Bonjour à tous !
Désolée pour cette update tardive, mais je bossais hier soir et je ne pouvais pas m'occuper de ça. Et forcément, j'ai pas pu me lever à l'aube. Mais vous êtes patient(e)s, n'est-ce pas ?
Vos reviews ont été géniales. Quelques menaces, quelques déceptions, mais dans l'ensemble j'ai quand même eu l'impression que ce chapitre vous avait plu. Ça ne pouvait pas rester bisounoursland jusqu'au bac, c'était bien mal me connaître que de le croire. Ça vous a aussi surpris que la décision vienne d'Anna... mais j'allais pas faire un copier-coller de leur précédente rupture non plus ^^
Pauvre Hélène. Plus personne ne va l'aimer maintenant. Pour info, j'ai regardé la scène du dîner chez les Indestructibles (au début du film), et ça collait parfaitement avec ce que je voulais faire. Mais c'est quelqu'un de gentil, hein, elle veut juste protéger sa petite Elsa :)
Bref, place aux choses sérieuses.
La chute, à la fin du chapitre, est précipitée. Elle tombe comme un cheveu sur la soupe. On s'attend qu'Anna se lève, crie, fasse un discours passionné à Hélène. Pas à ce qu'elle reçoive un électrochoc conduisant à cette fin brutale. Ce qui se passe dans sa tête, on va le découvrir à présent.
Chapitre 44
- Anna ?
L'adolescente ne répondit pas. Elle était assise sur le lit d'Elsa, à l'endroit précis où elles avaient fait l'amour quelques semaines auparavant. Le lieu du crime, pensa-t-elle.
- Anna, tu vas bien ? demanda Elsa en s'approchant doucement de sa petite amie. Je suis désolée, c'était une mauvaise idée, j'aurais dû attendre avant de te les présenter...
- Elle a raison, tu sais.
- Quoi ?
Anna essuya ses larmes du revers de sa manche, étalant sans s'en rendre compte son maquillage sur le tissu blanc. Elsa s'avança et s'agenouilla devant elle, et Anna leva les yeux vers son visage anxieux.
- Ta m... Hélène. Elle a raison, répéta-t-elle en baissant la tête. Si je t'aimais vraiment, jamais je n'aurais insisté pour qu'on se voie malgré tous les risques. C'était... égoïste. Je suis désolée Elsa.
Elsa secoua la tête. Elle ne pouvait pas laisser sa petite amie prendre sur ses épaules l'entière responsabilité de leurs erreurs.
- Ne sois pas désolée. J'ai pris mes décisions comme une grande. Moi aussi j'ai été égoïste, j'ai voulu me donner une chance d'être heureuse...
- Je ne t'ai pas vraiment laissé le choix, l'interrompit Anna, toujours du même ton coupable.
- Arrête, tu ne m'as jamais forcée à faire quoi que ce soit.
- Non... mais presque. Je t'ai toujours poussée à prendre les décisions que je voulais.
De quoi parlait-elle ? Ça n'avait aucun sens. Elsa savait bien que toutes les décisions (les mauvaises décisions, souffla une voix dans son esprit), elles les avait prises toute seule, pesant pendant des heures le pour et le contre. C'était elle qui avait écrit le mot sur la copie, elle qui avait collé le post-it dans les escaliers, elle qui avait pris sa voiture pour retrouver Anna dans un bar... Personne ne l'avait forcée, ni même poussée, elle en était bien certaine.
- Bien sûr que non, dit Elsa en essayant de rendre sa voix rassurante.
Anna poussa un soupir. Elle tortillait ses doigts si fort qu'elle allait bientôt finir par s'en fracturer un. Elsa avait envie de les immobiliser entre ses mains et de les embrasser un par un, comme pour la rassurer. Comme pour se rassurer.
- Meg n'a jamais essayé de m'embrasser, dit brusquement Anna.
