Hello !

Oui je sais c'est un peu tard, mais chez moi c'est encore le matin :p

Wow, tant de compliments pour le chapitre précédent, je n'en reviens pas !

Bienvenue aux nouveaux (arrêtez de me faire porter la responsabilités de vos nuits blanches, j'y suis pour rien !), et on salue la fan de FF qui s'est glissée parmi les lecteurs (un tel pseudo ne peut pas être un hasard) !

Bonne lecture !


Chapitre 41

Anna dormait encore quand Elsa se réveilla. Elle s'éclipsa discrètement pour aller dans la salle de bain. Il faisait déjà jour dehors, et la porte ouverte de la chambre d'Olaf lui indiqua que son ami n'était pas rentré à la maison. Evidemment. J'espère qu'il a passé une aussi bonne soirée que moi.

Elle s'appuya contre le lavabo et ferma les yeux. Des images vivaces de sa petite amie envahirent son esprit. Anna endormie dans sa voiture, Anna en train de la toucher, Anna nue, Anna criant son nom lorsque la vague de plaisir l'avait engloutie.

Le sourire qui avait étiré ses lèvres quand Anna s'était allongée sur elle pour lui faire l'amour.

La lycéenne n'était pas sa première petite amie, loin de là, et par conséquent, ce n'était pas la première fois qu'elle couchait avec une femme. Mais cette première fois avec Anna eut quelque chose de vraiment spécial. Etait-ce à cause de cette interminable attente, qu'elle avait fait durer à la limite du supportable ? Etait-ce parce qu'Anna avait cette sorte d'insouciance - oserait-elle dire innocence - lorsqu'elle la touchait et la regardait ? Etait-ce parce qu'elle l'aimait plus qu'elle n'avait jamais aimé quiconque auparavant ?

Mais pour Anna, c'était la première fois. Sa première fois avec une femme, sa première fois tout court. Elle voulait qu'Anna s'en rappelle pour toujours.

Elle n'eut pas besoin de se forcer pour prendre son temps. A l'exception peut-être du soir où elle avaient regardé Princess Bride, elles ne s'étaient jamais intimement touchées, jamais caressées, et même lorsqu'elles avaient dormi ensemble, elle avait su maintenir de chastes contacts. Alors maintenant qu'elle avait Anna nue devant elle, dans son lit, maintenant qu'elle avait laissé tomber ses barrières, elle voulait prendre le temps de découvrir tout son corps.

Elle avait examiné, touché de ses mains et de ses lèvres chaque centimètre de peau, découvrant et écoutant son corps, mémorisant chacune de ses réactions lorsque la zone qu'elle embrassait ou mordillait se trouvait être sensible, écoutant les mots qui s'échappaient de sa bouche, les battements incontrôlés de son cœur. A aucun moment Anna avait semblé avoir peur, ou avait manifesté le désir de s'arrêter, de reporter à, peut-être, une autre fois. Au contraire, elle l'avait encouragée, avait soupiré, ondulé, gémi, tressailli, crié sous chacune de ses caresses.

Les yeux toujours clos, elle repensa à l'éclat dans ses yeux lorsque Anna s'était assise sur elle pour la regarder. Son corps frémissait par anticipation, brûlait d'impatience. Anna semblait faire totalement confiance à son instinct, et les sensations qu'apportaient son exploration de son corps étaient étourdissantes. Elle n'était pas juste contre ses lèvres lorsqu'elle l'embrassait, elle était dans sa peau, dans sa chair, dans son sang, et entraînait une résonance dans chacune des cellules de son cerveau en totale perte de contrôle.

Prenant une grande inspiration, Elsa ouvrit le robinet et plongea le visage dans l'eau froide.


La lycéenne s'étira dans son sommeil et réalisa immédiatement qu'Elsa n'était plus avec elle dans le lit. Elle ouvrit les yeux comme pour avoir une confirmation, puis les referma. Ses paupières baissées étaient comme un écran de cinéma, sur lesquels étaient projetés tous ses plus récents souvenirs. Ce premier moment avec Elsa avait été plus beau et plus intense que tout ce qu'elle avait essayé d'imaginer - mais comment aurait-elle pu imaginer une chose pareille ? Et ce plaisir ! Elle n'avait jamais ressenti de telles sensations auparavant. Son corps, malgré les nombreuses heures de sommeil, en était encore tout bouleversé.

Elle comprenait maintenant pourquoi certaines personnes étaient accro au sexe : elle pourrait totalement passer toutes les soirées de sa vie à faire l'amour avec Elsa.

