Bonjour à tous !
Ah, le drame a fait son entrée dans l'histoire !
J'ai envie de vous dire que ça ne durera pas, mais ce serait vous mentir, et vous le savez bien.
Anna, notre chère Anna, si insouciante, si impétueuse, va-t-elle franchir le premier pas ?
Elsa, sérieuse Elsa, réalisera-t-elle ce qu'il se passe dans la tête de son élève ?
Et que va devenir Mérida, 3ème roue du vespa, dans tout ça ?
Bonne lecture !
Chapitre 10
Anna accueillit le week-end comme une libération. Elle se leva tard, et passa plusieurs heures le samedi à essayer de rattraper ses cours de la semaine, où sa capacité d'attention en classe avait été proche du néant. Elle ne pouvait pas se permettre de décrocher complètement, elle était déjà persuadée d'avoir raté son contrôle d'anglais, et elle ne comprenait absolument rien à son cours de chimie. Quant à la philo, n'en parlons même pas.
Des sensations nouvelles l'envahissaient son cœur battait plus vite, son souffle semblait plus court, son estomac se nouait et se dénouait comme si une force extérieure s'amusait avec et regardait jusqu'où on pouvait aller avant de la faire vomir. Anna avait entendu parler de « papillons dans le ventre » et autres expressions imagées similaires, mais elle avait plutôt l'impression qu'il s'agissait de dragons qui luttaient et crachaient leurs flammes à l'intérieur de son corps tourmenté.
Elle avait lu beaucoup de romans durant son adolescence, qu'il s'agisse de récits d'aventure, de fantasy, de science-fiction (ses préférés évidemment) et même quelques romans de plage plus légers suffisamment pour reconnaître qu'elle était dans un cas typique, un, d'amour à sens unique et deux, d'amour impossible. Mais aucune de ses lectures ne l'avait préparé à la douleur qui accompagnait cette situation.
Jusqu'à présent, elle ne savait pas qu'aimer pouvait faire si mal.
Elle coupa le contact une fois arrivée devant la porte de Mérida. D'un geste habitué, elle enroula son antivol autour de la roue de son scooter et l'accrocha au poteau sur le trottoir. Le macadam, au pied de ce poteau, portait les nombreuses traces de la béquille, petites empreintes enfoncées dans le goudron, témoin de toutes les fois où elle était venue ici depuis leur première rencontre.
Des bouteilles de bière à la cerise s'entrechoquaient dans son sac, et le son accompagna son trajet jusqu'à la porte d'entrée. Sa main tremblait tandis qu'elle approchait de la sonnette, puis retomba, moite, le long de son corps. Elle s'était retrouvée sur ce perron une bonne centaine de fois depuis son année de quatrième mais elle n'avait jamais été aussi tendue de se retrouver avec Mérida pour toute une soirée. Son alarme interne trouvait que ce n'était pas normal, mais elle avait l'impression que plus rien en elle n'était normal depuis une semaine.
Ding dong
Anna prit une grande inspiration. Cette soirée allait être spéciale. Elle s'était préparée psychologiquement à être tiraillée par Mérida après une semaine de silence. Elle y pensait tellement qu'elle avait passé son heure de maths à préparer dans sa tête des réponses aux questions indiscrètes que son amie ne manquerait sûrement pas de lui poser. Evidemment, sa concentration en avait pâti, mais au moins elle avait pu penser à autre chose qu'à la grande blonde aux yeux bleus debout devant le tableau. Ca lui avait permis d'éviter de réitérer le fiasco du vendredi précédent. Fondre en larmes en cours. Ca m'étonne presque que Winter ne m'ait rien dit aujourd'hui… Heureusement que Mérida m'a sauvé la mise…
Mérida ouvrit la porte et accueillit Anna avec un grand sourire et une exclamation bruyante. Comme d'habitude ? Non, il y avait quelque chose de légèrement différent dans son attitude, Anna le sentait. Elle parlait un peu trop vite, sa voix était un peu plus aiguë, des différences infimes mais qu'Anna ne pouvait pas ignorer.
