Bonjour à tous !

Je n'ai pas pu faire la mise à jour au taf ce matin comme d'habitude, je commence à avoir un peu des semaines de folie.

Bon. Evidemment, Elsa avait deux portables ! A mes yeux, c'est carrément la précaution N°1 !

Autre source d'angoisse (pour certain(e)s) : la réflexion d'Elsa concernant le policier... ah, mais elle aurait pu l'apprendre de plein de façons (les élèves, ça parle si fort...), et puis dans ces périodes de luttes contre le harcèlement scolaire, on pourrait presque plutôt lui reprocher de ne pas l'avoir signalé. Mais qu'a pu dire Hans à Clayton... ? mystère !

Ensuite, la fameuse prof d'espagnol. Si vous ne l'aviez pas reconnue, c'est la mécano dans Atlantide. On n'a pas fini de l'entendre en salle des profs.

Enfin, pour ceux qui ont perdu la trace du temps, on est début Mars, elles sont ensemble depuis 7 semaines en comptant les vacances de février.

Étonnamment, vous êtes presque tou(te)s favorable à l'idée d'une rupture (en tout cas, tous ceux qui ont commenté). Pauvre Anna, tout le monde te veut du mal.

Bon, j'arrête ici mes bavardages, vous n'êtes pas là pour ça de toute façons :p

Bonne lecture !


Chapitre 32

- Hé, Anna ! Est-ce que tu t'es tapée la prof de maths de l'an dernier aussi ?

De gros éclats de rire bien gras accompagnèrent la moquerie de Peter, et résonnèrent dans le hall du lycée, près de la sortie du réfectoire.

- Tu l'ouvres encore une fois, connard, et tu ne pourras plus jamais te taper quelqu'un de ta vie !

Plusieurs élèves se figèrent et ouvrirent de grand yeux en entendant la menace proférée d'une voix hostile, et Mérida perdit pendant quelques instants l'usage de la parole. Car contrairement à toutes les autres fois, ces mots n'étaient pas sortis de la bouche intrépide de l'archère, mais de celle, exaspérée, d'Anna, qui sentait qu'elle allait finir par exploser quelqu'un avant la fin de la journée

Elle avait l'impression d'être dans un sale rêve depuis 24h. Sa tête menaçait d'éclater sous l'accumulation de pensées, de réflexions et de craintes qui envahissaient son cerveau, et elle n'avait personne vers qui se tourner pour vider son sac. Elle n'osait pas contacter Elsa tant qu'elles étaient dans l'enceinte du lycée et elle attendait désespérément ce week-end pour trouver un moyen de la voir malgré tout ça. Les quelques sms de la veille n'avaient pas suffi à l'apaiser. Elsa ne lui avait pas parlé de ses craintes, ne lui avait pas dit comment elle se sentait elle, et intérieurement, Anna commençait à paniquer.

L'après-midi fut longue et difficilement supportable. La petite rousse avait hâte de laisser ces grands murs gris et ces salles tristes derrière elle.

- Ca te dit de regarder un film ce soir ? Je me sens pas du tout en état de bosser toute seule chez moi.

- Carrément, répondit Mérida alors qu'Anna et elle se dirigeaient ensemble vers leur dernier cours de la journée.


A peine entrée chez l'archère, Anna lâcha son sac et se laissa tomber dans le canapé du salon.

- On se fait un jeu débile sur la Wii ? Genre une course avec les Lapins Crétins ?

- Anna... commença son amie, qui était toujours debout entre le canapé et la télévision.

- Ou alors un jeu de baston. Ouais, je me sentirais bien de tuer des zombies à coups de machette, là. Comme ça je pourrai imaginer qu'il s'agit de la tête de Hans.

- Anna...

- Putain, j'ai envie de faire n'importe quoi là. T'as pas du chocolat ? Je pourrais m'en enfiler une tablette. Ou un truc à boire qui soit plus fort que de la bière ? Si tu ne veux pas jouer, on peut se mater un film... Et si on regardait Game of Thrones ? Oh oui, ça me donne envie de mettre les têtes de Hans et de Clayton au bout d'une pique !

