Bah voilà, c'est la rentrée.
Mon horoscope m'avait dit de rester au lit, j'aurais dû l'écouter. Je me suis pris 30° dans les dents, j'vais presque finir par regretter la neige. Et je vous raconte pas le jetlag après 27h de vol.
Bref on l'a compris, les vacances c'est fini. Coucou septembre !
Bienvenue à tous les nouveaux followers qui ont découvert cette histoire pendant l'été, et merci à tous ceux qui sont là depuis le début de continuer à me suivre. J'adore lire vos messages.
ALERTE FLUFF - Lecture déconseillée si quelqu'un (un parent ou un prof, par exemple) peut potentiellement lire derrière votre épaule.
Bonne lecture !
Chapitre 20
- Il était temps, dit Elsa avec un sourire.
Anna sursauta puis fronça les sourcils, sans pour autant s'éloigner d'elle. Les bras de l'enseignante étaient serrés autour de son corps, et elle n'avait absolument pas envie de rompre le contact.
- Tu… tu attendais que je t'embrasse ?
Sa voix était à la fois surprise, inquiète et choquée. Elsa eut une moue un peu coupable, et baissa timidement les yeux.
- Oui, avoua-t-elle. Excuse-moi mais… Je voulais vraiment que ce soit toi qui viennes vers moi… pour être certaine que tu sois bien sûre de toi. Je ne voudrais vraiment pas te conduire à faire quelque chose qui… si jamais tu t'étais rendue compte que tu n'étais pas…
Anna la coupa immédiatement et plongea son regard dans le sien. Comme Elsa était beaucoup plus grande qu'elle, elle n'eut aucun mal à la regarder dans les yeux malgré sa tête baissée.
- Elsa, je ne te considère ni comme une grande soeur, ni comme une amie. Je sais très bien que tu es une femme, et je suis tout à fait prête à avoir une relation avec toi… si tu le veux aussi.
La réponse mature et le ton si calme d'Anna comparé à son balbutiement semblèrent prendre Elsa totalement au dépourvu. Pendant quelques instants, elle resta muette, la bouche légèrement entrouverte, puis ses yeux se mirent à pétiller et un sourire naquit sur ses lèvres
- Je suis contente que tu répondes cela. Tu me plais vraiment, vraiment beaucoup, Anna.
Un léger fard recouvrait les joues de l'enseignante. Anna traça des yeux le contour de son visage. Elsa était si… si… Elle n'arrivait pas à trouver de mots capables de la décrire. Le col de sa chemise entourait sa gorge et les lignes fines et gracieuses de son visage. Sa peau était blanche et sans la moindre imperfection à ses yeux, à l'exception de quelques pâles taches de rousseur sur ses pommettes, et sur l'arête de son nez. Anna avait envie de tendre la main et de toucher ses joues, juste pour s'assurer que tout était bien réel, qu'elle était bien là. Elsa remarqua son attention, et ses yeux se posèrent sur les lèvres d'Anna. Elle prit une grande inspiration. Le souffle d'Anna, lui, s'accélérait déjà.
Je suis avec Elsa, je suis chez Elsa, j'embrasse Elsa… Elle pouvait l'embrasser autant qu'elle le voulait, maintenant. Ca méritait largement ces deux mois d'attente et d'angoisse.
Le même genre de pensées tournoyait dans la tête de l'enseignante. Elle n'avait jamais vu Anna dans une telle tenue, sa gorge révélée par le décolleté de sa robe, ses cheveux qui tombaient en une cascade ondulée sur ses épaules, leur flamboyance décuplée par la couleur du tissu. Chaque détail jusqu'au maquillage de ses yeux la rendait magnifique. Il allait être difficile de contrôler ses émotions devant un tel tableau, mais elle se devait de s'y efforcer, peu importe si c'était douloureux. Il fallait qu'elle garde la tête froide.
Mais avec Anna qui la dévorait des yeux, comment son esprit pouvait-il espérer produire la moindre pensée cohérente ?
Elles s'embrassèrent à nouveau. Les lèvres d'Elsa caressaient doucement celles d'Anna comme si elle n'osait toujours pas y croire. La jeune rousse se pencha en avait et approfondit le baiser, frôlant d'une main la joue d'Elsa tandis que l'autre était toujours agrippée à son poignet.
