Bonjour à tous !

J'espère que vous vous êtes bien remis(es) du chapitre précédent ^^
Entre Anna, Elsa et Mérida, aucune caractérisée par sa patience légendaire, qui fera la première connerie ?

Câlin spécial à Alex, qui m'écrit toujours des reviews super, mais auxquelles je ne peux pas répondre puisqu'elle n'a pas de compte.

Voici donc une nouvelle semaine dans la vie de nos adolescents préférés.

Bonne lecture !


Chapitre 45

- LES FILLES ! hurla Alice à travers le hall du lycée.

Rapunzel leva les yeux de son portable, tandis que la bombe blonde se dirigeait vers leur groupe, visiblement surexcitée. Mérida leva la tête à son tour, ignorant l'exercice de SVT qu'Anna et elle étaient en train de rédiger.

- Oh la vache, c'est moi ou elle a l'air encore plus bizarre que d'habitude ?

- C'est possible, ça ? répliqua Tiana avec un petit sourire moqueur.

La petite blonde arriva à leur hauteur, les lèvres étirées en un immense sourire, et les yeux pétillant plus que jamais.

- Hé, les filles ! Oh, et Kristoff ! Devinez quoi !

Tout le monde, y compris Anna, se mit à regarder la nouvelle venue avec différents degrés d'intérêt et de curiosité.

- Hmm, tu as reçu un nouveau bouquin ? tenta Mérida.

- Nn-nn, répondit-elle en secouant la tête.

- Tu es dispensée d'EPS pour le bac ? proposa Kristoff.

- Oooh, j'adorerais ! Mais c'est pas ça.

Tiana et Rapunzel rivalisèrent de suggestions aussi improbables les unes que les autres, allant du changement de sexe au jumeau caché. Pour Anna, qui n'avait rien dit jusqu'à présent, la réponse était pourtant évidente : Alice était amoureuse. Elle n'aurait pas cette tête-là, sinon.

- Je sais ! dit soudainement Rapunzel en levant le doigt en l'air. Tu es enceinte !

Mérida et Tiana éclatèrent de rire tandis qu'Alice pouffait et secouait la tête en signe de négation.

- Attends, qui est le père ? interrogea Kristoff. Je vous préviens tout de suite, c'est pas moi !

- Tu as rencontré un gars ? demanda Mérida.

- Ouiiiiii ! s'écrira la petite blonde en sautillant.

J'espère que ça se voit pas autant sur me visage que sur le sien, songea Anna.

Rapunzel poussa un cri de ravissement strident et se jeta dans les bras de son amie.

- Minute papillon, calme ta joie, intervint Tiana en tirant Rapunzel par l'épaule. C'est quoi son défaut, à ce mec ?

- Pourquoi tu veux qu'il ait un défaut ? demanda Rapunzel.

- Parce que c'est Alice, on sait tous qu'avec ses goûts elle est incapable de craquer sur un mec normal !

- Tu sais ce qu'ils te disent, mes goûts ?

- Je te rappelles que tu trouvais le professeur Rogue sexy !

- Oui, et alors ?

- Alors soit il est super bizarre, soit marié, soit drogué, soit trop vieux, soit...

- Prof ? suggéra Rapunzel.

- Non c'est bon, quelqu'un a déjà fait le coup !

Anna regardait ses amies enchaîner vanne après vannes, le regard vide comme si elle était devant les pubs à la télé. Mais cette dernière réflexion tira Anna de son état de contemplation vaseux.

- Merci Tiana, c'était fin, grommela-t-elle froidement.

Elle se détendit légèrement en sentant la main apaisante de Mérida serrer doucement son épaule.

- Bon Alice, dit Kristoff en perdant patience, crache le morceau, c'est qui ?

Pas toi Kristoff, ne t'y mets pas non plus, ne rentre pas dans leur jeu...

- Vous êtes déjà allés dans la chapellerie, à-côté du petit théâtre pour enfants, dans la rue près du jardin où les roses viennent tout juste de fleurir ?

- Le truc pour hipsters ?

Anna cessa d'écouter. Elle n'arrivait pas à se sentir heureuse pour Alice (même si la pauvre n'y était pour rien), et elle trouvait que Rapunzel et Tiana devenaient de plus en plus cruches, avec leurs réflexions pourries et leurs jugements de valeur. Forcément, elles sortaient toutes les deux avec deux beaux mecs populaires du lycée, c'était facile. Tellement facile !

Elle en avait marre. Sa claque. Les boules. N'importe quoi.

Elle laissa ses amies en plan, les laissa la suivre du regard avec des grands yeux surpris. Le CDI. C'était ça ou sécher son après-midi. Elle avait philo et maths, l'idée était largement tentante.

