Hi everyone !
Avant de vous laisser lire ce nouveau chapitre, j'encourage tous les lecteurs/trices anglophones à lire Queens, de Cobray (voir mon profil, elle est dans mes favoris), dans laquelle Anna est une jeune politicienne, qui rencontre Elsa, la plus jeune souveraine d'Arendelle...
Malheureusement, cette fic n'est pas terminée, mais rien que pour les premiers chapitres, elle vaut le coup d'oeil (un bon niveau d'anglais est quand même requis).
Sans plus attendre, voici le chapitre 11. Bonne lecture !
Chapitre 11
Elsa entra dans son appartement, et posa sans délicatesse son sac sur une chaise et son téléphone sur la table basse de l'entrée. Elle venait de passer dix minutes au téléphone avec la mère d'Anna, et elle était énervée, inquiète et triste à la fois.
Olaf sursauta avec son casque, il n'avait pas entendu les bruits de clés dans la serrure. Il leva la tête de son ordinateur et laissa retomber son casque autour de son cou. Ses lunettes rondes et sa chemise à carreaux lui donnaient un air de geek de série télé, et lorsqu'il les releva sur son front, ses cheveux se hérissèrent en une sorte de houppette comique, et Elsa eut envie de rire et de se moquer de lui, tandis que dans son ventre, son estomac continuait de manifester son angoisse.
- Bonjour ! lança-t-il d'un ton enjoué en pivotant sur sa chaise. Ca va ?
- Bof, grommela Elsa.
Elle s'avança dans la pièce, l'embrassa sur la joue et s'assit sur un fauteuil à côté de lui. Il eut une moue à la fois curieuse et compatissante.
- Oh ? Dure journée ? Qu'est-ce qui ne va pas ma belle ?
- Moi ça va. C'est…
Elle hésita. Elle ne savait pas comment Olaf allait réagir. Il allait comme d'habitude tout prendre à la légère, persuadé que la « plaisanterie » allait finir par toucher à sa fin, c'était certain…
Mais la plaisanterie ne voulait pas s'arrêter.
- C'est Anna qui ne va pas.
Olaf roula des yeux, mais son expression changea si rapidement en une moue préoccupée qu'Elsa eut l'impression que cette réaction lui avait tout bonnement échappée. Commençait-il à réaliser qu'elle ne pouvait pas contrôler ses sentiments, qu'elle ne faisait que… que les subir ?
- Comment ça ? demanda-t-il finalement. Que lui arrive-t-il ?
- Elle… elle est différente, en ce moment. Elle bosse moins, ne participe plus, elle a l'air perdue… Sa prof principale est venue m'en parler ce matin, apparemment presque tout le monde a remarqué que quelque chose n'allait pas.
- Mais toi, tu lui as demandé ce qui n'allait pas ?
- Brièvement… Elle m'avait dit qu'elle était fatiguée, et quand j'ai essayé de discuter avec elle aujourd'hui, elle avait l'air… elle avait l'air vraiment mal à l'aise, on aurait dit qu'elle était gênée que je veuille lui parler…
Sa gorge se serra. Gênée, c'était une façon bien édulcorée de décrire la réaction de l'adolescente, qui s'était contentée de répondre à ses questions par monosyllabes sans la regarder dans les yeux, qui ne tenait pas en place, et qui était partie presque en courant dès qu'elle avait pu.
Elsa dénoua ses cheveux et se pencha pour délacer ses bottines. Elle profita de sa position, son visage hors du champ de vision d'Olaf, pour prendre une profonde inspiration, serrer les dents, retenir ses larmes et essayer de se donner une contenance.
- J'ai eu sa mère au téléphone, poursuivit Elsa d'une voix artificiellement calme en se relevant. Je voulais voir s'il n'y avait pas un… évènement familial qui aurait pu la perturber. Et pour mettre ses parents au courant. Mais sa mère pense qu'Anna est juste épuisée.
- Ca me paraît logique, dit Olaf d'un ton détaché. J'étais toujours défoncé avant les vacances de Noël. Te fais pas un sang d'encre pour ça.
- Oui, mais…
Elsa se mordit nerveusement la lèvre inférieure. Olaf haussa un sourcil en une expression curieuse.
