Salut tout le monde !
Tournée de cookies (oatmeal chocolate chips and cranberry) pour toutes celles et ceux qui m'ont laissé un message :) Je ne sais pas ce que le chapitre précédent vous a fait, mais vous m'avez gâtée (et pour certaines reviews, donné vraiment matière à réflexion).
Oh oui Anna prend des risques, et ça ne sera certainement pas la dernière fois, comme le chapitre 26 va nous le prouver (j'en connais déjà une ou deux qui serrent les dents).
Je m'offre un retour aux sources ces derniers temps : me voila repartie dans la lecture de fanfictions Harry Potter. Sérieux, ça ne m'était pas arrivé depuis quoi, 2008 ? Pour les curieux, c'est un Hermione-Bella de 40 chapitres. Oui oui, le couple le plus hardcore et le plus sexy de tout le fandom ^^ Un synopsis très très différent des habituels Elsanna.
[Petit édit vu les demandes dans les commentaires : elle s'appelle Those glided chains we wear. Jusqu'à présent, c'est très crédible.]
Ravie en tout cas de voir que l'idée d'une cinquantaine de chapitre vous a emballés. Au brouillon, j'ai fini le 33. Hé bé, j'ai jamais été aussi constante dans l'écriture que maintenant. On dirait bien que je vais la finir, celle-là. Entre nous, ce serait une première.
Bon, je sais que vous n'êtes pas ici pour lire mes bavardages, alors merci encore à tous ceux qui sont au rendez-vous chaque mercredi, bienvenue aux nouveaux arrivés, prenez un siège, une tasse de thé (ça ira à merveille avec votre cookie), et bonne lecture !
Chapitre 26
C'est au réveil qu'Anna découvrit les messages et prit vraiment conscience de ce qu'elle avait écrit dans un demi sommeil. Ses joues rougirent et devinrent brûlantes tandis qu'elle relisait les uns après les autres les sms qu'elles s'étaient envoyées. La chaleur de ses joues se répandit soudain plus bas, dans son ventre, et elle s'allongea sur son lit pour calmer sa respiration et les battements de son cœur.
Elle avait flirté avec Elsa, elle s'était comportée comme... comme... comme une allumeuse !
Elle parcourut une deuxième fois le fil de conversation, ce qui n'aida pas son corps à retrouver des réactions et une température normales.
Des souvenirs de textos avec Hans s'immiscèrent au premier plan dans son esprit. Lui aussi, elle s'en rappelait, avait voulu flirter par messages interposés. Elle n'avait pas le souvenir d'être jamais rentré à ce point dans son jeu. Ni d'avoir jamais été attiré par lui. Ni d'avoir envie qu'il vienne la rejoindre dans son lit pour lui enlever son pyjama et la couvrir de baisers.
Elle n'avait jamais eu, elle le réalisait enfin, aucun intérêt physique pour Hans. Ni pour aucun autre garçon.
Mais est-ce que ça veut dire que je suis attirée par les filles, je veux dire, pas seulement Elsa ?
Tout d'un coup, elle eut l'impression d'entendre une autre voix lui répondre dans sa tête. Comme si une partie d'elle-même connaissait depuis longtemps la réponse à cette question, mais n'avait jamais osé le révéler au reste de sa personne.
Ouaip.
Ce qu'elle ressentait pour Elsa était loin d'être des sentiments isolés. La sensation dans son ventre quand Mulan l'avait scrutée si intensément le jour du tournoi. Les petits frissons quand Mérida la prenait dans ses bras. Le malaise qui l'avait envahie pendant les cours d'EPS à la piscine l'an dernier, quand toutes les filles avaient commencer à se déshabiller dans le vestiaire collectif, et qu'elle ne savait pas où poser ses yeux. Les filles qu'elle avait trouvées belles en les croisant dans la rue, et les excuses qu'elle se donnait pour les regarder. J'aime leurs vêtements, leurs cheveux, leur style. Je me dis que voudrais leur ressembler, parce que je n'ose pas m'avouer que je les trouve jolies.