Mérida relâcha un soupir, et vint finalement s'asseoir à-côté d'elle.

- J'suis pas très chaude pour un jeu... Ni même pour un film.

- Bah alors, qu'est-ce que tu veux faire ?

La grande rousse hésita. Anna vit qu'elle tortillait ses doigts sur ses genoux, réaction pour le moins inhabituelle.

- Et si... et si tu me parlais un peu de tout ce qu'il s'est passé ?

- De quoi tu parles ?

- L'accusation de Hans... c'était pas un coup dans le vide, pas vrai ? Tu es amoureuse de madame Winter.

Il n'y avait pas d'interrogation, dans la voix de Mérida. Pas le moindre questionnement, juste une grande affirmation qui n'avait besoin que d'être confirmée. Le même froid qui avait oppressée Anna pendant tout son interrogatoire avec Clayton revint l'envahir au grand galop, et son visage se vida de toutes ses couleurs.

- Non ! s'exclama-t-elle en s'efforçant de soutenir le regard de son amie.

- Ecoute Anna, je comprends très bien pourquoi tu n'as pas voulu m'en parler, et je ne t'en veux pas, mais...

- JE-NE-SORS-PAS-AVEC-WINTER ! hurla-t-elle.

Le regard de Mérida était définitivement sceptique. Putain, ça ne s'arrêtera donc jamais ?

La sportive leva la main et tendit son pouce.

- Un : t'as jamais voulu me dire quoi que ce soit, ni même me montrer une photo. Deux : Tu m'as dit qu'elle aurait des ennuis si ça se savait. Elle, pas toi.

- Et alors ! Ca n'a rien à voir !

- Trois : t'as freaké en cours de maths sans aucune raison JUSTE AVANT de sortir avec ta copine.

- J'étais déprimée !

- Quatre : Winter s'appelle Elsa. Comme ta copine, je te signale !

Son cœur, qui n'était déjà plus au repos depuis quelques instants déjà, s'était contracté à toute vitesse. Qu'est-ce qui lui avait pris, de dire son nom à Mérida ?

- Les hasards, ça existe !

Anna criait maintenant, les deux filles s'étaient levées, et la petite rousse sautillait pour tenter d'attraper la main de l'archère, hors de sa portée, qui affichait quatre doigts tendus. Quand elle pointa le dernier de ses doigts, Anna s'attendait au pire. Elle arrêta de crier, et regarda son amie, la suppliant de se taire de ses yeux désespérés.

- Cinq...

- Arrête Mérida, je t'en prie...

Ca ne lui était pas venu à l'esprit qu'elle était presque en train d'avouer. Mérida, elle, sentit qu'elle avait gagné la partie. Les lèvres de l'archère s'étirèrent en un sourire victorieux.

- Cinq, reprit-elle, tu la bouffes des yeux à chaque cours, et maintenant je comprends pourquoi. Six, acheva-t-elle d'une voix beaucoup plus douce, beaucoup plus compréhensive, je te vois parfaitement tomber amoureuse d'elle, en fait.

C'est cette dernière remarque qui mit le coup final, et Anna fut incapable d'empêcher ses larmes de couler et sa gorge de se nouer et se dénouer au rythme de ses sanglots. Mérida passa un bras autour de ses épaules et poursuivit de sa voix adoucie.

- Tu vas continuer à dire que je me trompe, alors qu'on sait très bien que c'est la vérité, ou tu vas enfin tout me raconter ?

- Je lui ai promis de ne rien te dire... hoqueta Anna entre deux sanglots qu'elle étouffa dans le creux entre la nuque et l'épaule de Mérida, rompant sa promesse par la même occasion.

- Hey, tu ne m'as rien dit ! J'ai deviné, c'est tout !

- Si c'est si évident, tout le monde va le savoir ! Oh non Mérida, personne ne doit jamais le savoir, d'accord ? s'exclama Anna d'un ton désespéré en relevant la tête. Sinon elle... J'veux pas qu'on l'envoie au tribunal à cause de moi !

