Bonjour à tous,
J'espère que vous allez bien et qu'aucun(e) d'entre vous n'a eu à souffrir de la perte d'un être cher récemment. Vos nombreuses reviews m'ont beaucoup remonté le moral ce week-end. Evidemment, je n'ai pas trop écrit.
Vous êtes plusieurs à me dire avoir découvert cette histoire par hasard (et ce n'est absolument pas ma faute si vous avez passé une nuit entière à la lire au lieu de dormir pour être en forme en classe - ce que je ne cautionne pas du tout) (à la sortie du HP 5, acheté à minuit, je n'avais pas fini de le lire au moment d'aller en classe, et je l'ai achevé plus ou moins discrètement en cours d'Allemand. La prof n'a rien dit, je pense qu'elle aussi aurait préféré finir sa lecture plutôt que de nous faire cours) et je me demandais, comment peut-on tomber sur du Elsanna par hasard ?
Merci Alex d'avoir comparé cette histoire à Tempest et à Golden Snowflake, quand je pense que les deux m'ont fait pleurer et lire avec des mains tremblantes, je n'avais pas réalisé que mes mots à moi pouvaient générer un tel effet.
Vous avez eu pas mal d'idées pour tirer Anna et Elsa de ce bourbier, je vous laisse découvrir ce qui va leur arriver (d'affreux)(maintenant).
Chapitre 31
Anna avait l'impression que tout vacillait dans son corps, comme si un séisme d'une magnitude surréaliste venait d'avoir lieu, faisant tomber toutes ses émotions de leurs étagères. Le soulagement qu'elle avait ressenti une minute plus tôt se fissurait, et tous ses organes étaient en train de se fracasser en mille morceaux.
- Mettez le haut-parleur.
Elle s'exécuta.
Jesuisdésoléejesuisdésoléejesuisdésoléejesuisdésolée...
Quel était ce grondement qu'elle entendait ? Etait-ce son cerveau qui hurlait au secours ? Etait-ce les battements de son cœur, ou bien ceux d'Elsa ?
Pendant quelques secondes, elle fut incapable de respirer.
- Tut. tut. tut. tut. tut. tut. Bonjour. Vous êtes bien au 06 ** ** ** **. Merci de laisser un message et je vous rappellerai dès que je serai à nouveau disponible.
La chute effrénée des bibelots s'arrêta net dans le corps d'Anna. Ce n'était pas la voix d'Elsa, pas du tout la voix d'Elsa.
Et l'écran, sur le téléphone posé à côté du sien, était resté noir.
Cinq minutes plus tard, elle quittait les couloirs oppressants de l'administration et descendait les escaliers vers le sous-sol, les clés de son scooter déjà à la main. Elle ne pouvait pas rester un instant de plus, elle ne pouvait pas retourner en classe. Elle allait rentrer à la maison.
La porte du bureau refermée derrière elle, Elsa relâcha le souffle qu'elle retenait depuis près d'une heure. Décroisant enfin ses bras de sa poitrine, elle réalisa que ses mains tremblaient. Elle se sentait faible, fébrile, comme si elle n'avait pas mangé depuis plusieurs jours.
Arrivée en salle des professeurs, elle fut accueillie par le brouhaha des conversations. Mais ce bruit familier, tantôt exaspérant tantôt réconfortant, ne sonnait pas comme d'habitude.
- Elsa ! s'exclama Gerda en la voyant revenir. Alors, comment ça s'est terminé ?
La blonde se lassa tomber dans un des fauteuils et soupira.
- Apparemment, Hans fait une réelle fixation sur Anna. Il est toujours avec les chefs en ce moment.
- Mais, et pour toi ?
Il y avait de l'inquiétude, dans la voix de sa collègue, et Elsa, si elle ne laissa rien transparaître, en fut tout de même profondément touchée.
- Moi ? Rien de spécial, réussit-elle à répondre, d'une voix qu'elle parvint à rendre à peu près blasée. Anna a réussi à prouver à Clayton qu'Hans avait inventé toute une histoire pour qu'elle se fasse virer, mais ça a été dur. Il a même forcé Anna à appeler sa copine, pour vérifier que ce n'était pas mon téléphone qui sonnait.
- Quoi ?! s'exclama une de ses collègues, l'air particulièrement choquée. Il a vraiment cru ce que disait ce garçon ?
- Apparemment.
