Bonjour à tous !

Pas de retard aujourd'hui, ouf ! Je ne me ferai pas taper sur les doigts !

Vos retours du chapitre 33 sont mitigés, enfin surtout pour la scène de fin et l'échange de numéro. Quelques réponses à vos questions :

- S'avance-t-on vers un Mérida/Elsa ? Hmm, ce serait vraiment trop capillotracté. Je n'ai laissé aucun indice dans ce sens (à part un mattage de cul aux alentours du chapitre 18).

- Dans ce cas, pourquoi lui donner son numéro ? Je ne sais pas, je voyais bien Mérida faire ça. Comme si elle se mettait sur un pied d'égalité avec Elsa (badass). Évidemment, ça ne sera pas sans conséquences.

- Anna va-t-elle devoir choisir entre Mérida et Elsa ? Éternelle question. La réponse n'est pas pour maintenant ^^

- Hans a-t-il fini de tous nous faire chier ? Si je disais non, ce serait trop facile :p

- Quand Anna est-elle enfin majeure ? Bientôt.

Une lectrice m'a dit qu'elle n'arrivait plus à faire d'hypothèses sur la suite, pour moi c'est vraiment super, ça veut dire que je m'écarte suffisamment des sentiers battus et des scènes clichés.
J'espère que le 34 va vous surprendre. Comme je l'ai dit il y a quelques chapitres, c'est un de mes préférés. On peut presque dire qu'il correspond au climax du 2è acte. Voila, je suis nerveuse maintenant. J'espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à l'écrire.

BONNE LECTURE !


Chapitre 34

La semaine qui s'écoula fut pour Anna l'une des pire de sa vie.

L'absence d'Elsa la frappait avec violence, à des endroits de son corps, de son cœur et de son esprit dont elle ignorait jusqu'à présent l'existence, et chaque cours avec elle ne faisait qu'empirer ce qu'elle ressentait déjà.

Seule sa volonté lui permit de poursuivre ses études avec autant d'application que nécessaire.

Elle aurait préféré s'enfouir dans un terrier et n'en ressortir qu'en juillet, mais elle ne pouvait pas. Il y avait le bac, les révisions, les TP notés, les dissertations, les oraux, bref, tout un tas de choses qu'elle ne pouvait pas négliger. Elle avait été une bonne élève jusqu'à présent, ce n'était pas le moment de foutre en l'air ses sept années de collège et de lycée. Même avec la meilleure raison du monde.

Comme si les études était quelque chose qu'elle pouvait laisser de côté, de toute façons. Les élèves de Terminale avaient reçu leur livret d'orientation définitif, et Anna avait désormais à faire ses choix. Et de la décision qu'elle allait devoir prendre dépendaient toutes les années à venir.

La réalité l'avait frappé comme un coup de poing lorsque le livret bleu avait été déposé devant elle, pendant un cours d'histoire-géo. Jusqu'à présent, ce n'avait été que des intentions d'orientations, des vœux, guère plus que des idées. Des pourquoi pas ? Elle n'avait pas pensé, n'avait pas voulu penser à son futur. Un mot qui semblait trop gros, trop effrayant, trop intimidant pour l'adolescente qu'elle était. Et loin, si loin...

Elle savait bien que le bac n'était pas grand chose, et que les véritables études allaient à peine commencer, mais qu'allait-elle faire ? Quels étaient ses plans ? Avait-elle seulement des plans ?

Quand elle pensait au mot futur, un seul autre mot parvenait à y faire écho. Elsa.

Elle passa chaque instant de temps libre au CDI, à se renseigner sur les différentes universités, et ce qu'elle allait bien pouvoir faire. Fac ou prépa ? On disait parmi les élèves et les enseignants que la fac était d'un niveau beaucoup plus faible, mais d'un autre côté, avait-elle envie de ressembler à ces personnes pleines d'angoisse ou d'arrogance, selon leur rang dans le classement, qu'elle croisait parfois dans les couloirs ? Et puis, en choisissant la prépa, cela signifiait deux ans de plus au lycée. Non, il était hors de question qu'elle s'inflige deux années supplémentaires sans pouvoir être avec Elsa.

Elle refusa de sortir avec les filles et Kristoff le week-end, prétextant du travail. Elle n'avait pas vraiment envie de parler. Elle voulait noyer son cerveau sous une épaisse couche de contenu scolaire, espérant peut-être par là grappiller quelques instants sans penser à Elsa. Faux espoir, bien sûr. Entre deux exercices ou fiches de révision, elle se levait et se mettait à faire les cent pas sans but dans sa chambre. Son esprit tournait à plein régime, lui envoyait à chaque seconde des flashes et des images de sa prof, et lorsqu'elle sentait revenir la sensation désormais familière qu'était la brûlure dans ses yeux, elle retournait s'asseoir.