- Je te promets que ça n'arrivera pas. J'irai jurer devant la Bible que tu ne sors pas avec elle s'il le faut.

- On n'est pas aux States, Mérida ! Personne ne jure sur la Bible ici.

- Ah. Ouais. Peu importe le bouquin. Par contre il faudra faire jurer les autres aussi.

Le cœur d'Anna loupa un ou deux battements.

- Q-quels autres ?

- Bin Rap', Tiana, Kris et Alice... J'suis pas Sherlock, j'ai pas rassemblé tous mes indices toute seule, tu sais.

La petite rousse se prit la tête dans ses mains.

- Sérieusement, vous voulez ma mort ou quoi ?

N'ayant plus aucun argument pour contrer les insistances de l'archère, Anna finit par tout lui raconter. La force qui lui écrasait le dos depuis la révélation de Hans la veille n'avait pas diminué, mais elle avait l'impression qu'un autre poids, presque aussi lourd, venait de quitter ses épaules.

Enfin, elle ne mentait plus à Mérida.


- Mérida ?

- Hmmm ? répondit l'archère depuis son lit, à quelques mètres du matelas où était allongée Anna, sur le sol de sa chambre.

- Merci de l'avoir bien pris.

Mérida repoussa sa couette, et s'assit sur le bord de son lit.

- Merci de me l'avoir dit.

- Bah, je ne te l'ai pas vraiment dit, vu que tu as tout deviné.

La grande rousse resta quelques instants silencieuse, puis reprit, à voix basse.

- Tu sais... j'y pensais tout le temps. Tous les jours. Ca me... ça me mettait en colère, vraiment. J'ai cru que j'étais jalouse - non, en fait j'étais jalouse, de cette fille sur qui tu craquais tant. Je t'en voulais de ne rien me dire. Non, je sais maintenant pourquoi, dit-elle avant qu'Anna ne l'interrompe. Mais... j'avais l'impression de n'être pas assez bien, pas à sa hauteur, de ne pas pouvoir mériter ta confiance. Je ne pouvais rien faire pour changer ça.

- Mérida...

- Et puis il y avait aussi cette meuf à qui tu parlais sur Internet. Qui avait ta confiance, elle. Ca m'a foutu les boules... Je comprends, maintenant. Sûrement qu'à ta place j'aurais fait pareil. C'est pas quelque chose que tu cries sur tous les toits.

- Y'a... y'a une autre raison pour laquelle je ne t'ai rien dit, murmura Anna.

La jeune fille se redressa et s'assit sur son lit, face à son amie. Elle hésitait à poursuivre, mais maintenant qu'elle avait commencé, il était trop tard pour se taire. Ses mains tremblaient, sur ses genoux. Plus que tout le reste, elle redoutait désormais la réaction de Mérida.

- Je... j'avais peur que tu le prennes mal, avoua-t-elle, et que tu détestes Elsa... comme tu as détesté Hans.

L'archère ouvrit des yeux ronds. Anna serra nerveusement ses mains sur l'oreiller qu'elle tenait contre sa poitrine.

- Hans était un connard, dit finalement Mérida. Et avant que tu contestes, rappelle-toi tout ce qu'il t'a dit, et tout ce qu'il t'a fait. Il était vraiment pas assez bien pour toi, ajouta-t-elle en un murmure.

- Et Elsa, est-elle assez bien pour toi ?

Mérida resta silencieuse si longtemps qu'Anna crut qu'elle ne répondrait jamais. Puis, elle poussa un soupir, comme si elle venait finalement de trouver ses mots.

- Elle a pris un sacré risque en s'ouvrant à toi. Fallait oser. J'pense qu'il faudrait vraiment aimer quelqu'un pour accepter de se mettre en danger comme ça... Mais...

- Quoi ?

- … Laisse tomber. J'veux juste... je ne veux pas que tu sois malheureuse, Anna.

