Hello !
Bonnes vacances à tous ceux qui peuvent encore en profiter !
Alors, les parents ont-ils ou non grillé Anna ? Pensent-il qu'elle est allée passer la nuit avec Kristoff ? (m'enfin, ils viennent de passer une semaine à dormir quasiment dans la même chambre, quel intérêt auraient-ils à risquer une ire parentale pour une nuit de plus ?)
Vous avez trouvé pour la plupart la réaction post-je t'aime choupi, j'en suis bien contente, j'en étais pas des masses satisfaite.
On en a quand même quelques un(e)s ici qui croient qu'elles vont s'en sortir sans encombre jusqu'au bac. HA HA ! Pardon. Et d'autres qui doutent sérieusement de la capacité d'Elsa à renvoyer Anna si jamais elle retente le coup. Soutenez-les, bordel !
- Lounils : T'inquiète pas, je vais pas mettre ma fic en pause parce que j'ai trouvé meilleure auteure que moi :p
- JunkieWoman : Une review pareille, ça mérite un bisou.
Allez, place au chapitre ! Bonne lecture !
Chapitre 28
Dans la vie d'Anna, une petite routine commentait à s'installer. Mais ce n'était pas une du genre désagréable ou ennuyeuse, ce qu'elle aurait eu du mal à supporter, plutôt une qui lui donnait l'envie et l'énergie de se lever chaque matin.
La première chose qu'elle faisait au réveil était d'envoyer un message à Elsa. Une fois au lycée, elle se concentrait dans les matières principales et travaillait avec sérieux, autorisant son esprit à se relâcher uniquement en langues, en sport et en philo. A midi, elle se détendait avec ses amis, ne parlant à personne de sa vie amoureuse. Seule Mérida était au courant qu'elle sortait avec une fille, et elle avait fini, après d'âpres tentatives de négociations, à promettre de garder son secret. Mérida n'en voyait pas l'intérêt, et ça l'agaçait visiblement beaucoup de voir que la copine d'Anna ne voulait même pas assumer. Quand à Kristoff, il se satisfaisait de la voir heureuse, et il n'essayait pas, contrairement à la grande rousse, d'en apprendre davantage. Le soir, elle travaillait ses cours, jouait à la console (mais beaucoup moins souvent qu'en classe de première), aidait ses parents à faire la cuisine et, occasionnellement, conversait par sms avec Elsa.
Elle aurait bien aimé la voir, lui avait-elle dit, mais Olaf hébergeait quelqu'un à la maison cette semaine, et elle ne le connaissait pas assez pour lui faire confiance. Son appartement étant le seul lieu où elles pouvaient se retrouver sans risque, Anna n'avait pas d'autre choix que d'attendre, et de se contenter de sourires, quand personne ne la regardait, pendant ses cours de maths.
Mais Anna commença à réaliser que lorsqu'il s'agissait d'elle, Elsa avait beaucoup moins de patience et de retenue que pour tout le reste. L'adolescente s'était résignée à ne pas voir sa petite amie pendant toute la semaine, mais au beau milieu du cours de SVT, jeudi après midi, la lycéenne sentit dans la poche de sa blouse son téléphone se mettre tout doucement à vibrer. « Veux-tu prendre un café avec moi après les cours ? » Le temps qu'elle lise le message, et un second était déjà arrivé. « Enfin quand je dis café, je pense surtout à une bonne pâtisserie :) ».
Attendre toute une semaine, non mais quelle idée.
Anna était née à Arendelle. Elle pensait connaître sa ville comme le fond de sa poche, mais Elsa, qui n'était là que depuis septembre, l'avait conduite dans un endroit dont elle n'avait jamais entendu parler, et qui lui servit le pain d'épices le plus délicieux qu'elle ait jamais mangé de toute sa vie.
Elles étaient dans une petite rue calme un peu à l'écart du centre ville, et pour plus de tranquillité, elles s'étaient réfugiées à l'étage du café, et personne ne les avait dérangées. Il pleuvait un peu, et par la fenêtre, Anna n'avait vu que deux ou trois piétons passer, cachés sous leurs parapluies.
Elles n'attirèrent pas non plus l'attention à l'intérieur, car elles avaient passé tout leur temps à parler de la dernière énigme mathématique qu'Elsa lui avait soumise, et qu'Anna n'avait toujours pas résolue. Quand elle parlait de maths, Elsa était passionnée, et plus d'une fois, la lycéenne se retrouva à la dévorer des yeux. Elle sentait une profonde complicité naître entre elles, effaçant petit à petit, rendez-vous après rendez-vous, la gêne qu'elles avaient ressenti les premières fois.
