Bonsoir !
Oui je sais, il est tard, mais tant qu'il n'est pas minuit, le chapitre ne se transforme pas en citrouille. Pour ma défense, j'ai eu trop de travail aujourd'hui pour le faire au boulot, et ensuite j'avais un atelier « fabrication de bâtons de combat en mousse et latex » en vue d'un jeu de rôle où on va se taper dessus (entre autres). Sans parler du fait que le site a mis une bonne demie heure pour accepter d'uploader mon document.
Bilan de la semaine passée : Wow, je ne m'attendais vraiment pas à autant de messages ! Rien que mercredi, j'ai bien eu une alerte toutes les dix minutes, bande de fous (cœur).
Merci donc aux 7 guests, aux 5 garçons (s'il y en a d'autre, leur review ne le sous-entendait pas, il faudra en laisser une autre!), aux 9 personnes qui ont pleuré (câlins !), aux 8 personnes qui ont lu ma fic en une nuit et aux 12 fans de Mérida (les meilleurs). Et le plus gros de tous les mercis à ceux qui commentent à chaque chapitre (double cœur).
En vrac parce que si je répondais à chaque review, ce serait plus long que le chapitre :
- On m'a conseillé la lecture de Love Lessons 9 (Elsanna prof/élève, en anglais). Je ne connaissais pas, j'ai lu, j'ai bien aimé, mais j'ai trouvé que ça allait un peu trop vite à mon goût (1er rdv deux semaines après la rentrée...)
- J'aimerais bien mettre plus de maths pour rendre les cours plus vivants (oui oui ça m'a été demandé :p) mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, je suis une quiche en maths ^^
- Mulan va revenir. Très vite.
Un gros big up tout particulier à Lounils qui m'a sévèrement débloquée pour l'écriture des chapitres post-34. Grâce à elle, il y aura un chapitre mercredi prochain (Une ola des pouces pour Lounils !)
Chapitre 33
Anna serrait son téléphone contre sa poitrine. Elle s'était levée une demie heure plus tôt, après une nuit chaotique où elle n'avait fait qu'alterner le sommeil, les larmes et les mauvais rêves.
A son réveil, Anna avait découvert devant sa porte un plateau avec un bol, ses céréales préférées et une bouteille de lait. Elle n'avait pas de frères et sœurs, donc ce geste attentionné ne pouvait venir que de ses parents. Ses parents qui avaient compris que quelque chose n'allait pas, et qui lui laissaient le temps et l'espace pour digérer ça toute seule.
Hier, elle n'avait voulu parler à personne. Mais aujourd'hui, maintenant que ses glandes lacrymales semblaient s'être taries et devaient reconstituer leur stock, elle ressentait le besoin de se confier, à n'importe qui. Elle avait un énorme sac d'émotions à vider.
Trinity ? Non, même si elle était sa complice qui l'avait aidée à accomplir ce grand forfait qu'était sortir avec sa prof de maths. Or, comme pour tout forfait, elle s'était fait prendre. Et elle pensait savoir comment Trinity réagirait. Elle lui dirait qu'elle connaissait les règles, qu'elle les avait acceptées, c'était inutile maintenant de se lamenter d'avoir perdu le jeu.
Kristoff ? Peut-être. Mais ce serait bizarre de se confier à lui maintenant alors qu'elle lui avait caché jusqu'à présent la vérité. Elle ne voulait pas lui donner l'impression de l'utiliser.
Mérida ? Elle avait un entraînement tout l'après-midi, comme chaque samedi.
Où sont les amis quand on a besoin d'eux ?
Et Elsa ? Arrivait-elle à se réconforter auprès de quelqu'un, ou bien tous ses amis considéraient-ils eux aussi qu'elle avait joué avec le feu, et qu'il était trop tard pour se plaindre de s'être brûlée les doigts ? Peut-être qu'Elsa n'avait parlé d'elle à personne excepté Olaf, et ni ses amis ni sa famille ne pouvaient faire quoi que ce soit pour lui remonter le moral. Ouais, c'était surement ça. Elle ne voyait pas du tout Elsa raconter à tout son entourage qu'elle sortait avec une de ses élèves.
Assise sur son lit, les pieds enfouis dans d'énormes chaussettes roses affreuses mais délicieusement douces et chaudes, elle prit son téléphone et commença à pianoter. « Prends soin d'Elsa s'il te plaît », écrivit-t-elle. Mais elle resta le pouce suspendu au-dessus du numéro d'Olaf, sans finalement l'envoyer. C'était évident qu'il prendrait soin d'elle. Il était sûrement en train de sécher ses larmes, à l'heure qu'il est.