Rapidement, elles se retrouvèrent dans le salon, assises sur le canapé, une bière à la main. Anna sortit de son sac une grosse boîte de chocolats, le genre gourmand, au lait avec de la praline ou de la ganache dedans, et la posa sur la table basse. Elle en prit un, le déballa avec des gestes lents et précautionneux, et mordit dans le chocolat. Les yeux fermés, elle sentait le sucre et le cacao rouler sur ses papilles gustatives, le cœur crémeux fondre dans sa bouche, et elle ne put empêcher un son à mi-chemin entre l'exclamation et le gémissement s'échapper de ses lèvres.
Elle rouvrit les yeux et vit Mérida qui la regardait avec une expression surprise, presque choquée, et Anna se mit à rougir.
- Désolée, c'est l'effet choco ! dit-elle la bouche encore à moitié pleine de pâte de cacao. Tu devrais en prendre un, ils sont délicieux.
Mérida baissa les yeux et tendit une main timide et tremblante vers la boîte pour prendre à son tour une des sucreries.
Timide, Mérida ?
Un chocolat et quelques gorgées de bière plus tard, alors que les conversations avaient défilé entre leurs cours de la journée, la tenue hideuse de Weselton, la dissertation d'histoire en passant par le menu de ce midi à la cantine et même le temps qu'il faisait dehors, Anna commença à se sentir drôlement mal à l'aise. C'était Mérida, nom d'un nombre complexe, pas une de ces filles de sa classe à qui elle ne parlait qu'en cours de sport ou dans la file d'attente de la cantine ! Elles en étaient même venues à parler de la météo de demain ! S'il y avait bien une chose dont elle était sûre malgré toutes ses incertitudes, c'était qu'elle ne voulait pas laisser un béguin pour qui que ce soit détruire l'amitié et la complicité qu'elle avait avec Mérida !
- Mérida… dit-elle une fois sa décision prise, et au même moment, la sportive ouvrait la bouche et disait « Anna… » sur le même ton.
La bizarrerie et la maladresse de la situation disparurent instantanément dans l'éclat de rire que partagèrent les deux adolescentes. Anna essuya ses yeux devenus brillants par le rire tandis que Mérida calmait une quinte de toux par une nouvelle gorgée de bière. Elles se regardèrent en souriant, la petite rousse enfin rassurée de voir que la gêne était finalement tombée.
- Je pensais que tu me harcèlerais de questions, dit Anna tout à coup, lorsque son souffle redevint à peu près normal.
Le sourire de Mérida disparut, et elle baissa les yeux dans le verre qu'elle tenait à la main.
- Je suis désolée si je me suis montrée distante, ces derniers jours, dit Mérida d'un ton d'excuse. Tu sais… J'avais besoin de temps pour digérer… tout ça.
La boule réapparut dans la gorge d'Anna, bondissant dans sa poitrine comme un de ces horribles petits diables sur ressorts dans une boite affreuse qu'on aurait mal refermé. Elle essaya de comprendre l'émotion qui l'envahissait. La déception. Ca ne ressemblait pas du tout à Mérida de réagir comme ça.
- Au début, j'avais juste besoin de réfléchir, reprit la sportive qui gardait toujours la tête baissée, mais après le cours de maths de vendredi… T'imagine pas le mal que ça m'a fait de te voir… comme ça.
Sa voix faiblit et se cassa.
- Et quand Alice est arrivée pour dire que tu ne reviendrais pas… J'ai eu l'impression d'être un monstre, je supportais pas de te voir subir ça…
- Mais… pourquoi ?
Anna avait les sourcils froncés, elle ne comprenait pas de quoi parlait Mérida. S'il y avait un monstre dans l'histoire ce serait Winter (et encore, pensa Anna, elle n'y est strictement pour rien si je suis incontrôlable), pas elle. Pourquoi cette culpabilité ? Pourquoi Mérida ressentait-elle ce besoin de s'excuser ?