Plus elle cherchait dans sa mémoire, assise sur son lit et les yeux dans le vague, et plus elle en était persuadée, et si au début elle était remplie d'appréhension, elle avait maintenant l'impression d'avoir retrouvé une partie d'elle-même qu'elle aurait perdue, puis complètement oubliée.
- Hey t'es levée, Anna ?
La voix de Kristoff brisa ses réflexions, et elle releva lentement la tête.
- Oui, répondit-elle.
- Il fait un temps magnifique dehors, t'es branchée par une balade en vtt ?
- C'était vraiment une super semaine, dit Kristoff, merci beaucoup !
Anna serra le grand blond dans ses bras et enfouit sa tête dans le creux de son cou. Il ne s'était pas rasé une seule fois, et ses joues piquaient, un peu.
Elle aussi avait passé un moment agréable. Ils avaient beau avoir grandi tous les deux, le garçon était resté le meilleur ami avec qui elle grimpait dans les arbres, construisait des cabanes et dévalait des pentes à vélo.
Même sa mère et son père avaient été adorables. Se comporteraient-ils de la même manière avec Elsa ? Avec une fille ?
Elle jeta un regard vers ses parents, qui serraient chaleureusement les mains de ceux que son ami. L'effusion de remerciements se poursuivit pendant un bon quart d'heure, durant lequel Mme Bjorgman ne cessa de leur proposer un café, une part de tarte aux pommes ou même de rester dîner, mais la route avait été longue, ils étaient partis beaucoup plus tard que prévu, il y avait eu des bouchons, et Anna savait que ses parents avaient hâte de rentrer.
Finalement, les trois membres de la famille Andersen montèrent dans leur voiture, et après un dernier salut par la fenêtre, prirent le chemin de la maison.
- Pizza, ça va à tout le monde ? lança Mme Andersen sans lâcher la route des yeux tandis qu'elle conduisait.
- Parfait ! approuva son mari.
- Trois fromages pour moi, répondit Anna depuis la banquette arrière. Avec un chocolat chaud !
- Anna ?
La petite rousse arrêta de brosser ses cheveux et se tourna vers la porte.
- Oui m'man ?
Mme Andersen ouvrit la porte de la chambre. Elle portait une pile de linge dans les bras et ses cheveux étaient enroulés dans une serviette de bain nouée autour de sa tête.
- Tu as cours à quelle heure demain ? Je crois me rappeler que tu commences plus tard que prévu.
- Oui, confirma Anna. J'ai cours à dix heures.
Les profs de langues étaient tous en voyage scolaire avec les Seconde cette semaine, laissant plusieurs heures de libre dans son emploi du temps.
- Ok. On sera partis bien avant, alors essaie de ne pas te rendormir, parce que personne ne sera là pour te réveiller.
- Faites surtout gaffe à ne pas me réveiller à sept heures !
- Ne t'inquiète pas, on fera attention, répondit sa mère avec gentillesse. Bonne nuit Anna. Repose-toi bien.
- Bonne nuit m'man !
Il n'était que 21h30, mais son père, qui avait conduit une bonne partie de la journée, était allé se coucher sitôt sorti de la douche. Peu de temps après, elle entendit sa mère le rejoindre. Que n'aurait-elle pas donné pour pouvoir elle aussi aller se coucher dans les bras d'Elsa !
Sa prof lui manqua soudain et avec une telle violence qu'elle sentit ses yeux commencer à brûler. Elle ne la reverrait pas avant mardi, et elles n'auraient pas de moments tranquilles avant quoi, mercredi ? Vendredi ? Non, ce n'était pas possible, elle ne voulait pas attendre autant. Elle se mit à taper du poing sur le matelas, pour essayer de calmer son impatience et sa frustration.
