Bonjour à tous !

Je rentre seulement du travail, d'où cette update tardive, mais vous savez quoi ? Je suis officiellement en vacances \o/ Ce qui veut dire deux fois plus de temps pour (glander) (jouer à FF) écrire.

Vous avez été adorable dans vos commentaires, merci à tous ceux qui m'ont envoyé des encouragements et de la motivation :D Je les ai utilisés à bon escient (mais une dose supplémentaire ne serait pas du luxe).

Vous m'avez envoyé du rêve avec vos suggestions sur qui se cache derrière les pseudos sur Internet. Du coup ça m'a donné quelques idées à exploiter :D Certain(e)s m'ont demandé d'où venait l'idée du forum... Alors c'était peut-être so années 2000 comme réaction, mais il fut un temps où les forums étaient de véritables réseaux sociaux, où on pouvait réellement être anonyme. Et oui, il m'est arrivé de traîner sur des forums LGBT^^

La fin du chapitre précédent était effectivement très WTF ? mais ce n'est que la première d'une longue série. Vous êtes prévenus :p

Bonne lecture !


Chapitre 13

Olaf aperçut l'enveloppe un moment plus tard, tandis qu'il se dirigeait vers la cuisine. Il haussa un sourcil étonné en l'apercevant, se baissa pour la ramasser, l'ouvrit avec un frisson de curiosité et lut le mot sur la carte. Les lèvres étirées en un sourire amusé, il remit la carte dans l'enveloppe et rejoignit Elsa, qui lisait tranquillement un livre dans le hamac du salon.

- Tu as du courrier, ma belle !

- Du courrier ?

Elle prit l'enveloppe des mains de son ami en se demandant qui pouvait bien vouloir lui écrire, et la retourna.

- Mais... il n'y a pas de nom sur l'enveloppe.

- T'inquiète, c'est bien pour toi.

Et un sourire immense naquit sur ses lèvres et accompagna les battements effrénés de son cœur lorsqu'elle lut les mots, pourtant si simples, écrits sur le carré de carton.

Joyeux Noël

Anna.


Ce n'était qu'une carte de vœux. Rien qu'un bout de carton bleu, rien que trois mots, écrits au stylo bille. Mais c'était un cadeau qu'elle n'attendait pas, qu'elle n'avait pas une seule seconde imaginé recevoir, et de tous les cadeaux qu'elle avait reçus à Noël, ce fut celui qui l'avait à la fois le plus surprise et fait le plus plaisir. Elle l'avait posé sur son bureau, à côté de son ordinateur, là où l'auteur de la carte se trouvait déjà, debout au milieu de trente autres adolescents, sur la photo de classe.

Mais, accompagnant le bonheur d'avoir reçu ce mot d'Anna, comme des compagnons un peu gênants qu'on aurait préféré ne pas avoir eu à inviter, vinrent l'appréhension, le questionnement, le stress. La peur.

Et en elle, comme depuis plus d'un mois et demie déjà, se battaient la voix de l'espoir et celle de la raison. Ne suis-je donc pas insignifiante pour Anna, pour recevoir ainsi une telle attention ? Mais l'autre voix répondait, méprisante et sérieuse. Anna a probablement offert des chocolats à chacune de ses maîtresses de primaire, recevoir une carte de Noël de sa part était au moins aussi sentimental qu'un mot sur le carnet de liaison.

Mais cela signifiait à tout le moins que la lycéenne, contrairement à ce qu'elle avait redouté auparavant, ne la craignait pas et ne la fuyait pas. Ce qui avait mis Anna dans un tel état ces deux dernières semaines n'avait donc rien à voir avec elle. Et elle en était immensément soulagée.


Ding Dong

- Hey, salut ! s'exclama Belle en ouvrant la porte. Entrez, entrez, tout le monde est déjà là !

Elsa s'avança et serra la brune dans ses bras, puis s'écarta pour laisser entrer son ami. Olaf, souriant comme toujours, se pencha pour lui faire la bise, les bras écartés, chacune de ses mains étant serrée sur le goulot d'une bouteille de champagne.

