Hello everyone ! Bonne année :)
Je poste ce nouveau chapitre depuis ce qui sera ma maison pour les 8 prochains mois, perdue dans les montagnes enneigées de l'ouest Canadien.
J'ai dit fuck off à mon taf (enfin, administrativement parlant c'était plus compliqué), fuck off aux petites bêtes chiantes mais attachantes qui peuplent mon quotidien, et fuck off à la France. Nouvel environnement, nouveau job, nouvelles personnes et nouvelles expériences.
Bref, une nouvelle vie :)
Bienvenue à toutes celles et ceux qui ont découvert cette histoire pendant les vacances de Noël (vous avez été étonnement nombreux-ses !).
J'aurais beaucoup de choses à dire en réponse à vos reviews, mais la question qui vous intéresse le plus, c'est quand est-ce qu'elles se remettent ensemble ? Inutile de vous dire que même si ça arrivait dans ce chapitre, je ne vous le dirais pas :p
Merci encore à Lounils pour sa relecture et ses conseils.
Bonne lecture !
Chapitre 37
- M'man, j'y vais ! cria Anna tout en enfilant ses bottines. La mère de Mérida passe me prendre dans cinq minutes !
- Passez une bonne soirée, répondit Mme Andersen depuis le salon. Reviens avant midi, ajouta-t-elle en rejoignant sa fille dans l'entrée. On va déjeuner chez mon frère demain.
- Ok ! Bonne nuit Maman. Au revoir P'pa ! lança-t-elle à son père, qui répondit par un lointain geste de la main.
Elle attrapa son sac à dos, mit un blouson par dessus son pull à capuche rouge Gryffondor, et sortit dans la rue. Quelques instants plus tard, elle arrivait devant la statue de Jeanne d'Arc. Une voiture était garée en double file, une petite citadine grise et usée, et Anna reconnut Meg au volant. Elle salua discrètement Jeanne d'un geste de la main, une habitude qu'elle n'avait jamais quittée, et se dirigea vers la portière passager.
- Salut princesse ! lança Mégara avec un grand sourire.
- Salut Meg !
Elle se pencha par dessus le siège, le frein à main et le levier de vitesse pour embrasser la brune sur les joues.
- Putain c'est quoi ce pull ? s'exclama l'aînée des deux filles. T'es au courant qu'on va aller en boîte et pas en garderie ?!
Les joues d'Anna rosirent et elle se mordilla la lèvre en souriant malicieusement.
- Ouais, mais j'ai dit à ma mère que j'allais à une soirée pyjama chez Mérida, et il n'y a rien de mieux qu'un gros pull pour cacher les fringues qu'on porte en-dessous ! Je me maquillerai en route. Au fait, on va où ? demanda-t-elle tout en attachant sa ceinture de sécurité.
- Before au Shézel, répondit Meg en se remettant dans la circulation, et ensuite, selon notre motivation et s'il y a des filles qui veulent bouger, on ira en boîte.
- Mais il y a une boîte gay à Arendelle ?!
- Bien sûr, tu sors d'où ?
- Excuse-moi de ne pas être au courant de ce genre de trucs !
- Alors laisse-moi faire ton éducation, dit Mégara avec un petit sourire et un clin d'oeil.
Arrivées à un feu rouge, Anna ôta son pull informe. Elle n'avait aucune idée de la façon dont il fallait s'habiller pour sortir dans une boîte de nuit gay. Elle se disait que c'était forcément tenue correcte exigée, mais qu'est-ce que ça pouvait bien être ? Elle ne se sentait pas trop d'être en jupe ou en robe, alors elle avait revêtu un jean noir et sa chemise préférée, blanche avec le col, la boutonnière et les manchettes vert émeraude. En dessous, elle portait un débardeur, d'un vert plus clair, et légèrement plongeant.
- Ah, j'aime mieux ça ! s'exclama Meg en lui jetant un coup d'oeil à la dérobée tout en conduisant. Tu vas en faire tomber, des filles !
- Tu... tu crois ?
- Non, corrigea-t-elle avec fierté. T'en feras pas tomber une seule, puisque tu es avec moi !
Anna pouffa, et tandis qu'elles étaient à un nouveau feu rouge, elle sortit de son sac à dos sa petite trousse à maquillage, et abaissa le pare-soleil pour se regarder dans le miroir. Quelques minutes plus tard, Anna reconnut la rue du Shézel. Elles trouvèrent une place libre, et Anna prit un billet de vingt euros, son portable et ses clés, et glissa le tout dans les poches de sa veste en cuir. Son sac à dos, qui contenait son maquillage, son pyjama, deux ou trois trucs de rechange et son gros pull rouge fut soigneusement dissimulé sous le siège passager.
