Bonjour à tous !

J'uploade ce chapitre juste avant de me coucher, comme ça vous l'avez au réveil, c'est pas magique le décalage horaire ?

Merci aux quelques personnes qui ont laissé une review. Vous êtes tou-te-s tristes pour Mérida, la pauvre, vous avez raison elle ne méritait pas tout ça. C'était même pas prévu au début, mais ça a évolué comme ça petit à petit. Ah, les sentiments, ça ne se contrôle pas. Et puis, que celle qui n'est jamais tombée amoureuse de sa meilleure amie me jette la première pierre.

Voici donc le chapitre que vous attendez toutes avec impatience (ou alors est-ce le prochain ?)

Merci à Lounils pour sa relecture et ses conseils.

Bonne lecture !


Chapitre 39

- C'est une catastrophe, voilà ce que c'est ! cria Mérida en faisant de grands gestes de ses bras.

- Excuse-moi, grommela Tiana d'un ton bougon, en croisant les bras sur sa poitrine. Ca m'a paru être une bonne idée sur le moment, je ne pensais pas tout gâcher.

- C'était une bonne idée ! intervint Rapunzel. Je suis d'accord avec Tia, le truc aurait pu marcher, si la prof n'était pas aussi butée et jalouse !

Mérida soupira et se laissa tomber sur le lit de Rapunzel. Elle aurait aimé être de son avis, mais elle était franchement mal placée pour reprocher à quelqu'un d'être jalouse et butée.

- En fait, ajouta la blonde, je ne vois pas pourquoi Winter n'est pas revenue avec Anna, maintenant que les soupçons ont disparu.

Pas si simple, pensa Mérida en se remémorant ce que Winter lui avait dit l'autre jour, au téléphone. J'aimerais bien t'y voir...

- Le problème, c'est pas l'idée, c'est la fille que tu as choisi pour ça, soupira-t-elle. Anna ne parle plus que d'elle, elle sort encore avec elle samedi, et j'aime pas ça du tout. C'est pas ça qui va arranger les choses avec Winter.

- Peut-être qu'elle fait ça juste pour la rendre jalouse, justement. Pour la secouer un peu.

- Oui mais visiblement ça ne marche pas, et en attendant, Meg en profite bien !

- Arrête ! l'interrompit Tiana. Meg n'est pas intéressée par Anna. Elles sont potes, c'est tout.

- Tu crois ça ? Moi je n'en suis pas si sûre !

Mérida se frotta le visage entre ses mains. La pression accumulée tirait chacun de ses muscles beaucoup plus douloureusement que lors d'un entrainement.

Le début de la semaine avait été chaotique. Anna était en colère suite à la dispute qu'elle avait eu avec sa prof, mais l'archère sentait bien que ce n'était qu'un masque qui ne servait qu'à recouvrir sa profonde tristesse. Et puis, il y avait autre chose que de la colère. Il y avait de l'impatience, dans le comportement d'Anna, une tension qu'elle parvenait difficilement à masquer, et beaucoup de stress également. Pour Mérida, qui était à ses côtés plus de sept heures par jour, ça devenait drainant.

Winter était plus indifférente que jamais, encore plus froide que les semaines précédentes, et c'était pas ça qui arrangeait l'humeur d'Anna. Elle aussi avait du mal à digérer leur engueulade, visiblement. En voulait-elle à Anna ou à elle-même, ça restait un mystère. Mérida s'était risquée à lui envoyer un texto pour lui dire ce qu'elle avait décrypté des sentiments de sa meilleure amie, mais ses mots étaient restés lettre morte.

Tout ça, c'était bien sûr la raison de leur présence à toutes les trois dans la chambre de Rapunzel. Ca allait finir par devenir une habitude, ces petites réunions du mercredi après-midi. Elle aurait aimé que Kristoff soit là, puisqu'il semblait avoir une sagesse qu'aucune d'elles ne parvenait à égaler, mais depuis qu'il était au courant de ce qu'elle essayait désespérément de cacher, elle avait du mal à lui parler, et elle s'en voulait aussi pour ça.

- Bah, ça ne serait pas plus mal si Anna pouvait finir par tomber amoureuse de Meg, dit Rapunzel. Elle serait plus tranquille, et elle n'aurait pas à gérer cette relation pourrie.

