Avant de commencer, je tiens à remercier les personnes, qui se reconnaîtront, qui m'ont rendue toute chose avec leurs commentaires ou leurs MP incroyablement gentils. Y'en a même qui m'ont arraché une larme, je suis trop sensible, c'est totalement votre faute.
J'étais bloquée dans mon 42 (j'ai pensé passer directement du 41 au 43, ça réglait le problème finalement), j'avais prévu un élément dans mon scénario que j'ai finalement supprimé - manque de crédibilité, de réalisme, des scènes que j'avais pas envie d'écrire, bref - je ne savais pas par quoi le remplacer et ça m'empêchait d'avancer. Et puis voilà grâce à vous j'ai trouvé ma solution, c'est fou parce qu'aucun d'entre vous ne l'a suggéré de près ou de loin dans les reviews, mais voilà, ça m'est venu alors que j'avais commencé à désespérer (#dramaqueen). Je peux donc affirmer fièrement que je sais exactement ce qu'il va se passer durant chacun des jours séparant ce chapitre de la fin de l'histoire.
On me souffle dans l'oreillette qu'il faut que je la ferme, que tout le monde a déjà commencé la lecture du chapitre, que j'ai promis du Elsanna alors voilà c'est pas la peine de noyer le poisson sous trois tonnes de blabla.
Bande d'impatient(e)s.
TW : Ne commencez pas ce chapitre si quelqu'un risque de passer derrière votre épaule. Si vous êtes en classe, éteignez tout de suite votre téléphone (ne me mentez pas, je sais que vous lisez en classe, oui oui, même vous les profs. Ne niez pas : je le fais aussi !)
Cet avertissement mis à part, bonne lecture !
Chapitre 40
Elsa ralentit sa course en arrivant devant sa voiture. Le plafonnier était allumé, et Anna, assise sur le siège passager, avait la tête penchée sur le côté, les yeux fermés, et l'air parfaitement endormie. Son cœur battit à toute vitesse quand elle la vit - mais avait-il battu à vitesse normale ne serait-ce qu'une seule fois cette année ?
Son portable vibra. Elle avait deux appels en absence d'Olaf, et un sms qui venait juste d'arriver.
« Pas trouvée. Et toi ? ». Elle lui écrivit un rapide message, et sa réponse fut immédiate. « Génial ! Je suis rassuré ! Rentre avec elle et ne m'attend pas. Je vais rester en profiter un peu ;-) »
Elle leva les yeux au ciel, amusée. C'était bien du genre d'Olaf, ça.
Elle n'eut pas le temps de s'approcher de la portière que sa main vibrait à nouveau. « PS : Ne pense MÊME PAS à la ramener chez ses parents ! »
Elle hésita - c'était exactement ce qu'elle avait prévu de faire. Elle secoua la tête, comme pour remettre ses pensées dans l'ordre. Olaf avait raison, elle ne pouvait pas débarquer dans un bar, provoquer une fille qu'elle ne connaissait pas, clamer qu'Anna était avec elle, et le même soir refuser de l'approcher.
Entre son cerveau qui affirmait que c'était une erreur d'avoir initié cette relation, et son cœur qui pensait que l'erreur, c'était de l'avoir quittée, elle se sentait drôlement schizophrène.
Anna ne broncha pas quand Elsa ouvrit la portière. Elle ne broncha pas non plus quand elle s'assit et mit le contact. Elsa conduisit pendant un quart d'heure, espérant ne croiser sur son chemin aucune personne qui s'étonnerait de voir une fille rousse endormie sur son siège passager. Sa voiture était vraiment trop voyante, elle qui l'avait toujours adorée commençait à regretter de ne pas avoir un véhicule plus classique. Heureusement, il n'y avait personne dans les rues d'Arendelle à cette heure.
Finalement, ce fut le silence, quand Elsa coupa le moteur une fois arrivée devant chez elle, qui tira l'adolescente de son sommeil.
- Mmmmh... murmura Anna en remuant, les yeux toujours fermés.
- Réveille-toi ma puce, chuchota Elsa d'une voix douce.
Les yeux d'Anna s'ouvrirent en grand d'un seul coup au son de sa voix. Elle se redressa immédiatement sur son siège, comme si elle elle était surprise de se trouver là.
- Mais... on est où ?
- Devant chez moi, répondit l'enseignante. Est-ce que...
Son cœur s'arrêta, loupa un battement, repartit tout doucement. Elle devait lui poser la question.
- Est-ce tu veux que je te ramène chez toi ?
- Quoi ?
Elsa serra ses paupières un instant et se racla la gorge. Sa question était beaucoup trop fermée, si elle disait oui en pensant que c'était soit ça, soit rentrer à pieds, Olaf la tuerait... Sans parler des reproches qu'elle passerait la nuit à se faire.
