu te sentiras mieux.

- Et comme ça on pourra tous te consoler, renchérit la brune.

Elsa poussa un soupir qui sonnait excédé. Elle releva la tête et planta un baiser sur la joue barbue d'Olaf, avant de tourner son regard vers ses amies.

- Vous savez que d'après les statistiques, c'est au boulot qu'on a le plus de chance de tomber amoureux de quelqu'un, commença-t-elle d'un ton sans joie.

- Oooh, s'exclama Muriel. Tu as rencontré quelqu'un à ton boulot ?!

L'enseignante esquissa un sourire résigné.

- Tu veux que je te rappelle où je travaille ? Et le genre de personnes avec qui je passe le plus clair de mon temps ?

Elle regarda ses amis réfléchir, froncer les sourcils à ses paroles, et leurs yeux s'écarquiller les uns après les autres tandis qu'ils réalisaient ce qu'elle était en train de leur révéler.

- Putain… murmura Aurore.

- Je ne comprends pas, dit Muriel. Quel est le souci ?

Olaf leva les yeux au ciel, et Belle se tourna vers Muriel.

- Le souci, c'est que notre chère Elsa craque sur une de ses élèves.

C'était horrible de le vivre, atroce de le penser, mais l'entendre de la bouche d'une de ses plus anciennes amies était une véritable torture. Comment pouvait-elle continuer à vivre avec elle-même, comment ses amis pouvaient-ils continuer à la fréquenter ? Olaf avait beau dire le contraire, une personne sensée et bien dans sa tête ne se serait jamais retrouvée dans cette situation. Elle se mit à trembler de tous ses membres, et elle avait l'impression que seuls les bras d'Olaf, fermement mais gentiment serrés autour d'elle l'empêchaient de tomber littéralement en morceaux.

Aurore s'exclama qu'elle était tombée amoureuse d'une de ses profs en classe de première, sur quoi Belle la traita de traînée, et tout le monde éclata de rire. L'ambiance se détendit, et Elsa relâcha le souffle qu'elle retenait sans s'en rendre compte. Personne ne l'avait traitée de perverse ou de dégénérée, au contraire tous semblaient compatir à son malheur.

Ali était revenu, et Eric, Muriel et lui se mirent à discuter du programme du lendemain. Elsa les écouta un instant débattre de l'endroit où ils aimeraient aller bruncher, puis elle se recroquevilla à nouveau, désireuse que le week-end prenne fin.

Belle et Aurore s'assirent de part et d'autre d'elle, mais comme elle ne relevait pas la tête, Aurore se racla la gorge pour attirer son attention.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Elsa d'un ton déprimé.

- On voulait juste que tu nous en racontes un peu plus sur cette histoire. Comment en es-tu arrivée à tomber amoureuse d'une élève ?

Elle ne répondit pas, et ferma les yeux, la tête enfouie dans ses bras. Elle ne savait pas comment répondre à cette question, qu'elle s'était déjà posée à elle-même plus d'une fois. Comment en était-elle arrivée là ? Ce serait si facile de rejeter la faute sur Anna, mais l'adolescente n'y était pour rien si elle était… comme elle était.

- Bon, Olaf, tu peux peut-être nous en dire plus ? demanda Belle.

- Qu'est-ce que tu veux savoir ? répondit Olaf.

- L'essentiel ! dit Aurore avec un grand sourire.

Une voix fatiguée sortit du cocon dans lequel se trouvait Elsa.

- Elle s'appelle Anna, dit-elle en faisant sursauter ses trois amis qui ne s'étaient pas attendus à l'entendre répondre. Elle est en terminale S, dans une de mes classes, et elle doit avoir un peu moins de dix-huit ans.

- Bon, t'es pas pédophile, c'est déjà rassurant ! s'exclama la grande blonde en espérant faire rire son amie.

Aucun rire ne s'échappa de la bouche d'Elsa. Aurore pinça ses lèvres en une moue désolée.

- Elle ressemble à quoi ?

- Elle…

Elsa s'interrompit. Comment décrire Anna ? Comment pouvait-elle montrer à ses amis à quel point l'adolescente était une personne magnifique ?

- Je dois reconnaître qu'elle est plutôt mignonne, répondit Olaf à la place d'Elsa.