L'enseignante sursauta, ses yeux exprimant un mélange d'inquiétude et d'incompréhension.
- Q-quoi ? Attends, de quoi tu parles ?
- Je pensais qu'on ne risquait plus rien toi et moi, puisque... puisque tout le monde était persuadée que je sortais avec Meg, expliqua Anna d'une voix hachée. Je ne comprenais pas pourquoi tu ne voulais pas recommencer à... être avec moi. Après qu'on se soit disputées, je ne savais plus quoi faire, alors... J'ai fait en sorte que tu apprennes où j'étais, pour que tu sois jalouse, et...
- … et que je décide de venir, acheva Elsa à sa place.
L'adolescente hocha la tête, les yeux baissés.
- Je voulais que Meg arrive à te convaincre. Que... que tu aies peur de me perdre. Je suis désolée de t'avoir menti. Je suis contente que tu sois venue, acheva-t-elle en un murmure.
Elsa pinça ses lèvres. Que penser, comment réagir face à cette révélation ? Devait elle lui en vouloir de l'avoir manipulée, s'en vouloir à elle-même de s'être fait berner ? Mais regrettait-elle d'être venue ? Non. Elle avait eu besoin d'un déclic pour réagir, et la peur de perdre Anna avait bel et bien été la raison qui l'avait poussée à sortir ce soir-là.
Mais elle avait cru arriver en sauveuse, en princesse charmante sur son fier destrier, alors qu'en réalité elle avait été attendue ? Elle se rappelait très nettement ce qu'elle avait ressenti à la lecture du sms de Mérida, l'angoisse de voir Anna lui filer entre les doigts pour être avec quelqu'un d'autre, une fille qui n'aurait pas peur, elle, une fille qui accepterait de l'aimer au grand jour. Tout ceci n'avait donc été qu'un piège ?
- Tu as monté tout ça avec Mérida juste... juste pour me faire venir ? dit-elle sans réussir à masquer l'incrédulité et la déception dans sa voix.
Anna hocha lentement la tête.
- Avec Meg, corrigea-t-elle. Mérida n'était pas dans le coup. On l'a elle aussi menée en bateau pour la pousser à t'écrire. Elle était la seule à avoir ton numéro... Elle déteste Meg, je crois qu'elle avait autant peur que toi que je te quitte pour elle...
- Je vois...
- Je suis désolée. Je ne pouvais pas rester sans toi... J'ai jamais eu l'intention de sortir avec Meg, et Meg n'a jamais été intéressée par moi. Les seules fois où on s'est... embrassées, c'était au lycée. Et je le regrette pas, car c'était pour te sauver.
Elsa ferma les yeux. Ses muscles étaient tendus, elle avait envie de réagir, de se lever et de partir - elle était toujours stupidement agenouillée par terre devant son lit - de crier, de pleurer aussi. Comment Anna avait-elle pu faire une chose pareille ? Jouer sur ses peurs pour l'attirer, aussi sûrement que les lucioles attirent leurs proies par leur lumière. Elle l'avait poussée à tant d'imprudence ! Elle aurait pu rencontrer n'importe qui dans ce bar, on aurait pu la voir serrer une de ses élèves dans ses bras, l'envoyer dans sa voiture, l'entendre s'engueuler avec une fille pour l'amour d'une autre.
On aurait pu la voir rentrer avec Anna chez elle au milieu de la nuit.
On aurait pu voir Anna tituber en sortant de sa voiture. On aurait pu croire qu'elle profitait de son état d'ivresse. Ce que tu as fait... susurra une atroce voix dans son crâne.
Oui, cette soirée avait eu mille possibilités de tourner à la catastrophe.
Comme si elles n'avaient pas déjà été assez irresponsables jusqu'à présent...
La lycéenne avala douloureusement sa salive, et releva finalement la tête. L'éclat dans ses yeux rougis avait changé. Elle ne semblait plus honteuse, coupable, mais étrangement déterminée... et effrayée à la fois.