- Et il t'a fait sortir ton téléphone ?
Elsa hocha la tête. Sa collègue était partie dans une diatribe scandalisée, qu'Elsa n'écoutait plus. De temps en temps, les mots manif, syndicats, droit de retrait, parvenaient à ses oreille, et elle était soulagée de voir qu'il y avait au moins des personnes ici pour croire en son innocence. Innocence... J'en rirais presque.
Lorsque son cœur retrouva un rythme humain, elle se leva, rassembla ses affaires et descendit prévenir la Vie Scolaire qu'elle n'assurerait pas le cours de 11h. Elle n'en avait pas la force.
C'est une fois dans sa voiture qu'elle sortit d'une poche intérieure de son sac un vieux téléphone, qui affichait un appel en absence d'Anna. Elle n'eut même pas l'énergie de sourire en voyant qu'elle avait bien fait de prendre une carte sim neuve pour communiquer avec Anna. Elle aurait mille fois préféré que rien ne lui prouve qu'elle avait eu raison de couvrir ses arrières.
Ses mains tremblaient, et elle dut s'y prendre à plusieurs fois pour mettre la clé dans le contact. Le contrôle presque surhumain qu'elle avait exercé sur son propre corps se brisait, et dans la sécurité relative mais réconfortante de son véhicule, tous ses membres laissèrent s'échapper son angoisse. Elle sentait son cœur pulser violemment. Chaque battement l'assourdissait, elle les entendait résonner, se réverbérer contre la carrosserie et la frapper comme autant de coups de poings rageurs. Lorsque sa vision se troubla, elle se rendit compte qu'elle pleurait, et elle ne fit rien pour s'arrêter ou pour ôter les larmes qui coulaient en flots ininterrompus sur son visage.
Conduire fut le dernier effort qu'elle soutira à sa volonté vacillante, avant de grimper les étages et de s'effondrer dans son lit.
C'est un cauchemar, un horrible cauchemar et je veux me réveiller.
La couverture sous laquelle elle s'était blottie lui tenait trop chaud, elle brûlait, et pourtant elle ne suffisait pas à atténuer le froid glacial qui s'était emparé de son corps.
Je veux me réveiller et voir Anna à côté de moi, je veux voir ses cheveux voler dans tous les sens parce qu'elle a bougé toute la nuit, je veux l'embrasser, je veux l'entendre rire.
Comment avait-elle pu penser que ça n'arriverait pas ? Qu'elle pouvait aussi impunément vivre cette relation interdite comme si elle en avait le droit, et croire que personne ne le découvrirait jamais ?
Quelle folie l'avait poussée à espérer qu'elle pourrait y échapper ?
Mais Anna avait un alibi. C'était Hans qui avait été sanctionné pour avoir menti, pas elle. Pas elles. Néanmoins, elle ne pouvait pas effacer de sa mémoire le regard de M. Clayton. Un regard accusateur, condamnatoire, qu'aucune des explications d'Anna n'avait pu effacer.
Qu'allait-il se passer, maintenant ? Que devait-elle faire ?
Olaf, rentre vite, j'ai besoin de toi... Elle lui envoya un message qui sonnait beaucoup trop comme un appel au secours, et enfin, alors qu'elle avait l'impression de pleurer dans son lit depuis des heures, il était là. Elle entendit le doux cognement à sa porte, pas celui qui demandait l'autorisation d'entrer, mais celui qui, issu d'une décennie de chagrins consolés, disait « sèche tes larmes, je suis là. »
- Qu'est-ce qu'il y a, ma belle ? demanda-t-il en s'asseyant au bout du lit. C'est Anna ? Qu'est-ce qui ne va pas ?
- On nous a vues, Olaf.
Les couleurs disparurent du visage du jeune homme. Lui aussi savait bien ce que ça signifiait.
Elle lui raconta tout, l'accusation de Hans, l'interrogatoire, son proviseur qui n'avait jamais cessé de la juger coupable, et Anna, Anna qui avait fait des pieds et des mains pour se sortir de là, pour clamer son innocence. Leur innocence.
Mais ce n'était pas terminé.
- Il va la suivre, c'est évident ! s'exclama-t-elle d'une voix désespérée. La prochaine fois, il aura une photo ou une vidéo, et alors je ferai quoi ?
Olaf se mordilla les lèvres. Bien sûr qu'il n'avait pas de solution à lui donner. Comment pourrait-il en avoir une ?
