Bonjour !
Aha, vous ne vous y attendiez pas, hein ! Sans dec', ça n'allait pas être à ce rythme jusqu'au bout, seulement le temps que je prennes mes marques. J'ai quelques chapitres d'avance, et plutôt pas mal de temps pour écrire (avec un gros chien noir sous mes pieds, et un gros chien doré qui ne cesse de donner des coups de pattes à ma main qui tient le stylo).
Bon j'arrête là mes bavardages, chez moi il est 8h du matin et c'est moi qui tient la boutique :)
Bonne lecture !
Chapitre 38
Anna bailla. Ses yeux peinaient à rester ouverts, et elle lut à peu près quatre fois son résumé sur les médiateurs de l'inflammation avant de réaliser qu'elle n'en avait pas retenu un seul mot. Elle lâcha sa fiche et ferma les yeux, essayant de se pelotonner de manière confortable. Le lit était celui de sa cousine, qui n'habitait plus chez son oncle et sa tante depuis deux ans déjà, partie à Paris pour ses études, et il était recouvert d'un désagréable couvre-lit en plastique, sans doute pour le protéger de la poussière. Elle aurait préféré être dans son propre lit, pour rattraper sa trop courte nuit de sommeil. Note pour moi-même : les nuits blanches avant les repas de famille, mauvaise idée.
Elle avait à peine commencé à sombrer dans une douce somnolence quand son téléphone sonna. Grmpf, ça m'apprendra à ne jamais le mettre sur silencieux. Ce n'était pas Elsa, bien sûr, ni Meg, mais Mérida. Elle décrocha.
- Allô ? dit-elle d'une voix ensommeillée.
- Salut Ginger.
Il ne lui avait fallu que deux mots pour entendre au son de la voix de sa meilleure amie que quelque chose n'allait pas. Elle roula sur le côté pour caler le téléphone contre son oreille.
- Ca va Mérida ? demanda-t-elle d'un ton plus alerte.
- Moi ouais. Heu... ton Elsa vient de m'appeler.
… What ? Ca sort d'où ça ?
- Mais, pourquoi ? répondit-elle en bondissant, complètement réveillée maintenant, et légèrement en panique. Comment a-t-elle eu ton numéro ? Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
Elle entendit Mérida déglutir, de l'autre côté de la ligne.
- Elle pleurait, dit-elle pour toute réponse. C'est super déstabilisant, d'avoir sa prof de maths en larmes au téléphone.
- Dis toi que c'est pas ta prof de maths, mais la copine de ta meilleure amie.
Il y eut un blanc suite à ça, si long qu'Anna regarda son écran pour vérifier que la communication n'avait pas coupé.
- J'veux bien que Meg te fasse découvrir des trucs et tout, dit finalement l'archère, mais ne perds pas de vue l'essentiel.
Mais de quoi elle parle ? se demanda l'adolescente, désormais inquiète.
- Mais... Il ne s'est rien passé, avec Meg. J'veux dire, on a fait semblant au lycée, mais...
- Je sais, coupa Mérida. C'est pas Meg que tu kiffes. Mais peut-être que t'as besoin de le rappeler à Elsa. J'pense qu'il vaudrait mieux que tu l'appelles.
- Franchement, je ne sais pas si elle va me répondre...
- Ecoute, comme tu veux, mais elle avait vraiment pas l'air bien. J'transmets juste le message, ajouta-t-elle. J'prends pas parti. Tu sais très bien que, comme tu l'as dit y'a cinq minutes, t'es ma meilleure amie, et j'ai confiance en toi. Allez, laisse pas ta chérie dépérir comme ça.
Anna lâcha son téléphone et bondit sur le lit. Il fallait qu'elle l'appelle - non, il fallait qu'elle aille la voir, tout de suite !
Elle ne savait pas pourquoi Elsa n'allait pas bien, mais l'idée ne lui plaisait pas du tout. Anna grimaça. Est-ce qu'Elsa avait des amies qui l'auraient vue hier soir ? Elle ne voyait que ça.