- Plutôt mignonne ? s'indigna l'enseignante, la tête toujours enfouie dans ses bras et son écharpe. Tu n'as vraiment aucun goût en matière de fille.

- Bon, je vais vous la montrer, vous vous ferez votre propre idée.

- Tu as une photo ? s'exclama Aurore, un air avide sur le visage.

- Juste sa photo de profil sur Facebook, dit-il en pianotant sur son téléphone pour se connecter au réseau social.

- Tu n'arrives à rien voir de plus ? demanda la blonde en se penchant pour regarder son écran. Les ados ne protègent jamais leurs profils normalement.

- Elle s'y connaît davantage en informatique que vous deux réunies, grogna à nouveau la voix dans le cocon.

- Tiens, la voila, dit Olaf en lui tendant son téléphone.

Aurore poussa un sifflement appréciateur et passa le téléphone à Belle.

- Woaw !

- Donc, elle est canon, elle est geek, et presque majeure. Ca se présente plutôt bien. C'est quoi le problème ? Elle est hétéro ?

Le souffle d'Elsa se bloqua tout à coup, comme si sa respiration venait d'être brusquement interceptée. Elle sentit ses yeux commencer à brûler, et un sanglot monter dans sa gorge.

- Le problème ? s'étrangla-t-elle. Comment tu peux ne pas voir le problème ? Je suis sa prof, putain, pas une copine de classe !

- Quand je te disais qu'elle est amoureuse, dit Olaf, c'est pas juste un béguin comme ça sur lequel elle peut s'amuser. Elle est vraiment amoureuse.

Entre l'insistance de ses amies et les bavardages d'Olaf qui ne savait décidément pas tenir sa langue, Elsa finit par tout raconter. Anna au lycée, Anna en cours de maths, Anna dans sa voiture, Anna qui restait avec elle à la fin des cours pour discuter, Anna qui venait entre deux cours lui dire que non, elle ne sort pas avec sa copine. Anna qui lui souriait en classe et dans les couloirs.

Anna qui lui souriait, tout le temps…

- Attends, coupa Aurore. Tu veux dire que tu l'as prise en stop en pleine nuit, alors qu'elle sortait de chez son mec ?

- C'est plus compliqué que ça. D'après ce qu'elle m'a dit, elle s'est à moitié enfuie de chez lui parce qu'elle n'était pas prête à coucher avec lui.

- C'est une élève et elle te raconte tout ça ?

Belle interrompit la remarque surprise d'Aurore par un geste de la main.

- C'est pas ça qui est intéressant. C'est qu'elle se soit barrée de chez son mec. Une fille en couple depuis six mois qui s'enfuit quand son mec veut coucher, sauf si c'est un vrai connard, c'est qu'elle n'est peut-être pas si hétéro que ça.

- Tu crois que je ne me suis pas déjà fait cette réflexion ? répliqua Elsa d'une voix perçante. A ton avis, pourquoi je lui ai lancé une perche au sujet de ses « nouvelles meilleures fréquentations » ?

- Et, hétéro ou pas, fit remarquer Olaf avec justesse, ça reste une élève, alors à moins d'attendre jusqu'au bac…

Un nouveau sanglot monta dans la gorge d'Elsa elle tira son bonnet pour cacher ses yeux et son visage, et fondit en larmes, la tête dans ses mains.

Ne montre rien, ne ressens rien…

Ne la laisse rien savoir…


J'espère que ce chapitre vous a plu ! Que pensez-vous du couple Aurore-Belle ? :D Elles ne sont que de passage, mais on les reverra un peu plus tard.

Des commentaires, des critiques, des peurs, des angoisses : laissez une review !

Je ne fais pas de réponses aux reviews en général parce que je préfère répondre par MP, mais je tenais quand même à dire que vous messages sont super motivants, n'hésitez pas à émettre des hypothèses ou proposer des suggestions !

Sinon, je viens il y a un quart d'heure de rédiger la scène finale de cette histoire. Il ne me reste plus qu'à écrire tout ce qui se passe avant ^^

Bonne semaine ! (la mienne s'annonce ultra riche en taf, ça va être tendu pour écrire, mais rassurez-vous, j'ai pas mal d'avance, et un chapitre sera posté mercredi prochain comme prévu !)

Ankou