"Un petit coucou de Hong Kong, sur le trajet du retour.
La NZ, c'était chouette, mais c'est bientôt la rentrée alors
il a fallu partir. Pas vu de hobbits, mais des kiwis et des
pukekos. Peu de neiges et pas trop de pluies. Bises, Ankou"


Merci encore une fois à tous mes lecteurs (je continue de dire lecteurs, mais y a-t-il des garçons ici ?) pour vos reviews et vos messages. Je suis contente que ces deux derniers chapitres vous ont plu.

J'ai malgré tout réussi à écrire quelques chapitres qui me plaisent plutôt pas mal, ce qui me permettra de maintenir un bon rythme de publication.

Chapitre 19 incoming. Bienvenue pour quelques instants de cuteness.
Rassurez-vous (ou pas), ça risque de ne pas durer. La météo n'a pas l'air favorable (j'y suis totalement pour rien).


Chapitre 19

Lorsque son réveil sonna le lendemain, Anna se sentit en pleine forme, ce qui ne lui était pas arrivé depuis sacrément longtemps. Elle se leva d'un bond, ouvrit les rideaux et s'étira longuement. Dehors, le soleil se levait doucement dans un ciel bleu totalement dépourvu de nuages. Ca va être une belle journée. Elle alla en trottinant dans la salle de bains et en sortit une vingtaine de minutes plus tard, toute fraîche et maquillée, ses cheveux tressés comme d'habitude en deux nattes qui retombaient de part et d'autre de sa gorge.

Une fois de retour dans sa chambre, un problème se posa. Que porter aujourd'hui ? Il faut qu'elle me trouve belle ! Son cerveau avait beau essayer de lui faire comprendre que c'était absurde de vouloir chercher une tenue spéciale pour impressionner quelqu'un qu'elle voyait tous les jours depuis le début de l'année, elle tenait quand même absolument à faire bonne impression.

Elle rumina, debout devant son armoire. Elsa avait dû la voir porter chaque vêtement qu'il y avait à l'intérieur, sans parler de ceux qu'elle empruntait occasionnellement à Rapunzel ou à Alice. Dire que certains jours, elle s'était contentée de porter des vieux sweats, ou pire, des chemises à carreaux !

Elle sortit une pile de hauts qu'elle posa sur son lit, et les regarda tous un par un. Elle aurait bien porté une jupe, c'était encore le genre de tenue qu'elle préférait et qui, selon elle, mettait le plus sa taille et ses cheveux en valeur, mais en scooter et en janvier, ce n'était certainement pas la meilleure idée.

A traîner comme ça, pensa-t-elle en ronchonnant, elle allait finir par se mettre en retard et ne plus avoir le temps de prendre son petit-déjeuner. Elle se décida finalement pour son haut et son jean préférés, dans l'idée qu'ils ne pourraient que lui porter chance. Et puis, ajouta-t-elle mentalement, autant réserver une tenue spéciale pour notre premier rendez-vous !

Elle descendit enfin, beaucoup trop tard pour se servir un bol de céréales. Elle passa en coup de vent dans la cuisine pour attraper au vol un paquet de biscuits au chocolat, puis s'harnacha de ses vêtements chauds et de son blouson et sortit.

Elle rejoignit ses amis dans leur coin habituel, dans la cour du lycée. Elle embrassa sur la joue Rapunzel et Mérida, mit une claque amicale dans le dos de Tiana qui était plongée dans la rédaction de dernière minute de son TP de physique, et se dégagea vivement de Kristoff lorsque celui-ci voulut ébouriffer ses cheveux qu'elle avait pour une fois coiffés avec soin. Elle avait presque réussi à ne pas abîmer ses tresses avec son casque, elle ne voulait surtout pas voir ses efforts réduits à néants par ce gros lourdaud.

- Bon au fait, t'as pas répondu pour le ciné demain, dit Rapunzel en se tournant vers elle. T'es OK ou pas ?

Anna hésita. Elle n'avait pas répondu, car elle ne voulait surtout pas s'engager sur quoi que ce soit, au cas où Elsa lui proposerait un rendez-vous à ce moment précis.

- Je crois que j'ai un truc de prévu avec mes parents, répondit-elle en évitant de croiser son regard et en se concentrant très fort pour ne pas rougir.

- Ah bon ? dit Rapunzel sans paraître déceler le mensonge. Dommage…

- Si je peux me libérer, ce sera au dernier moment en tout cas.