Le souvenir de sa prof en train de pleurer fit grossir la boule qui obstruait déjà sa gorge. Elle se mordilla les lèvres et repoussa de nouvelles larmes du revers de la main.
Si seulement elle pouvait la réconforter. La serrer dans ses bras. Lui murmurer des mots apaisants. Lui dire que c'est pas grave, que ce n'est que quatre mois, dix-sept semaines, cent dix-neuf jours, et à peine soixante-six heures de mathématiques... Qu'après ça, elles iraient ensemble au resto en se tenant la main.
Anna empoigna son téléphone et composa une fois de plus le numéro de Mérida.
Allez, Robin des Bois, décroche !
Mérida ne répondit pas.
- Mérida ?
L'archère coupa momentanément l'eau en entendant la voix de son entraîneur à l'entrée du vestiaire.
- Ouais ?
- Il y a une fille pour toi dans le hall.
- J'finis ma douche et j'arrive !
Elle acheva de rincer la mousse du gel douche en essayant de garder ses cheveux au sec. Elle avait vu la série d'appels en absence et le sms ambiance « il faut que je te parle » d'Anna un peu plus tôt, pendant son entraînement. Elle avait prévu de la rappeler sitôt qu'elle était dehors. Mais ça devait être vraiment grave pour qu'Anna se déplace jusqu'à son club.
Vu le contexte actuel, elle ne voyait qu'une seule raison : Winter flippait trop et venait de la plaquer.
L'archère sortit de sa douche et serra une serviette autour de son corps avant de retourner dans le vestiaire.
- Salut, Mérida !
Oh putain de merde...
Ce n'était pas Anna.
C'était Mulan.
La grande rousse fit un bond en arrière en voyant l'asiatique, debout au milieu de la pièce. Elle ne s'était absolument pas préparée à la voir, et putain, elle était nue !
- Mulan ! Salut ! Heu, ça va ? Je... je m'habille et je suis à toi. Enfin je... c'est pas ce que je voulais dire, je...
Ca y est je me mets à cafouiller, on dirait Anna.
Elle prit une grande inspiration pour refouler le rouge de ses joues, et s'approcha de la fille aux cheveux noirs, qui avait les joues presque aussi rouges que ses propres cheveux.
- Excuse-moi, il faut que je prenne mes fringues. J'en ai pour une minute, ajouta-t-elle en se réfugiant dans la cabine de douche.
Le sol était trempé et elle détestait ça, mais elle ne pouvait quand même pas se mettre à poil devant Mulan. Quelle idée de l'attendre dans le vestiaire, aussi ! Elle ne pouvait pas rester dans le hall ? Et puis d'abord, qu'est-ce qu'elle faisait là, sérieux ?
Son cœur battait aussi vite que lors d'une course autour du terrain.
Une fois convenablement vêtue, même si le bas de son pantalon était évidemment mouillé maintenant, elle retourna dans la pièce. Mulan, qui était assise sur le banc, se leva à son arrivée.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda la grande rousse, en luttant pour garder un ton neutre.
- J'ai pris le train. C'était pas si long, tu sais.
L'asiatique esquissa un sourire timide qu'elle trouva diablement charmant.
- Pourquoi ? ne put-elle s'empêcher de demander.
- Il fallait que je te voie. Je... j'arrête pas de penser à toi.
Elle baissa les yeux et Mérida se mordilla les lèvres. Que répondre à ça ? Ah c'est cool, la réciproque n'est pas vraie, désolée. En plus de passer pour un monstre, elle serait une sacré menteuse. Elle pensait à Mulan bien plus souvent qu'elle ne l'aurait voulu. Elle n'était simplement pas la seule personne à qui elle pensait.
La vibration de son portable mit fin à ce silence gênant. Il était posé sur le banc, juste à côté de Mulan. Elle s'approcha de l'asiatique pour attraper son téléphone, et quelque chose se contracta dans son ventre lorsqu'elle l'effleura au passage.
Elle avait quatre appels en absence, dont deux qui dataient d'une dizaine de minutes plus tôt, lorsqu'elle était sous la douche.
- Anna a un problème, murmura Mérida. Elle n'arrête pas de m'appeler.
- Je pensais qu'on pourrait passer un peu de temps toutes les deux, coupa Mulan. On pourrait aller dans un café, qu'est-ce que tu en dis ?