L'enseignante finit par s'appuyer contre la table, les mains sur le rebord du meuble pour s'empêcher de tomber, ses genoux étant depuis longtemps incapable de la soutenir. Anna entrouvrit la bouche pour reprendre sa respiration sans pour autant s'écarter d'elle, et la jeune blonde frissonna en sentant son souffle chaud tout contre ses lèvres. Anna la sentit trembler, et elle plaça une main sur son torse, juste au-dessus de sa poitrine, comme si elle pouvait ralentir la course effrénée de son cœur.
La lycéenne ne semblait pas vouloir s'arrêter de l'embrasser, sa main était désormais dans le dos d'Elsa et la plaquait plus près, encore plus près de son propre corps. Toutes ses pensées s'échappaient de sa tête comme des volutes de fumée. La cuisine sembla soudain trop petite, l'air lourd comme si l'oxygène s'était raréfié. Elsa crispait ses deux mains aussi fermement que possible sur le rebord de la table, griffant le revêtement en faux bois de ses ongles pour les empêcher d'aller à la rencontre de la peau de la jeune fille si sexy, qui du haut de ses dix-sept ans l'embrassait comme jamais on ne l'avait embrassée.
Une de ses mains échappa finalement à son contrôle de plus en plus vacillant, et elle agrippa la nuque d'Anna, entortillant ses doigts dans ses cheveux auburn.
Le baiser devenait de plus en plus intense, de moins en moins innocent. La main d'Elsa parcourut toute la longueur de sa chevelure et glissa jusqu'au bas de son dos. Un reliquat de pensée rationnelle pas encore évanouie trouva son chemin jusqu'à son cerveau, et Elsa eut soudain une vive conscience de ce qui était en train de se passer. Stop. Elsa, stop !
Elle mit fin au baiser après une dernière caresse de sa langue sur la bouche de la jeune rousse et s'écarta.
Les deux femmes reprirent leur souffle sans se quitter des yeux. Elsa se mordillait la lèvre inférieure, une boule de culpabilité naissait dans sa gorge et enflait au fur et à mesure qu'elle réalisait ce qui venait de se produire. Bon sang, elle n'était là que depuis une demi-heure et elle avait déjà failli lui faire l'amour sur la table de la cuisine. Etait-elle un animal ? Putain, contrôle-toi, contrôle-toi…
Son cerveau était toujours embrumé, toujours intoxiqué par les sensations persistantes du baiser, et elle fut incapable de se rappeler qui d'elles deux l'avait initié… mais c'était probablement sa faute. Oui, c'était sa faute, évidemment. Pas celle d'Anna. Anna était innocente.
Elle retira sa main de son dos – mon dieu, elle était presque trop bas pour être réellement sur son dos – et laissa son bras retomber le long de son corps. Anna ramena à son tour sa propre main, quelques secondes plus tôt agrippée à la nuque de la jolie blonde, pour repousser une mèche de cheveux pâles qui s'était échappée de la coiffure d'Elsa. Ses doigts s'arrêtèrent derrière son oreille et revinrent en glissant le long de sa mâchoire jusqu'à ses lèvres, qu'elle effleura lentement du bout des doigts. Elsa avait envie de fermer les yeux et de s'abandonner dans un nouveau baiser, mais alors la question de rester chaste jusqu'à la fin de l'année risquait fort de se transformer en rester chaste jusqu'à la fin de la soirée. Il lui fallait intervenir si elle ne voulait pas franchir tout de suite le point de non-retour.
- D-donc tu as dit une b-bière ?
Anna cligna des yeux plusieurs fois, comme si elle s'éveillait d'une séance d'hypnose particulièrement réussie.
- Ah, heu, oui, une bière oui, ce sera parfait.
Son souffle était toujours court, et son regard ne quitta qu'avec difficulté les lèvres de son aînée, pour se tourner vers le réfrigérateur qu'Elsa venait d'ouvrir avec des gestes tremblants et tâtonnants. Il y avait bien deux bières dans la porte du frigo, des marques qu'Anna ne connaissait pas, dans des grandes bouteilles brunes fermées par ce mécanisme en métal qu'elle n'arrivait jamais à ouvrir sans se défoncer les doigts. Elsa tendit la main pour se saisir de la première des deux bières, quand le regard de l'adolescente fut attiré par d'autres bouteilles plus petites, soigneusement alignées dans le bac à légumes. Elle reconnut immédiatement le logo sur les étiquettes.