Sérieusement, si seulement elle pouvait mettre cette partie de son cerveau au coin et lui ordonner de se taire, ne serait-ce qu'une heure...

Ce damné livret d'orientation devenait une source de pression, lui aussi. Pendant l'heure de méthodologie du mardi matin, Gerda emmena leur groupe au CDI pour faire des recherches concernant les études supérieures. Anna, qui avait déjà passé plus d'heures que nécessaires dans la bibliothèque, resta assise sur son fauteuil préféré, faisant semblant de lire une brochure sur la fac de Lyon, alors qu'en vérité, chacune de ses pensées était dirigée ailleurs.

- Alors Anna, tu trouves ton bonheur ? demanda l'enseignante.

L'adolescente sursauta, surprise par l'arrivée non signalée de sa prof d'histoire-géo. Elle se redressa et montra la couverture de la brochure à la femme, comme s'il s'agissait de la réponse à sa question.

- Ah, bien ! Plutôt université que classe prépa, donc ?

La petite rousse haussa les épaules, puis, avec un soupir, détailla à Gerda l'étendue de son indécision.

- Tu sais Anna, dit la femme avec un sourire encourageant, tu devrais vraiment en parler à ta prof de maths. Elle aura des réponses bien plus précises que moi.

La lycéenne réprima un frisson en entendant la prof parler d'Elsa, puis elle se renfrogna.

- Mouais, se contenta-t-elle de répondre d'un ton boudeur.

- Quoi, qu'y a-t-il ? demanda Gerda en fronçant les sourcils. Tout se passe bien avec elle pourtant, tu... Oh !

Ouais, ben si vous aviez oublié, pas moi, grogna mentalement l'adolescente.

- Anna, tu ne dois pas laisser une chose pareille te perturber ! s'exclama la femme. Personne d'autre ne va croire que ce qu'a dit Hans est vrai, alors ne t'interdit surtout pas d'aller lui parler !

Je ne me l'interdis pas, c'est elle qui me l'interdit. C'est à elle que vous devriez tenir ce discours, tiens.

- J'vais y penser, grommela-t-elle.

Mais elle savait très bien au fond d'elle qu'elle n'essaierait pas de lui parler. Qu'elle n'utiliserait pas cette histoire d'orientation comme excuse. Et pendant son cours de maths de l'après-midi, elle se contenta, comme les jours précédents, de travailler en silence.

Lors d'un exercice qu'elle acheva avec une facilité évidente, elle surprit le regard de sa prof dirigé sur elle. L'espace d'un instant, elle voulut lui sourire, mais ne put rien faire d'autre que détourner les yeux, incapable de masquer sa rancœur. En relevant la tête quelques instants plus tard, elle vit qu'Elsa la regardait toujours - n'avait-elle cessé de la fixer ? Bonjour la discrétion. Et c'est moi l'ado débile qui fait tout foirer. Mais aucune amertume ne put empêcher son cœur de se briser une fois de plus à la vue de l'expression blessée dans cet océan bleu.

A la fin du cours, elle fit ce qu'elle n'avait pas eu la force de faire depuis qu'elle avait quitté cette porte au quatrième étage, cette porte qui ne s'était pas ouverte sur elle. Elle répondit au dernier message d'Elsa, acceptant sa promesse en utilisant le même moyen : une chanson.


C'est seulement en rentrant dans sa chambre, alors que son premier réflexe fut de regarder l'écran du petit téléphone laissé sur sa table de nuit, qu'Elsa vit le message.

Les notes douces et mélodieuses résonnèrent dans la petite pièce lorsqu'elle lança la musique, et elle s'allongea sur son lit, à la fois curieuse et inquiète d'entendre les paroles, qu'Anna n'avait, tout comme elle, certainement pas choisies au hasard.

Alone for a while I've been searching through the dark
For traces of the love you left inside my lonely heart

Elle aussi reconnut la chanson. Elle l'avait déjà entendue, il y a des années de cela, lorsqu'elle jouait à ce jeu, et elle l'entendait encore de temps à autres, quand Olaf mettait sa playlist de gamer nostalgique. C'était la musique d'un Final Fantasy.

Un sourire étira ses joues déjà recouvertes de larmes, car qui d'autre qu'Anna pouvait lui envoyer une chanson d'amour tirée d'un jeu vidéo ?

Our paths they did cross, though I cannot say just why
We met, we laughed, we held on fast, and then we said goodbye

Mais que signifiaient-elles, ces paroles ? Était-ce la réponse qu'elle attendait ? Qu'elle méritait ?