Elle se laissa faire quand il la prit dans ses bras, et se mit à sangloter doucement dans le creux de son cou.
- J'aurais aimé ne jamais avoir rencontré Anna...
Et ne jamais l'avoir prise en stop, et ne pas l'avoir considérée avec plus d'estime parce qu'elle était plus brillante que les autres, et ne pas m'être mêlée de sa vie personnelle...
Tout était de sa faute. Si elle avait su rester une adulte responsable, rien de tout ça ne serait arrivé.
- Calme-toi Elsa. Les choses se sont arrangées. Vous vous en êtes sorties.
- Mais tu ne comprends pas ? Tout le monde va épier nos faits et gestes, et si on le découvre, personne ne nous écouteras, personne ne voudra savoir si Anna a agi en toute liberté, elle aura beau dire ce qu'elle veut, on la considèrera quand même comme une enfant manipulable, et moi comme une monstrueuse perverse, une malade mentale, et...
Elle déglutit. La salive, dans sa gorge, avait laissé la place à du verre pilé.
Belle l'avait prévenue, quelques semaines plus tôt, mais elle n'avait pas voulu l'écouter. Un seul faux pas et tout le monde saura...
- J'ai si peur, Olaf.
Le jeune homme posa un baiser sur son front et la serra contre lui. Elle ferma les yeux et s'immergea de sa présence. Sa courte barbe contre sa joue était douce et réconfortante, et elle se laissa aller à pleurer sans retenue, serrant le col de sa chemise entre ses poings tremblants.
- Belle avait raison. C'était une mauvaise idée dès le départ...
Olaf avait une expression peinée sur le visage, qui était bien plus éloquente et dévoilait davantage ses pensées que les mots qu'il gardait derrière ses lèvres scellées.
- Je n'ai pas le choix ! s'écria-t-elle, le visage enfoui dans le creux de son cou. Je suis coincée !
- N-ne... ne lui dis rien aujourd'hui, supplia-t-il d'une voix tremblante. Prends au moins une journée pour y réfléchir. Et pour le faire p-proprement.
Elsa releva brusquement la tête à ces mots. La réalité de sa situation la frappa soudain comme un coup sec sur le crâne. Elle allait devoir le dire à Anna.
Ses yeux qui avaient à peine commencé à sécher se remplirent à nouveau de larmes.
Elle allait devoir rompre avec Anna.
L'après midi touchait à sa fin. Assis sur le lit de Rapunzel, dans sa petite chambre, Kristoff, Alice, Mérida et Tiana étaient en pleine réunion de crise.
A midi, lorsque Kristoff et Rapunzel avaient retrouvé leurs amies scientifiques, ils furent surpris de voir qu'Anna ne se trouvait pas avec elles. Elle n'était jamais retournée en classe, contrairement à Hans, qui avait fait une apparition mouvementée, peu après le début du cours de 11h, escorté par le proviseur lui-même. Comme tout le monde avait des impératifs ou devait rentrer chez soi pour le déjeuner, ils s'étaient promis de se retrouver dans l'après-midi.
Mérida avait essayé d'appeler son amie plus d'une fois, sans succès. Les sms qu'elle recevait en réponse à ses questions inquiètes étaient courts et lapidaires. Anna prétendait être occupée, prétextait du travail, affirmait qu'elle allait bien, et faisait comme si ce qui s'était passé ce matin n'avait pas vraiment d'importance.
Mérida soupira. Anna avait séché la dernière heure de cours, c'était évident qu'elle n'allait pas bien.
- Tiens Mérida, mange un truc, t'as l'air toute pâle.
La grande rousse tendit la main et prit un beignet dans le panier que lui tendait Tiana.
- Comment tu as pu trouver l'énergie pour faire des gâteaux cette aprèm ?
- Il n'y a qu'en faisant la cuisine que j'arrive à me détendre, expliqua la brune.
Kristoff reposa son téléphone sur le lit.
- Elle ne répond toujours pas. Bon, balancez tout. Qui était au courant de quoi ? Mérida ?
L'archère haussa les épaules et avala la dernière bouchée du beignet qui, étonnamment, lui avait fait beaucoup de bien.
- Je savais qu'elle sortait avec une fille, ça fait genre un mois et demi. Elle m'avait fait promettre de ne rien dire, ajouta-t-elle en défiant ses amis du regard, comme pour se défendre.