Elle se leva finalement et, entendant l'écoulement de l'eau, se dirigea vers la salle de bains.

Elsa sursauta en sentant une paire de bras l'enlacer au niveau de la taille. Elle ouvrit les yeux. Anna, qui avait posé son menton sur son épaule, lui sourit dans le miroir. Elle était nue elle aussi, Elsa sentait sa poitrine contre son dos, et son corps s'enflamma vivement à ce contact.

Ses mains se serrèrent contre le bord du lavabo et Anna l'embrassa dans le cou, accentuant son désir.

- Je peux avoir la salle de bain un instant ? lui chuchota-t-elle dans l'oreille.

Elle sursauta, autant surprise par la voix d'Anna que par la question, ou par la réaction de son corps lorsqu'elle avait senti son souffle chaud contre son oreille.

- Oh, oui, bien sûr.

Elle se retourna et serra Anna contre elle, enfouissant ses mains dans ses cheveux.

- Ah oui, dit l'adolescente en levant les yeux vers les boucles qui lui retombaient en une masse désordonnée sur le front, il faut que je m'occupe de ces trucs-là aussi.

Elsa pouffa, et sortit de la salle de bain, le regard d'Anna fixé sur sa nuque, son dos et le reste.

Quand Elsa eut refermé la porte de sa chambre derrière elle, la petite rousse se tourna vers le miroir. Outch, ils pourraient pas bien se tenir pour une fois ?

Elle emprunta la brosse d'Elsa et démêla ses cheveux avant de les domestiquer en deux tresses qu'elle noua avec deux élastiques bleus qu'elle avait trouvés dans un bocal sur l'étagère. Voila, c'était mieux. Elle prit ensuite le tube de dentifrice, et en étala une grosse quantité sur son index. Elle ne s'était pas brossé les dents hier soir, et il était hors de question qu'elle embrasse Elsa avant d'y avoir remédié.

Elle fourra son doigt dans sa bouche. Ca commence à devenir une habitude. La prochaine fois, j'emmène une brosse à dents.

Quand Anna retourna dans la chambre, Elsa lui tournait le dos, concentrée sur son téléphone. Elle était debout devant la petite table qui était contre le mur, à côté de sa penderie. Et nue. La vue était délicieuse.

- Comment va Olaf ? demanda Anna, supposant qu'elle conversait par sms avec son ami.

Elsa se retourna et fronça les sourcils sans quitter son écran du regard.

- Il... il est avec... un marshmallow ? Sérieusement, il ne peut pas s'exprimer clairement pour une fois ?

- Il est avec un garçon ? demanda l'adolescente avec une curiosité non contenue. Il a un copain ?

- Il en a peut-être un depuis cette nuit, répondit Elsa en haussant les épaules. Pas étonnant qu'il ne réponde pas.

Anna grimpa sur le lit et attrapa un oreiller qu'elle serra contre elle.

- Et si tu le laissais tranquille avec son marshmallow et que tu venais me rejoindre ?

Sa prof posa son téléphone sur la table. Le sourire qui étirait ses lèvres ne laissait aucun doute sur ses intentions.


Elles avaient fini par s'habiller et se lever, quand leurs organismes leur rappelèrent qu'ils ne fonctionnaient pas uniquement à base d'amour et d'eau fraîche.

Elles se préparèrent un petit-déjeuner sucré-salé, à base de muffins, d'oeufs au plat, de confiture et de fruits. Leurs gestes étaient lents, comme si leur énergie avait été consumée, comme si leurs esprits étaient encore sur le nuage sur lequel l'extase les avaient emportées.

Anna sentait que quelque chose avait changé entre elles depuis qu'elles avaient fait l'amour - et pas seulement quelque chose lié au côté sexuel. C'était plutôt comme si elles avaient débloqué la dernière barrière, la dernière retenue (le dernier niveau, souffla son esprit avec humour), et réparé les dégâts provoqués par leur rupture, leur dispute, émoussé les échardes que le stress et l'inquiétude avaient planté dans leurs esprits.

Quand elle regardait Elsa, elle savait désormais ce qui était caché derrière ses vêtements. Elle savait qu'elle était sensible lorsqu'elle glissait ses lèvres sur un endroit précis derrière son oreille, qu'elle se mettait à inspirer plus vite quand elle embrassait ses seins, qu'elle avait une petite tache de naissance près de l'aine, en haut de la cuisse, qui ressemblait à un nuage. Elle avait découvert que les sons qui s'échappaient de sa bouche lorsqu'elle la caressait à cet endroit ressemblaient d'abord à sa voix naturelle, puis plus les mouvements, plus l'excitation s'accentuaient, plus ils devenaient graves et rauques, mais lorsqu'elle se retrouvait submergée par le plaisir, c'étaient des cris aigus qui emplissaient la chambre.