Elle ne pouvait effacer de sa mémoire le regard que lui avait lancé, pendant le cours, sa désormais ex-petite amie. Un regard qui exprimait une émotion que jamais, jamais elle n'avait vue dans les yeux d'Anna, jamais dirigée vers elle. Elle n'est pas en colère contre moi, mais contre la situation, essaya-t-elle de se convaincre, tandis qu'une autre partie de son esprit ricanait avec aigreur et répliquait en la traitant d'idiote, d'aveugle, et Elsa réalisa avec désespoir qu'elle ne parvenait pas à déterminer laquelle était la voix de la raison.

In my dearest memories, I see you reaching out to me

Elle n'avait pas besoin de fermer les yeux pour voir le visage d'Anna, souriant, heureux, définitivement amoureux.

Though you're gone, I still believe that you can call out my name

Anna. Anna. Anna.

Le son craquait et sifflait lorsque la voix montait trop haut, le petit téléphone n'était certainement pas optimisé pour l'écoute prolongée de la musique, mais Elsa ne se leva pas, et laissa la mélodie grésiller en écho avec son cœur.

In your dearest memories, do you remember loving me ?

Etait-ce qu'Anna avait ressenti, quand elle lui avait envoyé sa chanson ? Ne faisait-elle que lui renvoyer la monnaie de sa pièce ? Lui faire payer sa lâcheté d'avoir utilisé un intermédiaire pour dire des mots qu'elle n'avait pas le courage de prononcer ?

Was it fate, that brought us close and now leaves me behind ?

- Oh, tu rejoues à FF IX ? s'exclama la voix enjouée d'Olaf depuis le haut des escaliers.

Évidemment, le neuf. Le préféré d'Anna.

Le garçon poussa la porte, et son sourire mourut sur ses lèvres lorsqu'il vit sa meilleure amie, non pas assise manette en main, mais en position foetale sur son lit, les yeux rouges, enflés et toujours débordants de larmes.

- Pourquoi tu écoutes cette chanson ? demanda-t-il d'un ton surpris.

- C'est Anna qui me l'a envoyée, croassa-t-elle en repliant davantage ses jambes contre sa poitrine, comme si elle pouvait par cela empêcher son cœur de s'échapper de sa cage d'os et de chair. J'arrive pas à savoir si c'est bon signe ou pas.

Le jeune homme s'assit précautionneusement au bout du lit et caressa doucement sa meilleure amie.

- Bien sûr que c'est bon signe, répondit Olaf comme si c'était une évidence. Le voleur, il revient vers la princesse, à la fin du jeu !


- Elsa ?

- La mathématicienne referma la porte de son casier et se retourna.

- Audrey ?

- Je peux te parler en privé un instant ? demanda Ramirez.

Tout en essayant de cacher sa surprise, la grande blonde suivit sa collègue dans une salle de réunion, et referma la porte derrière elle non sans s'être discrètement assurée qu'il n'y avait personne dan le couloir. Elle fit face à Ramirez, qui serrait nerveusement ses doigts. C'était absurde, car ça n'avait sûrement rien à voir, mais Elsa ne pouvait s'empêcher de stresser en repensant à leur précédente conversation.

- Que me veux-tu ? demanda-t-elle calmement.

Audrey regarda une dernière fois ses mains, qu'elle fourra dans sa poche.

- Je voulais m'excuser, pour ce que je t'ai dit l'autre jour. Tu sais... je ne le pensais pas vraiment, je voulais juste plaisanter... détendre l'atmosphère. C'était injurieux, et je ne m'en suis pas rendue tout de suite compte, donc je voulais te présenter mes excuses, conclut-elle.

Elsa referma la bouche qu'elle avait ouverte sans s'en être rendue compte. Les pensées et les conclusions des gens étaient tout de même bien étranges, songea-t-elle, comme une fois de plus, elle avait été prise par surprise par la réaction de quelqu'un.

- Merci, se contenta-t-elle de répondre. Ça m'aurait peut-être fait rire, dans d'autres circonstances.

- Sûrement. Ou pas. Ma femme - je lui ai raconté ce qui t'était arrivé - m'a dit que si c'était un de ses collègues qui s'était permis de lui dire ça, elle lui aurait balancé une droite direct. C'est là que j'ai réalisé à quel point c'était déplacé.

- Tu as une femme ? demanda Elsa, légèrement surprise aussi bien par la révélation que par le mot que sa collègue avait utilisé. Tu es mariée ?

- Non, mais on y pense. Elle est souvent en déplacement, pour l'instant, ce qui rend les choses un peu compliquées. Elle est officier militaire, expliqua-t-elle.

- Oh.

- Et toi, quelqu'une en vue ? demanda-t-elle en insistant bien sur le pronom.

- Non... soupira-t-elle, sans même chercher à la contredire. Je préfèrerais !