- Tiens, ça c'est pour toi ! dit-il en lui mettant les deux bouteilles dans les mains. Où elle est, ta chérie ?

- Dans la cuisine, elle fait des gâteaux.

- Heeeey ! s'exclama un garçon en arrivant derrière Belle. C'est super que vous soyez venus !

Il donna un vigoureux coup de son bras épais et tatoué dans le dos d'Olaf, qui flancha sous le choc. Il était plus grand qu'Olaf, vêtu d'un large pantalon de toile et d'une chemise grise aux manches retroussées, et ses cheveux châtains à moitié cachés sous un béret étaient longs et retombaient en boucles sur ses épaules.

- Salut Thomas ! Quoi d'neuf à Paris ?

- Oh, j'ai fait la rencontre d'une fille, mais alors d'une fille ! De la haute, j'ai aucune chance, et en plus elle a trois gamins, adorables...

Elsa s'agenouilla pour défaire ses lacets tandis qu'Olaf, après s'être débarrassé de son manteau, suivit Thomas qui lui racontait comment il avait rencontré cette femme qui s'était perdue avec ses enfants dans un train près de Paris.

Les nouveaux venus furent accueillis dans le salon par une salve d'exclamations enjouées. Tout le monde était assis, sur les canapés, les fauteuils, ou par terre sur des coussins, et après avoir salué chacune des personnes présentes, Olaf finit par trouver une place où s'installer, et Elsa se lova tout naturellement dans ses bras.

Il y avait là plusieurs de ses meilleurs amis, quelques connaissances qu'elle n'avait pas revues depuis longtemps, depuis la fac pour certains, et aussi un certain nombre d'inconnus. Elle généra quelques grimaces parmi les invités qu'elle ne connaissait pas en expliquant à un homme qui lui avait demandé ce qu'elle faisait dans la vie qu'elle était prof de maths. Puis elle déclencha un gros fou rire parmi ceux qui la connaissait quand ce même homme la crut en couple avec Olaf.

Lorsqu'elle jugea s'être mise en avant suffisamment longtemps, elle se leva et rejoignit Aurore qui bavardait avec Muriel dans la cuisine. Le four avait dû tourner à plein régime toute l'après-midi, car il faisait agréablement chaud dans la pièce.

- Elsa ! s'exclama Aurore en la voyant entrer. Toi aussi tu t'es dit que la place d'une femme c'était dans la cuisine, surtout quand on se gèle ailleurs ?

- Ouais, répondit Elsa en allant s'asseoir sur un des plans de travail qui venait récemment d'être nettoyé. En plus il y a un naze en costume-cravate qui vient de faire une tentative ratée de compliment en félicitant Olaf d'avoir réussi à sortir avec une fille comme moi.

- La vache, ça a dû le faire marrer ! ricana Aurore.

- Mais du coup il va probablement essayer de me brancher dans la soirée en me faisant croire qu'il est le bon que je n'avais pas réussi à trouver, dit Elsa d'un ton blasé. Il sort d'où ? Je ne l'avais jamais vu.

- C'est moi qui l'ai ramené. C'est un collègue de l'hôpital, il avait rien pour ce soir alors j'ai eu pitié. Non sérieusement, en général il est plutôt sympa, alors s'il te soûle, n'hésite pas à me le dire, je gèrerai.

- T'inquiète. Olaf sait très bien faire le non-petit ami jaloux.

- En parlant de petit ami, commença Muriel tout en sirotant son verre, ça se passe comment avec ton élève ?

- Putain Muriel, tu fais chier, s'exclama la blonde en reposant bruyamment l'ustensile qu'elle tenait à la main. On avait dit qu'on en parlait pas !

- Ca va Aurore, c'est bon, dit Elsa avec un geste apaisant de la main.

La discussion s'arrêta là, tandis que deux anciens amis de fac faisaient irruption dans la cuisine à la recherche de glaçons. Elsa n'avait absolument pas envie que toutes les personnes présentes ne soient mis au courant de ses déboires sentimentaux. Surtout quand ceux-ci impliquaient une de ses élèves, et mineure de surcroît.