Dans la maison de son oncle et de sa tante, à moitié à l'autre bout du monde, y aurait-il un bus pour la ramener à la maison ? Idiots de bus, c'est toujours le dimanche qu'on a le plus besoin d'eux et il n'y en a jamais... Pourquoi ne pouvait-elle pas avoir un scooter portable, le genre magique qui se réduit pour rentrer dans sa poche ? Ca, ce serait un truc utile. Elle pianota quelques instants sur son portable à la recherche des horaires, et miracle, il y en avait bien un qui retournait au centre-ville et qui passait dans une vingtaine de minutes. Elle aurait encore à marcher un bon bout avant d'arriver chez Elsa, mais c'était déjà ça ! Gentils bus, je retire tout ce que j'ai dit.
Elle empaqueta vite fait les quelques affaires et cours qu'elle avait éparpillés sur le lit, dans l'ancienne chambre de sa cousine, et descendit dans le salon. Ses parents, ainsi que son oncle, sa tante et sa grand-mère, étaient assis autour de la table, des tasses de café vides ou refroidies devant chacun d'eux.
- M'man, murmura-t-elle à l'oreille de sa mère. Tu, heu, tu as l'intention de rentrer quand ?
- Oh, pas tout de suite, répondit Mme Andersen. Pourquoi ? Tu as du travail ?
Non je vais aller consoler ma prof de maths qui vient de pleurer au tel avec ma meilleure amie...
- Heu, oui, déjà, et puis il faut que j'aille voir Mérida, j'ai oublié un truc chez elle !
- Et ça ne peut pas attendre ?
- Non, j'en ai absolument besoin pour demain,affirma-t-elle, mais vous n'êtes pas obligés de rentrer maintenant, j'ai regardé les horaires des bus, et il y en a un dans pas longtemps, je peux parfaitement me débrouiller.
Mme Andersen se mordilla les lèvres, puis hocha la tête.
- D'accord. Tu donneras le bonjour à Mérida.
- Merci ! Je vais dire au revoir à tout le monde tout de suite, sinon je vais rater mon bus, et le prochain est dans plus d'une heure !
Quelques instants plus tard, Anna courrait pour rattraper au feu rouge le bus qu'elle venait de louper. Elle finit par monter à l'intérieur, profita du trajet pour finir en vitesse ses devoirs, et arriva au centre-ville. Une correspondance imprévue mais bienvenue lui fit même gagner quelques instants de trajet à pied.
Plus elle se rapprochait d'Elsa, plus elle se sentait stressée. Elle essayait de ne pas y penser, mais ses mains tremblaient, sa poitrine lui faisait mal, et elle ne cessait de se demander comment allait se dérouler leur conversation, après ce qu'elles s'étaient dit au téléphone la dernière fois.
Arrivée devant l'immeuble familier, elle aperçut sa voiture sur le parking. Au moins, ça voulait dire qu'elle était là, et qu'elle n'avait pas fait tout ce trajet pour rien. Elle n'eut pas à attendre plus de cinq minutes avant que quelqu'un ne sorte de l'immeuble, lui permettant ainsi de rentrer sans prendre le risque d'être refoulée à l'interphone. Elle ne réalisa qu'une fois à l'intérieur qu'elle aurait pu croiser Mme Bulda - mais elle ne s'embêta même pas à essayer d'imaginer l'excuse qu'elle aurait pu lui dire si elle l'avait effectivement croisée. Son cerveau était bien trop occupé à penser à Elsa.
Elle monta en courant les étages, jusqu'au dernier palier. Trop tard pour planifier une stratégie. Ca n'avait jamais été son fort, de tout façon. C'était le moment d'agir.
Toc toc toc...
Elle entendit le raclement d'une chaise sur le sol, puis des bruits de pas, et enfin le cliquetis de la serrure. Qui que ce soit, Olaf ou Elsa, elle avait bien l'intention d'entrer quoi qu'il arrive. Elle ne lui parlerait pas à travers une porte close, cette fois.