Jamais Mérida n'avait été aussi indécise. L'asiatique avait un regard à la fois effrayé et plein d'espoir (et dieu que ses yeux étaient jolis). Elle avait envie d'accepter, de passer du temps avec cette fille qu'elle aimait beaucoup, qu'elle trouvait sacrément belle et qu'elle admirait pour son jeu et son sens de la répartie. Mais elle savait bien ce qui risquait de se passer si elles commençaient à passer du temps ensemble. Et si elle disait non ? Mais Mulan aurait fait tout ce chemin pour rien. Elle croirait alors qu'elle la méprise et qu'elle n'en a rien à faire d'elle, qu'elle se moque d'elle depuis le début. Or c'était on ne peut plus faux.
- D'accord, accepta finalement Mérida. J'peux juste appeler Anna ? Je te rejoins dans cinq minutes.
- Ok...
Lorsque Mulan eut quitté le vestiaire, elle prit son téléphone et appela immédiatement sa meilleure amie, qui s'empressa de tout lui raconter. Bingo, c'était bien Winter qui avait joué la carte de la rupture. C'était évident, quelque part Winter était bien trop sérieuse pour continuer quelque chose d'aussi risqué.
- Qu'est-ce que tu vas faire ? demanda l'archère avec inquiétude.
- Rien ! Qu'est-ce que je peux faire, de toute façon ?
- Mais tu l'aimes ! s'exclama-t-elle.
- Oui, je l'aime ! cria Anna, en larmes, au téléphone. Mais j'ai pas le choix ! Elle a raison, Hans ne va pas nous lâcher d'une semelle, et je veux pas que... qu'il lui arrive des horreurs à cause de moi.
- Alors tu vas la laisser partir, comme ça ? Sans rien faire ?
Elle n'était pas stupide, elle comprenait bien les arguments de Winter, mais putain, elle supportait vraiment pas d'entendre Anna pleurer.
- Jusqu'au bac, dit Anna en retenant ses sanglots. C'est jusqu'au bac, et après plus rien ne se mettra entre elle et moi.
Après quelques mots de réconfort, maladroits comme toujours dans ce genre de situation, elle promit à Anna de passer la voir le lendemain après-midi, et de répondre à tous ses textos d'ici là. Fourrant son portable dans sa poche, elle attrapa son sac de sport et rejoignit Mulan dans l'entrée. L'asiatique avait un sourire inquiet, un peu timide, et en même temps, Mérida n'avait pas besoin d'un dessin pour voir qu'elle était aussi ravie de passer du temps avec elle.
Sans le vouloir, ses lèvres s'étirèrent en un petit sourire tandis qu'elle conduisait l'autre archère jusqu'à l'arrêt de bus. Elle avait une bonne idée de l'endroit où elle allait l'emmener.
Anna ferma la porte de sa chambre derrière elle et se jeta sur son lit.
Ses parents ne lui avaient posé aucune question au dîner. Elle ne savait pas si elle devait les en remercier ou leur en vouloir. N'avaient-ils donc pas remarqué que quelque chose n'allait pas ? Sois pas débile, bien sûr qu'ils ont remarqué. Elle n'aurait pas accepté de répondre à leur questions, de toute façon, alors leur silence était bien plus une marque d'intelligence et de respect que d'indifférence.
Comme à chaque fois qu'elle s'en éloignait plus de cinq minutes, elle se rua sur son téléphone et fit face à la désormais habituelle déception. Aucun message d'Elsa. Comme si elle allait m'écrire. Arrête de rêver, tête de pioche.
Elle avait passé la totalité de son samedi enfermée dans sa chambre, et n'en était sortie que pour dîner. Son oreiller trempé et ses yeux rougis en disaient long sur la façon dont elle avait passé sa journée. Elle eut envie d'écrire à Elsa pour la trois centième fois, et ses doigts glissèrent sur l'écran tactile de son portable, avant d'éteindre l'appareil. Non, elle ne devait pas lui écrire. Elle devait se comporter comme une adulte si elle voulait qu'Elsa s'intéresse toujours à elle dans quatre mois.
C'était devenu une nouvelle source d'angoisse. Elsa, son Elsa, l'aimera-t-elle toujours à ce moment-là ? Et si... et si elle rencontrait quelqu'un d'autre qui lui faisait changer d'avis ? Quelqu'un qui ne serait pas son élève, et qu'elle aurait le droit de fréquenter ? Quelqu'un de mieux que moi... Ca ne doit pas être si difficile à trouver...
L'idée revint au premier plan de ses pensées, et elle enfouit sa tête dans son oreiller pour étouffer ses sanglots.