Elle savait à quoi ressemblait sa prof, secouée par les spasmes de l'orgasme.

C'était une vision qu'elle se ne lasserait jamais de contempler.

Olaf n'était toujours pas rentrée quand Anna partit, vers le milieu de l'après-midi. Elle serait volontiers restée des heures et des heures de plus avec Elsa, mais elle ne voulait pas donner à ses parents l'impression qu'elle rentrait juste pour le dîner. Après tout elles étaient en vacances, et même si elles devaient toujours faire attention, elle savait qu'elles se reverraient très, très vite.

Enfin, c'était ce qu'elle croyait.

Visiblement, ses parents aimaient bien ruiner ses plans de vacances avec Elsa.


- Bonjour m'man ! lança Anna d'un ton joyeux en entrant dans le salon.

- Bonjour, répondit sa mère en reposant sa tablette. Comment allait Mérida ?

C'était à cet instant précis qu'Anna aurait dû commencer à se méfier. Mais Anna ne se doutait de rien, l'esprit toujours embrumées par les souvenirs des derniers instants passés avec son amoureuse.

- Très bien, on a été plutôt efficace, répondit-elle d'un ton dégagé.

- Ah oui ?

- Oui, on a vraiment bien avancé sur la physique, et puis on a regardé un film et on a re-bossé ce matin.

Sa mère hocha la tête. Ses lèvres étaient pincées, elle avait passé une mauvaise journée ou quoi ? Anna n'était pas rentrée tard, ce ne pouvait donc pas être ça. On était dimanche, donc on pouvait exclure l'hypothèse d'une lettre du lycée qui l'aurait énervée. Et puis, qu'est-ce que le lycée pourrait bien avoir à dire ? Ouais, ça n'avait sûrement rien à voir avec elle. L'esprit beaucoup plus rassurée, elle se jeta sur le canapé.

- Anna, dit Mme Andersen d'un ton sec, coupant ses pensées. Tu vas continuer à te moquer de nous encore combien de temps ?

L'adolescente se figea, bouche et pensées incluses. De quoi est-ce qu'elle...

- Ne me fais pas cette tête surprise, tu sais très bien de quoi je veux parler. J'ai appelé Mme Dunbroch ce matin...

Attends, QUOI ?!

Le cri surpris, indigné et effrayé ne quitta pas ses lèvres, mais résonna violemment dans toute sa boîte crânienne et mit en un instant son corps en alerte.

- … et je sais que tu n'étais pas avec Mérida, ni ce matin, ni hier soir, ni le week-end dernier ! Alors, où étais-tu, et avec qui ? Et surtout, pourquoi tu nous a menti ? cria-t-elle.

Anna ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. La surprise maintenait une poigne de fer sur son corps, aucun de ses muscles ne semblait être en mesure de répondre à ses commandes. Ou pet-être était-ce parce que son cerveau était en panique totale ?

Sa mère avait appelé Mérida ? Elle ne s'était pas du tout attendu à ça. Etait-ce pour l'espionner, s'était-elle doutée de quelque chose, ou bien sa meilleure amie l'avait vraiment balancée comme elle avait menacé de le faire la veille ?

Le sol était en train de s'écrouler sous ses pieds, la faisant brutalement tomber de son nuage.

- Je te préviens, ajouta sa mère en la pointant du doigt, tu as intérêt à avoir une TRES BONNE explication.

Merde merde merde. Avec la panique, elle se mit à hyperventiler. Inspire, expire, ne t'étouffe pas. Merde.

Ses mains se serrèrent sur le cuir du canapé tandis qu'elle se redressait lentement. Sa gorge se noua, sa mâchoire était bloquée, ses dents grinçaient, elle pouvait presque entendre ses méninges chercher à toute vitesse quelque chose à dire qui sauverait la situation.

Que pouvait-elle inventer ? Comment son cerveau pouvait-il se concentrer, après la nuit qu'elle venait de passer ? Alors qu'il débordait encore de la présence d'Elsa ? Si elle fermait les yeux, elle pourrait presque sentir les mains et la bouche d'Elsa sur sa peau, elle pourrait revoir le visage de sa prof, son corps nu, ses cheveux formant une aura argentée autour de sa tête posée sur l'oreiller, la bouche entrouverte, les yeux serrés, ses mains crispées sur le drap. Elle pourrait presque ressentir la vague de plaisir qui l'avait secouée. Putain, oui elle avait une bonne raison ! J'étais en train de faire l'amour avec ma petite amie, qui est la plus belle femme que j'ai jamais vue !

