Bonjour à tous !
Pfiou, 100 followers et on a passé le cap des 500 reviews ! Ca y est, ma bébé histoire entre dans la cour des grands !
Et bienvenue à Mégara dans cette histoire ! C'est amusant, soit vous l'adorez, soit vous la détestez déjà.
Je pense que je peux mettre comme sous-titre à cette histoire « les mauvaises décisions d'Anna Andersen » :p
Une des lectrices a parfaitement résumé ce que tout le monde pense : Anna croit vraiment qu'Elsa va vouloir reprendre leur relation juste parce que Meg la couvre ?
Comme tout chapitre post-climatique, la tension retombe un peu (mais ça ne va pas durer)(oui j'aime jouer avec les nerfs :p )
Chapitre 35
Elsa avait entendu les exclamations et les applaudissements dans le couloir, mais c'était le bruit de la gifle qui l'avait attirée hors de sa salle. Elle était agacée. Elle n'allait pas pouvoir couvrir Mérida indéfiniment, quelle que soit son animosité envers Hans, ni ce que ce dernier avait fait pour mériter ça. Son favoritisme finirait forcément par arriver aux oreilles des CPE ou de la direction, et elle ne manquerait pas de se faire rappeler à l'ordre, ou pire. Mais tout de même, elle répugnait de devoir mettre une retenue à l'archère. Elle savait qu'Anna ne le lui pardonnerait pas si facilement.
Mais rien ne l'avait préparée à voir une fille totalement inconnue au bataillon se mettre à rabaisser Hans plus bas que terre.
Une fille qui avait parlé d'Anna en disant « ma copine ».
Les mots nébuleux d'Anna prenaient un sens nouveau maintenant qu'elle voyait en direct les pièces du puzzle s'emboîter. Une fille. Faire semblant. Faire confiance.
En observant depuis l'encadrement de la porte, totalement ignorée par les élèves qui n'avaient d'yeux que pour cette furie inconnue, Elsa essayait de comprendre l'objectif d'Anna dans tout ça. Hans se ratatinait sur place sous l'assaut de la grande brune, mais à ses yeux, le gifler et l'humilier n'étaient certainement pas les meilleures solutions pour gérer quelqu'un comme lui. Au mieux, rien n'allait changer, au pire, sa colère et son envie de vengeance allaient devenir incontrôlables.
Si Anna pensait pouvoir la convaincre de revenir sur sa décision, ce n'était pas avec ce genre de plan foireux qu'elle y parviendrait.
Mais sa surprise fut encore plus grande lorsqu'elle vit le garçon s'excuser, et Anna le prendre dans ses bras en un geste de pardon totalement désintéressé. L'espace d'un instant, elle eut presque peur qu'elle ne l'embrasse - son cœur s'était quasiment figé - et elle parvint à décrocher son regard d'Anna pour observer la réaction de Mérida. Livide, la bouche ouverte et les yeux exorbités, l'archère avait la tête de quelqu'un qui aurait vu Harry Potter et Voldemort se rouler une pelle au beau milieu de la bataille de Poudlard.
Après avoir lâché Hans, Anna se tourna vers elle et la fixa à peine plus d'une seconde. Ses yeux étaient désolés, tristes, et ses lèvres tournées en une moue résignée. Mais il y avait quelque chose de plus dans son expression, était-ce de la culpabilité ? De la... peur ?
Puis Anna attrapa la fille par la main, ramassa son sac et quitta les lieux.
L'enseignante ne put s'empêcher de la suivre du regard. Une explosion venait d'avoir lieu dans ses tripes à la vue de sa petite amie tenant quelqu'un d'autre par la main. C'était comme si l'animal sauvage qui était en elle venait de sortir tout à coup de son hibernation et s'était mis à gronder. Elle se retint de pincer les lèvres et de plisser les yeux - rester impassible lui demanda une quantité incroyable de force morale, et elle se demandait si elle n'allait pas bientôt épuiser tout son stock.
- T'as d'autres excuses à faire, Hans.
Elsa pivota en direction de Mérida qui venait de parler, et vit le garçon faire de même. L'enseignante vit sa mâchoire se serrer comme s'il allait répliquer ou l'envoyer se faire voir - elle n'imaginait pas du tout Hans et Mérida faire la paix - mais la grande rousse fit un signe de tête dans sa direction, et l'ex-petit ami d'Anna ouvrit de grands yeux surpris. Hans entrouvrit la bouche, hésita, soupira, puis s'approcha de l'enseignante.
- Je...