Elle se calma un peu en arrivant au CDI. Il y avait quelque chose d'apaisant, dans les bibliothèques. Elle ne savait pas si c'était ce silence, ou l'odeur des livres, ou le fait que c'était la seule pièce du lycée avec de la moquette et des fauteuils, qui lui faisait sentir être un peu comme à la maison.

- Bonjour Anna ! lança Mme Gerda d'un ton jovial quand elle entra dans la pièce.

Le micro-sourire qui avait réussi à naître sur ses lèvres retomba instantanément.

Sa prof d'histoire était en grande conversation avec nulle autre qu'Elsa. Cette dernière se contenta d'un hochement de tête dans sa direction, l'air parfaitement impassible.

- 'Jour, répondit l'adolescente.

Putain, le lycée est pas assez grand pour nous deux ou quoi ? Pourquoi faut-il toujours que je lui tombe dessus ?

Et pourtant, quelques mois plus tôt, c'était la perspective de croiser Elsa par hasard dans ces même murs qui mettait de la lumière dans ses journées.

- Tu vas bien ? demanda Gerda avec bienveillance, ayant évidemment remarqué la morosité dans les yeux de la petite rousse.

- Ça va.

- J'espère que tu ne stresses pas trop pour le bac.

Le bac ! Avec tout ça, elle l'avait presque oublié !

- Un peu, mentit-elle. J'ai hâte que tout ça soit fini.

- Tu sais Anna, si quelque chose t'inquiète, tu peux m'en parler, ou en parler avec Mme Winter.

Elsa approuva d'un hochement de tête, mais Anna se doutait bien que ça faisait seulement partie de son masque de professeur. Comment pouvait-elle lui parler, de toute façon ? Elle ne savait même pas comment elle allait faire pour participer en cours de maths...

- Ça ira, répondit-elle. Merci.

Elle laissa les deux femmes à leur conversation, et chercha du regard un endroit où s'installer. Le CDI était de plus en plus bondé à l'approche des examens. Elle trouva une place libre et sortit ses affaires. Elle n'avait pas vraiment envie de travailler, mais bon, elle n'avait pas vraiment le choix. Si elle se posait avec un bouquin, on la mettrait dehors.

- Salut Anna !

Si elle s'était fait la réflexion, quelques minutes plus tôt, qu'Elsa était la dernière personne qu'elle avait envie de rencontrer alors qu'elle se réfugiait à la bibliothèque, elle s'était trompée.

- Salut Hans, répondit-elle sans grand entrain au jeune homme qui s'assit en face d'elle.

- Ça n'a pas l'air d'aller, fit-il remarquer.

Anna haussa les épaules, mais ne répondit pas. C'était quoi le pire, que ses potes ne lui aient pas demandé ce qui n'allait pas, ou que ce soit son ex qui lui pose la question ?

- Un problème avec ta copine ?

L'adolescente faillit s'étrangler. Comment savait-il que... Puis elle se rappela. Meg, le leurre, leur baiser droit devant ses yeux.

- Ça ne te regarde pas, répliqua-t-elle assez sèchement.

- Ok, si tout allait bien tu n'aurais pas eu besoin de me remballer comme ça. Y'a quelque chose qui ne va pas ? Vous vous êtes séparées ?

Anna hésita. Elsa et elle s'étaient-elles vraiment séparées ? N'était-ce pas qu'une temporaire mise à distance ? Elle poussa un soupir et grimaça. Elle pouvait choisir les mots qu'elle voulait, la vérité était là : elles n'allaient plus se voir, plus se parler, alors qu'est-ce que ça pouvait être d'autre ?

- Oui... Oui, Meg et moi on s'est séparées.

- Oh... je suis désolé, fit-il, l'air étonnamment sincère. Tu... tu étais amoureuse d'elle ?

Une larme coula sur la joue de l'adolescence et vint se perdre dans le col de son pull. Avait-elle vraiment besoin de répondre, après ça ?

Le garçon se pencha vers elle, à travers la table, et posa sa main sur la sienne.

- J'espère que tu trouveras quelqu'un qui te rendra heureuse, Anna, je le pense vraiment.

Anna renifla, retira sa main pour essuyer ses larmes, puis s'excusa et se leva. Elle n'était pas sûre de vouloir accepter du réconfort de la part de Hans, pas après ce qu'il lui avait fait, pas alors qu'il était l'élément déclencheur à l'origine de sa rupture avec Elsa. Pas alors qu'une trop grande partie d'elle le haïssait toujours.

Elle fourra ses affaires dans son sac, jeta son sac sur son épaule, et se dirigea vers les toilettes les plus proches, afin de pouvoir pleurer en paix.

Elsa, qui la regardait depuis le bureau des documentalistes, assista à toute la scène, et partit cacher ses larmes juste avant que la petite rousse ne dégage sa main de celle de son ex petit ami.


Calme-toi Elsa, calme-toi...

