Bonjour à tous !

Vous avez toutes décidé qu'elles ne tiendraient pas jusqu'au bac et que ça partira en sucette avant ça. C'est quand même pas gentil. Vous pourriez pas plutôt leur souhaiter d'être heureuse et que rien ne les sépare ? Bande de vilains. Si ça se passe mal, ce sera votre faute.

Bonne lecture !


Chapitre 21

Le retour au lycée avait une toute nouvelle saveur. Anna rêvassait toujours autant en classe, peut-être même plus, mais la boule désagréable dans son ventre avait disparu. Le rêve, tantôt attirant, tantôt angoissant avait laissé place à quelque chose de réel. Elle n'avait plus à redouter d'ignorer Elsa, elle n'avait plus l'impression d'aimer quelqu'un pour des prunes. Le simple souvenir de leur premier rendez-vous était largement suffisant pour dissiper le moindre doute. Oui, c'était quelque chose de réel.

Et cette réalité s'était manifestée pas plus tard que ce matin, en cours d'histoire-géo.

Son téléphone, dans son sac à ses pieds, clignota silencieusement. Incapable d'attendre la fin de l'heure pour découvrir le contenu du message, elle guetta si Mme Gerda était en train de regarder dans sa direction, puis elle se pencha et plongea sa main dans son sac.

« Concentre-toi en cours et arrête de rêver ! »

C'est seulement en lisant le message qu'elle réalisa qu'elle n'avait pas écouté un seul mot du cours depuis cinq minutes, trop occupée à imaginer à quoi ressemblerait leur deuxième vrai rendez-vous. Immédiatement, Anna tourna la tête, dans l'espoir de voir le sommet de la tête d'Elsa à travers les hautes fenêtres qui donnaient sur le couloir. Aucune trace de mèches blondes impeccablement coiffées. Trop tard, pensa-t-elle déçue.

« Où es-tu ? »

La réponse fusa immédiatement.

« Qu'est-ce que j'ai dit sur le fait de te concentrer ? -) »

Le smiley jaune se transforma automatiquement dans sa tête en un sourire malicieux sur le visage d'Elsa.

« J'y penserai. »

Elle aurait aimé poursuivre la conversation, mais elle sentait bien que ce n'était pas une idée des plus sages. Elle rangea son téléphone, après avoir jeté un coup d'oeil à la prof, qui était plusieurs tables derrière elle.

Elle avait vraiment décroché du cours, maintenant.

- Mérida, on en est où ? J'ai perdu le fil ! s'exclama-t-elle en se penchant sur le cours de sa voisine.

- Question six page 128. Fais gaffe, Gerda t'a regardée bizarrement tout à l'heure.

- Ouais, désolée, je pensais à autre chose.

- Comment, tu n'es pas ultra passionnée par l'économie du Japon ? demanda Mérida d'un ton ironique.

Elle se contenta de répondre à la plaisanterie par un gloussement, puis tira son livre d'histoire-géo devant elle et se concentra sur l'exercice pour faire bonne impression devant Gerda, un sourire niais sur les lèvres tandis qu'elle pensait à un autre de ses professeurs.

Anna avait du mal à croire qu'elle ait pu se sentir si mal en cours de maths à peine quelques semaines plus tôt. L'épisode du saignement de nez lui paraissait surnaturel, maintenant. Elle avait désormais une nouvelle motivation pour bosser sérieusement. Si elle voulait pouvoir passer le plus de soirées possible avec Elsa et gagner du temps libre, elle avait intérêt à épater ses parents avec des résultats à la hauteur.


Deux petits coups vifs furent portés à la porte de sa chambre, et Anna sursauta. S'attendant à une irruption de sa mère, elle ferma sa fenêtre de conversation avec Trinity.

- Hey Ginger, j'peux rentrer ou t'es à poil ?

Elle sursauta à nouveau, mais cette fois de surprise, en reconnaissant la voix de Mérida. Elle jeta un coup d'oeil à son portable, posé sur son lit. Aucun message ne l'avait prévenue de l'arrivée de sa meilleure amie.

- Deux s'condes, j'arrive.

Elle se leva, ouvrit la porte et accueillit son amie. Fait rare, Mérida était en jupe aujourd'hui, une jupe rouge aux motifs écossais qu'elle portait avec des doc Marteens noires, et un pull à col roulé d'un blanc immaculé faisait ressortir l'écarlate de ses cheveux bouclés.