Mérida sursauta. Elle avait décroché de la conversation, mais la réflexion de Rapunzel venait de lui faire reprendre le train en marche. Elle sentit tout les muscles de son corps se tendre comme pour protester contre cette idée atroce, et elle se retint de se lever et de mettre une baffe à son amie.

- Ce serait l'horreur, oui ! s'écria-t-elle. Et si tu crois vraiment qu'Anna peut changer ses sentiments d'un claquement de doigts, c'est que tu n'as réellement rien compris à l'amour.

- Qu'est-ce que tu en sais ? répliqua Rapunzel. T'as déjà été amoureuse, au moins ?

L'archère renvoya à la blonde une injure bien sentie et se leva brusquement. Tiana la rattrapa alors qu'elle était déjà en train de descendre les escaliers vers la porte d'entrée.

- Mérida, reste. Rapunzel est désolée, elle ne pensait pas ce qu'elle a dit.

- Bien sûr que si, et tu le sais très bien. Moi je me casse, je vous laisse continuer à jouer les entremetteuses.

- Arrête, moi aussi je veux qu'Anna soit heureuse avec sa copine, même si c'est une prof et que ça risque pas d'être la joie avant la fin de l'année.

- Bah franchement quand on vous écoute, on ne dirait pas.

- Ce qu'il faudrait, dit Tiana en ignorant délibérément la provocation de l'archère, c'est qu'on puisse prévenir Winter. Lui dire où sera Anna samedi soir et avec qui.

- Brillante idée, répliqua ironiquement Mérida. Il ne manquerait plus qu'elle débarque pile au mauvais moment !

- Tu sais, si tu n'as pas confiance en Meg, ait au moins confiance en Anna.

C'était la réflexion la plus sensée que Mérida ait entendue de tout l'après-midi.


- Non, cette fois tu te débrouilles !

- Mais tu n'as rien à faire ! C'est juste au cas où ma mère appellerait demain soir, mais tu sais très bien qu'elle ne le fait jamais !

- Non Anna. Je veux bien te couvrir pour que tu puisses voir ta prof, mais pas pour que tu sortes avec l'autre profiteuse.

La petite rousse cligna des yeux. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle entendait, n'arrivait pas à comprendre pourquoi Mérida venait de réagir de la sorte. Sérieusement, c'était quoi son problème ? Elle était jalouse de Meg, ou quoi ?

- Ecoute, tant pis, je me débrouillerai sans toi, répondit-elle sèchement.

Elle raccrocha et jeta rageusement son portable sur son lit. Non mais de quel droit Mérida lui donnait-elle des leçons ? Ne pouvait-elle donc pas aller dans un bar avec quelqu'un sans vouloir sortir avec ? Pourquoi ses amis étaient-ils devenus si sérieux, tout d'un coup ?

Ne comprenait-elle pas que Mégara faisait tout son possible pour l'aider ?


Mérida n'avait pas prévenu Elsa. Elle l'ignorait, mais c'était ce qui pouvait faire capoter le plan consciencieusement concocté par Mégara.

L'archère tournait en rond dans sa chambre trop petite, fulminant et pestant au lieu de faire quelque chose de constructif, comme travailler ses cours. Elle n'avait pas la volonté d'Anna, elle était incapable de se concentrer sur ses devoirs quand elle avait ce genre de pensées en tête. Elle avait envie de baffer Anna pour son attitude, de baffer Meg pour sa responsabilité dans l'attitude d'Anna, de baffer Tiana pour avoir amené cette grognasse, et de baffer Rapunzel pour faire bonne mesure. Elle pourrait toujours trouver une raison pour ça plus tard.

Mais plus que tout, elle avait envie de prendre sa prof de maths par les épaules et de la plaquer contre un mur.

Anna et Elsa ? Elle pouvait vivre avec ça. Mais son Anna, sortir avec Meg, c'était une image qu'elle ne pouvait pas supporter. Mais elle ne pourrait pas l'en empêcher, si jamais ça devait arriver. Elle savait bien qu'elle n'avait aucune raison valable, ou plutôt avouable, pour s'y opposer.

Ouais, il n'y avait que Winter qui pouvait enrayer cette catastrophe.

Elle se leva de sa chaise et se laissa tomber sur son lit. Son portable semblait l'appeler, tentateur. Si elle lui écrivait, cela signifiait renoncer définitivement à ses rêves avec Anna. Oui mais des rêves à demi achevés, trop troubles, trop irréels. Des rêves qu'une trop grande partie d'elle-même ne voulait pas.

