Bonjour à tous !

Un nouveau personnage va faire son entrée dans ce chapitre. Réservez-lui bon accueil.

N/A : petite précision sur l'âge d'Elsa. Oui, être prof à 24 ans c'est possible, vu qu'il faut 5 années d'études. En ayant son bac à 17 ans, et son capes/agreg du premier coup, on peut même se retrouver prof à 21-22.


Chapitre 23

Kristoff parvint finalement à avoir sa partie de tarot le lendemain durant la pause de midi. Hasard des cartes, il fit deux fois équipe avec Anna, et deux fois ils éclatèrent totalement Rapunzel, Tiana et Alice. Rapunzel accusa Anna de compter les cartes, et Tiana s'exclama qu'elle n'avait jamais vraiment compris les subtilités du jeu, et qu'on abusait de son inexpérience. Quant à Alice, elle ne cessait de faire des commentaires sur le décor des cartes d'atout, comme si c'était la chose la plus passionnante du jeu.

Assise à-côté d'eux, Mérida recopiait le devoir de maths d'Anna, en faisant bien attention à modifier les tournures de phrases et à laisser transparaître quelques erreurs dans ses calculs. En général, même si Anna l'aidait pas mal, elle essayait toujours de faire son travail elle-même. Elle avait bien conscience que, le jour du bac, elle serait toute seule devant sa copie, mais cette semaine c'était juste de la folie. Son entraîneur ne l'avait pas lâchée un seul instant la veille au soir. Winter aurait sûrement accepté qu'elle le rende exceptionnellement quelques jours plus tard, mais elle avait pris tellement de retard en langues et en physique qu'un délai en mathématiques ne changerait rien de toute façon.

Elle fit une pause entre deux exercices pour s'étirer langoureusement sur sa chaise. Tiana distribuait les cartes, et Rapunzel râlait d'avoir encore une fois de plus une mauvaise main.

Dimanche, c'était le tournoi le plus important de l'année, tous ses potes seraient là pour la voir, et elle avait définitivement l'intention d'être la meilleure.


- Et alors, comment l'as-tu trouvée ? demanda Belle.

- Vraiment super, répondit Olaf dans le micro de son kit main libres tandis qu'il s'affairait dans sa chambre à ranger ses vêtements fraîchement repassés. Pas immature du tout, et elle a l'air de vraiment aimer Elsa. Ca se voit tu sais, quand elle la regarde.

Il y eut un silence, à l'autre bout du fil.

- J't'assure, insista le jeune homme. Je dis pas ça du tout pour te faire plaisir.

- Je le sens pas, Olaf, avoua Belle, et il put presque l'entendre se mordiller les lèvres avec nervosité. J'ai comme un mauvais pressentiment…

- Moi je te dis qu'elles vont s'adorer.

- J'espère que tu auras raison. Parce que si un jour elle en a marre d'Elsa et qu'elle raconte tout à ses parents ou au lycée, notre beauté fatale va passer de super copine à grosse perverse sans l'avoir vu venir.

- Anna ne ferait jamais ça, objecta Olaf en secouant la tête.

On ne pouvait pas dire qu'une heure et demie était un délai suffisant pour connaître quelqu'un, mais il avait toujours eu un bon feeling avec les gens. Et il ne voyait pas de raison de se méfier d'Anna.

- Tu es tombé amoureux d'elle toi aussi ? le taquina Belle.

Il y eut soudain dans l'appartement le bruit d'une clé dans la serrure, et Olaf sursauta. Il se tourna instinctivement vers le mur et plaqua son autre main autour de son écouteur comme pour en atténuer le bruit. Il baissa la voix.

- Ecoute Belle, Elsa vient de rentrer. J'ai clairement pas envie de casser son trip alors qu'elle est heureuse pour la première fois depuis des mois.

- Tu n'es pas le seul à vouloir qu'elle soit heureuse, tu sais !

- J'ai jamais dit ça !

- Je sais, Olaf. J'ai juste peur que...

Il n'écouta pas la fin de sa phrase, car en bas, Elsa était en train de l'appeler.