- Hannnhhhh tu as des Cacolac ? s'exclama-t-elle d'un ton surexcité.
Elsa sourit en l'entendant. Elle avait retrouvé la lycéenne qu'elle connaissait, et laissé de côté l'espèce de succube qui l'avait assaillie et lui avait presque fait perdre la tête quelques instants plus tôt. Elles étaient revenues sur un terrain moins, beaucoup moins dangereux.
- Oui pourquoi, tu aimes ça ?
- J'adore ! Mes amis se moquent toujours de moi quand j'en commande, mais c'est tellement bon !
La main d'Elsa, qui avait été interrompue dans son mouvement, abandonna la bière pour ouvrir le bac à légumes et prendre deux bouteilles de la boisson au chocolat.
- Est-ce que tu veux le boire avec du Baileys ou nature ? demanda-t-elle.
- Du Baileys ? C'est quoi ?
- Tu ne connais pas ? C'est de la crème de whisky, c'est très bon, je suis sûre que tu vas adorer.
- De la crème de whisky ? répéta Anna en haussant les sourcils. Ne suis-je pas sensée ne pas avoir l'âge de boire de l'alcool ? demanda-t-elle avec un sourire moqueur.
Elsa arrêta son geste et se tourna vers l'adolescente. Ses sourcils étaient froncés et sa bouche pincée, mais il y avait de l'amusement caché derrière ses lèvres closes.
- Si on veut que les choses puisse marcher entre nous, commença-t-elle, et que tu ne me fasses pas regretter de t'avoir invitée ce soir, il va y avoir quelques règles à respecter. Par exemple, aucune mention du fait que tu n'as pas encore dix-huit ans, ou… que je suis ta prof de maths.
- Okay ! dit Anna en riant.
- Et en plus, le Cacolac-Baileys c'est parfait.
Le sourire avait fait son retour sur son visage et Anna répliqua par une moue amusée.
- D'accord, je te fais confiance.
Elsa remplaça les verres à bière par d'autre verres, plus petits avec une forme évasée, versa un bon centimètre de crème de whisky dans chaque verre, et ajouta le chocolat. Elle compléta d'un glaçon et d'une paille, puis tendit un verre à Anna, qui porta immédiatement la paille à ses lèvres et absorba une généreuse gorgée du mélange sucré.
- Hmmm, s'exclama-t-elle, c'est super bon !
- N'est-ce pas ?
Elles retournèrent dans le salon. Anna se rassit sur le canapé tandis qu'Elsa prenait à nouveau place dans le fauteuil. Avec un sourire timide, Anna tapota la place à-côté d'elle. Son aînée hésita. Elle ne voulait pas prendre le risque que les choses aillent à nouveau trop loin, trop vite.
Contrôle-toi, ne ressens rien, s'intima-t-elle tandis qu'elle s'asseyait à-côté de la jeune rousse en essayant de ne pas trembler. Anna souriait, d'un sourire radieux qui fit bondir et rebondir son cœur dans sa poitrine. Anna se pencha vers la table basse pour y poser son verre, et reposa sa main sur sa cuisse. L'enseignante regarda cette main, comme hypnotisée, et après un instant d'hésitation, posa la sienne juste dessus. Elle la serra doucement, et leurs doigts s'entrelacèrent, dans une succession de gestes doux et timides, complètement à l'opposé du baiser torride qu'elles avaient échangé à peine quelques instants plus tôt.
Elsa tourna les yeux vers le visage de sa cadette, et vit que son regard à elle était fixé sur la danse de leurs mains qui se touchaient mutuellement. Lorsqu'elle releva la tête à son tour, et que la mer turquoise rencontra l'océan bleu, Elsa ne fut plus capable de résister un instant de plus elle se pencha vers Anna qui passa délicatement sa langue sur ses lèvres et entrouvrit la bouche, prête à accueillir le baiser.
Elle se sépara d'Anna, beaucoup trop rapidement à son goût, mais juste à temps pour éviter au baiser de devenir trop passionné, trop risqué. L'enseignante se pencha d'une manière qu'elle voulait naturelle pour attraper son verre et boire une longue gorgée du liquide chocolaté. Elle ne voulait pas que la jolie rousse en face d'elle ne réalise qu'elle résistait de toutes ses forces à l'envie de se jeter sur elle comme un animal affamé. Elle risquerait de partir en courant.
