Hey everyone !

J'ai réussi à mettre enfin la main sur un ticket internet (oui le wifi gratuit n'est pas une évidence partout, et l'après-midi, j'ai autre chose à faire, comme profiter des rares heures de soleil :p ). J'ai atteint le point le plus au sud de mon périple, et j'attaque la lente remontée vers le Nord, en commençant par quelques jours dans les montagnes. Ils annoncent -17° la nuit. Je vous ai dit que je le faisait en camping ? Si ce chapitre est le dernier, vous saurez pourquoi.

Bref, vous n'êtes pas ici pour lire ma vie mais pour savoir ce qu'Elsa et Anna vont bien pouvoir faire pendant ce rendez-vous, même heure, même endroit.

Solnd, on verra si tu as raison... ou pas ^^

Bonne lecture !


Chapitre 17

Il était presque 17h. Dehors, il faisait encore jour, contrairement à la fois précédente, et à cause de ça, Anna ne se sentait pas en sécurité. Elle avait peur d'être suivie, d'être observée. Et en même temps, c'était absurde ! Comme si plus de monde allait se mettre à traîner dans les couloirs sous prétexte qu'il ne faisait pas nuit à l'extérieur !

Tu dérailles, ma pauvre.

Ca ne l'empêchait pas de trembler, et ça ne suffisait pas à dénouer sa gorge. Respirer était devenu depuis plusieurs instants un acte nécessitant un effort incroyable.

A la fin de son dernier cours, elle était passée par son casier, afin de ne pas prendre le risque de rentrer sans pull ni blouson, comme la dernière fois. Pas sûr qu'elle survivrait à une deuxième traversée de la ville avec si peu de vêtements elle ne comprenait toujours pas comment elle avait pu échapper à la pneumonie. Rempli de ses habits chauds, son sac était maintenant plein à craquer.

Quand elle réalisa que le temps ne passait pas plus vite si elle regardait les secondes défiler en mode chronomètre sur son portable, elle se leva, jeta son lourd sac sur son épaule, et quitta le CDI où elle s'était réfugiée pour passer le temps. Elle avait vaguement pensé mettre à profit cette demi-heure d'attente pour travailler, mais… évidemment, elle n'avait même pas sorti un stylo.

Le couloir informatique était presque à l'autre bout du lycée. Était-ce un effet de son imagination, ou bien plus elle s'en rapprochait, plus les couloirs devenaient sombres ?

Pff, la nuit tombe, c'est tout. Je deviens dingue…

Elle traversa presque la moitié du lycée pour s'y rendre, et comme la dernière fois, il n'y avait quasiment plus personne à cette heure. Elle poussa la lourde porte battante en pestant contre ceux qui l'avaient refermée.

Les escaliers menant vers le couloir en sous-sol étaient plongés dans le noir, et elle chercha à tâtons l'interrupteur avant d'appuyer dessus.

- Qu'est-ce que vous faites ici ?

La voix était ferme, réprobatrice, et le cœur d'Anna se figea comme de la glace. Elle se retourna et vit un homme d'une cinquantaine d'année, aux poings serrés sur les hanches. C'était M. Chifu, l'un des CPE. Un du genre pas sympa du tout. Il l'avait collée une fois en seconde, pour une broutille en plus, et depuis, elle s'en méfiait comme la peste.

Anna resta immobile, la bouche à demi ouverte, les yeux levés vers l'indésirable intrus.

- Et bien ? C'est quoi votre nom ?

- Anna… Anna Andersen.

- Que faites-vous ici ? répéta-t-il. Les élèves n'ont pas le droit d'aller seuls dans ce couloir.

- Je… heu, je… j'ai oublié ma clé USB ! balbutia-t-elle en disant la première excuse qui lui était passée par la tête.

- Tu as oublié ta clé, hein ? Et bien tu reviendras demain, il n'y a personne à cette heure-ci, et ne compte pas sur moi pour t'ouvrir ! Allez, ouste !