- Ta... Hélène, se reprit-elle à nouveau, m'a fait comprendre quelque chose. Quelque chose que j'aurais dû réaliser il y a des mois, maintenant que j'y pense. Tu sais, j'ai toujours pensé qu'une fois le bac passé, ce serait bon pour nous. Peut-être pas J+1, mais... dans ma tête, je ne me voyais plus me cacher. Ce n'étais plus la peine, tu vois ? J'avais jamais vraiment réalisé à quel point, même une fois partie du lycée, ça pouvait mettre ta carrière en danger. J'ai jamais pensé au long terme, à ce que les gens pourraient dire, à ce que ça ferait à ta réputation. J'ai réalisé ça en voyant la réaction d'Hélène. Je... j'ai été irresponsable, égoïste, inconsciente...
- Arrête, Anna, coupa Elsa avec une pointe d'irritation.
Malgré toute la colère accumulée en elle depuis quelques instants, elle ne supportait pas d'entendre Anna se déprécier ainsi. Ça ne lui faisait que se rappeler douloureusement qu'il s'agissait des mêmes mots qu'elle lui avait lancé avec colère et souffrance, lorsqu'elles s'étaient disputées, il y a une ou deux éternités de cela. Elle avait l'impression de s'entendre de nouveau, et elle se détestait pour ça.
- Elsa, je ne peux pas rester avec toi.
Les mots s'abattirent sur Elsa avec une puissance suffisante pour la mettre K.O., et toute la colère qu'elle avait ressentie en apprenant qu'Anna s'était jouée d'elle s'évanouit comme une bulle de savon qui venait d'éclater.
Son cœur arrêta de battre pendant plusieurs secondes, comme s'il s'apprêtait à se fendre en deux.
Ce n'était pas qu'une métaphore éculée. Elle pouvait presque le sentir se fissurer, la douleur était bien réelle, physique, lancinante.
- Q-quoi ? balbutia-t-elle, priant pour qu'elle ait mal compris, mal entendu.
- Je... je ne peux pas, répéta Anna. Je ne veux plus te faire prendre de risque, je refuse de te mettre encore une fois en danger.
Ses tympans semblaient presque désolés d'apporter cette confirmation. La réalité engloba Elsa, étouffant son ressentiment, secouant les débris de son cœur dans sa cage thoracique.
- Mais... Anna, non ! Je ne veux pas te laisser !
- C'est pas toi qui me laisse, c'est moi, répondit la petite rousse en un murmure. Je ne veux pas que tes collègues et tes amis te prennent pour une perverse, je ne veux pas que tu perdes ton boulot, je ne veux pas que les choses tournent mal et que tu sois accusée d'avoir profité de moi. Je sais que si un jour on m'interroge pour savoir si j'ai... eu des relations sexuelles avec toi, dit-elle en rougissant légèrement, je serais incapable de le nier proprement. C'était pour ça que tu nous avais toujours coupé aux moments où on risquait de déraper, hein ? Je l'ai remarqué, tu sais. Mais j'avais pas compris pourquoi tu faisais ça... Parce que tant qu'on n'avait... rien fait, tu ne courrais pas autant de risques, pas vrai ?
Elle essuya de nouveau ses larmes, et jeta un regard attristé à sa manche désormais tachée.
- Ça encore, c'est une chose qui ne serait jamais arrivé si je ne t'avais pas menti pour que tu viennes me voir ce soir-là...
Un violent et bruyant sanglot s'échappa de la gorge d'Elsa, et les larmes se mirent à couler le long des joues d'Anna, comme si un barrage venait de céder. Comme si elle ne pouvait pas rester indifférente, insensible, face à la détresse de la femme qu'elle aimait si fort qu'elle était prête à l'abandonner.
