Hello !

Bon, je viens de finir Those gilded chains we wear, enfin façon de parler puisque cette histoire n'est pas encore, bloody hell, terminée, et je me demande comment je vais pouvoir continuer à écrire après ça. Sérieusement, cette... cette... masterpiece était juste parfaite. A tous les niveaux.

Cette fic a vraiment mis la barre très, très haut, et je vais y repenser à deux fois avant de me lancer dans l'écriture d'un Bellamione, ou même d'un n'importequimione.

J'étais déjà fan du couple Hermione-Bellatrix avant ça, mais maintenant... oh my.

Hasard le plus total, j'ai décidé il y a un bon mois déjà que ma tenue d'Halloween serait Bellatrix, il va falloir que je sois à la hauteur :p

Ahem. Revenons à notre Elsanna.

(Outch, ça va être dur.)

Voici donc le chapitre 27.

Ce chapitre n'est pas mon préféré, sans doute parce que je l'ai écrit d'une manière beaucoup trop fragmentée. Je l'ai réécrit et modifié plus d'une fois, mais à un moment donné je me suis dit qu'il fallait que je le prenne comme il était (et puis je n'avais plus le temps). Il s'y passe quand même pas mal de choses très intéressantes, et j'espère que vous allez l'apprécier.

Merci à tous pour vos messages, merci d'être là, et bonne lecture !


Chapitre 27

Anna se figea, comme si une puissante magie venait de la transformer en statue de glace. Son cœur se mit à battre si fort qu'elle crut qu'il allait exploser sous l'assaut des sentiments qui se répandaient dans chaque fibre de son corps, comme s'il était trop petit pour contenir toutes ses émotions enfermées.

Inspire. Expire. Oh mon dieu.

La lèvre inférieure d'Elsa tremblait toujours après ce qu'elle venait de dire, et Anna plaqua sa bouche sur elle, un peu trop vite, un peu trop fort, une maladresse qui témoignait de la réquisition de tout son organisme pour traiter, assimiler, savourer les mots qu'elle venait d'entendre. Leurs nez se touchèrent, leurs fronts se cognèrent, leurs dents s'entrechoquèrent, et Elsa serrait si fort Anna contre elle que ses bras allaient sûrement finir par fusionner avec la peau de l'adolescente, et ne faire plus qu'un avec elle.

Tandis qu'elles se séparaient pour reprendre leur souffle, Anna releva la tête et plongea son regard dans celui d'Elsa. Un regard débordant de... d'inquiétude ? d'appréhension ? Qu'est-ce que...? Oh !

- Je t'aime aussi, dit-elle, réalisant enfin qu'elle n'avait toujours pas répondu.

Elle sentit le corps de l'enseignante frissonner de la tête jusqu'aux pieds, et elle plaqua à son tour ses bras dans son dos et saisit les boucles de ses magnifiques cheveux dans ses poings.

- Mais tu le savais déjà, ajouta-t-elle en un murmure qui glissa sur la joue de la jeune femme.

- Depuis le jour où tu m'as fait une déclaration dans ma salle avant de t'enfuir en courant, acquiesça Elsa avec une pointe d'humour.

- Je n'avais pas prévu ! s'exclama Anna, les joues roses.

- Encore heureux !

- Je croyais que tu m'évitais, avoua soudain la petite rousse. Que tu avais deviné, à cause de… la carte, et tout…

Elsa baissa les yeux et regarda ses mains qui caressaient doucement les paumes de l'adolescente.

- Je ne t'évitais pas. J'essayais juste de me convaincre que je n'avais aucune chance.

Elle releva la tête et pinça ses lèvres et plissa ses yeux en une expression taquine.

- En fait, je te signale que c'est toi qui m'as évitée tout le mois de décembre. J'ai même cru pendant un moment que tu avais peur de moi !

- Pourquoi aurais-je eu peur de toi ? demanda Anna en fronçant les sourcils.

- Tu réagirais comment si tu te rendais compte que Mme Gerda avait des sentiments pour toi ?

Anna se mit à pouffer à l'idée.

- J'en mourrais de rire, je pense ! Excuse-moi de ruiner ton argument, mais elle pourrait être ma grand-mère !

- Bon alors disons Weselton.

- Beuaark !

L'enseignante et la lycéenne éclatèrent toutes deux de rire. L'idée d'un Weselton entreprenant et séducteur était carrément glauque. No way ! Ça, ce serait pervers...