Le sourire revint sur les joues de Ramirez, qui lui lança un clin d'œil complice.

- Je connais pas mal de célibataires sympas si ça te dit !

Elsa refusa poliment.

- Non, merci. Je sors d'une rupture assez violente.

Elle espérait que ça expliquerait son comportement bizarre depuis... eh bien, depuis le mois de novembre, finalement.


Le vendredi était depuis septembre sa journée de cours préférée. Anna avait des travaux pratiques de sciences - inutile de nier que c'était plus souvent fun qu'assommant - et elle finissait sa journée tôt, et par deux heures de maths. Au début, elle chérissait cette journée parce qu'elle aimait les cours. Puis, parce qu'elle aimait finir sa semaine en passant deux heures à regarder rêveusement l'enseignante sérieuse mais oh combien séduisante qui s'agitait devant le tableau pour motiver une bande d'adolescents fatigués par cinq jours de travail. Enfin, parce qu'elle savait qu'elle allait voir Elsa le soir même, ou le lendemain, et qu'elles allaient passer une soirée ou une après-midi à discuter et à s'embrasser.

Depuis deux semaines, pour quasiment les mêmes raisons, elle haïssait les vendredis.

Arrivée un peu en avance comme d'habitude, elle était assise dans le couloir devant la salle encore vide où elle allait avoir son TP de physique, la tête dans les poings, et les larmes qui menaçaient - comme trop souvent ces derniers temps - de faire leur apparition. Elle n'avait pas beaucoup dormi. Elle s'était redressée sur son lit, complètement en panique, sur les coups de quatre heures du matin. Tirée d'un rêve beaucoup trop cauchemardesque impliquant son ex-petite amie, elle n'avait pas réussi à se rendormir avant six ou sept heures. Inutile de préciser que lorsque son réveil avait sonné, elle n'était pas plus reposée que lorsqu'elle s'était couchée la veille au soir.

- Non, je te jure que c'est une mauvaise idée !

La petite rousse leva la tête. La voix au loin était celle de Mérida, qui parlait trop fort, comme toujours.

- T'as une meilleure solution, toi ?

La réponse de Tiana était rêche, cassante, et Anna se demanda avec curiosité ce qui amenait ses deux amies à se disputer ainsi dans le couloir. Elle ne comprit pas ce que Mérida venait de répliquer, ses mots étaient noyés dans un torrent de grognement et de jurons à-demi avalés.

Enfin, la tête noire et la tête rousse apparurent derrière les carreaux de la porte coupe-feu, et Anna se leva pour les accueillir.

- Anna ! s'exclama l'archère, et Anna trouva sa voix beaucoup trop précipitée, comme si elle redoutait ce que la petite matheuse avait pu entendre de leur conversation.

- Salut les filles...

- Anna, j'ai une proposition à te faire, lança d'emblée Tiana.

L'adolescente fronça les sourcils tout en se levant, le postérieur engourdi après la dizaine de minutes qu'elle avait passé assise sur le sol glacé. Au moins j'ai pas à attendre trois jours avant de savoir de quoi elles pouvaient bien parler...

- Je tiens à dire que d'une c'est pas mon idée, et de deux je suis contre, l'interrompit Mérida.

Ok là ça devient chelou...

- Quoi ? demanda-t-elle, à la fois inquiète et intriguée.

- Je peux t'aider, au sujet d'Elsa.

Anna ouvrit les yeux en grand. C'était la première fois qu'une de ses amis - autre que Mérida - montrait qu'elle était au courant de quelque chose, et entendre le prénom de sa prof prononcé par Tiana avait quelque chose de définitivement bizarre.

Avant de poursuivre, son amie leva la tête et regarda dans les deux directions, pour vérifier que personne à proximité ne pouvait l'entendre.

- J'ai une copine lesbienne, qui a un an de plus que nous. Elle est en fac d'histoire et elle est très sympa.

Anna eut envie de répliquer qu'elle n'en avait strictement rien à faire des lesbiennes du monde entier, mais elle savait que passer ses nerfs sur Tiana n'était pas la meilleure idée du monde, alors elle se contenta d'une réponse plus neutre et moins agacée.

- Et alors ?

- Je lui ai parlé de ton... problème. T'inquiète pas, elle a pas été dans ce lycée, elle connaît personne, elle va pas t'emmerder, ajouta-t-elle précipitamment en voyant le regard dans les yeux d'Anna.

- Putain, mais tu pouvais pas garder ça pour toi au lieu de le raconter à n'importe qui ? T'imagine pas le bordel que ça pourrait donner ! s'exclama la petite rousse.

Un murmure du style « je te l'avais bien dit » s'échappa des lèvres de Mérida, mais la grande brune ne se laissa pas démonter.