Si ma mère me voyait comme ça... songea-t-elle.
- Au fait, demanda-t-elle à Meg qui finissait elle aussi de redonner un coup de brosse dans ses cheveux, on va y aller comment, en boîte ?
- En voiture, bien sûr ! T'inquiète, je ne vais pas conduire bourrée. J'ai pas assez de thunes pour me bourrer la gueule en boîte de toute façon !
- Ok... dit Anna, légèrement rassurée.
- Allez, détends-toi ma puce, ça va être une bonne soirée !
La petite rousse frissonna en entendant le petit nom par lequel Mégara l'avait appelée. La seule autre personne à l'avoir jamais appelée ainsi, c'était Elsa. Elle sentit une vague de culpabilité l'envahir. Tu ne fais rien de mal. Tu vas juste passer une bonne soirée avec une pote, c'est tout. Il n'y a rien, et il ne va rien se passer entre toi et Mégara.
Elle suivit la grande brune à l'intérieur. L'endroit n'avait plus rien à voir avec le bar calme où elle était allée une semaine plus tôt, mais peut-être était-ce toujours comme ça le samedi ? La salle était assombrie et éclairée par des lumières rouges ou violettes, et de la musique résonnait fortement dans les enceintes. L'endroit était bondé, et elles durent se faufiler jusqu'au bar. Anna reconnut la serveuse de la dernière fois, qui était assistée par une femme corpulente qui secouait vigoureusement un shaker tout en ondulant des hanches.
Tandis que Meg s'approchait pour les saluer, vu qu'elle semblait connaître tout le staff, Anna réalisa qu'il ne s'agissait pas d'une femme, mais d'un homme, dans une robe violette très généreusement décolletée.
- Viens, Anna ! appela Meg en attrapant la petite rousse par le bras. Je te présente Ursula, patronne du bar et meilleure danseuse de tout Arendelle ! ajouta-t-elle avec un ostensible clin d'oeil.
- Qu'est-ce que je vous sers, les filles ? demanda Ursula, d'une voix définitivement masculine.
- Une Smirnoff Ice, dit Meg.
Anna hésita à demander la même chose. Ca avait définitivement l'air d'être une boisson cool, et elle était certaine que la (ou le ?) barmaid lui rirait au nez si elle commandait un chocolat chaud, dans un bar lesbien, un samedi soir. Mais elle se rappela le délicieux cocktail qu'elle avait bu lors de son premier rendez-vous avec Elsa, et elle eut envie de se rappeler de la sensation qu'elle avait ressentie en le buvant, alors qu'elle regardait sa prof en rougissant, n'osant toujours pas croire où elle se trouvait.
- Un Cacolac... avec du Baileys.
- Un excellent mélange, commenta la patronne avec un grand sourire.
Ursula se retourna pour prendre les bouteille et sortit deux verres qu'elle posa sur un carré de carton sur le comptoir.
- Tu bois de l'alcool, finalement ? se moqua Meg.
- C'est toi qui conduit, répliqua Anna en haussant les épaules.
- T'as pas intérêt à vomir dans ma caisse ou je te fais tout bouffer au p'tit dej.
- T'es dégueulasse ! s'exclama Anna en lui mettant une petite claque sur l'épaule. T'inquiète, moi non plus j'ai pas assez de sous pour boire autant !
- Oui mais fais gaffe, tu risques de te faire offrir pas mal de verres si tu continues à sourire comme ça.
La petite rousse s'interrompit. Elle pouvait presque sentir le rouge lui monter aux joues.
- S-sourire comment ?
- Comme tu le fais tout le temps. Y'a déjà deux filles qui n'arrêtent pas de te regarder depuis tout à l'heure.
Anna se retourna vivement et parcourut la salle du regard.
- La discrétion et toi ça fait deux visiblement, soupira la grande brune en levant les yeux au ciel.
Une fois leurs verres à la main, elles se dirigèrent vers la mezzanine. C'était bondé, et Anna eut du mal à monter l'étroit colimaçon sans renverser son verre, surtout qu'une fille eut la merveilleuse idée de descendre en même temps, faisant trembler dangereusement son Cacolac alcoolisé.
- Hey Meg ! s'exclama une fille qui était assise à l'endroit où Anna et Meg s'étaient installées la dernière fois.