- Est-ce que... tu dois rentrer, ou veux-tu... rester avec moi ?
Elle chuchota presque ces trois derniers mots, le visage baissé vers ses mains crispées sur le volant, avant de risquer un regard vers Anna, qui ne répondait pas. Elle avait les yeux écarquillés. Disparues, la peur et l'inquiétude qu'elle avait tout à l'heure. Il n'y avait plus que de la joie dans son regard. C'était la même étincelle que le jour où elle lui avait demandé son numéro de téléphone, dans la salle au sous-sol du lycée, après l'avoir embrassée avec passion.
- Oui ! s'exclama Anna en bondissant sur son siège.
BANG - une deuxième marche loupée par son cœur. Elle allait avoir Anna pour elle, rien que pour elle, une deuxième nuit.
L'espace de quelques secondes, son esprit oublia totalement la menace qui pesait sur elle, son statut, les risques. L'espace de quelques secondes, Anna n'était rien d'autre que sa petite amie.
Elsa serra ses mains une dernière fois sur son volant, puis se détacha et ouvrit sa portière. Anna batailla avec la ceinture de sécurité et sortit de la voiture à son tour. Elles se retrouvèrent presque dans le noir lorsque les lumière du véhicule furent éteintes, et le lampadaire au coin de la rue ne faisait guère que créer des ombres, avec sa pâle lumière. Anna semblait tituber légèrement, sur le chemin vers la porte. Etait-elle ivre ? Ca expliquerait sûrement son comportement de ce soir...
Mais une fois arrivée devant la porte, Anna s'immobilisa. La blonde se mordilla les lèvres, sa gorge soudain désagréablement nouée. Evidemment, c'était trop beau, elle avait probablement répondu trop vite tout à l'heure, elle n'allait pas pouvoir rester, elle devait sûrement entrer, elle... elle tremblait ?!
- Anna ? s'enquit immédiatement Elsa, une nuance de panique perceptible dans sa voix.
- Je... j'avais tellement cessé d'y croire, murmura l'adolescente en serrant ses bras autour de sa poitrine.
Les larmes commençaient à perler au coin de ses yeux. L'enseignante ouvrit la bouche, horrifiée.
- Je suis désolée ! s'exclamèrent-elles en choeur, leurs voix exportant toute la détresse qu'elles avaient accumulées ces dernières et atroces semaines.
Ensuite, tout se passa très vite. Elsa sembla réaliser qu'elles étaient toujours dehors et elle tira Anna à l'intérieur avant de refermer la porte derrière elles. Une seconde plus tard, elles étaient dans les bras l'une de l'autre, le visage d'Anna enfoui dans la nuque d'Elsa, qui avait son menton posé sur la chevelure rousse magnifique de sa petite amie.
Ses bras étaient serrés autour de son corps. Que ce contact lui avait manqué ! Comment avait-elle pu survivre dans la chaleur d'Anna contre la sienne ? Quelle folie lui avait pris de refuser de la voir, de lui parler, et parfois même de la regarder ?
La partie sérieuse, réaliste et horriblement ennuyante de son être avait bien compris qu'il n'y avait plus de place pour elle en cet instant, car tout ce qui comptait à présent pour Elsa, c'était la petite rousse qu'elle accueillait dans ses bras après un mois d'une absence terriblement destructrice.
Elles se séparèrent, mais leurs mains restèrent jointes, et leurs yeux plongés les uns dans les autres. Tant de choses passèrent en cet instant, dans le rayon qui semblait relier leurs deux regards. Si elle n'avait pas été en bas de la cage d'escalier, Elsa l'aurait embrassée sans plus attendre. La même pensée dut traverser l'esprit d'Anna, car elle prit la main de sa prof dans la sienne et commença à monter l'escalier en la tirant à sa suite.
Elles montèrent les marches presque en courant, Elsa fouillant sa poche tout en ayant son autre main fichée dans celle d'Anna, et quand elles arrivèrent, essoufflées, la blonde mit sans plus attendre la clef dans la serrure, ouvrit la porte, et entraîna Anna à l'intérieur. Dieu, qu'elle mourrait d'envie de l'embrasser !
Anna reprit son souffle, les mains sur les genoux. Sa tête tournait d'avoir couru si vite, ou était-ce les verres qu'elle avait bu en attendant l'arrivée d'Elsa ? Oh Elsa...
La réalité la frappa tout d'un coup. Elsa était venue, sa prof était venue la retrouver, tout comme Meg l'avait planifié ! Elle n'arrivait pas, n'osait pas y croire. Ca avait marché ! Alors qu'elle avait totalement raté sa partie du plan ! Sitôt que Narimane l'avait avertie, elle avait paniquée et était sortie pour tomber droit dans les bras d'Elsa. Sérieusement, qu'est-ce qui lui avait pris ?