Au final, seul le baiser qu'elles échangèrent au moment de se séparer trahissait la nature de leur relation.
Elles se promirent de se revoir à nouveau très bientôt (mon dieu qu'elle était accro !) puis Anna se leva. Elles avaient décidé de partir séparément, pour plus de sécurité. L'adolescente enfila son blouson, et se pencha pour déposer un dernier baiser sur le front d'Elsa. Ses cheveux étaient couverts par la casquette Gavroche qu'elle portait déjà la dernière fois au pub, et qui lui donnait un air définitivement charmant.
Enfin, avec un ultime sourire et geste de la main, elle descendit dans les escaliers et sortit du café. Une fois dans la rue, elle se retourna et regarda la fenêtre. Elsa était toujours assise à la table, et depuis sa position, Anna devinait le sourire qui étirait ses lèvres.
Tendant la main, elle lui souffla un baiser.
Puis elle entendit quelqu'un l'appeler par son nom.
La jeune fille se figea en reconnaissant la voix qui venait de résonner dans la petite rue. En une seconde, son ex-petit ami avait traversé le trottoir et se tenait maintenant droit devant elle. Beaucoup trop près à son goût.
- Hans, le salua-t-elle d'un ton qui n'était ni froid ni dédaigneux.
Il ne répondit pas. Ce n'était pas la première fois qu'il était en colère, mais pour la première fois, elle voyait de la haine brûler dans ses yeux. Elle mordilla ses lèvres, se demandant s'il était légitime pour elle d'avoir peur de lui.
- Qu'est-ce que tu foutais ? cracha-t-il.
Anna risqua un coup d'oeil vers la fenêtre. D'ici, elle voyait les yeux écarquillés d'Elsa - qui disparut presque immédiatement.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ? répondit-elle.
- C'était une nana ! Je me suis pas trompé, c'était bien une nana ! T'embrassais une meuf – putain, tu sors avec une meuf !
L'adolescente avala douloureusement sa salive. Il était inutile de démentir. S'il l'avait vue embrasser Elsa, même à l'étage, même à travers la fenêtre, même avec sa casquette cachant ses cheveux, elle ne pouvait pas lui faire croire qu'il s'agissait d'un garçon.
Mais avait-il reconnu l'enseignante ? Non, sinon il l'aurait déjà dit. Il ne sait pas que c'est Elsa. Elle se mordit nerveusement les lèvres, presque au point d'avoir mal. Elle espérait vivement qu'Elsa ait reconnu Hans par la fenêtre, et qu'elle ne s'apprêtait pas à descendre sauver sa demoiselle en détresse, sinon elles allaient être sérieusement dans la merde.
Carrant les épaules, elle repoussa Hans. Elle n'avait certainement pas l'intention de se laisser faire.
- Oui, et alors ? répliqua-t-elle en levant fièrement le menton. Ca ne te regarde pas.
- Si, ça me regarde. Putain mais bien sûr que ça me regarde ! Tu m'as trompé avec une meuf !
Wait, WHAT ?
- Je ne t'ai pas trompée, corrigea-t-elle en croisant les bras devant sa poitrine. On est en février, et on a rompu en novembre. Le vent a tourné depuis. Et puis, qu'est-ce que ça peut bien te faire, que je sois maintenant avec une fille ou avec un garçon ? Je ne t'appartiens pas, je te signale.
- J'arrive pas à y croire ! s'exclama le garçon en levant les bras, un mélange de colère et de désespoir dans la voix. Tu m'as trompé avec une fille !
- Mais c'est pas vrai, putain ! s'exclama la petite rousse en serrant les poings, les joues rosies par la colère qui l'envahissait. Je ne suis sortie avec personne quand j'étais avec toi, je n'avais envie de sortir avec personne d'autre !
- Alors ça fait combien de temps que tu te tapes ta pouffe ? siffla-t-il entre ses dents.
L'insulte envers Elsa fit bouillir le sang dans ses veines, et elle leva la main comme pour le gifler.
- Tu veux que je t'apprenne la politesse ?
- Tu crois que tu me fais peur, peut-être ?