Elle avait tellement envie de la revoir...
Si seulement elle pouvait s'enfuir par la fenêtre, aller la voir et revenir sans que ses parents ne remarquent quelque chose...
Tiens, en voilà une idée. Mais comment faire ?
- J'avais fait une corde à nœuds pour descendre dans le jardin quand j'étais gamine, se murmura-t-elle à elle-même tout en rêvant à une aventure interdite et insensée. Je dois toujours l'avoir...
Sans qu'elle ne s'en rende compte, ses rythmes cardiaques et respiratoires s'accéléraient, et rapidement, son esprit n'en vint plus qu'à penser à des moyens d'aller voir Elsa à l'insu de ses parents.
Quelques minutes de recherches dans les rangements poussiéreux sous son lit lui permirent de remettre la main sur la fameuse corde à nœuds, reliée à un solide mousqueton. Ses parents dormaient, ou presque. Elle pouvait mettre, mettons, quinze minutes pour aller chez elle à pieds. En comptant rester une demie-heure sur place, elle pouvait espérer être rentrée pour 23h. Anna faisait maintenant les cent pas dans sa chambre, en chaussettes et pyjama. Et s'ils débarquent pendant que je suis partie ?
Petit à petit, la rêverie se transforma en véritable plan de bataille. Elle prit un stylo et une feuille de papier pour laisser un mot à ses parents et réfléchit. Qui pourrait-elle utiliser comme couverture ? Ses parents avaient les numéros de ceux de Tiana et Mérida, c'était trop risqué. Alice, elle, n'habitait pas loin, et leurs parents ne se connaissaient pas.
« Alice n'allait pas bien. Je suis allée la voir. Je n'ai pas voulu vous réveiller... »
Elle hésita à ajouter que c'était une urgence, mais elle n'avait pas non plus envie qu'ils se fassent des films et imaginent des choses vraiment graves.
« … Appelez-moi. Anna. »
Ouais, ça pouvait passer. Elle tourna encore en rond pendant plusieurs minutes avant de se décider définitivement. Il était plus de 22h, si elle voulait avoir le temps de voir Elsa avant qu'elle n'aille se coucher, c'était le moment ou jamais.
- C'est pas le moment de faire ta trouillarde, Anna, murmura l'adolescente en serrant les poings. T'es née prête !
Elle enfila un jean, un gros pull à capuche et une veste par dessus son pyjama, fourra son portable dans sa poche et mit le mot bien en évidence sur son lit. Elle ne prit pas la peine de faire une boule de vêtements sous sa couverture pour faire croire qu'elle dormait. Si ses parents entraient, leurre ou pas, ils verraient bien qu'elle n'était pas là. Inutile en plus de les prendre pour des imbéciles. Ça, elle était certaine qu'ils n'apprécieraient pas.
Elle alla sur son balcon, claqua la porte fenêtre en essayant de faire le moins de bruit possible, enfila les vieilles baskets défoncés qui traînaient toujours sous son fauteuil en plastique, puis accrocha la corde à la balustrade. Enfant, Anna avait souvent rêvé aux folies et aux aventures qu'elle pourrait vivre en filant par cette fenêtre, mais elle n'était jamais vraiment sortie, jamais la nuit, jamais pour une raison aussi passionnée.
Un quart d'heure plus tard, elle était devant chez Elsa.
Mais maintenant qu'elle était là, elle avait peur d'ouvrir sa porte. Devait-elle lancer un caillou à sa fenêtre ? Mais laquelle était la sienne ? Finalement, elle se contenta d'appuyer simplement sur sa sonnette, et quelques instants plus tard, une voix résonna dans l'interphone.
- Bonsoir, qui est-ce ?
- C'est moi, répondit bêtement l'adolescente, comme si Elsa allait reconnaître sa voix déformée par l'interphone. Anna, ajouta-t-elle.