Elle appuya sa tête contre le miroir, au dessus du lavabo. La surface était fraîche et ravivante, mais pas suffisante pour apaiser son cerveau en ébullition. Anna et Hans étaient-ils restés amis ? Elle se rappelait - douloureusement - de la surprise qu'elle avait ressentie en voyant Anna se jeter dans les bras de Hans, juste après avoir embrassé Mégara. Elle ne savait pas ce qui était le plus intolérable, qu'elle embrasse une inconnue pour faire semblant, ou qu'elle fasse un câlin à un mec qui leur avait pourri la vie.

Parce qu'il était bien sûr impossible qu'il se passe quelque chose entre eux. Cette complicité, ce regard, ce contact, c'était rien, ça ne pouvait être autre chose que rien. Elle ne voulait pas, ne pouvait pas croire qu'Anna... Qu'Anna et Hans... Non. Elsa ferma les yeux et serra ses paupières. Confiance, elle devait faire confiance à Anna.

Toc toc

Elsa se figea, les mains sur le rebord du lavabo.

- Elsa ? demanda une voix douce de l'autre côté de la porte.

C'est fou, on ne peut jamais être tranquille cinq minutes ici, grogna-t-elle mentalement, sans savoir qu'Anna, à quelques dizaines de mètres, s'était fait la même réflexion.

L'enseignante serra les dents une dernière fois, tamponna ses yeux, jeta la serviette en papier dans la corbeille, puis ouvrit la porte lorsqu'elle fut certaine d'être présentable.

- Tout va bien Elsa ? l'accueillit une Audrey Ramirez légèrement inquiète. Je t'ai vu entrer, et... ça va ?

- Oui, répondit Elsa avec un geste de la main qu'elle essaya de rendre dégagé et décontracté.

- Ça a un rapport avec le lycée, ou c'est personnel ? demanda sa collègue en fronçant les sourcils.

Les deux...

- Personnel. Rien d'important. Ne t'inquiète pas.

Audrey eut une moue un peu sceptique qu'elle transforma en un soupir résigné.

- Ok, je n'insiste pas. Mais si jamais t'as besoin...

Elle laissa sa phrase en suspens, et Elsa accueillit sa proposition d'un hochement de tête. Audrey essaya ensuite de dévier la conversation vers le Shézel, comment elle avait trouvé l'ambiance, est-ce qu'elle avait passé une bonne soirée, est-ce qu'elle avait envie d'y retourner, mais Elsa se défila rapidement, prétextant du travail.

Elle avait l'impression d'être injuste avec Ramirez, qui ne faisait rien d'autre qu'être sympa, mais elle ne pouvait pas laisser cette femme s'aventurer trop près de ses secrets.

Elle se réfugia dans sa classe, déserte tant que les cours n'avaient pas commencé.a Elle alluma son ordinateur et profita de ce temps libre pour organiser son travail. Des pas puis les murmures de bavardages lui indiquèrent que ses Terminales s'amassaient déjà devant sa porte, alors qu'il restait pourtant dix minutes avant le début des cours. C'était drôle, les Secondes ne faisaient jamais ça, eux.

- Hé Mérida, Tiana ! cria une voix féminine dans le couloir.

Pourquoi faut-il toujours que ce soient elles, sérieusement ?

- On se voit demain pour terminer de planifier l'anniv' d'Anna ?

L'anniversaire d'Anna ! Elsa se rua sur l'ordinateur et ouvrit la liste de la classe de Terminale, celle qui montrait les dates de naissance. Anna Andersen, 13 mai.

Le vendredi de la semaine prochaine, Anna aurait dix-huit ans, et elle n'avait absolument rien prévu.

- J'imagine que pour l'invité surprise, c'est mort, dit la voix de Tiana.

Ces quelques mots attirèrent son attention et sa curiosité, et elle s'approcha silencieusement de la porte pour mieux entendre leur conversation.

- Mort de chez mort, répondit Mérida. Quand je pense que j'ai failli lui envoyer un sms dimanche aprem', j'ai bien fait d'hésiter, t'imagines ? Je veux même pas savoir comment elle l'aurait pris...

Attends, c'était d'elle qu'elles parlaient sous le nom d'invité surprise ? Ils n'avaient quand même pas eu l'intention de l'inviter à une fête d'anniversaire ? D'un autre côté, cela signifiait qu'ils tenaient la relation amoureuse de leur amie en haute estime, on ne pouvait pas en dire autant de ses propres amis.

Qu'allait-elle faire ? Un cadeau ? Et lui donner quand, entre deux cours au milieu du lycée ? Remarque, elle pouvait toujours le déposer devant sa porte... et risquer d'attiser la curiosité de sa mère. Et si elle débarquait sans prévenir à sa fête d'anniversaire ? Mais bien sûr. Pourquoi pas envoyer une photo de nous deux à Clayton, tant qu'on y est...