Son esprit tournait à plein régime, sautant d'une hésitation à l'autre.

- MERIDA, À TABLE !

Sa mère. Le dîner. Oh mince, comment le temps avait-il pu filer si vite ? Où était Anna en cet instant ? Déjà avec Meg ? Etait-il trop tard ?

Elle se mordilla les lèvres, pour l'ultime fois. Le courage, c'était peut-être aussi d'accepter de prendre les décisions les plus difficiles pour soi-même.

- Me faites pas regretter ça, marmonna-t-elle en envoyant un message à sa prof de maths.

A peine le sms envoyé, elle en écrivit un autre. Elle n'avait pas pris le temps de réfléchir pour celui-là, et ça allait à l'encontre de tout ce qu'elle avait dit à Kristoff l'autre jour. Mais sur le moment, rien ne lui parut plus juste et plus idéal.

Elle descendit ensuite dans le salon, et s'assit à côté de ses frères, devant une assiette déjà bien remplie.

Sur son lit, dans sa chambre, son téléphone était ouvert sur le dernier message qu'elle avait envoyé. Elle aurait tout le temps, plus tard, de regretter cette décision.

« Salut Mulan ! Tu as des choses de prévues pendant les vacances ? »


Elsa avait fêté le début des vacances avec un bon dîner préparé par Olaf et un épisode de leur série télévisée du moment. Deux semaines sans voir Anna, elle ne savait pas si elle devait s'en réjouir ou si elle devait désespérer. La petite rousse avait eu ces derniers jours une attitude différente des précédents. Leur dispute avait laissé des traces, c'était certain. Il n'y avait plus cette rancœur, dans ses yeux, juste de la peine, et ça avait été difficile et douloureux pour l'enseignante de maintenir la distance, alors qu'elle avait juste envie de la prendre dans ses bras et de se faire pardonner.

- Hey Elsa, tu as vu que tu avais eu un message ?

La jeune femme arrêta de brosser ses cheveux humides et poussa du pied la porte de la salle de bain.

Olaf était devant la porte, avec son téléphone portable à la main. Son vieux téléphone. Oh mon dieu. Un immense frisson parcourut son corps et toutes ses constantes biologiques augmentèrent brusquement.

- C'est de Mérida, précisa Olaf.

Les tremblements s'arrêtèrent, mais son cœur ne ralentit pas sa course pour autant. Elle prit le téléphone, vit le nom de l'archère affiché en lettres clignotantes sur le petit écran, et ouvrit le message.

« Anna a prévu de sortir dans un bar gay avec Mégara. Si j'étais vous, je ne resterais pas chez moi ce soir. »

Elle montra le message à son ami. Sa main tremblait violemment.

- Oh, dit-il.

- Olaf... Elle me l'a envoyé il y a trois heures !

- Oh, répéta-t-il, d'une voix beaucoup plus inquiète cette fois. Ookaay, tu vas faire quoi ?

- Est-ce que j'ai le choix ? se désespéra Elsa.

- Tu as toujours le choix, affirma-t-il sans toutefois lui laisser l'occasion de discuter. Elle y est sûrement encore, à mon avis, mais il ne faudrait pas tarder à partir. Si tu veux, je viens avec toi. Je n'ai pas mis les pieds dans un bar gay depuis des lustres !

L'enseignante relut le message. Si j'étais vous... Mais elle semblait être si loin d'être elle-même ces derniers temps ! Alors si elle était elle-même, qu'est-ce qu'elle ferait ?

Anna a prévu de sortir avec Mégara...

C'était le moment de prendre une décision. Elle sortit son autre portable de la poche de son sweat, et écrivit un sms à Ramirez, sa collègue de travail.

« Hey Audrey ! Tu ne connaîtrais pas un bon bar lesbien à Arendelle ? »


Ses mains tremblaient plus que jamais, ses ongles enfoncés dans le caoutchouc noir du volant de sa voiture. A côté d'elle, Olaf la guidait en suivant les indications de son téléphone, sa collège ayant été d'une rapidité exemplaire pour répondre à son message. Il portait un jean noir et une chemise bleue, mais elle-même n'avait pas vraiment fait d'efforts vestimentaires. Elle n'avait, après tout, pas l'intention de passer la soirée là-bas.

- Okay, gare-toi ici, je continue à pieds.