Elle espérait que Meg ait su rattraper ses dégâts. Bien sûr qu'elle a géré, sinon je ne serais pas là à l'heure qu'il est.
Elle se redressa et découvrit Elsa qui la regardait, les mains entortillées contre sa poitrine, et les yeux débordant d'insécurité, d'hésitation, de détresse. Elle n'avait jamais eu l'air aussi meurtrie auparavant, aussi vulnérable. Et que pouvait-elle dire ou faire pour la rassurer ?
- Est-ce que... murmura Elsa d'une voix tremblante sans oser croiser son regard, est-ce que je peux... t'embrasser ?
C'est dingue comme elle pouvait, dans des moments comme celui-là, faire tomber d'un geste ou d'une parole toutes les différences et les années qui les séparaient !
Anna prit la main d'Elsa et l'attira à elle. Combien de temps, combien de fois avait-elle rêvé de ce baiser ?
Leurs lèvres s'approchèrent l'une de l'autre et se rencontrèrent, leurs bouches s'accueillant, se réconciliant, se pardonnant en une danse intense et fougueuse, tandis que leurs mains s'égaraient, tantôt sur une épaule, tantôt dans le creux de la taille, tantôt sur la nuque, enfouies dans des cheveux cuivrés ou dorés.
Le baiser dura une éternité, dès que l'une s'arrêtait pour reprendre son souffle, puisqu'un dieu malicieux avait condamné les humains à devoir éternellement choisir entre s'embrasser et respirer, l'autre repartait de plus belle. La sensation de la bouche d'Elsa contre la sienne était bien plus enivrante que tous les alcools qu'elle avait pu consommer plus tôt dans la soirée, au cours de cette insupportable attente.
Les lèvres d'Elsa quittèrent sa bouche et glissèrent le long de sa mâchoire, embrassant ses joues, son nez, son front. Ses mains enserraient son visage, ses doigts s'enfonçaient dans ses cheveux. Enfin, ses lèvres se posèrent, lentement, sur sa tempe. Le souffle de son murmure caressa son oreille.
- Je t'aime, Anna.
La jeune fille frémit de la tête jusqu'aux pieds. Elle essaya de s'écarter pour pouvoir regarder Elsa , mais à l'instant où elle commença à reculer, Elsa resserra son étreinte autour d'elle, refusant de la laisser s'éloigner. Elles étaient serrées, si serrées l'une contre l'autre qu'Anna n'arrivait plus à savoir où finissait son propre corps et où commençait celui d'Elsa. Elle répondit par les mêmes mots avec ferveur, puis s'abandonna totalement en un nouveau baiser. Ses genoux avaient cessé de la soutenir, et ses bras entourés autour de la nuque pâle et fraîche de la jeune femme étaient presque la seule chose qui la maintenait encore debout.
- Tu m'as tellement manquée, dit Anna contre les lèvres d'Elsa.
- J-je suis désolée, murmura l'enseignante en baissant la tête, son front s'accolant à celui de son élève.
- Sois pas désolée. C'est ma faute aussi...
- N'en parlons plus, coupa Elsa. Je ne veux pas y penser, pas maintenant, pas avant demain.
Anna hocha la tête.
Sans rompre leur étreinte, Elsa ôta ses chaussures. Anna plia sa jambe droite et se dégagea légèrement pour enlever sa basket en passant son bras dans son dos. La deuxième suivit. Et Elsa se mit à guider lentement la petite rousse vers les escaliers menant à l'étage. Elle se sépara finalement d'elle et lui prit la main pour l'inviter à monter.
Un frisson - un agréable frisson - parcourut les membres d'Anna, et elle sut que c'était cette femme, cette sublime blonde aux yeux bleus, qui en avait été à l'origine, rien qu'en effleurant sa main. L'intensité de ce contact avait été comme une décharge électrique à travers tout son corps. Sa tête semblait tourbillonner, à cause de la privation d'oxygène engendrée par ces innombrables baisers. Ce ne pouvait en aucun cas avoir quelque chose à voir avec ce qu'elle avait bu plus tôt, dans le bar, car son esprit semblait plus clair que jamais.
Ses pieds rencontrèrent la moquette de la mezzanine, et elle leva la tête. Ils étaient là, ces yeux bleus, ces cheveux blonds, ces lèvres si souvent anxieuses, mais rien d'autre en cet instant qu'heureuses et confiantes.
Anna s'avança vers Elsa et ses pieds trébuchèrent, l'emportant droit dans ses bras.