Elle n'avait pas du tout prévu cette éventualité. Et si elle ne venait pas ? Winter croirait-elle à un lapin ? Prendrait-elle son absence pour un message explicite, ou bien partirait-elle la chercher ?

- Heu, mais non ! Mme Winter m'attend en bas ! s'exclama-t-elle en dernier recours.

- Madame Winter, hein ? On va voir ça. Je t'accompagne.

Anna se mordilla les lèvres. Elle était de plus en plus inquiète, elle aurait presque préféré avoir à partir et lui mettre un lapin. Comment Winter allait-elle réagir en voyant qu'elle amenait rien d'autre que le CPE comme témoin de leur rendez-vous ?

La lycéenne descendit les escaliers d'un pas lourd, prononcé, en espérant que l'enseignante entendrait les deux bruits de pas, et qu'elle ne commettrait aucune erreur compromettante.

Le CPE s'avança vers la porte qu'Anna avait indiqué et toqua sèchement avant de pousser la porte. Elle ne s'ouvrit pas.

- Ha, c'est vrai, c'est des portes sécurisées ici, elles ne s'ouvrent sans clé que de l'intérieur.

Tiens, ça explique pourquoi Winter a choisi ce lieu de rendez-vous…

- Comment elle s'appelle déjà, ta prof ? demanda-t-il à voix basse.

- Winter, répondit Anna, intérieurement vexée qu'il ne connaisse pas mieux que ça le nom de l'enseignante.

- Madame Winter ? appela-t-il en toquant à nouveau.

Cette fois, on entendit des bruits de chaise dans la salle, puis la porte s'ouvrit.


Elsa attendait avec crainte et impatience l'arrivée d'Anna, mais lorsque son nom fut prononcé par une voix grave et masculine, elle sursauta brusquement. Le CPE l'attendait devant la porte, l'air mécontent, et Anna à ses côtés avait l'air bravache de quelqu'un que l'on aurait injustement rappelé à l'ordre.

- Bonjour monsieur, dit-elle, une main sur la porte qu'elle venait d'ouvrir, et l'autre appuyée sur l'encadrement.

- Bonjour, répondit sévèrement le CPE sans sourire davantage. J'ai croisé miss Andersen qui se baladait dans les couloirs, elle prétend avoir un rendez-vous avec vous.

Les yeux d'Elsa s'écarquillèrent et elle porta instinctivement la main à sa poitrine, comme pour empêcher son cœur de s'échapper de sa cage thoracique et de se mettre à gambader dans toute la pièce.

- Mais n'importe quoi ! s'exclama Anna, pareillement choquée. Je vous ai dit que j'avais oublié ma clé USB et qu'elle m'attendait pour que je vienne la chercher, pas que j'avais un rendez-vous !

- Oui, bon, ça revient au même, pas la peine de crier !

Elsa reprit petit à petit ses esprits en comprenant la situation, et s'écarta du chambranle de la porte qui l'avait maintenue debout alors que ses jambes avaient été sur le point de céder sous son poids.

- Oui oui, entre, j'ai toute une boîte de clés perdues, regarde si la tienne est dedans. Merci de l'avoir accompagnée, dit-elle en se tournant vers le CPE.

- Bon, très bien… grommela l'homme, déçu sans doute de n'avoir pu profiter de l'occasion pour donner une punition à ses yeux bien méritée. Bonne soirée alors, je vous laisse vous occuper d'elle, maintenant.

Il fit demi-tour et repartit dans le couloir. Sa dernière réplique avait fait monter le rouge aux joues d'Anna, mais en entrant dans la pièce, elle vit qu'elle n'était pas la seule à avoir rougi.

Du pied, Anna repoussa la porte jusqu'à entendre le clic indiquant qu'elle était bien fermée.

En regardant Elsa, qui s'appuyait contre une table, la main à nouveau portée à sa poitrine, Anna réalisa l'absurdité de cette scène inattendue, et sentit la pression retomber, comme si la force qui écrasait son dos, ses côtes et ses épaules venait de desserrer d'un seul coup son emprise. Et la seule réaction qui lui parut appropriée, ce fut d'éclater de rire.