Elsa fit comme il demandait, et le regarda sortir de la voiture avec appréhension. Juste avant de refermer la portière, il lui lança un regard encourageant.

- Le premier qui la trouve prévient l'autre, Ok ? Si c'est toi qui gagne, ne te préoccupe pas de moi, je trouverai un moyen pour rentrer.

Elsa hocha silencieusement la tête.

- Tu ne laisses pas tomber au dernier moment, d'accord ? J'ai confiance en vous deux.

- Merci Olaf, murmura-t-elle.

Alors qu'elle le regardait rejoindre l'entrée de la boîte de nuit mixte et friendly que lui avait conseillée Ramirez (et qui était d'après sa collègue le seul lieu du genre dans toute la ville, donc il y avait de bonnes chances pour que ce soit l'endroit où Anna était allée avec Mégara), elle redémarra la voiture et se dirigea vers l'autre endroit, un bar en majorité fréquenté par des femmes, appelé le Shézel.


Anna se balançait d'avant en arrière, la jambe tremblante et les doigts qui pianotaient sur la table basse à moitié couverte de verres.

- J'ai la trouille Meg, sérieux. Et si elle ne venait pas ? s'inquiéta l'adolescente après avoir regardé l'heure sur son portable pour la énième fois. Et si c'était une grosse connerie et qu'on se fait griller comme la dernière fois ? Et si une de tes potes vend la mèche et que ça s'apprend ?

- Hey, ne t'en fais pas princesse, dit la grande brune d'un ton rassurant en posant sa main sur son avant-bras. Il n'y a que Narimane qui est réellement dans le coup, et jamais elle ne dira quoi que ce soit ! Elle passe la moitié de sa vie à s'occuper des jeunes gays qui sont dans la mouise, elle ne va pas s'amuser à te pourrir la vie pour le plaisir, fais-moi confiance !

- Et si Elsa ne m'a pas pardonné pour dimanche ?

- Et si tu la fermais et reprenais un verre ? répliqua Mégara d'une voix moqueuse.

- Je sais pas si je devrais... J'en ai déjà bu deux... ou trois, je ne sais plus.

Camille et Bérénice lui avaient fait découvrir un mélange qu'elles appelaient la « vodka tatin », qui consistait en de la vodka accompagné de jus de pomme et de sirop de caramel, et qui était en passe de devenir son deuxième cocktail préféré.

- Allez, c'est moi qui t'invite.

Anna accepta finalement le sourire rassurant et le billet de cinq euros que son amie lui fourra dans la main et se leva. Juste avant de descendre, elle se retourna vers la grande brune.

- Merci de faire tout ça pour moi. T'étais pas obligée, après tout tu ne me connais pas...

- Tu sais, dit Meg avec un air inhabituellement sérieux, on a toutes craqué à un moment donné sur une prof. T'aider à sortir avec la tienne, c'est un peu comme réaliser un fantasme. Quelque part, on vit toutes ce rêve à travers toi.

- … Merci, répéta la petite rousse, les joues rouges et les yeux baissés vers le sol.

Elle descendit les escaliers et croisa Camille et Bérénice qui revenaient de l'extérieur où elles étaient sorties fumer une cigarette. Elle les salua, puis se dirigea vers le bar.

- Un Cacolac-Baileys pour la demoiselle ? demanda Ursula lorsque Anna s'assit sur un des tabourets de bar.

Elle eut envie de rire, car ce n'était que la deuxième fois qu'elle venait dans ce lieu, et ses habitudes étaient déjà répertoriées, mais sa langue semblait être collée à son palais, et elle se contenta de sourire nerveusement et de hocher la tête.

- Ca te va bien, les cheveux comme ça, dit Ursula en posant son verre devant elle.

- Merci, répondit-elle en rougissant.

Avant de partir, Meg avait insisté pour s'occuper de son look, et l'avait longuement coachée par téléphone. Ca avait été toute une mission. Elle devait être bien habillée, mais pas trop, pour qu'Elsa ne pense pas qu'elle était venue pour draguer. Donc, elle portait un simple jean un peu délavé, et un sweat à capuche vert pâle par dessus un débardeur blanc. Elle n'était pas maquillée non plus, mais ses cheveux étaient lâchés au lieu de ses habituelles tresses, et retombaient en boucles ondulées sur ses épaules. Le genre sexy mais sans le faire exprès, d'après Meg.