La porte s'ouvrit sur une Elsa à l'expression à la fois surprise et décontenancée, et Anna profita de son état de choc pour pousser la porte et se faufiler à l'intérieur.
- Anna ! Mais que... qu'est-ce que...
Sa prof recula d'un pas. Autant pour le baiser qu'elle avait espéré recevoir...
- J'étais chez mon oncle, je suis venue aussi vite que j'ai pu, expliqua la petite rousse en essayant de masquer sa déception de n'avoir pas été embrassée. Mérida m'a dit que tu l'avais appelée. Je ne savais même pas que tu avais son numéro...
- C'est elle qui me l'a donné, répondit Elsa, sa main gauche dans la poche de son sweat, et l'autre fermement agrippée à sa tresse blonde. Je pensais que tu le savais.
Mérida, lui donner son numéro ? Hé, ça veut dire qu'elle l'accepte, c'est plutôt bon signe !
Remotivée par cette réalisation, elle poursuivit.
- Par contre elle ne m'a pas dit pourquoi tu l'avais appelée, alors...
Elle laissa sa phrase en suspens et ouvrit les bras, comme pour justifier sa présence malgré leur décision - ou plutôt la décision d'Elsa - de ne plus se voir.
- Elle ne t'a rien dit ? demanda l'enseignante avec surprise.
- Non. Pas si tu lui as demandé de ne rien me répéter. S'il y a bien une personne sur Terre qui peut garder un secret, c'est Mérida.
- Je vois.
Anna croisa les bras sur sa poitrine, puis les décroisa. Elle avait lu quelque part qu'il ne fallait pas les croiser, sinon ça voulait dire qu'on n'avait pas envie de parler. Mais elle n'avait lu nulle part quelle position adopter pour une discussion probablement déprimante avec sa 'c'est compliqué'.
- Alors ? dit-elle, signifiant par là qu'elle était prête à démarrer la conversation.
Si je me jette sur elle et que je l'embrasse, là tout de suite, elle réagira comment ?
Elsa serra sa tresse de sa deuxième main, puis laissa ses bras retomber le long de son corps.
- Je voudrais que tu m'expliques pourquoi je t'ai vue sortir de la voiture de Mégara ce matin, dit-elle finalement.
Anna fut prise complètement au dépourvu par cette révélation. Elle s'était attendue à peu près à tout, sauf à ça. Elle resta décontenancée un instant puis se ressaisit.
- Parce qu'elle me ramenait chez moi, répondit-elle simplement.
- Tu as dormi chez elle cette nuit ?
L'inquiétude, dans les yeux d'Elsa, avait laissé la place à un mélange de reproche et de suspicion, et Anna comprit où elle voulait en venir. L'adolescente se tendit, serra les dents, fronça les sourcils. Quelle image Elsa avait-elle d'elle pour croire qu'elle allait se barrer avec la première venue ? Croyait-elle que ses sentiments n'étaient pas profonds, pas sincères ? D'accord, elle avait embrassé Meg, mais n'avait-elle pas compris que rien de tout ça n'était réel ? Putain, n'avait-elle pas compris qu'elle avait fait tout ça pour l'aider ?
- Oui, répondit Anna, irritée par l'accusation implicite. On est allées en boîte, on est rentrées à cinq heures du matin, j'ai fini ma nuit sur son canapé, fin de l'histoire. C'était pas la peine d'appeler Mérida, tu aurais pu simplement me demander, je te rappelle que tu as aussi mon numéro ! s'exclama-t-elle. Ou mieux : me faire confiance !
- Qu'est-ce que tu voulais que je pense en voyant ça ?
- Plein de choses ! C'est pas parce que je sors de la voiture de quelqu'un que j'ai couché avec ! Sinon heureusement que personne ne m'a jamais vue sortir de la tienne !