L'adolescent se mordit les lèvres. Il ne restait sur son visage aucune trace de la morgue et de l'arrogance qu'il avait arboré ces dernières semaines, et sans le soutien de ses habituels camarades, il ne lui restait plus grand chose pour se mettre en avant. Il baissa les yeux, comme s'il réalisait enfin qu'il avait définitivement perdu la partie, et que s'il avait joué plus finement, sa chute aurait été moins douloureuse.
- Je suis désolé, madame, dit-il enfin, en relevant la tête pour la regarder dans les yeux.
Elsa n'était pas entièrement satisfaite, mais elle savait qu'il n'en dirait pas plus, pas maintenant, pas alors qu'il y avait plus d'une quinzaine de curieux autour de lui. Au moins, ces excuses-là étaient plus sincères que les mots désolants qu'il avait étalés dans sa lettre l'autre jour. Elle lui offrit un hochement de tête silencieux, puis Victor lui donna une tape dans le dos et l'entraîna dans le couloir, dans la direction opposée à celle qu'avait prise Anna. D'autres personnes les suivirent et, comme si c'était un signal, la classe se dispersa.
Quand il ne resta plus que Mérida et Tiana, l'archère se tourna vers sa prof, et la mathématicienne fut une fois de plus surprise par la profondeur de son regard.
- C'était pas mon idée, dit-elle le menton tendu, comme pour mettre les choses au clair.
Et avant qu'Elsa n'ait eu le temps de répliquer, elle partit à son tour en entraînant Tiana par la manche.
Laissée seule dans le couloir, elle retourna dans sa salle pour ranger ses affaires. Décidément, cette classe de Terminales n'en finissait pas de lui en faire voir de toutes les couleurs.
Dès que la salle et la prof de maths furent hors de sa vue, Mérida se tourna vers son amie - amie que pour l'instant, elle haïssait de toutes ses forces.
- Tiana, tu m'attends dehors, j'ai un truc à faire.
C'était clairement un ordre, et Tiana avait à peine répondu « OK » que Mérida était déjà partie en courant. Ses Doc Marteen's claquaient sur le béton tandis qu'elle filait à toute vitesse dans les couloirs, vers le garage à deux-roues. Il ne fallait pas qu'elle arrive après son départ.
Arrivée au sous-sol, elle poussa violemment la lourde porte battante.
- Hans !
Le garçon s'interrompit et se retourna, son casque à moitié enfoncé sur son crâne, comme un grotesque bonnet.
- Quoi ? grogna-t-il.
Ah ça y est, quand Anna n'est plus là, le masque tombe.
La grande rousse s'avança face à lui, les poings sur les hanches. Elle était presque aussi grande que lui, et n'avait absolument aucun mal à le fusiller du regard.
- Anna, dit-elle, et il haussa un sourcil interrogateur.
Après une telle course, elle avait encore du mal à formuler une phrase correcte, mais elle ne voulait surtout pas montrer un quelconque signe de faiblesse à ce crétin. Hans leva les mains pour ôter son casque, révélant un sourire moqueur, presque cruel.
- Pas trop jalouse, Mérida ?
La remarque atteignit la grande rousse en plein cœur et l'affecta beaucoup plus qu'elle ne l'aurait aimé. Elle pinça ses lèvres si fort qu'on ne voyait plus qu'une mince ligne claire en travers de son visage encore rougi par sa course dans les couloirs. Rien en cet instant ne lui aurait fait plus plaisir que de renouveler l'épisode de la gifle sur la joue de ce débile.
- Ta gueule. Ta petite scène touchante de repentir a peut-être convaincu Anna, mais pas moi. Fais-lui de nouveau du mal et tu regretteras d'avoir mis les pieds dans ce lycée.
La menace sembla le vexer.
- Tu crois quoi ? répliqua Hans. Que j'ai fait semblant ? Que ça ne m'a pas foutu les boules de la voir embrasser cette grande conne ?
Ça me fait mal aux fesses de l'admettre, mais ça nous fait un point commun. Putain, on était bien trois à avoir les boules.
- Oui j'ai merdé, j'ai pété les plombs, dit-il avec un froncement de sourcils qui lui donnait un air mature que Mérida n'avait pas souvent eu l'occasion d'observer.
- Tu lui as fait du mal, interrompit l'archère d'un ton accusateur en croisant les bras sur sa poitrine.
- Je sais, OK ? Je me suis excusé. J'étais jaloux, j'pense que ça tu dois le comprendre.
Ses oreilles sifflèrent à la deuxième pique. Non non non, je ne suis pas jalouse, putain ! Merde, même dans sa tête ça sonnait faux. Elle ne s'abaissa pas à nier, toutefois.