- Okay, tu nous tiendras au courant.

- Hé Rap', les interrompit Tiana avec un sourire excité. Regarde qui voila !

La petite blonde se retourna pour regarder dans la direction indiquée par son amie. Anna reconnut le garçon aux cheveux bruns qu'elle avait branché au Nouvel An. Etaient-ils ensemble ? Elle avait l'impression d'avoir perdu le fil des histoires de ses amies. Après tout, elle n'avait rien fait d'autre ces dernières semaines que de penser à Elsa.

Elle se traita elle-même d'égoïste, et essaya péniblement de se rappeler des derniers potins, qui sortait avec qui, qui voulait sortir avec qui, mais rapidement, Elsa revint à sa place habituelle dans ses pensées. Elle ne l'avait pas appelée. Etait-elle revenue sur sa décision ? Le pire dans tout ça, c'est qu'elle n'avait même pas son numéro ! Elle ne pouvait rien faire d'autre qu'attendre. Et la patience n'était certainement pas une de ses vertues.

- Les filles, je vous laisse ! s'exclama la blonde.

Anna la suivit des yeux tandis qu'elle partait rejoindre le garçon. Enfin, garçon n'était pas le terme le plus approprié pour désigner ce grand gaillard de BTS, séduisant et plein d'assurance. Comment s'appelait-il déjà ?

- Eugène, dit Tiana. Tu parles tout haut, ajouta-t-elle comme pour se justifier.

Elle coula un regard en biais à Anna, qui était à nouveau perdue dans ses pensées.

- T'as l'air vachement à la ramasse en ce moment, remarqua-t-elle avec inquiétude. Y'a quelque chose qui ne va pas ?

Elle ne sait pas… réalisa Anna. Je ne lui ai jamais rien dit…

Elle vit Mérida et Kristoff relever immédiatement la tête et échanger un regard. La petite rousse se crispa. Elle était persuadée qu'ils allaient au mieux lancer une vanne, au pire tout balancer, mais ses craintes étaient infondées, car aucun son ne sortit de leurs bouches.

- C'est l'hiver, répondit-elle simplement en essayant d'adopter un ton détaché. Il fait nuit, il fait froid, j'hiberne, c'est tout.

- Ah oui tu m'étonnes, dit Tiana, moi aussi j'ai hâte que le printemps arrive.

Dans le dos de la grande brune, Kristoff lui lança un regard inquiet. Le genre de regard qu'il avait quand ils étaient plus petits et qu'Anna voulait faire des choses stupides ou dangereuses, comme dévaler une grande pente en trottinette ou descendre de son balcon avec une corde à nœuds. Un air à la fois inquiet, réprobateur et impuissant. Comment pouvait-elle continuer à lui cacher la vérité lorsqu'il la regardait avec ces yeux-là ?

- Bon allez on y va, lança Mérida en empaquetant ses affaires. Ca va sonner, j'ai pas envie d'être en retard en TP.

Les trois filles se levèrent du banc, saluèrent leurs amis et se dirigèrent vers leur salle.

En chemin, elles passèrent devant Hans, qui gratifia Anna d'un regard méprisant, et murmura quelque chose à l'oreille d'un de ses potes, Adam, qui se fendit en réponse d'un grand sourire moqueur. Anna l'ignora, mais Mérida faillit lui sauter à la gorge. Elle avait beau lui expliquer que Hans pouvait bien dire et faire ce qu'il voulait, elle n'en avait rien à faire, Mérida ne pouvait le tolérer.

- Tu ne peux quand même pas le laisser se comporter comme ça !

- Tu veux que je fasse quoi, Mérida ? Je ne vais pas lui retourner une baffe chaque fois qu'il me jettera un regard de travers. Ca finira par lui passer, c'est tout.

- Mais il te manque de respect !

- Et bien insulte-le de gros con derrière son dos et on sera quittes !

- Pas sûr que ça me suffise, grommela-t-elle.

- Bonjour madame !

Une partie de son esprit avait détecté une personne arrivant en face, mais elle avait été trop occupée à débattre avec Mérida pour y accorder plus d'attention. Elle releva la tête cependant en entendant l'exclamation de Tiana.

Elsa !

- Bonjour, répondit Winter d'une voix aimable accompagné d'un mouvement de la tête, sans interrompre son chemin.