Et qui était sa prof de maths.

Une chape de plomb tomba dans son estomac.

- Alors, jeune fille ? intervint son père, qui venait de se lever et de rejoindre sa femme.

Ses parents ne la lâcheraient pas, c'était certain. Sérieusement, était-ils réellement obligés de ruiner son moment ? Et que pouvait-elle dire pour sauver sa peau ?

Elle refusa de céder à la panique et se força à réfléchir.

Option A : La vérité. No way, on passe. Option B : Un mensonge. Pas le temps d'en trouver un efficace, et puis j'ai jamais su mentir proprement, la preuve en direct. Option C : Garder le silence, tout ce que je pourrais dire sera retenu contre moi de toute façon. Ils vont péter les plombs si je refuse de répondre. Je peux supporter ça.

- J'étais avec... quelqu'un, répondit-elle d'un ton mesuré. Il ne m'est rien arrivé, je ne me suis pas bourrée la gueule et je ne me suis pas droguée.

- Qui ? questionna M. Andersen en croisant les bras sur sa poitrine.

- Quelqu'un, répéta Anna d'un ton signifiant qu'elle ne lâcherait pas le morceau.

- Et pourquoi tu nous a menti ? demanda sa mère avec insistance.

Sa mère allait-elle continuer à lui prendre la tête longtemps avec cette histoire de mensonge ? N'avaient-ils jamais menti à leurs parents, eux ? Connaissaient-ils le concept de vie privée ?

- T'avais déjà pas envie de me laisser sortir pour aller chez Mérida alors que tu la connais, répliqua-t-elle en essayant de donner une inflexion ferme et non boudeuse à sa voix.

Les yeux de Mme Andersen lancèrent des éclairs. La boule qui était dans la gorge de sa fille enfla encore un peu. Elle déglutit douloureusement.

- Et donc tu t'es dit que c'était plus malin de nous prendre pour des imbéciles ?

- Maman ! j'ai dix-sept ans, pourquoi j'aurais pas le droit de...

Sa mère ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase.

- N'essaie même pas de me faire passer pour la mère autoritaire. Trois fois tu t'es fichue de notre tête en prenant ta copine Mérida comme prétexte pour aller je ne sais où ! Alors pour être sûre qu'il n'y ait pas de fois supplémentaire, tu seras privée de sortie jusqu'à ton anniversaire !

Anna ouvrit la bouche. Son monde était en train de s'effondrer tout autour d'elle - elle serait probablement tombée par terre si elle n'était pas déjà assise. Privée de sortie ? Et la journée à Lyon qu'Elsa et elle avaient prévu ? Et leur balade en montagne ? Et tous les autres après-midis qu'elle avait eu l'intention de passer dans ses bras pendant les vacances ? Ses parents ne pouvaient pas lui faire ça !

Elle poussa un cri désespéré.

- Mais... c'est dans plus d'un mois ! s'exclama-t-elle.

- Si tu oses te plaindre encore une fois, ce sera jusqu'à la fin du bac, majeure ou pas, ajouta son père.

Il avait l'air vraiment énervé. Elle ne se rappelait pas l'avoir déjà vu ne serait-ce qu'une seule fois avec les sourcils aussi froncés.

Sa mâchoire retomba. Elle était totalement abattue. Tout ça pour deux malheureux week-ends !

- Tu sais ce qui m'énerve le plus dans tout ça ? C'est que tu ne nous aies pas fait confiance, alors que nous avions confiance en toi.

Ca, franchement c'était bas ! Si sa mère savait pourquoi elle gardait le silence, elle ne serait pas aussi prompte à la juger. Elle aussi, elle aurait préféré pouvoir le dire ouvertement, leur présenter Elsa, l'inviter à dormir à la maison. Ils n'avaient franchement pas intérêt à mal réagir, le moment venu.

- Si tu me faisais vraiment confiance, tu n'aurais pas appelé chez Mérida, répliqua-t-elle en grognant.

C'était un bien piètre argument, mais elle ne pouvait rien dire de plus sans risquer d'en dire trop.

Son cœur se mit à battre avec inquiétude en pensant à ce que ses parents pouvaient découvrir. Non, il ne fallait pas qu'ils se mettent à fouiner pour savoir avec qui elle était, elle ne voulait pas qu'il n'apprennent la rumeur balancée par Hans, qu'ils se mettent à avoir des doutes.