C'est plus tard, beaucoup plus tard dans la soirée, alors que près de la moitié des invités étaient déjà rentrés chez eux, et qu'il ne restait plus que les amis les plus proches d'Aurore et de Belle, que le sujet revint sur le tapis. L'enseignante n'avait pas plus envie que la dernière fois d'en parler, mais Olaf étant au courant de tout et ne sachant pas tenir sa langue, les filles finirent par apprendre l'existence de la carte de vœux glissée par Anna sous sa porte. Chacune y alla de sa petite suggestion concernant un éventuel sous-entendu caché derrière ces simples vœux.

Elsa ne savait quoi penser. Elle n'arrivait même pas à savoir si elle voulait qu'il y ait un sous-entendu.

Résultat des courses, elle avait passé la fin d'une soirée, où elle était censée se détendre et boire des coupes de champagne en mangeant des toasts, à penser à Anna.

- Je me demande ce que fait Anna en ce moment... murmura-t-elle sans vraiment attendre de réponse d'Olaf, qui, vautré à côté d'elle dans le canapé, jouait distraitement avec ses cheveux.

- Anna ? Cherche pas, comme tous les ados, elle est probablement bourrée.


- Cinq ! Quatre ! TROIS ! DEUX ! UN ! BONNE ANNEE !

Des cris retentissaient dans toute la maison, tout le jardin, toute la rue. Quelqu'un fit sauter le bouchon d'une bouteille, sûrement pas du champagne mais probablement du cidre ou un mousseux bon marché, et une salve d'applaudissement et de cris de joie suivit l'explosion et la mousse qui se répandait sur le carrelage du salon.

Dans la maison, la musique résonnait à plein régime, et chaque personne se jeta dans les bras de son voisin, tout le monde s'embrassait, s'enlaçait, se souhaitait une bonne année.

Anna but une gorgée dans son verre en plastique avant de prendre Kristoff dans ses bras et l'embrasser sur les deux joues. Dans la précipitation, quelques gouttes s'échappèrent de son verre et elle le redressa pour éviter de le renverser dans le dos de son ami. A-côté d'elle, Mérida et Tiana trinquaient en riant autour d'elle, tous ses camarades de classe riaient, criaient, s'embrassaient. Ils l'avaient prévu : c'était la meilleure soirée de l'année.

Il y avait un monde incroyable, ils étaient bien trente ou quarante dans cette maison qui appartenait aux parents d'une élève de la classe d'Alice qu'Anna ne connaissait qu'à peine. C'était la première fois qu'elle participait à une fête entre lycéens autre qu'en petit comité ou sous la supervision des parents, la première fois qu'elle buvait autant nom de dieu, la première fois qu'elle était ivre !

Elles et les filles étaient toutes ivres de joie et d'alcool, comme tous les autres lycéens invités, tandis qu'ils célébraient depuis des heures la fin de l'année et la naissance de la nouvelle.

Mérida prit Anna dans ses bras sans se soucier, elle, du verre plein qu'elle tenait, et la serra contre elle en la soulevant du sol, manquant presque de l'étouffer.

- J'te souhaite d'être heureuse, Ginger, tu le mérites vraiment tu sais ! dit-elle, la tête enfouie dans le creux de la nuque de son amie, les boucles auburn d'Anna se mélangeant avec ses cheveux rouge foncé.

- Toi aussi Mérida ! Plein de bonheur, et d'amour, et de mecs…

- Et de succès dans les études, le bac, tout ça ! ajouta Mérida.

- ET SANS OUBLIER LA SANTÉ ! s'exclamèrent-elles toutes les deux à l'unisson avant d'éclater de rire.

Elles se dirigèrent vers un canapé et se jetèrent au milieu des coussins. Anna lissa les plis de sa robe noire et verte pour recouvrir ses jambes, alors que Mérida s'était vautrée sans se soucier le moins du monde de son allure et de sa jupe qui s'était à moitié relevée dans sa chute. Elle passa un bras autour des épaules d'Anna et se tourna vers elle en se mordant la lèvre de son plus bel air moqueur.