- Salut les meufs ! Anna, j'te présente Camille, Bérénice, Narimane et Marie-Anastasie...
La fille aux longs cheveux noirs grimaça en entendant son nom et fusilla Meg du regard.
-... qui veut qu'on l'appelle Tess. Les meufs, voici Anna.
La petite rousse ôta son blouson et fit une bise à chacune des filles qui lui avait été présentée.
Camille avait le look typique de la Terminale L, théâtreuse, avec de grandes lunettes rondes, le pinceau dans les cheveux et des badges portant des citations sur le revers de sa veste de velours beige. Bérénice avait la peau noire, des cheveux très courts et portait une cravate rouge sur sa chemise blanche qui luisait dans la lumière tamisée du bar. Narimane était très belle, remarqua Anna, avec des longs cheveux frisés et une robe sexy. Elle avait aussi l'air un peu plus âgé que les autres. Enfin, Tess portait des vêtements tout aussi noirs que ses cheveux, et du rouge à lèvres rouge vif. Plusieurs piercings ornaient ses oreilles et un tatouage était visible sur son avant-bras. Vu son nom, ses parents ne devaient sûrement pas être ravis de la voir adopter un tel look.
Soudainement, elle se sentit mal à l'aise. Ces filles avaient l'air si assurées, si audacieuses, elles n'étaient certainement pas du genre à passer leurs week-ends à jouer à la console et à bosser leurs cours. Elle aurait aimé que Mérida soit avec elle, elle aurait été bien plus en confiance (et puis elle était certaine qu'aucune de ces filles n'arrivait à la cheville de Mérida), mais si elle voulait être franche, elle aurait surtout préféré passer la soirée avec Elsa.
Après les présentations, les filles débordèrent de questions pour Anna. Depuis quand connaissait-elle Meg, comment s'étaient-elles rencontrées, étaient-elles ensemble (Anna hésita avant de nier : et si l'une de ces filles était dans son lycée ? Après tout, elle était loin de connaître tout le monde, surtout les BTS et les prépas), que faisait-elle comme études, et enfin quel était son âge.
- Mais alors t'as pas encore 18 ans ? s'exclama Narimane. Béré, t'es plus le seul bébé de la bande !
- Meg, surveille son verre ! ricana Tess. Les bébés, ça n'a pas le droit de boire, normalement !
La fille nommée Bérénice lui tira la langue, et tendit son verre de bière à Anna qui trinqua en lui rendant son sourire.
Anna se détendit et s'installa plus confortablement sur le canapé. Elle écouta des récits de soirées, dans des bars ou dans des appartements, les unes paraissant incroyablement cool, les autres semblant plutôt douteuses ou saugrenues, on lui montra des photos et même des vidéos, et elle apprit des histoires sur des filles qu'elle ne connaissait bien évidemment pas. Comme si les amies de Meg, qui la traitaient comme si elle était l'une des leurs, voulaient lui faire rattraper son retard. Parfois, la conversation devenait un peu trop obscure pour elle, et Meg se débrouillait toujours pour changer de sujet, ou pour revenir sur une discussion à laquelle elle pouvait participer. Des questions du style « mais t'étais jamais venue ici ? », « mais c'est la première fois que tu découvres le milieu ? » fusaient, et Anna se surprit à rougir plus d'une fois en prenant toute la mesure de son ignorance.
- Mais c'est normal, surtout quand on découvre son homosexualité à dix-sept ans ! dit Camille d'un ton qui se voulait rassurant. Moi, je m'en suis rendue compte en classe de Première, et je me suis sentie comme toi la première fois où j'ai mis les pieds dans un bar gay.
- Pour ma part, je m'en suis rendue compte assez tôt, j'avais treize ans, dit Bérénice. Ca s'est plutôt mal passé avec mes parents et j'ai beaucoup traîné dans des assos LGBT, c'est là que j'ai découvert le milieu. Narimane bosse dans une asso de ce genre, elle s'occupe surtout des ados d'origine étrangère comme moi qui ont des gros gros problèmes avec leur famille.
Anna fixa la jeune fille noire qui avait son âge en se demandant comment on pouvait s'en sortir, à treize ans, avec de telles difficultés. Avait-elle été mise à la porte de chez elle ? Elle avait entendu dire que c'était quelque chose qui arrivait bien trop souvent aux jeunes homos. Sérieusement, comment des parents pouvaient rejeter leur enfant juste pour ça ?