- Je sais que tu n'as pas voulu me dire sur qui tu craquais… dit la grande rousse.
- Je suis désolée Mérida, coupa Anna d'une petite voix, ne crois pas que je ne te fais pas confiance, mais… je ne peux pas te le dire, tu… ce serait trop bizarre.
- Je comprends.
- Vraiment ? demanda Anna d'un ton pas tout à fait soulagé. Tu… tu ne m'en veux pas ?
- Tu sais… si nos rôles étaient échangés, je ne pense pas que j'aurais eu le courage de te le dire non plus…
- Et curieuse comme tu es, tu crois que tu pourras survivre sans savoir ? demanda Anna avec une pointe de moquerie dans la voix.
Mérida leva les yeux au ciel.
- Anna… C'est pas comme si j'avais pas déjà deviné…
Le cœur d'Anna s'arrêta net ses yeux devinrent grands comme des soucoupes à thé. Comment a-t-elle pu deviner ? Et si elle a deviné, ça veut dire que d'autres le savent peut-être aussi, peut-être que mon attitude ces derniers jours était trop évidente, et nom d'un chien, et si Winter s'en était rendue compte elle aussi ? Je suis foutue, foutue, foutue…
- Tu dois me prendre pour une folle, murmura Anna d'une voix cassée en se tenant la tête dans ses mains.
Oui, car qui d'autre qu'une folle pouvait se mettre à craquer sur une prof ? Non, pas craquer, ce serait trop facile, trop négligeable… Qui pouvait tomber amoureuse d'une prof, comme ça ?
- Anna, tu es ma meilleure amie, bien sûre que je t'ai toujours prise pour une folle, dit-elle avec un petit rire nerveux. Mais je…
Elle prit sa bière, la porta à ses lèvres, et la reposa sans même en avoir bu une gorgée.
- Je ne l'avais pas vraiment vu venir, en fait, avoua-t-elle. J'ai jamais vraiment craqué pour une fille, mais je t'avais toujours vue comme la plus hétéro de nous deux, peut-être parce que tu es sortie avec Hans mais visiblement j'avais tort. Je… je t'aime beaucoup Anna, et te voir dans tous ces états me rend malade, mais je ne sais pas si je suis prête… pour ça.
Anna avait voulu l'interrompre deux, trois fois, mais la grande rousse l'avait empêchée du même geste de la main. Elle se sentait nerveuse, contrariée, les larmes étaient en train de gagner du terrain, et Mérida, Mérida prétendait ne pas pouvoir accepter qu'elle ait des sentiments pour quelqu'un… quelqu'un qui ne l'aimait même pas ! Enfin, peut-être que Winter l'aimait, l'appréciait pour utiliser un terme plus approprié, mais c'était tout ! Et elle n'y était pour rien ! Elle n'avait rien provoqué, rien déclenché ! C'était pas sa faute, putain !
- Je suis désolée que tu le prennes comme ça, dit Anna d'un ton un peu trop froid, comme si elle voulait essayer de raisonner sa probablement ex-meilleure amie.
Ca y est, la première larme venait de tomber. Mais pas de ses yeux. Elle venait de glisser le long de la joue ronde et lisse de Mérida. L'assurance d'Anna vacilla en voyant l'expression misérable sur le visage de son amie.
- De toute façon, ajouta-t-elle comme pour se justifier, c'est un… béguin à sens unique, je le sais depuis le début, il n'y a aucune chance pour que quoi que ce soit arrive…
- C'est moi qui suis désolée, coupa Mérida d'une petite voix. Tu aurais préféré que je réagisse autrement, je sais…
- C'est vrai, avoua Anna, et une autre salve de larmes partit du visage de la grande rousse. Je pensais avoir une meilleure amie à mes côtés pour m'aider à me convaincre de craquer sur quelqu'un d'autre, quelqu'un de plus accessible…
- Je…
- Des fois je me dis que les choses auraient été beaucoup plus faciles si j'étais tombée tout simplement amoureuse de toi.