- Je suis désolée de t'avoir évitée, dit finalement Anna. Je ne pensais pas du tout que ce serait réciproque. A dix-sept ans, tu attends autre chose pour ton premier coup de foudre. Le beau gosse assis au fond de la classe, c'est cool, pas ta prof de maths. A la limite, quitte à la jouer fille, ta meilleure copine passe encore. Mérida a bien cru que je craquais sur elle au début.

Elsa, occupée à gérer la danse acrobatique de son cœur et de son estomac depuis qu'elle avait entendu les mots coup de foudre, fixa sa petite amie avec un intérêt soudain.

- Ah oui ?

- Ouais, comme je ne voulais pas lui dire qui c'était, la fille qui me plaisait, elle s'est montée tout un film dans sa tête.

- Parce qu'elle est gay elle aussi, n'est-ce pas ?

- Je ne sais pas, confessa Anna. A ma connaissance, elle n'est jamais sortie avec personne, et l'ensemble de son historique lesbien se limite à un baiser et un râteau qu'elle a mis à une fille qui fait du tir à l'arc avec elle de temps en temps.

- Et comment a-t-elle pris l'idée que tu puisses vouloir sortir avec elle ?

- Plutôt mal. Elle n'était pas intéressée. C'est vexant, quand on y pense !

- Pas intéressée ? fit Elsa avec une moue singulièrement étonnée. Heureusement pour moi, ajouta-t-elle avec un sourire amusé. Je n'aurais pas fait le poids face à Mérida.

Anna fronça les sourcils.

- T'entends quoi par là ?

- Eh bien, quand je vois comment elle prend ta défense face à Hans… disons que je n'aimerais pas l'avoir contre moi.

L'adolescente haussa les épaules, et frotta ses yeux fatigués avec la paume de ses mains.

- Elle a toujours été comme ça, dit-elle en accompagnant son ton détaché d'un geste de la main, l'autre toujours appuyée sur son visage. Depuis que je la connais. Ca fait cinq… aaaaaans.

Le reste de sa phrase se perdit dans un long bâillement, et elle enfouit son visage dans le creux entre la nuque et l'épaule d'Elsa.

- Okay, dit la blonde avec un sourire attendri. Que dirais-tu de dormir dans mes bras ?

Elle se sépara à regret d'Elsa le temps de se glisser dans le lit à ses côtés. Le matelas était moelleux, la couette épaisse et agréable, et lorsqu'elle s'allongea, Elsa l'attira immédiatement contre elle. Tu es dans le même lit que ta prof de maths, fit remarquer une petite voix moqueuse dans son esprit. Anna haussa mentalement les épaules. Oui, Elsa était sa prof de maths, et alors ? Est-ce que ça avait encore la moindre importance ?

- Bonne nuit Anna, murmura la délicieuse voix d'Elsa dans ses oreilles, tandis que sa joue était tout contre la sienne.

Anna passa un bras autour du torse d'Elsa, et enfouit sa tête contre sa nuque. Là, elle était bien. Mieux que bien. Elle sentait qu'elle pourrait s'endormir en moins de deux minutes. La blonde était douce et chaude dans ses bras, sa peau et ses cheveux sentaient bon, et sa main droite caressait tendrement ses boucles rousses.

- Je t'aime Elsa, murmura-t-elle avant de sombrer lentement dans le sommeil.


La petite voix énervante ne fut pas si facilement réduite au silence, dans la tête d'Elsa. Le poids du bras d'Anna au travers de sa poitrine lui rappelait à chaque seconde la bêtise qu'elle avait faite en permettant à la lycéenne de rester. Elle n'arrivait pas à calmer sa respiration, à ralentir la course de son cœur. Cette soirée, cette nuit, Anna qui était partie de chez elle... c'était si irresponsable !

Et si ses parents découvraient son absence et partaient à sa recherche ? Et si on finissait par apprendre qu'elle était ici, avec une adulte qui n'avait absolument pas le droit de sortir avec elle ?

S'ils voient qu'elle est partie, ses parents commenceront d'abord par l'appeler elle, plutôt que la police et les services secrets, se dit-elle, en une tentative désespérée de se rassurer. Elle m'a promis qu'elle a couvert ses arrières, je dois lui faire confiance.

Mais comment couvrir une chose pareille ? A moins d'avoir un double ronflant dans son lit, il suffisait que son père ou sa mère entre ne serait-ce que pour jeter un coup d'oeil pour découvrir qu'il n'y avait personne dans la chambre.

Il n'y a plus qu'à prier qu'aucun de ses parents ne vienne dans sa chambre avant demain matin...