- J'arrive, je suis au tel ! cria-t-il avant de rapprocher le micro de son visage. Je vais te laisser, murmura-t-il à Belle. Si tu veux donner ton avis à Elsa, rappelle-là.

- Mais tu sais bien qu'elle ne m'écoutera pas !

- Ouaip, mais je n'irai pas lui dire pour toi.

- Lui dire quoi ?

Olaf lâcha presque son téléphone en voyant Elsa, bras croisés, devant la porte de sa chambre. Il ne l'avait pas entendue monter les escaliers. Il la regarda avec l'air d'un enfant pris en faute, tandis qu'il ôtait de son oreille l'écouteur de son kit mains libres.

- C'est Belle, dit-il comme si cela expliquait tout.

La jeune femme eut une moue exaspérée et s'avança vers son ami en tendant le bras.

- Passe-la moi.

- Elle s'inquiète juste pour toi, tu sais.

Elsa lança un regard insistant à Olaf, et avec un soupir résigné, il lui donna finalement son portable.

- Allô Belle ? dit-elle dans le micro.

- Salut Elsa, répondit la voix un peu tendue de Belle dans le téléphone. Ecoute, laisse tomber, okay ? Fais attention à toi, c'est tout. Un seul faux pas et tout le monde saura...

- Bien sûr qu'on va faire attention, dit Elsa de sa voix ferme qu'elle utilisait chaque fois qu'elle voulait se donner une contenance mature, sérieuse et froide. Je ne suis pas folle, tu crois que je n'ai pas épluché tous les textes de loi et les histoires similaires qui ont été découvertes pour voir comment ça s'est terminé ? Je ne suis pas si inconsciente.

Belle resta silencieuse, encore une fois, pendant plusieurs secondes. Puis Elsa l'entendit soupirer.

- Elle en vaut la peine, on dirait.

- Je ne sais pas, avoua l'enseignante. Pas… pas encore. Mais, Belle… je meurs d'envie de te dire que oui…


Anna était sur son lit, allongée sur le ventre en train de lire un livre. Elle s'était réveillée étonnamment tôt pour un samedi matin, et avant même de petit-déjeuner, elle s'était plongée dans un de ses devoirs de la semaine, agrémentant son travail par le grignotage de barres au chocolat habituellement stockées dans une boîte sous son lit. Puis, comme si cette énergie et cette motivation venues d'on ne sait où s'étaient évanouies, elle était retournée sous ses couvertures.

Brrr brrr brrr

Maintenant elle faisait face à un dilemme. Se lever pour prendre son portable, ou bien rester allongée ? Un sms, ça n'est jamais urgent, de toute façon… pensa-t-elle tandis qu'elle laissait mollement retomber sa tête sur son oreiller.

Mais si c'était Elsa ?

Brrr brrr brrr

Maintenant, elle avait deux sms à lire. La curiosité prenait déjà le dessus sur sa paresse. Elle tendit la main comme si le téléphone allait venir jusqu'à elle comme par magie.

- Accio… Allez, accio ! Putain, pourquoi ça ne marche jamais ?

Elle se leva et déverrouilla son écran pour lire le premier des messages. Tous deux signés Elsa. « Hey Anna :) Tu as passé un bon moment jeudi ? », suivi de « Je suis désolée, c'était pas un super rdv… Le prochain sera mieux. ».

Mince, qu'est-ce qu'on est sensé répondre dans ce genre de situation ? Non, ce n'était pas le rendez-vous du siècle. D'une, elles s'étaient embrassées dans les toilettes et de deux, elle s'était débrouillée comme une imbécile pour la faire pleurer. On a connu mieux comme rencard.

Mais Elsa avait été contente de la voir. Et elle lui avait présenté son meilleur ami, ça signifiait quelque chose, quand même !

Anna se perdit dans ses rêveries, et lorsqu'un bruit dans la rue la ramena sur Terre, elle réalisa qu'elle n'avait toujours pas répondu à Elsa. Mais quoi écrire sans mentir ni risquer de la vexer ?

« Je suis contente d'avoir rencontré Olaf, mais j'ai hâte qu'on se revoie toutes les deux ».