Elle entendit un « chut, elle arrive », puis d'autres bruits de pas, et rapidement, des bavardages de plus en plus bruyants. Elsa retourna vers l'ordinateur, ferma la liste de classe et ouvrit la page d'appel, puis prépara son bureau avec tous les documents, tint son diaporama prêt à être projeté, et lorsqu'elle fut certaine d'avoir tout organisé, elle s'avança vers la porte.

- Hé Anna, pourquoi tu pleures ? lança bruyamment quelqu'un dans le couloir.

Elsa s'immobilisa, la main à dix centimètres de la poignée.

Il y eut une réplique accompagnée d'une insulte, certainement l'oeuvre de Mérida. Anna, elle, resta silencieuse. Elsa était tellement partagée intérieurement qu'elle ne savait pas comment réagir. Compassion, tristesse, colère, et d'autres sentiments se disputaient la place dans sa tête. Elle avait beau savoir que la colère était inutile, que ça faisait partie du processus de deuil (on le lui avait assez souvent répété), qu'Anna n'avait fait ça que pour lui éviter des ennuis, elle ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir. Comme si un monstre quelque part dans son ventre échappait au contrôle de son cerveau. Ça va passer, ça va passer, répéta-t-elle comme un mantra dans sa tête.

La sonnerie annonçant le début des cours de l'après-midi retentit, et elle ouvrit enfin la porte. Anna avait beau avoir son regard fixé sur le sol tandis qu'elle se dirigeait vers sa place habituelle, ses yeux rouges ne pouvaient pas passer inaperçu. Une douleur transperça le ventre d'Elsa et mit temporairement de côté sa colère.

Jamais Elsa n'eut autant de mal à retenir un geste envers son élève qu'en cet instant.


- La fonction de répartition associée à la densité f est la fonction F définie par...

Anna recopia soigneusement le théorème et l'équation qu'Elsa venait de rédiger au tableau. Les mots trouvaient des échos ironiques dans ses pensées. Soit supérieur à six mois l'intervalle de temps correspondant, et X la variable aléatoire modélisant les sentiments d'Elsa, vu le nombre compris entre 1 et plus l'infini d'évènements élémentaires équiprobables susceptible de tout faire foirer, quelle est la probabilité pour qu'elle ne me laisse pas définitivement tomber ?

Pendant que les autres élèves de la classe participaient activement, Anna, elle, resta silencieuse. Elle avait espéré que les choses ne se passeraient pas comme avant les vacances et qu'Elsa accepterait de la regarder, mais c'était sans doute trop demander, parce que sa prof l'ignora aussi sûrement que si elle n'était pas là.

Lorsque son exercice fut terminé, largement avant la fin de la séance, elle sortit ses notes de physique de son sac et commença, sans se cacher mais sans le faire ostensiblement non plus, à résumer et mettre des couleurs sur son cours de physique-chimie de ce matin, qui parlait de l'électrolyse.

- Anna, tu es en cours de maths et non en cours de chimie, je te prierai de ranger ça tout de suite.

La voix froide d'Elsa claqua comme un fouet, la faisant se redresser instantanément sur sa chaise. Elle balbutia quelque chose pour expliquer qu'elle avait fini, et se retrouva avec un autre travail à faire et l'ordre de ne plus faire autre chose pendant les cours. Lorsque Elsa - Mme Winter - s'éloigna enfin, Anna se rendit compte que ses mains tremblaient.

- Putain la garce, marmonna Tiana dans son oreille.

- J'ai pas osé, mais j'en pense pas moins, grogna Mérida, elle aussi à voix basse.

Une larme coula sur son cours, formant une grosse tache d'encre diluée au milieu de son équation. Pourquoi ? Pourquoi ne l'avait-elle pas laissée tranquille, comme à chaque fois ? Elle savait en plus qu'elle était en retard dans son cours de chimie, Anna le lui avait dit à peine quatre jours plus tôt !

C'était si injuste qu'elle passa le reste de la séance à maugréer et fulminer, et elle ne termina aucun des exercices supplémentaires qu'Elsa lui avait infligé. A la sonnerie, Mérida fila à son entraînement, et Tiana accompagna Anna jusqu'à son scooter dans le sous-sol.

- Sérieusement, elle était pas obligé de se la jouer, dit Tiana, visiblement affectée par sa tristesse. Ok, t'étais pas censé faire ça, et elle te laisse toujours faire autre chose sans rien dire et je suis sûre qu'il y en a dans la classe que ça gonfle, mais quand même ! En plus te le dire maintenant, ça sent vraiment la vengeance à deux balles... On dirait qu'elle a fait ça juste parce qu'elle en avait le pouvoir !

Le pouvoir... C'était peut-être ça, la relation d'autorité dont avait parlé Hélène.