- Et toi ? demanda Narimane.
Anna avala la gorgée qu'elle avait dans la bouche, toussota, et se tourna vers la jeune femme aux cheveux longs.
- M-moi quoi ?
- Ton coming-out. Déjà fait, partiellement fait, pas encore fait..?
Anna resta la bouche entrouverte pendant quelques secondes. Coming-out. Pourquoi ce mot la faisait frissonner de tous ses membres ?
Mégara, qui était quelques secondes plus tôt en grande conversation avec Tess et une autre fille, se releva et s'assit juste à côté d'Anna.
- Narimane... gronda la grande brune. Je ne suis pas sûre qu'Anna soit super à l'aise à l'idée d'en parler...
La lycéenne leva un regard plein de gratitude vers l'amie de Tiana, puis se tourna de nouveau vers Narimane.
- Mes amis sont au courant, mais pas mes parents, précisa-t-elle. Pas... pas encore.
- Et tu as plutôt un bon feeling concernant leur réaction, ou bien...
Ca, c'était une question qu'elle s'était déjà posée plus d'une fois. Le prendraient-ils bien ? Tout dépendait de la révélation. Homo ? Ca passerait. En couple avec une prof ? Moins sûre.
Elle haussa les épaules, et rapidement, la conversation cessa de tourner autour d'elle. Pour sûr, elle aurait fait un carton en révélant que son cœur vibrait pour sa prof de maths, et certainement que Tess, qui n'avait jamais cherché à participer à leur discussion, l'aurait trouvé moins ennuyeuse, mais ce n'était définitivement pas quelque chose qu'elle pouvait révéler dans un tel nid à ragots.
- Je vais me chercher un truc à boire, dit-elle en se levant avec son verre vide.
Elle descendit de la mezzanine. Le bar semblait encore plus bondé qu'à son arrivée. Que des filles, évidemment, et aucune ne semblait banale. Cheveux courts, cheveux longs, couleurs sombres ou couleurs vives, coiffures improbables ou simples chignons, et alors qu'elle croyait qu'il s'agissait d'un cliché éculé, plus de cravates qu'elle n'aurait pu en voir dans n'importe quel autre bar.
Elle parvint à arriver jusqu'au comptoir et attendit qu'une serveuse la remarque.
- Salut.
Anna sursauta en réalisant que la femme qui était assise au bar juste à sa droite s'était adressée à elle.
Cinq minutes plus tard, elle remontait rejoindre ses nouvelles amies, avec un verre qu'elle n'avait pas payé, et une sensation étrange après s'être fait draguer ostensiblement pour la première fois de sa vie.
Quand elle raconta ce qu'il s'était passé, les filles éclatèrent de rire et Meg passa un bras autour de ses épaules, visiblement amusée.
- Je t'avais prévenue, princesse. Tu vas toutes les faire craquer !
Peu après minuit, entassées à quatre sur la banquette arrière de la petite voiture de Meg, elles partirent vers la boîte de nuit. Anna, qui n'était déjà plus très sobre à ce moment-là, engloutit la moitié d'un paquet de chips qui traînait dans la voiture, et dansa et s'éclata toute la nuit.
Ce fut une nuit bizarre. Agréable, pleine de découvertes, de rires et de conversations, mais définitivement bizarre. Elle avait dansé, bu et discuté avec des filles qu'elles ne connaissait pas, s'était fait offrir pas mal de verres par des filles qu'elles ne connaissait pas, et avait refusé plusieurs fois en rougissant de donner son numéro de téléphone à des filles qu'elles ne connaissait pas.
C'était déjà presque le petit matin quand la lycéenne rousse et l'étudiante brune rentrèrent enfin, ensemble et légèrement éméchées, dans l'appartement de Mégara.
Le petit déjeuner du dimanche matin avait toujours été un moment sacré entre Elsa et Olaf. Même quand elle était enfant et que ses parents étaient encore là, elle avait souvent traversé la rue de leur village de montagne pour une orgie de tartines sur la grande table en fer du jardin d'Olaf. Encore maintenant, cette table aux pieds de plus en plus rouillés se recouvrait de temps à autres d'un monceau de pain, de crêpes chaudes, de pots en verre aux contenus diverses et de plaquettes de beurre qui fondaient sous le soleil.
Elsa sortit de la boulangerie, qui donnait sur le petit square avec la statue de Jeanne d'Arc, avec un gros pain viennois. Olaf avait prévu de faire du pain perdu, comme s'il voulait remplir le vide dans son cœur avec de la nourriture.
