Chers lecteurs,
J'ai réalisé il y a peu qu'il y a 15 ans, à quelques jours près, je lisais Harry Potter pour la toute première fois. Ce crétin de balafré est là depuis plus de la moitié de ma vie et ses aventures ne cessent de me faire rêver.
Voila, c'était l'instant nostalgie.
Merci à tous ceux qui ont laissé un petit (ou un grand) mot, un compliment, un encouragement. J'ai encore quelques chapitres d'avance, mais le boulot ne me laisse pas beaucoup de temps pour écrire, et j'aime encore bien lire et bricoler pendant mon temps libre.
J'ai finalement pas eu trop de menaces. Vos reviews ont encore une fois été très agréables, et motivantes à lire, et je vais essayer de répondre et commenter quelques uns de vos messages sans rien gâcher de la suite à venir.
- Comment ose-je faire ça ? C'est facile, en fait, et au fond de vous, vous êtes bien content(e)s qu'il leur arrive des horreurs. Je savais bien que la plupart d'entre vous n'êtes que des sadiques ^^
- Une triangulaire avec Mérida pour sauver les fesses d'Elsa ? Y'a de l'idée :p Réponse dans le chapitre 34 (un de mes préférés jusqu'à présent).
- Anna a-t-elle conscience de ce qu'elle fait 'subir' à Elsa ? Oui ! Définitivement oui ! A-t-elle envie d'aller 'plus loin' avec Elsa (vu que ça ne la branchait pas des masses avec Hans) : Encore oui ! Elle le mentionne quelques chapitres plus tôt (22 ou 23, de mémoire...), j'avais écrit une discussion à ce sujet avec Trinity, qui aurait dû se trouver dans le chapitre 28, mais je l'ai supprimée finalement (scène au cours de laquelle Anna commençait à réaliser qu'Elsa faisait exprès à chaque fois de trouve un prétexte pour les arrêter).
- Qu'a dit Hans à Mérida ? Allez, vous avez bien des idées ! Qu'est-ce qui aurait pu lui faire perdre à ce point son sang-froid ? J'offre un jogging Fila à celui/celle qui aura l'idée la plus proche :D
- Ai-je voulu rendre Hans plus sympathique ? Plus sympa non, mais définitivement plus humain. C'est un ado avec des sentiments, des états d'âme, de la jalousie et un cœur brisé, contrairement au vilain manipulateur du dessin animé.
- Hans a-t-il vu Anna et Elsa ensemble ? Non, il ne fait que le déduire, vu qu'il voit Anna rentrer dans l'immeuble où visiblement habite Elsa.
- Anna va-t-elle utiliser le prétexte du baby-sitting pour s'échapper ? Je vous laisse découvrir cette réponse en lisant le chapitre 30 :)
Bonne lecture à tous !
Chapitre 30
Alertée par le bruit caractéristique d'un scooter démarrant en trombe, Anna jeta un coup d'oeil par la fenêtre. Son vespa était toujours attaché à son poteau habituel, et elle se détendit. Elle sourit à la voiture bleue garée à quelques mètres de son scooter, comme s'il s'agissait de sa propriétaire, qui n'était que deux étages plus haut.
- Anna, dis, tu viens ?
- Ouais, répondit-elle sans bouger, les yeux toujours rivés sur la petite voiture. Oui, j'arrive, Margot.
Faire du baby-sitting ne fut pas une mince affaire, ce mardi là. La réunion de Mme Bulda avait duré super longtemps, mordant sur l'heure où elle faisait dîner ses enfants, et Anna, n'ayant reçu aucune instruction, ne savait pas si elle devait leur faire à manger ou attendre son arrivée. Résultat des courses, les petits affamés n'avaient cessé de lui réclamer des bonbons, du pain ou des gâteaux, rendant la dernière heure de garde difficile à supporter.
En plus de ça, quand elle avait enfin pu s'échapper pour monter chez Elsa, elle n'avait même pas encore enlevé ses chaussures que sa mère l'appelait déjà, lui demandant où elle était, quand elle rentrerait, précisant que le dîner était presque prêt et que ce serait une bonne chose si elle pouvait se dépêcher. L'adolescente réussit finalement à grappiller quelques instants à passer avec sa petite amie, en disant à sa mère que Mme Bulda n'était toujours pas rentrée.