- Est-ce que tu es assez bourrée pour me dire sur qui tu craques ? demanda-t-elle avec un grand sourire.

Anna éclata de rire.

- Il m'en faudra beaucoup plus !

- Ca peut s'arranger tu sais !

Alice arriva vers elles en titubant légèrement elle sentait le narguilé et la vodka, et elle avait l'air complètement folle, encore plus qu'à l'accoutumée. Elle se pencha pour attraper les mains des deux rouquines et les tira du sofa pour les entraîner dans une danse endiablée au milieu du salon. Elles dansèrent et dansèrent et dansèrent, et Kristoff riait, et Mérida chantait à pleins poumons, et Anna trébuchait tandis qu'elle se déplaçait pour se servir un autre verre de punch, et Tiana draguait ce garçon de leur classe avec qui elle s'entendait bien depuis un moment déjà. C'était une putain de soirée, Anna n'avait pas pensé à Elsa, elle avait bu, beaucoup trop bu, pour ne pas penser à Elsa, et ça avait marché !

Dans la cuisine, deux garçons faisaient cuire des pizzas bon marché à la chaîne, et Mérida revint avec une pile de parts dégoulinantes de fromage et de sauce tomate sur une assiette en carton trop petite pour les contenir toutes. Anna mordit dans une part, elle avait la tête qui tournait depuis un bon moment déjà, et oh mon dieu que c'était bon !

- Où est Rap ? demanda Mérida.

- Elle est partie avec ce garçon de BTS, Eugène. Je les ai vus s'embrasser tout à l'heure ! s'exclama Tiana avec enthousiasme en arrivant vers leur petit groupe pour s'emparer d'une part de pizza.

- La coquine ! se moqua Mérida.

- Elle n'avait pas trop bu j'espère ? demanda Kristoff en fronçant les sourcils.

- Ca fait des semaines qu'elle parle de sortir avec lui, t'inquiète pas, elle sait ce qu'elle fait !

Le jeune homme haussa les épaules après la remarque de Tiana. Un garçon de la classe d'Alice arriva avec une nouvelle carafe pleine de punch, et toutes les filles tendirent leur verre en riant et plaisantant.

- Et toi Kristoff, j't'en sers un ?

- Non, je m'arrête là. J'ai promis de garder un œil sur ces éponges à rhum, il ne faudrait pas que je finisse par terre avant elles !

- Tant pis pour toi ! plaisanta le garçon en allant offrir à boire à un autre groupe.

Les trois adolescentes entraînèrent Kristoff dans une farandole déchaînée, et le garçon sourit en les regardant s'amuser. La musique résonnait dans la pièce, et tout le monde autour d'eux dansait, discutait, s'embrassait. Ils avaient dix-sept ou dix-huit ans, et c'était la fête de l'année.

Vers deux heures et demie du matin, Mérida, Tiana et Anna montaient Alice dans une des chambres où elles avaient installé leurs matelas gonflables et leurs sacs de couchage. Elles n'étaient pas trop de trois pour aider mi-poussant, mi-portant la petite blonde enivrée à grimper les escaliers. Tiana la força à boire un grand verre d'eau car elle avait lu quelque part qu'il fallait boire autant d'eau que d'alcool pour éviter d'avoir mal à la tête, puis l'aida à s'allonger. Debout à-côté, Anna et Mérida n'étaient pas dans un état plus favorable, mais elles étaient trop excitées, trop happées par la fête pour s'en rendre compte. Elles redescendirent toutes les deux dans le salon, tandis que Tiana restait avec Alice.

Entre-temps, des personnes étaient parties, d'autres étaient arrivées, le salon était plein de gens qui dansaient, et la musique résonnait, toujours.

Anna avait la tête qui tournait, et elle se sentait heureuse, vibrante, vivante. Elle eut soudain envie de souhaiter la bonne année à Elsa, à cette fille dont elle était folle mais en regardant dans son répertoire téléphonique, elle ne vit pas son nom. Elle en fut très contrariée, pourquoi avait-elle effacé son numéro ? Puis, comme si une étincelle de lucidité l'avait soudainement frappée, elle se rappela. Elsa, c'était Madame Winter, et elle ne pouvait pas avoir son numéro, puisque c'était sa prof de maths. Cette fille dont elle était folle ne serait jamais son amoureuse. Elle eut envie de pleurer.