Elle avait imaginé qu'Elsa pousserait une exclamation, qu'elle s'écrierait « quoi !? », voire même qu'elle lui reprocherait d'avoir pris ce risque. Au lieu de cela, la porte s'ouvrit instantanément, comme pour l'inviter à entrer. Anna monta les escaliers, et redoubla de discrétion en arrivant à l'étage des Bulda. Au quatrième, la porte était déjà ouverte, et Elsa l'attendait sur le palier, en haut des marches, un immense sourire sur les lèvres. Anna grimpa les dernières marches quatre à quatre et sauta presque littéralement dans ses bras.
Le baiser qu'elles échangèrent possédait l'exaltation des retrouvailles.
Elsa tenait ses mains dans les siennes, son souffle chatouillait chacun de ses sens, et lui faisait petit à petit perdre la tête. Anna sentit les mains d'Elsa la lâcher, et presque immédiatement, elle ressentit cette absence de contact comme une brûlure. Elle songea à interrompre le baiser pour s'en plaindre, mais une seconde plus tard elle sentit ces mêmes mains se poser sur son dos et contre sa nuque, et les bras de sa prof l'entourèrent et l'attirèrent contre elle. Anna se laissa enlacer, et immergea chacun de ses sens dans la douceur d'Elsa.
La lumière automatique du couloir s'éteignit brusquement, et elles réalisèrent qu'elles n'avaient même pas pris la peine d'entrer dans l'appartement. Elsa prit Anna par la main, et l'entraîna à l'intérieur.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle finalement en refermant la porte derrière elle.
- Je ne pouvais pas attendre mardi pour te voir, répondit Anna, générant un sourire timide sur le visage de l'enseignante.
- Tes parents savent que tu es sortie ?
- Bien sûr que non ! s'exclama l'adolescente en accompagnant ses mots d'un geste dédaigneux de la main. Ils dorment déjà ! Et puis j'ai couvert mes arrières, ne t'inquiète pas.
- Je vois, dit Elsa en se mordillant les lèvres. Une longue expérience de fugue nocturne ?
- Même pas. C'est ma première fois.
- J'ai l'impression que c'est la première d'une longue série ! intervint Olaf en descendant les escaliers.
Le jeune homme était habillé d'une manière beaucoup plus décontractée que les fois précédentes. Il avait un pantalon de pyjama gris à carreaux, et un T-shirt orné du visage en noir et blanc d'Audrey Hepburn. Il s'avança pour embrasser Anna sur la joue et répondit à l'air choqué d'Elsa par un large sourire et un clin d'oeil qui était tout sauf discret.
- Faites comme si je n'étais pas là, ajouta-t-il en se dirigeant vers la cuisine.
Anna le suivit des yeux, et lorsque la porte fut refermée derrière lui, elle se tourna de nouveau vers Elsa. Et, alors que ce détail lui avait échappé jusqu'alors, elle remarqua sur son visage une jolie paire de lunettes à monture bleue qu'elle n'avait jamais arborée à l'école.
L'enseignante tenait toujours Anna par la main, et après quelques instants de silence, debout dans l'entrée de l'appartement, elle la conduisit finalement dans le salon.
Elsa s'assit sur le canapé, mais au lieu de s'asseoir à côté d'elle, Anna décida plutôt de s'allonger et reposa sa tête sur les cuisses de sa prof, qui formaient un oreiller bien à son goût. Les yeux clos, elle ne pouvait pas voir le rouge qui se répandait sur les joues de son aînée.
L'odeur d'Elsa s'insinuait dans ses narines, un parfum léger et agréable, plutôt réconfortant. Les doigts d'Elsa se promenaient dans ses cheveux, ses mains douces caressaient son visage, et petit à petit, les chatouillis dans son estomac se transformaient en une agréable tiédeur. Elle se sentait si détendue, si relaxée, comme si à aucun moment, dans l'heure qui avait précédé cet instant, elle n'avait été tiraillée et stressée et hésitante à l'idée de s'enfuir de sa maison pour rejoindre en cachette son amoureuse.