Elle ne pouvait pas risquer de mettre Elsa en danger.

Elle se leva et se dirigea vers les escaliers. Pour elle, la conversation était finie. Les connaissant le sujet reviendrait au diner, ce soir, puis demain, puis tous les jours jusqu'à ce qu'Anna capitule. Sauf que cette fois, sa mère pouvait toujours courir.

- Tu ne comptes tout de même pas monter dans ta chambre comme ça ?

- Pourquoi ? Vous venez de me condamner à rester dedans pendant un mois ! rétorqua-t-elle sans se retourner.

- TU ME PARLES SUR UN AUTRE TON !

Anna serra fortement ses doigts sur la rampe d'escalier. Elle mourrait d'envie de répondre, de faire son ado en pleine crise, mais mince ! Tout ce qu'elle voulait, c'était seulement s'allonger sur son lit et rêver d'Elsa ! Putain, si j'avais su, je serais restée avec elle jusqu'à l'heure du dîner ! Ca m'apprendra à vouloir jouer les filles modèles.

En tout cas, s'il y en avait une qui n'allait pas échapper à sa colère, c'était bien Mérida. Si elle l'avait fait exprès, elle ne la laisserait pas s'en sortir comme ça. Et puis, elle avait définitivement besoin de passer ses nerfs sur quelqu'un.


Mérida n'avait rien fait de sa journée. Rien. Elle n'avait pas d'entraînement ni de tournoi, pas de repas de famille ni de sortie entre potes, et elle avait deux semaines entière devant elle pour travailler ses cours. Elle s'était réveillée presque à midi, avait fait ses exercices matinaux, puis était partie à vélo jusqu'au parc boisé non loin de chez elle. Elle avait emmené un petit déjeuner et un bouquin que lui avait prêté Kristoff et qu'elle n'arrivait plus à lâcher tant la lecture était addictive. La météo était parfaite pour profiter de ces premiers jours de vacances.

Elle avait interrompu ponctuellement sa lecture pour échanger quelques sms avec Mulan. Elle ne s'était pas trop engagée encore, le souvenir de sa conversation avec Kristoff ne cessait de la hanter. Elle n'aimait peut-être pas assez Mulan pour lui faire subir la même souffrance que celle qu'elle supportait. Finalement, elle n'avait peut-être pas dit n'importe quoi à Anna l'autre fois. Être amoureuse, c'était quand même sacrément la merde, et si elle pouvait tomber désamoureuse en un claquement de doigt, elle signerait tout de suite.

Résultat, Mulan et elle avaient surtout parlé de la dernière compétition du championnat et qui allait de nouveau les opposer. C'était une autre source d'inquiétude : si elle se mettait à sortir avec Mulan, pourrait-elle accepter de se battre contre elle ? Comment son club le prendrait-il en apprenant qu'elle fraternisait avec la capitaine d'une équipe adverse ? Ouais, pas si simple. Remarque, toujours plus simple qu'Anna avec sa prof...

Elle ne pouvait pas vraiment l'en blâmer : Winter faisait partie de ces profs ultra passionnés par leur matière, et Anna était une tarée des maths, elles étaient forcément faites pour s'entendre. Et elle était franchement canon, il fallait l'avouer. Et puis, elle ne savait pas pourquoi, mais elle sentait qu'Anna était en sécurité avec sa prof. Elle savait qu'avec elle, elle serait heureuse. Meg ne faisait pas du tout le poids en comparaison, et elle ne comprenait pas pourquoi Anna continuait de traîner avec elle au lieu d'essayer de se réconcilier avec Winter. Peut-être que la prof avait écouté son conseil et était allée retrouver Anna. Qu'est-ce qu'il s'était passé ensuite ? Elle préférait ne pas y penser.

Soudain, à la lecture d'un des passages, son ventre se serra brutalement. C'était ça, exactement ça qu'elle ressentait, ce sentiment qui lui rongeait le cœur depuis plusieurs semaines.

« C'était ton cœur tout entier que je voulais, pour moi seul, alors que je n'y avais aucun droit... »

Elle comprit si désespérément ce que vivait ce personnage qu'elle ne put empêcher ses larmes de lui brûler les yeux.

Comme lui, elle n'y avait aucun droit.

Comme Anna, le héros ne le voulait pas, de toute façon.

Essuyant ses yeux d'un geste rageur de la main, elle referma brusquement le livre et le fourra dans son sac. Sa sortie avait assez duré, et elle venait d'y mettre le point final.

- Où étais-tu ? demanda immédiatement sa mère quand elle rentra à la maison.