Elle rangea son portable et regarda Elsa avec une moue désolée.
Vingt minutes plus tard, elle partait déjà.
- Allez vas-y prends-toi ça !
- Nooon, pas une banane !
- C'est qui l'empafé qui m'a jeté un éclair ?
- HA ! Mérida, c'est toi Peach ? Je t'interdis de me passer devant !
Les mains crispées sur sa console DS, Anna luttait pour maintenir sa place en tête du classement. Kristoff la talonnait de très près, et elle n'avait plus rien pour ralentir son avancée.
De leur petit groupe, seule Rapunzel n'était pas concentrée sur la partie de Mario Kart. Occupée avec un autre écran, elle envoyait depuis le début de la récréation des sms à Eugène, qui avait cours dans un autre bâtiment.
- Salut les losers !
Anna releva la tête et son kart partit dans le décor, permettant à Kristoff de grappiller la première place.
Hans, les mains dans les poches de son blouson blanc, arborait un sourire très, très fier. Anna trouva pourtant qu'il n'avait pas de quoi : son œil était toujours rouge depuis jeudi dernier, et franchement, il n'avait pas l'air malin. Elle décida de l'ignorer, et essaya de rattraper son retard. Elle était désormais huitième, elle avait peu de chances de gagner la course, maintenant. Son record allait en prendre un coup. Fais chier, Hans !
- Hé Anna !
Elle poussa un soupir excédé et leva la tête.
- Quoi ? Qu'est-ce que tu me veux encore ?
- Ca avance, tes cours particuliers de maths ?
Il y avait quelque chose, dans son ton goguenard, qui fit se hérisser les cheveux à la base de la nuque d'Anna. Il sait ! Non, bien sûr que non, c'était une blague, rien de plus. Comment pourrait-il savoir, de toute façon ?
- Ca va très bien, répliqua-t-elle. D'ailleurs si tu veux que je t'en donne, tu n'as qu'à demander, ça ne ferait pas de mal à ta moyenne.
Ses amis, qui avaient eux aussi délaissé la partie de Mario Kart, éclatèrent de rire, et plusieurs élèves de leur classe se joignirent plus ou moins discrètement à leur hilarité.
Mais Hans avait un grand sourire, qui aux yeux d'Anna ne présageait rien de bon.
- Je ne parle pas de ceux que tu donnes, mais de ceux que tu prends.
Le cœur de la petite rousse sauta trois ou quatre battements.
Si, il sait. Merde merde merde. Dis quelque chose. Nie. Raconte un mensonge. DIS QUELQUE CHOSE !
Elle ne prit pas le temps de réfléchir davantage. Elle afficha sur son visage un mélange de mépris et d'incompréhension, tout en espérant que ce masque soit suffisamment crédible. C'était le moment de mettre de côté son honnêteté caractéristique et de jouer un rôle. Elle n'avait pas le droit à l'erreur. Il n'y aurait pas de deuxième prise pour cette scène.
- Qu'est-ce que tu racontes ? demanda-t-elle, sourcils froncés. Je ne prends pas de cours de maths. Excuse-moi de me jeter des fleurs, mais j'en ai pas besoin.
- Ah ouais ? Alors cela signifie que certaines de tes relations dépassent le stade purement professionnel.
Anna haussa les épaules. Hans regarda tout autour de lui, comme pour s'assurer qu'il allait bien être entendu par tous. La lycéenne se retint de trembler. Quoi qu'il dise, elle devait garder son calme, et surtout, surtout ne pas paraître affectée.
- Je veux parler de ta relation, sans doute pas très professionnelle, avec Winter. Madame Winter.
La bombe était tombée. Comment savait-il ça, il serait toujours temps de trouver la réponse à cette question plus tard. Anna serra les dents très fort pour empêcher une quelconque marque de culpabilité d'apparaitre sur son visage. Avec un peu de chance, personne ne le croirait. Avec un peu de chance, tout le monde trouverait ça trop gros, trop improbable. Elle afficha air le plus dédaigneux possible et se leva.