Elle ne m'a même pas regardée. Elsa, son Elsa venait de passer devant elle, et elle n'avait même pas daigné lui accorder un regard. Avait-elle rêvé hier ou quoi ? Intérieurement, elle savait qu'Elsa ne pouvait pas laisser deviner quoi que ce soit, qu'elle ne devait absolument rien montrer, mais quand même ! Ca allait être si dur !

Pendant le cours, Tiana alla s'installer avec son binôme habituel, et Anna se retrouva avec Mérida. Les travaux pratiques avaient au moins l'avantage de pouvoir leur permettre de bavarder à voix basse sans trop de soucis.

- Au fait, maintenant que tu es branchée filles, on va pouvoir discuter de choses intéressantes, chuchota Mérida avec un sourire malicieux.

- Comme quoi ? demanda Anna en fronçant les sourcils, anticipant par avance ce qui allait sortir de la bouche moqueuse de son amie.

- Bah par exemple, dit-elle en un murmure, on peut parler du cul de Winter dans le jean qu'elle avait ce matin.

- Quoi ? s'exclama Anna à voix basse, pas tout à fait certaine d'avoir bien entendu. Tu as maté le cul d… de Winter ?

La peur se disputa soudain à l'indignation. Pourquoi Mérida racontait-elle cela ? Avait-elle deviné quelque chose, essayait-elle de lui faire dire la vérité ? En plus, elle avait failli appeler Winter « Elsa ». C'était le genre d'erreurs qu'elle ne devrait absolument pas commettre si elle voulait vraiment garder son secret.

- Quoi, ne me dit pas que ça t'est jamais arrivé !

Bien sûr que si, bien trop souvent même.

- Non, répondit-elle d'un ton sec. Je l'ai déjà dit, lorgner les profs c'est pas mon truc.

Oh, quel beau mensonge ! C'est clair que les embrasser c'est beaucoup plus approprié.

- Mouais, dit Mérida d'un ton sceptique. Tu fais ce que tu veux, ça ne m'empêchera pas de mater les fesses de Winter et du prof de SVT.

- Tu bouffes vraiment à tous les râteliers, grommela Anna en détournant d'elle pour se concentrer sur leur expérience.

Elle parle encore une fois de mater le cul de ma copine et, meilleure amie ou pas, je jure que je lui en colle une. Un frisson désagréable la parcourut, en écho à ses pensées. Pouvait-elle appeler Elsa « sa copine » ? Avait-elle mérité ce droit ? Bon sang, étaient-elles seulement ensemble ?

Elle ressentit un besoin urgent de vérifier si Elsa ne lui avait pas écrit.

- Anna, veuillez ranger tout de suite ce téléphone.

La voix de leur prof claqua comme un fouet, et Anna, pétrifiée, remit lentement son téléphone dans son sac, incapable d'imaginer ce qu'elle ferait si elle en était privée.

- Je le revois encore une fois, prévint l'enseignante, et je le confisque jusque lundi matin.

- Non, non, ne vous inquiétez pas, je n'y toucherais plus, promis !

Jamais promesse d'élève ne fut plus sincère que celle-ci.


Après le déjeuner, Anna et ses amis se retrouvèrent au CDI pour une séance de travail. Les filles avaient planifié toute une liste d'activités pour le week-end, en plus du ciné. Anna les entendit faire le récapitulatif de tout le travail qu'elles devraient faire pour pouvoir s'autoriser ces deux jours de pure détente. Anna laissa son esprit vagabonder, et imagina ce qu'elle ferait si elle pouvait passer tout le week-end avec Elsa. Sa rêverie de la veille lui revint en mémoire, accompagnée de la chaleur intense qu'elle avait ressentie. Elle se mordit les lèvres pour tenter de faire disparaître le fard de ses joues. Penser à autre chose, vite. Tiens, son devoir de SVT sur la subduction, par exemple.

Kristoff s'assit en face d'elle sans qu'elle ne s'en aperçoive, trop occupée qu'elle était à contrôler ses pensées pour empêcher ses pommettes de virer à nouveau à l'écarlate.

- Tu m'écoutes ou quoi ?

Elle revint brusquement à la réalité, et se rendit compte de la présence du jeune homme.

- Hein ? Quoi ?

- Je te demandais si ça allait et comment ça a été ce matin, mais visiblement t'as autre chose qui te préoccupe.

- Ah, non, je rêvassais, c'est tout, se défendit-elle.

- Tssk, il faut dormir la nuit !