Mérida releva brusquement la tête, et Anna eut tout d'un coup peur d'avoir poussé son amie beaucoup trop loin.
- Tu… Qu'est-ce que tu as dit ?
- Laisse tomber, répondit Anna en se mordillant les lèvres, les joues si rouges que toutes ses taches de rousseur semblaient avoir disparu. J'essayais de… de faire de l'humour. C'était pas la meilleure idée…
Les yeux de Mérida étaient grands comme jamais.
- Tu n'es… pas amoureuse de…
Elle s'interrompit, comme si avaler sa salive était devenu incroyablement douloureux.
- Tu croyais que j'étais amoureuse de qui ? contra Anna, ses sourcils formant un V écarlate au sommet de son nez, comme si elle n'osait pas, ne voulait pas comprendre.
- Je croyais que tu craquais sur moi ! s'exclama la grande rousse, les larmes volant tout autour d'elle tandis qu'elle secouait la tête avec incrédulité.
- Quoi ? cria Anna d'une voix choquée. Mais non !
Si elle avait été en train de boire à cet instant, la pièce aurait été tapissée de bière recrachée.
- T'es… t'es ma meilleure amie, mais non ! répéta-t-elle de la même voix aiguë.
Comme si un tremblement de terre avait lieu dans son ventre, un premier son s'échappa de la bouche de Mérida, son corps se mit à vibrer puis à trembler, et enfin ses lèves explosèrent en un fou rire, incontrôlable et elle se mit à rouler sur elle-même en se tenant le ventre. Au bout de quelques secondes à la regarder avec des yeux ronds, Anna sortit de sa stupeur et se mit à rire en chœur avec elle, toute la tension accumulée pendant cette étrange et insupportable conversation rejetée comme une bulle de savon tout juste éclatée.
- Et dire que ça fait une semaine que j'angoisse à l'idée de devoir te mettre un râteau ! s'étrangla Mérida en reprenant son souffle.
- Et moi qui ai cru que tu étais devenue une de ces connasses d'homophobes ! s'exclama Anna, toujours aussi incrédule. Je ne comprends pas comment tu as pu croire ça !
- Mets-toi à ma place, c'était plutôt évident !
- …
Mérida referma la bouche ouverte d'Anna d'un geste de la main. Anna n'arrivait pas à y croire. Elle, amoureuse de Mérida ? C'était absurde, et pourquoi pas amoureuse de sa prof de maths tant qu'on y était ?
- Mais alors… Si ce n'est pas moi, qui est cette fille ?
Le rire s'arrêta net et mourut dans la gorge d'Anna. Ca y était. C'était maintenant, c'était le moment où elle allait devoir prendre cette décision. Son cœur se mit à battre à cent à l'heure, effrayé et honteux. Elle allait mentir à Mérida pour la toute première fois. Un nuage de culpabilité l'asphyxia, et elle fut incapable de répondre.
- Allez, dis-moi au moins son prénom !
Anna se mordit les lèvres. Allez, invente quelque chose, dis n'importe quoi !
- Ca ne servirait à rien vu que tu ne la connais pas.
Premier mensonge. Une boule tomba au fond de son estomac et lui donna la nausée.
- Quoi ? s'exclama la grande rousse, déçue. Je ne la connais pas du tout ?
- Non, affirma Anna d'une voix plus assurée.
- Tu peux au moins me la décrire alors ! Allez, je veux comprendre ce qu'elle a de si spécial !
Mérida était redevenue comme avant, la meilleure amie qu'Anna avait toujours eue, le genre à se dévouer pour écrire à sa place ses lettres d'amour, à attendre sous la pluie pour s'assurer que le rendez-vous ne finissait pas en catastrophe, le genre à vouloir savoir dans les moindres détails sur qui Anna avait jeté son dévolu. Anna ne pouvait pas ne pas lui répondre. Mais je peux ne pas lui dire la vérité…
- Elle… Elle est… elle est petite, elle a des cheveux bruns, assez courts et des yeux verts, dit-elle en essayant de mettre un peu de passion dans sa description totalement à l'opposé de la réalité.