- Franchement Hans, pour le coup t'aurais pu trouver mieux. Maintenant t'arrête tes conneries, parce que balancer une rumeur, ça va bien deux minutes, mais dire un truc pareil, là tu vas vraiment trop loin.
Le garçon s'avança vers Anna. Mérida bondit de sa chaise et se tint debout derrière elle, et Anna lui en fut silencieusement reconnaissante, car Hans s'arrêta d'avancer, comme s'il n'osait pas se tenir plus près.
- C'est pas une rumeur. J'en ai la preuve formelle, affirma-t-il avec un sourire vicieux. Je t'ai vue.
La jeune fille croisa les bras sur sa poitrine. Elle refusait de perdre à ce petit jeu. Ce n'était pas seulement une lutte de pouvoir avec son ex, c'était aussi une question de survie. S'il arrivait quelque chose à Elsa à cause de ce type, elle ne le lui pardonnerait jamais. Et elle ne se le pardonnerait jamais non plus.
- Tu m'as vue ? Tu m'as vue où, quoi et comment ?
- Je t'ai vu aller chez Winter, hier soir !
- Mais tu dérailles ! s'écria-t-elle. Je faisais du baby-sitting hier soir, demande à mes parents ! Demande-leur, au lieu de balancer des conneries aussi grosses que toi !
Anna remarqua qu'un cercle d'élèves commençait à se former autour d'eux. Des Terminales, pour la plupart, mais aussi quelques élèves plus jeunes, qui les regardaient avec curiosité, se repaissant du spectacle.
- T'es en train d'avouer que t'es un gros psychopathe qui suit Anna le soir ou quoi ? dit Mérida, les sourcils froncés en une expression menaçante.
Kristoff se leva à son tour, suivi par Tiana et Rapunzel qui se tinrent de part et d'autre de l'archère.
- Bon écoute Hans, t'es bien gentil, on sait tous que t'as décidé de pourrir la vie d'Anna depuis qu'elle t'a largué, mais là ça commence à bien faire, alors tu lui fous la paix, et tu te calme, OK ?
- Je n'ai pas de comptes à te rendre, lui dit-il. Je sais ce que j'ai vu. Et maintenant je comprends pourquoi Anna a toujours les meilleures notes en maths.
- Tu dis des conneries ! s'insurgea cette fois Tiana. C'était déjà la meilleure l'année dernière, t'es bien placé pour le savoir ! T'es vraiment qu'un...
Anna interrompit la brune d'un geste de la main, et avança d'un pas face à Hans, réduisant drastiquement la distance qui les séparait jusqu'à présent.
Il lui restait un espoir, un mince espoir de s'en sortir. Il venait de dire qu'il l'avait vue entrer chez Winter, pas être avec Winter... Or elle était entrée avant tout pour garder les enfant de Mme Bulda. Autrement dit, elle avait un alibi tout trouvé.
Heureusement que Bulda n'habite pas le même immeuble que Weselton, sinon j'imagine même pas les films qu'il se serait fait...
- Ecoute Hans, tes conneries amusent peut-être tes potes, mais moi elles ne me font pas rire. Choisis n'importe qui, raconte que je sors avec Alice, avec Mérida, ou... ou même avec Rapunzel, tiens. Pourquoi pas, Ok, vas-y, balance cette rumeur. Je m'en fous, elles s'en foutent, ça ne fera marrer que toi et ta bande de débiles. Mais là t'es en train de faire quelque chose de super grave, parce que tu mets en jeu une personne qui est une adulte et une prof, et t'es en train de jouer gros, c'est un peu comme si tu disait qu'elle m'avait agressée, y'a plein de conséquences ! T'as pas pensé à tout ce que tes conneries-là pouvaient entraîner ?
- Parce que c'est pas des conneries et que c'est la vérité ! Assume, plutôt que de me faire passer pour un menteur !