La réponse ne tarda pas, et en lisant le message, Anna ressentit des picotements désagréables dans son ventre. Elsa avait beaucoup de travail cette semaine qui était la dernière avant les vacances de février, et même si elle disait qu'elle aussi avait envie de la revoir, c'en était trop pour Anna. Elle bondit de son lit et commença à faire les cents pas dans la pièce. Elle mourrait d'envie d'aller la voir, là, tout de suite, elle n'avait pas envie d'attendre !

- Calme toi crétine, s'intima-t-elle. Tu vas pas débarquer comme ça…

Elle réécrivit une douzaine de fois son message avant de l'envoyer, marchant de long en large dans sa chambre qui était trop petite, trop étouffante pour elle. Elle avait envie de sortir, faire un tour, mais dehors il y avait du vent, il faisait froid, et elle n'avait pas envie de s'harnacher avec toutes ces idioties d'écharpe et de bonnet. Et puis, en sortant, elle risquerait de craquer et de se retrouver chez Elsa sans même l'avoir vu venir. Nan, c'était mieux pour elle qu'elle reste ici.

Elle voulait dire à Elsa qu'elle lui plaisait, mais sans avoir l'air trop collante. Qu'elle voulait la voir le plus vite possible, mais qu'elle ne voulait pas insister. Dire quelque chose qui ne fasse pas désespérée. Accro. Amoureuse.

Avec un dernier soupir résigné, elle envoya sa réponse.

« On trouvera un moment :) A lundi alors ! »


- J'étais jamais allée à une compet' de tir à l'arc, c'est plutôt cool !

Anna se tourna vers Rapunzel, et acquiesça avant de piocher à nouveau dans le paquet de chips.

- Bon, à part qu'on se gèle, ajouta la blonde en resserrant son manteau autour de ses épaules.

Il y avait un grand soleil malgré le froid. Anna avait apporté des lunettes de soleil et une grande thermos de chocolat chaud, qu'elle gardait en réserve au cas où le tournoi durerait longtemps.

Qu'est-ce qu'elle aurait aimé avoir Elsa avec elle en cet instant !

Ce n'était pas la première fois, et c'était loin d'être la dernière, qu'elle se fit la réflexion que tout serait vachement plus simple si Elsa était juste une fille de sa classe. Une fille qu'elle aurait le droit d'aimer. Elle y avait pensé en préparant ses affaires, elle se demandait si Elsa était le genre de fille à aimer prendre un chocolat chaud dehors quand il fait froid. Elle aime le thé, se rappela-t-elle. Ca faisait partie des petits détails qu'elle avait appris lors de leur premier rendez-vous. Mais elle repensa à leur déjeuner à l'ambiance si adulte, l'autre jour, et l'air gourmand dans ses yeux quand elle avait dévoré son dessert. Ouais, elle aimerait le chocolat chaud, surtout avec des ours en guimauves dedans.

- Moi, j'avais toujours cette image du tournoi comme dans Robin des Bois, dit Tiana, assise à-côté d'elles sur les gradins.

- Y'a pas de tournois dans Robin des Bois, objecta Rapunzel. Tu parles de celui avec Kevin Kostner ou celui avec Russel Crowe ?

- Mais non, dit son amie comme si c'était évident. Celui avec le renard !

- Ah ouiiiiiiii ! Je l'adorais quand j'étais môme !

- Moi tous ces mecs avec leurs arcs et leurs brassards me font penser à des chevaliers venus concourir pour le cœur de la princesse, dit Alice d'un ton rêveur.

- Mais alors, Mérida elle combat aussi pour épouser la princesse ? demanda Kristoff avec un grand sourire amusé.

- Non, c'est elle la princesse, expliqua Anna en brandissant son poing avec fierté, et elle se bat pour que personne ne gagne sa main et rester libre.

- C'est bien son genre, tiens, répondit Tiana en enfournant une poignée de pop-corn caramélisés dans sa bouche.

- Oui, ça lui ressemble assez, acquiesça Rapunzel.

- Hey, ça va commencer ! s'exclama Kristoff en se levant de son banc.