Anna remua doucement. Elle s'était endormie en quelques minutes à peine, et Elsa, à qui il fallait toujours une demie heure au minimum pour trouver le sommeil, l'avait regardée avec un mélange de stupéfaction et d'envie. Elle était vraiment belle, songea-t-elle tandis qu'elle redessinait de son regard les traits de son visage, à peine visibles dans la pénombre de sa chambre. La lumière n'était pas nécessaire, elle le connaissait presque par cœur à présent. Encore une ou deux soirées passées à la regarder, et elle pourrait bientôt retrouver l'emplacement exact de chacune des taches de rousseur qui constellaient sa peau.

Anna l'aimait. Elle le savait déjà, évidemment, mais c'était une toute autre chose que de l'entendre prononcé clairement. Elle sentit son cœur changer de course au souvenir de ses paroles. Il ne ralentit pas plus qu'il n'accéléra, mais passa d'un tambour angoissé à une batterie extatique. Anna l'aimait. Anna l'aimait.

Y aurait-elle cru cette nuit-là, deux mois plus tôt, tandis qu'elle regardait sous la lune du désespoir les lueurs de la fête se refléter dans la Saône ? Et ce soir d'octobre, où sans comprendre pourquoi, son corps avait grondé de rage en écoutant son élève préférée, qu'elle venait de prendre en stop en pleine nuit, lui raconter ce qu'il lui était arrivé ? Aurait-elle pu en cet instant, alors qu'elle la ramenait chez elle comme n'importe quel adulte responsable l'aurait fait, s'imaginer qu'au beau milieu du deuxième trimestre elle se retrouverait avec cette même jeune fille endormie à-côté d'elle ?

Dans son sommeil, Anna souriait, et Elsa se plut à imaginer être la source de ses plaisantes pensées. Enfin, elle s'endormit.


Quelque chose lui chatouillait le visage. Anna s'en rendait compte depuis un petit moment, dans un sommeil très proche de l'éveil. Elle rêva qu'elle ouvrait les yeux pour découvrir un chat touffu dormant sur sa poitrine, sa queue balayant son nez et son menton. Elle rêva deux ou trois fois qu'elle extirpait ses bras de sous sa couette pour ôter ces empêcheurs de dormir en rond, quels qu'ils soient. Elle ne fit rien de tout ça, et son visage continua à l'irriter, l'amenant seconde après seconde un peu plus près du réveil.

Elle avait faim, elle sentait son estomac réclamer impitoyablement son dû. Et, tandis que les derniers instants de sommeil se consumaient, elle voulut bouger, se retourner, se lever, mais son bras gauche semblait avoir perdu toute sensibilité. C'est cette sensation inhabituelle qui mit le point final à sa torpeur.

Elle ouvrit les yeux. Dans la chambre, tout était encore sombre, à part le mince filet de lumière qui filtrait sous la porte. Elle entendait le bruit de l'eau couler dans la salle de bain. C'était surement ça qui l'avait réveillée.

Son nez la chatouilla de nouveau. Ce n'était pas un chat, ni une plume, mais une mèche de cheveux très, très blonds qui partait d'une tête endormie posée sur sa poitrine. Elsa ne dormait pas à-côté d'elle, réalisa Anna, elle dormait sur elle ! Couchée sur le flanc, une de ses jambes reposait entre celles d'Anna, et un de ses bras était en travers de son corps. Pas étonnant qu'elle n'arrivait pas à bouger sa main gauche : toute la moitié gauche de son corps était recouvert par Elsa.

Ses longs cils recourbés frémissaient à l'orée de ses pommettes, ses lèvres roses étaient entrouvertes, et sa respiration s'échappait silencieusement de sa bouche. Okay, j'ai le choix entre la réveiller ou me faire amputer le bras. Rude. Lentement, doucement, Anna roula sur le côté pour faire basculer sa prof sur le lit. Elle gémit, un son qu'Anna trouva à la fois ridicule et extrêmement charmant, puis entrouvrit les yeux.

- Quelle heure est-il ? murmura-t-elle d'une voix endormie.

- Je ne sais pas, mais Olaf est déjà réveillé.

Elsa se tourna vers le réveil, posé sur la table de nuit.

- Mmmh... On a encore un petit moment devant nous avant de devoir se lever.

Elsa s'étira, se frotta les yeux puis s'assit. Elle tira le rideau, qui ne laissa entrer aucune autre lumière que celle des lampadaires de la rue. Puis, se retournant vers Anna, ses yeux s'écarquillèrent... et elle éclata de rire.