Kristoff se leva et se rapprocha de la grande rousse, assise à la table d'à-côté.

- Tiens, viens voir Mérida, il faut que je te montre un truc…

- Ouais mais je bosse, là, répliqua-t-elle sans relever le nez de sa feuille.

- Pourtant je suis sûr que ça va t'intéresser.

Il se pencha plus prêt et murmura à son oreille quelque chose qui attira visiblement son attention. Elle se leva et ils partirent tous les deux sans dire un mot. Anna se rendit compte qu'elle avait les doigts crispés autour de son stylo, elle desserra sa poigne et le relâcha. Avait-elle viré parano, ou bien avait-elle réellement lu son nom sur les lèvres de Kristoff ? Elle regarda autour d'elle, envisagea un instant de l'ignorer, puis se leva. La curiosité était beaucoup trop forte.

Ils n'étaient pas allés bien loin, elle les aperçut qui parlaient dans la partie du CDI consacrée à l'orientation post-bac. Elle s'accroupit derrière une rangée, prit un livre au hasard et fit semblant de le feuilleter.

- Elle m'inquiète, disait Kristoff.

- Elle m'a rien dit de plus qu'à toi, tu sais.

La réponse de Mérida était lapidaire. Son agressivité était-elle dirigée vers Kristoff, ou bien envers Anna ?

- Oui, mais… putain, mais elle me faisait confiance avant, qu'est-ce qui a changé ?

- Je pense qu'elle ne veut pas en parler parce que ça la rend triste, dit pensivement Mérida, d'une voix soudain radoucie. Cette meuf, je ne sais pas qui c'est, mais Anna la considère comme inaccessible, et pourtant…

- Pourtant quoi ? insista Kristoff.

- Et bien, elle sait qu'Anna existe, et elle aurait apparemment des sentiments elle aussi…

- Alors où est le problème ?

- Moi je pense que c'est une fille rencontrée sur Internet. Le genre qui habite super super loin… Je ne vois que ça.

- Ca se tient…

Anna recula, toujours la tête baissée, et retourna à sa table. Elle n'osait pas les espionner davantage, de peur d'être prise en flagrant délit. Quand Mérida et Kristoff revinrent, elle fit comme si de rien n'était, et prétendit avoir passé tout ce temps à faire son devoir de SVT.

Elle se sentait à la fois gênée et émue de l'attention qu'ils lui portaient. Elle se promit de faire des efforts pour avoir l'air plus heureuse, pour calmer leur inquiétude. Après tout, elle allait être heureuse maintenant.


Anna n'avait pas lâché son téléphone de toute la pause de midi, faisant fi de tous les articles scientifiques qu'elle avait lus concernant le danger des ondes téléphoniques. Elle entra dans la salle à la suite des autres élèves et sortit ses affaires. Au bureau, Elsa était occupée à se connecter sur l'ordinateur, et elle ne voyait d'elle que le sommet de ses cheveux. Elle repensa à sa promesse de la veille, et prit violemment sur elle pour ne pas la regarder plus souvent et avec plus d'insistance que ses camarades de classe.

Ils étaient en plein milieu d'un chapitre, et peu de temps après le début du cours, Elsa leur donna une série d'exercices à faire, et la classe devint petit à petit silencieuse.

Lové dans sa trousse, son portable s'éclaira sans un bruit. Un picotement parcourut ses membres, et tandis qu'elle hésitait à lire le sms d'expéditeur inconnu qu'elle venait de recevoir, elle sentit le regard d'Elsa posé sur elle. Elle leva les yeux. L'enseignante était bel et bien en train de la regarder, et sans pouvoir expliquer pourquoi, elle eut la conviction que c'était elle l'auteur du message.

Anna glissa son téléphone sous la table et lut le sms.

« Aimerais-tu passer la soirée avec moi ce soir ? »

Son cœur bondit dans sa poitrine. Elle avait une chance, enfin une chance, de se retrouver avec elle, de prendre le temps de la connaître et de la découvrir, et de pouvoir l'embrasser sans aucune crainte d'être vue. Leur baiser de la veille n'avait été qu'un avant-goût, un amuse-gueule tout au plus.

Elle n'attendit pas une minute avant d'envoyer un texto à sa mère, pour lui demander si elle pouvait passer la soirée chez Mérida. Le temps de faire un des exercices qu'Elsa avait donné, et elle reçut une réponse positive, accompagnée de l'habituelle permission de 23 heures.