Deuxième mensonge. La boule fut moins lourde et moins pénible à avaler cette fois.
- Jolie ?
- Sublime.
Ca au moins c'était vrai.
- Et tu penses qu'elle pourrait…
Anna ne laissa pas à Mérida le temps de finir sa question.
- Non. Aucune chance. Même pas en rêve. Je t'ai déjà dit que j'étais un cas désespéré ? plaisanta-t-elle.
Mérida répondit par un sourire, mais ce n'était pas un sourire amusé. C'était un sourire inquiet, à la fois compatissant et impuissant, comme si elle voulait montrer en une seconde l'étendue des sentiments que lui inspirait la situation fragile de son amie.
- Tu as essayé de lui en parler ?
- Quoi !? Non mais ça va pas la tête !? Aucune chance, je t'ai dit. En plus c'est pas le genre…
- Pas le genre quoi ? demanda la grande rousse avec un clin d'œil. Le genre lesbienne ?
Non, le genre à craquer pour une de ses élèves…
- Ouais, mentit à nouveau Anna, la mine sombre.
- Essaie de lui parler au moins !
- Impossible ! On n'a jamais eu de conversation personnelle ! s'exclama Anna avec un soupçon de détresse dans la voix, et elle réalisa que c'était un mensonge de plus.
Oui, elle avait eu des conversations personnelles avec Winter, plus d'une fois même, plus qu'aucune autre élève avec aucun autre prof… Et elle était… elle était branchée filles, en tout cas c'était ce que Mme Bulda avait laissé entendre… Et si Winter… Et si ça pouvait être réciproque après tout ?
Tu oublies une chose, stupide rouquine, pensa Anna. T'es une élève, c'est une prof. Point barre.
- Achève-moi… murmura Anna à Mérida.
Ca sentait le café. Quoi qu'il arrive, quelle que soit l'heure de la journée, l'odeur de café était omniprésente dans la pièce. Elle se faufilait même en dessous des portes et s'échappait jusque dans le couloir, agissant comme un appeau, une pièce carnivore qui attirerait les profs à l'intérieur de son ventre agité.
Elsa entra les bras chargés de livres et de copies à corriger. Un jeune prof d'italien lui tint poliment la porte, et elle lâcha son lourd fardeau sur une table libre. Une calculatrice électronique tomba sur le sol, et le bruit fit sursauter plusieurs de ses collègues, qui la saluèrent d'un mot ou d'un geste de la tête. Elle fit ensuite son parcours de routine dans la salle des professeurs. Elle mit l'eau dans la bouilloire, la bouilloire à chauffer, jeta un coup d'œil à son casier où se trouvaient quelques devoirs rendus en retard, attrapa sur l'étagère une tasse avec sa cuillère, et prit un sachet de thé dans une grande boîte en fer-blanc. Thé de Noël, c'était de saison.
Elle retourna vers la bouilloire au moment où celle-ci s'éteignait avec un bip sonore. Elle se dirigea vers sa place avec des pas précautionneux, tenant sa tasse fumante à la main. Elle s'assit, s'empara d'un stylo rouge, et s'enfonça dans la chaise rembourrée, prête à attaquer la grosse pile de travail qui l'attendait. Si elle voulait avoir son week-end tranquille, il lui fallait finir tout ça avant ce soir.
- Salut Elsa, je peux te déranger un instant ?
Elle tourna la tête et découvrit Mme Gerda. La jeune femme réprima un soupir qu'elle camoufla en un sourire poli. A croire qu'il lui était impossible d'espérer travailler efficacement et sans se faire déranger, surtout les vendredi matin !