D'un geste, il attrapa son bras levé et le tordit, pendant qu'il enfonçait brutalement son autre main dans la poche de la veste d'Anna. Une exclamation victorieuse s'échappa de ses lèvres quand il en extirpa son téléphone.
Les yeux d'Anna s'écarquillèrent lorsqu'elle vit son portable dans les mains de son ex. Oh non. Non, pas ça, pas ça !
- Rends-moi ça tout de suite ! glapit-elle, d'une voix rendue aiguë par la soudaine panique qui l'envahissait.
- Une fois que j'aurai regardé qui c'est, cette pute.
Anna se débattit avec l'énergie du désespoir et de la colère et essaya de reprendre l'appareil tout en l'abreuvant d'insultes qui auraient impressionné Mérida, mais il la repoussa avec force et elle se cogna contre le mur. Il était beaucoup plus costaud qu'elle, et même s'il ne la tenait que d'un bras, elle n'arrivait pas à se dégager.
- La vache, tu lui en as écrit un paquet ! Putain, tu ne m'as jamais dit des choses comme ça, à moi.
- RENDS-MOI MON TELEPHONE, HANS !
Elle lui marcha sur le pied et lui pressa le bras en enfonçant ses ongles dans sa chair, réussissant à lui faire quitter l'écran des yeux et à libérer son bras droit. Il leva la main, mettant l'appareil hors de portée d'Anna, qui devenait de plus en plus agitée et nerveuse. Oh putain oh putain faites qu'il n'ait rien vu faites qu'il n'ait rien vu !
- Vous avez un problème ? demanda une voix grave.
Anna fit volte-face, les mains toujours agrippées au col du blouson de Hans. C'était le grand black qu'elle avait vu dans le café tout à l'heure, et qui lui avait souri derrière son journal quand elle était descendue. Elle lui lança un regard plein d'espoir, et avec un hochement de tête à son SOS silencieux, il sortit de la poche de sa veste une plaque de policier, qu'il plaqua devant les yeux de Hans. Il n'y avait plus de trace de sourire sur ses lèvres brunes.
Oh merci mon dieu, c'est la cavalerie !
- Jeune homme, veuillez rendre tout de suite ce téléphone à cette demoiselle.
- Je ne fais rien d'mal monsieur, répondit Hans d'une voix de gamin qui fit frémir l'adolescente de colère. C'est ma copine, c'est juste pour l'embêter.
- Je-ne-suis-pas-ta-copine, répliqua fermement Anna. Rends moi mon téléphone !
- Faites-le tout de suite, ordonna l'homme.
Il tendit le bras et lui rendit son téléphone de mauvaise grâce. Elle y jeta un bref coup d'oeil : aucun des messages qu'il avait ouvert ne grillaient, dieu merci, l'identité d'Elsa.
- Elle m'a trompé avec une fille ! s'exclama-t-il.
Le flic fronça les sourcils et Anna se tendit. Est-ce qu'une solidarité masculine minable allait le conduire à se ranger du côté de Hans juste à cause de ça ?
- C'est faux, grogna-t-elle avec irritation.
- Et quand bien même ce serait vrai, cela ne justifierait aucunement les violences que vous pourriez être amenés à lui commettre.
- J'veux pas commettre de violence, j'veux juste savoir qui est la pétasse avec qui elle a couché, siffla-t-il entre ses dents.
- Je ne t'ai pas trompé avec une fille, alors arrête tes conneries.
Hé oh monsieur le policier, ce serait peut-être le moment pour lui mettre les menottes et l'éloigner de moi, non ?
Hans leva le menton et ses muscles se tendirent, mais avant même qu'il fasse le moindre mouvement en direction de son ex petite amie, le flic tendit le bras et le repoussa d'un coup sec et ferme au milieu de la poitrine.
- Bon, ça suffit comme ça. Jeune homme, je vais vous demander de partir.
- Mais m'sieur, on est en train de discuter là !
- Toi tu vas m'écouter, dit l'homme d'un ton autoritaire en écartant Anna pour se mettre face à Hans, les poings sur les hanches. Cette jeune femme n'a pas l'air d'être en train de discuter. Tout ce que j'ai vu, c'est que tu étais en train d'essayer de lui piquer son téléphone, et maintenant tu l'insultes. Alors soit tu te casse tout de suite pendant que je la raccompagne, soit je t'embarque, et on verra comment tu comptes te sortir de là.
