Bonjour à tous !

Il fait un temps magnifique ici sur les montagnes. Au sol toute la neige a fondu, ce qui ne signifie plus que deux choses : vélo et rando !

Merci à tou-te-s pour vos commentaires et pour continuer avec cette histoire :)

Pour ma part il va falloir que j'accélère le rythme, car le chapitre 44 n'est pas fini ! On fête quand même avec ce chapitre les 200 000 mots, je tiens là mon record !

Ce chapitre à venir a été écrit presque d'une traite. Cette scène, je n'y avais pas pensé du tout, et elle m'est apparue comme une évidence. J'avais beaucoup pensé aux parents d'Anna, mais étrangement j'avais laissé dans mon script les 'parents' d'Elsa complètement de côté.

Yain', j'espère que tu n'es plus malade :) et Lounils, sors les chips !

Bonne lecture !


Chapitre 43

Oh mon dieu, je vais voir ses parents...

Enfin, il s'agissait de ceux d'Olaf et non des siens à proprement parler, mais tout de même, ils représentaient ce qui était le plus proche de parents pour Elsa. C'étaient des gens qui la connaissaient depuis qu'elle était toute petite, qui s'étaient occupés d'elle, qui l'avaient acceptée comme leur fille et l'avaient supportée et soutenue pendant toute son adolescence.

Et Elsa voulait leur présenter Anna.

Ça voulait dire qu'elle lui faisait suffisamment confiance pour ça.

Un conflit éclata dans sa tête entre la partie qui voulait éclater de joie - car ça signifiait quelque chose d'énorme, concernant leur relations, les sentiments d'Elsa - et celle qui voulait partir en hurlant. Elle n'arrivait pas à se comporter comme une adulte devant les parents de Mérida ou de Kristoff, comment allait-elle réussir à faire bonne impression devant ceux d'Elsa ?

Elle essaya de se rappeler leur visage, qu'elle avait eu sous les yeux pendant tout le temps où elle avait travaillé, sur le bureau d'Elsa. La mère d'Olaf était petite et mince, avec des cheveux châtains, et son père était grand, costaud, avec des cheveux du même blond doré que son fils. Elle les avait trouvés sympathiques, sur les photos. Le seraient-ils en vrai ? Après tout, c'étaient les personnes qui avaient élevé Olaf... Mais tout de même...

Et s'ils me trouvent gamine ou ridicule ? Et s'ils ne m'aiment pas ? Oh mince, je ne suis pas prête pour ça...

L'idée trotta dans sa tête pendant tout le trajet jusqu'à sa maison, puis toute l'après-midi, toute la soirée, et elle en rêva même pendant la nuit.

Ce qui amena, au réveil, la question de son propre coming-out à ses parents.

Elle y avait pensé plus d'une fois ces dernières semaines, mais toujours sous l'angle de « ils ne doivent pas savoir ». Mais il arriverait bien un moment où elle allait devoir leur dire, d'une qu'elle sortait avec une fille, de deux, que cette fille était - avait été - l'une de ses profs du lycée.

Et si Elsa pouvait, elle, s'abstenir de dire à ses parents adoptifs que sa petite amie était une de ses anciennes élèves, Anna n'aurait pas le choix, pour la simple raison qu'ils avaient déjà vu Elsa dans son rôle de professeur, lors de la réunion de rentrée et pendant la rencontre parents-profs, sans parler de sa présence sur la photo de classe encadrée dans la chambre d'Anna. Il allait lui être impossible d'éluder ce détail crucial.

Et alors, quelle serait leur réaction ?

Elle resta près d'une heure assise sur son lit, à tortiller ses doigts dans tous les sens. Si elle avait les mêmes habitudes que Tiana, elle n'aurait plus un seul ongle entier en cet instant.