- Putain mais t'es vraiment un demeuré ! T'as rien dans la tête ou quoi ?
Les tempes de Hans devenaient de plus en plus rouges, et son assurance calme et prétentieuse de tout à l'heure s'était depuis longtemps envolée. Il s'énerva soudainement et poussa Anna d'un coup brusque de ses deux mains sur ses clavicules. Surprise, la petite rousse n'eut pas le réflexe de se retenir ni de tendre ses muscles, et s'étala sur le sol.
La situation, qui n'était restée que verbale jusqu'à présent, était en train de dégénérer, elle l'entendait aux cris qui résonnaient tout autour d'elle. Elle attrapa la main tendue de Mérida, presque surprise que son amie soit toujours debout à-côté d'elle, et pas en train de rouer son ex de coups. En se relevant, elle vit que Kristoff le ceinturait en lui maintenant le cou de son bras, et vu l'expression sur le visage de l'archère, le blond empêchait aussi bien Hans de se jeter sur elle que Mérida de se jeter sur Hans.
- QU'EST-CE QU'IL SE PASSE ? s'exclamèrent de concert une voix de femme et une voix d'homme. Bjorgman, lâchez Westergard, TOUT DE SUITE !
C'était madame Gerda, accompagnée par M. Chifu. Merde, pensa Anna. Si les adultes s'en mêlent, ça va partir en sucette...
- Madame, s'exclama Kristoff en couvrant les glapissement de Hans qu'il tenait toujours contre lui. Il vient de frapper Anna, vous l'avez vu !
La femme, qui descendait les escaliers menant vers la salle des profs, ne pouvait certainement pas avoir raté la scène.
- Que se passe-t-il ici ? s'exclama la prof, en entrant dans le cercle des élèves.
Ils formaient un groupe de gladiateurs bien étrange dans cette arène. Il y avait d'un côté Hans, rouge de colère, que ses potes avaient abandonné, et de l'autre Kristoff, calme et stoïque, qui l'avait momentanément relâché, Mérida, dont les tics nerveux prouvaient qu'elle mourrait d'envie de foutre une claque monumentale à cet abruti, et Anna, qui se frottait pitoyablement ses coudes douloureux après avoir cogné le sol.
Gerda réitéra sa question, et le regard dans ses yeux ne montrait aucune patience. Anna réfléchit une fraction de seconde. Le meilleur moyen de prouver à tout le monde que ce que venait de dire Hans n'était que pure mensonge, c'était de ne surtout pas cacher son accusation.
- Hans m'accuse d'avoir une relation avec un prof, répondit-elle en grognant.
Mme Gerda fronça les sourcils.
- Pourquoi tu dis ça, Hans ?
Anna regarda son ex-petit ami. Une autre expression avait remplacé la colère sur ses traits, quelque chose qui s'approchait de l'inquiétude. Tandis qu'elle se mordillait les lèvres, elle comprit. Hans n'avait jamais eu l'intention de la dénoncer à la direction. Il voulait juste utiliser cette découverte comme moyen de pression ou peut-être simplement pour lui faire passer un sale quart d'heure, et il venait de perdre en une seule seconde la maîtrise du jeu.
- Parce que je les ai vues, finit-il par dire. Elle et…
- Et qui ?
Il hésita, mais ne put pas plus qu'Anna résister à l'injonction dans son regard.
- … et Madame Winter.
- QUOI ?! s'exclama une voix.
Anna fit volte-face, en même temps que tout le monde dans le hall. Dans un timing parfait, Elsa descendit à son tour les escaliers. La lycéenne faillit ne pas la reconnaître. Tout son visage débordait d'une colère froide et difficilement contenue qui formait comme une aura dense et glacée tout autour d'elle.
- Madame Winter ! s'exclama alors Mme Gerda. Vous avez entendu ?
- Bien sûr que j'ai entendu. Et j'aimerais bien savoir d'où il sort pareille bêtise !