Toute la petite bande se leva et se mit à applaudir avec vigueur tandis que les archers s'alignaient sur la zone de tir. Ils étaient tous les cinq assis en haut des gradins, leurs visages emmitouflés dans des bonnets et des écharpes et leurs sacs encore pleins de bonnes choses à boire et à manger (Mérida fait bien assez de sport pour nous toutes ! s'était exclamée Tiana).

La grande rousse se tourna vers ses amis lycéens, et les gratifia d'un grand sourire. Anna se mit à crier des encouragements, bientôt suivie par Kristoff et les filles, puis par la totalité des spectateurs. Mérida et les autres membres de son club portaient des sweat-shirts vert bouteille avec le logo du club devant, et leur nom dans le dos. La couleur était parfaitement assortie aux cheveux de Mérida, qu'elle rejeta d'un geste énergique derrière son visage.

Elle prit une flèche dans le carquois de cuir qu'elle portait en travers du dos, l'encocha, leva le pouce en direction de ses amis, puis banda son arc.

Au coup de sifflet, les flèches se mirent à voler. Une flèche, puis deux, puis trois. En regardant avec le zoom de son appareil photo, Anna vit que seuls Mérida et un autre garçon du club, contre trois membres de l'équipe adverse, avaient réussi à chaque coup à percer le centre du blason.

- Bravo Mérida ! cria Kristoff en utilisant ses mains comme porte-voix.

- Woah, pile au milieu ! siffla Alice d'un ton appréciateur, en regardant à son tour la photo. En plus la cible a l'air super loin !

- 70 mètres, d'après Mérida, répondit Anna.

- La vache, c'est une distance énorme !

Tandis qu'Alice et Kristoff commentaient la performance, Tiana et Rapunzel regardaient les différents archers, et les remarques qu'elles faisaient portaient davantage sur leur apparence physique que sur leur tir.

- Il a l'air canon, le mec asiatique à côté de la fille aux cheveux bouclés, là, lança Rapunzel en mettant sa main en visière au-dessus de sa tête.

- C'est une fille, Rapunzel, l'avertit Anna.

- Une fille ? Quoi, t'es sûre ?

- On dirait franchement un mec, pourtant, dit Tiana.

Anna lui tendit son appareil photo. Oui, vu de près avec le zoom, on aurait bien dit une fille. Ou alors un garçon vraiment très efféminé.

- Elle doit être lesbienne, alors, répondit Rapunzel en rendant son appareil photo à Anna.

- Hein ?! s'exclama immédiatement la petite rousse en fronçant lourdement les sourcils. Pourquoi tu dis ça ?

- Bah regarde sa tête, son allure… Tu penses vraiment que ça attire les mecs, ça ?

- Je ne suis pas d'accord, objecta Anna. Toutes les lesbiennes ne ressemblent pas à des mecs ! Et en plus l'allure n'a rien à voir avec l'orientation sexuelle !

- Bien sûr que si ! contra la blonde avec un reniflement dédaigneux. C'est une question de reconnaissance. Comment les lesbiennes font pour savoir qui draguer, sinon ? Il y a des codes indispensables : les cheveux courts, les fringues, la façon de marcher…

- Je ne pense pas que tout le monde se conforme à ce schéma, dit Anna en grognant.

Elle était bien placée pour le savoir, tout de même ! Il n'y avait qu'à regarder Elsa, ses longs cheveux, ses traits fins, sa façon de se déplacer avec grâce, ses vêtements féminins… Tout en elle était gracieux ! Rapunzel disait vraiment n'importe quoi ! Et puis elle-même... elle n'avait pas l'impression d'être masculine... mais en même temps, était-elle lesbienne ? Vu que je suis folle d'Elsa, j'ai pas tellement le choix...

- Je t'assure que j'ai raison, affirma la blonde. J'ai un radar pour détecter les gays, je ne me trompe jamais.