- J'étais avec mon père en voiture et on passait dans le coin, alors je lui ai dit de me déposer.

Les deux adolescentes s'assirent sur le lit et se mirent à discuter. Anna était légèrement inconfortable d'avoir été interrompue dans sa conversation avec Trinity, alors qu'elle venait tout juste de lui raconter qu'elle avait enfin, enfin, réussi à faire tomber sa prof dans ses bras. En tout cas, elle le présenta comme ça pour se donner une contenance, parce qu'en vérité, elle avait plutôt l'impression que c'était elle qui était tombée.

Ce qui lui rappelait une fois de plus qu'elle cachait la vérité à Mérida.

Son interlocutrice devait visiblement s'ennuyer, de l'autre côté de l'écran, car au bout de quelques minutes à peine, un nouveau message de sa part déclencha un pop-up, et la fenêtre de conversation réapparut juste sous les yeux de Mérida. Cette fenêtre horriblement visible, avec sa grande bannière arc-en-ciel qui ne pouvait en aucun cas passer inaperçue.

- C'est quoi, ça ? demanda la grande rousse en fronçant les sourcils.

- Quoi ça ? Ha, ça… Heu… c'est rien, balbutia Anna. C'est juste… un site, tu sais, pour avoir des conseils.

« En tout cas je suis contente pour toi. Fais pas de conneries par contre ! :p »

« Hé t'es toujours là Ginger ? »

- Et elle, qui c'est ? demanda Mérida en grognant, pointant l'avatar représentant la fille sexy sur sa moto.

Putain j'avais pas prévu cette conversation-là… Pourquoi Mérida avait-elle débarquée comme ça sans prévenir ? Elle n'était pas prête, pas encore prête. Et puis j'ai promis à Elsa de garder le silence, et c'est non négociable. Elle n'allait quand même pas à avoir à choisir entre Mérida et Elsa, tout de même !

- Heu… c'est la fille qui…

Les sourcils de Mérida étaient si froncés qu'ils formaient un V écarlate au dessus de ses yeux émeraude.

- C'est la fille qui m'a donné des conseils, dit-elle finalement.

Ce n'était clairement pas la réponse à donner à Mérida.

- Et moi, je ne pouvais pas t'en donner ? grogna-t-elle. Je suis tous les jours avec toi, j'ai jamais trahi un seul de tes secrets, mais je suis visiblement pas assez bien pour te donner des conseil et surtout pour être au courant !

- C'est pas ça… se défendit Anna.

- Alors c'est quoi ? Dis-moi !

- Je ne peux pas ! Le secret, c'est pas pour moi ou parce que j'ai honte ou quoi que ce soit, c'est pour la protéger elle ! Elle m'a fait promettre de ne rien dire !

- Ouais, et en attendant, cette meuf que je ne connais pas continue de jouer avec toi comme ça, et après c'est à moi et à Kristoff de recoller tous tes morceaux ! Elle se fiche de toi, Anna ! Crois-moi, tu ferais mieux de laisser tomber, ça mènera jamais à rien cette histoire !

- On sort ensemble, Mérida, coupa Anna.

- Tu… vous… quoi ?

Les yeux de la sportive étaient devenus grands comme des soucoupes, et Anna poussa un soupir. Elle n'avait pas eu l'intention de le dire, ça lui était tout simplement échappé. Elle n'avait pas supporté d'entendre Mérida dire du mal d'Elsa.

- On est ensemble, répéta-t-elle plus calmement. Pour de vrai. On s'est vues, on s'est embrassées et tout !

- Et tout ?

Les joues d'Anna virèrent au rose vif devant le regard curieux et interrogateur de son amie.

- Non, pas ce tout là…

Mérida éclata de rire, et Anna relâcha un souffle qu'elle retenait sans s'en être rendue compte. Finalement, Mérida ne lui en voulait peut-être pas tant que ça.

- Donc… t'es heureuse ? demanda-t-elle.

- Oui, affirma Anna.

- Elle ne joue pas avec toi, t'es sure de ça ?

- Certaine. C'est elle qui a la situation la plus compliquée, pas moi.

Les lèvres de Mérida esquissèrent un sourire, qui se transforma rapidement en une moue déçue.

- Je t'en veux de ne rien m'avoir dit.