Comment pouvait-elle empêcher ses parents de complètement paniquer ? Parce qu'ils allaient paniquer, c'était évident ! Elle imaginait déjà sa mère hurler sur Elsa et son père s'inquiéter pour sa protection. Si seulement elle avait eu une grande sœur, ou un grand frère, qui aurait pu être de son côté, et les préparer psychologiquement ! Mais non, elle allait forcément se retrouver seule contre eux deux, ils allaient forcément faire leurs parents autoritaires, ça allait forcément finir en catastrophe.

Elle en était sûre, ils allaient la détester.

Brrr brrr brrr

Anna se rua sur son téléphone portable. Avec un peu de chance, Elsa allait lui dire que c'était annulé, qu'ils étaient déjà repartis, qu'ils étaient malades, que...

« Bonjour ma puce. Ça tient toujours ? Je leur ai parlé de toi, ils ont hâte de te rencontrer. Je t'attends à midi ! »

M...midi ? Oh. PANIC MODE : ENGAGED ! hurla une voix dans sa tête.

Il était dix heures passées, elle était en pyjama avec sa tête de chat après la pluie dans le désert, et elle allait les voir à midi.

Elle retourna la moitié de son armoire pour chercher comment s'habiller et rejeta chacun de ses vêtements préférés sur son lit. Ils lui donnaient soit l'air d'une ado complètement geek, soit l'air d'avoir 15 ans. Après avoir examiné la totalité de ses robes et de ses jupes, elle décida d'opter pour un pantalon. Ensuite, elle retourna l'autre moitié de son armoire à la recherche d'un haut qui ferait sérieux, mature, adulte. Est-ce que j'ai ça au moins ?

Il fallait qu'elle demande l'aide d'une spécialiste.Ça tombait bien, elle en avait justement une sous la main.

« Rapunzel, pour rencontrer les parents d'Eugene, tu t'es habillée comment ? »

Rapunzel n'étant qu'une accro à son portable, la réponse vint moins d'une minute plus tard.

« Bin quand ils m'ont rencontrée la 1ère fois, j'étais dans sa chambre et pas très vêtue, tu vois... »

Anna roula des yeux et se frappa le front de la main.

« Bon, la 2ème fois alors ? »

« J'avais un sweat rose. Pourquoi ? »

Deuxième facepalm.

« Je déjeune avec les parents d'Elsa dans genre 78 minutes et je ne sais pas quoi me mettre. Il me faudrait un truc qui fasse adulte. »

« Je dois dire félicitations, ou bon courage ? :p Pour ta question, je vois exactement ce qu'il te faut ! ta tunique blanche avec le décolleté, ta ceinture brune, ton collier avec les pierres vertes, ton écharpe turquoise, et un jean sans trous. »

« Merci, t'es parfaite ! »

« ET PAS DE TRESSES ! :D Je te laisse je vais au ciné avec Eugène ! »

« Attends, tu peux pas m'envoyer un sms disant que tu m'attends au ciné ? C'est pour ma mère, elle est chiante en ce moment :p »

« Ça roule ! »

Anna reposa son téléphone sur son fauteuil de bureau et fouilla dans le tas de vêtements qui recouvrait son lit à la recherche des éléments indiqués par son amie. Elle trouva la tunique sous son oreiller, la déplia et la leva devant ses yeux. Elle était en lin, arrivait à mi-cuisse, et était décorée de broderies blanches très discrètes rappelant des motifs celtiques ou scandinaves. Elle serra la ceinture de cuir autour de sa taille, enfila le jean le plus récent qu'elle possédait et retourna son coffre à bijoux sur son bureau pour trouver le collier mentionné par Rapunzel, qui était un simple cordon brun s'enroulant autour de trois pierres de jade. C'était Tiana qui lui avait offert l'année précédente, quand elle était rentrée de sa semaine de vacances en Louisiane. Elle l'aimait beaucoup, les pierres avaient quasiment la même couleur que ses yeux.

Elle alla ensuite dans la salle de bains et souligna ses yeux d'un trait de maquillage. Puis elle dénoua ses tresses et brossa ses cheveux avant de les attacher en les relevant derrière sa nuque.