Fais-moi confiance, avait ajouté la grande brune pour la quarante-troisième fois au moins. Ok, elle voulait bien essayer, et si ça ne marchait pas, elle n'aurait plus qu'à attendre le mois de juillet. En espérant que sa prof n'ait pas changé d'avis d'ici là...

Elle trempa ses lèvres dans son verre et but une grande gorgée. Elle ne savait pas qui du chocolat ou de l'alcool remontait le mieux le moral, mais elle se sentit soudain plus ragaillardie. Elle s'apprêta à retourner à l'étage rejoindre Meg et poursuivre son interminable attente d'une fille qui ne viendrait peut-être pas du tout, quand son téléphone se mit à vibrer dans sa poche arrière.

- Anna ! entendit-elle à travers le brouhaha de la salle.

Elle leva la tête. Penchée sur la balustrade de la mezzanine, Meg lui faisait de grands gestes pour attirer son attention. Elle extirpa son portable de son jean et ouvrit le message envoyé par Narimane, qui s'était relayée avec les autres amies de Meg pour faire le guet devant la porte depuis le début de la soirée.

« Je ne sais pas si c'est la fille que vous attendez, mais il y a une grande blonde sexy qui vient de sortir à l'instant d'une Mini bleue. Be ready, girlz ! »

- Oh mon dieu. OH MON DIEU.

Anna vida son verre cul-sec, tangua un instant, et le reposa sur le comptoir, avant de partir en courant vers la sortie.


Elsa arriva dans la rue indiquée par son GPS. Il n'y avait pas de places de stationnement aux abords immédiats du bar, mais par chance, une voiture venait à l'instant de partir, libérant un emplacement juste à l'angle de la rue.

Elle prit ça comme un bon signe, et après avoir fourré son portable dans la poche de sa veste, elle quitta sa voiture et traversa, lentement, la petite rue.

C'était bien un bar lesbien, on ne pouvait avoir aucun doute là-dessus. Un groupe de quatre ou cinq filles discutaient sur le trottoir, cigarettes et verres à la main, avec l'air assuré qu'ont toujours les filles qui fréquentent assidûment le milieu. Adossée seule à côté de la porte, une femme brune aux cheveux frisés, qui l'avait fixée sans aucune retenue depuis qu'elle était sortie de sa voiture, lui sourit tout en pianotant sur son téléphone.

Elsa hésita et s'arrêta, à une dizaine de mètres de l'entrée. Anna était-elle là-dedans ? Si ce bar ressemblait un tout petit peu à ceux qu'elle avait connus quelques années plus tôt, elle était parfaitement en droit de craindre le pire. Après tout, elle n'était même pas rentrée à l'intérieur et on l'avait déjà détaillée de haut en bas comme si elle n'était rien d'autre qu'un morceau de viande fraîche.

A cet instant, la porte s'ouvrit, et une fille aux cheveux roux jaillit sur le trottoir. Ces cheveux roux qui peuplaient chacun de ses rêves. Elle avait l'air paniquée, et Elsa fut immédiatement en alerte. Quelque chose n'allait pas.

- Elsa ! s'exclama la lycéenne en courant vers elle.

L'enseignante fut bouleversée par l'armée d'émotions charriées par sa voix. Peur et soulagement. Joie et inquiétude. Il lui fallut toute la force de sa volonté pour ne pas se jeter dans ses bras, et dieu sait qu'elle en avait envie. Elle se contenta, avec beaucoup de difficultés, de poser ses mains sur ses épaules, à la fois pour calmer son affolement, et pour forcer une distance entre elles.

L'adolescente tremblait sous ses mains. Que lui était-il arrivé ?

- Anna ! s'écria-t-elle. Que s'est-il passé ? Mégara est avec toi ?

La petite rousse hésita, puis hocha la tête. Elsa n'eut pas besoin d'en entendre plus. Ses poings se serrèrent et elle sortit ses clés de sa poche et les jeta à Anna, qui ouvrit des yeux ronds de surprise.

- Attends-moi dans ma voiture.

Si cette Meg était encore à l'intérieur, elle allait bientôt regretter d'avoir rencontré Anna.

Elsa se dirigea d'un pas vif vers la porte, sans regarder en arrière pour s'assurer qu'Anna avait bien fait ce qu'elle lui avait dit. La femme qui l'avait reluquée quelques instants plus tôt entra juste avant elle, et elle se glissa à l'intérieur.