- Je sais, admit Anna. Je suis désolée. J'ai confiance en toi Mérida, tu sais, ajouta-t-elle précipitamment, mais c'est compliqué, elle est entourée de gens très…

- Cons ? suggéra Mérida.

- Ouais, on peut dire ça… C'est déjà très chaud pour nous de se voir tellement c'est le bordel.

- J'imagine que tu vas vouloir mon aide pour te couvrir ? demanda son amie.

- Hein ? s'exclama la petite rousse, surprise par la question. Comment ça ?

- Tes parents savent pas, pas vrai ?

- J'espère, en tout cas !

- Bon, alors quand tu prétendras être chez moi, envoie-moi un sms, que j'évite d'appeler sur ton fixe parce que tu réponds pas à ton portable. Que j'fasse pas la boulette du siècle.

La proposition était sincère, malgré le ton boudeur, et Anna fut pleine de reconnaissance pour son amie qu'elle serra vigoureusement dans ses bras.

- Merci, Mérida.

- J'espère seulement que t'attendras pas six mois avant de me dire la vérité.

Dans six mois, c'est le bac, pensa immédiatement Anna. Elle ne pourrait pas le dire à Mérida avant au moins la fin du lycée.

- J'ai peut-être l'air calme, mais en vrai j'ai toujours les boules. Tu pouvais vraiment pas choisir plus simple, sérieux ?

- Plus simple, j'avais le choix entre Hans et toi, non merci !

- Connasse !

Anna pouffa, fière de sa réplique et de l'expression scandalisée qu'elle avait générée sur le visage de Mérida.

- Et si tu ne peux pas me dire qui c'est, tu peux quand même me raconter comment ça s'est passé, non ?


Mérida écouta son amie lui décrire sa soirée avec cette fille qui avait l'air si parfaite. C'était tellement bizarre ! Anna, toujours prompte à enjoliver n'importe quelle histoire d'une myriade de détails dont on n'avait jamais besoin, luttait visiblement pour ne rien dire.

Tout ce qu'elle avait pu apprendre, c'est qu'elles s'étaient vues dans son appartement. Quand elle avait demandé si c'était son appart' à elle ou bien celui de ses parents, Anna n'avait pas voulu répondre. Mais en y réfléchissant, si ses parents étaient cons au point de ne pas supporter qu'elle fréquente une autre fille, ils ne lui auraient pas laissé leur appart'. Donc c'est que c'était le sien. Et donc qu'elle était plus âgée. Alors dans ce cas, pourquoi tout ce mystère ? C'était la fille du Président ou quoi ?

- S'il te plaît Mérida, ne me harcèle pas de questions. Tu sais que je mens super mal, en plus j'ai vraiment pas envie de te mentir. Contente-toi de… de ça, ok ?

Ouaip, bah il faudra bien m'en contenter.

- Et tu penses qu'elle t'aime ? demanda Mérida.

Anna venait de lui présenter l'étendue de tout ce qu'elle ressentait pour cette nana. Des mots qui n'avaient vraiment rien à voir avec ceux qu'elle prononçait l'an dernier, quand elle lui parlait de Hans à tout bout de champ.

- Je…

Les joues d'Anna s'empourprèrent, et elle baissa timidement les yeux.

- Je ne sais pas si elle… Elle a des sentiments pour moi, ça j'en suis sûre, sinon… Je sais qu'elle ne joue pas avec moi. Mais… est-ce qu'elle m'aime ?

Dans son ventre, des choses remuaient et s'entortillaient. Elle avait envie que les sentiments d'Anna soient réciproque. Elle voulait qu'elles vivent une idylle romantique, Anna ne méritait que ça. Elle n'avait pas envie de la voir malheureuse. Si cette fille fait un jour du mal à Anna, elle regrettera d'avoir posé les yeux sur elle...

- C'est quand même une bonne question, pas vrai ? Tu dois bien avoir des indices.

- Ouais… m'enfin, il m'a fallu deux mois pour savoir ce que moi je ressentais, et si t'avais pas été là, j'en serais encore à me demander pourquoi je ressens des trucs chelous dans mon bide quand je… bref, tu vois.

J'aurais mieux fait de la boucler ce jour-là, tiens…

Anna continua de lui parler de cette fille merveilleuse mais qui n'avait pas de nom, puis essaya maladroitement de changer de sujet en parlant des devoirs pour le lendemain. Mérida baissa les bras et renonça à en apprendre plus.