- Pourquoi tu continues à la voir ? demanda Elsa sans réagir aux mots provocateurs d'Anna. Ca ne devait pas s'arrêter ?
- Ca devait s'arrêter parce que tu devais... Et puis merde, c'est quoi le problème ? Je ne peux pas choisir mes amis ?
Elle avait failli dire « tu devais revenir avec moi », mais elle avait retenu ses mots au dernier moment. Elle n'avait pas envie de supplier, elle ne voulait pas s'abaisser à ça. Si Elsa ne voulait pas changer d'avis, eh bien... Non, en fait, elle n'avait même pas envie d'y penser.
- Tu l'as embrassée ! s'exclama la blonde qui n'avait plus du tout la retenue d'une enseignante en cet instant.
- OUI ! répondit Anna presque en criant. Oui je l'ai embrassée ! Deux fois, si tu veux tout savoir ! Et les deux fois, poursuivit-elle alors que le visage d'Elsa commençait à se décomposer, c'était devant une vingtaine d'abrutis que j'essayais de duper pour sauver ton cul !
- Ne me renvoie pas cette responsabilité, répondit Elsa d'une voix inflexible, les sourcils plus froncés que jamais. Je ne t'ai jamais demandé de faire ça.
- Parce que moi je t'ai demandé de m'ignorer jusqu'en juillet, peut-être ?
- Je n'ai pas le choix, Anna !
- Et bien je te le donne, le choix !
Elles criaient maintenant, l'une et l'autre. Elsa avait cessé de s'agripper à sa tresse, et ponctuait ses mots de gestes exaspérés. Anna avait les joues écarlates, et bondissait sur ses pieds à chacun de ses cris.
- Tu crois peut-être que ça suffit ? Ca paraît facile à tes yeux, mais je me demande si tu réalise vraiment les risques que je prends à être avec toi !
La remarque frappa Anna avec autant de force qu'une insulte, elle aurait tout aussi bien pu la qualifier d'immature ou d'inconsciente, voire de complètement débile.
- Ne m'accuse pas de prendre les choses à la légère ! Je sais depuis le début ce que tu risques, tu me l'as dit le premier jour, dans ta voiture.
- Alors pourquoi tu as voulu continuer, si tu savais que je pouvais être en danger si quelqu'un découvrait tout ?
- Hé, c'est toi qui a pris la décision de me voir dans la salle info et de m'embrasser ! Ne vient pas me dire que je t'ai forcée !
- Alors maintenant c'est ma faute ?! Je suis responsable, je n'avais pas à prendre le risque, c'est ça ? Je savais qu'un jour ça me retomberait dessus ! Quoi qu'il arrive, c'est ma faute, et toi tu es la petite victime !
Les mots qui furent échangés par la suite ne furent ni retenus ni contrôlés. Des larmes coulaient sur les joues d'Anna, mais c'étaient des larmes de rage, et la froide attitude d'Elsa, complètement braquée, ne faisait rien pour arranger les chose. Au contraire, chaque mot ne faisait qu'empirer la situation, et dans un coin de sa tête, une partie de son esprit la regardait, impuissante, dire des choses qui resteraient gravées, créer des blessures qui ne disparaîtraient jamais.
Le fracas laissa place à un imposant silence, lorsque Anna sortit en claquant la porte derrière elle.
Elsa se laissa tomber par terre et s'assit, les mains pressées sur les tempes. Une migraine monumentale était en train de tout casser dans son crâne, comme si son cerveau protestait violemment et à grands cris. Sa priorité, pour l'instant, c'était de réduire la boule qui forçait douloureusement son chemin dans sa gorge, ralentir les battements précipités de son cœur, calmer sa respiration endiablée.
Sa colère retomba petit à petit, au fur et à mesure de ses profondes respiration, laissant une place grandissante à la culpabilité, et aux remords.
Oh mon dieu, qu'est-ce que j'ai fait ? réalisa-t-elle au bout de quelques instants de silence.