Elle passa une nuit tout aussi détestable que la précédente, mais à son réveil, l'idée de rester sur son lit lui était devenue insupportable. Quand elle descendit dans la cuisine prendre son petit déjeuner, sa mère achevait le sien, jouant à un jeu style mots-croisés sur sa tablette, tout en finissant son bol de café.
- Eh bien, tu t'es levée tôt ! lança-t-elle en voyant sa fille arriver.
- J'avais faim, dit Anna.
- Est-ce que ça va mieux ?
- On verra, répondit sombrement l'adolescente.
Mme Andersen se mordilla les lèvres, une mimique qui ressemblait beaucoup à celle d'Anna lorsqu'elle était inquiète, ou contrariée. La petite rousse soupira.
- Tu voulais savoir quand j'allais remplacer Hans, bah faudra attendre encore un peu.
- Je suis désolée ma puce, dit la femme aux cheveux châtains avec une moue compatissante.
Elle se leva de table peu de temps après, déposant au passage un baiser sur le front de l'adolescente, qu'elle accompagna de quelques mots de réconforts.
De retour dans sa chambre après son petit déjeuner, Anna se rallongea sur son lit et attrapa machinalement son portable avant de l'envoyer à nouveau valser pour la peut-être cent cinquantième fois ce week-end. Elle aurait bien aimé se rendormir, mais le sommeil l'avait définitivement quitté. Si j'étais une fille sérieuse, je me mettrais au boulot. Elle était sortie avec sa prof de maths, le mot sérieuse ne pouvait plus s'appliquer à elle désormais.
Avec un long soupir qui venait du fond de ses poumons, elle se leva, s'affala dans son fauteuil de bureau et sortit son trieur de son sac. Il fallait qu'elle se mette au travail. Si ses résultats chutaient, ça ne ferait que faire culpabiliser Elsa.
Anna n'avait jamais été aussi inspirée en philo. En deux heures et sans passer par la case brouillon, elle avait rédigé plus d'une copie double, et n'en était toujours pas à la conclusion. Son portable sonna alors qu'elle cherchait des mots percutants pour amorcer sa transition.
Le numéro était inconnu, mais elle décrocha quand même, espérant à moitié entendre la voix d'Elsa. Après tout, elle avait bien deux téléphones.
- Allô ?
- J'imagine que t'es contente, dit une voix.
La petite rousse se tendit. La surprise se disputa à l'inquiétude, et à la déception.
- C-contente de quoi ?
L'espace d'un instant, elle s'arrêta de bouger et de respirer, tandis que la voix poursuivait, toujours sur le même ton désagréable et menaçant.
- Tu l'as rien que pour toi, maintenant, n'est-ce pas ?
C'est quoi ce bordel ?
C'était une voix féminine au téléphone, et définitivement pas celle de sa prof. Déformée par l'appareil électronique, elle n'arrivait pas vraiment à la reconnaître. En tout cas, cette fille ou cette femme ne faisait pas partie de son entourage.
Elle avala sa salive, son cœur désormais inquiet battant comme un petit fou.
- Qui... qui êtes-vous ?
- C'est à cause de toi que Mérida refuse d'être avec moi, hein ?
… what ? Attends, mais...
- M-Mulan ?
La fille pleurait maintenant, de l'autre côté de la ligne. Anna entendait distinctement le moindre de ses sanglots. Sa gorge se noua. Elle n'était pas sûre d'avoir assez d'empathie pour compatir avec Mulan, pas aujourd'hui, pas alors qu'elle luttait encore pour se débattre de son propre chagrin.
- Ecoute Mulan, j'y suis pour rien tu sais. J'ai rien à voir dans tout ça. J'peux essayer d'en parler avec elle si tu veux, mais elle a l'air...
- Non, ne me dis pas que tu n'y es pour rien ! cria l'archère avec un mélange de colère et de désespoir dans la voix.
- Mais je t'assure...
- Tu sais très bien qu'elle est amoureuse de toi !
QUOI ?
La surprise lui fit lâcher son téléphone. Comme au ralenti, Anna ramassa l'appareil d'une main tremblante et l'approcha à nouveau de son oreille. Puis elle secoua la tête. C'était complètement stupide.
- Tu dérailles, Mérida n'est pas amoureuse de moi.
- Ah oui ? Tu serais bien la seule à ne pas l'avoir remarqué alors !
- Et qu'est-ce qui te fait croire un truc pareil ?