Anna eut beau insister, la grande rousse refusa d'en dire plus, d'expliquer davantage ce qu'elle ressentait. Cela signifiait-il qu'elle acceptait Elsa ? Mais est-ce que ça avait la moindre importance, qu'elle l'apprécie ou non ? Je fais ce que je veux après tout, Mérida n'a pas à choisir pour moi ! voulut-elle s'écrier. Mais Mérida l'avait avertie, pour Hans. Elle l'avait prévenue dès le début, l'an dernier. Si elle l'avait écoutée, rien de tout ça ne serait arrivé.

Peut-être même que si elle lui avait fait confiance et qu'elle lui avait dit, le jour où elle lui avait demandé si elle craquait sur quelqu'un, qu'elle était amoureuse de sa prof de maths, la catastrophe provoquée par les révélations de Hans n'aurait jamais eu lieu. Alors oui, son avis comptait.

L'archère ayant cessé depuis un moment de parler, Anna finit par arrêter de gamberger, puis s'endormit.


- Ca va derrière ? demanda Anna sans quitter la route des yeux.

- Ouais.

Les mains de Mérida étaient serrées autour de sa taille, et quand elle freinait, son casque se cognait parfois contre le sien.

Dans une rêverie éveillée, elle imaginait Elsa derrière elle sur son scooter, comme si les bras de l'archère étaient les siens. Elle pouvait presque les sentir, ses mains sur son ventre. Les sentir remonter lentement vers sa poitrine.

Elle n'avait pas oublié les caresses de l'autre jour.

Je me demande si elle a déjà fait de la moto... Elle ne la voyait pas du tout sur un deux-roues, ni même sur un vélo. Au contraire, elle l'imaginait plutôt dans le bus, plongée dans un livre et les yeux concentrés. Une sorte d'Hermione Granger aux longs cheveux blonds.

Anna était contente d'arriver en même temps que Mérida au lycée. Sa présence seule dissuaderait sans doute pas mal d'imbéciles de la harceler, et même si quelqu'un décidait de faire une scène malgré tout, elle était certaine de pouvoir bien mieux se défendre avec son amie pour la soutenir.

La veille, Gerda avait pris un bon moment pendant le cours de méthodologie pour parler de cette affaire, expliquant le danger des rumeurs, ce qu'était la diffamation, puis comme toute la classe donnait son avis et que ça commençait à devenir un débat mouvementé, elle avait coupé court en parlant d'homophobie, de sexisme et de harcèlement en milieu scolaire, en insistant sur leurs dangers respectifs, et les conséquences que ça pouvait entraîner sur des élèves fragiles. Anna savait que ça ne ferait pas taire tous les hargneux, mais elle était tout de même profondément reconnaissante envers sa prof d'histoire-géo. C'est Clayton qui devrait prendre des leçons sur l'homophobie et le harcèlement...

Les deux TP de la matinée se passèrent sans encombre (à part qu'elle renversa tout un bécher plein d'une substance inconnue sur sa blouse, et qu'elle observa des cailloux en SVT. Le prof suggéra même qu'il fallait les lécher pour bien les étudier !), et comme souvent les vendredi, elle passa sa pause déjeuner en compagnie de ses amis des autres classes. A son grand étonnement, personne ne lui demanda qui était sa copine, personne ne parla de sa prof de maths. Elle en fut tout d'abord soulagé, avant de se dire que Mérida avait sans nul doute tenu tout le monde au courant, rendant inutile pour eux de lui poser la question.

La situation était étrange. Ses amis du lycée, au courant de sa relation avec une prof ? Pour elle qui avait promis de garder le secret le plus complet, c'était un échec total.

L'après-midi la rapprocha du moment le plus difficile de la journée : deux heures de maths à ne rien faire qui puisse révéler quoi que ce soit. Elsa avait le visage encore plus fermé que la veille. L'adolescente laissa échapper un gros soupir en s'effondrant sur sa chaise à côté de Mérida.

- Vivement ce week-end, j'ai hâte que cette semaine de merde se termine, dit-elle à son amie dans un murmure parfaitement audible.

Comme si leur relation n'était pas assez difficile comme ça, maintenant le simple plaisir de la regarder en classe lui était ôté. Au moins Hans était toujours exclu. Maigre consolation. Il reviendrait lundi, et les ennuis repartiront de plus belle.