Son corps était attiré comme un aimant par celui d'Anna. Elle ne pouvait s'empêcher de l'embrasser, de la toucher, de la sentir contre elle et de s'enivrer de sa chaleur. Son sang courait dans ses veines, si vite qu'elle pouvait sentir les battements de son cœur de ses orteils jusqu'au bout de ses doigts. Elle ne put retenir le gémissement qui s'échappa de ses lèvres quand Anna glissa ses mains sous le polo qu'elle portait à même la peau.
Elle savait très bien ce qui était en train de se passer.
Il fallait qu'elle fasse quelque chose.
Elle commença par retirer les main d'Anna avant qu'elles n'aillent trop loin, et les tint serrées dans les siennes.
- Attends... stop...
Elle recula lentement d'un pas, pour décrocher son corps de celui de l'adolescente.
- Ce n'est pas que je n'en ai pas envie, poursuivit-elle, mais...
- Mais quoi ? demanda Anna, légèrement confuse, légèrement inquiète.
- Anna, tu... tu as bu ce soir, et je ne veux pas... je ne veux pas que tu croies que j'essaie de profiter de toi.
- Je ne suis pas ivre ! s'indigna la lycéenne. Tu crois vraiment que ça a quelque chose à voir avec les quelques verres que j'ai bu ? Tu ne vois pas que j'ai toujours eu envie de... de... de toi ?
- Anna, insista Elsa, avant de s'interrompre, les lèvres entrouvertes et tremblante.
Que pouvait-elle répondre à ça ? Avait-elle une bonne raison, une vraie bonne raison, désormais ? Elle savait, au fond d'elle, que ça ne changerait rien à ce qui lui arriverait si elles se faisaient prendre. Elle savait qu'on ne les croirait pas. Elle l'avait toujours su. Mais la pensée avait été rassurante malgré sa fragilité, comme un garde-fou en carton, comme un alibi grossièrement bricolé.
- T-tu es sûre de ce que tu veux ?
Anna hocha la tête, et regarda la femme devant elle, cette femme qui était sa prof de maths, et qu'elle avait déshabillé des yeux tellement de milliers de fois, tandis qu'elle s'agitait pour tracer des chiffres et des symboles sur son tableau blanc. Elle repensa aux rêveries qu'elle avait entretenues après chacun de leurs rendez-vous. Elle se remémora toutes les fois où elle avait brûlé de désir pour elle, mais où elles n'avaient rien fait de plus que s'embrasser parce qu'Elsa s'était interposée.
Elle avait fini par prendre conscience, après leur dernière soirée ensemble, celle où elles avaient regardé Princess Bride, de la retenue d'Elsa. Elle avait réalisé que sa prof la désirait, mais que quelque chose - la peur, sans doute - l'empêchait de vouloir aller plus loin. Le voulait-elle, en cet instant ? Et elle-même ?
Une pensée qui n'avait absolument rien à faire là se fraya un chemin jusqu'à son esprit. Hans. Hans qu'elle avait repoussé quand il avait essayé de faire ce qu'elle s'apprêtait à faire avec Elsa. Etait-elle prête ? En avait-elle envie ? Etait-elle sûre ? Si elle prenait Hans comme élément de comparaison, il n'y avait qu'une seule réponse possible : Oui. Oui, définitivement oui !
- Elsa, répondit-elle, son souffle déjà court, comme par anticipation. Ce que je veux, c'est toi. Toi toute entière.
Ce fut le frisson le plus long et le plus intense qu'Elsa ait jamais ressenti. Comme un frisson au ralenti, qui aurait parcouru son corps en s'assurant que chaque organe, chaque fragment de chair, chacune de ses cellules prenne conscience de l'état dans lequel se trouvaient son cœur et son cerveau. Dans son ventre, et plus bas dans son corps, la chaleur qui naissait ne demandait qu'à réchauffer tous leurs êtres.
Finalement, Elsa accepta la défaite.
Elle ouvrit la porte de sa chambre, et conduisit Anna à l'intérieur. La petite rousse se dressa sur la pointe des pieds, empoigna le col de son polo entre ses mains, et attira son visage vers ses lèvres. Son cœur s'accéléra. Encore. Puis encore. La langue d'Anna caressa la sienne. Les lèvres d'Anna glissèrent le long de sa mâchoire. Les dents d'Anna mordillèrent le point de sa gorge où son sang pulsait à toute vitesse. Elsa recula, ses jambes heurtèrent le sommier, et elle bascula sur le lit en entraînant sa petite amie avec elle.
La petite rousse se mit à genoux au-dessus d'elle, ses jambes de chaque côté de ses hanches. Pendant un long moment, aucune ne bougea, immergées l'une dans des yeux bleus, l'autre dans des yeux verts, englouties dans la réalisation de cette capitulation à laquelle elles venaient toutes deux de consentir.