- Tu m'as manquée, murmura l'enseignante en se penchant pour déposer un baiser sur ses cheveux cuivrés. Ca me fait très plaisir que tu sois venue, tu sais.
- Je ne m'attendais pas vraiment à cette réaction, avoua Anna en rouvrant les yeux. Je pensais que tu trouverais cela trop... inconsidéré, trop puéril.
Elsa soupira, mais ne répondit pas. Disons que c'était de l'inconsidéré qui en valait la peine.
- Alors, ces vacances avec Kristoff ? demanda Elsa après quelques instants de câlins silencieux.
- Elles auraient été mieux avec toi, répondit l'adolescente avec un sourire en coin.
- Charmeuse... murmura Elsa.
Anna pouffa, puis se mit à raconter en détail tout ce qu'elle n'avait pas pu dire à sa prof, tout ce qui n'avait pas pu tenir en quelques sms. Comme leur expédition à l'aube pour essayer de découvrir l'animal qui avait laissé ces grosses empreintes dans la neige sur la terrasse du chalet, ou le fou rire de Kristoff lorsqu'elle s'était retrouvée éjectée de sa luge et avait fini sa descente sur le dos, ou encore la succession d'orgies de fromage et de chocolats chauds au coin du feu. Et tandis qu'elle lui contait ses histoires, Anna complétait la liste mentale de ce qu'elle voulait vivre avec Elsa. Le contenu de cette liste aurait facilement pu être résumé en quatre lettres : tout. Elle voulait tout vivre, tout faire, tout découvrir. Rien de moins que tout cela.
Ce fut ensuite le tour d'Elsa de faire le récit de ses vacances. Son passage chez les parents d'Olaf, puis à Lyon, et enfin sa semaine à la maison, où elle n'avait, selon ses propres mots, rien fait d'autre que penser à elle et travailler.
- Tu as dû être productive, tiens, se moqua gentiment Anna.
- Oui, répondit Elsa sans relever le sarcasme. J'ai réussi à préparer l'intégralité de mes cours jusqu'aux prochaines vacances.
Anna poussa un sifflement admiratif.
- Je n'ai aucune idée de ce que ça peut bien représenter comme travail, mais ça sonne comme pas mal de boulot.
- Cinq ou six heures par jour pendant huit jour, répondit Elsa.
Deuxième sifflement, encore plus mérité.
- Woaw... Moi qui pensais que j'étais une bosseuse... Je serais bien incapable de tenir ce rythme.
- Oui mais je suis tranquille, maintenant. Je ne voudrais pas qu'on me reproche de ne pas faire correctement mon travail.
J'aurais dû en faire autant, pensa Anna avec culpabilité. La pensée d'avoir plus de temps avec Elsa l'avait incitée à s'appliquer davantage, mais elle n'avait pas pensé que si ses résultats n'étaient pas à la hauteur, Elsa pourrait en être tenue pour responsable. Mais pour ça, il faudrait qu'on apprenne qu'elle sort avec moi, et là franchement, mes notes seront bien le dernier de nos soucis. Ou peut-être que si au contraire j'ai des super notes ils seront plus indulgents...
C'était la bonne résolution de la rentrée. Plus de boulot, plus d'attention en classe. J'en suis capable !
Le canapé avait beau être confortable, elle sentait que ça tirait sur sa nuque, et elle eut soudain marre d'être allongée sur le dos. Elle roula sur le côté pour se mettre dans une position plus confortable, presque fœtale, et se retrouva le visage face au ventre d'Elsa, qu'elle s'empressa d'embrasser par-dessus son pull. Elle sentit en réponse Elsa se rétracter presque instinctivement sous son contact, et elle leva les yeux vers elle. Les joues écarlates de l'enseignante ne passèrent pas inaperçues cette fois-ci, et Anna se retrouva partagée entre l'envie de la taquiner et celle de s'excuser.