Finalement, le père de Mérida, qui avait fini ses courses, l'appela peu après, et elle quitta Anna pour le rejoindre dans la rue.

- Eh bien ma grande, ça va pas ? demanda-t-il en voyant l'air sur le visage de sa fille lorsque celle-ci entra dans la voiture.

- Hein ? Si si, ça va. Je viens juste d'apprendre que j'ai un gros devoir pour demain que j'avais oublié, mentit Mérida.

- Ok, pas de film ce soir, c'est boulot pour tous les deux.

Mérida s'auto-félicita pour son sens de la répartie. Anna aurait été incapable de faire ça. Mentir n'a jamais été son point fort. Ses yeux brillaient toujours de cette manière spéciale, lorsqu'elle disait quelque chose qui n'était pas vrai. Mérida ne supportait pas de voir cet éclat de culpabilité dans son regard. Pas quand c'était à elle qu'Anna s'adressait.

Putain, pourquoi est-ce que toute cette histoire m'énerve autant ?


Quelques jours plus tôt…

- Alors, comment ça s'est passé ?

On était dimanche après-midi. Samedi avait été une belle journée ensoleillée, et bien que le froid ait été encore mordant, Elsa avait passé toute son après-midi sur la terrasse, bien couverte, à travailler en profitant des rares rayons d'hiver.

Dire qu'elle n'avait pas repensé à Anna était bien plus qu'un mensonge, c'était une hérésie ! Elle n'avait au contraire rien fait d'autre qu'il songer, l'esprit encore intoxiqué par la présence et le souvenir de la jeune rousse. Elle ne pouvait pas s'asseoir sur le canapé sans penser à la façon dont elle s'était blottie dans ses bras et lui avait dit au revoir, juste avant de se lever pour partir ni entrer dans sa cuisine sans revivre dans sa tête le baiser passionné qu'elles avaient échangé. Comme il avait été intense ! Son souvenir seul était suffisant pour faire s'accélérer son cœur. Jusqu'où seraient-elles allées si Elsa ne s'était pas interposée ?

Aussi loin qu'elle m'aurait laissé aller…

Même ouvrir son réfrigérateur lui rappelait Anna, et le sourire d'exaltation lorsqu'elle avait vu les Cacolac alignés dans le bac à légumes.

Elsa avait passé sa soirée – son week-end en réalité – à revivre leur soirée, qui avait été une réussite, à tous points de vue. Comment dans ces conditions réussir à travailler convenablement ?

Si Anna arrive à faire ses devoirs, tu peux le faire ! s'était-elle encouragée fermement, et elle était finalement parvenue en quelques heures de travail à avancer correctement sa progression. Il n'aurait pas fallu qu'en plus de ça son travail se mette à en pâtir.

Vers 19h, alors qu'elle était en train de préparer le dîner, Olaf rentra tout exalté de Paris. Il avait rejoint un ami qui l'avait emmené visiter Versailles puis le Louvre, accompagné d'Aurore et de Belle, et il était tout joyeux et bavard comme un enfant de retour de Disneyland.

En la voyant, il l'avait attrapée par les épaules, et regardée profondément dans les yeux, persuadé de pouvoir lire si Anna et elle avaient franchi un « certain stade » dans leur relation.

- Vous avez passé une bonne soirée ?

- Oui, répondit-elle en rougissant légèrement.

- Eeeeet vous avez fait quoi ? demanda-t-il en souriant. Allez, fais pas ta timide, tu sais très bien que tu as envie de tout me raconter !

Elsa poussa un soupir amusé et s'assit dans son fauteuil puis tendit le bras vers la table basse pour attraper sa tasse de thé. Elle était contente qu'Olaf soit enfin rentré. Elle n'en pouvait plus d'être seule avec ses pensées depuis vendredi soir. Des pensées qui ne faisaient que tourner autour d'Anna.

- On a parlé, bu des chocolats et mangé des makis. Elle est rentrée chez elle vers 23h.

- Elle t'a trouvé jolie ?

- Je… je crois, oui, répondit-elle, les joues de plus en plus roses.

La fierté étirait les traits du jeune homme tandis qu'il s'asseyait en face de sa meilleure amie.

- Vous avez parlé de quoi ?

- De tellement de choses qu'il me faudrait la soirée pour tout te résumer.