Le rire d'Anna était communicatif, et Elsa, qui sentait sa peur s'envoler petit à petit, ne put s'empêcher, malgré sa volonté de rester calme et sérieuse, de pouffer de rire à son tour.

- On l'a échappé belle, dit Anna avec un sourire complice.

Cette réflexion ramena Elsa à la réalité. Elle avait l'impression d'avoir été propulsée plusieurs jours en arrière, comme si elle avait recommencé sa partie à la dernière sauvegarde. Anna partirait-elle, cette fois ? Non, c'était elle qui avait voulu ce deuxième rendez-vous.

Elle leva les yeux vers l'adolescente. Ses mains tremblaient, il fallait qu'elle lui dise que ce n'était que folie, qu'elle ne pouvait pas faire ça, mais Anna la fixait avec un tel sourire qu'elle ne savait plus quoi faire. Elle essaya de penser à autre chose qu'à ses yeux, ses lèvres, ses cheveux enflammés, mais comment se détacher d'une telle beauté ? C'est une élève, retiens-toi, ne fais pas une grosse connerie…

Une grande bataille se déroulait à l'intérieur d'elle-même. Elle essayait de lutter pour combattre le monstre qui grandissait et menaçait de prendre son contrôle. Mais plus Anna la regardait, plus elle se sentait fléchir, et plus la bataille devenait ardue.

- C'est peut-être le moment où vous devez dire quelque chose, dit Anna, tentant avec une touche d'humour d'attirer l'attention d'Elsa, inconsciente de la lutte qui se déroulait pourtant juste sous ses yeux.

Les mots de l'adolescente l'avaient une fois de plus ramenée à la réalité. Ses yeux ne parvenaient pas à quitter les lèvres d'Anna, elle les dévorait, les embrassait du regard, et elle sentit par le feu brûlant dans son ventre que l'horrible monstre était en train de gagner le combat. Elle avait perdu, elle était perdue.

Ce serait si facile de s'avancer et de l'embrasser… Elle n'était qu'à quelques centimètres. Et elle en avait envie, si envie

C'était le moment de paniquer et de s'enfuir. C'est ce qu'une personne normale ferait dans sa situation, pas vrai ?

Mais qu'est-ce qu'il se passerait si elle n'avait pas envie de s'enfuir ?

Elsa avança un pas, puis un autre en direction de la lycéenne qui tremblait d'impatience ? de peur ? La jeune blonde entrouvrit la bouche comme pour parler, mais aucun son n'en sortit. Anna retint son souffle. Moins d'une seconde plus tard, Elsa avait raccourci la distance qui les séparait, et leurs visages entrèrent en contact.

Ses yeux s'étaient fermés dans l'action, mais ce n'était pas grave, car ce n'était qu'un rêve, n'est-ce pas ? Ses lèvres se posèrent sur celles de l'adolescente, douces et chaudes et tremblantes, et elle tendit la main pour toucher son bras, l'attirer à elle, la serrer contre son corps. C'était ce que le monstre réclamait, ce que le brasier dans son ventre lui disait de faire.

Anna fut la première à reprendre ses esprits. Elle se raidit et la repoussa d'un geste vigoureux, mettant brutalement fin au baiser.

- Non ! s'exclama-t-elle, visiblement énervée et encore sous le choc. NON ! répéta-t-elle d'une voix devenue anormalement aiguë. Ne jouez pas avec moi comme ça !

Elsa eut l'impression que ses jambes n'allaient jamais pouvoir la soutenir. Qu'avait-elle fait ? Anna recula encore d'un pas et croisa fermement les bras sur sa poitrine. Ses deux longues tresses rousses retombaient fièrement sur ses coudes, et en levant les yeux vers son visage, Elsa vit les lames qui coulaient sans s'arrêter sur ses joues constellées de taches de rousseur. Oh mon dieu, qu'avait-elle fait ?