Elle se regarda dans le miroir. Pour se fringuer, Rapunzel était vraiment une pro. L'ensemble était parfait. La blonde voulait devenir architecte ou décoratrice d'intérieur, mais elle ferait aussi une excellente styliste.

Quand Anna fut définitivement prête, elle fourra l'essentiel dans un petit sac à main en jean, décrocha sa veste en cuir brune de son portemanteau et descendit les escaliers.

- Tu vas où comme ça ? demanda sa mère en la voyant arriver dans le salon.

- Au ciné, répondit-elle.

- Et c'est pour qui que tu t'es fait si belle ?

- J'y vais avec Rapunzel et son copain Eugene.

Devant le froncement de sourcil méfiant de sa mère, elle soupira, sortit son téléphone de son sac à main et lui montra le dernier sms envoyé par son amie.

« On se retrouve devant le ciné ! A tout à l'heure ! »

- Je rentre vers 17h, ajouta-t-elle.

Cinq heures avec les parents d'Elsa, ça lui semblait largement suffisant.


Plutôt que de sonner, elle envoya un message à Elsa lorsqu'elle arriva devant l'immeuble. La porte d'entrée se débloqua silencieusement, et elle grimpa les quatre étages en essayant de ne pas courir comme d'habitude pour ne pas arriver essoufflée et transpirante.

Elsa l'attendait sur le palier. Elle portait la même jupe violette qu'à leur premier rendez-vous.

- Wow... Tu es très jolie, Anna.

- Merci, répondit l'adolescente en rougissant. Je ne savais pas trop quoi mettre, alors...

- Tu es très bien, coupa Elsa avec un sourire réconfortant.

- C'est juste que... je voulais avoir l'air sérieuse... et mature, et...

Elsa la fit taire d'un baiser et la serra dans ses bras.

- Tu es parfaite, Anna.

- Je ne voudrais pas te faire honte, murmura l'adolescente dans le creux de sa nuque.

- Ne t'inquiète pas, dit Elsa en s'écartant d'elle pour la regarder. Tu seras très bien. C'est plutôt eux qui...

Elle se mordilla les lèvres, semblant chercher ses mots.

- Tu sais, pour moi ils sont comme une famille. Et... autant que je te prévienne maintenant, je ne veux pas te faire peur, mais ils peuvent être un petit peu gênants. Et bruyants, très bruyants. Ils sont aussi têtus, un peu autoritaires, et lourds, vraiment très lourds parfois. Mais... enfin, tu verras. Ils ne sont pas méchants, ils pensent bien faire...

- Ouais, c'est des parents quoi.

Elle avait répondu sans réfléchir, et en voyant l'expression sur le visage d'Elsa, elle eut envie de se gifler.

- … oui, on peut dire ça comme ça.

Anna posa une main réconfortante sur son bras.

- Je suis sûr qu'ils sont adorables.

- Ok... tu es prête ?

- Je suis née prête !

Elsa poussa la porte et entra dans l'appartement. Anna ôta ses chaussures et la suivit dans le salon. Olaf était debout et accoudé à la bibliothèque, un verre de vin dans la main, et ses parents étaient assis sur le canapé, tournant le dos au reste de la pièce.

- Hélène, Bob... je vous présente Anna.

- Aaah ! s'exclama Bob en se retournant, tandis qu'Hélène se leva pour la prendre dans ses bras.

Elle s'efforça de sourire tandis que cette femme qu'elle ne connaissait pas la serrait contre elle, et elle croisa le regard amusé d'Olaf, qui lui fit un clin d'oeil, comme pour l'encourager.

- Eh bien Elsa, lança Hélène lorsqu'ils furent tous assis avec un verre à la main, tu as un truc avec les rousses en ce moment, non ?

Anna se tourna vers Elsa qui lui lança un regard signifiant « tu vois, je t'avais prévenue »

- Tu n'étais pas déjà avec une rousse en février ? demanda Bob comme pour enfoncer le clou.

- Oui, c'était déjà Anna, répondit l'enseignante.

- Connaissant Elsa, ça n'a pas dû être facile de la séduire, j'imagine ! ajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie.