- C'est ça… grommela Anna. Il est pas efficace, ton putain de radar…

Leur conversation-dispute se poursuivit jusqu'au début du deuxième tour. Kristoff n'avait pas dit un seul mot, et pourtant il était au courant qu'Anna était amoureuse d'une autre fille. La jeune rousse ne savait pas si elle devait le remercier pour avoir gardé son secret, ou lui en vouloir de n'avoir pas pris sa défense.

Quand Alice et Tiana revinrent des toilettes, Anna et Rapunzel étaient toujours en plein débat.

- Les filles, tenta Kristoff. Regardez le terrain, elle va tirer.

Anna se détourna de Rapunzel en l'ignorant au milieu d'une phrase, descendit d'un rang dans les gradin et mit cette fois son appareil photo en mode vidéo. Elle filma Mérida tandis qu'elle fronçait les sourcils, repoussait une mèche de cheveux, puis bandit son arc, et après une grimace traduisant son état de concentration, tira juste après le coup de sifflet. Anna ne parvint pas à suivre la flèche avec sa caméra, mais elle vit que le cœur du blason avait été touché. Les deux autres flèches suivirent le même chemin. Son cœur s'emplit d'excitation et elle arrêta l'enregistrement pour regarder avec son zoom les performances des autres joueurs. L'autre garçon de son club qui avait réussi la première fois était légèrement sorti de la zone centrale, laissant Mérida en tête de son équipe.

- Mérida, t'es la meilleure ! hurla-t-elle, et la grande rousse se retourna en l'entendant, et leva le pouce de sa main droite, puis trois doigts de sa main gauche, et enfin elle claqua son poing dans son autre main. Message reçu, la troisième fois sera gagnante.

- Allez Mérida ! Tu vas tout déchirer ! cria Tiana presque dans ses oreilles.

La tension recouvrait les gradins avant le troisième tir. Rien n'était joué, les deux en tête pouvaient toujours rater, les seconds pouvaient les rattraper, le tir était décisif.

- Passe la cam', je filme cette fois.

- Ok, répondit Anna en passant son appareil photo à Tiana. Reste sur la cible, conseilla-t-elle, les flèches vont trop vite pour qu'on puisse les suivre.

- Ca marche.

Sans le zoom, Mérida paraissait petite et lointaine. Elle ne pouvait plus voir la sueur goutter de son front, ses sourcils froncés si fort qu'ils formaient un V au dessus de ses yeux plissés par la concentration. Elle ne voyait qu'une petite figure qui tirait sur son arc, un peu comme un légo qu'elle aurait posé sur le sol et qu'elle regarderait de haut.

La troisième volée rejoignit les autres en plein centre de la cible.

Kristoff, Anna et les filles se levèrent et se mirent à hurler et applaudir en même temps. L'arbitre annonça un temps de pause, et sans réfléchir, Anna descendit sur le terrain rejoindre Mérida, et l'archère prit son amie dans ses bras et la fit tournoyer autour d'elle.

- T'es la meilleure ! s'exclama Anna, le sourire débordant de fierté.

- Presque, on est deux ex-aequo pour l'instant. Il reste encore trois volées avant de désigner le vainqueur, expliqua-t-elle en reposant Anna au sol.

- Hé, Mérida ! lança une voix chantante dans le dos d'Anna.

La petite rousse se retourna et vit la fille asiatique un peu androgyne qui avait été la source de sa dispute avec Rapunzel. C'était sans aucun doute une fille, et si son visage ou sa coupe de cheveux ne le laissait pas si facilement transparaître, sa poitrine qui tendait son sweat-shirt était à ses yeux une preuve suffisamment convaincante.

- Alors, tu fais les présentations ?

- Toi, je t'adresserai la parole quand je t'aurai enfin botté le cul ! s'exclama Mérida, son large sourire contredisant ses paroles et son doigt pointé vers son visage.

- Hmmm, on en reparlera !

La fille avait des yeux malicieux, bruns et en amande, et ses cheveux étaient d'un noir brillant, mi-longs et noués en catogan avec un cordon de la même couleur bordeaux que son pull. Elle avait l'air sympathique, et sa voix était douce et agréable, avec une petite note d'espièglerie.

- Mulan, j'te présente Anna, dit la grande rousse en serrant sa main sur l'épaule de sa camarade de classe.