Anna se tourna vers son professeur et hocha discrètement la tête. Les lèvres d'Elsa s'étirèrent en un sourire difficilement contenu, et son cœur bondit une deuxième fois.

L'écran s'éclaira à nouveau quelques instants plus tard.

« Je t'attends à 19h, tu sais où j'habite -) »


Il ne lui fallut pas plus d'un quart d'heure pour faire à pieds le trajet depuis sa maison. Arrivée au niveau du parking, Anna sortit son portable de son sac pour vérifier qu'elle n'était pas en retard. Un petit rire s'échappa de ses lèvres quand elle vit qu'il était 18h57. Alors que la mode était d'arriver toujours en retard, elle se demanda ce que devait signifier cette ponctualité.

Elle avait longuement hésité à porter des chaussures à talons, puis s'était arrêtée finalement sur une paire de bottines plates qui était joliment assortie avec sa robe. Elle se dirigea vers cette porte qu'elle connaissait bien, et appuya non pas sur le nom de la famille Bulda, mais sur le bouton qu'elle n'avait pas remarqué les premières fois et qui portait la mention « Winter-Hugger ».

Elsa ouvrit presque aussitôt, comme si elle avait attendu devant l'interphone que la sonnette retentisse. Lorsque Anna arriva au dernier étage, la porte était grande ouverte, et Elsa se trouvait sur le seuil.

Elle avait un sourire immense. Le regard d'Anna fut immédiatement attiré par sa tenue et par son apparence. Elle portait une jupe longue couleur prune et une chemise blanche aux manches relevées. Ses yeux, qui n'étaient en général mis en valeur que d'un coup de crayon ou de mascara, étaient maquillés dans les tons de violet, et ses cheveux étaient tressés et relevés sur sa nuque. Quelques mèches rebelles retombaient sur son visage.

Elle était vraiment super belle.

- Bonsoir Anna, lança-t-elle sans quitter son grand sourire.

L'adolescente entra dans l'appartement, et Elsa ferma aussitôt la porte derrière elle.

- Tu es très belle, dit-elle.

Les joues d'Anna rosirent délicatement. Elle avait passé une bonne partie de sa fin d'après-midi à se demander ce qu'elle allait porter ce soir (sa chambre ressemblait désormais à une cabine d'essayage après les soldes), et elle avait finalement arrêté son choix sur une robe de printemps verte et blanche et un gilet blanc pour couvrir ses bras nus, et ses cheveux étaient lâchés sur ses épaules à la place de ses habituelles nattes.

- T…tu es vachement belle aussi, répondit Anna. Je veux dire, vachement, pas comme une vache, mais très, très jolie, balbutia-t-elle, partagée entre l'envie de se cacher et de se donner des baffes.

Dans sa poitrine, son coeur battait à toute allure. Elle mourrait d'envie de s'avancer vers elle, de la toucher, de la prendre dans ses bras, de l'embrasser, mais elle avait l'impression d'être incapable de bouger. Elsa ne tenta aucune approche non plus, et au lieu de l'embrasser ou n'importe quoi qui pourrait ressembler à un bonjour entre deux personnes dans leur situation, elle l'invita tout simplement à entrer dans son salon d'un grand geste de la main.

La pièce était grande et ingénieusement aménagée. Le plancher était en bois clair, et la plupart du mobilier était dans des tons de bleu, blanc et brun chocolat. Le regard d'Anna fut immédiatement attiré par un grand tableau en noir et blanc représentant une esthétique fractale.

- C'est super joli, ton appart.

- Merci, répondit Elsa.

Curieuse, Anna promenait son regard dans tous les coins de la pièce. Il y avait d'un côté un canapé qui faisait face à une grande bibliothèque débordante de livre et de DVD, dans un coin, un bureau croulait sous les livres et les piles de feuilles, une grande baie vitrée donnait sur une petite terrasse, et un escalier en bois montait vers un étage en mezzanine. Accrochée à la rambarde de l'escalier, une plante verte aux longues feuilles tombantes embellissait la pièce. Dans l'autre coin du salon, un hamac blanc était accroché au mur.

Anna regarda l'enseignante. Elle ne comprenait pas pourquoi elle ne l'avait pas embrassée, et cela n'était pas pour la rassurer. Considérait-elle qu'elles n'étaient pas vraiment « ensemble » ? Comment devait-elle se comporter, elle ?