- J'ai l'impression qu'il y a autre chose. Comme si elle était tracassée. Comme si elle avait quelque chose en tête qui…
Elle se mordait si fort qu'elle avait maintenant un goût de sang dans la bouche, et sa mâchoire était si tendue qu'elle semblait bloquée. C'était si dur de retenir ses larmes !
- J'ai peur d'avoir merdé, Olaf ! lâcha-t-elle d'une voix désespérée.
- Quoi ? s'exclama-t-il surpris. Mais de quoi tu parles ?
- J'ai peur d'avoir été trop évidente… de m'être mal comportée avec elle, tu comprends ? Ca fait deux semaines que son attitude a changé, elle ne me parle plus… J'ai tenté d'avoir une conversation avec elle aujourd'hui, mais elle s'est esquivée, comme si elle avait peur, comme si je n'étais rien d'autre que… qu'une…
- Qu'une prof, compléta Olaf avec une moue désolée. Peut-être qu'elle s'est rendue compte que son attitude à elle était bizarre, je veux dire, à son âge, c'est pas tellement normal de se confier à ses profs.
Elle pinça ses lèvres, luttant plus que jamais pour retenir un sanglot. Anna n'avait fait que lui dire que ça allait, qu'elle avait besoin de sommeil, qu'il n'y avait rien de grave, qu'elle était pressée, qu'elle devait y aller maintenant, et pourtant, Elsa l'avait ressenti aussi douloureusement qu'une annonce de rupture. Elle s'était si bien contentée de cette ébauche de relation ! Elle aurait dû se méfier de tirer tant de plaisir dans les quelques conversations qu'elles partageaient, les quelques sourires qu'elles échangeaient… Maintenant, elle se sentait abandonnée. Et elle avait peur. Elle ne voulait pas perdre Anna.
- Et si elle s'était rendue compte de quelque chose, dit Elsa d'un ton désemparé, et qu'elle a maintenant la trouille de se trouver avec moi et…
- Elsa, Elsa, calme toi ! Tu t'es toujours comportée de manière très pro, tu n'as rien à te reprocher !
Les premières larmes avaient coulé sur les joues de la jeune femme, piquante et douloureuses, et Elsa les repoussa rageusement du revers de sa main.
- J'espère que tu as raison… J'espère vraiment que tu as raison. Parce que si jamais elle s'est rendue compte de quelque chose et qu'elle en parle, même innocemment, je suis fichue.
- Ne t'inquiète pas, ma belle, la rassura-t-il. Encore une semaine et tu seras tranquille pour quinze jours. On va faire un sapin, manger des chocolats, faire une bataille de boules de neiges, et je ne veux pas te voir debout avant au moins dix heures chaque matin.
La jeune femme sourit son premier sourire depuis plusieurs heures. Elle lança un regard attendri à son ami, les yeux encore embués de larmes.
- Qu'est-ce que je ferais sans toi, Olaf ?
- Je n'ose même pas l'imaginer ! Viens, prends une tasse de thé et ne pense plus à ça.
Il faut que tu te la sortes de la tête. C'est un rêve, un rêve impossible. Anna était son élève, Anna était hétéro, Anna était une adolescente qui ne la verrait jamais autrement que comme une prof. Une adulte. Quelqu'un faisant partie d'un tout autre univers.
Si seulement elle n'avait jamais eu cette classe de Terminales, pensa-t-elle sombrement, comme regrettant un mauvais coup du destin. Anna n'aurait alors été qu'une figure parmi d'autres, croisée aléatoirement au détour des couloirs d'un grand lycée de province.
Elsa regardait l'heure pour la dernière fois sur son téléphone, soigneusement caché dans le tiroir de son bureau. Elle était stressée, presque encore plus que lors de sa rentrée précédente, exactement un an plus tôt.
Elle avait beau avoir une année entière d'expérience, n'être plus tout à fait une débutante, cette fois elle allait avoir des grands, des Terminale, des Scientifiques, et elle n'était pas du tout rassurée. Pas de ne pas savoir tenir sa classe, non, un an avec les 4ème 3 lui avait appris tout ce qu'il fallait savoir dans ce domaine. Mais, et s'ils lui posaient des quelques et qu'elle n'arrivait pas à répondre ? Et s'ils étaient coincés et qu'elle n'arrivait pas à les aider ? Et si cette bande d'adolescents presque majeurs la jugeaient incompétente ?