Le garçon ne répondit pas. Anna jubilait de voir que Hans avait désormais la trouille, face à Elsa. Le masque, sur le visage de sa petite amie, était d'un réalisme impressionnant. Il n'y avait nulle trace de culpabilité ni de peur sur son visage, juste une profonde incrédulité assortie d'une grande fureur. Mais alors qu'elle arrivait dans le hall, le brouhaha des élèves sembla soudain s'intensifier dans le dos d'Anna, et la lycéenne fit volte-face en entendant une autre voix, demander ce qu'il se passait.
C'était Clayton, le proviseur, qui avançait à grandes enjambées dans un costume impeccable avec une cravate bien serrée. Le cœur d'Anna s'accéléra. On ne le voyait pas souvent, en dehors du couloir de l'administration. Est-ce que quelqu'un était allé le prévenir ? Il n'était quand même pas lui aussi arrivé là par hasard. Avaient-ils fait tant de bruit ?
- Madame Gerda, veuillez m'expliquer la raison de cet attroupement.
Sa voix était ferme, autoritaire, et même l'enseignante qui était probablement plus vieille que lui était hésitante à répondre.
- C'est Hans Westergard qui…
Oh merde merde merde... non, non non non, ça ne s'annonce pas bien du tout !
- Oui ? demanda-t-il d'un ton impatient.
- Qui…
Anna vit Elsa s'avancer vers le directeur. La mathématicienne croisa les bras sur sa poitrine, et la lycéenne risqua un regard vers son visage. Elle comprenait pourquoi Hans avait reculé face à elle. Elle était diablement intimidante, et n'avait plus rien à voir avec la jeune fille à peine plus âgée qu'elle qui dormait dans ses bras quelques jours plus tôt. La colère la transfigurait, et Anna se demanda si c'était un moyen pour elle de cacher sa peur. Parce que si elle, Anna, flippait comme une malade, Elsa devait être totalement en panique.
- Pour une raison qui m'échappe, Westergard raconte à qui veut l'entendre que j'ai une relation avec Mlle Andersen.
- C'est n'importe quoi ! ne put s'empêcher de s'exclamer l'adolescente, d'une voix trop, beaucoup trop aiguë à son goût, sans savoir si son intervention la faisait paraître coupable ou innocente.
La sonnerie retentit alors, comme un gong salvateur.
- TOUT LE MONDE RETOURNE EN CLASSE, ordonna Clayton. Tout le monde, sauf vous trois, dit-il en pointant du doigt Anna, Hans et Kristoff. Vous allez venir dans mon bureau. Avec vous Mme Winter, s'il vous plaît. M. Chifu, vous allez informer la classe de Terminale S que leur cours de mathématiques est reporté.
Elsa hocha la tête et prit le chemin menant vers le couloir de l'Administration. Hans et Gerda lui emboîtèrent le pas. Enfin, après un regard qu'elle voulait rassurant en direction de Mérida, Tiana et Rapunzel, Anna rangea sa console dans son sac et partit, Kristoff à ses côtés. En dernier, Clayton fermait la marche.
La vitesse de son rythme cardiaque était démentielle. Elle avait l'impression d'être dans Jumanji, et de sentir dans sa chair les tambours résonner avec un tempo annonciateur de catastrophes.
En chemin, Hans se retourna vers elle. Comment ose-t-il...
Elle avait toujours réussi à trouver plein de raisons à son comportement, même lorsqu'il avait commencé à répandre des rumeurs - vraies - sur son compte. Plutôt que de le détester, elle préférait l'ignorer, jugeant qu'il ne méritait guère que son mépris. Mais en cet instant, elle se mit à le haïr d'une telle force qu'elle aurait pu le broyer entre ses mains. Qu'il l'emmerde elle était sans importance. Mais il était hors de question qu'il s'en prenne à Elsa.
Le proviseur se tenait debout derrière son bureau, les mains appuyées sur la surface laquée. Tout dans son apparence, de sa petite moustache fine et soigneusement peignée, jusqu'au nœud parfait de sa cravate, exsudait l'autorité.
- Bien, dit Clayton d'une voix ferme, lorsque les trois élèves furent enfin assis en face de son bureau. Bjorgman, vous êtes délégué et élu du Conseil de la Vie Lycéenne. Racontez votre version des faits, sans mensonges ni oublis !