- Anna… tenta-t-elle d'une voix douce qui peinait à masquer sa détresse.

- Non… croassa Anna, vivement blessée. Si c'est pour me dire qu'il ne se passera rien, parce que c'est trop dangereux et compagnie, je préfère ne pas savoir ce que j'ai perdu, dit-elle durement en repoussant ses larmes du revers de la main.

Elsa ouvrit la bouche comme pour parler, puis s'interrompit en se mordillant les lèvres, et elle répéta trois fois ce manège avant qu'Anna prenne finalement la parole, de cette voix dure et grave et si adulte qui ne présageait jamais rien de bon.

- J'ai besoin de savoir quelle décision tu as prise.

Ni l'une ni l'autre ne se rendit compte qu'Anna venait de tutoyer Elsa pour la première fois.

Et pourtant, par cette simple phrase, elle venait de signifier un changement radical dans leurs rapports. Anna la considérait comme une égale, non comme une supérieure. Elsa ne s'en rendit pas immédiatement compte, mais cette simple requête la bouleversa. Oui, c'était le moment de faire un choix, le bon choix.

Mais, réalisa-t-elle avec horreur, ce choix avait déjà été fait quelques instants plus tôt, quand elle avait franchi le point de non-retour en décidant de l'embrasser.

Je n'ai rien décidé ! Ca s'est fait tout seul !

Elsa, qu'est-ce que tu fais ? Et ta promesse ? hurla dans sa tête une voix qui ressemblait étrangement à celle de Belle.

Ma promesse a été rompue dès l'instant où j'ai su qu'elle aussi était amoureuse de moi.

Elle eut l'impression que quelque chose cédait en elle. Pas une simple barrière ou un petit mur, non, c'était quelque chose d'immense, comme si un gigantesque barrage de montagne venait de se briser, submergeant la vallée de sa sagesse par le flot violent de ses émotions.

- Anna…

La jeune fille la fixait avec sévérité et impatience, et c'était douloureux à regarder mais si Elsa n'avait pas été dans un tel état, elle se serait bien vite rendue compte que ce n'était qu'une façade. Intérieurement, Anna était dans le même état qu'elle. Elle tremblait, et elle avait peur.

- Je suis coincée, Anna, murmura-t-elle. Je n'y arrive pas, c'est presque impossible pour moi de garder cette distance. C'est… c'est dur, avoua-t-elle en baissant les yeux.

- Quand je t'ai dit de faire un choix, j'étais certaine que tu dirais non… dit la jeune fille d'une voix à nouveau douce, mais tremblante. Que tu me donnerais rendez-vous dans six mois. Mais…

- … ça fait trop mal, termina Elsa à sa place, et Anna hocha la tête.

- Etes-vous… es-tu en colère contre moi ?

Ses yeux étaient grands ouverts, et exprimaient une inquiétude non feinte. Elsa fit tout de suite « non » de la tête. Comment lui dire qu'elle n'avait qu'une envie, c'était de la serrer contre elle et de l'embrasser ?

- Je ne pense pas pouvoir continuer comme ça pendant six mois, dit Elsa. Je ne pense pas que tu le puisses également… et je ne veux pas qu'à cause de ça, tu échoues ou passe une année médiocre alors que tu es une fille brillante.

- Ca, ça n'a pas d'importance, comparé à ce que tu risquerais si jamais quelqu'un découvrait…

- Je sais…

Anna tendit la main. Elle voulait toucher celle d'Elsa, en avait-elle le droit ? Elle regarda la femme debout devant elle, regarda ses yeux, ses beaux yeux bleus, à la recherche d'une réponse, d'un consentement, n'importe quoi qui pouvait ressembler à une autorisation. Elsa étira ses lèvres en un mince sourire un peu fatigué, était-ce sa réponse ?