La petite rousse glissa du lit et tomba à genoux à côté d'elle. Elle tendit timidement la main et caressa sa joue, avant de poser sur ses lèvres un baiser chargé de l'intensité du désespoir. Les mains d'Elsa s'agrippèrent à ses épaules, serrèrent ses cheveux dans leurs poings, s'y raccrochant comme à une ligne de vie.
- Je sais que tu sais que j'ai raison, murmura Anna contre ses lèvres.
Elsa, la poitrine secouée par ses violents sanglots, hocha lentement la tête. Oui, elle savait. En son cœur, une partie d'elle-même était en train de s'écrier « Tu vois ! Même Anna trouve qu'on est deux inconscientes ! ». Mais le reste, tout le reste de son cœur, de sa conscience et de son âme, protestait, s'insurgeait, désespérait. Elle savait où Anna était en train de les conduire, aussi sûrement qu'elle avait su où allaient les mener leurs déclarations, puis plus tard, leurs caresses et leurs baisers : à un point de non-retour.
- J'aurais jamais dû te présenter Hélène, murmura-t-elle d'une voix étranglée.
Mais était-ce vraiment la faute d'Hélène ? Anna n'aurait-elle pas dû arriver à ces mêmes conclusions toute seule, il y a plusieurs mois ? Mais dans ce cas, elles n'auraient pas vécu ces instants incroyables... et elle n'aurait pas été terrassée par la peur chaque putain de jour, elle n'auraient pas été suivies par un idiot d'ex blessé, elles n'auraient pas été convoquées dans le bureau du proviseur, comme deux complices d'un même crime pouvant la conduire en prison.
Anna pleurait sans retenue désormais, ses larmes coulant dans le cou d'Elsa qu'elle venait d'enlacer. Non, elle ne voulait pas abandonner ça, elle ne pouvait pas abandonner Anna ! Sa présence lui était devenue aussi vitale que respirer !
- J-je ne te dis pas a-adieu, hoqueta Anna dans son dos. On se verra tous les j-jours. Et à chaque fois que tu me regarderas, tu sauras que... que je t'aime. Et que je t'attends.
- Mais... quand... combien..? balbutia Elsa.
- Aussi longtemps qu'il faudra pour que les gens oublient ce qu'on était l'une pour l'autre...
- Mais ça peut prendre des mois !
Anna hocha la tête. Son visage était trempé de ses larmes, tordu par ses pleurs. Elle avait l'air si triste, si désespérée ! Comment pouvait-elle continuer à s'entêter dans cette décision, elle savait pourtant qu'elle ne le supporterait pas ! Anna est plus forte que toi, voilà tout...
Elsa porta sa main à sa poitrine. Son cœur avait définitivement explosé, non pas en deux, mais en milliers d'étincelles.
Pouvait-elle accepter ça ?
- NON ! s'exclama-t-elle avec l'énergie du désespoir. Je... non !
- Tu sais, la coupa Anna, j'ai rien envie de plus là tout de suite que t'entendre me dire de me taire, que... que t'es pas d'accord, que tu trouve ça inutile. Mais... j'espère que tu ne le feras pas. Je ne mérite pas que tu prennes un tel risque, je t'assure.
Elsa ouvrit la bouche pour protester, mais aucun son n'en sortit. Que pouvait-elle répondre à ça ? Qu'elle donnerait sa vie pour elle ? Sa carrière pour elle ? Sa liberté pour elle ? Mais si la réponse à toutes ces questions était non, quelle autre décision pouvait être meilleure que celle d'Anna ?
- J-je t'aime... dit-elle comme si c'était la seule réponse possible.
- Je t'aime Elsa, je t'aime tellement !
Le baiser avait le goût du sel. Le goût des larmes qui trempaient leurs visages. Elles se raccrochèrent l'une à l'autre, désespérément, de toutes leur forces. Car elles savaient toutes les deux ce qu'était ce baiser, ce dernier baiser, dans cette chambre, ce lieu du crime.