La sonnerie retentissait, enfin.
Elsa laissa sur son bureau sa feuille de route, elle ne faisait plus que regarder à travers depuis quelques minutes déjà, pour faire entrer ses élèves.
Elle sortit dans le couloir et resta devant le seuil de la porte qu'elle avait laissée ouverte. Le couple qui s'embrassait une minute ou deux plus tôt était maintenant en plein échange de baisers soufflés, et elle se demanda l'espace d'un instant si se moquer d'eux était un moyen efficace pour commencer l'année en bons termes.
Le garçon, un grand jeune homme plutôt avenant, avec des cheveux courts et des yeux bruns, s'écarta, laissant entrer sa petite amie dans le champ de vision d'Elsa. Une petite amie aux tresses rousses et aux visage constellé de taches de rousseur qui fit tomber son sac et se releva en souriant du sourire le plus magnifique qu'Elsa ait jamais vu. Et ce sourire n'était pas destiné à son copain, non il était, elle en avait l'étrange impression, destinée à elle.
Plus tard dans la séance, cachées au milieu d'un grand nombre d'informations nouvelles à assimiler et digérer, elle apprit deux choses : cette fille était très douée en mathématiques, et s'appelait Anna.
L'adolescente rousse aux yeux turquoise fut présente dans plusieurs de ses rêves cette nuit-là, mais à son réveil, elle ne se rappela d'aucun d'entre eux, juste d'une agréable et inattendue sensation, qui se dissipa en même temps que les dernières brumes de son sommeil.
Anna s'éveilla au son d'un poing frappé contre la porte de sa chambre.
- Anna, ton réveil a sonné il y a dix minutes, dépêche-toi !
La jeune fille grommela. C'était le dernier jour avant les vacances, pourquoi se presser ? Elle s'assit sur son lit, se frotta les yeux et passa ses mains dans sa longue crinière rousse encore toute embroussaillée. Il faisait froid dans l'air de sa chambre, et repousser les couvertures fut un supplice encore plus difficile que celui de résister à l'envie de se rendormir aussitôt. Elle ouvrit les rideaux. Dehors, le soleil était en train de se lever, et le ciel était d'un beau bleu roi. Mais la lueur du jour était étrange. Elle s'approcha de la vitre, se hissant sur la pointe des pieds pour voir au-delà de son petit balcon. Dans l'éclat du matin, tout lui paraissait blanc.
- Il a neigé… murmura-t-elle, et l'excitation se répandit soudain comme un venin dans tout son organisme. Il a neigé ! Papa, maman, il a neigé cette nuit ! s'exclama-t-elle en sortant dans le couloir.
- Oui, répondit une voix depuis le rez-de-chaussée, et si tu veux arriver au lycée à temps, tu as intérêt à te dépêcher !
Anna était pleinement réveillée maintenant. Elle se prépara, fit sa toilette, choisit des vêtements chauds et agréables, et descendit enfin rejoindre ses parents qui finissaient de prendre leur petit déjeuner dans la cuisine.
- Je suis super contente ! s'exclama-t-elle en s'asseyant à la table.
- Ce que j'aime avec toi, dit son père d'une voix attendrie, c'est que tu as beau être au lycée, avec le bac et tes dix-huit ans qui approchent, nous parler d'université, d'écoles, de recherche il suffit qu'il tombe trois flocons pour que tu redeviennes ma petite fille adorée!
Anna rougit et s'empara d'un bol et d'un paquet de céréales.
- Tu as de la chance de commencer à neuf heures aujourd'hui, sinon tu aurais dû te débrouiller pour aller au lycée, dit sa mère.
- Bah, c'est le dernier jour, louper une heure ne m'aurait pas fait de mal !
Mme Andersen posa sa tasse et regarda Anna avec une moue désapprobatrice. Elle ouvrit la bouche comme pour gronder sa fille, puis se ravisa et se contenta d'un soupir.
- Sois plus sérieuse en janvier, d'accord ?
Anna hocha vigoureusement la tête, la bouche pleine de céréales au chocolat.
- Ca ira mieux après les vacances, maman, l'assura-t-elle.