Peut-être valait-il mieux qu'elle se lève et s'assoie à côté d'elle.
- Non, ne t'en va pas, murmura Elsa alors qu'elle n'avait fait qu'esquisser le geste de se redresser.
Elle se détendit tandis que la main d'Elsa revenait caresser ses cheveux. Alors, puisqu'elle en avait le consentement, elle tendit le cou pour embrasser à nouveau Elsa sur le ventre. Cette fois, elle releva doucement son pull, à peine jusqu'à son nombril, et elle posa ses lèvres sur sa peau nue, blanche et si douce. Le mélange oxymorique de frissons et de chaleur était à nouveau revenu s'emparer de ses sens. Elle remit le vêtement correctement, et ferma les yeux.
- Anna ?
Cela faisait quelques instants, quelques minutes peut-être, qu'elles étaient restées silencieuses. Pour être honnête, Anna n'aurait quitté sa place actuelle pour rien au monde.
- Hmmm ?
- Il est presque minuit, dit Elsa d'une voix désolée.
- Oh...
Ça y est, la voix de la raison revenait la narguer, comme d'habitude.
- Je vais y aller, alors, dit-elle en s'écartant à regret de sa prof et en se redressant.
Elsa se leva à son tour, et sans un mot, elles se dirigèrent vers la porte d'entrée. Anna sentait à cet instant toute la fatigue de la journée réclamer son sommeil, et elle bailla et frotta ses yeux du revers de sa main.
- Bonne nuit Elsa.
A cet instant, Olaf sortit de la cuisine, un gros casque sur les oreilles et l'air beaucoup plus endormi que lorsqu'elle était arrivée, comme s'il venait tout juste de se réveiller.
- Bonne nuit Olaf, ajouta-t-elle.
Il ôta son casque et regarda Anna avec un air surpris.
- Mais... tu ne restes pas dormir ? demanda-t-il sans réfléchir.
- Olaf ! s'exclama Elsa.
Le garçon écarquilla les yeux avec un air horrifié.
- Oh ! J-je suis désolé, je ne voulais pas dire que… faites comme si j'avais rien dit, Ok ? Bonne nuit.
Il offrit un sourire gêné à Anna, puis monta les escaliers sans dire un mot de plus.
Anna mit ses chaussures puis continua à les regarder pendant quelques secondes avant de se redresser et de planter un baiser sur les lèvres de la jeune femme qu'elle ne pourrait contempler, dans les jours à venir, que dans sa salle de classe.
- A mardi...
Elle se retourna et tourna la poignée. Elsa s'avança et posa sa main sur la sienne, comme pour l'empêcher d'ouvrir la porte. Son cœur se mit à battre à cent à l'heure, comme s'il savait déjà ce qui était tout juste en train de se produire.
- Anna…
Elsa s'interrompit, la bouche à demi entrouverte, comme si les mots étaient particulièrement difficiles à prononcer. Ce qui était certainement le cas, vu comme elles se trouvaient déjà toutes les deux sur le fil d'un rasoir incroyablement tranchant.
- Veux-tu rester dormir avec moi ?
Anna ne savait pas si son cœur avait ralenti ou accéléré, en tout cas il lui donnait l'impression de vouloir s'échapper de sa cage thoracique et se mettre à courir la danse de la joie au milieu du salon.
Son cerveau esquissa une ébauche de réflexion. Ca faisait déjà deux heures qu'elle était partie. Clairement, il n'y avait aucun risque pour que ses parents entrent dans sa chambre cette nuit. Et, de toute façon, elle ne voulait pas penser à ce qu'il se passerait s'ils découvraient son absence.
Elle referma la porte qu'elle avait entr'ouverte, puis se retourna vers Elsa.
- D'accord...