Quand, aux alentour du milieu de la séance, l'enseignante vint à leur table pour vérifier leur travail, ce fut bref et sans la chaleur habituelle dans ses yeux bleus. Mais pour l'archère, qui n'avait jamais eu, elle, de manifestation discrète d'affection de la part de la prof, tout paraissait normal, et elle ne comprit pas pourquoi Anna était soudainement si déprimée.

C'est seulement après le cours, alors qu'elle cherchait ses gants dans son sac pour enfin quitter le sous-sol glacial du lycée, qu'elle découvrit la lettre.

La feuille de papier était glissée dans son sac, et en la dépliant, l'adolescente reconnut une écriture nette et serrée qui lui était familière. Celle qui accompagnait en général les notes sur ses devoirs de mathématiques.

C'était l'écriture d'Elsa.

« Anna,

Je sais que c'est lâche de dire ceci par écrit, d'autant plus que j'étais devant toi il y a peu de temps. Ce que j'ai à dire est assez douloureux, et il était trop dangereux et compliqué de te le dire de vive voix.

Rassure-toi, je ne souhaite pas rompre avec toi, du moins pas vraiment. Mais seulement, il nous faut arrêter de nous voir. Arrêter totalement.

Nous pouvions difficilement être plus discrètes que nous l'étions, et Hans, si au début il cherchait juste, par curiosité et jalousie, à savoir qui j'étais, maintenant et après la sanction qu'il a eu, il va vouloir se venger. Il n'a pas eu de scrupules à te suivre jusque chez moi, qui sait ce qu'il est capable de faire à nouveau. Et peut-être que la prochaine fois, il aura un film ou une photo comme preuve.

Je ne peux pas prendre ce risque. Car, comme tu l'as vu, M. Clayton est resté assez sceptique. Il doit avoir des doutes. Sans doute parce que c'est une situation qui lui déplaît, et qu'il condamnerait notre relation s'il était au courant. Je ne peux malheureusement compter sur la bienveillance de personne.

Malgré tout l'amour que je te porte, je ne peux risquer de détruire tout ce qu'il m'a fallu des années à obtenir. Car si jamais par témérité ou négligence, j'ai été renvoyée (ou pire ! Tu sais que je risque même la prison !) pour être sortie avec toi, j'aurais gâché ma vie, tout fichu en l'air. Je ne suis pas capable de faire une telle folie. Je pense que tu peux le comprendre. Je sais que tu as bientôt dix-huit ans, et qu'à partir de ce moment, nos ennuis seront moindres, mais même ça je ne peux le parier.

Je sais que ça va nous être très douloureux, à l'une comme à l'autre, de nous voir presque tous les jours, si indifférentes. T'avoir devant moi si souvent, et ne pouvoir te parler directement, te toucher, t'embrasser, sera une véritable torture.

Je te donne rendez-vous après les résultats du bac. A ce moment-là, tu n'appartiendras plus à ce lycée, et nous serons enfin libres.

Je t'aime.

Elsa »

Sans qu'elle ne s'en rende compte, ses genoux s'étaient dérobés sous son poids. Anna s'effondra sur le sol froid et poussiéreux, sa main serrée autour de la lettre à demi chiffonnée. Des larmes coulaient le long de ses joues, mais elle ne réalisa pas tout de suite qu'elle pleurait. Comme si tous ses sentiments, toutes ses sensations, venaient de disparaître de son corps, ne laissant plus qu'une douleur impossible à quantifier.

Le bruit de pas descendant les escaliers la tira de son état de stupeur. Elle ne savait pas qui c'était, mais elle n'était définitivement pas en état de parler avec qui que ce soit. Elle fourra la lettre dans sa poche et enfourcha son scooter. Une demi-minute plus tard, elle filait sur le boulevard.