Ok, je vois tout à fait d'où Olaf tient son caractère...

- J'ai su être... persévérante, répondit Anna avec un petit sourire.

- Persévérante, c'est le mot, dit Elsa en levant les yeux au ciel.

Elles échangèrent un regard complice. Toutes deux savaient bien ce qui se cachait derrière cet adjectif : les mots sur les contrôles et les post-its, les déclarations face aux portes fermées, les rendez-vous interdits, Anna qui n'avait pas voulu lâcher prise jusqu'à ce qu'Elsa baisse sa garde... Ç'avait été plus que de la persévérance : c'était presque de l'acharnement.

- Vous vous êtes rencontrées comment ? demanda la mère d'Olaf avec bienveillance.

- Et bien... commença Elsa.

Anna se tourna vers sa petite amie. Elle sentait que la question, qu'elle n'avait peut-être pas prévue - ou peut-être qu'une fois face à la situation, elle n'arrivait pas à mentir à sa mère presque adoptive - la mettait mal à l'aise.

- Ça s'est fait un peu par hasard, en fait, dit Anna. Je garde parfois les enfants d'une des voisines d'Elsa, et... on s'est rencontrées comme ça. Dans le jardin. Je lui ai proposé de construire un bonhomme de neige.

C'était pas vraiment un mensonge, après tout. Elsa la regarda avec un sourire tendre. Elle aussi se rappelait bien de cette après-midi enneigée.

- Ah, sortir avec la baby-sitter, un grand classique ! s'exclama Bob. Aouïlle Hélène ! Je plaisantais !

Sa femme venait à l'instant de lui mettre une claque derrière la tête. Jalouse, la maman, nota Anna.

- Et entre vous c'est sérieux ? demanda Hélène, comme pour changer de sujet.

- Oui, répondirent en même temps les deux jeunes femmes et - à leur grande surprise - Olaf.

- Je suis bien contente de l'entendre, dit-elle en reprenant une gorgée dans son verre.

Et mère poule avec ça !

Un verre de vin et quelques instants de conversation plus tard, Olaf partit vers la cuisine, et revint avec l'entrée, qu'il posa sur la table. Tout le monde déménagea du canapé vers la table du salon. Elsa et Anna s'assirent l'une à côté de l'autre, en face de Bob et Hélène, et Olaf prit place en bout de table. Le vin et la familiarité aidant, Anna se sentait beaucoup plus détendue.

- Et tu fais quoi dans la vie ? demanda Bob. Tu es étudiante ?

- Heu... oui, je commence l'université à la rentrée.

- Ooh ! Et dans quelle branche ? demanda Hélène.

- Mathématiques et Informatique, répondit-elle sans réussir à masquer l'excitation et la fierté dans sa voix.

- Ha ! s'exclama Bob en frappant la table avec enthousiasme, encore une matheuse ! A la rentrée, donc. Ca veut dire qu'en ce moment tu passes le bac ? Tu es au lycée ? Hé Elsa, c'est une de tes élèves ?

- Papa ! s'exclama Olaf.

- Oh quoi, on ne peut même plus plaisan...

Il s'interrompit en voyant le regard de sa femme. Les yeux d'Hélène allaient d'Elsa à Anna, qui l'une comme l'autre ne parvenaient malgré leurs efforts à masquer leur gêne, leur culpabilité.

- Elsa... Non, dis-moi que ce n'est pas vrai...

- Hélène...

- C'est une de tes élèves, Elsa ?

La jeune femme mordilla ses lèvres et baissa la tête. Ouais, mentir à sa mère adoptive ne faisait visiblement pas partie de ses supers-pouvoirs. Son attitude était le plus éloquent des aveux. Hélène leva les bras et les lâcha bruyamment sur la table en secouant frénétiquement la tête.