Evidemment, l'éclairage n'était pas le point fort du bar, comme tous les bars après une certaine heure, et elle espérait pouvoir reconnaître Mégara parmi tout ce monde. Elle toisa les filles adossées au bar, mais aucune n'avait les longs cheveux bruns qu'elle recherchait. Certains piliers de bar se retournèrent et la jaugèrent du regard avec plus ou moins d'élégance, mais elle ne leur accorda aucune attention.

Meg n'était pas non plus assise aux quelques tables qui longeaient le mur. Mince, le lieu n'est pas si grand que ça, tout de même !

En avançant un peu, elle découvrit l'escalier métallique en colimaçon, et elle leva la tête. Elle entendait, maintenant qu'elle y faisait attention, des rires et des voix féminines, à l'étage. Elle croisa les doigts et monta.

Six paires d'yeux se tournèrent aussitôt vers elle lorsqu'elle émergea sur la mezzanine. Il y avait deux groupes, autour de deux tables basses de part et d'autre de l'escalier. La femme aux cheveux frisés qu'elle avait croisée dehors discutait avec une fille à l'apparence à mi-chemin entre le punk et le gothique, toute en piercings et tatouages. Elles avaient l'air plus âgées que les autres, c'était donc vers le deuxième groupe qu'elle devait se tourner.

Plusieurs filles ainsi qu'un garçon visiblement gay étaient confortablement installées dans des canapés autour d'une table basse débordant de verres et de bouteilles. La plupart des filles paraissaient avoir plusieurs années de moins qu'elle. Elle doutait même que certaines aient réellement dix-huit ans, et le droit de se trouver ici et de boire autre chose que de la limonade.

Il lui sembla en arrivant qu'elle avait interrompu une conversation particulièrement amusante. Les deux filles qui lui tournaient le dos pivotèrent pour la regarder.

- Salut, dit-elle. Je cherche une fille qui s'appelle Meg. Vous la connaissez ?

- Meg comme Mégara ? répondit une fille noire aux cheveux courts, et vêtue d'une chemise blanche cintrée et d'un nœud pap' à carreaux. Ca dépend. T'es une de ses ex ?

- Non, répondit Elsa.

- Bon alors ça va.

Un éclat de rire parcourut le groupe.

- Elle est au tel avec sa meuf, dit une autre adolescente, vêtue d'une robe à fleurs un peu rétro, les yeux cachés derrière de grandes lunettes rondes. Elle est descendue dans la cour il n'y a même pas cinq minutes. Elle va arriver.

- Pose-toi et prends une bière, ajouta une troisième tout en jouant avec les perles de ses dreadlocks. Au fait, tu la connais d'où, Meg ? De la fac ?

- Non. Elle cherche juste à me piquer ma copine, répondit Elsa, employant malgré elle un ton qu'elle trouva puéril et possessif.

Sa réponse jeta un froid dans l'assemblée. Quelqu'un monta l'escalier, et les têtes se tournèrent à nouveau, cette fois vers Mégara qui de toute évidence avait l'air de mauvaise humeur.

- Putain les meufs, elle veut pas revenir ! s'exclama-t-elle sans se rendre compte de la présence de l'enseignante.

- En voila une bonne nouvelle, intervint celle-ci d'une voix acerbe.

Meg sursauta en l'apercevant, assise au milieu de ses amies.

- Hey mais... qu'est-ce que vous faites là ?

- J'aimerais que tu laisses Anna tranquille, dit Elsa.

- Mais, dit la fille aux dreadlocks, c'est pas ta nouvelle meuf, Anna ?

La remarque fit bouillir le sang dans les veines de la grande blonde. Elle serra les poings, y concentrant toute sa force pour ne pas perdre la maîtrise d'elle même. Contrôle-toi...

- Jusqu'à preuve du contraire, elle est avec moi.

- Ah oui ? Elle n'en avait pourtant pas l'air au téléphone, répliqua Meg. J'avais plutôt eu l'impression qu'elle s'était fait larguer.

La remarque fut comme un coup porté à l'intérieur de la poitrine de l'enseignante. Elsa la fusilla du regard.

Les regards du petit groupe ne cessaient d'aller d'une fille à l'autre, attendant l'explosion. L'unique garçon présent dans le groupe se leva soudainement.

- J'vais me griller une clope, s'exclama-t-il. Vous venez les filles ?