- Oh, juste au parc, répondit-elle en ôtant ses Doc's.

- Toute seule ?

- Ouais, j'avais envie de bouquiner au soleil.

Pourquoi un tel interrogatoire ? Qu'est-ce qui lui prenait à être si casse-pieds tout d'un coup ? Déjà qu'elle est casse-pieds en général...

Elle alla dans sa chambre et se laissa retomber sur son lit. Ses yeux avaient à peine eu le temps de se fermer qu'ils se rouvraient déjà. Elle attrapa son téléphone qui sonnait, et vit le visage souriant d'Anna sur l'écran, ce qui ne manqua pas de la faire sourire à son tour. Elle appuya sur la touche vert et approcha le micro de ses lèvres.

- Salut Ginger !

- Salut.

La voix d'Anna semblait froide, fatiguée, un peu pincée. Le sourire sur les lèvres de l'archère retomba. Elle espéra qu'Anna n'ait pas passé un nouveau moment atroce avec Winter. Leur engueulade de la semaine précédente avait déjà été un coup dur pour elle, pas la peine d'en rajouter une couche.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-elle, s'attendant au pire.

- Je suis privée de sortie pendant un mois, répondit abruptement la matheuse.

Mérida grinça des dents. Ça, c'était une bonne raison pour perdre son moral.

- Outch... Mais pourquoi ?

- Ma mère a appelé chez toi ce matin et elle a appris que je n'étais pas avec toi hier. Ni le week-end dernier.

Mérida sursauta à ces mots. La révélation la prit complètement par surprise. Elles avaient souvent parlé de se couvrir l'une l'autre au cas où les parents appelleraient, mais ça n'était jamais arrivé... jusqu'à présent.

- Oh merde ! s'écria-t-elle. Putain, j'suis désolée, elle a dû appeler quand je dormais ! Je ne savais pas du tout, elle ne me l'a pas dit...

- Parce que tu m'aurais couverte si c'était toi qui avait décroché, peut-être ?

L'archère sursauta. Sa voix sèche la frappa comme une gifle. Mais qu'est-ce qui lui prenait tout d'un coup ?

- Bien sûr !

- Pourtant hier tu m'as dit de me démerder toute seule, dit Anna du même ton froid et cassant.

Mérida fronça les sourcils. Elle se rappelait bien de la conversation. Elle avait envoyé bouler Anna un peu trop violemment, elle avait failli lui envoyer un message pour s'excuser, puis s'était ravisée. Elle aurait peut-être dû le faire, en fait.

- J'étais énervée, c'est tout, se défendit-elle.

- En attendant, comme par hasard ma mère découvre tout aujourd'hui !

- Attends, t'es en train d'insinuer quoi là ? grogna l'archère. Que je t'ai dénoncée ? Bien sûr que j'aurais couvert ton cul, même si c'était pour que tu puisse aller en boîte avec Meg...

- On parle pas de Meg, là, mais de toi. A cause de toi, je suis coincée pendant toutes les vacances !

- Comment ça, « à cause de moi » ? Hé, j'ai rien fait, je te signale ! C'est pas ma faute si ta mère te flique, et si tu ne t'étais pas barrée deux fois avec l'autre grognasse sous leur nez...

- Sérieux Mérida, tu peux pas foutre la paix à Meg deux minutes ? coupa Anna d'une voix stridente. C'est quoi ton problème avec elle, qu'est-ce qu'elle t'a fait ?

L'archère se mordit brutalement les lèvres. Se faire engueuler pour un rien, ça pouvait passer, elle savait qu'Anna s'excuserait plus tard de s'être énervée, et elle lui pardonnerait, évidemment. Mais l'entendre suggérer qu'elle ait pu la dénoncer, c'était un coup beaucoup plus sérieux à encaisser. Un coup qui l'avait frappée directement en pleine poitrine, et qui aurait pu la laisser complètement abasourdie si elle n'était pas aussi en colère de l'entendre prendre la défense de cette meuf.

Elle hésita un instant entre lui raccrocher à la gueule et lui hurler dessus. Elle opta pour la deuxième solution.

- Tu sais quoi Anna ? Va te faire foutre. Je suis toujours là pour toi, t'imagines même pas tout ce que je serais capable de faire pour toi, et toi tu me vois comme une connasse qui va te balancer à tes parents ? Arrête de déconner pendant une seconde, putain ! On dirait que tu fais exprès de faire n'importe quoi, même quand je me casse le cul pour t'aider !

- Tu te casses le cul ? C'est Meg et Tiana qui m'ont sorti de ce merdier, je te rappelle.