Elle se leva d'un bond et ouvrit la porte. Elle s'était tellement attendue à voir Anna assise quelque part dans les escaliers, que lorsqu'elle arriva au rez-de-chaussée sans l'avoir vue, la déception fut si forte que les larmes se remirent à couler sur ses joues. Anna, où es-tu ?
L'adolescente qu'elle aimait tant n'était pas non plus sur le parking, et la jeune femme dut se résoudre à abandonner sa poursuite. Elle ne pouvait pas courir derrière Anna. Si elle avait eu dix-huit ans, c'est certainement ce qu'elle aurait fait, mais... Non, affirma la partie inflexible de son cerveau. Tu es une adulte, Elsa. Ne t'abaisse pas à ça. Elle ne courrait pas derrière elle, pas après ce qu'Anna lui avait dit.
La colère faisait son grand retour, bousculant son inquiétude, écrasant sa déception. La colère, jumelée avec son éternelle angoisse.
Elsa prit conscience qu'Anna était bel et bien partie, qu'elle l'avait laissée partir, qu'elle ne l'avait pas retenue. Qu'elle ne l'avait même pas embrassée.
Mais était-ce entièrement sa faute ?
- Elle n'a qu'à retourner voir l'autre cruche, marmonna-t-elle, espérant en s'énervant pouvoir bannir son tourment.
C'est exactement ce que fit Anna.
- Allô Meg ?
- Anna ! s'exclama la brune d'une voix ravie. Bien remise de cette nuit ?
La petite rousse ne répondit pas. Elle écarta le téléphone de son visage et fixa l'écran d'un regard un peu vide. Sa main qui tenait l'appareil ne cessait de trembler. Elle avait l'impression d'avoir été drainée de toute son énergie, de toute sa force vitale, et de ne plus être capable de contrôler le moindre de ses muscles. Elle avait juste envie de se rouler en boule sous sa couette, et de tout oublier.
- Je crois que j'ai fait une grosse connerie, avec Elsa...
Son portable avait sonné depuis plusieurs minutes déjà, l'informant de l'arrivée de Meg devant le lycée. Elle n'avait pas dit à Mérida et à Tiana que la grande brune l'attendait à la sortie. Elle espérait que Meg ne les ait pas interpelées, elle n'avait pas envie d'avoir à expliquer à ses amies pourquoi elle avait tant besoin de parler à Mégara aujourd'hui alors qu'elles avaient déjà passé la moitié du week-end ensemble.
Elle acheva de tresser ses cheveux humides. La séance d'EPS avait été particulièrement sportive, ou plutôt elle avait pour une fois décidé de mettre toute sa force dans les exercices, comme si son corps avait demandé à être épuisé. La douche avait été bienvenue.
Comme à chaque fois qu'elle restait seule dans le vestiaire à prendre sa douche, elle imaginait plein de choses dans sa tête, des élèves qui partaient avec ses vêtements, quelqu'un qui planquait ses chaussures... Là, elle était transportée dans une agréable rêverie dans laquelle Elsa était entrée dans son vestiaire, pour une raison tout à fait saugrenue.
Et puis, au bout d'une minute d'imagination délurée, leur dispute de la veille revint au premier plan de ses pensées. Son air blessé. Ses mains qui cramponnaient ses cheveux. Ses cris - leurs cris - indignés. Elle avait claqué la porte et reprit son souffle sur le palier, pendant quelques secondes, mais Elsa n'avait pas ouvert la pote derrière elle, n'avait pas cherché à la rattraper.
Son portable vibra, extirpant sa conscience de ce souvenir douloureux.