Sa main qui était serrée sur sa tresse blonde retomba lentement le long de son corps, et Anna s'avança d'un pas et la captura dans sa chute. Elsa ne se dégagea pas au contraire, sa main était fraîche et douce, et elle s'agrippa à celle d'Anna comme si sa vie en dépendait. Des larmes roulaient sur ses joues, et gouttaient lentement de son menton vers le sol.

- C'est dur pour moi aussi, tu sais, dit Anna.

Elsa essuya son visage d'un revers de la main.

- Si c'est difficile pour toi d'écouter en cours et de travailler, imagine ce que ça me coûte, moi, de devoir rester stoïque, faire cours, maintenir et animer la classe, faire comme si de rien n'était… Je ne peux pas me vautrer sur ma table et rêver éveillée comme vous, je ne peux pas faire ça !

- Elsa…

- Tu crois que je peux me permettre de craquer en classe ? poursuivit-elle avec un ton de plus en plus passionné sans lui laisser le temps de parler. De… de me mettre à pleurer quand je te vois, et que je réalise que ce que je veux est impossible ?

- Elsa… tenta à nouveau l'adolescente.

- Tu ne peux pas réaliser l'effort que je fais pour ne pas t'accorder plus d'attention aux autres, même quand je vois le mal que ça te fait ! Aimer une prof, c'est une chose, mais réaliser qu'on aime une élève, ce n'est plus du même niveau !

Quoi, elle a dit qu'elle m'aime là ou bien j'ai rêvé ?

- ELSA ! cria Anna pour la faire enfin taire. Tu n'es pas une perverse ou quoi que ce soit !

La jeune blonde poussa un soupir résigné.

- Aux yeux de n'importe quelle personne qui découvrirait ce qu'il se passe, si.

- Okay, je reformule : à mes yeux, tu n'es pas une perverse. Excuse-moi de mettre une priorité sur mon point de vue !

Elsa eut un éclat de rire qui se noya dans un sanglot. Elle essuya à nouveau ses larmes et s'avança vers Anna. La jeune fille tressaillit lorsqu'elle prit ses mains dans les siennes et posa délicatement ses lèvres sur chacune de ses jointures. Le contact envoya des étincelles à travers tout son organisme, et elle ferma les yeux et inspira profondément

- Ca ne pourra marcher que si tu me donnes ta parole de ne rien dire à personne, pas même à tes plus proches amis, pas même à des personnes extérieures au lycée.

Ohmygodohmygodohmygod. C'est sa décision ! Anna sentit son cœur enfler et s'envoler dans sa poitrine. Elle essaya de ne pas exploser de surexcitation, et hocha lentement la tête et la regarda sans ciller dans les yeux.

- Tu peux me faire confiance. Je ne dirai et ne ferai jamais rien qui pourrait te trahir.

Alors, Elsa attira Anna vers elle, et cette fois la jeune rousse ne la repoussa pas lorsqu'elle l'embrassa.

Quand elle posa ses lèvres sur les siennes, Anna fut incapable de continuer à respirer. C'était doux, timide, comme si Elsa ne réalisait toujours pas ce qu'elle était en train de faire, comme si elle avait encore peur de se tromper, peur de la blesser, peur d'avoir fait le mauvais choix.

Ce fut Elsa qui mit fin au baiser. Leurs visages étaient très proches, et Anna pouvait y lire tant de choses ! Elle y lisait ce même bonheur, ce même soulagement que celui qui coulait en elle, et en même temps, sa peur était tellement palpable ! Elle pouvait presque entendre résonner ses pensées. L'entendre se dire qu'elle était en train de faire une immense connerie.

La réalité de la situation frappa d'un coup l'adolescente. Cette personne qu'elle venait d'embrasser, c'était sa prof, elles étaient dans une salle informatique de son lycée. Dans quel bordel les avaient-elles fourrées ?

Elles restèrent toutes les deux silencieuses pendant quelques minutes. Elles se regardaient, toujours en se tenant les mains, entrouvrant la bouche comme pour commencer une phrase, puis finalement elles se taisaient en détournant le regard.