La petite rousse écouta avec stupéfaction l'archère faire la liste de tous les arguments qui, selon elle, prouvaient par A+B que Mérida avait des sentiments pour elle qui étaient plus forts que de la simple amitié. Des phrases qu'elle avait prononcées, des attitudes, des comportements qu'elle avait eus, et ce alors même qu'elle ne la voyait guère plus qu'une fois tous les deux mois. Le doute commença à s'insinuer dans l'esprit d'Anna comme elle pensait à toutes les scènes auxquelles Mulan n'avait pas assisté, et qui étaient définitivement ambiguës, maintenant qu'elle y pensait.
Elle se mordilla les lèvres et secoua de nouveau la tête. Elle refusait d'y croire.
- Ca... ça ne tient pas debout, ton histoire, balbutia-t-elle.
- Et pourquoi ?
- Parce que quand j'ai dit à Mérida que je craquais sur une fille il y a plusieurs mois, elle a totalement paniqué en croyant que c'était elle. Elle était même super flippée de devoir me mettre un râteau. Si elle était amoureuse de moi comme tu dis, elle aurait dû être folle de joie.
Mulan resta silencieuse, et Anna pouvait sans problème imaginer son air surpris.
- Et tu n'es pas amoureuse de Mérida ? demanda finalement l'archère.
- Pas du tout. J'ai une copine, enfin... j'avais une copine, jusqu'à vendredi.
Son estomac se tordit douloureusement lorsqu'elle prononça ces mots. Elle avait presque réussi à oublier, pendant ces quelques instants de conversation, qu'elle s'était fait larguer par lettre interposée.
- Oh... je suis désolée.
- … Merci.
Elle s'était remise à pleurer sans s'en rendre compte, et elle repoussa ses larmes de sa manche qui n'avait pas totalement fini de sécher depuis sa dernière crise de larmes.
- Tu sais Mulan, dit petite rousse d'une voix douce, elle te kiffe, Mérida.
Il y eut un silence, puis un sanglot à demi étouffé.
- Alors pourquoi elle me rejette comme ça ?
Anna ne put empêcher un élan de solidarité de l'envahir. Elles s'étaient toutes les deux fait rejeter par la fille qu'elles aimaient, si personne ne pouvait rien pour elle, peut-être qu'elle au moins pouvait faire quelque chose pour Mulan.
- J'en sais rien, mais je vais me débrouiller pour le savoir.
Elle allait secouer Mérida si fort qu'elle en tremblerait jusqu'à ce qu'elle change d'avis.
Anna n'avait jamais compris ces filles, dans les comédies romantiques, qui soignent leurs chagrins d'amour en mangeant des glaces au chocolat tout en regardant d'autres comédies romantiques. En tout cas, jusqu'à présent. Car depuis que Mérida était arrivée, elles n'avaient rien fait d'autre que de regarder des films et des dessins animés tout en vidant consciencieusement une grande boîte de chocolats à la praline.
Elles étaient assises sur le lit d'Anna, avec des oreillers en guise de dossier, et la couette confortablement posée sur leurs jambes. Comme à chaque fois qu'elles regardaient un film ensemble, Anna était blottie contre la grande rousse, qui avait un bras autour de ses épaules. Elle avait toujours aimé quand Mérida la serrait dans ses bras. Elle se sentait en sécurité. Mais les mots de Mulan avaient réussi à semer une idée dans son esprit, et elle avait beau nier, faire la liste des contre-arguments, trouver cela ridicule, elle n'arrivait pas à faire disparaître cette maudite idée de sa tête.
Est-ce que Mérida était amoureuse d'elle ?
Elle ne pouvait quand même pas lui poser la question !
Tu fais chier, Mulan. A cause d'elle, elle ne pouvait même plus profiter simplement de passer l'après-midi avec sa meilleure amie. Mais penser à Mulan lui rappela la promesse qu'elle lui avait faite quelques heures plus tôt. Elle regarda son amie, qui fixait l'écran de télévision, inconsciente de ses tourments intérieurs. Ouais, c'était le bon moment pour en parler.
- Mérida ?
- Mmmh ?
- Est-ce que tu es amoureuse de Mulan ?
L'archère sursauta et se redressa vivement, puis recula sur le lit en s'éloignant d'Anna, comme si la question était une agression qui lui faisait avoir besoin de davantage d'espace vital.
- Pourquoi tu me demande ça ?
La réaction était beaucoup, beaucoup trop brutale, même pour Mérida. Pour la matheuse, les choses étaient claires : si son amie n'en avait rien à faire de Mulan, elle n'aurait jamais réagi comme ça.