En vérité, Anna n'avait aucun moyen de savoir si ça irait mieux. Qu'entendait-elle elle-même par là ? Elle n'en avait aucune idée. Est-ce qu'elle espérait ne plus être amoureuse ? Ne plus être triste ? Ne plus se sentir comme le héros d'une tragédie, déterminé à souffrir et à aimer sans espoir de l'être en retour ? Ou bien s'attendait-elle à devenir tout d'un coup, comme par miracle, capable de laisser tout ça derrière elle, de pouvoir regarder Winter avec détachement et de faire comme si elle n'avait jamais eu le moindre sentiment pour elle ?
Anna savait que rien de tout cela ne pourrait se passer en quinze jours, et pourtant elle était quand même persuadée que tout irait mieux. Une partie d'elle-même avait le pressentiment que ça irait mieux.
- Tu es prête, Anna ? Ohé, tu t'es rendormie ou quoi ?
Anna émergea de sa bulle de pensées. Sa mère avait débarrassé ses couverts, et attendait debout devant la porte de la cuisine.
Son visage était fermé, désagréable, et Anna se rappela qu'elle avait un rendez-vous très important aujourd'hui à son travail. Elle en avait parlé plusieurs fois la veille, au dîner. Pour sa mère, la neige était vraiment tombée au mauvais moment.
- Le chasse-neige vient de passer, si on veut pouvoir y aller c'est maintenant. On part dans dix minutes, tu as intérêt à être prête.
- Oui m'man.
Anna finit son bol et croqua dans une deuxième tartine.
Le lycée était étonnamment désert lorsqu'elle arriva un peu avant la sonnerie de neuf heures. Il n'y avait presque personne dans la cour immaculée. Elle commençait par deux heures de travaux pratiques de physique suivi par deux heures de travaux pratiques de biologie mais en arrivant dans le couloir des sciences, ils n'étaient que trois à attendre devant la porte.
- Salut ! lança Anna à ses camarades, deux filles et un garçon avec qui elle s'entendait bien, mais qui ne comptaient pas parmi ses plus proches amis.
- Toi aussi tu fais partie des malchanceux qui habitent trop près pour utiliser la neige comme excuse pour sécher les cours ? demanda une des lycéennes.
- Ouais, répondit-elle. Je serais bien restée dormir, mais ma mère a insisté pour m'emmener.
- Pareil, grommela l'adolescente.
- Vous pensez qu'on va faire cours ? demanda le garçon ?
- Aucune idée, répondirent en chœur les trois filles.
Durant le temps qui les séparaient de la sonnerie, deux autres élèves vinrent grossir leurs rangs. Le prof arriva avec quelques minutes de retard et leur expliqua qu'il n'avait pas pu installer le matériel de TP avant le cours car il venait seulement d'arriver en conséquence la séance prévue ne pourrait pas avoir lieu. Qu'à cela ne tienne, ils s'installèrent tous au premier rang et le prof lança un film sur l'univers et le Big Bang.
Au grand plaisir d'Anna, Tiana et Mérida arrivèrent au cours de la première heure, suivies au compte-goutte par d'autres élèves de la classe, ceux qui habitaient en ville ou pas loin, et ne dépendaient pas des cars scolaires pour venir, le service étant interrompu en raison des conditions météo.
Anna et ses deux amies passèrent une matinée agréable. Le TP de biologie avait été passionnant, et le prof avait profité de la petitesse de leur groupe pour leur donner plein d'explications agrémentées de détails amusants et d'anecdotes intéressantes, et il passa le dernier quart d'heure à plaisanter avec eux avant de finalement les accompagner vers la cantine quasi déserte. Anna espérait que Winter serait là elle aussi, et que le dernier cours de maths de l'année serait un moment aussi agréable à passer.
La neige tombait toujours à gros flocons, et il fallut presque dix minutes aux trois adolescentes pour retourner au bâtiment principal depuis la cantine. Pour une fois, la cafèt était totalement déserte, et elles prirent d'assaut les fauteuils défoncés elles étendirent leurs jambes en posant leurs pieds sur des tabourets, et écoutèrent de la musique avec un de leurs téléphones. Complètement à l'aise, elles mordaient dans leurs pères Noël en chocolat obtenu à la cantine et faisaient éclater les pétards trouvés dans leurs papillotes. Le lycée, mais avec un avant-goût des vacances.