Hans grinça des dents, serra les poings, et après un dernier coup d'oeil mauvais en direction de la rousse, il partit en relevant la tête, essayant de se donner une apparence digne mais sans grand succès. Quand il se retourna, Anna put sentir dans son regard toute l'animosité qu'il lui portait. Mais comment avait-elle pu sortir avec un type pareil ? Ouais, t'aurais mieux fait d'être malade ce jour-là.
- Ca ira mademoiselle ? Vous voulez que je vous raccompagne quelque part ?
- J'ai mon scooter garé dans la rue d'à-côté, répondit-elle simplement.
Elle leva la tête vers la fenêtre, mais Elsa avait disparu de son champ de vision. Elle hésita à retourner dans le café, mais songea qu'il valait mieux qu'elle s'en aille et qu'elles se retrouvent plus tard, dans un endroit sûr.
Le policier resta avec elle jusqu'à ce qu'elle atteigne son scooter, attaché à un arceau pour vélo. Elle sortit ses clefs de sa poche, ôta son antivol et récupéra son casque.
- Merci monsieur, dit-elle avec reconnaissance.
- N'hésitez pas à le dire, si jamais il y a un problème. N'attendez pas qu'il se passe quelque chose de grave.
- D'accord. Je le ferai. Merci.
Juste avant de démarrer, elle regarda son téléphone. Elsa venait à l'instant de lui envoyer un message. « J'ai tout vu. Tu vas bien ? Il ne t'a pas fait mal ? Rentre chez toi, je t'appellerai. »
Anna enfila son casque et ses gants, mit le contact, et prit la fuite – car c'était le sentiment qu'elle avait.
- Je t'assure, il ne sait pas que c'est toi, dit Anna au téléphone. Je n'ai pas fait la bêtise de mettre ton nom en contact, et il n'a rien lu de... compromettant.
- Tu penses qu'il te suit ? demanda l'enseignante d'une voix inquiète.
- Non ! Hans n'est pas... il n'est pas...
Son ton rassurant faiblit. C'est dingue, après tout ce qu'il s'était passé, et son comportement depuis plusieurs mois, elle s'évertuait toujours à le défendre. Non, plus maintenant. Il avait franchi la limite du tolérable, et elle ne pouvait plus l'accepter.
Anna se pinça l'arête du nez. Hans l'avait-il suivie ? Elle ne pouvait plus négliger cette hypothèse.
- Je vais faire attention, reprit-elle d'une voix plus mesurée.
- On faisait déjà attention, répondit sèchement Elsa.
La gorge d'Anna se noua.
- Désolée... murmura-t-elle.
- Pardon, dit l'enseignante d'une voix plus douce. Ce n'était pas ta faute. C'est plutôt à moi de m'excuser. Il aurait pu te faire du mal, et je suis restée à l'intérieur sans rien oser faire. Je t'ai laissée toute seule. Je suis désolée, Anna.
Anna aurait donné n'importe quoi en cet instant pour serrer très fort Elsa contre elle.
- Tu as bien fait, l'assura l'adolescente. De rester cachée, je veux dire. Il m'avait vue t'embrasser, t'imagines s'il t'avait reconnue ?
Il y eut un bruit semblable à un sanglot, de l'autre côté du téléphone, et Anna regretta immédiatement les mots qu'elle venait de prononcer. Oui, évidemment, Elsa ne l'imaginait que trop bien.
- Je n'aurais jamais dû te donner rendez-vous ici, murmura l'enseignante. J'aimerais tellement - je donnerais n'importe quoi pour avoir une relation au grand jour avec toi, et je... je ne peux pas. Si jamais on l'apprenait... ça - ça détruirait ma vie.
- Tu crois que j'aurais dû mentir, lui dire que c'est faux ? demanda Anna après un instant de silence.
- Non, il ne t'aurait pas cru. Heureusement, tes amis pourront te couvrir, au lycée.
- Oui, enfin il n'y a que Mérida qui sait que je sors avec une fille, l'interrompit Anna.
- Donc si ça se sait, reprit Elsa, tu auras au moins Mérida pour te défendre. Car ça va se savoir, bien sûr. Ne t'attend pas à ce qu'il garde le secret. Méfie-toi de lui. Pour le moment, il n'y a que toi qui es menacée.
- Oh, menacée, on ne va pas me pendre parce que je sors avec une fille. Tant qu'on ne sait pas que cette fille est la prof qui me met les meilleures notes.