- La fameuse fille du forum de Final Fantasy ?
- Ouais. Enfin, non. Elle m'a jamais parlé de forum, à moi. Ca m'avait l'air d'un mensonge vraiment mal ficelé, ce truc qu'elle vous a raconté.
Tiana fronça les sourcils et se mordilla les lèvres. Ce n'était pas vraiment un argument en faveur d'Anna, cette histoire.
- Tu crois que c'est vrai, Kristoff ? Est-ce qu'elle sort vraiment avec la prof ? demanda Rapunzel.
- Je ne sais pas… Anna a eu l'air vraiment surprise quand Hans a balancé ça.
- Oui, ajouta l'archère, et Winter avait plus l'air en colère que flippée. Mais…
Le « mais » de Mérida resta en suspension dans l'air, lourd, insistant. Dangereux. Ils se regardèrent tous les cinq silencieusement, comme s'ils étaient en train de réfléchir.
- Qu'est-ce que vous en pensez ? demanda le blond au bout de quelques instants. Vous avez remarqué quelque chose en classe qui pourrait vous faire croire que c'est vrai ? Quelque chose de... bizarre ?
Tiana et Mérida échangèrent un regard entendu, et elles baissèrent toutes les deux la tête, comme honteuses des mots silencieux qu'elles venaient d'échanger.
- C'est possible… admit finalement Tiana sans lever les yeux de ses ballerines.
- C'est même très possible… murmura Mérida du même ton coupable. Tellement possible que je me demande comment j'ai fait pour ne pas m'en rendre compte plus tôt…
- Elle reste souvent à la fin du cours quand c'est la dernière heure ou la récré. Elle a tout le temps des questions à poser, des énigmes à résoudre…
- Et tu te rappelles, Tiana, comme elle paniquait en cours de maths juste avant Noël, et en janvier, pouf, elle était à nouveau super contente d'y aller ?
- Oui, j'avais oublié ça…
- Ca correspond pile au moment où elle m'a dit qu'elle était amoureuse d'une fille mais qu'elle n'avait aucune chance. J'pensais que c'était juste parce qu'elle déprimait, mais...
Elle s'interrompit et s'accouda sur ses genoux. Ses mains soutenaient son menton, et elle tapotait le bout de ses doigts sur sa mâchoire, les yeux rivés sur ses chaussures.
- Et... et il y a autre chose, lâcha-t-elle.
Les autres étaient silencieux, et la regardaient. Si quelqu'un pouvait avoir des information sur Anna, c'était bien elle. Mais avait-elle le droit de révéler tout ce qu'elle savait ? Etait-elle en train de briser la confiance de sa meilleure amie ? Sauf que... sauf que c'était une urgence, elle faisait ça pour l'aider... non ?
- Elle m'a dit une fois qu'elle ne pouvait pas me dire qui c'était, car sa copine pourrait avoir des ennuis, finit-elle par dire. Genre, des gros ennuis. Je n'ai pas compris sur le coup, mais… tout se tient.
- Et qu'est-ce que tu sais d'autre, au sujet de sa copine ? demanda Kristoff.
- Presque rien ! s'exclama-t-elle en frappant ses mains sur ses genoux. Elle ne m'a jamais rien dit !
- Ca se comprend, murmura Rapunzel.
- Putain si même à toi elle n'a rien dit, c'est qu'elle doit vraiment y tenir, à sa prof, souffla Tiana.
- Hey, on ne sait pas si c'est vraiment la prof, objecta Kristoff. On le suppose, c'est tout .
- Attends, dit Mérida en se tenant les tempes, comme pour essayer de se souvenir de quelque chose. Elle m'a dit son prénom, l'autre fois... J'suis sûre que c'est son vrai prénom, parce qu'elle m'a montré un sms. Un truc qui finit en A... murmura-t-elle pour elle-même. Elsa. Oui c'est ça, sa copine s'appelle Elsa.
Alice, qui était restée silencieuse jusqu'à présent, releva la tête.
- Winter s'appelle Elsa, dit-elle, sans se rendre compte que son ton calme ne s'accordait pas du tout avec la bombe qu'elle venait de jeter.
- Comment tu le sais ? demanda Kristoff, en haussant la voix pour couvrir les exclamations surprises de ses amies.