- Moi au moins je ne l'ai jamais agressée dans la rue, je ne l'ai jamais insultée et je ne l'ai pas harcelée pendant des semaines.
A sa grande surprise, Hans baissa légèrement les yeux. L'air coupable, sur son visage, ne semblait pas feint, ce qui l'étonna encore davantage. A moins qu'il ne soit un excellent acteur...
- Non, acquiesça-t-il d'une voix contrite. Mais c'est pas toi qu'elle a planté le jour où tu t'apprêtais à lui dire 'je t'aime'.
- Tu parles, la seule chose qui t'intéressait c'était de la mettre dans ton pieu.
Comme si tu l'avais aimée. Aimer, c'est aussi accepter que l'autre puisse être heureux sans soi, être plus heureux avec quelqu'un d'autre. Elle était putain de bien placée pour le savoir.
- Ne parle pas de ce que tu ne connais pas.
Il avait presque craché sa dernière phrase, redevenant le salaud de Hans que Mérida connaissait. Il mit à nouveau son casque sur sa tête, et s'approcha de son scooter. Visiblement, la conversation - qui par miracle n'avait pas viré à l'empoignade - touchait à sa fin.
- Attends, lança l'archère, et il se tourna de nouveau vers elle.
Il y avait encore une dernière chose qu'elle avait besoin de savoir. Une chose très importante, une des clés vers le bonheur, non pas le sien mais celui d'Anna.
- Pourquoi t'as cru que c'était Winter ?
La question sembla vraiment surprendre le garçon, elle le vit à ses yeux étonnés. Il s'interrompit pour réfléchir, mordillant ses lèvres et fronçant lourdement les sourcils.
- Parce qu'elle habite là où Anna fait du baby-sitting, dit-il finalement en haussant les épaules, comme si ça n'avait pas grande importance, comme s'il n'avait aucune autre raison valable.
- Rien que pour ça ? Et si c'était Gerda ou Ramirez qui habitaient là, t'y aurais cru aussi ?
Hans plissa les yeux devant son ton acide.
- Dis pas de conneries, bien sûr que non, je ne suis pas un demeuré.
Ca reste encore à prouver... L'archère garda sa pensée pour elle. Elle voulait une réponse, pas le provoquer.
- Alors pourquoi Winter ? insista-t-elle.
- Chais pas, répondit-il enfin. Ca m'a paru crédible.
Avec un dernier haussement de sourcils, il enfourcha son scooter bleu et fila en laissant Mérida seule avec un nuage d'essence et de poussière.
L'archère le regarda partir, et soupira lorsqu'il fut hors de sa vue. Ses épaules relâchaient doucement la tension accumulée pendant cette étrange conversation.
Dans quelle dimension vivait-elle aujourd'hui ? D'abord Anna qui acceptait de tromper sa copine, puis Hans qui s'excusait et reconnaissait ses erreurs...
Elle fourra ses mains dans ses poches et donna un coup de pied à un caillou invisible, avant de quitter le lycée. Évidemment, Tiana avait disparu. Elle ne perdait rien pour attendre, celle-là...
La porte d'entrée claqua violemment. Un deuxième bruit sourd suivit, et Olaf supposa qu'il s'agissait du sac de cours d'Elsa qui venait d'être lâché sur le sol. Instinctivement, ses muscles se tendirent et son rythme cardiaque s'accéléra, en réaction à l'inhabituelle entrée fracassante de sa colocataire.
Il sauvegarda ses données, referma son laptop et descendit prudemment les escaliers, pour découvrir le salon désert. Il n'y avait rien d'autre que son cartable de cuir plein à craquer dans l'entrée. Okaaay, elle est passée où ? Il n'y avait personne non plus dans la cuisine, mais en revenant dans le salon, il vit enfin Elsa assise dans un des canapés en rotin sur la terrasse. Elle avait une bière à la main, qu'elle vidait à grandes gorgées, chose définitivement inhabituelle. Il toqua doucement à la vitre pour attirer son attention, puis ouvrit la porte.
- Salut Olaf, dit-elle.
Le ton était amical, mais il sentait bien qu'il avait été forcé.
- Salut ma belle. Dure journée ?
Le vendredi n'était jamais une journée difficile, normalement. Elle finissait tôt, par deux heures de Terminales, et donc par deux heures avec Anna.
- Devine quel est le moyen qu'elle a trouvé pour faire croire qu'elle ne sort pas avec moi mais avec quelqu'un d'autre.
Inutile de demander de qui elle parlait. Olaf s'assit sur l'autre canapé, croisa ses jambes et reposa sa tête sur sa main, le coude sur son genou.