- Non mais j'y crois pas, mais qu'est-ce que tu as dans la tête, Elsa ? Tu ne peux pas réfléchir une minute ? Sortir avec une élève, mais qu'est-ce qui t'a pris de prendre un tel risque ? T'as envie de perdre ton boulot, de te retrouver au tribunal, de voir ta vie foutue en l'air ? J'imagine qu'elle est mineure, en plus ? Non mais ça va pas, t'es folle ou quoi ?

Ni Anna ni Elsa n'osèrent répondre, complètement ratatinées par la volée de reproches propulsée par Hélène. Anna se cramponnait du bout des doigts au rebord de la table, son cœur battant à cent à l'heure, comme lorsque que Clayton lui avait demandé d'appeler le numéro qu'elle savait être celui d'Elsa.

- Et toi ! s'écria Hélène en se tournant vers Anna. Est-ce que tu as pensé une seule seconde au danger que tu lui faisais courir ? Persévérante, hein ? Tu ne pouvais pas attendre, vous ne pouviez pas attendre la fin de l'année, toutes les deux ? Vous retenir ? Non, tu t'es dit que ce serait plus amusant avec plus de risques, c'est ça ? Si tu aimais vraiment ma fille...

- Maman... l'interrompit Olaf.

- Oh, ne la ramène pas, toi ! cria-t-elle en se tournant vers son fils, qui recula et s'enfonça sur sa chaise. Tu étais au courant et tu ne m'as rien dit ! Au courant depuis le début, j'imagine ! Et tu ne pouvais pas la dissuader, lui dire que c'était du grand n'importe quoi ? Non, bien sûr, je parie que tu l'as encouragée, comme d'habitude. T'as vraiment rien dans le crâne, tu veux voir Elsa aller en prison pour détournement de mineur ?

- Hélène... tenta Elsa. S'il te plaît, écoute-moi.

- NON ! Enfin, Elsa ! Tu es une fille intelligente, quand même ! Ne me dis pas que tu n'as pas pensé aux conséquences !

- ...si, murmura-t-elle, la tête baissée. On y a pensé...

- Et alors ? Vous avez décidé de vous en moquer ? Vous vous aimiez trop pour attendre, peut-être ? Mais si quelqu'un l'apprenait, tu imagines les répercussions ?! J'espère que vous avez sérieusement couvert vos arrières, et que absolument personne n'est au courant !

Anna pinça ses lèvres et fixa son assiette. Est-ce que tous mes amis plus une classe entière de Terminales ça compte comme 'personne' ?

Malheureusement, sa réaction ne passa pas inaperçue.

- J'espère, jeune fille, que tu ne t'es pas amusée à raconter ça partout au lycée !

- Hey ça va, je ne suis pas complètement débile ! s'indigna l'adolescente en redressant la tête.

- Anna, calme toi, murmura Olaf.

- Elsa, qui est au courant ?

- Il y a eu... une rumeur, admit l'enseignante.

Hélène roula des yeux et poussa un soupir excédé.

- J'en étais sûre.

- C'est pas la faute d'Anna, mais de son ex, précisa-t-elle. On a réussi à faire croire à un mensonge de sa part, et les amies d'Anna l'ont aidé à me couvrir.

- Ah ces lesbiennes, vous ne pouvez pas laisser vos ex tranquilles cinq minutes, pas vrai ?

Cette fois, Anna se leva brusquement de sa chaise. Si cette femme croyait qu'elle allait tout encaisser sans réagir...

- Déjà, mon ex s'appelle Hans. Ensuite, j'ai pas envie d'être mise dans le même sac que n'importe qui. On a fait ce qu'on a pu, j'ai fait croire que je sortais avec une autre fille pour faire diversion et maintenant il n'y a plus aucun soupçon.

Olaf parvint à faire se rasseoir Anna, et Bob parvint à faire taire sa femme, le temps qu'Elsa puisse expliquer avec plus de détails ce qu'il s'était passé ces derniers mois. Lorsqu'elle eut terminé, loin de s'être calmée, Hélène paraissait encore plus excédée qu'avant.