Toutes les amies de Mégara le suivirent en un instant (la fille au nœud papillon resta assise, mais celle en jupe la tira par le bras et la força à se lever), laissant les deux prétendantes d'Anna seules sur la mezzanine. Sur le canapé, quelques mètres plus loin, la femme brune et la gothique leur jetèrent un regard curieux, avant de retourner à leur propre conversation.

- Bien. J'aimerais qu'on discute toutes les deux. Entre adultes. Assieds-toi.

L'inflexion dans la voix d'Elsa ne laissait pas beaucoup de choix à l'étudiante. Meg, qui était restée debout depuis son arrivée à l'étage, s'assit paresseusement dans un des canapés, et s'empara d'une bouteille de Smirnoff Ice encore pleine. La nonchalance dont elle faisait preuve mettait les nerfs d'Elsa à fleur de peau.

- Je vous écoute, dit la brune avec un haussement de sourcil suffisant, en pointant le goulot de sa bouteille dans sa direction.

Elsa prit une grande inspiration. Contrôle-toi, contrôle-toi... répéta-t-elle comme un mantra à l'intérieur de sa tête.

- Très bien. Pourquoi Anna est-elle partie en courant ? Je te préviens, tu as intérêt à avoir une bonne explication pour ça.

Mégara soupira.

- Parce que j'ai essayé de l'embrasser.

Le cœur d'Elsa loupa un battement, et ses poings se serrèrent. En même temps, une partie de son esprit commença une danse de la joie. Anna avait refusé de l'embrasser !

- Pourquoi ?

- Parce que j'en avais envie, vous voyez une autre raison ?

L'enseignante fut partagée entre l'envie de mettre une gifle à sa rivale, et celle de la laisser en plan ici pour aller serrer Anna dans ses bras. Elle ferma les yeux et inspira profondément, une fois, deux fois, et rouvrit les yeux.

- Meg, commença-t-elle, tu sais pourquoi Anna a fait semblant de sortir avec toi, n'est-ce pas ?

Au fond de son cœur, Elsa espérait que cette fille n'allait pas se mettre à nier. Que toute l'histoire que lui avait raconté Anna était bien réelle.

La brune haussa un sourcil insolent, les bras croisés sur sa poitrine, fusillant l'autre femme du regard. Puis, finalement, elle hocha la tête.

- Bien, approuva l'enseignante. Tes deux apparitions au lycée ont été très efficaces, et tu nous a été d'un grand secours. Je t'en suis reconnaissante pour ça. Vraiment reconnaissante.

Elsa prit une autre inspiration. Elle venait de se surprendre elle-même autant que Mégara, par ces mots qui venaient de sortir de sa bouche. Des mots qui n'étaient pas du tout ce qu'elle avait eu l'intention de dire, comme s'ils étaient passés à travers un filtre imposé par l'unique partie encore raisonnable de son cerveau.

- Mais maintenant ton rôle est terminé, et je ne veux plus du tout te voir tourner autour d'Anna.

- Elle avait pas l'air de jouer la comédie les fois où on s'est vues hors du lycée, dit Mégara en reniflant avec mépris.

Elsa fronça les sourcils si fort que la ride qui apparut sur son front mis presque une minute à disparaître.

- Alors comment expliques-tu qu'elle se soit enfuie en courant quand tu as essayé de l'embrasser ?

Mégara ouvrit la bouche, puis elle poussa un soupir résigné.

- Parce qu'elle n'a jamais été intéressée par moi, répondit-elle. On est peut-être allées boire un verre ensemble quelques fois, mais elle n'a jamais répondu à mes... tentatives. Même quand j'essayais de l'amuser un peu, elle ne faisait que penser à vous, elle regrettait de vous avoir mis dans cette situation, et elle désespérait de ne pas vous voir changer d'avis.

Cette fois, ce fut au tour d'Elsa de rester bouche bée en entendant les paroles de sa rivale. Une bouffée d'affection pour Anna l'envahit en même temps qu'une grande culpabilité. Elle avait laissé Anna souffrir de son absence alors que les soupçons à son égard avaient pourtant disparu.

- Je vous la laisse, l'informa Meg, comme si ça n'avait pas vraiment d'importance. Je sais reconnaître quand j'ai perdu d'avance, et je ne suis pas du genre à forcer les filles à sortir avec moi si elles en ont pas envie.

Elle but une gorgée de sa bouteille, puis étendit ses jambes devant elle, posant ses pieds sur la table basse rouge.