- Elle a fait semblant d'embrasser sa meilleure amie ? proposa-t-il.
- J'aurais encore préféré...
Poussant un soupir, elle reposa sa bière et raconta à son ami la scène qui venait d'avoir lieu. La fille, la gifle, le câlin.
- J'arrive pas à croire qu'elle ait pu pardonner à Hans ! s'écria-t-elle pour la troisième fois.
- Peut-être qu'elle ne lui a pas vraiment pardonné, peut-être que ça fait partie de son plan.
L'enseignante secoua la tête.
- Non, elle ne pouvait pas se douter qu'il allait s'excuser sincèrement. Moi je n'y aurais jamais cru. Mais c'est bien son genre, de pardonner aveuglément aux gens qui lui ont pourri la vie.
- Vois le bon côté des choses : ça veut dire qu'elle te pardonnera.
- J'espère bien ! s'écria-t-elle d'une voix blessée. J'avais une bonne raison pour la - pour... faire ça.
Le garçon se tapota doucement le menton, réfléchissant à tout ça.
- Tu crois que Hans faisait semblant d'être désolé ?
- J'en sais rien, répondit Elsa en soupirant. Je fais confiance à Mérida pour le surveiller de près. Et pour surveiller l'autre aussi... la fille.
- Elle était comment ? demanda Olaf en prenant une gorgée de bière dans la bouteille d'Elsa. Mignonne ?
La question lui avait échappé, et il réalisa en voyant le froncement de sourcil énervé de son amie qu'il aurait mieux fait de réfréner sa curiosité.
- Je... oui, plutôt. Elle avait l'air très sûre d'elle, c'est plutôt ça qui m'inquiète.
Elsa eut une moue qu'il n'avait vue que très peu de fois sur son visage. Mais il la reconnut néanmoins : c'était de la jalousie.
- Tu ne crois quand même pas qu'Anna va partir avec elle ! s'exclama-t-il. Elle a fait ça pour que la voie soit libre, pour que tu puisses ressortir avec elle, pas pour se taper la première venue !
- Parce que tu crois, toi, que la voie est libre ? Moi je n'en suis pas si sûre. Je ne prendrai pas ce risque.
- Alors elle a monté tout ça pour rien ? demanda-t-il, surpris et un peu déçu.
- Ce n'est pas mon problème ! s'écria Elsa d'une voix pincée. Je lui ai dit d'attendre, si elle n'est pas capable de le faire, alors..
Olaf la coupa avant de lui laisser la possibilité de finir sa phrase et de dire des choses qu'elle ne pensait pas.
- Fais quand même gaffe. Elle risque de faire semblant de sortir avec cette fille jusqu'à ce que tu change d'avis...
Il laissa la fin de sa phrase en suspens, et laissa Elsa ressentir le poids de ces mots silencieux qui sonnaient comme un avertissement. C'est qu'il pouvait s'en passer des choses, en quatre mois.
- C'est là ! cria Meg pour qu'Anna puisse l'entendre malgré son casque.
L'adolescente freina, puis fit grimper son scooter sur le trottoir et se rapprocha au ralenti d'un poteau où elle pourrait l'attacher. Elle ne pouvait sécuriser qu'un seul casque, alors elle prit l'autre à la main et suivit la grande brune, qui la conduisit jusqu'à la devanture d'un bar, quelques mètres plus loin dans la rue.
- Bienvenue au Shézel, dit Meg, avec de la fierté dans la voix.
Anna crut qu'elle avait dit « chez elles », et elle se demanda chez qui elles allaient rentrer, puis elle vit le nom du bar peint en rouge sur la devanture, et elle fut contente d'avoir pour une fois gardé sa question stupide derrière ses lèvres closes. Mégara l'impressionnait un peu, et elle n'avait pas envie qu'elle la trouve gamine et ridicule.
La grande brune poussa la porte d'un geste énergique, avec l'assurance de ceux qui marchent comme si la rue était à eux, et Anna la suivit. Il n'y avait pas beaucoup de monde dans le bar, c'était tout juste le début de l'after-work. Le lieu avait l'air vivant, malgré les chaises vides. Il y avait des photos de soirées sur les murs, et un très large panneau qui faisait la liste de tous les évènements à venir. Les mains dans les poches et son casque toujours pendant à son coude, Anna suivit Meg à l'intérieur de la salle. La grande brune s'avança directement vers le bar et héla la serveuse, avant de se hisser à l'aide de ses bras pour embrasser la barmaid sur les joues par-dessus le comptoir.
- Salut Meg !
- Salut Alex ! J'te présente Anna.