- Bon, dit Anna comme pour elle-même, après un long silence uniquement meublé par la course des pensées d'Elsa. Donc tu aimes le chocolat.
La réflexion prit Elsa par surprise. Elle haussa un sourcil intrigué.
- Qu'est-ce que tu fais, la liste des choses qu'on a en commun ?
- Et bien, étant donné qu'on ne se connaît pas tant que ça, j'ai pensé que ça pourrait être un bon début, non ?
- Okay… dit Elsa d'un ton incertain.
- Par exemple, proposa Anna, quelle est ton occupation préférée quand tu ne bosses pas et que tu n'as pas de cours à préparer ?
- Hmm… J'hésite… J'hésite entre me poser devant une série avec Olaf et un chocolat chaud, ou faire une balade en roller.
- Tu fais du roller ? demanda Anna, impressionnée.
- Oui, enfin j'en faisais surtout quand j'étais à Lyon. Je faisais presque tous les jours une dizaine de kilomètres le long des quais. En fait je préfère surtout faire du patin à glaces, mais à part en hiver, c'est assez compliqué.
- Moi j'ai jamais pu en faire, dit Anna. J'ai toujours trop peur de me casser une cheville. En fait, j'ai vraiment pas d'équilibre, c'est à peine si j'arrive à courir sans tomber !
Elsa laissa échapper un petit rire et repensa aux nombreuses fois où elle avait effectivement vu l'adolescente glisser dans les couloirs, trébucher dans les escaliers, lui tomber dans les bras lors d'un rendez-vous clandestin…
- Ca s'apprend. Je te montrerai si tu veux. Et toi, quelle est ton occupation préférée ?
- Taper sur des monstres à Final Fantasy ! répondit-elle sans hésiter.
- Tu joues à Final Fantasy ? s'étonna Elsa.
Anna acquiesça vigoureusement, un petit air fier sur le visage.
- J'en ai joué quelques uns aussi, quand j'étais au lycée.
- Lesquels ? demanda immédiatement Anna.
- Le neuf, le dix... et le douze, je crois.
- Et quel a été ton préféré ?
- Le dix, répondit Elsa.
- Quoi ?! Comment tu peux dire ça ?! s'exclama la rouquine d'une voix scandalisée. Alors que dans le neuf il y a Vivi !
Ses yeux pétillèrent à la mention du petit mage noir qui arrivait, avec sa forme pixelisée et son visage noir sans aucun autre détail que deux grands yeux jaunes, à être le personnage le plus sensible et le plus émouvant de tous les jeux auxquels elle avait pu jouer.
- Oui mais…
L'adolescente croisa ses bras sur sa poitrine avec une moue boudeuse.
- Je ne suis pas sûre que ça puisse marcher entre nous, finalement.
Elsa sourit.
- Pour être honnête, je ne suis pas très branchée jeux vidéo. C'est surtout Olaf qui joue et qui me fait découvrir des choses, moi je préfère les livres. Il m'a pratiquement forcée à jouer à ces jeux, au début je n'avais pas envie, mais il a vraiment insisté en me disant que c'était super.
- J'approuve ! Il ne peut qu'être quelqu'un de bien !
- J'aime à le penser, répondit Elsa.
Le visage de l'adolescente se renferma soudain légèrement tandis qu'elle se mordillait les lèvres.
- Il… il bosse dans quoi, Olaf ? demanda Anna sans savoir si elle avait vraiment le droit de poser cette question.
- Il est développeur en informatique.
La réponse surprit Anna. Elle s'était attendu à quelque chose de plus fashion et beaucoup moins geek pour le beau garçon si classe qu'elle avait plusieurs fois entr'aperçu.
- Je n'aurais jamais cru ! Il ne correspond pas trop au cliché de l'informaticien…
- Ca, c'est parce que tu ne l'as pas vu il y a trois ans. Il ne s'habillait qu'en jeans et T-shirts de jeux vidéos ! Il est sorti à ce moment-là avec un homme qui travaillait dans la mode, et un nouvel Olaf est né. Ca ne l'empêche pas de continuer à jouer, d'ailleurs il doit avoir tous les Final Fantasy, il est incollable dessus.
- J'aimerais bien le rencontrer, dit Anna.