- Si seulement elle n'était pas ma prof de maths... se lamenta Anna en se laissant glisser aux pieds de son scooter.

- Change de classe alors, suggéra Tiana.

La petite rousse secoua la tête.

- Tu parles, c'est plus facile de changer de pays que de classe dans ce bahut.

- C'est pas faux...

Anna soupira. Elle sentait bien que Tiana cherchait quelque chose à lui dire pour la réconforter, mais c'était peine perdue.

C'est une fois sur son scooter, alors qu'elle passait devant l'autre lycée de la ville, qu'elle trouva la solution.

Tiana n'avait pas été complètement à côté de la plaque avec sa suggestion. Ce n'était pas changer de classe qu'il fallait faire. C'était changer de lycée.


C'était la bonne décision. La meilleure des cartes qu'elle avait encore en main.

Anna avait passé la semaine à y réfléchir, et chaque cours de maths n'avait fait que renforcer sa conviction. Elle s'en voulait un peu d'avoir craqué si vite, ça ne faisait même pas une semaine qu'Elsa et elle étaient de nouveau séparées, et pourtant elle avait l'impression que ça faisait des lustres. Sérieusement, comment avait-elle osé croire qu'elle parviendrait à tenir plusieurs mois ?

J'ai dit qu'il fallait qu'on ne se voie pas pendant plusieurs mois, j'ai jamais dit que je tiendrais le coup.

Anna prit une grande inspiration et soupira profondément. Sa mère était rentrée il y a un peu plus de dix minutes, et elle avait eu l'air d'être de très bonne humeur, c'était le moment d'oser. Rassemblant tout son courage, elle leva le poing et frappa à la porte de la chambre de ses parents.

- Oui ? répondit sa mère.

L'adolescente hésita. Elle pouvait encore reculer, si elle le voulait. Mais avait-elle le choix ? Ouais. Mais les autres options sont pourries. Elle ouvrit la porte, et sa mère, qui travaillait sur son ordinateur, se tourna vers elle.

- Tout va bien Anna ? demanda-t-elle d'un ton un peu anxieux en voyant le regard de sa fille.

- Maman… Je voulais te demander…

Elle avala douloureusement sa salive, qui lui semblait avoir pris dans sa gorge comme du ciment. Mme Andersen l'encouragea à poursuivre.

- Ça ne va pas trop au lycée, lâcha-t-elle enfin, faisant se redresser sa mère sur son siège. J'ai de plus en plus de mal à me concentrer à cause de… certaines choses et certaines personnes, et… je sais que c'est bientôt la fin de l'année, mais…

- Qu'y a-t-il Anna ? insista sa mère.

- Je voudrais changer de lycée.

La jeune fille avait lancé cette dernière phrase comme une pierre, d'un ton ferme et décidé, mais la peur et l'incertitude brillaient dans ses yeux. Mme Andersen prit à cet instant la mesure du mal-être dans lequel se trouvait sa fille unique.

- Mais… pourquoi ? Il y a quelque chose qui ne va pas ? C'est à cause de Hans ?

- S'il te plaît… demanda Anna d'un ton suppliant qui ne lui ressemblait pas. Peux-tu voir si c'est possible ? S'il te plaît Maman.

S'il te plaît. C'est la seule possibilité que j'ai de ne pas perdre Elsa.

Mme Andersen se mordit la lèvre inférieure, indécise et surtout extrêmement inquiète.

- Je vais me renseigner, répondit-elle.

- Merci, murmura Anna avant de quitter la pièce.

Elle referma la porte doucement derrière elle et, tandis que les pas dans le couloir s'éloignaient, Mme Andersen poussa un profond soupir, comme si elle avait retenu son souffle sans s'en être rendue compte. Elle s'enfonça dans son fauteuil de bureau et se passa la main dans les cheveux. Elle savait que sa fille avait eu des hauts et des bas ces derniers mois, mais elle ne s'était pas rendue compte qu'Anna allait si mal. Il y avait forcément quelque chose à voir avec une histoire de cœur. Une fille, elle en était persuadée.

Changer Anna d'école était une possibilité, mais elle tenait auparavant à faire tout son possible pour l'aider, et pour cela, il lui fallait comprendre ce qui mettait sa fille dans un tel état. Elle hésita quelques instants, puis attrapa le téléphone fixe, alla dans le répertoire, et sélectionna le numéro de la maison de Mérida.


DRING DRING DRING

- Mérida, tu veux bien décrocher ? Je suis en plein jardinage là.

Mérida se pencha machinalement à la fenêtre ouverte de sa chambre, et vit sa mère à genoux en train de planter des fleurs. La jeune fille se leva et attrapa le téléphone qui était posé sur une petite table dans le couloir.