« Alors rouquine, tu fais quoi ? »
Anna acheva de s'habiller, sortit du gymnase et rejoignit Meg qui l'attendait, nonchalamment assise sur un banc dans la cour. Deux ou trois sarcasmes plus tard, et après une petite vanne sur le succès qu'Anna avait eu en boîte samedi, elles étaient prêtes à partir. Anna avait pensé à apporter son deuxième casque, et les deux filles enfourchèrent le scooter d'Anna. Les bras de Meg étaient serrés autour de sa taille, et la petite rousse se détendit à ce contact. Il y avait quelque chose de rassurant, dans la manière d'être de Mégara. Elle se sentait en sécurité, presque autant que lorsqu'elle était avec sa meilleure amie. Sans doute se disait-elle que si la grande brune avait été attirée par elle, vu sa franchise, elle le lui aurait déjà dit.
Une fois arrivées dans le café qui était leur destination, elles prirent une table près de la fenêtre, et Anna commanda un chocolat chaud, ce qui fit beaucoup rire Mégara, qui opta pour un cappuccino. Elles discutèrent de choses et d'autres, et surtout de la soirée de samedi, puis un serveur apporta leurs consommations. Le chocolat chaud était bon, mais n'avait rien à voir avec celui qu'elle avait préparé, le soir où Elsa et elle avaient regardé Princess Bride. Leur dernier rendez-vous. C'était il y a si longtemps ! Elle compta les semaines dans sa tête. Mon dieu, ça fait déjà un mois !
- Bon Anna, ne crois pas que je n'aime pas ton petit air déprimé, mais j'aimerais quand même bien que tu me dises ce qu'il s'est passé.
- Je... j'ai vraiment déconné, Meg.
- Ca, c'est moi qui vais en juger. Balance tout.
- Et bien je... Ca a commencé par un coup de fil de Mérida...
Anna faisait fondre dans sa cuillère le petit chocolat que Mégara avait eu avec son cappuccino, et lui avait donné. Sa main qui n'était pas crispé autour de la petite cuillère tremblait.
- Et à ce moment-là, je lui ai dit que c'était elle qui avait pris la décision de m'embrasser. Elle s'est énervée, a dit que... que c'était trop facile, que je ne faisais que rejeter la faute sur elle et me comporter comme une victime. J'avais jamais envisagé les choses comme ça.
- Tu ne te comporte pas comme une victime, Anna. Si tu veux mon avis...
La petite rousse hocha frénétiquement la tête.
- ...vous avez toutes les deux dit des choses que vous ne pensez pas vraiment.
- Tu... tu crois ?
- Votre situation est carrément merdique, ne pas pouvoir se voir, sans parler des risques qu'elle prend...
- Mais je sais tout ça ! s'exclama Anna en faisant voler ses larmes. Est-ce que c'est une raison pour dire que je suis inconsciente ?
Les lèvres de la grande brune s'étirèrent en un sourire complice, presque carnassier, et Anna la regarda sans comprendre.
- Tu sais, je pense qu'elle est presque prête pour te tomber dans les bras.
La lycéenne fronça les sourcils. Est-ce que Meg avait bien entendu tout ce qu'elle lui avait dit ? Quand elle lui fit la remarque, l'incrédulité débordant de ses yeux turquoises, Meg ne put se retenir d'éclater de rire.
- T'en fais pas princesse, j'ai des siècles d'expérience en disputes ! Maintenant, écoute-moi bien. J'ai un plan.
- M'man, je peux passer la soirée chez Mérida samedi ? On voudrait réviser ensemble la physique.
- Commence par vider le lave-vaisselle pendant que je range les courses, on en discutera après, répondit sa mère sans décrocher son regard du contenu du réfrigérateur.
Rongeant son frein, Anna s'exécuta avec dynamisme. Quand sa mère se releva, elle lui lança un regard plein d'espoir.
- Sois rentrée à 23h, comme d'habitude, dit Mme Andersen quelques instants plus tard, en plaçant le dernier bocal dans le placard.
- Est-ce que je peux rester dormir ?
La femme se retourna face à sa fille. Elle avait les sourcils froncés et les lèvres pincées, et il n'en fallut pas plus à Anna pour comprendre que la réponse serait négative. Mince. Ca, ça n'était pas prévu.
- Encore ?