En plus, l'asiatique lui avait dit, quelques heures plus tôt au téléphone, que Mérida et elle avaient passé l'après midi de la veille ensemble, et la grande rousse ne lui en avait pas touché un seul mot. Elle qui était sa meilleure amie aurait pourtant dû être au courant ! Alors si ça n'avait pas d'importance, pourquoi le garder secret ?
- Chais pas, je me posais juste la question.
- J't'ai déjà dit que non, grogna l'archère.
- Moi j'pense que si, dit Anna d'un ton dégagé tout en regardant l'écran.
- Bah tu penses mal.
Mérida croisa ses bras devant sa poitrine, mais son visage n'avait pas l'air en colère. Non, il avait l'air boudeur.
- Mulan est amoureuse de toi, tu sais.
Mérida ouvrit grand la bouche et les yeux, puis baissa la tête et se mit à chiffonner nerveusement la couette qu'elle tenait entre ses doigts. La remarque l'affecta bien plus qu'Anna ne l'aurait cru. Un point pour moi !
- Tu veux bien m'expliquer ce qui ne va pas ?
- … Non, grommela-t-elle, butée.
- Je t'ai tout dit pour Elsa, et c'était un super gros secret, alors pourquoi tu ne veux rien me dire ? Vous ne risquez rien à être ensemble, à ce que je sache !
- Tu... tu pourrais pas comprendre, murmura Mérida.
- Pourquoi ? s'exclama Anna, piquée au vif. J'ai eu deux relations complètement chelous, j'ai craqué pour une prof, je suis allée la voir en cachette pendant des semaines, et je ne pourrais pas te comprendre ? J'sais bien que ça fait pas de moi une experte en amour mais quand même !
L'archère garda les yeux rivés sur ses mains, et baissa la voix.
- Je... j'aime beaucoup Mulan, mais...
- Alors c'est quoi le problème ?
- … J'ai pas envie d'être amoureuse, lâcha-t-elle.
La mâchoire d'Anna se décrocha sous l'effet de la surprise. Elle n'avait jamais, jamais entendu ça.
- Attends, tu veux dire que tu fais tout ça parce que... parce que t'as juste pas envie d'être amoureuse ? Mais, poursuivit-elle alors que Mérida venait d'acquiescer silencieusement, tu peux pas contrôler un truc pareil ! Tu peux pas t'empêcher d'être amoureuse juste comme ça !
- J'sais...
- Mais, pourquoi tu fais ça ? Mulan t'aime, tu l'aimes, il est où le problème ? Vous au moins vous n'avez pas à vous cacher, personne ne vous convoquera dans le bureau du proviseur pour ça, et connaissant ton père, il va l'adorer ! Sérieux, t'as pas idée de la chance que tu as ! Je t'interdis de cracher là-dessus, t'as pas le droit !
L'archère murmura quelque chose d'une voix inintelligible.
Anna lui demanda de répéter.
Mérida secoua la tête.
- Tu ne me fais pas confiance ?
Bon, d'accord, c'était un peu facile, le regard de chien battu et la remarque sur la confiance, mais quand même, elle ne pouvait pas laisser Mérida s'en sortir comme ça. Mais quand la grande rousse ouvrit la bouche pour révéler enfin ce qu'elle gardait secret, tout en fuyant son regard, Anna commença à paniquer. Et si... et si elle lui avouait qu'au lieu d'aimer Mulan, elle l'aimait elle ? Que pourrait-elle répondre à ça ?
Si elle avait à lui mettre un râteau, leur amitié pourrait-elle en sortir intacte ? Mulan, sérieux, tu as intérêt à avoir tort.
Mérida se mordilla les lèvres, referma la bouche, l'ouvrit à nouveau, puis se prit la tête dans les mains.
- Promets-moi de ne pas te foutre de moi, dit-elle d'une voix étouffée.
- Promis-juré !
- Sérieusement...
La petite rousse leva les yeux au ciel, et posa une main apaisante sur l'épaule de son amie.
- Je te promets, Mérida, de ne pas me moquer de toi.
Elle entendit l'archère avaler péniblement sa salive. Anna retint son souffle.
- J'ai peur d'être amoureuse, souffla finalement Mérida.
- Quoi ? s'exclama Anna.
C'était donc ça ?
Elle ne se moqua pas, conformément à sa promesse, mais elle était tout de même déçue. Elle s'était attendue à quelque chose de beaucoup, beaucoup plus sensationnel. Au moins, elle n'est pas amoureuse de moi. Ha, j'avais bien raison ! T'avais tout faux, Mulan !