Ce n'était pas un petit gloussement à moitié caché derrière sa main, non non, c'était un véritable rire aux éclats. L'adolescente resta perplexe une seconde, puis vit où son regard se dirigeait. Oh mon dieu. Non, pas ça...

Elle plaqua immédiatement ses mains sur ses cheveux, en une tentative désespérée et inutile de dompter la grande masse rousse qui recouvrait son crâne. Au lieu de s'arrêter, le rire d'Elsa n'en devint que plus fort.

- Oh ça va, hein. Mes cheveux aussi ont droit à leur liberté.

- J'ai rien dit, dit Elsa avec un grand sourire, tout en reprenant son souffle.

- Tu te moques de moi ! Je sais que j'ai l'air ridicule.

- Oui, admit Elsa sans quitter son sourire. Mais ça te va bien. Je ne pourrais pas t'imaginer avec une coiffure parfaite au réveil. Ca ne te conviendrait pas.

Après tout juste une demi-seconde d'hésitation, Elsa tendit la main vers Anna et caressa doucement, presque tendrement, le boucles cuivrées qui étaient retournées à l'état sauvage.

- Tu es très belle, Anna...

L'adolescente rougit de la gorge jusqu'à la racine des cheveux.

La dizaine de minutes qui leur restait avant la sonnerie du réveil furent agréablement passées en baisers, câlins, et chastes caresses. C'était la première fois qu'Anna dormait avec quelqu'un, quelqu'un d'autre qu'une amie ou une cousine évidemment, et surtout, la première fois qu'elle partageait quelque chose d'aussi intime. Et elle avait apprécié, savouré, mémorisé chacun de leurs baisers.

Finalement, le réveil sonna, et elles durent à regret se séparer, se lever et s'habiller.

En bas dans le salon, Anna découvrit la table dressée par Olaf. Oh mon dieu, lui il sait ce que 'petit-déjeuner' signifie ! Il y avait là du pain grillé, plusieurs pots de confitures et du miel, du thé qui infusait, un gros panier de fruits, une assiette de muffins au chocolat, et même un bol de chocolat encore fumant qui, présumait-elle, lui était destiné.

- Elsa, tu as trouvé l'homme parfait !

- Ha, tu vois ! s'exclama Olaf en pointant sa tasse en direction d'Elsa. Enfin une qui reconnaît mes qualités à leur juste valeur !

- J'envisage de le garder comme esclave, dit l'enseignante en un murmure tout à fait audible à l'oreille d'Anna, qui éclata de rire.

Les deux filles s'assirent autour de la table, et le jeune homme versa le thé dans la tasse d'Elsa, tandis que la petite rousse s'emparait du bol de chocolat. Il était préparé à la perfection.

- Je te l'ai fait exactement comme Elsa l'aime, dit-il tout en beurrant sa tartine.

- Il est très bon, répondit-elle, et elle nota dans un coin de sa tête de servir un jour à Elsa son chocolat « spécial Anna ».

Ce qui amena au premier plan de ses pensées encore ralenties par son récent réveil la question de leur prochain rendez-vous. Anna voulait d'autres soirées, d'autres nuits comme celle-ci. Mais quand ? Partir en cachette était hyper risqué, elle devait bien l'avouer !

La première chose qu'elle avait faite en se levant avait été de regarder son téléphone. Le soulagement qu'elle avait ressenti en voyant qu'aucun de ses parents n'avait essayé de la joindre durant la nuit était bien plus grand qu'elle ne l'aurait cru. Pas sur qu'elle aurait autant de chance la prochaine fois.

Mais ça valait la peine de prendre le risque, non ?

Elle releva la tête de son bol et regarda Elsa. Elle et Olaf étaient en pleine conversation silencieuse, elle le voyait aux regards qu'ils se lançaient. Le garçon avait l'air débordant d'énergie, contrairement à elles deux, qui paraissaient léthargiques en comparaison. Est-ce qu'il dort, parfois ?

Elle tendit la main vers celle d'Elsa, et l'enseignante rompit son contact visuel avec son colocataire pour la regarder.

- Tu... tu repasses chez toi avant d'aller au lycée ?

- Heu, oui, il faut que j'aille récupérer mon scooter, et mon sac, et mes fringues... tout en fait. Mais j'ai le temps, poursuivit-elle. Je ne commence qu'à 10h. Je partirai en même temps que toi, comme ça tu pourras me dire si Mme Bulda est dans le coin.

La remarque parut beaucoup amuser Olaf, qui suggéra en ne plaisantant qu'à moitié, elle en était certaine, d'installer une webcam dans les escaliers.