- C'est pour moi ! cria-t-elle à sa mère une fois de retour dans sa chambre, après avoir vu s'afficher le numéro de la maison d'Anna.

Elle décrocha.

- Allô Ginger ?

- Mérida ? C'est Mme Andersen, la maman d'Anna. Je peux te parler quelques instants s'il te plaît ?

- Heu… oui, bien sûr.

Mérida referma la fenêtre de sa chambre et se rassit sur son lit. Qu'est-ce qu'elle lui voulait ? Oh, j'espère qu'Anna n'a pas fait de conneries, ce serait tellement son genre...

- Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle d'un ton à la fois gêné et inquiet.

- Comment va Anna en ce moment au lycée ?

La question prit la jeune fille totalement par surprise. Mal à l'aise, son visage afficha toute une série de moues et de grimaces accompagnées de mordillements de lèvres que son interlocutrice ne pouvait pas voir.

- Heu… Comment ça ? demanda-t-elle en espérant en savoir plus sur ce qui avait poussé la mère d'Anna à l'appeler.

- Anna m'a demandé tout à l'heure si on pouvait la changer de lycée. Est-ce que tu as une explication pour ça ?

La mâchoire de Mérida se décrocha momentanément. Cette conversation allait de surprises en surprises, et pas dans le bon sens du terme. Anna voulait changer de lycée ? Elle déprimait à cause d'Elsa, Mérida en avait parfaitement conscience et elle faisait tout son possible pour la soutenir, mais jamais Anna ne lui avait dit qu'elle souhaitait partir.

- Je… commença-t-elle. Je sais qu'elle ne va pas top

- Pourquoi ?

Le ton était sec, et demandait clairement à l'adolescente de ne pas tourner trop longtemps autour du pot.

- Je ne suis pas sûre de pouvoir vous le dire, dit-elle d'un ton hésitant.

- Mérida, je sais que ta loyauté est envers Anna. Mais je viens juste de découvrir qu'elle ne va visiblement pas bien du tout, je dois faire quelque chose. Est-ce que quelqu'un la harcèle en classe ? Est-ce que Hans continue de lui chercher des noises ?

- Pas vraiment, mais… Ecoutez, c'est quelque chose qu'elle-même doit vous dire. Je… Je vais tout faire de mon côté pour arranger les choses, mais peut-être que la changer de lycée est la solution la moins pire. Si c'est possible. Il faudrait voir avec ses profs, ils doivent savoir comment on fait.

Elle s'interrompit et réfléchit quelques instants. Est-ce que c'était là la solution à tous les problèmes d'Anna ? C'était trop simple, elles allaient faire face aux mêmes soucis qu'avant si quelqu'un découvrait leur relation, sauf que cette fois les gens allaient croire en plus qu'Elsa l'avait forcée à changer de lycée. Ou un truc du genre. Dans tous les cas, ça retomberait sur Elsa.

Oui mais au moins, en changeant de lycée elle n'aurait plus à supporter ses cours de maths. C'était déjà une amélioration.

Mérida avala sa salive et poursuivit.

- Je vais vous laisser, je ne voudrais pas dire des choses qu'Anna voudrait que je garde pour moi.

- D'accord, répondit Mme Andersen, et la lycéenne sentit qu'il lui en coûtait beaucoup de ne pas insister. Bonne soirée Mérida. Merci d'avoir accepté de me répondre.

- Bonne soirée à vous aussi… Et prenez bien soin d'Anna.


La mère d'Anna raccrocha. Elle était encore plus inquiète qu'auparavant, et elle ne savait toujours pas ce qui mettait Anna dans de tels états. Si Mérida ne voulait rien dire, pensait-elle, c'est qu'il venait de se passer quelque chose de très préoccupant.

Une des remarques de la jeune fille lui revint en mémoire. Elle avait parlé de demander conseil à ses professeurs. Les profs voient ce qui se passe en classe. Ils auraient sûrement des choses à lui apprendre, eux.

Elle se souvint qu'une des professeurs d'Anna l'avait contactée, en décembre ou en janvier, quand Anna avait eu sa petite baisse de régime. C'était elle, et non sa prof principale, qui s'était inquiétée de savoir si tout allait bien, et qui lui avait dit d'appeler si quelque chose n'allait pas. On pouvait définitivement dire que c'était le cas à présent.

Mme Andersen était certaine d'avoir noté le numéro de cette prof quelque part. Elle attrapa son agenda, et le feuilleta vivement. En date du dix décembre, dans l'encadré « Notes », elle retrouva noté au crayon de papier « Mme Winter, prof de maths », suivi d'un numéro de portable.

Posant son agenda sur ses genoux, elle composa le numéro de téléphone. A la troisième sonnerie, une voix douce répondit.

- Allô ?

- Allô madame Winter ?

- Oui, c'est moi. Qui est à l'appareil ?