Anna pouvait presque sentir le sourire de sa petite amie à travers le téléphone.
- Toujours amplement méritées, ne put s'empêcher d'ajouter Elsa. Tu vas lui dire quoi alors ? Essayer de le convaincre de la boucler ? Comment comptes-tu réagir si demain tout le monde est au courant ?
- J'en sais rien, avoua Anna. Si on me pose la question... s'il fait son connard et le raconte à tout le lycée... je l'assumerai, je pense. Je ne vais pas me cacher.
- Tu vas vraiment prendre ce risque ? demanda la blonde avec inquiétude.
- Quel risque ? Personne ne sait que c'est toi ! s'exclama l'adolescente. Il m'a vue avec une fille, je n'ai pas l'intention de nier ou de lui mentir ! En plus je parie qu'il y aura plus de gens de mon côté que du sien.
- Tu crois ça ? Etre out à l'école, c'est pas une partie de plaisir !
- Ouais, et j'imagine que c'est pareil quand on est adulte, alors autant m'y habituer ! répondit Anna presque en criant.
Elsa resta silencieuse si longtemps qu'Anna crut qu'elle avait raccroché. Elle se mordilla les lèvres, regrettant maintenant d'avoir élevé la voix.
- Tu sais, dit finalement Elsa, je ne pourrai pas vraiment t'aider si les choses tournent mal.
- T'inquiète, répondit la rousse avec assurance. J'aurai Mérida et Kristoff.
- Si ça devient difficile, dis-le à Mme Gerda. Elle, elle prendra ta défense.
- ANNA, À TABLE !
L'appel de sa mère prit l'adolescente par surprise, et elle se rappela qu'elle n'était pas avec Elsa, mais simplement dans sa chambre. Elle éloigna le téléphone de sa bouche et entrouvrit la porte.
- J'arrive ! cria-t-elle en passant la tête dans l'entrebâillement.
Elle reprit son portable après avoir refermé la porte.
- Désolée. Je vais devoir y aller. On verra au lycée, d'accord ?
- Attends, Anna !
La lycéenne avait déjà éloigné le portable de son oreille et s'apprêtait à raccrocher quand elle entendit la voix d'Elsa.
- Oui ?
- Je t'aime.
- … moi aussi je t'aime, Elsa.
Anna s'endormit difficilement. Elle était n'était pas effrayée : elle était en colère. Les mots de Hans revenaient la hanter, et elle regrettait de n'avoir eu de meilleures répliques à lui lancer. Mérida, elle, aurait su trouver les mots parfaits pour le mettre plus bas que terre.
Elsa était effrayée, par contre. Cette pensée ne fit que l'énerver davantage. Il avait fait peur à Elsa, cet enfoiré. Allait-elle trouver tout ça trop dangereux finalement, et lui interdir de la revoir ? Inutile d'espérer de la témérité, songea-t-elle amèrement.
Son ventre tremblotait - c'était l'incertitude. Les intentions de Hans étaient encore floues, et d'elles dépendraient les décisions d'Elsa. Supporterait-elle de ne plus la voir jusqu'au mois de juin, si elle le lui demandait ? Rien qu'à l'idée, elle en tremblait.
Elle repensa à ce que sa prof lui avait dit, sur le fait d'assumer. Est-ce que ça poserait réellement un problème ? Les mentalités avaient quand même pas mal changé ces dernières années, y aurait-il vraiment des élèves qui s'en prendrait à elle si elle révélait sa sexualité ? Est-ce que ça avait été difficile pour Elsa, quand elle était adolescente ? L'avait-elle dit, avait-elle fait son coming-out au lycée ?
Allongée sur son lit, Anna essaya d'imaginer sa petite amie version adolescente. De visualiser à travers ses yeux clos une Elsa de 15 ou 16 ans.
Elle se représenta une jeune fille mince au teint pâle, avec des cheveux un peu moins longs, et des joues encore rondes. Probablement en jean et en baskets, sans maquillage ni fringues à la mode. Elle ne l'imaginait pas cool et populaire. Ce n'était pas le même genre de blonde que Rapunzel. Au contraire, Elsa avait sûrement été membre du club d'échecs, et elle la voyait bien jouer à Dungeons & Dragons, avec Olaf et d'autres geeks à lunettes, pendant les heures de permanence.