L'adolescent s'éclaircit la gorge, et regarda Anna avec une grimace d'excuse. Heureusement pour elle, la vérité était plutôt en sa faveur, alors elle l'écouta avec confiance.
- Et bien, pendant la récré, Hans a... importuné Anna pour se moquer d'elle, en suggérant...
Il déglutit, et regarda les deux enseignantes, debout près de la porte du bureau.
-... en suggérant qu'elle prenait des « cours particuliers » avec sa prof de maths.
- Et ensuite ?
- Ensuite, ils se sont disputés en s'insultant mutuellement, Anna trouvait la rumeur super grave et pas drôle du tout, Hans l'a poussée par terre et je me suis jeté sur lui pour l'empêcher de la frapper. C'est là que Mme Gerda est arrivée.
- Je n'allais pas la frapper ! s'exclama Hans avec un air scandalisé aussi faux que le masque d'Anna. Je n'ai pas fait exprès de la faire tomber !
- Westergard, taisez-vous. Merci Bjorgman pour votre honnêteté. Vous pouvez retourner en classe, maintenant. Mme Gerda, veuillez le raccompagner, je vous prie.
Anna regarda son meilleur ami l'abandonner. Elle était toute seule désormais, face à Hans, au proviseur et à son adjoint qui, debout à côté de Clayton, gardait jusqu'à présent le silence. Elsa ne pouvait certainement rien faire pour elle, et elle réalisa avec désespoir que ç'allait être à elle de la sauver, et non l'inverse.
- Westergard ! aboya Clayton, et Anna se réjouit de voir le garçon sursauter et se tendre sur sa chaise. C'est une très grave accusation que vous portez. Quels arguments avancez-vous ?
- J'ai vu Anna rentrer chez Mme Winter, hier soir, affirma-t-il d'une voix beaucoup plus sûre que lorsqu'ils étaient dans le hall, comme s'il avait décidé de changer de stratégie.
- Mlle Andersen, je vous prierai de ne faire aucun commentaire, dit le proviseur alors qu'Anna ouvrait la bouche pour parler. Westergard, avez-vous une preuve ?
- Non, admit le jeune homme. Mais j'ai noté l'adresse.
Anna le regarda sortir un papier de sa poche et lire le numéro et la rue qui y était inscrit.
- M. Kai, demanda Clayton en se tournant vers son adjoint, voulez-vous bien vérifier...
- Inutile, coupa Elsa. C'est bien mon adresse. Mais c'est aussi un immeuble, et je ne suis pas la seule résidente.
- Je fais du baby-sitting là-bas ! intervint la petite rousse, incapable de garder plus longtemps le silence.
- Ouais, mon œil, sacrée coïncidence !
- Westergard, taisez-vous ! M. Kai, nous allons poursuivre cette investigation séparément, sinon ils ne vont pas cesser de s'interrompre mutuellement.
Hans se leva et suivit Clayton dans une autre pièce, et Kai s'assit en face d'Anna. L'adolescente était soulagée de les voir partir. Elle ne pouvait plus supporter l'air victorieux de Hans, et Clayton lui faisait peur. Avec Papy Kai, elle l'espérait, les choses allaient être plus détendues. Déjà, il était désormais face à elle, et non plus debout à la toiser de haut.
- Mlle Andersen, il va falloir tirer cette affaire au clair.
Détendues, on avait dit !
- Mais il n'y a rien à tirer, monsieur ! s'exclama Anna. Vous ne comprenez pas ? Hans est prêt à tout pour faire de ma vie un enfer ! Il m'a suivi dans la rue, il m'a menacée, il a raconté n'importe quoi sur mon compte depuis Noël, et maintenant il raconte que j'ai une… liaison avec une prof. Il veut me couler !
- Mais dans quel intérêt ?
- J'en sais rien, il veut se venger, je ne sais pas. Il n'a jamais supporté que je... que je ne veuilles plus être avec lui. S'il vous plaît monsieur, s'il vous plaît, ne croyez pas les conneries qu'il raconte ! Soyez de mon côté ! Je n'en peux plus…
Toute la force et l'assurance qu'elle avait essayé de conserver jusqu'à présent furent incapable de l'empêcher de fondre en larmes.