- Ouais, bon, je suis désolée, dit-elle d'un ton qui ne l'était pas vraiment. Mais du coup on a trouvé une solution à ton problème.

Anna croisa les bras sur sa poitrine et fronça les sourcils. Une solution ? A part assassiner Hans et Clayton, elle n'en voyait franchement aucune.

- Ah ouais ?

- Enfin, on en a discuté, et, heu... on te propose qu'elle fasse semblant d'être ta copine.

L'information mit quelques secondes avant d'être correctement intégrée par le cerveau d'Anna.

- QUOI ?!

- Qu'elle vienne un jour au bahut et que vous fassiez...comme si vous étiez ensemble, expliqua calmement Tiana, que tout le monde puisse voir que c'est elle ta copine, et non pas... l'autre...

- Et ça me servirait à quoi ? demanda-t-elle sur la défensive.

- A faire en sorte qu'on te fiche la paix. Si tout le monde voit ta copine, personne ne va s'imaginer qu'en fait...

- Ouais ça va, ça va, j'ai compris l'idée, coupa Anna, n'ayant pas plus envie que ça que Tiana laisse échapper une information si importante de sa vie privé dans un endroit aussi bien insonorisé qu'un couloir du lycée.

Tiana referma la bouche avec un bruit sec, et Anna profita de son silence pour réfléchir. C'était une proposition très, très alléchante. Trop même. Une fausse petite amie pourrait détourner l'attention générale, faire en sorte qu'on se désintéresse de la « rumeur bidon » entre elle et sa prof, et lui permettrait comme conséquence collatérale de pouvoir voir sa chérie de temps en temps sans trop craindre d'emmerdes.

Mais...

Mais ça signifiait faire semblant de sortir avec quelqu'un d'autre.

Çà signifiait aussi l'embrasser.

Je peux pas faire ça à Elsa...

- Tu vois, je t'avais dit que c'était même pas la peine d'essayer ! s'exclama l'archère à voix basse.

- T'as une meilleure idée peut-être ? Tu veux qu'elle reste dans cet état jusqu'en juillet ?

La réplique agacée de Tiana s'adressait à Mérida, mais elle trouva son écho dans une autre destinataire. Anna pouvait presque entendre la dispute qui venait d'éclater entre son cœur et son cerveau. Pouvait-elle rester comme ça jusqu'en juillet ? Allait-elle rester comme ça jusqu'en juillet ? Non...

Mais pouvait-elle faire confiance à quelqu'un qu'elle ne connaissait pas pour la couvrir ?

Et Elsa, que ferait-elle, à sa place ?

Comment l'adolescente réagirait-elle si sa prof débarquait comme ça avec un homme inconnu en racontant à tout le monde que c'est son mec ? Rien que d'imaginer Elsa embrassant quelqu'un d'autre lui faisait mal, comme des coups directement portés à l'intérieur de sa cage thoracique. Mais si ça marche... Si ça marche, cela signifiait des nouveaux rendez-vous, des après-midis entiers qu'elle passerait dans ses bras à la couvrir de baisers, des sms qu'elles pourraient s'échanger sans craindre qu'ils ne soient utilisés contre elle si quelqu'un entrait en possession de leur téléphone... Peut-être pourrait-elle même passer une autre nuit avec elle si elle arrivait encore une fois à tromper la vigilance de ses parents. Elle avait tellement envie de dormir une nouvelle fois avec elle.

Tout ça... contre un baiser ?

En y réfléchissant bien, était-ce si cher payé ?

- Alors ? demanda Tiana d'un ton incertain, une moue inquiète sur les lèvres.

La petite rousse avala douloureusement sa salive.

Mauvaise idée, mauvaise idée, mauvaise idée.

- C'est d'accord.


Quelques minutes avant la sonnerie de 16h, la même journée, le cours de maths touchait à sa fin.

Elsa ne lui avait pas accordé un seul regard de toute la séance. De temps en temps, Anna la regardait du coin de l'œil, lorsqu'elle était occupée avec d'autres élèves. Son ventre grondait à la vue de l'attention qu'elle donnait aux autres, alors qu'elle était si impitoyablement ignorée.

Pas un seul moment Elsa ne vint à leur table.

Anna savait qu'elle aurait dû n'y accorder aucune importance. Après tout, elle n'avait jamais eu besoin de son assistance pour réussir un exercice, et avec elle comme voisine, Mérida n'avait pas franchement besoin de prof non plus. Mais à chaque fois qu'elle passait près d'elle sans s'arrêter, elle avait l'impression que des effluves de son parfum parvenaient à ses narines, et elle n'arrivait pas à savoir si c'était sa tête qui lui jouait des tours.