L'archère ferma les yeux et prit une grande inspiration. Voila, non seulement elle l'accusait de l'avoir dénoncée à ses parents, et maintenant elle lui disait qu'elle ne servait à rien. Elle serra et desserra ses poings. La tentation de raccrocher était de plus en plus forte.

- Ah ouais ? Qui c'est qui t'a appelé direct quand ta meuf s'est mise à me pleurer dessus, hein ? Et toi t'as rien trouvé de mieux à faire que t'engueuler avec elle !

- Ca ne te regarde pas. Sérieusement, c'est pas tes affaires ce qu'il se passe entre elle et moi.

Mérida serra les poings, le souvenir d'une conversation douloureuse bien imprimé dans sa mémoire.

- Peut-être, répliqua-t-elle, mais on dirait t'as pas idée de ce qu'elle vit et ce qu'elle pense.

- Je le sais bien mieux que toi ! s'offusqua Anna d'une voix énervée.

- Ah ouais ? Tu sais que notre connard de proviseur l'a bloquée dans un coin pour lui demander si elle était lesbienne, et que ça risque peut-être de remonter au rectorat et tout ? Tu sais qu'elle angoisse à mort à l'idée que tu te barres avec Meg parce que tu réaliserais que finalement tu préfères être avec quelqu'un que tu as le droit de voir, que tu peux présenter à tes parents, et avec qui tu peux sortir ? Tu sais qu'elle a peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas réussir à te rendre heureuse avec toutes ces contraintes que vous avez ? Putain, et toi tu débarques alors qu'elle est complètement à terre, tu lui en mets plein la tronche et le samedi suivant tu pars à nouveau avec Meg ? Mais tu veux lui briser le cœur à Elsa ou quoi ?

- Non ! s'écria la petite rousse.

- Alors pourquoi tu continues à traîner avec Meg alors ?

- Parce que je ne veux pas sortir avec elle.

- Toi peut-être, mais elle, elle ne cherche que ça !

Elle entendit un glapissement de surprise, dans son téléphone, qui n'avait rien à voir avec la voix froide et énervée qu'elle entendait depuis qu'elle avait décroché.

- Meg ? Non ! Pas du tout !

- Alors pourquoi elle t'emmène en bar et en boîte chaque week-end, à te faire picoler et à te ramener chez elle, si c'est pas pour essayer de te mettre dans son pieu ?

- Elle fait ça pour m'aider !

- Bah voyons, ironisa-t-elle.

- Elle ne veut pas sortir avec moi ! insista Anna. Si on est retournées au bar hier, c'est parce qu'on avait monté tout un plan pour faire venir Elsa. Un plan dans lequel tu étais impliquée !

Mérida resta un instant bouche bée. Un plan ? Dont elle faisait partie ? Elle n'était au courant de rien du tout.

- Attends, de quoi tu parles là ?

Anna lui expliqua tout. L'archère, en l'écoutant, fut tour à tour surprise, soulagée, épatée et suspicieuse. Elle n'arrivait pas à croire que Meg n'ait pas d'ambition cachée. Le coup du fantasme qu'elle aidait à réaliser, ça ne lui paraissait pas être une raison suffisante pour faire tout ça. Mérida soupira et se plaqua le poing entre les yeux.

Elsa et Anna s'étaient retrouvées, c'était ça le plus important, non ?

- Je suis désolée, dit finalement Anna au bout d'un moment. J'aurais jamais dû t'accuser. Je sais bien en plus que tu n'aurais jamais fait ça, ma mère devait avoir des doutes depuis un moment déjà, elle m'a... enfin, je veux dire, j'étais énervée à cause de ce que tu m'as dit hier, mais... je le pensais pas, tu ne méritais pas que je te dise tout ça... et je suis désolée, répéta-t-elle d'une petite voix. Merci, c'est ça que j'aurais dû te dire, puisque c'est grâce à toi qu'Elsa est venue. Merci Mérida.

Le nœud qui serrait la gorge de l'archère depuis le début de leur conversation se dénoua doucement.

- Excuses acceptées, dit Mérida en souriant malgré tout.

- Ca m'a juste tellement déprimée quand ma mère m'a dit ça ! C'est dingue, entre Hans et le lycée, j'avais vraiment pas besoin de ça en plus ! On venait tout juste de se retrouver avec Elsa, on était en train de planifier des moyens de se voir sans qu'elle risque sa peau, avec les vacances et tout, et ma mère me tombe dessus ! Je ne savais pas quoi lui dire !