- Oui, bien sûr, répondit-elle en ne laissant transparaître aucune de ses pensées agacées.
- Je peux te demander comment ça se passe avec Anna en ce moment ?
La poitrine d'Elsa se serra et ses mains se crispèrent autour de sa tasse de thé. Une goutte de liquide brûlant coula sur ses doigts. La jeune femme eut du mal à maintenir un visage impassible.
- Comme d'habitude, rien de particulier, pourquoi ?
- J'ai discuté avec Cécile, la collègue de physique, commença Mme Gerda en tirant une chaise pour s'asseoir face à Elsa. Apparemment, Anna fait face à de nombreuses difficultés en ce moment. Elle est perdue en cours, elle a eu une mauvaise note en DS et en TP, le collègue d'anglais la trouve absente – on parle bien d'Anna hein, rien ne la ferait taire, normalement.
Elsa resta silencieuse.
- J'ai regardé ses notes sur le serveur, ajouta Mme Gerda. Elles sont presque toutes en baisse ces derniers jours, et j'ai aussi constaté qu'elle a été à l'infirmerie vendredi dernier.
- Elle…
Elle ne m'a rien dit, faillit dire Elsa, et un nœud se serra péniblement dans sa poitrine.
- Elle participe moins, c'est vrai… admit-elle.
- Tu as une idée de ce qui peut lui arriver ?
- Pas vraiment, non. C'est pendant mon cours qu'elle est allée à l'infirmerie, précisa Elsa. Elle m'a dit qu'elle se sentait très fatiguée. J'ai pensé qu'elle était probablement débordée par le travail, après tout on n'est pas tendre avec eux…
- Eh ben, si elle a quitté ton cours à toi, c'est vraiment qu'elle n'allait pas bien. Je n'ai pourtant pas eu l'impression qu'elle était épuisée, je lui ai surtout trouvé l'air préoccupée, notamment mardi matin. Il doit y avoir quelque chose qui la perturbe et qui l'empêche de se concentrer. Ca peut être le stress, mais j'ai l'impression qu'il y a autre chose.
Elle griffonna quelques mots sur son agenda.
- Bon, encore une à mettre sur la liste des cas à gérer avant les vacances.
Elsa se mordilla les lèvres. Une boule de culpabilité naquit dans son ventre. Elle n'avait pas réalisé qu'Anna avait des soucis. Bien sûr, elle s'était inquiétée vendredi, bien plus qu'elle ne l'avait laissé paraître, mais elle n'avait pas cherché à en savoir plus. Elle avait bien pensé à aller voir Anna à l'infirmerie pour prendre de ses nouvelles, mais l'idée lui avait paru déplacée. Tu ne veux quand même pas qu'elle devine que tu es une dégénérée, pas vrai ?
- Que vas-tu faire ? demanda Elsa.
Mme Gerda poussa un profond soupir.
- Appeler ses parents, essayer de comprendre ce qui ne va pas, envisager un moyen de la remettre sur ses pattes…
- Je peux m'en occuper si tu veux, s'entendit dire Elsa.
- Ca serait super, j'en ai au moins sept autres à appeler, ça me soulagerait un peu, accepta-t-elle avec un sourire reconnaissant. Tu as l'air d'avoir un assez bon contact avec elle, ça peut te donner un avantage. Tu peux même essayer de parler avec elle avant d'appeler ses parents. A toi elle parlera, je pense.
La prof de maths hocha la tête.
- Je vais voir ce que je peux faire.
C'était complètement à l'opposé de la résolution qu'elle avait prise quelques semaines plus tôt. Mais ça faisait partie de son travail, se dit-elle, comme pour se défendre.
- Allez, je te laisse tranquille maintenant, je vois qu'un sacré travail t'attend ! Mais encore merci pour ton aide. Je ne tiens pas à la perdre, notre Anna.
Moi non plus…
Ca vous a plu ?
Hâte de lire vos retours !
Bonne semaine,
Ankou