Anna comprenait ce qu'elle faisait. Elle faisait comme elle, elle pesait le pour et le contre pour l'ultime fois, se demandait si c'était un risque qui valait vraiment la peine d'être pris.

Les yeux baissés, incapable de la regarder dans les yeux, Anna détaillait sa tenue, ses formes, son jean foncé qui moulait ses jambes fines et rentrait dans ses bottes, sa chemise cintrée à la taille, sa poitrine qu'elle sentait collée contre la sienne. C'est une femme, putain ! Une femme ! Etait-elle lesbienne, était-elle attirée par les femmes, ou simplement amoureuse d'Elsa ? Comment le savoir ? Elle l'ignorait. Tout ce qu'elle voyait en elle lui plaisait.

Elle essaya de se demander ce qui lui plaisait le plus chez les garçons, ce qu'elle avait aimé chez Hans, et en même temps qu'elle réfléchissait à un détail, elle se disait « oui mais pour ça, les femmes c'est quand même mieux ».

Ca y est, elle se mettait à trop réfléchir, elle commençait à se perdre, à se perdre dans sa tête. Oui elle faisait une folie, oui, mais elle avait longuement réfléchi à cette folie, elle avait pris le temps de songer à tout ça. Pourquoi est-ce que tout venait la chambouler maintenant ? Pourquoi ?

C'est Elsa qui perça en premier le silence.

- Tu préfères que l'on fasse comme si rien ne s'était passé ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils avec inquiétude.

- Non ! s'exclama Anna sans pouvoir se retenir. Bien sûr que non !

Elsa posa sa main pâle sur sa joue et caressa sa pommette de son pouce. Elle sourit doucement et plongea son regard dans la mer turquoise des yeux d'Anna.

- Est-ce que je peux… t'embrasser à nouveau ?

Elle était si charmante, si craquante, réalisa Anna avec son air timide, ses dents qui mordillaient sa lèvre inférieure, ses yeux qui n'osaient la fixer plus de trois seconde. C'était sa prof de math, mais en cet instant, dans cette salle éclairée aux néons, elle paraissait plus jeune qu'Anna, et semblait être aussi inexpérimentée qu'une adolescente.

- Tu es vraiment mignonne quand tu rougis, tu sais ça ? dit Anna en pouffant.

Elsa leva les yeux au ciel avec un timide sourire en coin.

- C'est un oui ?

- A ton avis ? répondit la jeune rousse avec son habituel sourire joyeux.

Elsa se pencha vers elle et l'embrassa, toute timidité envolée. Son baiser était tellement fort, tellement tendre, et dégageait tant de passion ! Rien à voir avec ceux de Hans, et des autres garçons qu'elle avait pu embrasser auparavant. Elle les surpassait tous.

Anna glissa sa main derrière la nuque d'Elsa et l'attira encore plus vers elle. Chaque fibre de son être réclamait de pouvoir la toucher, caresser sa joue, faire courir son pouce sur ses lèvres, glisser enfin ses doigts dans ses cheveux. Oh, comme elle en avait rêvé, de toucher ces cheveux ! Une deuxième main rejoignit la première, caressa sa nuque, entortillant des boucles blondes entre ses doigts. Ils sont si doux, c'est incroyable.

Ses lèvres glissèrent de la bouche d'Elsa vers sa joue, puis coururent le long de sa mâchoire, vers sa gorge, et chaque baiser envoya une décharge électrique à travers tout le corps de l'enseignante.

C'est tellement bon, c'est pas normal, pensa-t-elle tandis qu'elle sentait sous ses lèvres le sang pulser dans la gorge d'Elsa. C'est le moment où je dois me réveiller, pas vrai ?


Bienvenue à tous ceux qui ont rejoint la lecture en cours de route, et merci à tous pour vos commentaires (certain(e)s doivent être en vacances, car je n'ai pas leurs habituels messages... snif).

Si vous avez des craintes, des peurs, des angoisses... review !

A bientôt,

Ankou (qui commence à perdre le bout de ses doigts)