L'archère entendit un sanglot, à travers le téléphone, et sa poitrine se comprima de nouveau. Elle n'arrivait pas à savoir ce qui lui faisait le plus mal : entendre Anna pleurer, ou l'entendre raconter tout ce qu'elle avait prévu de faire de merveilleux avec sa chérie.

- Je voudrais juste qu'on nous laisse tranquille, croassa Anna d'une voix étranglée. Ca me met les nerfs à fleur de peau, je stresse tout le temps, j'ai envie de pleurer, et...

Les sanglots se transformèrent en pleurs qui noyèrent ses paroles. Mérida se sentit tellement impuissante en cet instant qu'elle faillit se mettre à pleurer à son tour. Si au moins elle était là, elle pourrait la serrer contre elle, lui caresser les cheveux, la réconforter. Comment pouvait-elle continuer à lui en vouloir après de telles excuses, et alors qu'elle était si misérable ?

- Tu lui a dit, à Elsa ? demanda-t-elle au bout d'un moment.

- N-non, sanglota Anna. J-j'ose pas, ça va la rendre tellement triste...

- Tu veux que je lui dise pour toi ?

- Non, refusa-t-elle brutalement. C'est à moi de le faire, pas à toi, poursuivit-elle d'une voix plus douce. Tu sais, j'ai hâte que l'année se termine. On va peut-être pas se retrouver tous les jours toi et moi, avec la fac et tout, mais j'en peux plus du lycée, j'en peux plus de ces cons de notre classe, et j'en ai marre de mes parents.

- On est deux, grogna Mérida en pensant à sa mère, qu'elle échangerait volontiers avec celle d'Anna malgré tous ses défauts..

- Je veux dire, ils sont adorables parfois, mais tellement...

- Ouais. Toi au moins tu as le côté adorable. Et sans frangins. Moi aussi j'ai hâte d'être à la fac. Et d'avoir ce putain de bac derrière moi, si possible avec un AB pour moi et un TB pour toi.

Anna pouffa, et l'archère sourit. Elle préférait ça aux sanglots.

- J'suis sûre que tu auras plus que ça. Et Mulan, tu sais dans quel fac elle va aller ? Elle est en Terminale elle aussi, non ?

Le cœur de Mérida se mit à battre un peu plus vite en entendant le nom de l'archère. Elle avait l'impression, l'horrible et pourtant stupide impression de tromper Anna à chaque fois que Mulan arrivait dans ses pensées.

- Mérida ? T'es toujours là ?

- … ouais. Ouais, elle est en Terminale. Elle a envoyé un dossier à la fac de Lyon elle aussi.

Anna poussa un petit cri excité dans le téléphone.

- Ce serait tellement génial qu'on soit toutes ensemble là-bas !

Ouais. Ouais, ce serait génial.


Anna raccrocha. Elle avait alterné tellement d'émotions durant cette conversation avec Mérida qu'elle se sentait drainée. Elle ne savait pas ce qui lui avait pris de l'accuser comme ça, mais après sa dispute avec ses parents, elle avait été si énervée qu'elle se serait battue avec la Terre entière. Et Mérida savait tant de choses sur Elsa qu'elle ignorait, avaient-elles eu une si longue conversation au téléphone ? Sa petite amie lui avait-elle vraiment raconté toutes ces choses ? Ressentait-elle vraiment toutes ces choses ? L'angoisse et le stress, elle pouvait comprendre, mais toute cette insécurité à son sujet ? Oh Elsa, aucune fille ne pourra jamais prendre ta place, je suis tellement folle de toi...

Elle reprit son téléphone, et appela sa prof, autant par envie d'entendre sa voix que parce qu'elle devait la tenir au courant. A sa grande surprise, elle ne parut pas lui en vouloir quand elle lui annonça la sanction infligée par ses parents. Elle était déçue, évidemment, mais pas énervée. Elles allaient devoir mettre une croix sur tout ce qu'elles avaient espéré faire ensemble, et c'était un coup dur à encaisser.

Enfin, alors qu'elle s'apprêtait psychologiquement à entamer les pires vacances de sa vie, elle reçut un sms qui lui sauva la vie, et renvoya son moral au dernier étage de l'Empire State Building.

Un sms de Mme Bulda.

« Bonjour Anna. Est-ce que tu as des disponibilités pendant les vacances ? On aurait bien besoin de toi ! »


Oui, Mme Bulda c'est un peu ma Deus Ex Machina :D

J'espère que ce chapitre vous a plu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé (et à me signaler ce qui ne va pas !)

A mercredi prochain,

Ankou