C'était un adieu.
Anna dévala les escaliers et retrouva Olaf et ses parents dans le salon.
Ses mains tremblaient, ses jambes chancelaient, Elle avait l'impression que son corps tout entier protestait, et à grand cris. Qu'avait-elle fait ? Quelle mouche l'avait-elle donc piquée ? Ne pouvait-elle pas revenir en arrière et dire que c'était une terrible erreur ? Qu'elle s'était trompée ? Qu'elle ne pensait pas un seul des mots qu'elle avait prononcés ?
Non, elle ne le pouvait pas. Elle ne s'était pas trompée. C'était bien la meilleure chose à faire, et elle ne le réalisait qu'à présent. Comme si sa raison venait pour la première fois depuis le début de leur histoire de prendre les rennes de son cerveau, et devait maintenant réparer toute seule les dégâts provoqués par son impatience. Et quels dégâts !
Le visage d'Elsa était nettement imprimé sur sa rétine tandis qu'elle refermait la porte derrière elle. Elle ne pouvait oublier sa surprise, son air blessé et trahi, sa douleur, et les larmes qui coulaient sur ses joues tandis qu'elle l'embrassait pour la dernière fois.
Anna ne pouvait ignorer les similitudes avec leur précédente rupture. Même appartement, même palier, et une fois de plus c'était elle qui descendait les escaliers en pleurant. Et cette fois, pas de chanson pour avaler la pilule sans s'étrangler dans ses propres larmes.
Si elle s'était crue triste et déprimée lorsqu'Elsa l'avait quittée, ce n'était rien comparé à la peine et au vide qu'elle ressentait à présent. Car elle avait toujours eu un point d'ancrage, quelque chose pour l'aider à maintenir la tête hors de l'eau : le bac. Mais combien de temps lui faudrait-elle attendre, désormais ? Combien de mois avant qu'Elsa soit définitivement hors de danger ?
Et le pire dans tout cela, c'est qu'elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même.
La douleur lui rongeait le ventre tandis qu'elle rentrait chez elle, avec d'autant plus de force qu'elle savait qu'elle ne pourrait trouver du réconfort auprès de personne. Parce qu'elle n'était pas excusable, parce qu'elle était coupable d'avoir été, pour une fois dans sa vie, raisonnable, réfléchie.
Stupide.
Elle mit la clé dans la serrure et entra. Son lit, voilà un truc qui la réconforterait sans la juger.
- Anna ? Mais qu'est-ce que tu fais déjà là ?
Oups. Maman. Merde, j'aurais dû y penser...
- Je me suis engueulée avec Rapunzel, dit-elle d'une voix fatiguée.
- Oh... A quel sujet ? demanda sa mère.
Anna reconnut la compassion dans sa voix, plus que la curiosité. Dans tout les cas, elle ne pouvait rien dire, alors bon...
- Aucune importance.
- Tu veux en parler ?
- Non. Mais c'est gentil d'avoir proposé, ajouta-t-elle pour adoucir la brusquerie de sa réponse. Je vais dans ma chambre, d'accord ?
Et elle partit en laissant derrière elle une mère bien moins suspicieuse qu'inquiète.
Elle s'allongea sur son lit. Au bout d'une minute de frustrante immobilité, elle sortit son téléphone. Il y avait tellement de choses qu'elle aurait aimé dire à Elsa.
« Je suis désolée, Elsa. J'espère que tu ne me déteste pas. », écrivit-elle.
Elle réfléchit un instant, puis poursuivit.
« Je veux te protéger, et je te promets de ne rien faire de stupide qui risque de te mettre en danger. »
Stupide. Comme le fait de décider de la quitter, tiens.
Elle écrivit, effaça, réécrivit, re-effaça puis reformula la fin de son message. Après un long moment d'hésitation, elle appuya enfin sur envoyer.