Elsa baissa les yeux. Anna, rencontrer Olaf ? Pourquoi pas, après tout…
- Si tu veux…
Anna avait depuis longtemps rêvé d'apprendre à connaître la femme qui était sa prof de maths, même avant qu'elle ne réalise qu'elle avait des sentiments pour elle. Elle s'était souvent demandé quel était son film préféré, quel type de vacances elle avait passées étant enfant, quel était son caractère, son vrai caractère. Avaient-elles des points communs ? Auraient-elles été amies si elles avaient eu le même âge ? Seraient-elles compatibles ?
Au bout d'un moment, une heure peut-être, alors qu'Elsa racontait comment s'était passée son année précédente au collège, le ventre d'Anna gargouilla bruyamment. Les joues de la lycéenne virèrent au rouge vif et elle détourna le regard en s'excusant. Elsa écarquilla les yeux et plaqua ses mains sur sa bouche, et Anna se mit à paniquer. Son ventre avait-il été si bruyant ?
- Oh mon dieu, le dîner !
Elsa se leva immédiatement et se dirigea vers la cuisine, laissant Anna abasourdie sur le canapé.
- Tu as besoin d'aide ? Quelque chose a brûlé ?
- Non non, c'est bon, répondit Elsa depuis la cuisine. Tout était prêt, je n'ai qu'à réchauffer deux-trois choses, reste où tu es !
Obéissant à son ordre, Ana ne la rejoignit pas dans la cuisine, mais ne resta pas assise pour autant. Il y avait tant de choses à regarder dans cet appartement ! Elle se leva. Sur le bureau, dans le coin opposé de la pièce, se trouvait une multitude de photos, certaines encadrées et posées bien en évidence, d'autres accrochées à un câble fixé entre les deux étagères qui étaient remplies de livres scolaires, d'ouvrages universitaires et de revues sur les mathématiques. Elsa se trouvait sur de nombreuses photos, souvent avec Olaf, dans des paysages de forêt ou de montagnes, entourées d'un groupe de filles, ou à côté de personnes plus âgées, sans doute ses parents. Elsa adolescente, remarqua Anna, était tout aussi jolie que la version actuelle, ses joues plus rondes et ses cheveux plus courts.
Sur l'une des photos encadrées, elle était beaucoup plus jeune, douze ou treize ans peut-être, et les deux adultes qui l'accompagnaient n'étaient pas les mêmes que sur la photo plus récente. C'étaient sûrement eux, ses parents. La femme avait les mêmes yeux, bien qu'ils ne soient pas tout à fait du même bleu, et l'homme avait des cheveux blonds dorés, et son sourire était exactement comme celui d'Elsa.
Il y avait plusieurs photos d'eux sur son bureau. Une où ils tenaient dans leurs bras une petite fille blonde d'un an ou deux, une autre qui avait sans doute été prise à leur mariage, car la femme était dans une robe blanche magnifique, et l'homme dans un élégant costume bleu marine. Une troisième les montrait plus jeunes, et ils étaient devant une moto de trial, leurs casques à la main. Elle doit vraiment aimer ses parents, moi je n'ai aucune photo des miens…
Elle s'écarta du bureau en voyant Elsa arriver avec un énorme plateau dans les mains. Anna voulut faire de la place sur la table du salon, mais Elsa l'ignora et posa le plateau sur la table basse. Anna la rejoignit. Le plateau débordait de petits plats qu'elle disposait devant elles.
- J'espère que tu aimes la cuisine asiatique. Je ne savais pas ce que tu aimes, alors j'ai fait un assortiment.
- Ca a l'air super ! répondit chaleureusement Anna.
Elle n'avait absolument pas pensé à ce qu'elles allaient manger. En général, quand elle passait la soirée avec l'une ou l'autre de ses copines, c'était pizzas, pâtes à la carbonara, crêpes party, croques-monsieur ou d'autres choses faciles à faire du même genre. Elle n'avait jamais vraiment cuisiné, à part des gâteaux ou des cakes salés pour les fêtes. Elle ne s'était pas attendue à être réellement invitée à dîner…
Elle écouta Elsa lui décrire les plats. Il y avait des raviolis japonais, des makis au saumon et à l'avocat, du tofu pané et grillé, des petits morceaux de poulets marinés dans une sauce caramélisée, et pour faire glisser le tout, un bol de riz recouvert de graines de sésame.