En entendant le nom d'Anna, Mulan eut une expression indéchiffrable, presque surprise. Elle la regarda sans rien dire, pendant une seconde, peut-être deux, mais c'était suffisant pour mettre Anna mal à l'aise. Enfin, elle esquissa un sourire.

- Je suis contente de rencontrer enfin la chérie de Mérida. Depuis le temps qu'elle nous parle de toi !

Wait, what ?

Il y eut un blanc, et les deux rousses échangèrent un regard gêné.

- Heu... Anna est ma meilleure amie, pas ma copine. Je veux dire... j'ai pas de copine, de toute façons.

L'asiatique regarda successivement Mérida puis Anna, les joues désormais rosies par l'embarras.

- Ah… Vu comme tu en parlais, j'ai toujours cru que… Vous savez quoi ? Faites comme si je n'avais rien dit !

- Ca ne m'empêche pas d'être sa chérie après tout ! dit Anna avec un sourire amusé pour essayer de détendre l'atmosphère.

Les présentations furent interrompues par l'arrivée de l'entraîneur de Mérida, qui la conduisit quelques mètres plus loin et lui offrit une gourde d'eau avant de l'abreuver de conseils. Anna et Mulan restèrent un instant à se regarder sans rien dire, comme se jaugeant du regard, puis la petite rousse retourna s'asseoir dans les gradins. Elle avait l'esprit tout chamboulé.

Il s'était passé quelque chose de bizarre, lorsque Mérida les avait présentées l'une à l'autre, et elle n'arrivait pas à mettre la main dessus.

Ca la tuait de se l'avouer, mais l'unique chose qui croisait son esprit, c'était de savoir si Rapunzel avait raison, et si cette fille, qui l'avait regardée avec tant de profondeur, aimait elle aussi les autres filles.


- Un toast pour Mérida !

- A MERIDA ! s'exclamèrent à l'unisson la vingtaine de personnes réunies dans le restaurant.

- A sa victoire et à sa qualification pour les championnats de France Junior ! ajouta son entraîneur avec un sourire plein de fierté.

La salle explosa en applaudissements, et même les trois serveurs derrière le comptoir se joignirent aux félicitations. Le père de Mérida, un grand homme costaud, aussi roux que sa fille mais pourvu contrairement à elle d'une épaisse moustache écarlate, lui donna une grande claque dans le dos tout en brandissant son verre.

A la fin du tournoi, Kristoff avait porté l'archère victorieuse en triomphe, et en trébuchant, avait failli la faire tomber. Son père avait alors hurlé que si jamais il lui cassait un bras, il lui casserait la tête.

Les parents de Mérida prirent tous deux la parole, et à la fin de leurs discours, des plats furent apportés, et tout le monde finit par s'asseoir.

- Anna, tu peux venir avec moi ? demanda Mérida quelques instants plus tard, en tirant la petite rousse par le bras.

L'archère avait son portable à la main, et elle traîna Anna vers la sortie, où se trouvait probablement l'auteur d'un sms qu'elle venait de recevoir.

Sur le trottoir, comme Anna commençait à s'en douter, Mulan les attendait. Elle aussi avait troqué son jogging et son sweat pour une tenue de ville, en l'occurrence une jupe blanche et une tunique turquoise serrée à la taille par une ceinture violette. Ses cheveux étaient lâchés et un léger mais séduisant maquillage soulignait ses lèvres et les traits de son visage. Je suis sûre que cette grosse cruche de Rapunzel ne lui trouverait plus l'air lesbienne maintenant…

C'était peut-être un effet de l'imagination d'Anna, mais elle avait l'air beaucoup plus timide, plus fragile sans son arc dans les mains. Elle serrait ses doigts sur la sangle de son sac, était-ce de la nervosité ? De la tristesse ? La déception d'avoir perdu ? En tout cas, on pouvait dire à la surprise dans ses yeux qu'elle ne s'était pas attendue à voir Anna.

- Salut, dit-elle en regardant Mérida, et Anna eut définitivement l'impression d'être de trop en cet instant.