« Si tu veux, on peut continuer à s'écrire. Si tu ne veux pas, je comprendrai. Je t'aime. Ton Anna. »
Elsa n'avait pas quitté sa chambre, n'était pas retournée à table, n'avait pas dit au revoir à Hélène et Bob lorsqu'ils étaient partis.
Elle savait qu'Hélène devait s'en vouloir, mais elle lui en voulait beaucoup plus, et elle n'était pas prête d'écouter ses excuses. Elle le serait, plus tard, mais pas pour l'instant.
C'était pareil pour Anna. Son téléphone était ouvert sur le sms qu'elle avait reçu. Sa première réaction avait été la colère, non mais pour qui elle se prenait, de lui écrire comme ça après l'avoir valsée ? Mais cette réaction dura à peine une minute. Parce qu'elle n'arrivait pas à lui en vouloir. Ce serait lui reprocher d'avoir fait le choix qu'elle n'avait pas osé faire.
Lui reprocher de la protéger.
Et c'était tout autant sa faute, parce qu'elle n'avait même pas essayé de lui faire changer d'avis. Comme si une partie d'elle-même était soulagée de ne plus avoir à prendre cette décision.
Lâche...
Elsa n'avait jamais été téméraire.
Après avoir séché - temporairement, elle en était sûre - ses larmes, elle reprit son téléphone. Mais elle n'appela pas Anna.
Tut... tut... tut...
- Allez Belle décroche, tu ne vois pas que j'ai besoin de toi ?
- Allô ? parvint finalement la voix déformée par le téléphone.
- Belle ! s'exclama Elsa dans le micro.
Son amie lui demanda comment elle allait, et le simple fait de réfléchir aux mots qu'elle allait prononcer l'affecta, et elle fut incapable de retenir ses sanglots.
- Ça va... ça ne va pas du tout...
Belle la calma de sa voix apaisante, murmurant des mots réconfortants, et l'incita à lui expliquer ce qui la mettait dans un tel état. Elsa lui raconta tout, Hélène, la gaffe de Bob, le sermon, Anna.
Anna qui venait de la quitter.
- J-j'arrive pas à croire que... qu'elle ait pu faire une chose pareille, sanglota-t-elle lorsqu'elle eut achevé son récit.
- Moi non plus, admit Belle au téléphone. Elle a plus de force de caractère que je ne le pensais, ajouta-t-elle.
- Tu entends quoi par ça ? Mais qu'est-ce que vous avez, tous, à croire qu'elle est une gamine sans cervelle ?
- Calme-toi Elsa, je n'ai jamais dit ça...
- Je ne sais même pas pourquoi je t'ai appelée, je savais que tu serais de l'avis d'Hélène. Avoue, tu es triste pour moi, mais tu es surtout bien soulagée, non ?
Elle ne pouvait retenir l'amertume dans sa voix.
- Oui. Oui Elsa, je suis soulagée. Tu sais... c'est peut-être la plus grande preuve d'amour qu'elle ait pu te faire.
- Je ne vois pas en quoi c'est...
Mais Belle ne la laissa pas achever sa réplique.
- Elle te montre que ta vie à toi lui importe plus que votre amour.
- …
- Enfin Elsa, qu'est-ce qu'il t'arrive ? C'est moi qui suis sensée être la guimauve romantique, à toujours lire des romans de capes et d'épées, de magie et de princesses ensorcelées ! Pas toi ! Toi, tu as toujours été...
- Vas-y, j'attends de voir ce que tu vas dire, grommela Elsa, vexée.
- … rationnelle, sérieuse, réfléchie... Tu n'as jamais pris une seule décision de ta vie à la légère !
- Peut-être que c'est elle... Peut-être qu'elle me donne l'envie d'être spontanée et impulsive... Je suis fatiguée de devoir être en permanence cartésienne et effrayée.
- Mais qu'est-ce qu'elle a de si spécial pour te transformer comme ça, cette fille ?