Elsa resta muette, pendant que le garçon et la petite rousse échangeaient banalités et plaisanteries, mais elle ne lâcha pas la main d'Anna durant tout le petit-déjeuner. Chaque caresse de son pouce sur ses jointures générait de petites étincelles entre son cœur et son nombril. C'était amusant, pensa l'adolescente. On croit connaître son corps avec lequel on vit depuis plus de 17 ans, et il suffisait de tomber amoureuse pour qu'il se mette à fonctionner d'une toute autre façon, frissonnant alors qu'elle n'avait pas froid, brûlant alors qu'elle n'avait pas chaud, la piquant, la pinçant, la tiraillant alors qu'elle n'avait pas mal, l'essoufflant et l'épuisant alors qu'elle restait immobile.


Olaf avait été parfait. Comme toujours.

Le regard d'Anna à la vue de la table du petit-déjeuner montrait qu'il avait une fois de plus pris la bonne décision. C'était lui le séducteur, lui qui séduisait, charmait les filles à sa place. Il avait de la confiance en soi pour deux, et il semblait toujours savoir ce qui allait plaire à une fille. Combien de rendez-vous avait-il sauvé par sa présence, ses conseils, ses compliments ? Si Elsa avait été intéressée par les garçons, ou lui par les filles, elle aurait eu à redouter une concurrence sévère.

- Alors ? murmura-t-il à son oreille quand elle passa près de lui, en bas de l'escalier.

Elsa n'eut pas besoin de demander de quoi il parlait. Elle le savait très bien. Elle s'assit à la table du petit-déjeuner, en face de lui et Anna à côté d'elle. Il avait son sourire d'Olaf, et sans émettre un son, elle répondit en remuant les lèvres, les sourcils plus froncés que jamais.

- N'essaie même pas.

Il était beaucoup moins parfait, tout d'un coup. Il continua de l'asticoter silencieusement, mais Anna se réappropria son attention, et elle cessa de lui répondre. Sa petite lycéenne était en jean et haut de pyjama, et elle se demanda sombrement si c'était de la perversité ou de la maladie que de trouver ça mignon. Mais le regard, dans ses yeux turquoises qui la fixaient, n'était définitivement pas celui d'une enfant.

Elle ne parla pas beaucoup pendant le petit déjeuner. Bientôt, elle allait devoir partir travailler, partir au lycée, et laisser derrière elle Anna et cette soirée et nuit surréalistes. Quand est-ce qu'elle pourrait profiter à nouveau d'une nuit comme celle-là ?

Jamais. Pas avant juillet. C'était vraiment irresponsable de notre part, et si jamais Anna refait le coup, je la renvoie chez elle immédiatement.

Elle soupira. Elle ne savait pas ce qui allait être le pire : rompre cette promesse ou la tenir.

Peu de temps après, alors qu'elle vérifiait dans son sac posé sur son bureau qu'il ne lui manquait rien pour la journée et qu'Anna achevait de se préparer dans la salle de bain à l'étage, Olaf l'attrapa par le bras, et la tira dans la cuisine. Il ferma la porte puis se tint les poings sur les hanches.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'écria-t-il à voix basse. C'est ma présence qui t'a gêné ce matin ou quoi ?

- J'allais très bien ce matin, merci, répondit-elle assez sèchement.

- Tu plaisantes ? Tu n'as presque pas dit un mot, tu ne l'as presque pas regardée ! Ca s'est mal passé ou quoi ? Non, ça ne s'est pas mal passé, poursuivit-il en secouant la tête. Elle est folle de toi, c'est évident.

- On n'a pas couché ensemble, si c'est ce que tu veux savoir.

Le garçon leva les yeux au ciel, comme exaspéré par la réponse crue de sa colocataire.

- Tu sais que si on te choppe, ça ne changera pas grand chose que vous ayez couché ensemble ou pas. Franchement, tu crois vraiment qu'ils te croiront ?

C'était une question rhétorique, Elsa ne répondit pas.

- En tout cas, change d'attitude. Détends-toi. Relax un peu. Sinon Anna va finir par croire que c'est elle qui a un problème.

- Ca m'étonnerait. Elle est beaucoup trop intelligente pour ça.

Leurs conversation s'interrompit brusquement, car les bruits de pas indiquaient qu'Anna descendait les escaliers. Olaf avait raison, même si c'était dur à admettre. Mais comment se comporter normalement, alors que leur relation était interdite et devait demeurer secrète ? Arriverait-il à se relaxer, lui ? Tu parles, il serait déjà renvoyé à l'heure qu'il est.