Pour toute réponse, la petite blonde fouilla dans son sac et en sortit un livre sur les femmes de science, emprunté au CDI. Dans la liste des emprunts, collée sur la première page, on pouvait lire Alice Kingsley - Tle L, et quelques lignes au-dessus, remontant au mois de novembre : Elsa Winter - prof.
- Oh putain.
Ces deux mots venaient de sortir en canon de toutes les bouches présentes dans la chambre.
Tous avaient l'air très inquiets à présent.
- Qu'est-ce qu'on fait alors ? demanda Rapunzel en tremblant légèrement.
- On se serre les coudes, répondit Mérida d'une voix ferme. On protège Anna et on botte le cul de tous ceux qui voudraient l'emmerder.
- Hans, c'est facile, mais il y a aussi Clayton, Kai et compagnie, dit Kristoff, sans parler de ses parents. Il va falloir inventer des alibis béton si on veut la couvrir.
- Je m'occuperais bien de faire sa fête à Hans, mais si on le retrouve avec une flèche dans le cul, à coup sûr tout le monde devinera que c'est moi.
Les cinq amis éclatèrent de rire. Mais au fond de leur cœur, tous se demandaient dans quelle galère Anna s'était fourrée…
Anna avait l'impression que son cœur n'avait pas ralenti depuis qu'elle était rentrée dans le bureau de Clayton, ce matin.
La peur et la colère ne l'avaient pas quittés, tout comme le sentiment d'injustice. Clayton l'avait considérée comme coupable ! Au lieu de punir Hans, c'était elle qui s'était retrouvée jugée, elle et Elsa ! Et dire qu'il avait failli échapper à une sanction ! Sans l'insistance de M. Kai, il n'aurait sans doute rien eu de plus qu'un mot dans son carnet.
Elsa a raison, personne ne doit jamais savoir, sinon on est foutues.
Son téléphone vibrait pour la soixante-douzième fois de la journée. Au moins. Tous ses amis lui avaient écrit pour savoir comment ça s'était passé dans le bureau, pourquoi elle n'était pas venue en classe, mais est-ce qu'elle allait bien au moins, qu'avait dit Hans, est-ce qu'elle viendrait au lycée demain...
Les sms se bousculaient sur son écran, sauf provenant d'un certain numéro. Elle résista à la tentation d'envoyer un message à Olaf pour savoir comment allait Elsa.
C'est seulement après le dîner qu'Elsa lui écrivit enfin. Elle lui demanda comment elle allait, et lui souhaita bonne nuit. Anna répondit par un long message, s'épanchant en excuses, en nécessité de faire plus attention, en insultes envers Hans, mais la seule réponse qu'elle obtint fut un très cours sms lui disant qu'elle avait été très bien face au proviseur. Puis, plus rien.
Cette nuit-là fut très difficile pour tout le monde.
Dans sa chambre qu'il partageait avec un de ses frères, Hans fulminait de rage, et fustigeait sa propre bêtise. Dans sa hâte à trouver la fille qui lui avait volé Anna, il n'avait pas suffisamment réfléchi. Arendelle n'était pas une ville immense, et il se rappelait désormais Anna lui parler d'un job de baby-sitter dans ce quartier, le jour qui avait été leur dernier jour ensemble. Le jour où il avait tout fait foirer.
Sa joue lui faisait mal, mais ce n'était plus à cause de Mérida. Son père avait été contacté à son travail, dans l'après-midi. Dire qu'il avait mal pris la nouvelle de l'exclusion temporaire et du futur conseil de discipline de son fils était un euphémisme.
Tout ça, c'était de la faute d'Anna.
Il finirait bien par savoir qui était cette fille qui sortait avec elle, cette grande fille à la casquette qu'il avait entr'aperçue. Et si Anna et Winter l'avaient mené en bateau ? Il avait bien l'intention de le découvrir.
En rentrant dans la salle des professeurs pendant la récréation du matin le lendemain, les enseignants furent surpris de voir que M. Clayton se trouvait là. La présence du proviseur dans leur sanctuaire caféiné était rare. En général, cela ne signifiait qu'une chose : récré foutue.
Pour Elsa, ce n'était pas bon signe, pas bon signe du tout.
Lorsqu'un nombre suffisant d'enseignants furent entrés dans la salle, comme des animaux pris au piège, M. Clayton rassembla tout le monde autour de lui. Ce qu'il avait à dire, prévint-il, était important et devait être entendu par tous.