La veille, Elsa avait eu Belle et Aurore au téléphone. Jusqu'à présent, elle avait gardé pour elle sa rupture avec Anna. C'était Olaf qui l'avait consolée. Après tout, il ne la jugeait jamais et il était le meilleur pour les câlins. Belle avait été surprise, mais pas vraiment étonnée. Elsa avait apprécié le tact et la compassion dans ses paroles mais son amie avait tout de même conclu en disant que c'était pour le mieux. Qu'elles se retrouveraient sans risque après le bac. Que si Anna n'arrivait pas à l'attendre quatre mois, c'est qu'elle n'en valait pas la peine. Merci Belle, j'étais arrivée à ces conclusions toute seule.
Attendre... C'étaient ni Belle, ni Aurore ni Olaf qui avaient à attendre. Ce n'étaient pas eux qui croisaient la petite rousse tous les jours, plusieurs fois par jour. Ce n'étaient pas eux qui subissaient ces regards, parfois contrariés, parfois énervés, trop souvent tristes.
Depuis quelques jours, c'était de l'espoir qu'elle lisait dans ses yeux. De l'espoir et de l'attente. Et Elsa hésitait, réfléchissait, doutait. Pouvait-elle prendre le risque de se faire repérer une deuxième fois ? Hans avait-il définitivement cessé de la soupçonner ? La rumeur de la petite amie d'Anna traînant dans les couloirs du lycée était-elle parvenue aux oreilles de Clayton ?
Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas tout de suite la voiture qui se garait sur le trottoir d'en face, mais elle fut rappelée immédiatement à la réalité à la vue d'un éclat de roux si familier. Son cœur loupa un battement lorsqu'elle reconnut Anna qui sortait de la voiture. Elle vit l'adolescente se pencher vers le siège passager pour prendre un sac à dos, puis contourner le véhicule. De son poste d'observation, Elsa ne put voir grand chose, juste Anna qui avait passé la tête par la fenêtre côté conducteur... comme pour embrasser la personne qui était au volant. L'enseignante sentit son sang geler dans ses veines quand elle vit sa petite amie saluer avec un grand sourire radieux la fille qui était restée dans la voiture.
Elsa cligna des yeux. La voiture venait de démarrer, et quand elle passa à-côté d'elle, ses pires craintes furent confirmées : c'était bien Mégara, qui venait de déposer Anna à quelques pas de la maison de ses parents, un dimanche, à dix heures et demie du matin. Ce qui ne pouvait signifier qu'une chose : Anna n'avait pas dormi chez elle cette nuit.
La paire de tresses rousses était encore visible au bout de la rue, mais Elsa resta figée, et regarda la tache écarlate s'éloigner jusqu'à ce qu'elle ait disparu de sa vue. Elle resta plusieurs instants sans bouger. Anna était sûrement chez elle maintenant, et Elsa était toujours au même endroit sur le trottoir, son pain viennois à la main, une poignée d'appels en absence d'Olaf sur son portable, et son cœur en lambeaux.
- Et bien, qu'est-ce qu'il t'es arrivée ? s'exclama Olaf quand Elsa arriva finalement dans l'appartement.
L'enseignante jeta plus qu'elle ne posa le pain sur la table du salon, et s'effondra sur une chaise. Elle répondit à son ami d'une voix à la fois blasée et fatiguée. Elle se sentait vidée de toute son énergie.
- Anna me trompe avec cette fille, Meg. Enfin techniquement elle me me trompe pas puisque je l'ai quittée. J'imagine que c'est bien fait pour moi...
- Quoi ? l'interrompit Olaf quand il retrouva la maîtrise de ses sens. Attends, quoi ?
Elsa raconta à son ami la scène à laquelle elle avait assisté. Il essaya de trouver des explications, bien sûr. Mais aucune des hypothèses qu'il avançait ne parvenait à lui redonner ne serait-ce qu'une écharde d'espoir. Au contraire, plus il essayait de la défendre, et plus elle sentait ses nerfs s'agiter.
- Attends, tu les a vu s'embrasser ? Je veux dire, vraiment s'embrasser ?
- Pas de manière précise, mais...
- Alors comment tu peux être si sûre ?
- Ne dis pas que je me prends la tête pour rien ! s'exclama Elsa en serrant les poings. Dans quel camp es-tu ?
- Elsa, calme-toi enfin ! Bien sûr que je suis de ton côté, mais je te demande juste de réfléchir un peu au lieu de sauter sur les conclusions.