Puis Elsa leva les bras, les referma autour de la taille d'Anna, et attira la jeune fille contre son propre corps.
Leurs bouches reprirent immédiatement leur danse passionnée, comme si elles n'avaient attendu que ça, comme si entre chacun de leurs instants passés ensemble, elles n'avaient fait qu'attendre de se retrouver.
Elsa inspira profondément, s'enivrant du parfum s'échappant des boucles de cuivre fondu qui coulaient de chaque côté de son visage. Elle allait enfin, enfin, montrer à Anna toute l'étendue de son amour. Et, elle s'en fit la promesse, elle ne s'arrêterait pas.
C'est en cet instant qu'elle se rappela que pour Anna, c'était sa première fois. Une vague de culpabilité se répandit dans tout son corps. Elle n'avait fait que penser à elle-même, penser aux risques qu'elle pouvait endurer, penser qu'elle devait s'abstenir de la toucher pour ne pas décupler les conséquences. A aucun moment lors de leurs précédents rendez-vous, pendant ces instants où elles avaient failli passer à l'acte mais où elle avait résisté in extrémis, elle n'avait réalisé qu'elle allait être la première personne qu'Anna allait découvrir aussi intimement.
La culpabilité laissa immédiatement la place à la fierté : Anna allait se donner toute entière, et c'était elle qu'elle avait choisie.
Que se passait-il dans la tête d'Elsa ? Quelles pensées venaient de faire irruption dans sa conscience ? Pourquoi avait-elle cessé de l'embrasser ?
Anna avait menti en disant qu'elle n'était pas ivre. Elle sentait bien l'alcool étranger dans son organisme, ses molécules enivrantes et entêtantes qui jouaient avec ses yeux, son cerveau, son souffle et ses sens. Mais la sensation n'avait rien à voir à celle qu'elle avait ressentie lors du Nouvel An, elle ne se sentait pas oppressée, elle n'avait pas perdu le contrôle de son corps. Elle n'avait pas menti en disant que l'alcool n'altérait ni son jugement ni son envie. Tout au plus, il lui donnait plus d'enthousiasme, atténuait ses hésitations et guidait ses mains inexpérimentées.
Mais c'était son instinct qui donnait la ligne de conduite, qui décidait, seconde après secondes, à quelle sauce elle allait la dévorer.
Elle glissa ses mains sous son t-shirt et caressa la peau douce et tiède de son ventre. Elle laissa échapper un souffle de surprise quand elle entra en contact avec la naissance de ses seins. Elsa ne portait pas de soutien-gorge ! Elle redescendit, hésitante, ses doigts vers son ventre, mais la blonde attrapa doucement son poignet, et fit remonter sa main là où elle s'était arrêtée, comme pour l'inviter, l'autoriser à poursuivre.
J'arrive pas à croire ce que je vais faire. Six mois plus tôt, elle aurait ri au nez de la personne qui lui aurait dit qu'elle se retrouverait pantelante, le cœur battant à cent à l'heure, à l'idée de caresser une poitrine. Anna ferma les yeux, et laissa sa main glisser sur le torse d'Elsa, dessinant de ses doigts le contour de ses seins, caressant ses côtes, son ventre, sa gorge, avant de finalement toucher, d'abord doucement - presque avec révérence - puis enveloppant de toute sa paume le sein nu qui s'offrait à elle.
Elle garda les yeux fermés. Chaque caresse sur ses seins lui donnait l'impression d'augmenter sa température corporelle d'un degré. La peau était douce, ferme, dure par endroit, et Anna parcourut chaque centimètre de leur surface avec la passion d'un explorateur.
Le tissu de ses vêtements était un frein à sa liberté de mouvement. Devait-elle lui enlever son haut ? Attendre ? Lui demander son avis ? Comme si elle avait lu son hésitation au travers de son visage, Elsa lui épargna ce dilemme. Ses mains qui étaient jusqu'à présent posées sur la taille d'Anna remontèrent vers son col, vers la fermeture éclair qu'elle descendit, centimètre par centimètre. Elle révéla une gorge constellée de taches de rousseur, une poitrine cachée derrière ses vêtements, et un ventre plus tout à fait protégé par le débardeur qui était légèrement remonté, et Anna dut retirer à regret ses mains de leur confortable position pour ôter son sweat, qu'elle laissa tomber derrière elle.
Mais Elsa ne s'arrêta pas là, et son débardeur puis - oh mon dieu - son soutien-gorge rejoignirent son pull sur le sol. Ca y est, elle était nue - enfin presque, nue devant Elsa qui la regardait. Une foule de questions, d'inquiétudes qu'elle n'avait pas eu jusqu'alors jaillirent dans son esprit. La trouvait-elle jolie ? Sexy ? Oh, et ces maudites taches de rousseur qui descendaient si bas, ne pouvaient-elle donc pas rester uniquement sur son dos et son visage ? Est-ce qu'elle ne la trouvait pas trop maladroite ? Et enfin : sera-elle à la hauteur ?