Anna n'avait jamais mangé japonais, mais elle avait souvent mangé avec ses parents dans le restaurant chinois qui était à dix minutes de chez elle, alors elle prit les baguettes pour s'emparer avec dextérité – du moins c'était là son intention – d'un des makis à l'avocat. La boulette de riz s'échappa et tomba dans l'un des bols de sauce soja, éclaboussant toute la table.
- Je… je suis désolée ! s'exclama Anna.
Stupide, stupide rouquine, tu ne peux pas t'empêcher de tout faire tomber, hein ?
- Je suis vraiment un boulet, grommela-t-elle avec des accents de panique dans la voix. Tu n'en as pas sur tes vêtements ? Bouge pas, je vais nettoyer…
- C'est bon, Anna, ne t'en fais pas, dit Elsa avec un sourire encourageant.
Elle prit une serviette en papier et essuya les quelques gouttes de sauces qui parsemaient la table sans rien dire de plus. Finalement, Anna parvint à reprendre en main la paire de baguette, et le dîner se déroula sans aucune autre catastrophe. Tout était délicieux, leurs conversations avaient repris, et la pression qu'Anna éprouvait retomba doucement.
Elsa se leva au bout d'un moment et revint rapidement avec deux bols qu'elle posa sur la table. C'était de la crème glacée, une des boules était blanche, ou peut-être vert pâle, et l'autre avait une étrange couleur rouge foncé.
- C'est thé vert et haricot rouge, expliqua-t-elle à une Anna dubitative. Si ça ne te plaît pas, il y a de la glace vanille aussi, mais c'était moins dans le thème.
- Jamais goûté, ce sera une première expérience, répondit Anna avec un sourire, en enfournant dans sa bouche une généreuse cuillerée de glace au haricot.
- Alors ? demanda Elsa avec curiosité une fois qu'Anna eut avalé sa première bouchée.
- Pas mal. Mais ce serait meilleur sur une gaufre.
Elsa éclata de rire. Un vrai éclat de rire pour une fois, pas un petit gloussement tout juste visible derrière sa main.
- Je plaide coupable, je suis une goinfre, ajouta Anna, entraînant un nouveau rire.
Elsa ne pouvait pas s'empêcher de regarder Anna, comme si une partie d'elle-même pensait toujours qu'elle finirait par partir en courant. Elle avait voulu que cette soirée soit parfaite, elle s'était même faite guider par skype pour réaliser correctement ses makis (merci Muriel !) et conseiller par téléphone pour choisir les vêtements qu'elle allait porter. Aurore et Olaf, à l'autre bout du fil, étaient surexcités, mais elle n'avait pas entendu Belle, qui boudait, probablement. Qu'elle ose prétendre qu'à sa place elle n'aurait pas agi de la même façon !
Elsa avait répondu avec enthousiasme à chaque question d'Anna, avait ri de bon cœur à chacune de ses plaisanteries. Dans un coin de sa tête, elle s'était attendue à une déception, à passer la soirée avec une ado de dix-sept ans inintéressante et immature, et dans ce même coin de tête, une partie de son esprit désirait être déçu. C'était probablement la seule porte de sortie qu'elle pouvait espérer obtenir.
Au lieu de ça, elle était de plus en plus séduite par la petite rousse extravertie, qui n'était ni inintéressante ni immature, bien au contraire, et le soulagement qu'elle ressentait était beaucoup, beaucoup plus fort que la déception.
A dix heures et demie, une musique rock s'échappa du sac d'Anna. Les deux jeunes femmes, isolées dans leur bulle, à échanger sourires, anecdotes, regards et occasionnellement baisers, furent rappelées brutalement dans le monde réel par le son imprévu. Elsa fronça les sourcils, recherchant l'origine de la musique.
- C'est mon téléphone ! s'exclama Anna en se levant précipitamment.
Elle fouilla dans la poche de son manteau et éteignit la sonnerie.
- On t'appelle à cette heure-ci ?
- Non, c'est mon alarme, expliqua-t-elle. Ca… ça veut dire que je vais devoir bientôt partir. Je dois être rentrée pour onze heures.
L'éclat qui brillait dans les yeux d'Elsa disparut, remplacé par une expression triste, puis résignée.
- Ah… Oui, bien sûr, dit-elle en détournant le regard.
- J'ai passé une très bonne soirée, dit timidement Anna en se rasseyant à ses côtés.