- Ben... oui, comme ça on révise plus longtemps. Et puis tu sais, c'est le premier week-end des vacances, on voulait fêter ça !
- Anna...
Mme Andersen soupira et s'assit, invitant d'un geste de la main sa fille à prendre place en face d'elle autour de la table de la cuisine. Anna sentit les prémices d'un esprit bougon l'envahir. Pourquoi ce refus ? C'était juste par principe ou quoi ? Elle avait très bien travaillé ce deuxième trimestre, elle avait même encore eu les félicitations du Conseil de classe !
- Je me suis fait beaucoup de soucis pour toi depuis les vacances de février. Ton... humeur a été une vraie girouette. Je sais que tu as besoin d'intimité et que tu n'as pas forcément envie de partager tes secrets, ou tes sentiments, mais... j'aimerais savoir ce qui ne va pas. Je voudrais comprendre.
- Maman... commença Anna. C'est juste des histoires de cœur, Ok ? Des histoires d'adolescents.
- Peut-être, mais ça ne les rend pas moins importantes. Ce sont tes histoires à toi. Moins tu m'en parles, plus je me pose de questions, je me demande ce qu'il se passe. Parfois je m'inquiète toute seule, et pourtant je suis sûre que la réalité est beaucoup plus simple que ce que je peux imaginer.
Ca j'en doute, ou alors si tu as réussi à imaginer pire que ta fille avec sa prof de maths, c'est que tu es encore plus dérangée que moi.
- Anna, reprit-elle après quelques instants de silence, tu sors avec Mérida, n'est-ce pas ?
L'adolescente mit quelques instants à assimiler la question, avant que l'indignation ne prenne le dessus sur la surprise.
- Quoi ?!
- Ecoute, je ne suis pas aveugle, et ça expliquerait bien des choses, comme ton récent comportement et le fait que tu ne veuilles rien nous dire, alors que lorsque tu étais avec Hans, on était au courant des moindres détails.
Anna ouvrit la bouche, mais sa mère ne lui laissa pas le temps de parler.
- Tu as dormi chez Mérida il y a plusieurs semaines, deux jours plus tard tu te met à déprimer et à t'enfermer dans ta chambre, Mérida vient le lendemain et ça va mieux. Samedi soir tu es à nouveau allée dormir chez elle, et dimanche il a fallu que tu lâches tout pour retourner la voir...
Oups... J'aurais peut-être dû choisir plusieurs couvertures, au lieu de toujours utiliser Mérida... Quoi qu'il en soit, elle ne pouvait pas lui dire la vérité. Elle sentait qu'elle aurait dû s'inquiéter, stresser, de voir sa mère en mode « inquisitrice », mais elle restait confiante. Il n'y avait aucun risque pour que sa mère ait entendu quelque chose proche de la vérité... sinon elle ne serait pas là à croire bêtement qu'elle craquait sur Mérida.
- Maman...
- Ce n'est pas le fait que tu sortes avec elle qui m'inquiète, tu sais. C'est l'état dans lequel ça te met.
- Maman, je ne sors pas avec Mérida.
- Anna...
Et cet air de suffisance dans son regard ! Comme si elle pensait qu'Anna, sa fille, était si prévisible et si facile à percer. Oh, comme elle avait tort !
- JE NE SORS PAS AVEC MERIDA !
- J'en ai pour une minute P'a, je reviens.
Mérida prit le classeur qui était posé sur ses genoux et ouvrit la portière. Elle descendit de la voiture et ouvrit le portail portant la mention « Famille Andersen ». Elle traversa la courte allée gravillonnée et s'avança vers la porte familière, avant de s'interrompre brusquement. Elle avait entendu un cri, et elle était presque certaine d'avoir entendu son prénom.
Elle s'approcha silencieusement du perron, et tendit l'oreille.
- Mais qu'est-ce que vous avez, tous, à vouloir me caser avec Mérida ?!
L'archère se figea en entendant l'exclamation d'Anna, pas très loin de l'autre côté de la porte.