- Cette fille... répéta Elsa d'une voix fatiguée, je l'aime comme je n'ai jamais aimé une autre personne... Tu sais, depuis que je suis avec elle, je n'ai pas rêvé une seule fois de mes parents. Plus de cauchemars où je les vois morts noyés, plus de réveils où je m'attends à les découvrir dans la cuisine, ou dans le salon, et...
Elle déglutit avec difficulté, essuya une larme, et reprit le téléphone.
- Quand je pense à eux... c'est pour leur parler d'Anna. Pour leur demander s'ils voient tout de là où ils sont, s'ils l'apprécient, s'ils sont satisfaits de mon choix, ou mécontents, ou...
- S'ils sont inquiets ? tenta Belle. Anna a beau être la personne la plus parfaite du monde, elle reste une élève, et tu es...
- Sa prof, je sais.
Elle se pinça l'arête du nez et enfonça ses doigts dans ses yeux jusqu'à ce que son champ de vision se remplisse d'étoiles et d'étincelles.
- Peut-être que la solution, c'est de ne plus être sa prof, murmura-t-elle presque pour elle-même.
- Elsa, tu n'es pas sérieuse !
- Je ne sais pas, Belle, je ne sais pas...
Au lycée, la vie poursuivait son cours, indépendamment des états d'âmes de ces bombes hormonales qu'étaient les adolescents.
Anna ne parla à personne de la décision qu'elle avait prise. Elle se força à rester attentive en classe toute la matinée, ne serait-ce que pour arrêter de penser. Elsa n'avait pas donné suite à son sms de la veille, et la lycéenne attendait avec inquiétude son prochain cours de maths, pour savoir quel serait le comportement d'Elsa.
Heureusement, elle avait deux heures de sport ce soir pour se changer les idées. Le sport n'avait jamais été son truc, forcément, elle était la geek qui faisait des exos de maths pour le plaisir et qui bidouillait des trucs sur son ordinateur, on ne pouvait pas cumuler ça avec un attrait pour l'effort physique, c'était tout simplement incompatible, contre-nature. Mais depuis quelques temps, il n'y avait que ça qui lui permettait de vider entièrement son esprit. Les maths avaient perdu ce pouvoir.
Elle se demanda, en un élan d'auto-psychanalyse, à quel point cette histoire d'amour avec sa prof l'avait changée. L'année de Première, son début de relation avec Hans, ses vacances d'été, tout ça lui paraissait si loin et si différent. Tout semblait tellement léger, tellement facile. Elle ne se reconnaissait plus, avait-elle tout simplement grandi ? Pourtant ses amis ne lui semblaient pas avoir tant changé, comparé à elle. Elle était devenue plus sérieuse, et plus discrète aussi, elle qui était si extravertie et populaire au lycée, comme si la réserve et la timidité d'Elsa avait déteint sur elle.
Chaque choix, chaque décision qu'elle prenait, semblait lourde de conséquence. L'an passé, ses décisions les plus complexes étaient de savoir ce qu'elle allait commander au café avec ses amis et quels vêtements elle allait porter le matin. Aujourd'hui, choisir de jouer à la console, c'était refuser de réviser. Choisir ses futures études, c'était planifier un déménagement. Choisir de rompre avec Elsa, c'était la protéger, c'était aussi prendre le risque de la perdre pour toujours.
Elle était en train de devenir adulte, et cette réalité était beaucoup plus effrayante que ce qu'on lui avait laissé croire.
Don't grow up, it's a trap.
La sonnerie retentit, coupant court à son introspection, et elle quitta le vestiaire.
Depuis la fenêtre du couloir reliant le gymnase au hall du lycée, elle vit un éclat blond dans une voiture familière. Elsa finissait à midi d'ordinaire les lundi. Elle est sûrement restée pour s'occuper des copies que je l'ai empêché de corriger vendredi... Notre première et notre dernière séance de révision. Elle décrocha son visage de la fenêtre et se dirigea vers son casier.