Mérida avait toujours la tête enfouie dans ses mains, et en s'approchant, Anna se rendit compte qu'elle pleurait. Ce n'était pas des gros sanglots, mais tout de même, il y avait des larmes qui coulaient sur son visage. Des larmes. Sur les joues de Mérida.
Incapable de rester comme ça sans rien faire, elle prit l'archère dans ses bras et la serra contre elle, comme elle avait vu Mérida le faire à maintes reprises pour la réconforter. Après d'ultimes insistances, la grande rousse finit par vider entièrement son sac.
Anna aurait dû s'en douter plus tôt. A force d'être qualifiée par tout le monde d'insensible, Mérida avait fini par s'identifier comme telle, et désormais l'idée même d'être amoureuse l'effrayait, car cela signifiait pour elle être sensible, fragile, faible, et ces adjectifs ne pouvaient pas s'appliquer à l'archère. Elle avait vu comment les gens sont malheureux après une peine de cœur. Et elle ne voulait pas, oh non, ressembler à ces gens-là, elle ne voulait pas être triste, elle ne voulait pas se transformer en une petite chose fragile. Et elle détestait, mon dieu qu'elle détestait, voir Anna être triste parce qu'elle était amoureuse et que ça ne marchait pas comme elle l'aurait voulu.
- Hey ma belle, dit Anna d'une voix réconfortante. Tu peux aimer quelqu'un sans te transformer en guimauve ! Et être amoureuse ça ne rend pas triste, ça rend heureux, la plupart du temps. J't'assure ! J'étais heureuse avec Elsa avant que Hans ne vienne tout gâcher !
Il va lui falloir des années de thérapies avant de se débarrasser d'une idée pareille...
Finalement, Anna réussit à lui faire promettre d'aller voir Mulan dès qu'elle le pourrait (elle habitait quand même à plus de cent kilomètres) et de se comporter correctement cette fois. C'est à dire que leur rencontre devrait au moins impliquer des excuses, un baiser et une déclaration d'amour.
Elsa avait elle aussi passé un week-end détestable. Et contrairement à son ex-petite amie, elle n'avait absolument aucun espoir de voir les choses s'arranger avant la fin de l'année.
Elle avait réussi à éviter de croiser Anna pendant toute la journée du lundi, mais c'était finalement un effort bien inutile, et lorsqu'elle fit rentrer ses Terminales dans la salle le lendemain après-midi, il lui fallut un impressionnant effort de volonté pour ne pas flancher en voyant la tristesse et la peine qui avaient envahi le visage et les yeux d'Anna.
C'était le moment de jouer la carte de la froide indifférence. De toute façon, elle n'avait pas le choix.
Mais elle ne put empêcher son corps de réagir de façon brutale quand un autre élève se trouva face à elle. Les couleurs quittèrent son visage lorsque Hans s'approcha, sourcils froncés et mâchoire crispée, pour lui remettre une lettre.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle en prenant l'enveloppe.
- Des excuses, grommela-t-il. M. Kai m'a dit que je ne retournerai pas en classe si je ne vous en écrivais pas.
L'enseignante retint un soupir de soulagement, et regarda l'adolescent se diriger vers sa place habituelle.
La séance se déroula sans aucun accroc. Le retour du garçon s'était fait visiblement sans encombre ni scandale, mais la piètre sincérité dont il faisait preuve dans sa lettre ne l'incitait pas à relâcher sa garde. Elle profita d'un instant où tous ses élèves étaient calmement en train de travailler pour s'asseoir, première pause depuis le début de la séance. Elle regarda discrètement son téléphone, et sentit une vague de fatigue l'accabler lorsqu'elle vit qu'il restait encore quarante minutes de cours.
Enfin, la cloche sonna, et les vingt-huit adolescents quittèrent bruyamment la salle, la laissant seule avec les piles de papiers sur son bureau, son ordinateur à éteindre et le tableau à effacer. Elle s'affala sur sa chaise et soupira. Peut-être que dans quelques semaines, elle pourrait à nouveau se permettre de regarder Anna, et de lui sourire de temps en temps.
Le chagrin n'était pas une chose facile à supporter, mais le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle avait de l'entraînement. Pendant deux années entières, elle avait porté le deuil de ses parents sans qu'un seul de ses camarades de classe ne réalise quoi que ce soit, pensant qu'elle était tout simplement réservée ou timide. Seule Belle avait remarqué que quelque chose n'allait pas. Mais il avait quand même fallu qu'elle harcèle Olaf pour en savoir plus.