Elsa s'approcha d'elle et posa ses mains sur ses épaules, et Anna frissonna par anticipation, mais Elsa se contenta de l'aider à retirer son manteau, et accrocha le vêtement sur un portemanteau en laissant Anna encore plus déconcertée. Elle l'invita à s'asseoir sur le canapé, et elle prit place sur un fauteuil face à elle.

Les deux femmes discutèrent de choses et d'autre, de la journée qu'elles avaient passé, des cours qu'Elsa avait donné et Anna reçu. Elles échangèrent quelques plaisanteries. L'adolescente essayait de se détendre, mais la boule qui pulsait dans son ventre ne diminuait pas, et elle avait toute la peine du monde à se tenir tranquille. Dès qu'elle cessait d'y porter attention, ses mains se remettaient à tortiller ses doigts dans tous les sens, et sa jambe se mettait à trembler. Elle était clairement mal à l'aise, et ça ne lui plaisait pas du tout.

- Tu veux boire quelque chose ? demanda soudain Elsa.

- Heu... oui, je veux bien, répondit Anna.

- Je manque à tous mes devoirs d'hôte, dit-elle en souriant, comme si c'était une bonne plaisanterie. Que veux-tu ?

- Heu... qu'est-ce que tu as à me proposer ?

- Sans alcool j'ai plein de chose : du Coca, des jus de fruits, du thé… comme alcool j'ai du martini, du vin blanc, j'ai aussi de la bière au frais…

Anna hésita. Quelle boisson la présenterait à la fois comme une personne cool et mature ? Le martini, ça sonnait classe, mais elle n'avait absolument aucune idée du goût que ça pouvait bien avoir. Et les rares fois où elle avait bu du vin blanc, elle n'avait pas aimé. Elle opta pour une bière, là au moins, elle ne pouvait pas se tromper sur le goût.

- Je te préviens, dit Elsa avec un sourire, c'est de la vraie, pas de la Kro en canette.

Anna eut envie de répliquer que pour elle, toutes les bières avaient le même goût vu qu'elle mettait toujours du sirop ou de la limonade dedans, mais pour une fois, son cerveau réfléchit et considéra que ce n'était pas la chose la plus intelligente à dire. Elsa se leva et se dirigea vers la cuisine, et Anna la suivit. La pièce n'était pas très grande, mais elle était rangée, bien aménagée, et une grande fenêtre donnait sur la rue côté parking. Anna, timidement en retrait dans l'embrasure de la porte, regardait Elsa s'affairer à attraper dans un placard en hauteur deux grands verres à bière et les poser sur la table.

Anna prit une grande inspiration, et son courage à deux mains. Si ce n'était pas Elsa qui l'embrassait, alors ce serait elle qui le ferait.

Son cœur battait à tout rompre. Elle avança d'un pas et posa sa main sur le poignet pâle et lisse d'Elsa. La blonde relâcha le verre qu'elle tenait et se retourna. Anna sentait que le contact l'avait surpris, elle avait l'impression de sentir son sang pulser de plus en plus vite sous sa main qui tenait son poignet. Elle ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose, mais aucun son n'en sortit.

Elle voulait tellement l'embrasser ! Tout son corps, tout son cerveau ne réclamait que cela !

Et pourtant, elle n'arrivait pas à franchir les vingt centimètres qui séparaient leurs visages.

Anna l'enlaça alors carrément et enfouit son visage dans le creux de son cou. Elsa était plus grande qu'elle, et l'adolescente dut lever la tête pour reposer son menton sur son épaule. Après un instant d'hésitation, Elsa posa ses mains sur la taille d'Anna et la serra plus fort contre elle, générant une nuée de frissons, de papillons, d'oiseaux, qu'importe, qui dansaient et tournoyaient dans l'estomac de la petite rousse. Elle n'aurait jamais cru qu'un simple câlin puisse être à l'origine de tant de sensations.

Lorsqu'elle releva la tête, leurs visages étaient si proches l'un de l'autre qu'elle ne put s'empêcher de poser, tout doucement, ses lèvres sur les siennes, comme si c'était la chose la plus naturelle et la plus juste du monde.

Anna l'embrassa tendrement, et Elsa répondit à son baiser avec une passion non dissimulée.

- Il était temps, dit-elle avec un sourire.


A la semaine prochaine ! (ça vous avait manqué de lire ces mots ? :D )

Hâte de lire vos commentaires :)

Ankou