- J'espère que Winter n'aura pas pu venir, lança Tiana avec espoir. Ce serait trop cool de finir les cours maintenant !
- Ouais… murmura Mérida d'un ton rêveur…
Anna, elle, ne l'espérait pas. Elle avait envie de voir Winter, envie de lui souhaiter un joyeux Noël…
C'était paradoxal, car s'il lui était très difficile de supporter de la voir sans que son ventre ne se mette à se tordre, ni son cœur de battre avec brutalité contre sa poitrine, elle rêvait de pouvoir être à nouveau à l'aise avec elle, comme elle l'était quelques semaines plus tôt. Avant qu'elle ne réalise tout ça. Elle voulait aller au tableau, elle voulait lui parler, elle voulait regarder le bleu de ses yeux quand Winter venait lui donner un exercice supplémentaire, et elle voulait voir ses lèvres sourire quand elle lui montrait qu'elle avait réussi.
- Elle sera là, s'entendit-elle répondre.
Elle n'avait pas prévu de le dire à voix haute. Ses deux amies se tournèrent vers elle, l'air visiblement déçu.
- Comment tu sais ça, toi ? demanda Tiana. Tu l'as vue ?
- Nnnon, bredouilla Anna. Mais c'est logique, ajouta-t-elle après un instant de réflexion. Si elle était absente, on nous aurait déjà prévenus. En plus, elle habite pas loin de chez moi, si moi j'ai pu venir, alors elle aussi.
- Tu sais où elle habite ? demanda Mérida avec curiosité.
- Ouais, enfin pas précisément, mentit-elle. Je sais juste qu'elle est près de mon quartier vu que… vu que je la vois souvent venir au lycée le matin.
- Ah ouiii, sa bagnole c'est une Mini bleue trop belle, je l'ai déjà vue aussi ! s'exclama Tiana. Bon, t'as sûrement raison alors, ça veut dire qu'on va se la taper pendant deux heures…
- Oh ça va, elle est pas si terrible, dit Mérida. Par rapport à la vieille peau de l'an dernier, elle est quand même cool.
Anna avait envie de surenchérir, de dire qu'elle était super, gentille, compréhensive… mais si elles devinaient ? Elle ne voulait pas prendre ce risque.
Leur pause de midi s'écoula finalement. Elles avaient joué au tarot, s'étaient raconté des plaisanteries, avaient échangé des ragots sur Rapunzel qui en ce moment n'avait d'yeux que pour un garçon de BTS grand et sexy (à ses yeux), avaient comparé leurs menus préférés de Noël, et avaient planifié de se voir pendant les vacances. Elles avaient toutes été invitées à fêter la nouvelle année chez une amie d'Alice, dans sa grande maison. La veille, une grande partie des Terminales ne parlait que de ça. Ça promettait d'être une soirée mémorable.
A la sonnerie de 14h30, la porte de leur salle de maths s'était ouverte sur leur prof, toute vêtue de blanc et coiffée d'un bonnet de père Noël. Ses lèvres étaient maquillées d'un rouge aussi vif que son chapeau, elle souriait, et Anna en serait tombée amoureuse si elle ne l'était pas déjà. Comment une personne aussi belle pourrait-elle avoir ne serait-ce qu'une miette d'intérêt pour l'insignifiante lycéenne qu'elle était ?
Anna ne pouvait en décrocher son regard. Contrairement aux semaines précédentes, où elle paniquait à l'idée de se retrouver ne serait-ce que dans la même pièce qu'elle, aujourd'hui elle parvenait non seulement à la regarder, mais également à lui sourire et à lui parler. Qu'est-ce qui avait changé ?
Elle avait l'impression de la redécouvrir, de remarquer enfin sa beauté, de réaliser que depuis le début de l'année, à chaque fois qu'elle relevait la tête de ses planches d'exercices, c'était pour la regarder. L'admirer. Oh putain oui elle était amoureuse, il n'y avait qu'à entendre son cœur lorsqu'elle la regardait à la dérobée. Lorsqu'elle contemplait ces lèvres rouges que, pour la première fois, elle désirait embrasser.