- Mme Andersen. Je voudrais vous parler au sujet d'Anna.


Le cœur d'Elsa battait de plus en plus vite dans sa poitrine. Ses mains étaient si moites et si tremblantes que le téléphone avait déjà failli lui échapper des doigts à deux reprises.

Elle s'en voulait, elle s'en voulait tellement ! Sous ses grands airs d'adulte, elle n'avait pas réussi à masquer sa colère, et elle savait qu'elle n'avait pas été super sympa avec Anna ces derniers jours. Alors que l'une des dernières choses qu'Anna lui avait dite, c'était qu'elles se verraient en cours, qu'elle verrait dans son regard que l'amour était là, qu'il n'avait pas disparu. Et elle n'avait été capable de lui lancer que des éclairs !

Elle pinça l'arête de son nez et ferma les yeux.

Elle savait qu'elle était responsable de tous les soucis qu'Anna avait au lycée. Mais c'était autre chose d'entendre la mère de son amoureuse lui décrire à quel point elle était triste et misérable. Elle se doutait bien que c'était à cause d'elle qu'Anna voulait changer de lycée. Pour la protéger, sans doute. Mais que pouvait-elle dire à Mme Andersen ? « Oui madame, vous comprenez votre fille est folle de moi, mais elle refuse de me fréquenter parce que je suis terrorisée à l'idée que le monde apprenne que je suis une perverse dégénérée… ». Mauvaise idée.

Assis en face d'elle, Olaf suivait la conversation d'un air inquiet.

- Vous pensez que vous pourrez lui parler ? demanda Mme Andersen.

Elsa grimaça. Elle ne pouvait pas vraiment refuser.

- Oui. Oui, je vais aller lui parler, dit-elle en essayant de rendre sa voix la plus rassurante possible.

- Oh merci ! s'exclama Mme Andersen. Demain matin, vous croyez que c'est possible ? Non attendez, se reprit-elle d'une voix assombrie par la déception avant qu'Elsa n'ait pu ajouter un mot, demain c'est samedi. Dans ce cas... il faudra attendre lundi... Ça fait tard, je vais essayer de voir si je peux la faire parler à quelqu'un... Est-ce que vous connaissez un bon spécialiste ? Un psychologue qui recevrait les samedi ?

Elsa hésita. Elle n'avait pas envie que Mme Andersen envoie sa fille voir un psy, pas parce qu'elle méprisait les thérapies, mais parce qu'égoïstement elle ne voulait pas qu'Anna confie sa relation interdite à un adulte, secret professionnel ou pas.

- Je peux venir lui parler, s'entendit-elle répondre.

- Vraiment ? demanda Mme Andersen, le soulagement largement audible dans sa voix. Mais... non, se reprit-elle, je ne veux pas vous déranger.

- Vous ne me dérangez pas. J'habite à cinq minutes de chez vous.

Les mots s'étaient échappés de sa bouche presque sans son autorisation. Etait-ce une décision judicieuse, ou la pire idée du siècle ? Elle verrait bien, elle ne pouvait plus faire marche arrière, de toute façon.

- Vous pensez pouvoir… aider Anna ? demanda la mère d'Anna d'un ton à la fois surpris et plein d'espoir.

L'aider ? Pour ça il me faudrait un miracle...

- Peut-être, se contenta de répondre la jeune femme.

- Ca me gène beaucoup, mais…

Il y eut un blanc pendant quelques instants. Gênant. Olaf tentait par geste de savoir ce qui se passait. Il mima un téléphone, un point d'interrogation, et Elsa ouvrit les mains en haussant les épaules pour exprimer son ignorance. Il répondit par une série de moues et grimaces, finissant par mimer successivement le geste d'une corde au cou, d'une gorge tranchée et de veines taillées avec la cuillère à thé qu'il tenait à la main. Elsa était violemment partagée entre l'envie de rire et l'envie de pleurer.

- Vous avez de quoi noter ?

La question prit Elsa totalement par surprise, et elle attrapa un stylo et une feuille avant de répondre par l'affirmative. Elle cala le téléphone entre son oreille et son épaule, et nota l'adresse d'Anna, chose tout à fait inutile, puisqu'elle savait très bien comment y aller.

- Ce soir, c'est possible ?

- J'arrive d'ici une demie heure, répondit-elle

Elle comptait profiter de ce délai pour réfléchir à ce qu'elle dirait à Anna.

Mme Andersen se répandit en remerciements et en excuses avant de finalement raccrocher. Elsa poussa un long soupir.

- Okay, dit Olaf, je crois que ce soir tu viens de battre le record de la situation la plus chelou de toute ta relation.

- Oui, répondit Elsa en lui fourrant sans ménagement son téléphone dans les mains. Attends un peu que je me retrouve avec Anna ET sa mère. Si je ne me fais pas griller ce soir, je suis chanceuse. Je suis foutue, Olaf.