- Hey, bienvenue Anna, dit la barmaid en tendant sa main à l'adolescente qui la serra maladroitement. T'es jamais venue ici, je me trompe ?
- Non... répondit-elle. Je ne connaissais pas cet endroit.
La serveuse avait l'air d'avoir une trentaine d'année, peut-être un peu moins, et ses cheveux étaient bruns et coupés en un carré dégradé qui s'arrêtait aux épaules. Elle portait un débardeur rouge vif avec le nom du bar, et un pull à capuche noir portant le logo d'un groupe de hard-rock.
- Bon princesse, qu'est-ce que tu veux ? demanda Meg. C'est moi qui invite.
- Je prendrais bien un Cacolac.
La barmaid eut une réaction surprise qu'elle masqua derrière une quinte de toux, et Mégara la regarda avec des yeux incrédules. Visiblement, il n'y avait pas que Tiana, Mérida et Rapunzel pour se moquer d'elle à ce sujet.
- Pardon ?!
- Ouais ça va, je conduis je te signale, répondit-elle, n'ayant pas particulièrement envie d'argumenter.
- OK, OK, dit la grande brune en levant les mains devant elle. Je ne juge pas ! Une blonde pression pour moi, Alex.
- Ca roule ! Allez vous poser les filles, je vous apporte ça !
- Viens, Anna.
Meg passa un bras autour de la taille de la petite rousse et l'entraîna à travers le bar, jusqu'à un escalier métallique en colimaçon qui aboutissait sur une mezzanine déserte, toute en bois et meublée de banquettes de bois visiblement faites à la main et recouvertes de coussins rouges. Meg alla dans un coin et se posa sur un canapé, invitant d'un geste de la main Anna à prendre place en face d'elle. La lycéenne posa son casque et ôta son blouson, puis se laissa tomber sur un coussin et se tint les coudes posés sur la petite table et la tête dans les mains. Un long et profond soupir s'échappa alors de ses lèvres.
- Hey, ça va princesse ?
- … Ouais.
L'adolescente ne bougea pas la tête et continua de fixer ses chaussures. Meg se mordillait les lèvres, visiblement déçue de ne recevoir qu'une si courte réponse. La brune s'installa plus confortablement sur la banquette et s'accouda sur ses propres genoux pour se pencher vers Anna.
- Ta copine, c'est elle, c'est la prof blonde qui était là, pas vrai ?
Anna s'apprêta à nier, avant de se rappeler que c'était inutile car cette fille était sûrement au courant de tout.
- Ouais, soupira-t-elle. Oui, c'est elle.
Meg eut un haussement de sourcils à la fois surpris et admiratif.
- Elle est canon ! Quoi qu'un peu rigide...
- Toi aussi tu serais rigide si t'étais à sa place, grommela Anna, oubliant qu'elle avait elle-même maudit l'attitude froide d'Elsa plus d'une centaine de fois ces dernières semaines.
- Pas faux, répondit Meg. Ça fait combien de temps que vous sortez ensemble ?
Anna ouvrit la bouche pour répondre, puis s'interrompit et fronça les sourcils.
- Dis-moi ce que tu sais déjà, pour commencer.
Tout compte fait, il se révéla que Mégara ne savait pas grand chose, Tiana lui ayant beaucoup plus parlé de Hans et de son comportement que d'Elsa - dont elle ne savait presque rien.
La serveuse arriva avec leurs boissons, et Meg ricana à nouveau en voyant la bouteille brune et la paille jaune plongée dans le goulot dont Anna s'empara immédiatement. La petite rousse, lèvre pincées mais yeux amusés, tenta de mettre un coup de pied à la fille assise en face d'elle, qui esquiva chacune de ses attaques en riant de plus belle.
- Je - t'interdis - de te moquer - du chocolat ! dit Anna en haletant, bien décidée à atteindre son but au moins une fois.
Un glapissement et un juron s'échappèrent des lèvres de la brune quand le pied d'Anna trouva enfin sa cible, et la lycéenne se rassit, satisfaite, aspirant le liquide chocolatée par la paille fichée entre ses lèvres.
Leur petite bataille avait brisé la glace, et elles restèrent deux bonnes heures dans le bar à discuter, parlant d'elles-mêmes, de leurs relations présentes ou passées et de leurs études. Anna pensa au bout d'un moment à remercier Mégara, qui laissa éclater sa surprise de l'avoir vu se jeter comme ça dans les bras de Hans.
- Je te jure que si j'avais été ta vraie copine, j'aurais été diablement jalouse. Je me demande ce qu'en a pensé ta prof...
Une boule tomba dans le ventre de la petite rousse, et un frisson la parcourut. Elle essaya de cacher ces deux réactions incontrôlées de son propre corps derrière un petit rire qu'elle voulut détendu.