Elle imagina une fille comme ça faire son coming-out au lycée. Et des garçons comme Hans, Adam, Cédric ou Peter se moquer d'elle, lui voler sa trousse, faire tomber ses classeurs, lui lancer des boulettes ou des cartouches en classe... Oui, les choses pouvaient s'être passées comme ça. Ou pire. Elle a perdu ses parents en classe de Première, ou en Seconde... Elle rajouta mentalement à son Elsa adolescente, asociale et solitaire, un épais masque de tristesse.
Oh Elsa, qui prenait soin de toi à ce moment-là ?
En arrivant au lycée le lendemain matin, Anna se sentait comme Harry Potter descendant dans la salle commune après avoir fait perdre à Gryffondor plusieurs centaines de points dans la nuit.
Où qu'elle soit - sous le préau, dans le hall ou près des casiers - elle avait l'impression de voir des têtes se tourner sur son passage, et les murmures des conversations lui semblaient plus intimidants que d'ordinaire. Elle regarda à gauche et à droite à la recherche d'un visage amical, puis fendit la masse d'élèves pour aller jusqu'à Alice, qu'elle venait d'apercevoir au bout de la cour. Soudain, on la tira par l'épaule. Elle se retourna brusquement, prête à réagit. C'était Mérida, et ses muscles se détendirent.
Sans un mot, l'archère l'attrapa par le bras et lui fit signe de la suivre. Une fois arrivée dans un lieu désert – en l'occurrence un recoin derrière des escaliers du premier étage – Mérida jeta son sac au sol et s'assit contre le mur.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle de but en blanc.
- Quoi ? demanda Anna d'un ton interrogateur, redoutant par avance ce qu'elle allait découvrir.
- La rumeur court depuis ce matin que tu es devenue lesbienne.
Anna relâcha un soupir exaspéré et s'assit à côté de son amie.
- Putain, il n'aura pas attendu longtemps...
- Qui ça ?
- Hans, évidemment !
- Quel connard ! Et il a balancé ça comme ça, sans savoir qu'il allait faire mouche ?
- Pas vraiment, non. Il... il m'a vue en train de l'embrasser, expliqua-t-elle, un peu embarrassée et les joues roses. Dans un café. Il nous a vues par la fenêtre.
- Rhah, merde. Hé, il ne t'a pas emmerdé, j'espère !
Anna hésita avant de répondre. Elle savait que la réponse allait faire fumer les oreilles de son amie.
- Bin... il a essayé de me piquer mon portable pour lire mes messages... J'ai pu m'en sortir grâce à un flic cool qui était dans le coin.
Comme attendu, les poings de la grande rousse se serrèrent. Si elle lui avait tout raconté en détails, comment le garçon l'avait plaquée contre un mur et lui avait tordu le bras, elle serait sûrement déjà partie en courant pour aller le fracasser.
- Je te jure qu'il va finir par s'en prendre une. Tu vas faire quoi ? Prétendre qu'il raconte n'importe quoi ?
- Non, répondit Anna.
- T'es sûre ?
- Qu'est-ce que je risque ? D'être le centre d'attention pendant trois jours ?
- Mais... et les profs...
- Quoi, les profs ? Je vais pas avoir un gros réac' du siècle dernier qui divisera mes notes par deux sous prétexte que je ne suis pas une honnête hétérosexuelle ! Quoique, ce serait bien le genre de Weselton de faire ça...
Les deux ados retrouvèrent Tiana devant la porte de la salle de physique. Deux de ses camarades de classe, pas très loin dans le couloir, pouffèrent de rire en la voyant. Elle haussa un sourcil dédaigneux, et détourna le regard. Comme si ces deux imbéciles méritaient une seule miette de son attention !
- Hé, broute-minou !
Elle se retourna immédiatement, oubliant déjà sa décision de les ignorer. Oriane, une fille qu'elle n'avait jamais appréciée, avait rejoint les deux idiots, et quand Anna les regarda, tous trois placèrent leur index et leur majeur en V devant leur bouche, et agitèrent leur langue entre leurs doigts.
- Charmant... murmura-t-elle.
- Grandissez un peu, putain ! s'exclama Mérida avec colère. On n'est plus au collège, fermez vos gueules et fichez-lui la paix !
- C'est toi qu'elle lèche le soir ? demanda Oriane à Mérida avec une grimace dégoûtée.
- Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans ta gueule ?
La petite rousse posa une main sur l'épaule de sa meilleure amie.