Vers 7h30, Elsa fut prête à partir. Elle portait un jean blanc et des Doc'Marteens bleu électrique, un récent cadeau des parents d'Olaf, qu'elle avait assorties avec une chemise du même bleu. Anna, elle, était toujours en pyjama sous son jean et son blouson. Comme une gosse. Qu'est-ce qu'une femme comme Elsa pouvait bien lui trouver, sérieusement ? Si ça se trouve, elle aime juste les rouquines à taches de rousseur, et j'étais la seule qu'elle avait sous la main... Elle pouffa intérieurement, en pensant que dans ce cas, ç'aurait pu tomber sur Mérida.

Elles échangèrent un dernier baiser, sur le pas de la porte. Il faisait un peu froid dehors, et Elsa avait recouvert ses cheveux du même bonnet qu'elle portait le jour où Anna l'avait vue (espionnée, murmura son esprit) dans le jardin enneigé. Ses joues était rosées, et Anna les caressa doucement du bout des doigts.

Une nouvelle sensation naissait un peu plus bas dans son ventre, et elle sentait son sang pulser à cet endroit tandis qu'Elsa caressait sa langue de la sienne et que ses doigts s'enfonçaient dans sa peau à la base de sa nuque.


Lorsqu'elle rejoignit ses amis à la récré, rituel familier, Anna se sentit comme si elle avait passé les douze dernières heures dans une autre dimension.

En sortant de chez elle, Elsa avait fait l'éclaireur dans les escaliers, et Anna était descendue en courant, chantonnant doucement la musique de James Bond. Elsa pouffa de rire quand la lycéenne, une fois au rez-de-chaussée, se cacha dans le recoin derrière les escaliers en position d'embuscade, avec ses mains mimant un revolver.

Après avoir regardé sa prof partir pour son lycée, l'adolescente était repartie vers sa maison.

Il lui fallut redoubler de prudence en arrivant, car la voiture de son père était toujours sur le trottoir. Elle se donna mentalement des baffes. Bien sûr, elle n'avait pas pensé qu'en revenant si tôt, elle risquait de croiser ses parents. Et comme en plus, elle était partie sur un coup de tête, elle n'avait évidemment pas pensé à prendre ses clés. Bah y'a plus qu'à espérer que ma corde n'a pas bougé, sinon je suis pas sortie des ronces.

Elle passa derrière la cuisine, penchée pour ne pas être visible depuis la fenêtre. Ok, son père était en plein petit déjeuner, la voie était libre pour monter.

Se hisser jusqu'à son balcon était beaucoup plus sportif que ne l'avait été la descente. Quelques minutes plus tard, elle s'affala en sueur sur le vieux fauteuil en plastique, et poussa la porte du bout du pied.

Elle ne s'ouvrit pas.

- Quoi ?!

La musique de James Bond s'arrêta immédiatement de tourner en boucle dans sa tête, et elle bondit de sa chaise.

- Putain putain putain mais ouvre-toi !

Après s'être bousillée la main sans résultats en forçant sur la poignée, elle prit son élan et se jeta de toutes ses forces, épaule en avant, sur la porte coincée. Avec un craquement sonore, la porte s'ouvrit, et Anna tomba tête la première sur le sol de sa chambre.

- Anna ?

La voix étouffée de son père lui parvint depuis la cuisine. Luttant pour se relever, elle rampa à moitié jusqu'à la porte, et l'entrouvrit.

- Tombée du lit, cria-t-elle à son père, d'une voix faussement endormie, puis elle quitta sa chambre en courant pour aller dans la salle de bain.

Elle prit une douche rapide, se brossa les dents, se recoiffa proprement et se maquilla d'un léger trait de crayon sous les yeux, avant de descendre dans la cuisine. Son père laissa retomber son journal sur la table en la voyant arriver.

- Bonjour ma grande ! Qu'est-ce que tu fais debout si tôt ? Tu t'es réveillée en tombant, ou tu es tombée après t'être réveillée ?

Il rit à sa propre plaisanterie, et sa fille tira une chaise pour s'asseoir en face de lui.

- Je ne suis pas sure, répondit Anna d'une voix boudeuse en se jetant sur la chaise.

- Hahaha, tu t'es pas loupée, ça a fait un de ces boucans ! Au moins ça te laisse le temps de bien déjeuner ! Tu vas te préparer quelque chose ?

Je retournerai bien me coucher, en fait... Mais l'idée de retourner dans son lit, sans Elsa, avait quelque chose … d'anormal.