- Ginger ! Anna ! Hé, Anna !
La jeune fille récupéra les affaires qu'elle avait entreposé dans son casier après son cours de sport, puis referma la porte métallique, avant de se retourner vers Mérida qui arrivait vers elle.
- Oui ?
- T'as rien de prévu là tout de suite ?
- Heu, non, mais...
- Ok, alors viens, dit l'archère en l'entraînant par le bras.
Elle la conduisit dans la cour, vers un banc ensoleillé dans un coin désert.
- Consultation gratuite avec ta psy préférée. Crache tout.
- Je vais bien, se défendit Anna. Je suis juste crevée après l'EPS, c'est tout.
- Ouais, c'est ça, prends-moi pour un jambon, répliqua l'archère tout en s'asseyant en tailleurs sur le banc. C'est Elsa ? Vous vous êtes encore disputées ?
- N-non...
- Mais pourquoi ? Pour quel motif ? demanda Mérida d'un ton à la fois surpris et déçu, comme si Anna avait répondu par l'affirmative.
La petite rousse céda, et raconta à son amie tout ce qui s'était passé depuis qu'elle avait fait la rencontre des parents d'Olaf.
Un élan de compassion envahit l'archère lorsque Anna acheva son histoire. Elle ouvrit ses bras, et tout naturellement, Anna vint se blottir contre elle pour sangloter dans le creux de son épaule. Mérida posa son menton sur ses cheveux, et inspira profondément. Ils avaient cette odeur agréable et réconfortante qu'elle avait toujours associé à Anna.
- C'est pas facile de prendre la bonne décision quand c'est celle qui te rend le plus malheureux, hoqueta la petite rousse dans ses bras.
Mérida hocha la tête en silence. Que pouvait-elle dire, de toute façon ? Anna avait eu raison, même si c'était douloureux, et lui dire de revenir sur sa décision n'était pas la meilleure des idées. Anna n'était qu'à un pas du retour en arrière. Si jamais quelque chose arrivait à Winter et qu'Anna avait à gérer un tel drame, elle savait qu'elle ne pourrait jamais se le pardonner.
- Tu sais, les profs ça change tout le temps de poste. Peut-être que l'an prochain elle demandera une mutation vers Lyon, et personne dans son nouveau bahut ne la fera chier.
- L'an prochain... murmura Anna. J'ai pas supporté d'être séparée d'elle pendant un mois, et me voilà maintenant à devoir attendre un an... Je dois être conne, ou masochiste. Ou les deux.
Et moi donc... pensa Mérida.
C'était elle qui avait initié cette conversation, où elle ne faisait qu'entendre parler d'Elsa, Elsa, toujours Elsa. Elle s'était pourtant doutée que quelque chose avait déconné entre elles deux, mais elle n'avait pas supporté de voir cette tristesse dans les yeux d'Anna, elle n'avait pas pu accepter l'idée de la laisser rentrer chez elle sans avoir essayé de la réconforter d'abord.
Anna serra ses bras un peu plus fort autour de sa taille, et le cœur de Mérida bondit dans sa poitrine. Anna n'était plus avec Elsa désormais, elle pourrait être là pour la consoler, elle pourrait être celle qui lui redonnerait le sourire, elle pourrait... profiter d'elle ? Jamais, pensa-t-elle fermement, faisant taire la partie sournoise de son cerveau qui lui faisait ces tentantes suggestions. Sauf si c'est elle qui fait le premier pas vers moi...
- Comment je vais faire, Mérida ? Elle me manque déjà !
… et elle ne le fera jamais.
Anna pleura contre sa poitrine, ses larmes trempant son T-shirt, quelque part près de son cœur.
Distribution de kleenex pour tout le monde !
J'ai hâte de lire vos reviews et vos commentaires.
A mercredi prochain,
Ankou