- Tu es magnifique, Anna. Tes taches de rousseur me font totalement craquer. Et je sais que tu seras parfaite, parce que tu n'imagines même pas à quel point tu me rends déjà folle.
L'adolescente regarda sa petite amie avec les yeux écarquillés et la bouche pendante d'un poisson fraîchement tiré de l'eau.
- Et avant que tu ne poses la question, ajouta Elsa avec un sourire amusé, oui, tu parlais tout haut.
Le rouge se répandit comme une traînée de poudre à travers tout le visage d'Anna, chacune de ses taches de rousseurs semblait s'être allumée comme les ampoules lumineuses sur un sapin de Noël.
Elsa réprima un éclat de rire, pouffa, et d'un mouvement ample, fit basculer Anna et se retrouva au-dessus d'elle en un clin d'oeil. Elle retira son propre vêtement, et les yeux d'Anna s'agrandirent davantage à la vue qui s'offrait à elle. Ses seins étaient sublimes. Enfin, elle n'avait pas vraiment d'éléments de comparaison à part les siens, et éventuellement ceux de Rapunzel qu'elle avait vus quand elles s'étaient fait une session de shopping lingerie (et les seins d'Elsa étaient beaucoup plus gros que ceux de Rapunzel), mais elle ne pouvait s'empêcher de les trouver magnifiques.
Définitivement lesbienne ! pensa-t-elle.
Le feu se répandait dans son corps, le long de chacun de ses os, à l'intérieur de chacune de ses veines. Une deuxième exclamation surprise s'échappa de ses lèvres lorsqu'une des mains d'Elsa se posa sur son propre corps, découvrant à son tour ses formes, et l'explosion qu'elle avait ressentie en la touchant lui sembla être multipliée par cent. Des doigts expérimentés effleurèrent, caressèrent, pressèrent les reliefs de son corps et leurs sensibles sommets qui n'avaient été touchés jusqu'alors, ne faisant qu'attiser les flammes qui dévoraient chacun de ses nerfs.
Elle tendit son cou et captura les lèvres d'Elsa dans les siennes, sa langue déterminée à partager sa fièvre brûlante jusqu'à ce que le manque de dioxygène ne rende sa tête tournoyante. Elle interrompit le baiser pour remplir ses poumons, et Elsa posa instantanément ses lèvres sur sa peau, à l'angle de sa mâchoire, dans le creux de son cou, le long de sa clavicule, avant d'arriver là où ses mains se trouvaient quelques instants plus tôt. La chambre fut alors remplie de sons qui s'échappaient, involontairement, de la bouche d'Anna.
Le brasier s'étendait, consumant chacune de ses pensées, dirigeant chacun de ses gestes. Ses mains attrapèrent les hanches d'Elsa, s'enfoncèrent dans sa peau, glissèrent sur son jean - ce maudit jean ! De ses doigts tremblants d'impatience, elle déboutonna le vêtement, le fit glisser le long de ses cuisses, et dirigea sa descente le long de ses jambes. Il ne fallut que quelques secondes pour que le dernier morceau de tissu ne disparaisse du corps d'Elsa, qui s'affaira à son tour pour achever de dénuder l'adolescente, sans arrêter de la caresser de ses lèvres.
La dernière barrière disparue, Elsa s'allongea sur Anna qui frémit en la sentant contre elle. Tous les fragments de leur peau étaient en contact, s'agençant ensemble, corps contre corps, en une danse plus que passionnée.
Elles se découvrirent l'une l'autre, les lèvres rencontrant la peau, les mains caressant la chair, les dents attisant l'incendie qui embrasait chacun de leurs sens. Elsa murmurait des mots à son oreille, murmurait son nom, emplissant tout son esprit de sa voix enivrante, et Anna sentit son sang, son sang qui bouillonnait, pulser et pulser encore, bas dans son corps, si bas, et lorsqu'Elsa là toucha enfin à cet endroit, ce ne fut pas une exclamation de surprise qui quitta ses lèvres, mais un cri d'impatience, de de désir, d'exigence. D'autres cris suivirent, tandis qu'Elsa découvrait des parties inexplorées de son corps et les caressait de ses doigts et de ses lèvres. Anna ferma les yeux si fort que son champ de vision se transforma en un champ d'étoiles.