- Laisse tomber Mérida, dit Anna d'une voix lasse. J'ai pas de temps à perdre avec ces demeurés.
- C'est moi que tu traites de demeuré ? s'écria l'un des deux garçons.
- Brillante déduction, répliqua l'archère.
Les grimaces sur leur visages manquaient sérieusement de traces d'intelligence, et Anna se demanda comment ils avaient fait pour arriver jusqu'en Terminale.
- Je peux savoir de quoi vous parlez ? demanda Tiana en tirant Anna par le bras.
- Quoi Tiana ! Ne me dis quand même pas que t'es pas au courant ! s'exclama Oriane, moqueuse.
- Au courant de quoi ?
- Qu'Anna est lesbienne ! expliqua-t-elle, visiblement très fière d'être celle qui l'annonçait à une des plus proches amies d'Anna.
- N'importe quoi, répliqua Tiana d'un ton dédaigneux.
- Hans l'a vue ventousée à la bouche d'une autre meuf, dit l'un des garçons avec un sourire goguenard.
- Je te raconterai, dit Anna en regardant la brune dans les yeux.
- Ouais, et n'oublie pas de nous balancer les détails !
Etait-il humainement possible d'être aussi con ?
Le reste de la classe les rejoignit petit à petit, et Oriane et les deux crétins la laissèrent tranquille tandis qu'ils entraient dans la salle de physique. Elle refusa de répondre aux questions insistantes et inquiètes de Tiana, mais pendant la pause qui séparait les TP de physique et de SVT, elle les entraîna, elle et Mérida, dans un couloir désert.
Tiana était visiblement convaincue que la rumeur avait un gros fond de vérité, car la première question fusa sitôt qu'elles furent seules.
- Bon cette fille, c'est qui ? On la connaît ?
- Non, répondit Anna.
- Alors tu l'as dénichée où ?
- C'est une membre de mon forum de FF, répondit Anna.
Elle avait consacré une partie de son cours à préparer sa série de mensonges, afin d'avoir l'air le plus crédible possible, et d'éviter les suspicions.
- Okay... et cette histoire de baiser, alors ?
- Hans m'a reconnue alors que j'étais avec elle dans un café... et qu'on s'embrassait.
La moitié du monde avait beau déjà être au courant, elle ressentit dans son ventre une étrange sensation, à mi-chemin entre la peur et le stress, tandis qu'elle poursuivait son récit. Etait-ce donc ça, faire son coming-out ? Et est-ce que ça serait pire quand elle raconterait tout à ses parents ? Forcément...
- Et elle s'appelle comment ?
- Trinity, répondit-elle. C'est son pseudo.
Confiance en Tiana ou pas, elle ne pouvait pas prendre le risque de trop en révéler. Elle avait choisi de reprendre le surnom de la fille avec qui elle discutait de temps en temps sur Internet. Sur le coup, l'idée lui avait semblé bonne, mais elle se demandait maintenant si elle n'aurait pas mieux fait d'inventer n'importe quel prénom.
- Mais son prénom, c'est quoi ? insista Tiana.
- Je ne sais pas, avoua Anna. Elle a dû me le dire un jour, on se connait depuis longtemps, mais je n'ai pas osé lui redemander hier.
Dans le dos de Tiana, Mérida commençait à froncer les sourcils.
- Et ce baiser, c'était prévu ?
- J'en sais rien ! s'exclama la matheuse, d'un ton un peu trop passionné. Non, c'était la première fois qu'on se rencontrait IRL, je ne pouvais pas prévoir ce qui allait se passer !
Cette fois, Mérida avait carrément croisé les bras sur sa poitrine, avec un air de « on ne me le fait pas à moi ». S'il te plaît, ne dis rien, ne dis rien...
- Et ça t'a fait quoi ? Tu as aimé ?
- L'embrasser ? Oui, je crois. Elle est jolie, elle est sympa, et elle embrasse vachement mieux que Hans.
Tiana éclata de rire, et Mérida quitta son air crispé pour se joindre à son hilarité.
Anna s'était attendue à une confrontation directe, avec la tête à claques qui lui servait malheureusement d'ex, mais comme ils n'étaient pas dans le même groupe de TP, elle avait réussi à l'éviter, tandis qu'autour d'eux, toute la classe était désormais au courant. Deux filles de Première qu'elle ne connaissait même pas lui lancèrent un regard salement méprisant quand elle entra dans les toilettes des filles.