- Tu vois une raison pour expliquer pourquoi Anna rentrerait chez elle à dix heures du matin ?
- Mais même si elle a dormi chez cette fille, rien ne te dit qu'elle a dormi avec !
- Tu refuses vraiment de croire qu'Anna ait pu faire une chose pareille, n'est-ce pas ?
Elle aurait dû trouver l'assurance de son ami réconfortante, mais elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer le pire. Après tout, elle avait déjà embrassé Mégara, si les ragots de ses collègues étaient exacts. Elle avait prétendu sortir avec, partant de là, il n'y avait plus qu'un pas à franchir.
- Tu la connais mieux que moi, admit-il.
Elsa plissa des yeux. Olaf avait rendu les armes, mais elle voyait bien à l'expression de son visage qu'il n'était pas du tout de son avis. Mais comment réagirait-il si leurs rôles étaient échangés ? Serait-il aussi pressé de trouver des excuses ? Trouverait-il toujours sa réaction disproportionnée ? C'était tellement facile de prodiguer des conseils...
Quand je pense qu'elles se sont peut-être embrassées juste devant ma salle, l'autre jour... Cette simple idée suffisait à faire sortir de la fumée de ses oreilles.
Olaf croisa les bras sur sa poitrine. Son habituel sourire avait disparu de son visage.
- Tu lui dis de t'attendre jusqu'en juillet, tu ne vas quand même pas piquer une crise à chaque fois qu'elle va traîner avec une fille autre que toi.
- Olaf ! Arrête de dire n'importe quoi, ce n'est pas n'importe quelle fille, et tu le sais bien !
- Elles ont fait semblant !
- Oui, pour tromper les idiots de sa classe et mon crétin de chef. Tu crois qu'ils étaient avec elles hier soir ?
- Ecoute, Elsa, coupa Olaf d'une voix inhabituellement ferme. Cette fille, c'est ta chérie, pas la mienne. Tu peux croire ce que tu veux à son sujet, mais si tu veux qu'elle soit toujours là quand tu voudras bien revenir auprès d'elle, tu ferais mieux de ne pas la pousser à te haïr.
C'était la remarque de trop. Elle se leva brusquement et se réfugia dans sa chambre.
Elle ne pouvait tout de même pas appeler Anna pour connaître la vérité. Après la façon dont elle lui avait parlé au téléphone la dernière fois, elle n'était pas tout à fait certaine qu'elle décrocherait. Et elle-même, arriverait-elle à garder son calme et à l'écouter ?
Elle ouvrit son répertoire, prête à tenter de lui envoyer un message. Elle fut surprise, l'espace d'une seconde, de voir qu'il y avait un deuxième numéro sous celui d'Anna. Le numéro de Mérida, qu'elle avait presque oublié jusqu'à présent. Non, mauvaise idée, je ne peux pas l'impliquer... Mais son cœur, son corps et ses mains n'étaient pas du même avis que son cerveau, car avant qu'elle ne le réalise vraiment, son pouce avait pressé la touche verte. Déjà, la tonalité retentissait, raccrochant Elsa à la réalité.
Avec un peu de chance, elle ne décrochera pas... Que pouvait-elle lui dire, de toute façons ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Et pourtant, elle ne coupa pas la communication. Ce n'était pas son genre d'être si peu préparée, c'était plutôt celui d'Anna.
La pensée d'Anna remplit à nouveau ses yeux de larmes.
- Ouais, allô ?
L'enseignante sursauta, manquant de peu de faire tomber son téléphone. Et maintenant, je fais quoi ? Je raccroche ? Elle ne saura jamais que c'est moi...
Mais si... et si Mérida pouvait l'aider ?
S'apprêtait-elle vraiment à se confier à la meilleure amie de son adolescente d'amoureuse ? Mais quel âge avait-elle, enfin, pour faire une chose pareille ?
- M-Mérida, je... C'est Elsa... Mme Winter.
Il y eut un bruit étrange, de l'autre côté de la ligne, comme un hoquet de surprise.
- Mme Winter ? Heu, est-ce que tout va bien ?
Son corps était-il définitivement en train de l'abandonner ? Elle voulut répondre, elle essaya d'ouvrir la bouche, mais elle réalisa avec horreur, comme si elle se regardait agir de haut, qu'elle avait fondu en larmes.
Hâte de lire vos commentaires et vos questions (et vos craintes et vos angoisses) pour ce chapitre :)
A bientôt,
Ankou