Soudain, sa peau sembla trop serrée pour sa chair, ses mains cramponnèrent tout ce qui étaient à leur portée, ses dents mordillèrent ses lèvres si fort qu'elle sentit le goût de son propre sang dans sa bouche, son dos se décolla du lit sur lequel elle était allongée, et sa conscience explosa en un millier d'étincelles tandis qu'un seul nom s'échappait de sa bouche en un cri de délivrance passionné.
Son dos retomba lentement sur le lit tandis qu'elle reprenait progressivement le contrôle de ses sens. Elle essaya d'ouvrir ses yeux, mais ses paupières semblaient scellées. Elle ne parvenait pas à bouger, comme si le plaisir qu'elle avait ressenti avait mis, l'espace d'un instant, son corps en suspension.
Avec une dernière caresse qui laissa Anna de nouveau tremblante, Elsa se releva et s'allongea à côté d'elle.
- Je t'aime, exhala l'adolescente pantelante en retrouvant la maîtrise de la parole. Je t'aime, je t'aime, répéta-t-elle, chacun de ces mots éclatant dans le ventre de la blonde comme les tirs d'un feu d'artifice.
Elle roula sur le côté et retrouva la chaleur du corps d'Elsa, reposa sa tête dans le creux de sa nuque, embrassa doucement sa peau. Sa petite amie sourit et soupira de contentement. Elsa tendit la main et commença à dessiner le contour de son visage, avant de laisser ses doigts se perdre tendrement dans les boucles cuivrées.
Alors c'est ça l'orgasme ? Elle essaya de se concentrer sur cette incroyable sensation qu'elle venait tout juste de ressentir. Etait-ce juste physique, était-ce parce que c'était Elsa, était-ce parce qu'elle était amoureuse ? Etait-ce les trois à la fois ? Rien que la sensation de ses doigts glissant doucement dans ses cheveux faisait exploser chacun de ses organes. Elle eut soudain l'envie impérieuse de l'embrasser, de goûter sa peau, de la toucher, de lui faire ressentir ce plaisir, cette explosion qui venait de secouer son corps et d'ébranler son âme.
- Elsa...
Sa jolie blonde décrocha son regard de la courbe de sa nuque pour les plonger dans ses yeux turquoise.
- Hmm ?
- J'ai envie de te faire l'amour...
Elle sentit le souffle d'Elsa s'accélérer à ces mots, et rien que ça, sentir sa respiration contre sa peau, ça suffisait à faire battre plus vite son cœur. Ses caresses, douces et tendres depuis quelques instants, devinrent, comme si elles venaient d'en avoir l'autorisation, plus intenses et plus passionnées. La chaleur revenait petit à petit dans son corps, et elle n'avait désormais qu'une envie : faire ressentir à Elsa ce qu'elle-même avait ressenti.
Elle se redressa et se mit à genoux au-dessus d'Elsa, s'asseyant presque sur sa taille. Tout son corps s'offrait à elle, ses seins, son ventre plat, ses clavicules qui ressortaient juste au-dessus de sa poitrine et qui l'avaient fait si souvent fantasmer, car elles semblaient être comme l'avant-garde de tout ce qui constituait sa féminité. Son visage. Ses cheveux. Ses yeux si bleus, si profonds qu'elle pourrait tomber à l'intérieur de leur vortex et se faire avaler.
- Tu vas m'embrasser ou tu as l'intention de me regarder jusqu'au matin ?
La voix moqueuse d'Elsa la tira de sa contemplation. Oui, elle aurait pu la regarder jusqu'au matin. Elle était la plus belle fille de tout le lycée, la plus belle femme qu'elle ait jamais vue, et elle était nue et dans ses bras.
Anna se pencha et embrassa ses lèvres avec une fougue non contenue, puis elle entreprit de faire ce qu'elle savait faire de mieux, ce qu'elle avait passé l'année à accomplir : impressionner sa prof de maths.
DRIIING. DRI-
Mme Dunbroch laissa immédiatement son petit-déjeuner en plan et se précipita vers le téléphone pour l'empêcher de sonner une seconde de plus. Si les garçons se réveillaient, sa matinée tranquille était fichue, sa seule dans la semaine où elle pouvait profiter du rayon de soleil tombant sur la table de la cuisine, du calme régnant dans la maison, du silence dans la rue qui était encore moins fréquentée le dimanche que les autres jours.
- Allô ? dit-elle un peu précipitamment, et sans oser parler trop fort.
- Allô bonjour, c'est Mme Andersen à l'appareil.
L'exaspération qu'elle avait ressentie lorsque le téléphone avait sonné retomba légèrement, mais pas tout à fait.
- Bonjour Mme Andersen, comment allez-vous ?
- Bien, répondit l'autre femme, d'une voix polie mais qui semblait pressée. Excusez-moi d'appeler si tôt un dimanche, mais je voulais être certaine de tomber sur vous ou votre mari, et pas sur Mérida. Pouvez-vous me confirmer qu'Anna est bien chez vous ?