- Je n'arrive pas à croire que tu aies pu être aussi imprudente, Elsa. Tu sais comment ça s'appelle, ce que tu as fait ? Abus sur mineure par personne ayant autorité ! Oui, même si tu es consentante ! ajouta-t-elle en se tournant vers Anna, bien que cette dernière n'ait rien dit. Et même si, même si vous réussissez à finir l'année sans vous faire pincer à nouveau, comment comptez-vous faire ensuite ? Si encore vous aviez réussi à garder un secret total, vous auriez toujours pu rester discrètes quelques mois, et ensuite, l'étudiante et sa petite copine qui a été sa prof par le passé, ça aurait pu être possible. Mais avec cette rumeur, qui vous croira si vous affirmez qu'il ne s'est rien passé lorsque Anna était au lycée ? Enfin, Elsa, tout ton lycée est au courant !

Anna baissa la tête, profondément touchée - au-delà de la colère - par les mots d'Hélène. Elle savait, bien sûr, les risques qu'Elsa encourait. Mince, c'était l'une des premières choses qu'elle avait cherché sur Internet, quand elle s'était rendue compte des sentiments qu'elle avait pour elle. Mais elle n'avait pas vraiment pensé à ce qu'il se passerait après. Elle avait toujours pensé qu'une fois le bac terminé, elles seraient tranquilles, Elsa ne serait plus sa prof, et elles pourraient vivre ensemble officiellement et envoyer bouler tous les rageux. Mais... Hélène avait raison. Même sortie du lycée, même majeure, il suffirait de la moindre dénonciation pour qu'Elsa se retrouve piégée.

Elle sentit les larmes - encore ! - lui monter aux yeux, et elle se leva soudainement. Elle ne voulait pas pleurer devant cette femme, ne voulait pas lui donner l'impression qu'elle n'était qu'une gamine incapable de contrôler ses réactions.

- Je reviens, dit-elle en s'efforçant de ne pas avoir l'air affectée.

Tous suivirent l'adolescente du regard tandis qu'elle quittait la table. Le cœur serré d'Elsa se relâcha un peu lorsqu'elle vit qu'elle se dirigeait vers la mezzanine, et non vers la sortie. Ils entendirent ensuite une porte s'ouvrir, puis se refermer.

Elsa se tourna immédiatement vers Hélène.

- Tu vois dans quel état tu l'as mis ? Non, stop ! s'exclama-t-elle alors qu'Hélène ouvrait la bouche pour répliquer. Tu crois que c'est pas déjà assez dur pour nous ? Pour elle ?

- Tu sais que j'ai raison.

- Oui, tu as raison, bien sûr, admit-elle en poussant un soupir. Et je suis bien consciente de ça moi aussi. Mais si tu crois que c'est aussi facile...

- J'ai jamais dit que...

L'enseignante ferma les yeux et poussa un soupir excédé.

- Je reviens, dit-elle en se levant, utilisant sans y réfléchir les mêmes mots qu'Anna.

Elsa monta les escaliers et arriva devant sa chambre. La porte était légèrement entrouverte, et elle la poussa doucement. Assise sur son lit, lui tournant à moitié le dos, Anna se frottait le visage. Un énième soupir lui échappa. Elle attendait avec impatience le jour où plus rien ne les ferait pleurer.

Sitôt Elsa hors de leur vue, Olaf se tourna vers sa mère. Il se sentait un peu gêné, coupable d'avoir incité Elsa à se jeter corps et âme dans cette relation qui, il devait bien l'admettre, pouvait mettre sa meilleure amie dans un sacré pétrin. Il savait que si quelque chose arrivait, il devrait assumer sa part de responsabilité. Mais il ne pouvait pas non plus rester silencieux et laisser sa mère traiter Elsa d'inconsciente.

- Maman, tu as été beaucoup trop loin !

- Je trouve aussi que tu y as été un peu fort...

- Tais-toi, Bob. Olaf, franchement, tu ne vois pas que je ne fais que m'inquiéter pour Elsa ? D'accord, je me suis laissée emporter, un peu, mais... J'ai peur qu'il lui arrive des bricoles !