Loin de la torpeur dans laquelle elle se trouvait quelques instants plus tôt, son cerveau était maintenant en pleine ébullition. Pourquoi Elsa lui avait-elle écrit une telle lettre ? Pourquoi ne l'avait-elle pas appelée ? Avait-elle perdu, s'était-elle débarrassée du téléphone qu'elle utilisait jusqu'à présent pour communiquer avec elle ?

Tout en s'efforçant de faire attention aux autres conducteurs, elle réfléchissait aux mots d'Elsa.

- Gardons notre calme, murmura-t-elle pour elle-même.

Elsa ne la quittait pas et elle l'aimait toujours, c'était ça le plus important. Hans allait effectivement être un obstacle gênant, mais elles allaient bien trouver des moyens de le contourner. Elles n'avaient peut-être pas forcément besoin d'être dans la même pièce pour passer du temps ensemble.

Arrêtée à un feu rouge, elle ôta son gant et sortit son portable de la poche de son blouson.

« Je viens de lire ta lettre. Trop risqué pour se voir pour l'instant, mais on peut toujours s'appeler et s'envoyer des sms, au moins. C'est déjà ça. »

Elle redémarra. Elle sentit le petit appareil vibrer alors qu'elle était à un autre feu, près de la statue de Jeanne d'Arc. Elsa allait forcément être rassurée, elles allaient planifier des rendez-vous par skype et ce genre de choses, c'était obligé.

« Non Anna. Il faut qu'on arrête tout. On ne peut pas continuer comme ça. »

Son cœur et ses poumons arrêtèrent de fonctionner. Elle avait mal lu, ou bien Elsa avait mal écrit. Elle n'avait pas pu lui dire une chose pareille !

Elle avait mal, et c'était une douleur physique, comme si des mains venaient d'entrer dans sa cage thoracique pour déchirer son cœur en deux. Sa main vibra à nouveau, et elle le sentit résonner dans tout son organisme, la secouant de l'intérieur. Elle avait envie d'ignorer le message, de jeter son téléphone dans une bouche d'égout, mais au lieu de ça elle ouvrit le dernier sms avec des mains tremblantes. Ca ne pouvait qu'être Elsa disant que son correcteur orthographique avait déformé ses mots. Oui, ça ne pouvait être que ça.

« Je suis désolée. Je n'ai pas le choix. Adieu Anna. »

WAIT, WHAT ?

Comme si un bouton venait d'être pressé à l'intérieur de sa tête, la douleur laissa instantanément place à la colère. Si Elsa pensait vraiment qu'elle allait accepter ces conditions insensées sans réagir, c'était bien mal la connaître !

Lorsque le feu passa au vert, elle tourna à gauche au lieu de tourner à droite, et se gara devant l'immeuble familier. Elle se retourna. Personne, pas de Hans à l'horizon, et la Mini bleue et la voiture de Mme Bulda étaient toutes les deux bien garées.

En un temps record, elle se trouva au quatrième étage.

Elle s'immobilisa, le poing tendu devant la porte. La dernière fois qu'elle avait hésité comme ça avant de frapper, elles n'étaient pas encore ensemble, et c'était il y a presque deux mois. Repoussant au fond de son estomac la boule d'appréhension qui lui remontait dans la gorge, elle toqua trois fois.

- Elsa, s'il te plaît... Je sais que tu es là.

Il n'y eut aucun bruit, aucune réponse. Peut-être qu'elle était dans sa chambre et qu'elle ne l'avait pas entendue. Elle songea un instant à partir, lorsqu'elle entendit des bruits de l'autre côté. Puis, la voix de son amoureuse. Qui ne lui ressemblait plus du tout.

- Va t'en, Anna.

La voix était sèche, le ton cassant. Elle le ressentit aussi durement qu'un coup porté dans le ventre. Elle vacilla un instant sur ses pieds, puis recomposa sa posture, les poings serrés et le menton levé.

- Attends Elsa !

La voix étouffé lui parvint de nouveau, de l'autre côté de la porte.

- S'il te plait Anna, ne rends pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont déjà. J'ai été très claire dans ma lettre : je ne peux pas, et tu le sais très bien !

- Mais...