- Anna ? Non, pas du tout.
Mme Dunbroch réalisa au moment même où ses mots étaient sortis de sa bouche qu'elle avait peut-être été trop directe, trop brutale.
- Elle est peut-être chez Tiana ou Rapunzel, ajouta-t-elle d'un ton qu'elle voulut rassurant. Vous avez le numéro de leurs parents ?
- Hmm, elle m'a bien précisé qu'elle était ici. J'imagine qu'elle n'était pas là hier soir non plus, et que vous n'êtes pas venue la chercher en voiture ?
- Non, affirma Mme Dunbroch.
- A tout hasard, est-ce qu'elle était chez vous le week-end dernier ? Le samedi soir ?
La mère de Mérida s'arrêta un instant pour réfléchir. Elle ne se rappelait pas avoir vu Anna le week-end précédent. Qu'avaient-ils fait le samedi soir ? Elle avait été chercher sa fille à la fin de son entraînement, et ensuite... ensuite, elle avait fait un gratin. Les garçons l'avaient réclamé toute l'après-midi. Pas d'Anna dans le planning, elle en était maintenant certaine.
- Non, elle n'était pas là.
- Et Mérida était chez vous, ou bien avec elle ?
- Elle était bien chez nous, confirma-t-elle.
Ainsi la petite Anna commençait à se comporter comme une adolescente rebelle ? Ca l'étonnait d'elle, c'était plutôt une fille sérieuse, et toujours si polie ! Enfin, à chacun sa crise d'adolescence, Mme Andersen ne pouvait pas en être épargnée. Il lui semblait pour sa part que Mérida était de moins en moins supportable et obéissante ces derniers temps.
- Et en ce moment ? ajouta Mme Andersen.
- Elle est dans sa chambre.
- Vous en êtes sûre ? insista-t-elle. Vous avez vérifié ?
A ces mots, l'inquiétude et la colère que ressentaient Mme Andersen furent instantanément partagées. Qu'Anna se mette à mentir à ses parents, à sortir en cachette, c'était une chose, mais il était hors de question que Mérida se mette à adopter un tel comportement. Elle devrait en parler à son mari, et penser à durcir les règles. Mérida allait aller à l'université à la rentrée (à cette pensée, elle grinça des dents), ce n'était pas le moment pour elle de prendre de mauvaises habitudes.
Elle s'excusa, posa le téléphone et se dirigea vers la chambre de sa fille. Elle colla d'abord son oreille à la porte, puis la poussa doucement. Mérida était dans son lit, son abondante chevelure éparpillée sur l'oreiller ne laissait aucun doute là-dessus. C'était bien le seul avantage de ses cheveux, tiens. Impossible de les imiter.
Un poids quitta sa poitrine, et elle revint au téléphone pour répondre à la mère d'Anna, en essayant de masquer son soulagement.
Mme Andersen reposa le téléphone avec une colère difficilement contenue.
Elle avait plusieurs fois laissé à Anna l'occasion de lui dire la vérité, mais sa fille s'était obstinée dans son silence. Elle avait cru faire une brillante déduction en pensant qu'Anna sortait peut-être avec Mérida - l'idée était surprenante, mais pas tellement gênante - mais elle s'était visiblement trompée. Ce n'était donc pas la grande sportive qui depuis plusieurs semaines mettait Anna dans tous ses états.
L'inquiétude piétina finalement sa colère. Où Anna était-elle, et avec qui ?
Voila, c'est fait.
Goodness, vous n'imaginez pas le temps qu'il m'a fallu pour pondre ce chapitre-là. J'ai passé des mois à me demander à quel moment placer cette première fois.
Je sais qu'en général dans les commentaires on s'attarde plus sur le fond, sur l'histoire, mais si pour une fois vous pouviez me donner votre avis sur la forme, ça me permettrait d'arrêter de me demander en stressant si j'ai pas un peu trop abusé la guimauve, les métaphores et la niaiserie (et puis bon, le fond on s'en fout un peu non, vous vouliez tou-te-s que ça se passe comme ça, pas vrai ?)
A très bientôt (les semaines ici ont l'air encore plus longues et remplies que quand je bosse. J'avais dans l'idée de m'essayer au snowboard (la dernière fois que je suis montée sur des skis, c'était aussi la première fois et j'avais 7 ans), mais en 3 semaines, j'ai déjà vu passer une entorse à la cheville, un bras cassé, un genou littéralement explosé, deux côtes fêlées et un petit doigt tordu. J'suis plutôt du genre casse-cou, mais avec chaque jour qui passe, je le suis de moins en moins.)
Merci encore de me lire, vous êtes les meilleurs.
Ankou