- On ne peut pas être amie avec quelqu'un sans vouloir à tout prix sortir avec ?
- Calme-toi Anna, parvint la voix de Mme Andersen, étouffée par la porte et la distance. Je suis désolée si je me suis trompée.
- C'est pas elle que j'aime, dit-elle finalement, achevant sa dispute, et son amie sur le perron par la même occasion.
Mérida se mordit la lèvre inférieure. Elle avait envie d'ouvrir la porte, de faire une entrée fracassante, mais... non. Elle ferait pas cette connerie-là. Elle n'avait pas la moindre envie de se quereller avec Anna, et surtout pas pour cette raison. Elle ne ferait que tout ruiner.
Elle se pencha et posa précautionneusement le classeur contre la porte, essayant de ne pas faire le moindre bruit. Puis elle retourna vers la voiture. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, et sa respiration était douloureuse, comme si sa trachée avait été violemment nouée. Anna aime Elsa, Anna aime Elsa, murmura-t-elle comme pour se raisonner. Il n'y avait pas d'autre place pour elle dans son cœur, seulement celle qu'elle avait déjà.
Elle arriva devant la voiture et ouvrit la portière. Elle serrait si fort les dents que sa mâchoire supérieure allait sûrement finir par fusionner avec ses autres dents. Mais ses yeux étaient secs, évidemment. Au moins, elle gardait le contrôle sur cette partie de son corps. 'Manquerait plus que ça...
- Tu as été rapide ! s'exclama M. Dunbroch.
- Elle n'était pas là. J'ai posé son classeur devant l'entrée. On y va ?
Elle aurait toujours le temps de pleurer ce soir, dans son lit. Ou pas. Peut-être que cette fois, elle serait plus forte que ça.
« Tu ne devineras jamais ce que ma mère a dit quand je lui ai demandé pour samedi ! »
Le téléphone d'Anna buzza à peine une dizaine de secondes plus tard, apportant la réponse de Mégara.
« Surprends-moi. »
« Elle croit que je sors avec Mérida ! »
A la surprise de la lycéenne, la réponse de Meg fut très rapide.
« Mets-toi à sa place, ça n'a rien d'étonnant. Bon, l'important c'est : est-ce qu'elle a dit oui ? »
Anna resta quelques instants immobile, médusée. Ca avait été un gros choc pour elle quand sa mère avait balancé ça. Et Meg trouvait que ça n'avait rien d'étonnant ? Elle secoua la tête avec incrédulité et entreprit de répondre au sms.
« Dures négociations, mais c'est bon ! »
« Parfait. N'oublie pas de dire à Mérida qu'on va au Shézel. Moi je m'occupe de briefer Tia pour qu'elle lui suggère de prévenir ta meuf »
« Tu crois que ça va marcher ? »
« Honnêtement, si elle ne débarque pas samedi soir, c'est que t'es bonne pour attendre la fin de l'année. »
La main d'Anna, celle qui tenait le téléphone, se mit légèrement à trembler. Ce serait bien le genre d'Elsa. Quoique... c'était bien sa prof, pas elle, qui avait été à l'origine de leurs rendez-vous dans la salle info, ces rendez-vous qui avaient tout déclenché. Mais entre Hans, Clayton et Weselton, oserait-elle à nouveau jouer la carte de la témérité ?
Un nouveau sms de Meg vint bousculer ses pensées inquiètes.
« Mais entre nous, je te parie ton pull Gryffondor qu'elle va venir. »
Anna sourit. Une partie de son découragement venait d'être piétiné par l'assurance de Mégara. Et puis, elle avait une autre raison d'espérer la réussite de leur plan : c'était un cadeau de Kristoff, et elle y tenait beaucoup, à son pull Gryffondor.
Rendez-vous mercredi prochain pour la mise en application du plan. LE plan.
N'hésitez pas à m'envoyer vos commentaires :D
A bientôt,
Ankou