- Avec un peu de chance, elle ne t'a pas vue me rouler une pelle deux minutes avant. Si c'est le cas, sa jalousie envers Hans sera bien le dernier de mes soucis.
Leurs échanges se poursuivirent, la conversation était pleine d'humour, des blagues caustiques de Meg, et sans le silence un peu gênant qui existe souvent quand on discute avec quelqu'un qu'on ne connaît pas. Anna en oublia pendant un instant qui était cette fille, et pourquoi elle se trouvait ici avec elle.
Aux alentours de 18h45, son téléphone sonna.
- C'est ma mère, dit Anna en voyant le nom s'afficher sur l'appareil. Pas un mot, s'il te plaît, ajouta-t-elle en lançant à Meg un regard menaçant. Allô ?
- Allô Anna ? Tu es où ?
Toujours cette manie de vouloir savoir où elle était avant de lui dire pourquoi elle l'appelait. C'est un truc typique des mamans ou bien il n'y a que la mienne qui est comme ça ?
- Heu, je suis allée dans un café avec les filles et Kristoff. Je rentre pour manger, précisa-t-elle un peu inutilement - elle ne se serait jamais permise de passer la soirée quelque part sans en avertir ses parents.
En face d'elle, Mégara haussa un sourcil moqueur, et Anna répliqua par une grimace.
- On t'attend à la maison pour 19h30, dit sa mère. Tu veux inviter Kristoff à dîner avec nous ?
La question prit l'adolescente par surprise.
- Euh non, enfin c'est super gentil de proposer, mais en fait il est rentré chez lui il y a genre dix minutes.
- Ah. D'accord. Bon, à tout à l'heure, sois prudente sur la route.
- Promis !
Elle raccrocha et remit son téléphone dans son sac.
- Alors, on ment à sa maman ?
- Oh toi hein ! J'ai l'impression de ne faire que ça, mentir à ma mère, soupira Anna. Je suis sûre qu'elle a pigé quelque chose, en plus. Là elle a voulu inviter Kristoff, mon meilleur ami. Elle croit quand même pas que je sors avec lui !
- Meilleur ami gay ?
- J'en sais rien, répondit Anna en haussant les épaules. Il n'en sait rien non plus.
La brune étira ses lèvres en un sourire amusé.
- En général, à partir du moment où tu te poses la question, c'est mort pour être hétéro.
- J'imagine...
Anna ne savait plus trop quoi dire, et tandis qu'un silence commençait à s'installer pour la première fois depuis qu'elles étaient dans le bar, elle se leva pour regarder la décoration sur les murs. Il y avait des photos, essentiellement en noir et blanc, et en s'approchant plus près, elle vit des personnes à l'apparence si androgynes qu'il lui était impossible de déterminer s'il s'agissait de filles ou de garçons. Elle décrocha son regard d'une photo d'un dos nu qui était particulièrement attirante, et se pencha par-dessus la mezzanine pour regarder les gens assis en bas. Il y avait beaucoup plus de monde, à cette heure.
Elle revint au bout d'un instant se rasseoir face à Mégara, puis elle commença à rassembler ses affaires. L'appel de sa mère avait brisé la bulle de bien-être dans laquelle elle se trouvait, et maintenant elle voulait retrouver le silence de sa chambre.
- Je vais y aller, tu veux que je te dépose quelque part ?
Quelques minutes plus tard, elles quittaient l'étage et Meg se tourna vers le comptoir pour saluer la serveuse. Elle alla ensuite parler à deux filles qui étaient assises au bar et qu'elle semblait bien connaître. Légèrement en retrait, Anna regarda tout autour d'elle avec curiosité. Et une chose qu'elle n'avait pas remarquée jusqu'à présent, bien qu'évidente et impossible à manquer, la frappa. Toutes les personnes présentes dans le bar, à une ou deux exception près, étaient des femmes.
Pas étonnant qu'elle n'ait jamais entendu parler de cet endroit jusqu'à ce jour : Meg l'avait emmenée dans un bar lesbien. Elle ne savait même pas qu'il y en avait ici...
Anna déposa sa fausse petite amie devant un arrêt de bus qui pourrait la ramener chez elle. Mégara habitait assez loin et totalement à l'opposée de sa maison à elle, mais elle voulait au moins lui rendre ce petit service. Tandis que la grande brune redonnait du volume à ses cheveux aplatis par le casque, Anna fouilla dans son sac et en sortit la casquette Gavroche que Meg, n'ayant pas de sac pour la ranger sans l'écraser, lui avait confiée au moment de quitter le lycée en scooter.