Les élèves de Terminale ES avaient eu vent de l'histoire eux aussi, car sitôt la fin de la matinée annoncée, Rapunzel et Kristoff vinrent les rejoindre au réfectoire, visiblement impatients d'obtenir un récit de première main.
- Alors ? demanda immédiatement la blonde en posant son plateau devant Anna.
- Alors quoi ? répliqua Anna, qui commençait à en avoir sacrément marre.
- Hans dit de la merde et je lui en mets une, ou il dit vrai et c'est à toi que j'en mets une ?
- Pourquoi ? T'as un problème avec ça, toi aussi ? lança Anna d'un ton de défi.
Elle n'avait pas oublié les remarques de son « amie » concernant Mulan, les fringues de Mérida, ou son prétendu radar.
- C'est vrai ou pas ? insista Rapunzel, sans avoir remarqué l'exaspération d'Anna.
- Oui c'est vrai ! cria la petite rousse. Oui j'ai embrassé une fille, oui Hans m'a vue, oui j'ai aimé ça, et oui je vous emmerde !
Plusieurs têtes se tournèrent vers elle, et les joues d'Anna s'enflammèrent quand elle réalisa qu'elle était au centre de l'attention générale.
- Calme-toi Anna, dit doucement Kristoff dans son oreille, en passant un bras réconfortant autour de ses épaules.
- Et pourquoi je l'apprends de tout le monde, et pas par toi ? Les sms ça existe, hein !
- Rap', c'est pas le moment de faire ta pote jalouse, intervint Tiana. Moi non plus j'étais pas au courant. Et c'est normal, parce qu'avant ça il n'y avait rien.
Tiana répéta à Rapunzel l'histoire inventée par Anna, et la blonde, loin d'être gênée par l'aventure, sembla plutôt déçue qu'il n'y ait rien de plus croustillant à savoir.
- Tu vois, tu as fini par l'embrasser, la fille de tes rêves, murmura Kristoff à son oreille. Je suis content pour toi.
Anna se blottit contre son meilleur ami, qui reposa son menton sur le sommet de son crâne.
- Il serait temps d'aller faire réparer ton radar, lança Anna d'un ton grognon à Rapunzel.
- Quel radar ? demanda Tiana.
- Rapunzel m'a dit un jour qu'elle avait un détecteur de gays infaillible. Moi je le trouve quand même sacrément merdique.
Echangeant un regard complice, Mérida et Kristoff éclatèrent tous deux de rire.
A cet instant, Alice arriva dans leur direction avec un air exaspéré qui n'était pas dans ses habitudes.
- Il casse les pieds, ton Hans, s'exclama-t-elle en lâchant lourdement son plateau sur la table.
- Mon Hans ? s'étrangla Anna.
- Qu'est-ce qu'il a fait, ce con ? demanda Tiana, en ignorant les glapissements indignés de la petite rousse.
- Il vient de me cuisiner pendant cinq minutes pour savoir si c'était moi que tu as embrassée.
- Quoi ? s'exclama tout le groupe à l'unisson.
- Non mais il va se calmer ! s'emporta Anna.
- Et pourquoi il t'a demandé ça à toi ? demanda Tiana. Il ne m'a rien dit, ni à Rapunzel.
- Sûrement parce que vous êtes trop hétéros toutes les deux, dit Mérida avec un petit sourire amusé.
- Et moi pas, c'est ça ? dit Alice en haussant les sourcils. Ton raisonnement ne tient pas, puisqu'il ne t'a rien dit.
- A mon avis, dit Anna, Hans a bien trop peur de Mérida pour oser l'approcher.
- Et puis franchement, ajouta Tiana, si Mérida sortait avec toi, il y a bien longtemps qu'elle l'aurait crié sur tous les toits !
Alice et Anna pouffèrent de rire, mais Mérida croisa les bras sur sa poitrine.
- Et ça veut dire quoi, ça ?
...
Heu... pataper ?
...
(Quelle idée aussi de se voir dans un café)
...
(En plus j'y suis pour rien)
...
...
(Yanitsuki, si tu as cru mourir quand la porte de la chambre ne s'ouvrait pas au chapitre précédent, je suis curieuse de voir comment tu as réagi ^^)
A mercredi prochain pour savoir ce qu'il va se passer maintenant.
Soyez gentils dans les commentaires, siouplé :p
Ankou