Et pour ne pas pleurer, elle reprit un verre.

C'était sans doute le verre de trop pour son cerveau embrumé. Après avoir reposé le gobelet vide sur une table collante de punch, elle retourna dans le salon et se mit à danser, sans aucune grâce et aucune coordination. Dans le salon, Mérida était endormie sur un canapé dans les bras de Kristoff, et ni l'un ni l'autre ne purent voir leur amie attraper par le bras un des garçons qui venait d'arriver, un garçon tout aussi ivre qu'elle, qui la fit tourner, dansa avec elle, rit avec elle, et la serra dans ses bras.

Anna était dans un autre monde, elle imaginait qu'elle dansait avec Elsa, ses cheveux blonds tournoyant autour de sa tête. Elle tendit la main et agrippa une pleine poignée de ces cheveux qu'elle rêvait de toucher, mais ils étaient courts, elle était déçue, pourquoi Elsa avait-elle coupé ses magnifiques cheveux ? Elsa dansait à merveille, dans sa tête, c'était spectaculaire, comme les héros des films, quand toute la foule s'écarte pour les regarder tournoyer sur la piste avant de les applaudir. Et quand Elsa se pencha pour l'embrasser, elle eut l'impression d'être au paradis. Au paradis de tous les paradis. Elle avait envie d'elle, envie de la découvrir, envie de l'embrasser, envie de toucher chaque partie de son corps. Et elle avait envie qu'Elsa la touche, et oh, comme elle aimait la façon dont Elsa la touchait en cet instant !

Et Kristoff, à moitié endormi, vit Anna entraîner Hans dans une danse effrénée, puis l'embrasser. Le sommeil l'enveloppait, il avait l'impression de tout simplement rêver, oui, ça n'était qu'un rêve, il était tard et il était si fatigué…

Hans dansait avec Anna, puis il la prit par la main, et ils montèrent ensemble les marches vers les étages.


Kristoff cligna des yeux.

- Qu'est-ce que…

Tout n'était pas complètement endormi à l'intérieur de lui une partie de son cerveau parvint à donner l'alerte, et à faire bondir sur ses pieds son corps, léthargique une minute plus tôt. Depuis combien de temps Anna et Hans étaient-ils montés ?

Kristoff pria pour qu'il ne soit pas trop tard.

Il grimpa les marches quatre à quatre, et ouvrit la première porte. Il y avait du monde étendu par terre dans des sacs de couchage, mais il ne pouvait pas reconnaître Anna dans le noir. Il alluma la lumière, et l'éteignit aussitôt : ni elle ni Hans n'étaient là. Dans la deuxième, un couple qu'il ne connaissait pas était en train de coucher sous les couvertures, et ils l'insultèrent copieusement lorsqu'il alluma la lampe, mais ce n'était toujours pas Anna.

Il la découvrit enfin, dans la dernière pièce, qui n'était pas une chambre, mais un bureau, ou un dressing. Bref, une pièce qui par chance n'avait pas de lit. Adossée contre le mur, elle embrassait plus que langoureusement son ex-petit ami. Ou bien était-ce lui qui l'embrassait ? Ca ne servait à rien de tergiverser, il n'y avait qu'une seule chose à faire de toute façon.

Kristoff bandit ses muscles et tira Hans par le col de sa veste. Le garçon poussa un glapissement étranglé.

- Qu'est-ce que tu fous ? cria Hans. Lâche-moi !

Entre eux, Anna cligna des yeux, comme s'éveillant d'un rêve. Son regard était embué par l'alcool, Kristoff ne l'avait jamais vu comme ça. Elle regarda Kristoff, puis Hans, et ouvrit la bouche en une expression de stupeur. Une seconde plus tard, elle était partie en courant.

Kristoff repoussa Hans sans ménagement contre le mur puis referma la porte sur lui, avant de partir à la poursuite d'Anna.