Fouillant dans une poche de son sac, elle en sortit le vieux téléphone, celui qu'elle n'avait utilisé que pour communiquer avec Anna. Après l'avoir déverrouillé, elle afficha la photo qu'elle avait prise, le premier jour des vacances de février. Elle regarda Anna lui sourire, ou plutôt sourire à l'appareil, alors qu'elle était dans ses bras sur le canapé. Elle se mordilla les lèvres pour empêcher les larmes de couler. Elles avaient passé un si bon moment ce jour-là...
Deux coups secs frappés à sa porte la firent sursauter, et dans un élan de panique, elle effaça la photo, verrouilla le téléphone et le cacha à nouveau au fond de son sac, poussant ce dernier sous son bureau d'un coup de pied.
- Oui ?
La porte s'ouvrit, et l'enseignante, qui espérait à moitié à voir Anna entrer dans la classe, eut un mouvement de recul en voyant l'élève qui, après avoir fermé la porte derrière elle, se dirigeait maintenant d'un pas vif vers son bureau.
- Qu'y a-t-il, Mérida ? demanda-t-elle d'une voix neutre et professionnelle.
- J'voulais vous parler.
L'archère s'avança aussi près qu'elle le pouvait de l'enseignante tout en respectant son espace vital, puis elle poursuivit en un murmure.
- Vous parler d'Anna.
Un spasme agita les mains d'Elsa, qui fit son possible pour ne pas paraître affectée.
- Je t'écoute, répondit-elle toujours sur le même ton.
- Je suis au courant, dit l'élève, à voix basse mais sans chuchoter, cette fois.
Elsa ouvrit la bouche, mais avant même qu'elle n'ait eu le temps de réfléchir à une réponse adaptée, Mérida la coupa.
- C'est pas la peine de nier, Anna m'a tout dit. C'est pas sa faute, ajouta-t-elle comme pour protéger la promesse qu'avait faite sa meilleure amie. Je lui ai pas vraiment laissé le choix.
Elsa regarda la grande rousse avec méfiance. Bon, étant donné ce qui s'est passé, j'aurais dû m'en douter.
- Je vois...
- Vu l'état dans lequel elle était, elle n'aurait pas pu me mentir, de toute façon.
L'enseignante ne pouvait qu'imaginer l'état dans lequel elle était. Un frisson qu'elle ne put contrôler la parcourut des pieds à la tête, et elle serra ses bras autour de son estomac tout en reculant d'un pas, comme si l'adolescente venait de la frapper.
- Je sais ce que tu vas me demander, murmura-t-elle à la lycéenne, debout devant elle. Si tu es au courant de ce qu'il se passe, alors tu sais aussi pourquoi j'ai du prendre cette décision. Anna l'a bien compris,elle, et je pense que toi aussi tu es assez intelligente pour comprendre les enjeux qui se cachent derrière tout ça.
- Elle l'a compris, acquiesça l'adolescente, les bras croisés sur sa poitrine. Mais ça ne veut pas dire qu'elle en est contente.
La remarque et le ton lourd de reproche atteignirent l'enseignante en pleine poitrine.
- Parce que tu imagines peut-être que j'en suis contente, moi ? Je comprends les sentiments que tu as pour Anna, mais n'oublie pas que les autres ont des sentiments aussi. Je n'ai pas pris ces décisions dans le but de lui faire du mal. Bien au contraire, ajouta-t-elle en un murmure.
La sportive poussa un soupir, comme si c'était douloureux pour elle d'admettre la vérité dans les mots de l'enseignante. Ses épaules se relâchèrent, et elle avança d'un pas vers le bureau professoral, s'empara d'un stylo rouge et d'un morceau de papier qui était probablement un billet de retard usagé, le retourna et écrivit frénétiquement dessus.
Elsa, sourcils froncés, tendit la main et accepta le morceau de papier que Mérida lui donna.
- Qu'est-ce que...
- C'est mon numéro, coupa la grande rousse. Si jamais ça va pas.
L'adulte regarda le morceau de papier et fixa le numéro d'un air abasourdi.
- N'hésitez pas, insista Mérida.
Et sur ces mots, elle tourna les talons et sortit de la pièce. Elsa la regarda partir sans dire un seul mot, et seulement lorsqu'elle n'entendit plus le bruit de ses pas dans le couloir, elle retomba sur sa chaise comme si ses jambes venaient de fournir leur dernier effort et qu'il était impossible pour elle de rester debout. Elle tendit un bras vers son bureau et, dans un geste dépourvu d'énergie, elle rentra dans son répertoire le numéro de l'adolescente, tout en se faisant la promesse de ne jamais l'utiliser.
Ca vous a plu ?
Des bisous et à mercredi prochain,
Ankou