Sortant la tête de sa rêverie, elle réalisa que son père la fixait toujours.

- Oh... ah, non, je n'ai pas faim, répondit-elle. Je vais juste prendre une tartine et partir, je vais en profiter pour bosser un peu au CDI.

M. Andersen se leva soudaintement de sa chaise et se pencha vers par dessus la table, et Anna se mit à paniquer.

- Mais qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de ma fille ? s'exclama-t-il en la secouant par les épaules.

Son grand sourire amusé trahissait son ton faussement agressif. L'adolescente se détendit, relâchant un souffle qu'elle avait retenu sans s'en rendre compte. Son cœur, réalisa-t-elle, battait à toute vitesse.

S'il s'avait que j'ai déjà pris un petit déj chez ma copine... et s'il savait que j'ai passé la nuit chez elle en passant par la fenêtre... et s'il savait que ma copine c'est ma prof de maths... Ouais, il vaut mieux qu'il ne sache rien, en fait.

Après un court second petit déjeuner, elle partit pour son lycée. Passée, la frayeur de se retrouver coincée dehors. Elle se sentait maintenant triomphante. Une sensation si grisante qu'elle pourrait presque en devenir accro.

Elle pensa à Elsa pendant tout le trajet. Elsa endormie, ses longs cheveux tout autour d'elle. Loin de sa crinière de fauve jeté dans l'eau, ses cheveux à elle semblaient glisser, flotter autour de sa tête. Elsa en pyjama, allongée dans ses bras, l'embrassant, dormant sur sa poitrine. Elsa qui lui disait qu'elle l'aimait.

Un ressort se mit à sautiller dans son estomac à la simple vue de la désormais très familière Mini bleue sur le parking.

Une fois arrivée au CDI, elle se vautra dans un des fauteuils, le regard perdu dans le vide et un sourire béat sur les lèvres. La sonnerie de 9h retentit peu de temps après, et elle lutta contre l'envie d'aller voir sa prof dans sa classe. Elle avait promis d'être discrète, et lui faire les yeux doux à la fin de ses cours ne correspondait pas vraiment à sa définition de la discrétion.

Elle parvint finalement à se concentrer, et réussit à travailler un petit peu sur ses cours de spécialité. Elle rangea ses affaires et descendit dans la cour juste avant la récré, et retrouva Kristoff et Rapunzel qui sortaient d'un cours d'histoire. Mérida et Tiana n'allaient probablement plus tarder à arriver.

- T'as un de ces smiles, s'exclama Rapunzel après lui avoir dit bonjour. T'as passé la nuit avec le prince charmant ou quoi ?

Jamais son amie blonde n'avait été à la fois aussi près et aussi loin de la vérité.


- Au fait Anna, comment ça va le lycée, en ce moment ?

Sa mère la regarda avec un sourire à la fois curieux et amical, tandis qu'elle apportait à table le dîner que son père avait préparé. Pour Anna, la réponse à cette question était facile. On était mardi, elle avait terminé sa journée par un cours de maths, et avait donc passé deux heures à contempler presque sans retenue la magnifique blonde aux yeux bleus qui la faisait vibrer.

Ce n'était sans doute pas ce que sa mère voulait entendre.

- Ben ça va, répondit-elle en haussant les épaules. J'ai eu 15 en histoire et un 8/10 en TP de physique.

- C'est bien, l'encouragèrent ses parents à l'unisson.

- Et les cours mis à part ? demanda à nouveau Mme Andersen. Maintenant que c'est terminé avec Hans, tu t'es trouvée un autre beau garçon ?

- Jolie comme tu es, ils devraient être tous à tes pieds, renchérit son père avec un sourire complice.

La fourchette à mi-chemin entre son assiette et sa bouche, Anna regarda alternativement ses deux parents. Ca sort d'où, cette conversation ?

- Pas vraiment, Papa, répondit-elle d'un ton un peu trop sec. Les garçons ne m'... les garçons de ma classe ne m'intéressent pas, se reprit-elle.

Cette réflexion-là lui avait échappée, et elle espéra vivement que sa mère ne la relèverait pas. Elle n'était absolument pas prête à avoir une conversation familiale concernant sa sexualité.

- Si tu veux mon avis… poursuivit son père.

Pas vraiment, non…

- … ce Hans n'était pas fait pour toi. Je ne dis pas qu'il n'était pas assez bien, il n'avait juste pas ce… ces…

Ces yeux magnifiques, cette tresse blonde, ce sourire sérieux et timide, ces lèvres, oh ces lèvres !