- Ca tombe bien, j'ai rien d'autre à faire ce soir. Tu vas la revoir ?

La question la fit frissonner. D'anticipation, mais aussi d'inquiétude. C'était une relation défendue, et elle avait l'impression d'être en train de planifier une attaque de banque, et de risquer à tout moment d'être repérée par les caméras de vidéosurveillance et de finir arrêtée.

Elle prit une grande inspiration pour calmer son souffle agité.

- Oui, j'espère. Elle... elle aimerait te voir, ajouta-t-elle. Tu veux bien qu'on aille prendre un café tous les trois, dans la semaine ?

- Un café ? demanda-t-il avec surprise. Tu n'as pas peur que…

- Tu seras avec moi, coupa-t-elle d'un ton un peu précipité, comme si elle cherchait surtout à se rassurer elle-même. Il n'y aura rien de bizarre. Si quelqu'un me pose la question, je dirais que c'est toi qui la connais, et moi qui suis juste ta coloc et qui était là par hasard.

- Pourquoi pas à la maison ?

- Je ne sais pas, Olaf. Je… Je n'ai pas envie qu'on ne se voie qu'ici uniquement. Je… je ne suis pas super à l'aise de l'avoir à la maison.

- Pourquoi ? demanda-t-il surpris. Ca s'est mal passé ?

Elle baissa les yeux, ses mains serrées autour de sa tasse.

- Non… au contraire.

Il fronça les sourcils d'un air interrogateur, et Elsa soupira. Il ne pouvait pas comprendre ? Allait-elle être obligée de le formuler à haute voix ? Voulait-elle vraiment qu'il sache qu'elle n'était pas capable de se contrôler ?

- J'ai peur qu'on aille trop loin, trop vite, avoua-t-elle. Je ne suis pas prête à franchir ce stade, et j'ai peur de vraiment me laisser emporter…


Il avait fait un temps maussade toute la semaine, et le micro-aperçu de printemps du dimanche n'avait rien fait d'autre que narguer Anna avant de disparaître. Pendant quatre jours, il n'y avait pas eu le moindre rayon de soleil ni le plus petit fragment de ciel bleu. La pluie avait même été telle que mercredi, il lui parut inconcevable de partir en scooter.

Son père la déposa près d'un arrêt de bus, et pendant tout le trajet, elle regarda les gouttes de pluie qui s'étalaient sur la vitre en longues traînées glaciales. Au-delà du rideau de pluie, elle regardait la route, espérant, peut-être, voir sur son chemin une petite voiture à la peinture aussi bleue que les yeux de sa conductrice. Il n'y avait que le mercredi, et le lundi, parfois, qu'elle parvenait à la croiser le matin en allant au lycée.

Elle trouva la météo sacrément cruelle de l'avoir privée de cet innocent plaisir.


- Hey, qui est motivé pour un tarot ?

- En dix minutes de récré, on n'aura même pas le temps de trier nos cartes, Kristoff, répondit un peu sèchement Rapunzel.

- Mais ça fait super longtemps qu'on ne s'est pas fait un tarot tous ensemble à la cafet ! s'exclama-t-il, les yeux brillants de déception.

Anna lui donna une tape amicale sur l'épaule.

- Ce midi, okay ?

- Vous n'aurez pas un DM de maths à la con à faire, comme à chaque fois ? demanda-t-il d'un ton boudeur.

- T'inquiète, on copiera sur elle pour gagner du temps, lança Tiana avec un grand sourire, en faisant un clin d'œil à Anna.

Assise par terre au pied de leur banc favori, Mérida ne participait à aucune des conversations. Elle écrivait furieusement sur une feuille de papier tout en jetant des coups d'oeil frénétiques à un petit dictionnaire jaune qu'elle maintenait calé dans sa main gauche.

- Hé Mérida, tu fais quoi ? Tu bosses ? demanda Rapunzel en se penchant derrière son épaule.

- Devoir d'allemand. Entraînement jusque vingt heures hier, pas eu le temps, répondit-elle sans reprendre son souffle. Compét' ce week-end, ajouta-t-elle en levant finalement les yeux.

- Je serai avec toi par la pensée, dit Anna.

Mérida bascula la tête en arrière pour croiser le regard d'Anna. Elle resta quelques secondes dans cette position, la petite rousse laissant échapper de ses lèvres un rire amusé tandis que son amie lui lançait un sourire qui paraissait vraiment bizarre à l'envers. Puis elle retourna dans sa position normale et se pencha à nouveau sur son devoir.