- Tu t'en vas ? demanda inutilement Mérida.

- Oui. Je voulais te… vous dire au revoir. Mon équipe va partir.

- Tu as très bien joué, assura la grande rousse. C'était des supers tirs.

- Sauf le dernier, admit l'autre archère avec une moue un peu résignée. Toi, tu as été parfaite. Mais j'ai encore une chance de me qualifier aux championnats, j'espère bien te revoir à ce moment-là.

Elle hésita un instant, puis baissa les yeux. Ses mots n'étaient désormais plus qu'un murmure.

- Ou avant…

Mérida regarda Mulan, puis Anna, puis ses pieds. Elle marmonna quelque chose qui ressemblait à « à bientôt », puis elle l'embrassa sur la joue avant de repartir avec son amie vers le restaurant, tandis que l'asiatique les saluait d'un petit geste de la main.

- Mérida, ça va ? chuchota Anna une fois qu'elles furent de retour dans le hall d'entrée.

- Non…

Quelque chose sembla tilter dans sa tête. Comme si une mouche l'avait piquée, elle tira vigoureusement Mérida par le bras et l'entraîna à nouveau à l'extérieur sans écouter une seule de ses véhémentes protestations. Mulan était partie, et en tordant son cou dans tous les sens, Anna finit par l'apercevoir, tout au bout de la rue.

- Mulan, reviens ! cria-t-elle en faisant des grands gestes avec son bras qui ne tenait pas Mérida.

L'asiatique ralentit, s'arrêta, puis se retourna. Enfin, lentement, elle se mit à marcher dans leur direction. A côté d'Anna, la grande rousse était immobile, tendue et silencieuse. Comme si elle aussi avait laissé sa force et son courage au vestiaire.

Plus l'autre archère se rapprochait d'elles, plus les yeux de Mérida s'abaissaient vers le sol. Ouaip, c'était pas une réaction normale.

- Mulan, dit précipitamment Anna, une fois que la fille les eut rejoint. Mérida avait quelque chose à te dire.

Et sur ces mots, sans même prendre le temps de regarder l'expression de surprise sur le visage des deux archères, elle retourna en courant dans le restaurant, rentra dans la salle chaude et surpeuplée, et alla s'asseoir à-côté de Kristoff comme si rien de spécial ne s'était jamais passé.

Quelques instants plus tard, Mérida entra à son tour, le visage impassible, comme si elle essayait – tu parles, je la connais comme si je l'avais faite – de cacher ses émotions.

- Alors, t'était où ma grande ? demanda son père lorsqu'elle s'assit enfin.

- Me… me rafraîchir un peu.

- Je vois ça, t'es allée te remettre du rouge à lèvres ! C'est qui, le garçon que tu cherches à impressionner ? Le grand gaillard blond, là ?

Anna connaissait Mérida comme sa poche, depuis des années. Et s'il y avait bien une chose dont elle était absolument certaine, c'était que Mérida ne mettait jamais, jamais de rouge à lèvres.


Je m'excuse auprès des fans d'Elsanna pour ce chapitre très Méridocentré. En même temps, Elsa a peur de se retrouver trop longtemps près d'Anna, surtout si elle l'embrasse comme la dernière fois, alors elle fait durer le suspense. C'est sa faute, pas la mienne. Mais promis, il y aura des bisous et des câlins dans le prochain.

J'ai eu beaucoup de mal à boucler ce chapitre, je n'arrivais pas à me mettre d'accord. Pour moi, Mérida et Mulan, c'était une évidence, mais j'ai très très très longuement hésité avant de me décider. Je suis sûre que tout le monde ici adore Mulan (et comment ne pas l'aimer ? Elle a été mon premier grand amour !), et que vous êtes ravi(e)s de la voir débarquer dans l'histoire :)

N'hésitez pas à laisser une petite review ou une grosse critique (mais soyez gentils, quand même ^^)

Ankou

PS : J'ai fait une chose que je m'étais promise de ne pas faire avant de mettre le point final à cette histoire : je viens d'en commencer une autre. Décidément, les Disneys stimulent vraiment mon imagination !