- Je sais, dit-il sèchement, et moi aussi.

- Non, si tu t'inquiétais pour elle, tu aurais essayé de l'en empêcher ! Enfin Olaf, sois réaliste toi aussi ! Comment tu veux qu'elle s'en sorte sans conséquences ? Vraiment, elle a fait n'importe quoi...

- Arrête maman, coupa Olaf, irrité. Tu crois que ça a été facile pour elle ? C'est pas toi qui as passé deux mois à consoler Elsa qui s'auto-insultait de perverse et de monstre pour être tombée amoureuse d'une élève mineure ! C'est pas toi non plus qui est rentré du boulot et qui a vu Anna en train de pleurer comme une malade sur le pas de ta porte, parce qu'Elsa avait trop peur des risques pour continuer à la voir !

- Elles auraient pu attendre...

- Elles auraient pu, admit-il. Ou elles auraient pu laisser filer une putain d'histoire d'amour. Tu ne sais pas ce qu'Elsa pense d'elle, ce qu'elle dit quand elle parle d'elle. Je l'ai écouté parler de toute ses anciennes copines, elle n'a jamais parlé de l'une d'elle comme elle parle d'Anna. Elle n'a jamais aimé l'une d'elle comme elle aime Anna.

- Et cette gamine, elle l'aime ? intervint Bob.

- Papa, Anna n'est pas une gamine ! Ok, elle a 17 ans, presque 18 en fait, mais je t'assure qu'elle est loin d'être stupide.

- Je vois qu'elle t'a conquise toi aussi, dit Hélène en pinçant les lèvres.

- Ouais.

Bob demanda à son fils de lui parler un peu plus d'Anna, de leur raconter comment tout ça était arrivé. Le jeune homme répondit, sans toutefois dire de choses qu'Anna ou Elsa auraient préféré garder pour elles. Il donna plus de détails sur ce qu'il s'était passé lorsque Hans les avaient dénoncé, et ce qu'Elsa avait ressenti lorsqu'elle avait décidé de se séparer d'Anna.

Hélène semblait être sincèrement désolée de voir que sa fille presque adoptive s'était sentie si mal, si fautive, et ensuite si effrayée.

- Ah, elles redescendent. S'il te plaît maman, promets-moi de faire un effort.

Mais il n'y eut qu'Anna qui descendit les escaliers. Elle ignora la table et les parents d'Olaf qui y étaient assis et s'avança vers le jeune homme qui se leva à son approche. Il eut un mouvement de surprise lorsque l'adolescente le serra contre elle, ses bras autour de sa taille l'écrasant contre sa poitrine.

- S'il te plaît, ne m'en veux pas, murmura-t-elle contre son torse, et il réalisa qu'elle pleurait.

- De quoi tu parles ? demanda-t-il.

- Je dois y aller, répondit-elle en se dégageant de son étreinte et se dirigeant vers la porte. Je suis désolée. Prends soin d'Elsa s'il te plaît.

Le jeune homme la regarda sortir, pétrifié, puis il lança un regard assassin à ses parents avant de se diriger en courant vers les escaliers. Il ouvrit sans frapper la porte d'Elsa, et vit son amie, assise sur son lit, la tête dans ses mains.

- Elsa... ne me dit pas que tu l'as quittée à cause de ce que t'a dit ma mère...

- Non, répondit Elsa d'une voix entrecoupée de sanglots. Cette fois... c'est elle qui a rompu.


Non, ne me haïssez pas...

Je tiens à dire que tout ça est de la faute de Lounils, qui m'a dit, et je cite : « la chute doit être proportionnelle à l'intensité de la réconciliation ». Alors, tu t'attendais à ça ? :p

Anna qui prend un shot de maturité, quelqu'un d'autre que Belle qui dit à Elsa qu'elle est complètement givrée (frozen, givrée, haha), bref ces huit semaines jusqu'au bac s'annoncent encore riche en émotions !

J'espère que ce chapitre vous a plu !

A mercredi prochain,

Ankou