- Tiens, ta casquette au fait.
- Ha oui, j'avais oublié. Je ne mets jamais ce genre de trucs normalement. C'est Tiana qui m'a dit d'en prendre une pour venir, expliqua-t-elle en voyant les sourcils froncés et l'air interrogateur de la petite rousse.
- Pourquoi ? demanda Anna, encore plus surprise.
- Si j'ai bien capté ce que m'a dit Tia', Hans cherchait une fille avec une casquette comme ça.
Anna resta un instant sans comprendre, puis elle se rappela qu'avant de la suivre jusque chez Elsa, Hans avait accusé Alice d'être la fille qu'elle avait embrassé. Elle avait cru au départ qu'il l'avait soupçonnée à cause de la blondeur de ses cheveux, mais ça ne tenait pas debout, vu qu'Elsa avait caché la totalité de sa chevelure sous sa casquette. Elle avait toujours trouvé ça dommage, mais l'expérience avait montré que ça n'avait pas été une précaution inutile.
En y repensant, elle se rappelait bien Alice portant à plusieurs reprises ce genre de casquette, au lycée. Elle en avait porté une presque tout le temps l'an dernier, en fait. Pas étonnant que Hans l'ait soupçonné. Elle remercia une fois de plus Tiana d'avoir pensé à ce genre de détails.
Elles échangèrent leurs numéros de téléphone. La grande brune voulait revenir au lycée mardi, mais Anna négocia le mercredi, avec l'idée de manger quelque part avec les filles et Kristoff après les cours. Elle ne voulait pas rejouer la scène après un autre cours de maths.
Après le dîner, quand elle se retrouva enfin seule dans sa chambre, elle prit son téléphone. C'était le moment de parler à Elsa, de lui soumettre le plan même s'il était trop tard pour lui demander son avis.
C'était aussi le moment où elle allait découvrir si Elsa avait vu Meg l'embrasser ou pas.
En elle, son cœur battait furieusement, ses mains étaient tremblantes, et une fine pellicule de sueur commençait à recouvrir son front et ses épaules. Elle sélectionna le numéro d'Elsa, approcha son pouce du bouton vert, puis s'interrompit. Elle n'était pas certaine de vouloir la déranger si elle n'avait pas envie de lui répondre. Elle changea d'idée, et fit courir ses doigts sur le clavier tactile de son téléphone pour lui envoyer un message.
« Est-ce que je peux t'appeler ? »
Elsa n'eut pas besoin de lire le nom qui s'affichait sur l'écran de son téléphone pour savoir que c'était Anna qui venait de lui écrire, puisqu'il n'y avait qu'elle qui avait ce numéro.
- Je mets pause ? demanda Olaf.
- Non, répondit Elsa après un instant de réflexion. Continue sans moi.
Elle frotta ses yeux et son visage avec ses deux mains et se leva du canapé. Elle quitta le salon et attendit de se retrouver seule dans sa chambre pour composer le numéro d'Anna.
- Elsa ! s'exclama la jeune fille au téléphone, et le cœur de l'enseignante bondit comme un ressort lorsqu'elle entendit la voix de son amoureuse. Je, heu, tu... heu... est-ce que ça va ?
Comme si dans sa poitrine, deux mains venaient de renfermer son cœur excité derrière sa cage osseuse, tel un diable refoulé dans sa boîte, sa joie fut immédiatement remplacée par un autre sentiment, beaucoup plus désagréable. Elle plissa des yeux.
- Pourquoi est-ce que tu veux me parler, Anna ?
Il y eut un petit glapissement étranglé de l'autre côté du téléphone, et Elsa retint un soupir. Elle n'avait pas prévu de répondre si durement, mais après tout, elle n'avait pas non plus prévu de rompre cette promesse qu'elle s'était faite à elle-même de ne pas l'appeler et de ne répondre à aucun de ses messages.
- Je... je voulais te parler de Meg... Mégara... je veux dire, la fille, la pote de Tiana...
Meg. C'était donc ça son nom. Son sang se réchauffa tout d'un coup, comme elle revoyait la fille, cette fille séduisante aux longs cheveux bruns, tenir la main de sa copine, partir dans les couloirs avec sa petite amie.
L'enseignante poussa un soupir et refréna son envie de raccrocher brutalement. Si elle voulait être honnête avec elle-même, oui, elle avait envie d'en savoir plus sur cette histoire. Elle écouta Anna se batailler avec les mots, et lui expliquer le plan concocté par Tiana, et pourquoi elle l'avait accepté.