- Je n'aurais même jamais dû accepter au départ ! s'exclama Elsa d'une voix qui avait maintenant l'air désespérée. C'était une mauvaise idée, je le savais depuis le début ! Comment voulais-tu que ça puisse rester secret pendant six mois ?

Les mains, dans sa poitrine, continuaient de réduire son cœur en lambeaux. Entendre Elsa qualifier leur aventure romantique de « mauvaise idée » lui faisait beaucoup plus de mal qu'elle ne l'aurait cru. Pensait-elle vraiment tout ce qu'elle lui disait ?

Elsa poursuivit, plus doucement cette fois.

- Je te retrouverai en juillet... si tu veux toujours de moi à ce moment-là...

Quoi ? Bien sûr qu'elle voudrait toujours d'elle en juillet, comment pourrait-elle cesser de l'aimer ? Comme si ce genre de sentiments pouvaient disparaître comme ça ! Oublierait-elle qu'elles se verront presque tous les jours ?

Anna prit une grande inspiration. Elle ne pouvait pas laisser Elsa tirer un trait sur tout ça. Elle se battrait, s'il le fallait. Mais pas dans la cage d'escalier, pas comme ça.

- Elsa, laisse-moi entrer, dit-elle d'une voix ferme. Juste une minute !

- Non.

- S'il te plaît ! Je ne vais pas rester dans le couloir avec tous tes voisins qui peuvent m'entendre !

- Je t'ai déjà dit de t'en aller. Ca ne sert à rien pour toi de rester là.

- Mais...

La boule était revenue dans sa gorge, l'empêchant à nouveau de respirer. Son cœur tambourinait si fort qu'elle avait l'impression qu'il était monté entre ses oreilles. Les larmes brûlantes et piquantes forçaient leur chemin à travers ses paupières, et traçaient leurs ornières le long de ses joues.

Elle donna un petit coup de poing dépourvu d'énergie sur la porte.

- … pourquoi tu ne m'ouvres pas ? murmura-t-elle d'une voix brisée.

Face au silence, ses genoux cessèrent de la soutenir, et elle tomba sur le sol. Elle s'appuya contre la porte, cette porte qu'elle haïssait désormais, sa joue contre le bois qu'elle trempait de se larmes.

- Parce que si je te laisse entrer, je ne serai jamais capable de me retenir de t'embrasser...

C'était à peine plus qu'un murmure, et Anna crut d'abord qu'elle avait mal entendu, ou qu'elle avait rêvé. Puis elle entendit un bruit, de l'autre côté de la porte. Elsa venait à son tour de glisser vers le sol, et le son était celui de son crâne cognant doucement contre la porte - ces trois putains de centimètres qui la séparaient de son ex-amoureuse.

- Elsa ?

Elle s'interrompit quelques secondes, et ravala ce qu'elle s'apprêtait à prononcer. C'était inutile d'insister ou d'essayer de la faire changer d'avis.

- Je t'aime, Elsa.

Si elle avait cru que la lecture de la lettre ou les mots de l'enseignante tout à l'heure l'avaient rendue triste, ce n'était rien comparé à la torture qu'elle ressentait en entendant à travers la porte Elsa éclater en sanglots.

La petite rousse enfouit sa tête dans ses bras et laissa ses propres larmes couler, écho de celles de sa prof, sa prof en danger, sa prof qui ne pouvait pas l'aimer.


Anna était toujours assise contre la porte d'entrée lorsque Olaf arriva.

En la voyant, il comprit tout de suite ce qu'il venait de se passer. La lycéenne se leva et se jeta dans ses bras, et il la serra maladroitement contre lui tout en murmurant des mots de réconfort. Que pouvait-il dire ? Bien sûr qu'il voulait qu'elle soit heureuse, qu'elles soient heureuses toutes les deux, mais Elsa avait raison, tout était bien trop risqué, bien trop dangereux, et quel autre choix pouvait-elle avoir ?

Il préférait voir Anna et Elsa malheureuses pendant quelques mois que de voir sa meilleure amie, sa sœur d'adoption, condamnée pour le simple fait d'aimer.