- T'sais, ça me motiverait peut-être si t'étais là pour m'encourager. En plus, la compét' a lieu à domicile, pour une fois. C'est l'occasion rêvée, ajouta-t-elle d'un ton dégagé.

Anna aurait volontiers répondu par l'affirmative, mais hé, si jamais Elsa lui proposait quelque chose dimanche ? Elle n'allait pas mettre un lapin à Mérida, ça ne se faisait pas !

- Je vais voir avec mes parents si on a rien de prévu, répondit-elle pour éviter de donner une réponse définitive tout de suite.

La tête de Mérida bascula une nouvelle fois en arrière, et cette fois elle gratifia Anna d'un grand sourire joyeux.

- On peut y aller tous ensemble, à ta compét', dit Kristoff. Qu'en pensez-vous les filles ? Ce serait super cool, non ?

- Ca dépend, dit Rapunzel. Y'a des beaux mecs dans ton club ?

- Toi tu sais poser les vraies questions ! lança Tiana en riant.

Les deux filles se tapèrent dans les mains d'un air complice.

- Les filles, vous êtes les seules casées ici, laissez-en un peu aux autres, non ?

En entendant la réflexion de Kristoff, Anna baissa la tête et se pencha complètement pour cacher le rose qui se répandait sur ses joues. Elle attrapa son portable, posé sur le dessus de son sac, pour justifier son étrange position. Ses yeux s'illuminèrent en voyant qu'elle avait reçu un nouveau message. D'Elsa. Envoyé à peine dix minutes plus tôt.

« Le prof de SVT est absent aujourd'hui. »

Elle était beaucoup trop ravie d'avoir reçu un sms d'Elsa qu'elle ne se posa aucune question concernant l'étrangeté du message.

« Cool ! C'est super d'avoir un indic en salle des profs ! »

La réponse fut tellement immédiate qu'Anna soupçonna Elsa d'avoir écrit le message avant d'avoir vraiment lu son sms.

« Ca veut dire que tu reprends à 15h30. Ca te dit de déjeuner avec moi ? J'aimerais te présenter Olaf. »

Un frisson d'excitation parcourut ses membres, et elle répondit immédiatement.

« Ce serait super. Où ? »

Le sms suivant contenait une adresse qu'elle rentra immédiatement dans GoogleMaps pour découvrir que c'était dans un autre quartier de la ville, suivi d'un PS : « s'il y a un problème, c'est Olaf que tu venais voir, tu ne savais pas que je serais là. »

La fin de la pause sonna au moment où elle rangea son portable dans la poche avant de son sac. Sortie de sa bulle, elle réalisa que Rapunzel était partie et que Mérida avait fini son travail.

Dans le couloir avant d'entrer en classe, elle attrapa Tiana et Mérida chacune par l'épaule, et les rapprocha d'elle comme pour leur chuchoter un secret à l'oreille. Elle formula son mensonge dans sa tête, espérant ne pas bafouiller.

- Je ne pourrai pas manger avec vous ce midi, ma mère vient de me rappeler que j'avais un rendez-vous chez le dentiste à 13h.

- Tu vas manquer la SVT, du coup, dit Tiana.

- Non, ajouta-t-elle avec un grand sourire. Il n'est pas là !

- Sérieux ?

- Yes ! s'exclama Mérida. J'vais pouvoir en profiter pour finir tout mon boulot en retard, je commençais à me dire que j'allais devoir faire une croix sur mon sommeil !

Un petit quelque chose à mi-chemin entre la culpabilité et la compassion noua le ventre de la petite rousse.

- Je viendrai te voir dimanche, promit-elle.

Le visage de Mérida s'illumina en réponse.

- Je vais tous leur botter le cul, tu vas voir !


Tapez pas trop sur Mérida. C'est elle ma préférée. On devrait toutes avoir une Mérida dans sa vie.

Le prochain chapitre sera la rencontre entre Anna et Olaf. Ce sera l'occasion d'en apprendre un peu plus sur lui et sur Elsa.

Oh, et my god, j'ai découvert (mais pas encore lu) deux fanfictions Hermione/Bellatrix que je n'avais encore jamais lues. J'hésite à les lire, parce que rien que les 2 lignes de résumé m'ont donné des idées grosses comme ça :D

Ankou