Cela faisait maintenant deux semaines depuis la lettre, deux semaines qu'elles ne s'étaient pas adressées directement la parole. Anna allait bientôt y remédier. Dès la fin de l'heure, elle avait fermement l'intention d'aller droit chez elle, et de l'attendre sur son palier. Il fallait de toute façon qu'elle lui parle du plan mis en place par Tiana et sa pote qu'elle ne connaissait pas.

A quoi ressemblerait-elle, cette fille ?

La seule chose que Tiana avait su lui dire, c'est qu'elle était grande, et avait les cheveux longs. Et bruns. Quand elle lui avait demandé si elle était jolie, son amie n'avait rien su faire d'autre que hausser les épaules. C'est quand même pas si compliqué de déterminer si une fille est jolie ou non ! Non pas que ça ait vraiment beaucoup d'importance. Quelle que soit sa tronche, elle ne pourrai jamais être aussi jolie qu'Elsa.

Elle regarda l'heure à son téléphone, planqué dans sa trousse comme d'habitude. Les minutes ne défilaient pas. Elle referma sa trousse et se prit la tête dans ses mains, pressant le bout de ses doigts sur ses tempes.

Elle avait vraiment, vraiment besoin de dormir.

Un coup donné sur son épaule la tira de sa prostration. Elle se retourna vers Tiana, qui était penchée par-dessus sa table.

- Elle sera là à la fin de l'heure, murmura-t-elle dans l'oreille d'Anna.

Qui, 'elle' ? Oh... Oh. OH MON DIEU.

Son pouls s'accéléra brusquement. Qui allait-elle être, à quoi allait-elle ressembler, qu'allait-elle faire, qu'allait-elle dire ? Et Elsa ! Elle allait tout voir, et elle n'avait pas encore eu le temps de la mettre au courant !

- Putain ! Tiana, tu fais chier, pas après le cours de maths !

Anna s'efforçait de parler à voix basse alors qu'elle aurait voulu hurler. La brune eut une moue interrogatrice, puis elle se plaqua les mains sur la bouche en signe d'effarement. C'est un peu tard pour réaliser les conséquences, grogna mentalement l'adolescente. Pouvait-elle encore lui dire de partir, de reporter la rencontre ? Elle regarda à nouveau l'heure. Il était 15h56, la fille était probablement déjà derrière la porte, maintenant. Trop tard pour reculer, à moins de renoncer définitivement à ce plan.

Et elle n'avait toujours pas prévenu Elsa.

Elle leva la main, faisant sursauter Mérida, qui somnolait sur son classeur.

- Madame ! Vous pouvez venir vérifier mes résultats, s'il vous plaît ?

Elsa se dirigea vers elle sans aucune réticence, l'air toujours aussi professionnelle qu'avant l'épisode de la rumeur. Anna prit un crayon de papier et se mit à griffonner frénétiquement sur sa feuille.

- Oui Anna ? demanda l'enseignante, une fois à sa hauteur.

Sans rien dire, Anna pointa les mots écrits en grandes lettres capitales.

JE SUIS DÉSOLÉE. FAIS-MOI CONFIANCE.

Elsa se pencha sur la feuille.

- Je ne comprends pas très bien, dit-elle d'un ton neutre, comme si elle parlait de l'exercice de maths.

Anna réalisa que les mots qu'elle avait choisis n'étaient pas les plus judicieux, et que ce n'était pas comme ça qu'elle allait la préparer psychologiquement. Elle reprit le crayon et se mordilla les lèvres. Foutu pour foutu...

Une fille va arriver. Je vais faire semblant.

Puis elle souligna deux fois les mots fais-moi confiance, avant d'entourer furieusement la phrase je suis désolée. Elle appuya si fort sur la mine du crayon qu'elle se brisa avant qu'elle n'ait terminé.

- Je vois, dit Elsa, toujours du même ton neutre. C'est correct, très bien.

Sur ces derniers mots, elle se redressa et retourna entre son bureau et le tableau blanc. Elle annonça la fin de la séance et nota les devoirs, puis la sonnerie retentit. Anna avait l'impression que son cœur venait d'être pris dans un étau, tellement il était serré, tellement il faisait mal.

Elle fourra sans aucune considération ses affaires dans son sac et se leva, se demandant s'il valait mieux être la première ou la dernière à sortir. N'importe quoi tant qu'Elsa ne me voit pas.

Une fois dans le couloir, elle n'eut pas besoin du coup de coude de Tiana pour repérer la fille nonchalamment appuyée contre le mur.