- Mais si je peux me permettre de vous donner un conseil, elle voulait pas réellement être avec moi, Anna. Je crois juste qu'elle se comportait avec moi comme elle aurait aimé se comporter avec vous. Je me doute que c'est pas facile, ajouta-t-elle en haussant la voix comme Elsa ouvrait la bouche pour répliquer, mais si vous le pouvez, profitez de vos vacances, de vos week-ends, pour sortir ailleurs, là où on ne pourra pas vous reconnaître.

Elsa était suffisamment intelligente pour ne pas négliger ce conseil, même s'il venait d'une personne plus jeune qu'elle, et sa rivale de surcroît. Elle avait eu les réponses à ses questions, elle n'avait plus rien à faire ici. Elle ne voulait pas faire attendre Anna un seul instant de plus dans sa voiture - en espérant qu'elle y soit toujours.

Elle salua Meg avec une certaine froideur, et quitta le bar. Le groupe d'amis de Mégara rigolait bruyamment près de l'entrée. Une des filles lui souhaita bonne soirée. Une autre lui demanda si elle allait revenir. Elle l'ignora. De la porte, elle voyait les lumières de sa voiture garée au bout de la rue.

Et, en ombres chinoises, Anna qui l'attendait à l'intérieur.

Elle prit une grande inspiration, et courut.


- Elle est sortie, dit Narimane, qui venait de regarder, penchée sur la balustrade, Elsa quitter le Shézel.

Meg se leva et vint s'asseoir à leur table. Elle négligea sa trop légère Smirnoff Ice et but une longue gorgée dans le verre de vodka-citron de Tess, qui protesta pour la forme.

- Ouf, souffla-t-elle, se vautrant dans le canapé comme si elle venait de terminer un marathon. Je t'en repaie un dans cinq minutes, Tess, mais j'en avais vraiment besoin là.

- J'ai bien cru qu'elle allait finir par t'en coller une, j'ai pas arrêté de stresser, soupira Narimane. Tu avais besoin de te la jouer comme ça ?

- Hey, j'allais pas tout lui donner sur un plateau non plus ! Enfin, l'essentiel c'est qu'elle retourne voir Anna. Elle m'a dit qu'elle était dans sa voiture en ce moment.

- Oui, elle me l'a dit aussi par sms. Vous avez eu franchement de la chance, ce soir.

- C'est pas de la chance, c'est de la classe. Tout s'est passé exactement comme prévu.

- Ah oui ? Anna sortant en courant sans réfléchir, c'était prévu ?

Meg laissa échapper un petit rire amusé, même si lorsqu'elle avait vu depuis la balustrade Anna filer vers l'extérieur, elle n'avait pu s'empêcher de paniquer.

- Non, mais j'ai bien rattrapé le coup, tu ne trouves pas ?

- Tu verras demain quand Anna te racontera sa soirée.

- T'as raison, admit Meg en reprenant une autre gorgée. Mais si tu veux mon avis, c'est plutôt bien parti.

- Attendez les filles, intervint Tess qui était restée silencieuse jusque là. Est-ce que j'ai bien compris tout ce que j'ai entendu ? Cette nana, c'est la prof d'Anna ? Et c'est sa meuf ?

Meg et Narimane échangèrent un regard. Tess n'avait pas été mise au parfum, pas par manque de confiance, mais parce qu'elles avaient jugé que moins de gens seraient au courant, mieux ce serait. Meg s'était bien entichée d'Anna, ces dernières semaines, et elle ne voulait pas qu'il lui arrive des ennuis similaires à ce que Tiana lui avait raconté.

- Putain ! s'exclama Tess, impressionnée. Elle déchire la rouquine, en fait !


A ce stade de l'histoire (la fin du chap 37), j'avais environ dix milles possibilités qui s'offraient à moi. Au début, je pensais sérieusement faire une triangulaire, avec Meg qui tomberait amoureuse d'Anna. Et puis j'ai changé d'avis. J'espère que ce chapitre vous aura plu.

Je bloque sévèrement sur le chapitre 42. N'hésitez pas à m'envoyer vos idées, vos attentes, votre inspiration en rhab. Pourtant j'ai des idées, j'y pense plusieurs fois par jour, mais quand je me retrouve devant mon écran ou mon carnet, les mots qui sortent ne me plaisent pas.

Attendez vous à une grosse dose d'Elsanna mercredi prochain !

Bisous,

Ankou