- Tu as encore le temps de quitter le pays.

- Pas sans Anna…

Le jeune homme fronça les sourcils.

- Je plaisantais, ma belle.

Elsa s'effondra dans son canapé, et se frotta le front du plat de la main.

- Putain, pas moi…


DING DONG

Mme Andersen se leva précipitamment pour ouvrir. Mme Winter se tenait sur le seuil, vêtue d'un jean et d'une veste bleu clair ouverte sur une chemise blanche. Ses yeux étaient légèrement auréolés de rouge, malgré tous ses efforts de maquillage et d'eau froide passée sur le visage, et ses lèvres étaient pincées pour ne pas trembler. Mais heureusement pour Elsa, Mme Andersen sembla ne pas remarquer ces deux éléments de son apparence, trop préoccupée par l'état inhabituel de sa fille pour se concentrer sur d'autres détails.

Elles échangèrent des politesses un peu maladroites, et Mme Andersen conduisit la jeune femme vers la chambre d'Anna. Elle frappa doucement à la porte. Il n'y eut aucune réponse, et les deux femmes échangèrent un regard gêné. La mère d'Anna toqua plus vigoureusement, et cette fois elles entendirent Anna bouger de l'autre côté de la porte, et le bruit d'une touche pressée sur un clavier.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

Où était passé l'habituel ton enjoué dans la voix d'Anna ? Dans la poitrine d'Elsa, son cœur se serra d'encore un cran.

- Je voudrais qu'on discute un peu, répondit sa mère.

- C'est pas le meilleur moment, croassa l'adolescente, comme si elle venait de s'arrêter à l'instant de pleurer. Laisse-moi s'il te plaît.

Mme Andersen regarda Elsa avec un regard désolé, et se tourna à nouveau vers la porte close.

- J'ai quelqu'un avec moi qui veut te parler… pour essayer de comprendre ce qui ne va pas.

- Qui ? demanda Anna, un soupçon de curiosité dans sa voix fatiguée, tandis qu'elle ouvrait la porte en fronçant les sourcils.

Ses yeux s'écarquillèrent de surprise et elle resta bouche bée en découvrant Elsa qui l'attendait sur le seuil de sa chambre. Elsa en compagnie de sa mère. Dans sa maison.

- Elsa ?! Mais qu'est-ce que tu… Tu lui as dit que… Qu'est-ce que tu lui as dit ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Le cœur d'Elsa accéléra sa course dans sa poitrine au fur et à mesure des questions d'Anna, et s'arrêta de battre lorsque la mère d'Anna se tourna vers elle avec un air interrogateur. L'enseignante avait envie de se cacher la tête dans les mains, de retourner à sa précédente sauvegarde, de disparaître de cette maison. Elle hurlait si fort à Anna dans sa tête qu'il était impossible qu'elle ne l'ait pas entendu. Merde Anna ! Réfléchis avant de parler !

Toujours déroutée, Mme Andersen se tourna vers sa fille et la fusilla du regard.

- Anna ! réprimanda-t-elle d'un ton à la fois surpris et indigné. C'est quoi ces manières, vraiment ? Comment oses-tu parler ainsi, tutoyer une pr...

Et ses yeux s'écarquillèrent dans un moment de réalisation. Elsa pouvait presque voir les rouages tourner dans une bulle au-dessus de son visage. La compréhension, l'incrédulité et la surprise se répandaient sur chacun de ses traits.

Elle regarda alternativement sa fille et sa prof de maths, qui avaient toutes les deux l'air coupable de celle qui sent venir de gros ennuis.

- Peux-tu m'expliquer de quoi tu veux parler ?

Anna soupira puis ouvrit la bouche. Elsa ferma les yeux et attendit, le cœur toujours à l'arrêt. Qu'allait-elle dire ? Un mensonge mal ficelé, une vérité déformée ? Mme Andersen était loin d'être stupide, tandis qu'elles... elles n'étaient que deux folles, deux adolescentes qui batifolaient avec le feu. Deux folles dans un jeu insensé.

- Elsa et moi… commença-t-elle. Nous…

Non Anna s'il te plaît non ne dis rien tais-toi... S'il te plaît mon amour, tais toi...

Anna déglutit péniblement, et regarda sa prof de maths avec une grimace d'excuse.

- Je suis amoureuse d'elle, murmura-t-elle. Elle est amoureuse de moi.


Goodness, voilà c'est dit.

Faut que j'attaque le 46 maintenant, qui n'est absolument pas commencé. Tellement pas commencé que j'ai même pas encore de fichier texte à son nom. Mais une partie du 47 est déjà écrite, ça compense un peu.

A quelle réaction vous attendez-vous de la part des parents d'Anna ? :)

A mercredi prochain,

Ankou