Elsa attendait, assise en tailleurs sur son lit, qu'Anna vienne la rejoindre. Dans sa chambre.
Oh merde. Dans sa chambre.
Qu'est-ce qui lui avait pris ? Cette proposition inconsidérée allait totalement à l'encontre de toutes les projections qu'elle avait faites concernant son... son couple. Comme si une partie de son cerveau attendait seulement qu'elle baisse la garde pour prendre le dessus, en faisant fi de toutes les conséquences, de tout ce qu'elle avait vainement décidé.
Inutile de se mentir, elle avait été ravie qu'Anna vienne ce soir, et elle était très heureuse à l'idée de dormir avec elle. Anna s'endormant dans ses bras avait été le sujet de bien d'agréables rêveries. Mais voilà, cela signifiait aussi Anna dans son lit... et tout ce que ça risquait d'impliquer.
Elle n'était pas stupide, même si elles n'avaient jamais abordé le sujet, leurs moments passés ensemble devenaient à chaque fois de plus en plus intense, et il ne faudrait peut-être qu'un baiser de plus pour les faire basculer hors de contrôle.
Les secondes s'écoulaient trop lentement pour suivre le rythme de ses pensées. Il fallait qu'elle s'occupe, alors elle prit sa brosse, dénoua sa tresse et s'attela à démêler ses longs cheveux. Elle portait un pyjama simple composé d'un pantalon bleu et d'un débardeur blanc, le seul peut-être de tous ses pyjamas qui soit suffisamment couvrant sans être totalement tue-l'amour.
Dormir. C'est juste pour dormir.
… j'essaie de me rassurer, ou de me convaincre ?
Elle regarda la porte fermée de la salle de bains, se demandant à quel instant Anna finirait par sortir, et ce qu'elle ferait.
Et ce qu'elle-même ferait.
Anna étala une généreuse quantité de dentifrice sur son index et le fourra dans sa bouche. Elle s'était brossée les dents chez ses parents avant d'aller officiellement se coucher, mais c'était il y a quelques heures déjà, et elle avait l'impression de toujours sentir le goût de sa pizza aux trois fromages dans sa bouche. Pour rien au monde elle ne voulait partager cette saveur avec Elsa.
Elle acheva de se brosser les dents et se regarda dans le miroir. Elle ne ressemblait à rien, ses cheveux dénoués volaient dans tous les sens, elle n'était pas maquillée... et elle était en pyjama.
Putain, qu'est-ce qui m'a pris de mettre ce truc ? fulmina-t-elle intérieurement. Elle n'aurait pas pu s'habiller correctement, comme une personne civilisée, avant de partir de chez elle ? Par la fenêtre, comme une personne hyper civilisée... Remarque, je serais en sous-vêtements à l'heure qu'il est, pas mieux...
Elle finit de démêler ses cheveux et se regarda une dernière fois dans le miroir. Elle portait un short court, blanc avec les coutures oranges, et un T-shirt à col en V à l'effigie d'un renard, dont la queue orange et touffue se poursuivait dans le dos. Cadeau de Noël d'une de ses tantes. Voila, c'était définitif, elle avait l'air parfaitement ridicule. On aurait dit une gamine de treize ans.
Quand elle fut certaine d'être prête, aussi bien physiquement que mentalement, elle poussa la porte.
Elle avait essayé de ne pas penser qu'elle allait dormir avec Elsa, ne pas penser qu'elle allait être dans son lit, dans ses bras. Mais en se retrouvant dans le couloir, elle la vit par la porte entrouverte de sa chambre, assise en tailleurs sur son lit, les yeux dans le vague. Ses cheveux tombaient en cascade tout autour d'elle, et elle aussi était en pyjama. Son cœur bondit si fort dans sa poitrine que pendant quelques secondes Anna en oublia comment on faisait pour respirer. Elle s'avança silencieusement et frappa à la porte.