M. Kai se racla la gorge, mal à l'aise face à la lycéenne en pleurs. Il se gratta la nuque de sa main gauche, puis croisa les deux mains sur sa poitrine.
- Alors pouvez-vous m'expliquer pourquoi M. Westergard vous a vu entrer chez Mme Winter hier soir ?
- Oui, je peux l'expliquer, répondit-elle en séchant rageusement ses larmes du revers de sa manche. Très facilement même. Je ne suis pas entrée chez elle. Je fais du baby-sitting dans le même immeuble, comme je l'ai dit tout à l'heure. Je le sais parce que j'ai déjà croisé Mme Winter dans les escaliers là-bas. Elle s'appelle madame Bulda, la dame chez qui je bosse. Vous voulez l'appeler pour vérifier ? J'ai son numéro, ajouta-t-elle d'un ton qui commençait à devenir de plus en plus excédé.
Kai réfléchit un instant, puis prit son téléphone. Anna sortit son portable, alla dans ses contacts et lui montra le numéro portant la mention « Baby-sit Bulda ».
Il appuya sur la touche du haut-parleur, et elle put entendre la tonalité. Elle espérait vivement que Mme Bulda allait décrocher puis l'innocenter, pour qu'elle puisse enfin sortir d'ici.
- Allô ? dit enfin une voix de femme.
- Madame Bulda ?
- Oui, qui est à l'appareil ?
- M. Kai, le proviseur adjoint du lycée d'Arendelle. Je vous appelle au sujet d'Anna Andersen.
- Que se passe-t-il ? répondit-elle immédiatement.
Anna se sentit touchée en entendant l'inquiétude dans sa voix. Elle ne voyait cette dame que quelques instants tous les quinze jours, parfois encore moins souvent, mais elle tenait visiblement suffisamment à elle pour s'inquiéter de son état.
- Mlle Andersen fait-elle du baby-sitting chez vous ?
- Oui, pourquoi cette question ? Lui est-il arrivé quelque chose ?
- Elle va bien, rassurez-vous. Etait-elle chez vous hier soir ?
- Hier soir ? Oui, elle a gardé ma petite jusque dix-neuf heures, comme souvent les mardis.
- Bien. Est-ce que vous connaissez Mme Winter ? demanda-t-il.
Anna sursauta. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il pose cette question. Elle serra ses poings sous la table, espérant de toutes ses forces que la voisine d'Elsa ne dise rien qui puisse leur causer davantage de soucis.
- Mme Winter ? demanda Mme Bulda d'un ton surpris. Non, je ne vois pas…
- Elsa Winter, une jeune femme, aux longs cheveux blonds, précisa-t-il.
- Ah, oui, bien sûr ! s'exclama Mme Bulda. C'est une de mes voisines. Je crois qu'Anna m'a dit que c'était sa prof de maths, ou quelque chose comme ça.
- En effet. Je vous remercie de vos réponses, Mme Bulda, dit Kai d'une voix polie.
- Mais de rien, monsieur ! Mais peut-être pouvez-vous m'expliquer la raison de ces questions ?
- Hum, rien d'important, répondit-il d'un ton plus sec. Bonne journée madame.
Il raccrocha sans attendre de réponse, et rendit son téléphone à l'adolescente.
- Vous pouvez retourner en classe, Mlle Andersen. Nous allons maintenant discuter avec M. Westergard de son comportement.
- Merci m'sieur, dit Anna en se levant.
Elle essaya de cacher le soulagement qui l'envahissait. Hans n'avait pas réussi son coup, mais il avait été proche, très proche de tout bousiller. Heureusement, elle était tirée d'affaire.
Elsa était tirée d'affaire.
En ouvrant la porte pour sortir du bureau, elle tomba nez à nez avec Clayton. Ou plutôt nez à col, car il était vraiment beaucoup plus grand qu'elle. Avec sa carrure imposante, il n'avait rien de la bienveillance qui caractérisait son adjoint.