Comme en physique et en SVT, Winter mit le cours entre parenthèse, et fit une séance passionnante sur les fractales. Elle leur expliqua comment calculer une dimension fractale et leur apprit à réaliser des flocons de neiges à l'aide d'un logiciel mathématiques. Mérida et Tiana s'amusaient beaucoup à créer des flocons de plus en plus complexes, mais Anna laissa de côté le logiciel au bout de quelques instants. Elle était intéressée par la notion mathématique qui sous-tendait le jeu, et c'était l'occasion rêvée pour pouvoir lui parler.
Elle essaya de cacher le tremblement de sa voix quand elle demanda à l'enseignante de lui en dire plus, et pour son plus grand plaisir, Winter semblait ravie de pouvoir satisfaire sa curiosité. Malheureusement pour elle, un autre garçon de la classe était intéressé, et il se leva de sa chaise pour la rejoindre et harceler à son tour l'enseignante avec ses questions. Elle aurait aimé garder Winter rien que pour elle, mais elle dut se résigner à la partager.
Au-delà des calculs, des graphiques et du dessin, il y avait de la physique, quelque chose de plus complexe qu'Anna tenait absolument à comprendre. Winter parla de dynamique, de récurrence, de théorie du Chaos, et la jeune fille était suspendue à ses lèvres.
- Mais du coup, demanda le garçon, comment une fractale qui est quelque chose de super précis et carré et tout peut illustrer le Chaos ?
Winter passa sa langue sur ses lèvres. Elle était assise sur une table face à Anna et son camarade de classe, son bonnet de Père Noël abandonné sur son bureau à l'autre bout de la salle. Elle sembla réfléchir à la manière de formuler sa réponse, et Anna dévora des yeux son air concentré.
- Au contraire, répondit-elle, une fractale représente bien l'instabilité de comportement du Chaos, puisqu'elle n'a pas de limites, quelle que soit son échelle. Si tu modifies une minuscule partie de ta fractale, tu modifies fatalement toute sa structure.
- C'est l'effet papillon, c'est ça le Chaos, dit Anna.
- Exactement, conclut l'enseignante avec un sourire rempli de fierté en direction de l'adolescente.
Anna fut parcourue d'un frisson – agréable, cette fois. Dans son ventre, des choses remuaient, bougeaient dans tous les sens, mais elle avait l'impression que les créatures sauvages qui lacéraient son estomac avaient laissé la place à des oiseaux surexcités.
Finalement, la cloche sonna, signifiant pour Anna le début de deux semaines loin de sa prof. Quelques jours plus tôt, elle espérait encore que ce temps de vacances lui permettrait de passer à autre chose, de revenir à la raison. Aujourd'hui, elle n'en était plus si sûre. Elle n'était pas vraiment certaine d'avoir envie de revenir à la raison.
Mérida et Tiana avaient rangé leurs affaires, et elles pressaient Anna. La jeune fille aurait voulu rester, elle aurait aimé avoir juste une minute seule avec Winter, juste pour lui souhaiter de bonnes vacances, juste ce qu'il fallait pour lui montrer qu'elle se souciait d'elle et qu'elle n'était pas comme les autres élèves. Mais ses amies voulaient absolument l'entraîner dans un café, histoire de fêter le dernier jour d'école, en attendant que l'un de leurs parents puisse les ramener à la maison malgré la neige. Alors elle les suivit, et en quittant la salle, elle se retourna et croisa une dernière fois le regard de l'enseignante. Elle hocha la tête, et dans la pièce, plusieurs mètres plus loin, Winter lui sourit. Anna mit tout ce qu'elle pouvait dans son propre sourire, puis partit à la suite de ses deux amies. Les oiseaux battaient mollement des ailes, dans son ventre.
Elle aurait tellement voulu lui souhaiter un joyeux Noël.
(Elle lui souhaitera peut-être dans le prochain chapitre, qui sait...)
Merci à tous ceux qui lisent et suivent cette histoire, vous avez été plus de 100 visiteurs à parcourir le 10ème chapitre mercredi dernier, et même s'il y avait sûrement pas mal de robots dans le lot, c'est quand même ouf, alors voilà, merci de lire, même si vous le faites incognito :)
Et merci encore une fois à ceux qui commentent, c'est toujours un plaisir de lire vos reviews.
A bientôt,
Ankou