- Moi aussi, dit Elsa. Je… je serais ravie d'avoir un deuxième rendez-vous.
- C'est une proposition ?
Elsa n'avait envie de rien de plus que de dévorer le sourire qui prenait toute la place sur le visage de sa petite amie. Ma petite amie ? Déjà ? Je ne devrais pas lui demander ce qu'elle en pense d'abord ? A un deuxième rendez-vous, peut-être…
- Absolument, répondit-elle en souriant à son tour.
- Alors, comment s'est passée ta soirée ?
Anna ne s'était pas attendue à trouver ses parents toujours dans la cuisine. En général, ils étaient soit dans leur chambre, soit devant la télévision. Au lieu de ça, ils jouaient tous les deux à un jeu de société qui paraissait très élaboré, plusieurs tablettes de chocolats étaient ouvertes sur la table, et l'air sentait bon le café – probablement décaféiné.
La tête d'Anna, elle, était encore pleine du souvenir d'Elsa et de leur dernier baiser.
- Pas mal. La mère de Mérida nous a préparé des sushis, et ensuite on a regardé un film japonais.
- Quel film ? demanda sa mère avec curiosité.
Anna ouvrit la bouche et resta une seconde en suspens. Elle n'avait pas prévu tous les détails de son mensonge, et ce genre de bêtise ne pouvait qu'attirer la suspicion de ses parents. Elle choisit le premier animé japonais qui lui vint à l'esprit.
- Le Château dans le ciel. C'est un animé. Un Ghibli.
- Ca me dit vaguement quelque chose, commenta son père. Ce n'est pas celui avec une île volante ?
- Oui, c'est celui-là. C'était vachement sympa. Bon, je monte me coucher, finissez bien votre jeu !
- Bonne nuit, lancèrent ses parents à l'unisson.
La journée avait été incroyable et intense, et elle se sentait épuisée, sa dernière nuit de sommeil lui paraissait tellement lointaine, et elle avait du mal à croire que tant de choses aient pu se passer depuis son réveil ce matin. Sous la douche, elle repensa à la façon dont Elsa l'avait embrassée dans la cuisine. Tandis que l'eau brûlante lui coulait dans le dos, elle revoyait son regard ardent, sentait sa langue sur ses lèvres, et ses mains qui lui caressaient la joue. Ce souvenir seul suffisait à faire naître un feu dans son ventre. Elle aimait Elsa, et elle venait de découvrir qu'elle ne faisait pas que l'aimer : elle la désirait, comme jamais elle n'avait désiré un seul garçon.
Elle retourna dans sa chambre et prit son téléphone. Elle avait le numéro d'Elsa, maintenant. Comment réagirait-elle si Anna lui envoyait des messages ? Existe-t-il un code pour savoir combien de temps il faut attendre avant d'envoyer un sms ? Et s'il existait un tel code, était-elle vraiment tenue de le respecter ? Après tout, elles n'étaient pas du genre à se soumettre aux conventions ni au bon sens, elles l'avaient prouvé plusieurs fois…
C'est décidé, je lui en envoie un ! Elle réfléchissait maintenant à ce qu'elle allait lui écrire, lorsque son téléphone vibra dans ses mains. Elle ouvrit le message avec des gestes si fébriles et impatients que le portable glissa de ses mains et tomba sur la moquette. Elle le récupéra en espérant ne pas avoir effacé le message dans l'incident. Ce serait bien mon genre, ça…
Elle appuya du pouce sur l'icône représentant une enveloppe surmontée d'un petit « 1 » rouge.
« Bonne nuit Anna ».
Un feu d'artifice se mit à crépiter dans son ventre, et sans plus attendre, sans hésiter davantage, et sans lâcher son téléphone, elle répondit : « Bonne nuit Elsa ».
Voila pour le premier « vrai » rendez-vous de nos deux amoureuses. Après relecture, je n'en suis pas 100% satisfaite. Il me plaisait pourtant bien il y a quelques mois quand je l'ai écrit, mais je sais pas, ça sonnait mieux dans ma tête. J'espère qu'il vous aura quand même plu.
Si vous avez des critiques, des commentaires ou des suggestions, n'hésitez pas !
Le fluff se poursuit dans les chapitres suivants. Qui parie qu'elles tiendront jusqu'au bac ?
A bientôt (genre, dans 7 jours)
Ankou