- Je voudrais vous rappeler, suite à de récents évènements, quelques points d'importance capitale.
Balayant toutes les personnes présentes de son regard sévère, il poursuivit.
- Un enseignant est un adulte responsable, dont la mission qui lui a été confiée est d'accompagner les élèves durant leur scolarité, en leur transmettant les savoirs et les compétences qui lui seront utiles dans sa vie en société. On ne devient pas ami, ni complice, avec les élèves Ce genre d'attitude trop familière n'est certainement pas propice à leur réussite scolaire. Je tiens également à rappeler que nos élèves sont, pour la grande majorité d'entre eux, des mineurs, et et en tant que professeurs, vous êtes des adultes ayant autorité sur eux. A cet égard, il est formellement interdit, et pas seulement par le règlement de l'école, mais aussi au regard de la loi, d'entretenir une relation de quelque nature que ce soit avec un élève, qui sorte du cadre établi de l'école.
- M. Clayton, intervint une enseignante. Excusez-moi de vous interrompre, mais pourquoi nous réserver un tel discours ? Il me semble que la vérité dans cette histoire, c'est que Hans Westergard n'a jamais pu supporter la rupture avec son ex, et qu'il a choisi pour son mensonge la prof qu'il peut le moins supporter.
Milo Thatch, le jeune et séduisant professeur de SVT aux grandes lunettes rondes, se leva de sa chaise, en manquant à moitié de renverser sa tasse de café au lait.
- Je confirme qu'il est de notoriété publique qu'il y a bien plus que de l'eau dans le gaz entre Anna et Hans. Et c'est de pire en pire depuis plusieurs semaines.
- J'espère tout de même qu'à chaque bêtise faite par un élève, ce ne sera pas à nous de remettre en question notre pratique, ajouta Mme Gerda d'un ton qui ne cachait pas sa désapprobation.
- Non, bien sûr, répondit le proviseur d'un ton mielleux. Mais vous devez tout de même reconnaître qu'une telle situation, si elle était réelle, serait à la fois scandaleuse et hautement répréhensible, et je ne souhaite pas que notre établissement soit entachée par ce genre d'histoire.
- Sans parler du fait que cela nous ferait nous poser doublement des questions quant à l'état mental des collègues avec qui nous travaillons tous les jours, intervint Weselton.
Il regarda délibérément Elsa, qui lui rendit son regard avec défi, les poings serrés dans ses poches.
- Qu'est-ce que tu entends par là, Duke ?
- Tu vois très bien de quoi je veux parler, siffla-t-il.
Un brouhaha annonciateur d'une querelle collective se fit entendre, mais M. Clayton la tua dans l'oeuf.
- Allons, gardez votre calme je vous prie, et ne laissez pas cette sordide affaire vous diviser !
- Je ne vois aucune affaire sordide, monsieur, répliqua Milo, uniquement le mensonge d'un élève jaloux !
Elsa regarda sa montre, tandis que chacun de ses collègues essayait de faire valoir son point de vue. C'était définitivement fichu pour la pause. Elle était fatiguée, et elle n'avait pas envie de prendre part aux conversations. Elle rassembla ses affaires et sortit dans le couloir. Elle aurait vraiment mieux fait de rester seule dans sa salle de maths...
- Mme Winter, je voudrais vous parler un instant.
Elsa se retourna, et n'eut d'autre choix que de hocher la tête face à M. Clayton, même si tout son cerveau lui hurlait toute une série d'excuses pour pouvoir prendre la fuite. Ils se mirent à l'écart dans un coin du couloir. Le proviseur avait sur le visage une expression à la fois paternelle et réprobatrice qui donnait envie à l'enseignante de lui arracher sa moustache et de la lui faire avaler.
- Avez-vous déjà eu des relations avec des femmes ?
La question prit Elsa totalement par surprise, et elle manqua un instant de s'étouffer.
- Pardon ?! Je ne vois pas en quoi vous avez besoin de connaître des détails qui relèvent de ma vie privée !
- C'est très important au contraire, pour m'aider à résoudre cette affaire.
- Il n'y a aucune affaire, répliqua Elsa d'une voix si froide que l'air autour d'elle sembla se contracter. Hans veut faire du mal à Anna, et il se fiche complètement des conséquences. Maintenant si vous préférez vous tenir du côté de ce genre d'individu, capable de harceler une fille en classe et en dehors du lycée - parce qu'il a déjà été interpelé par la police pour tentative d'agression envers Anna, figurez-vous - c'est votre problème, mais laissez-moi en dehors de tout ça.