Le grand blond était pleinement réveillé maintenant. La maison était remplie de gens complètement abrutis par la boisson, et il avait l'horrible impression d'être la seule personne à peu près sobre et à tenir encore debout. Des garçons de sa classe l'arrêtèrent pour l'inviter à un jeu à boire, deux potes voulurent l'entraîner dans une danse, une fille qu'il ne connaissait même pas se jeta sur lui et essaya de l'embrasser, et quand il s'en débarrassa enfin, il avait perdu la trace d'Anna. Il avait l'impression d'être dans un cauchemar.

Il ne laissa pas le désespoir le gagner. Il lui fallait trouver Anna, avant qu'elle ne fasse une bêtise, ou quelque chose qui la mettrait en danger. Il traversa le rez-de-chaussée, vérifia dans la salle de bains, slaloma entre ses camarades de classe, et alors qu'il commençait à croire qu'Anna avait dû sortir de la maison (mais pour aller où ? Elle habitait à des kilomètres !), il la trouva enfin, assise sur un banc dans le jardin à demi enneigé. Elle pleurait.

Il s'assit à-côté d'elle et la prit dans ses bras. Elle avait l'air moins ivre, mais tout de même désorientée, et triste, si triste.

- Qu'est-ce qui ne va pas ma princesse ?

- Je ne voulais pas… dit-elle d'une voix étranglée et prise de tremblements. Je croyais… je rêvais… j'imaginais que je l'embrassais elle

Kristoff haussa un sourcil surpris.

- Qui, elle ?

- Je… je l'aime, Kristoff, j'aurais tellement voulu l'embrasser…

- Qui ? tenta-t-il une deuxième fois, mais elle ne sembla pas entendre sa question.

- Dans mon rêve, elle avait une robe bleue. Elle était si belle... Oh, j'aurais jamais cru pouvoir enfin l'embrasser, c'était magique, Kristoff…

Elle leva ses yeux embués vers son ami, un sourire béat sur les lèvres.

- Anna, dit le jeune homme d'une voix inquiète. Tu as embrassé Hans, Anna.

- Quoi ?

Sa voix brisée n'était ni surprise, ni choquée elle était ivre. Et moins d'une minute plus tard, la petite rousse ronflait sur son épaule, et glissa doucement dans ses bras.


La première chose qu'Anna réalisa en se réveillant, ce fut le gigantesque mal de crâne qui ressemblait à un concert de hard-rock, avec les basses à fond dans sa tête. Elle voulut se redresser dans son sac de couchage, mais son corps ne répondait plus, comme s'il faisait la grève après tout ce qu'elle lui avait fait subir. Elle voulut ouvrir les yeux, mais elle avait l'impression que ses paupières avaient été cimentées. Elle avait la nausée. La musique résonnait toujours, mais dans sa tête, et c'était devenu un son entêtant, désagréable, douloureux. C'est donc ça la gueule de bois ?

Elle mit quelques instants pour se rappeler où elle était. Elle aurait bien dormi encore une dizaine d'heures de plus tant elle était fatiguée. Des gens parlaient autour d'elle, mais ses oreilles semblaient être tout aussi inefficaces que le reste de son corps, et les mots lui parvenaient assourdis, comme si le bruit dans son crâne était plus fort que le son de leurs voix. Oui, des personnes parlaient, criaient même. Anna avait envie de leur dire de se taire et de la laisser dormir, mais elle ne parvenait pas à parler.

- Elle a fait quoi ? TU TE FOUS DE MA GUEULE ?

Elle connaissait cette voix. C'était Mérida pas contente, Mérida.

- JE VAIS LUI FAIRE SA FÊTE !

- Il n'est pas resté dormir alors ça attendra. Tu devrais plutôt faire sa fête à Anna.

C'était la voix calme et ferme de Kristoff, son cher et tendre Kristoff. Pourquoi disait-il cela ? Qu'avait-elle fait comme bêtise ? Elle essaya de se rappeler ce qu'il s'était passé depuis qu'elles avaient emmené Alice se coucher. Elle ne se souvenait de rien de plus, était-elle allée se coucher en même temps ? Sans doute que oui… Mais si c'était le cas, de quoi parlaient Kristoff et Mérida ?