Anna partit, finalement, et lorsqu'il n'entendit plus le bruit de ses pas dans les escaliers, il ouvrit la porte.

Si seulement il était un expert en amour ! Il donnerait n'importe quoi pour avoir les mots parfaits pour réparer tout ça.


Anna n'était pas encore arrivée à son scooter quand son téléphone se mit à vibrer. Pensant qu'il s'agissait sans doute d'un message de sa mère ou de Mérida, elle faillit l'ignorer. C'était Elsa, mais ce n'était pas un sms. Elle lui envoyait une chanson.

Anna connaissait la chanteuse, Tracy Chapman, surtout pour sa chanson Revolution, mais ce titre-là ne lui disait rien du tout. Elle glissa ses écouteurs dans ses oreilles avant d'enfiler son casque et de rentrer chez elle.

If you wait for me
Then I'll come for you

Elle reconnaissait la musique, mais elle n'avait jamais fait attention aux paroles jusqu'à présent. Elle n'avait jamais été forte en anglais, mais elle maîtrisait suffisamment la langue pour comprendre les mots qui résonnaient dans ses oreilles.

If you think of me

Comme elle ne pouvait rien faire pour les empêcher de couler, ses mains étant occupées à guider son véhicule, ses larmes tièdes glissèrent le long de son visage jusqu'à son cou enserré par son casque.

If you miss me once in awhile

Une partie d'elle sentait son écharpe qui devenait humide, qui devenait glacée, qui l'étranglait comme des mains cadavériques serrées autour de sa gorge.

Then I'll return to you

Le reste de son corps ne se rendait plus compte de rien. Il y avait un vide quelque part près de son cœur, et toutes ses émotions s'y écoulaient, comme aspirées par un trou noir.

I'll return and fill that space in your heart

Elle laissa son vespa dans l'allée devant chez elle, négligea de l'attacher, et monta directement dans sa chambre. Une fois dans la petite pièce, elle ôta ses chaussures et se jeta sur son lit.

Remembering - Elle avait envie de maudire tout ce qui s'était immiscé entre elle et sa jolie blonde aux yeux bleus - Your touch - Hans - Your kiss - Clayton - Your warm embrace - elle-même qui n'avait pas su contenir sa patience - I'll find my way back to you - elle qui avait voulu tout et tout de suite.

If you'll be waiting

Elle qui n'avait pas cru aux conséquences.

Please say you'll be waiting

Avec ses écouteurs qui diffusaient la chanson en boucle, elle n'entendit pas ses parents toquer à la porte, écouter ses sanglots, s'échanger des regards inquiets et interrogateurs. Elle ne se demanda pas pourquoi on ne l'appelait pas pour dîner.

Together again
It would feel so good to be in your arms

Elle n'avait pas faim. Comment une sensation aussi triviale aurait-elle pu trouver une place sans son cerveau agité ?

If you can make a promise
If it's one that you can keep
I vow to come for you

Elle s'endormit, épuisée par ses propres sanglots. Tracy Chapman continuait de chanter sa chanson, et dans un sommeil dominé par le chagrin, elle s'y raccrocha comme à une promesse.

If you wait for me.


(Si tu m'attends
Je reviendrai vers toi
Si tu penses à moi
Si je te manque un peu parfois
Alors je reviendrai
Je reviendrai pour remplir ce vide dans ton cœur.

Tant de souvenirs
Tes caresses
Tes baisers
Ta chaleur
Je trouverai mon chemin pour revenir vers toi
Si tu m'attends
S'il te plait, promets-moi que tu vas m'attendre.

De nouveau ensemble
Ce serait si bon d'être dans tes bras
Si tu peux faire une promesse
Si c'en est une que tu peux tenir
Je jure de revenir vers toi
Si tu m'attends.

The Promise - La Promesse)


Je peux vous demander une faveur ? Est-ce que chaque lecteur ou lectrice pourrait laisser une review (courte ou non, logguée ou non) sur ce chapitre ? Je suis curieuse de savoir combien de personnes en tout lisent vraiment cette histoire :)

A la semaine prochaine,

Ankou