Ainsi c'était elle, sa copine factice, son leurre. Elle était grande et fine, vêtue d'une chemise couleur lavande et d'une veste kaki, les deux coupés d'une manière très féminines, ses longues jambes enserrées dans un jean rentré dans des bottines de cuir brun. Elle portait une casquette Gavroche très semblable à celle que possédait Elsa, et ses longs cheveux cascadaient en boucles lâches dans son dos et sur ses épaules.

Pas bruns, pensa Anna. Auburn.

Tiana avait dû lui montrer une photo d'elle, car sitôt que la petite rousse fut dans le couloir, la fille se redressa et se dirigea vers elle, les lèvres étirées en un grand sourire qui avait l'air à la fois charmeur et amusé.

- Salut, princesse.

La voix était grave, beaucoup plus que celle d'Elsa, et possédait les mêmes notes d'assurance que son regard. Ravalant la boule qui menaçait de s'échapper de sa gorge, Anna s'avança vers la fille, qui s'approcha d'elle, posa fermement et sans aucune hésitation ses deux mains sur sa taille, et pencha son visage vers le sien. Anna ferma les yeux et se laissa embrasser, l'image de sa prof profondément gravée sur ses rétines.

Des cris de surprise, des sifflements et des éclats de rire retentirent tout autour d'elles, et quand ses lèvres retrouvèrent leur liberté après quelques secondes interminables, la petite rousse rouvrit les yeux. Son visage était brûlant, comme si toute la chaleur de son corps s'y était réfugiée. Elle rougissait, c'était certain. L'inconnue s'approcha à nouveau de son visage, et Anna crut avec horreur qu'elle allait l'embrasser dans le cou devant toute sa classe, mais c'était pour approcher ses lèvres de son oreille.

Dans la cacophonie ambiante, elle l'entendit murmurer.

- Maintenant Anna... dis-moi lequel est Hans.

La petite matheuse, qui ne s'était pas du tout attendue à ça, n'eut pas d'autre choix que de lui désigner le garçon, qui regardait dans leur direction avec des yeux grands comme des pokéballs. Avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir, l'inconnue fendit la foule des Terminales jusqu'à l'ex petit-ami d'Anna.

- C'est toi Hans ?

Le garçon la fixa en clignant des yeux, comme s'il ne comprenait toujours pas ce qui venait de se produire.

- Heu... ouais.

Une gifle magistrale suivit ces mots, et le son qui venait de retentir dans le couloir généra un silence quasi total. Tous les regards abandonnèrent Anna pour fixer Hans, que la fille avait plaqué contre le mur.

- Quel effet ça te fait, hein, d'être celui qui est ridiculisé devant toute sa classe ? Ca craint, pas vrai ?

- Lâche-moi putain, j'te connais pas !

Il avait une main sur sa joue fraîchement meurtrie, et regardait avec incrédulité et frayeur la fille qui venait de le pousser contre le mur. Il essaya d'attraper son poignet, mais il sous-estima la force de la jeune femme qui se libéra instantanément d'une torsion de la main.

- Ça va, c'est bon, laisse-le partir, dit Anna en posant sa main sur l'avant-bras de sa fausse petite amie.

Mais cette dernière n'avait pas encore terminé.

- Si jamais, dit-elle d'une voix basse et rauque qui sonnait comme un grondement, j'apprends que tu t'acharnes encore sur Anna, si tu l'insultes, si tu la suis, si tu t'en prends encore à elle une seule fois dans la rue, je te jure qu'aucun self-control ne m'empêchera de t'envoyer à l'hôpital. On est bien clair tous les deux ?

- O-oui, balbutia-t-il, visiblement choqué et surpris.

Mais ça ne sembla pas satisfaire la grande brune, qui plaqua sa main sur la mâchoire du garçon et serra jusqu'à ce qu'il ait répété d'une voix beaucoup plus aiguë. Enfin, elle le relâcha et recula d'un pas.

- Je ne veux plus jamais te voir t'approcher de ma copine, gronda-t-elle à nouveau.

- D-d-d'accord.

- Et peut-on savoir qui tu es ?

Anna fit volte face en entendant la voix, et découvrit Elsa, debout dans l'encadrement de la porte. Son expression était indéchiffrable, mais ses sourcils froncés possédaient autant de force et d'autorité que l'inconnue dans le couloir.

- Pardon pour le bruit, dit la brune en s'éloignant du garçon. Il fallait que je règle certaines choses ici.

Elle prit d'autorité la main d'Anna dans la sienne et entrelaça ses doigts avec les siens, et la rousse vit sa petite amie - la vraie - plisser des yeux à cette vision. Mon dieu faites qu'elle n'ait pas vu le baiser, faites qu'elle n'ait pas vu le baiser.

- Ainsi c'est toi la fille qui m'a causé tant de soucis ?

- Excusez-moi madame, rétorqua l'inconnue avec un petit sourire, mais je pense personnellement avoir passé l'âge de raconter des rumeurs débiles.