- J'en reviens encore pas, putain ! Elle craint un max...

- Dis…

La voix de Kristoff s'était adoucie.

- Tu sais si Anna est amoureuse de quelqu'un ?

Je ne lui ai rien dit, pensa Anna avec culpabilité. C'est mon meilleur ami et je ne lui ai rien dit.

- Heu, ouais… Ouais, c'est possible. J'en sais trop rien.

Mérida avait adopté un ton détaché, l'air de ne pas y toucher, comme si elle ne savait rien. Ca c'était une amie, une vraie, qui garderait ses plus précieux secrets jusque dans la tombe.

- Ecoute, je vais pas tourner autour du pot. Est-ce qu'elle est amoureuse d'une fille ?

- Comment tu le sais ?

Le ton était surpris, cette fois. Avait-elle dit quelque chose à Kristoff durant la soirée ? Lui avait-elle raconté qu'elle était folle amoureuse de sa prof de maths ? Oh putain, qu'avait-elle dit ?

- Elle me l'a dit hier, elle m'a dit qu'elle pensait embrasser une fille… Tu sais qui c'est ?

Mérida poussa un soupir.

- Non, je ne sais pas. Elle ne veut pas me le dire. Elle m'a dit que je ne la connaissais pas, mais… dans ce cas, rien ne l'empêche de me montrer une photo ou me dire son prénom, pas vrai ?

- C'est ça qui la rend triste ? Cette fille, elle ne s'intéresse pas à elle ?

- Ouais… M'enfin, de là à embrasser Hans…

La réflexion fit à Anna l'effet d'une bombe atomique. Toute son énergie se déploya d'un seul coup, elle ouvrit les yeux en battant des paupières, tangua sur le matelas gonflable, roula par terre en s'entortillant dans son sac de couchage et leva la tête vers ses amis en ayant l'impression que ses cervicales étaient toutes couvertes de rouille.

- Q…quoi ? croassa-t-elle, la langue sèche.

- Tiens, t'es réveillée ? s'exclama son amie d'un ton méprisant. Toi, tu vas m'entendre…

Anna avait l'air pitoyable, coincée dans son sac de couchage et à moitié par terre son visage était blafard, ses yeux rougis et ses cheveux plus emmêlés que jamais.

- Crie pas comme ça Mérida, je t'en supplie !

- Tu vas bien Anna ? demanda Kristoff d'une voix douce et protectrice en s'approchant d'elle avec un verre d'eau.

- Non, grommela Anna en rampant pour sortir de son sac. De quoi vous parliez là tout de suite ?

- Tu as embrassé Hans ! s'écria Mérida, scandalisée. Non mais j'y crois pas, qu'est-ce qu'il t'a pris ? Et si Kristoff n'était pas intervenu, tu aurais sûrement couché avec vu comme vous étiez bien partis ! Putain Anna, t'as vraiment déconné là !

Anna se recroquevilla sous les cris et l'expression hostile de son amie. Des larmes coulèrent sur ses joues, et son corps fut parcouru de tremblements. Non… elle n'avait pas pu faire ça

- Je… je ne m'en rappelle pas… Vous êtes sûrs ? demanda-t-elle d'une voix honteuse, hésitante, et en même temps pleine d'espoir.

- C'est moi qui vous ai séparés, dit Kristoff avec les sourcils froncés, donc oui, j'en suis sûr. Mais t'avais pas l'air… tu étais complètement bourrée, tu m'as dit que tu rêvais que tu embrassais une fille.

Oui, elle se souvenait de ce rêve. Elsa dans sa belle robe bleue, comme sur sa photo de classe. Elles dansaient, proches, très proches. Elles se touchaient, elles se prenaient les mains. Elles s'embrassaient…

Non, elle n'avait pas embrassé Elsa. Elle avait embrassé Hans.

Oh mon dieu, qu'est-ce que j'ai fait ?


*Prend la fuite loin loin loin en Patagonie.*