La jeune femme releva la tête, sourit et ouvrit les bras, et sans réfléchir une seconde de plus, Anna grimpa sur le lit et se jeta dans ses bras.
Elsa serra contre elle la bombe rousse qui venait de lui sauter dessus. Son corps était doux et chaud, et ses lèvres déposaient sur sa bouche, son visage et sa gorge des myriades de baisers. Ses mains étaient enfouies dans ses cheveux, et elle caressait de ses doigts son cuir chevelu. C'était à la fois tendre et sensuel.
Elsa avait essayé de garder un semblant de contrôle, mais soit sa volonté était devenue inefficace, soit Anna était passé maître dans l'art de la faire plier. Mais, après tout, elle pourrait toujours se contrôler plus tard. Ce n'étaient que des baisers.
Oui, mais des baisers sur ses genoux, sur son lit, dans sa chambre...
Elle traçait des cercles de son index sur l'épaule d'Anna tandis que son élève l'embrassait dans le cou. Elle allait finir par trouver des points vraiment sensibles si elle continuait de la sorte.
Oh mon dieu... Anna avait cessé de s'en prendre à sa gorge et l'embrassait maintenant sur la bouche, sa langue caressait sa lèvre inférieure pour demander à entrer, et se glissa à l'intérieur quand Elsa, les yeux désormais clos, répondit à sa requête.
Anna ne savait pas vraiment ce qu'elle faisait. Non pas qu'elle soit totalement inconsciente et ignorante de ce qui était en train de se passer, mais elle avait juste l'impression d'obéir aveuglément à un ordre, une commande qui venait à la fois du plus profond de son cœur, de son ventre et de son cerveau. La vision avait été trop attirante pour qu'elle puisse y résister. Elsa en débardeur, assise sur son lit avec son air qui n'était ni perdu ni rêveur, juste ailleurs, comme si tout son être s'était réfugié dans sa tête pour y tenir palabre, laissant son corps totalement sans défense.
- Anna... murmura Elsa entre deux baisers.
La jeune fille mit quelques secondes avant de s'interrompre, comme si sa tête n'avait pas pu immédiatement procéder au traitement de cette information.
- Mmmh quoi ?
Elsa ne répondit pas. Les pensées se bousculaient dans sa tête, si indécise, et elle ne savait pas laquelle était la plus appropriée. On se lève tôt demain. J'ai envie de t'arracher ton pyjama et de te faire l'amour. Il faut qu'on s'endorme. Continue à m'embrasser et je ne réponds plus de rien. Surtout ne t'arrête pas. Au secours...
- Anna, répéta-t-elle.
L'adolescente glissa de ses genoux et s'assit face à elle pour mieux la regarder. Elle souriait, et son sourire était beau, naturel et innocent. Ses cheveux s'écoulaient sur ses épaules comme du cuivre fondu. Elsa prit dans sa main la joue de son élève, son pouce caressant ses pommettes débordantes des taches de rousseur qu'elle ne se lassait pas de compter.
Elsa réalisa en cet instant qu'elle n'avait jamais eu la moindre chance de lui résister, et pour la première fois depuis plusieurs mois, elle fut heureuse qu'Anna ait débarqué dans sa vie, et l'ait rendue, depuis le jour de leur premier baiser, totalement inconsciente de tout le reste.
Les mains d'Anna jouaient toujours distraitement avec ses cheveux et elle les prit dans les siennes, puis plongea son regard dans ses magnifiques yeux turquoises, qui paraissaient vert émeraude dans la faible lumière de sa chambre. Elle ne pensait plus, en vérité elle s'efforçait surtout de ne plus réfléchir, sinon elle allait encore hésiter, douter, redouter.
Les mots vinrent naturellement comme s'ils avaient simplement attendu d'être enfin prononcé depuis ce premier rendez-vous clandestin, dans le sous-sol de son lycée.
- Anna, je t'aime.
*coeur*
A mercredi,
Ankou