- Bon Hans, dit Stéphane, faudrait songer à t'excuser, maintenant.

Ah. Oui, elles n'étaient pas seules, réalisa Anna en entendant la voix de leur délégué. En fait, toute la classe assistait au spectacle. L'idée d'être à nouveau au centre de l'attention générale l'épuisa, avant qu'elle ne se rappelle que c'était précisément le but de ce plan : tout le monde devait être témoin qu'elle avait une copine qui n'était pas Mme Winter.

L'ex petit copain d'Anna regarda autour de lui, mais ni Cédric ni aucun autre de ses amis ne lui montra le moindre signe d'assistance. Il regarda la fille à la casquette, puis la prof, puis Stéphane qui venait de l'interpeller, et enfin, il se tourna vers Anna. La matheuse n'avait rien fait d'autre qu'être la spectatrice de toute la scène, et la surprise était toujours visible dans ses yeux turquoise.

Il ouvrit la bouche, puis quelque chose sembla se briser à l'intérieur de lui, et il baissa les yeux, incapable de soutenir son regard.

- J-je suis désolé, Anna. Je suis v-vraiment désolé...

Et sur ces mots, et à la surprise de chaque personne présente, Anna lâcha la main de la fille, jeta son sac par terre, et serra Hans dans ses bras, si fort que ses doigts semblèrent s'enfoncer dans sa veste blanche. Le garçon se mit à répéter les mêmes mots, d'une voix cassée proche d'un murmure. Je suis désolé, je suis désolé. Et Anna continua de le serrer contre elle, totalement inconsciente des regards autour d'elle, des murmures et des exclamations, d'Elsa et ses amies qui rivalisaient toutes de profonde stupéfaction.

Au bout de quelques instants, elle sembla réaliser où elle se trouvait, et elle relâcha Hans pour se tourner vers les quatre filles à la mâchoire décrochée.

Merci Tiana, fut la première pensée qui traversa entièrement son esprit. Elle mourrait d'envie de dire quelque chose à sa prof, mais malgré la victoire qu'elle venait de remporter, son rôle dans cette étrange pièce n'était pas terminée.

Elle se dirigea vers l'inconnue, prit sa main dans la sienne et fendit la foule des élèves sans un seul regard en arrière, bien décidée à sortir d'ici.


- Et sinon, tu t'appelles comment ?

C'était la première fois qu'Anna ouvrait la bouche depuis qu'elle était sortie du cours de maths. Elles étaient maintenant dans le hall, et Anna conduisit l'autre fille qu'elle tenait toujours par la main vers les casiers.

- Mégara. Les amis m'appellent Meg.

Anna hocha la tête et fouilla dans la poche avant de son sac pour en extirper son trousseau de clés. A l'intérieur du casier, son deuxième casque prenait toujours toute la place, comme elle ne l'avait pas ramené depuis la fois où elle avait conduit Mérida.

- T'es venue comment ? demanda Anna.

- A pieds.

- T'as peur en scooter ?

- Peur ? Tu rêves, fut la réplique de la jeune femme.

Anna lui fourra le casque dans les mains, et posa à la place son manuel de maths et sa blouse blanche, avant de refermer la porte du casier.

- Allez, viens, dit-elle en tirant à nouveau l'inconnue par la main.

- Tu m'emmènes où là ? demanda Meg avec un sourire curieux.

- J'en sais rien. J'ai besoin de prendre l'air. C'est quoi ton bar préféré ?


Les extraits de la chanson :

(Seule depuis un moment, j'ai cherché à travers les ténèbres
Les traces de l'amour que tu as laissé dans mon cœur

Nos chemins se sont croisés, je ne saurais pas dire pourquoi
On s'est rencontrées, on a ri, on a bien accroché, et puis on s'est dit au revoir

Dans mes souvenirs les plus précieux, je te vois essayer de m'atteindre
Même si tu es partie, je crois toujours que tu cries mon nom pour m'appeler

Dans tes souvenirs les plus précieux, te rappelles-tu que tu m'aimes ?
Était-ce le destin qui nous a rapprochées et maintenant me laisse en arrière ?)

Melodies of Life, Final Fantasy IX.


Okay, qui l'avait vu(e) venir ? :D

Je vous promets encore deux, peut-être trois uploades régulières. Pour la suite, il faudra s'armer d'espoir et de patience. Je passerai peut-être à 15 jours pour éviter des attentes trop longues. Ma vie va prendre un tournant... intéressant, à partir du mois de janvier (non je ne suis pas enceinte !), et je peux tout aussi bien avoir plein de temps comme n'en avoir plus du tout.

A bientôt et n'hésitez pas à m'envoyer vos retours !

Ankou