- Une seconde, Mlle Andersen. Veuillez vous rasseoir, s'il vous plaît. Bien, poursuivit-il une fois qu'elle eut obéi, maintenant, sortez votre téléphone, et ouvrez l'historique de vos communications.
Anna envisagea de refuser, mais pensant qu'un refus ne pourrait que jouer en sa défaveur, elle obtempéra. Heureusement qu'elle n'avait jamais enregistré le numéro d'Elsa. Clayton regarda l'écran, et la succession de messages envoyés ou reçus qui s'affichaient, pratiquement tous vers le même destinataire.
- Je présume qu'il s'agit du numéro de votre... petite amie ?
L'adolescente hocha la tête.
- Parfait. Vous allez l'appeler.
- Quoi ? s'exclama-t-elle. Mais, non, c'est pas possible, elle... elle est en cours !
Il ignora totalement sa réponse, et regarda ensuite Elsa, qui était toujours debout et adossée au mur, les bras croisés, avec le visage le plus renfermé qu'Anna ait jamais vu.
- Mme Winter, veuillez sortir votre téléphone.
Le masque sur le visage de l'enseignante se fissura, et une expression de stupeur, assortie d'une touche de colère, envahit ses traits.
- Je vous demande pardon ? s'étrangla-t-elle.
- M. Clayton, intervint le proviseur adjoint. Nous avons contacté la personne chez qui Mlle Andersen s'est rendue. Elle nous a bien confirmé qu'Anna faisait du baby-sitting hier à l'heure indiquée par Westergard...
- Tout ceci va bien au-delà d'une simple querelle entre élèves, coupa Clayton d'un air extrêmement sévère. J'ai besoin de vérifier toutes les preuves avant de savoir si je dois envoyer l'affaire plus haut, si vous voyez ce que je veux dire. Ce n'est qu'une formalité, Mme Winter, poursuivit-il d'un ton mielleux. Votre téléphone, je vous prie.
Elsa s'avança vers le bureau, sortit son téléphone portable de la poche de sa veste, le déverrouilla et montra à tous l'écran avant de le configurer en mode sonnerie. Puis, elle le posa sur le bureau, à-côté de celui d'Anna.
Sous son masque, ses yeux lançaient désormais des éclairs.
- Appelle ta copine, Anna, qu'on en finisse.
C'était la première fois qu'elle s'adressait directement à elle, depuis le début de cette catastrophe.
La petite rousse regarda successivement sa prof, les deux téléphones posés devant elle, et les deux hommes en costume qui lui faisaient face. Qu'avait bien pu dire Hans pour que Clayton réagisse ainsi ? Sa gorge se bloqua, et elle dut lutter de toutes ses forces pour ne pas trembler, tandis qu'elle tendait la main vers son portable, sélectionnait le dernier message envoyé par Elsa, et appuyait sur le bouton vert.
Elsa, je suis désolée...
...Il ne peut plus rien leur arriver d'affreux maintenant...
Pour ceux qui n'auraient pas fait le lien, Clayton c'est le vilain dans Tarzan. N'est-il pas parfait en impitoyable proviseur ?
A titre informatif, la base de ce chapitre (la scène où Hans lâche la bombe) a été écrite en 2008. Ce petit brouillon de prof/élève en aura fait du chemin !
Bon ça y est, après être retombée dans les fanfictions, je suis retombée dans Harry Potter (je refais ma vie à l'envers Oo). Non pas que j'en sois vraiment sortie un jour, mais moi qui pensait avoir trouvé l'amour dans le Elsanna, je pense que ma prochaine histoire sera une potterfic. Dans l'hypothèse où ça se concrétise sur papier (mais pas avant que celle-ci soit terminée, bien sûr), à quel ship irait votre préférence ? Hermione/Luna ou Hermione/Bellatrix ?
Merci à tous de me suivre (vous êtes plus d'une centaine, bande de fous !), et j'ai hâte de lire vos messages, toujours plus longs, toujours plus motivants ! *coeur*
A mercredi,
Ankou