- Tu te serais ennuyée à mourir avec lui, acheva-t-il.

- Je m'ennuyais déjà, répondit-elle d'un ton qu'elle voulut blasé.

Alors qu'avec Elsa, chaque moment passé était une aventure. Parce qu'elle l'aimait, parce que son corps lui faisait découvrir des sensations, des émotions nouvelles à chaque instant, comme si il savait, lui, qu'Elsa était la bonne personne.

Elle était perdue dans ses pensées, et réalisa que ses parents la regardaient toujours.

- Mais ne vous inquiétez pas, hein, je vais bien.

- Tu nous le présenteras, dit sa mère sur un ton à mi-chemin entre l'affirmation et l'interrogation.

- Mais qui ? demanda Anna, un peu perdue.

- Eh bien, ton copain. Tu sais, quand tu en auras un nouveau. Bientôt.

Sa mère avait répondu d'une manière détachée, sans la regarder, faisant semblant de se concentrer sur son assiette. Car elle faisait semblant, Anna en était certaine. Sa mère se doutait de quelque chose, avait deviné quelque chose. Ca risquait d'être un poids supplémentaire, car elle serait bien capable de l'empêcher de sortir tant qu'elle n'aurait pas vu son « petit copain ». Et il n'était certainement pas possible de le lui présenter pour l'instant.

- Ouais, ben c'est pas pour maintenant, répondit-elle d'un ton morose en haussant les épaules.

Elle tendit le bras pour attraper un morceau de pain dans le panier, et son père changea si abruptement de sujet qu'elle fut certaine que la conversation avait bel et bien été montée de toutes pièces.

Elle participa basiquement aux discussions. Dans sa tête, elle imaginait ce qu'il se passerait si ses parents découvraient tout. Déjà, sortir avec une fille. Comment ils le prendront ? Pas trop mal, peut-être, elle n'avait jamais entendu ses parents dire quoi que ce soit de négatif envers les homos, mais bon voilà, ça allait quand même leur faire un choc… Et quand il sauront que c'est sa prof de maths... Ils allaient forcément finir par le savoir, parce qu'Anna n'avait certainement pas dans l'idée de garder tout ça secret ad vitam. Sitôt le bac terminé, elle avait bien l'intention de sortir avec Elsa au grand jour. Peut-être consentirait-elle à tenir sa langue une semaine ou deux, pour que ça ne soit pas trop flag', mais pas plus…

Anna calma son hyperactivité cérébrale par une mousse au chocolat. Tout en léchant le couvercle en aluminium, la vue du dessert lui rappela celui qu'Elsa avait mangé l'autre jour, dans le pub. Elle avait eu du chocolat aux coins des lèvres, et Anna avait furieusement résisté à la tentation de l'embrasser et de lui enlever ces traces. Un jour, se promit-elle, elle pourrait l'embrasser dans un lieu public.

Ne pas rêver éveiller pendant le dessert lui demanda beaucoup plus d'efforts qu'elle ne l'aurait cru. Et quand elle put enfin se lever de table, elle se réfugia dans sa chambre, ferma la porte et poussa un long soupir. Son visage s'illumina quand elle vit l'icône « nouveau message » clignoter sur son écran de portable, mais ce n'était qu'un sms de Tiana qui ne lui était même pas précisément destiné. Pfff. Ses parents ne l'avaient pas vraiment mise d'humeur agréable, et elle ne voyait que deux choses capables d'arranger ça.

Elle se jeta sur son lit, ouvrit sa boîte à chaussures décorée d'images de Final Fantasy, sortit le CD du IXème opus de son boîtier et le glissa dans sa vieille Playstation One. Elle monta le son quand la musique du générique commença à retentir, puis ouvrit au hasard une de ses sauvegardes passées. Elle avait déjà fait au moins trois fois le jeu du début à la fin en terminant toutes les quêtes annexes, mais elle adorait y rejouer de temps en temps. Et, tandis que le jeu chargeait, elle envoya un sms à sa petite amie.

« Je m'ennuie. J'ai envie d'être avec toi. On peut se voir demain ? »


Qui a retenu son souffle quand Anna s'est retrouvée coincée dehors ? Qui pensait qu'elle n'allait jamais réussir son coup, au nez et à la barbe de ses parents comme ça ? Qui pense que les parents en savent beaucoup, beaucoup plus que ce qu'ils ne laissent entendre ? Qui pense qu'Anna n'en est pas à sa dernière mauvaise décision ?

N'hésitez pas à laisser un message pour dire ce que vous en avez pensé :)

A la semaine prochaine !

Ankou