Elle tourna les talons et laissa l'homme planté au milieu du couloir. Comment arrivait-elle encore à marcher, c'était un mystère. Elle avait l'impression que l'intégralité de son cerveau était en panique totale, comme si tous ses neurones ne faisaient plus que courir dans tous les sens en hurlant.
Elle entendit des pas derrière elle et quelqu'un l'appeler alors qu'elle arrivait devant sa salle de classe.
- Hey, Elsa !
L'enseignante se retourna, à la fois inquiète et épuisée. Elle n'avait plus du tout envie de faire des efforts de politesse.
- Quoi ? répondit-elle d'un ton excédé.
Elle reconnut Audrey Ramirez, l'une des professeur d'espagnol.
- J'ai entendu ce que Clayton t'a demandé. Putain, je le trouve gonflé !
La jeune femme se mordilla les lèvres. Pouvait-elle mettre sa collègue de son côté ? Ramirez était toujours de toutes les réunions et de tous les conseils d'administration et pouvait devenir une bonne alliée. Elsa ouvrit la porte et l'invita à entrer. Inutile d'avoir une telle conversation au beau milieu du couloir.
- Sérieusement Elsa, dit la jeune femme aux traits hispaniques, la prochaine fois qu'il te convoque dans ton bureau, exige que je sois présente : je suis déléguée syndical. Je trouve qu'il est allé vraiment trop loin cette fois.
- Moi aussi, dit la blonde, et je ne comprends pas pourquoi.
- Il ne doit sûrement pas supporter que tu sois lesbienne, répondit Ramirez en haussant les épaules. Il m'a l'air d'être un bon gros...
- Que je sois quoi ?! s'écria Elsa en manquant à nouveau de s'étouffer.
- Bah, lesbienne.
- Je ne suis pas...
- Arrête ton char, je l'ai tout de suite su ! coupa Audrey en lui faisant un clin d'oeil. Depuis que tu as rembarré le collègue de Français peu avant Noël, si tu veux tout savoir, expliqua-t-elle en réponse au froncement de sourcil interrogateur d'Elsa.
La grande blonde se tendit. Ce n'était pas, absolument pas le moment le plus approprié pour faire son coming-out au boulot, même si sa collègue était visiblement et ouvertement de son côté.
- T'inquiète, entre nous, il faut se serrer les coudes ! dit Ramirez pour la rassurer, et les derniers doutes qu'Elsa avait à son égard disparurent. Et puis je te comprends, poursuivit-elle. Elle est vraiment belle, la p'tite Andersen.
- Mais je ne sors pas avec Anna ! s'écria Elsa. Merde, il vous faut quoi pour que ça rentre ?!
- Ok, ok, dit la brune en levant les mains en signe d'apaisement.
Puis elle ajouta, avec un petit sourire.
- C'est presque dommage en fait, car vous iriez bien ensemble, toutes les deux.
La sonnerie priva Elsa d'une tentative de réponse appropriée. La prof d'espagnol partit de la salle, laissant la mathématicienne abasourdie.
Le brouhaha croissant dans le couloir annonça l'arrivée imminente de ses Terminales. Heureusement qu'elle avait prévu un DS de deux heures pour cette classe. Au moins, elle pourrait en profiter pour souffler un peu.
Elle n'eut même pas besoin d'éviter de croiser le regard d'Anna, car à aucun moment pendant le cours la petite rousse ne leva les yeux vers elle. Un mélange de peur, de culpabilité et de honte tordait les entrailles de l'enseignante. Car après la scène avec le proviseur, elle n'avait plus d'autre choix désormais que de mettre un point final à leur relation.
Heu... Câlin ?
Dans le prochain chapitre, on abordera essentiellement la réaction d'Anna à tout ça - et celle de Mérida aussi.
Sinon à part ça, je pense que le Hermione/Luna a gagné le vote du public. J'ai même déjà écrit quelques lignes de scénario. Honnêtement, je pense en faire une histoire en post-Poudlard plutôt légère ( ça me fera du bien après celle-là). Je me garde une intrigue de ouf et un gros drama pour un éventuel Hermione/Bellatrix.
Des bisous et à mercredi prochain.
Ankou