Elsa se laissa tomber sur son lit et fixa le plafond. Olaf avait vu juste, c'était bien une diversion. Mais elle n'avait pas envie de reprendre inutilement espoir, parce qu'elle savait qu'il y avait peu de chances pour que ça puisse vraiment marcher.
- C'est volontaire, d'avoir choisi précisément la fin de mon cours pour votre petite scène ? demanda-t-elle en pinçant les lèvres.
- Quoi ? Non ! J'étais même pas au courant, je veux dire, si, j'étais au courant pour le plan, mais je ne savais pas quand elle allait débarquer ! Je ne savais pas que ça allait être aujourd'hui, quand Tiana m'a dit qu'elle était là, je ne pouvais pas... je ne pouvais plus refuser, c'était trop tard, ou alors il fallait tout laisser tomber ! Je suis désolée, je suis vraiment désolée ! Je pensais que j'aurais le temps d'en parler avec toi, de connaître ton avis et tout...
- Ah parce que tu comptais quand même m'en parler ? dit-elle plus froidement qu'elle ne l'aurait voulu.
- Bien sûr ! s'exclama Anna.
Elsa se tut. Elle avait besoin de réfléchir, de laisser son sang qui bouillait refroidir. Olaf avait raison. Elle n'avait pas envie de dire des choses qu'elle regretterait plus tard. Pas à Anna.
Elle n'avait pas dit à son élève à quel point l'entretien avec Clayton l'avait bouleversée. Elle ne lui avait pas raconté ce que le proviseur lui avait dit le lendemain en salle des professeurs. Anna ne savait pas que malgré sa plaidoirie dans son bureau, son alibi et le numéro de téléphone qui n'était pas le sien, l'homme se méfiait toujours, et n'était pas prêt d'oublier l'affaire.
Elle avait été à deux doigts de la pire des catastrophes, et intérieurement, Elsa commençait à se demander si Anna en avait vraiment conscience.
Une fausse petite amie qu'elle exhiberait dans tout le lycée suffirait-elle à effacer jusqu'au dernier des doutes ? Franchement, elle ne parierait pas sa vie et sa carrière sur ça.
- Et tu penses réellement que ça peut fonctionner ? demanda-t-elle sans chercher à masquer sa réticence et son scepticisme.
- Ça a déjà bien marché, j'ai l'impression. Meg a prévu de revenir mercredi. Après ça, plus personne ne se fera des films sur toi...
Des films parfaitement exacts, faillit répondre l'enseignante.
Un frisson désagréable la parcourut. Elle n'avait pas aimé cette fille, Meg, au premier regard. Elle n'aimait pas sa manière de tenir la main d'Anna comme si elle était sa propriété. Elle n'aimait pas sa façon de parler, cette insolence, cette arrogance dans sa voix.
Si elle voulait être totalement objective, cette mascarade pouvait parfaitement réussir. Elle pourrait leur permettre de recommencer à se voir de temps en temps, chez elle, avec le prétexte merveilleux du baby-sitting chez Mme Bulda deux étages en dessous. C'était la meilleure option qu'elles avaient sous la main. Une option qui lui éviterait d'avoir à attendre jusqu'en juillet pour pouvoir embrasser à nouveau la femme dont elle était amoureuse.
Mais elle n'aimait pas Mégara. Elle n'aimait pas le fait qu'un jour ou l'autre, si elles voulaient convaincre les derniers sceptiques, Anna devrait finir par l'embrasser.
Elle ignorait simplement que c'était déjà fait.
Pauvre Elsa...
Bon alors l'idée d'un changement de rythme d'uploade a généré pas mal d'inquiétudes (et non, je ne suis pas à la retraite, non mais ça va pas ?)
Ne vous faites pas de soucis, je n'ai pas du tout l'intention d'arrêter cette histoire ! Simplement, j'ai réussi jusqu'à présent à maintenir entre 4 et 5 chapitres d'avance, ce qui me permettait de prendre le temps de les améliorer et de les peaufiner. Ces dernières semaines, j'ai manqué de temps à cause de ma fin d'année à finir et de mon projet à préparer, et cette avance s'est considérablement réduite (je n'ai plus qu'un chapitre et demie d'avance sur vous !). Du coup pour éviter des gaps trop importants entre les chapitres lorsque je n'aurai pas de temps pour écrire, je vais passer à un chapitre tous les 15 jours au lieu d'un chapitre toutes les semaines, afin de conserver cette avance et de vous donner des chapitres correctement achevés, et à un rythme régulier.
Merci à tous de vous perdre ici chaque semaine, merci pour le surplus d'amour que j'ai reçu par review, et merci pour les nombreux encouragements ! :)
Ankou
